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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 21:31

Tristement d’actualité en 2016, « Vivre avec la menace terroriste, réflexes, gestes et attitudes qui sauvent » d’Olivier et Raphael Saint-Vincent est un petit manuel  pédagogique pour tenter d’augmenter ses chances de survie face à la menace des attentats.
Dans sa préface, le Colonel Gérard Chaput spécialiste du stress traumatique, rappelle l’importance pour le citoyen « lambda » de se préparer pour prendre en compte la nouvelle menace de la tuerie de masse en France.
Après un rappel de l’Histoire bien réelle des attentats en France depuis la rue des Rosiers en 1982 jusqu’aux attentats du RER B en 1995 et un court témoignage de Jérôme Simon, rescapé miraculeux du Bataclan, on est rapidement dans le bain en passant en revue l’éventail des effets sur le corps humain des armes de guerre (plaies, brulures, explosions) et les quelques techniques pour porter les premiers soins aux victimes notamment le niveau PSC1 et le Secours de rue.
Les frères Saint Vincent évoquent ensuite le devoir de vigilance du citoyen et surtout d’intervention en cas d’incivilité manifeste voir d’agression.
L’attitude est ici importante afin de décontenancer des agresseurs potentiels en ne montrant pas sa peur, en se tenant droit et en regardant dans les yeux, sans tomber dans le piège de la sur réaction, équilibre bien souvent difficile à doser sur une situation qui dégénère.
Dans les lieux publics, le citoyen doit exercer son attention pour remarquer les situations potentiellement dangereuses et les anticiper afin de se mettre à l’abri en cas de danger puis d’alerter les secours.
Etre en bonne condition physique par la pratique de musculation, de yoga et de sports de combat, constitue assurément un plus pour mieux réagir.
La gestion du stress demeure toutefois l’élément crucial lors des situations d’exception et peut conduire à bien des catastrophes lorsqu’on se laisse submerger par des crises de panique : stupéfaction, hurlements, courses folles sous les balles…
La suite de l’ouvrage se focalise ensuite sur l’attentat de type Activ Shooter Event, terme inventé depuis la tuerie de Colombine aux Etats-Unis et auquel se rattachent les commandos terroristes des tueurs de Charlie hebdo et du Bataclan.
Ici, la particularité des tueurs n’est pas de s’échapper mais de mourir sur place, ce qui est obtenu par une prise massive de drogue (métamphétamine et MDMA) comme chez Coulibaly et Abdeslam pour doper la concentration et la force, mais aussi profiter de la phase de descente pour se donner la mort plus facilement.
Les techniques ici présentées pour faire face comportent le plaquage au sol pour éviter les tirs, la recherche d’un abri comme un pilier, une cave, des toilettes ou au pire le bloc moteur d’une voiture, seul susceptible d’arrêter un tir d’arme de guerre.
Après reconnaissance de l’environnement, les déplacements doivent être savamment pesés pour ne pas se mettre en danger, généralement en rampant ou courbé, en prenant garde de ne pas se trahir ou tomber dans une foule, synonyme de mort par piétinement comme la majorité des tués du Bataclan.
Si la fuite n’est pas possible, se cacher est la meilleure solution pour survivre : salle de bain d’un hôtel, chambre froide ou simple porte bloquée en cas de dernier recours.
Une fois sa mise en sureté effectuée, les autres taches sont de penser aux autres en portant secours aux victimes : premiers secours (massage cardiaque, blocage de saignements jusqu’à hémorragie, hypothermie) ou soutien psychologique pour rassurer, avant de donner l’alerte aux forces d’intervention seules amènes de régler la situation.
Lors de l’intervention, penser à se protéger des balles perdues, obéir et s’attendre à être rudoyé par les policiers.
Reste ensuite à passer en revue la situation du face à face avec le terroriste, qui doit ont le rappeler est armé, drogué et entrainé.
Des techniques de corps à corps sont sommairement évoquées, avec saturation par avalanche de coups et étranglement sanguin.
Le combat rapproché doit être préféré pour couper les possibilités de tir…
L’usage d’extincteur ou de marteau est largement préférable que l’usage des propres armes du terroriste.
Après l’attentat, commence alors un véritable parcours du combattant pour les survivants : affronter l’incompréhension de la société, incapable de supporter le récit d’actes aussi ignobles et la pression des médias, avides de scoop et très déstabilisateurs.
Suivre une thérapie psychologique avec un spécialiste parait alors nécessaire, afin de se libérer par la parole et de se reconstruire psychiquement.
En conclusion, « Vivre avec la menace terroriste, réflexes, gestes et attitudes qui sauvent » est un ouvrage très didactique se révélant d’une grande pertinence.
Même si les chances de subir dans un attentat  et de périr restent rappelons le statistiquement faibles, nul ne peut nier que la peur s’est insidieusement installée dans les cœurs depuis Paris, Nice et tous les autres attentats fort justement déjoués par les forces de l’ordre.
C’est alors que le travail des frères Saint Vincent prend tout sons sens, afin d’acquérir via un état d’esprit et une préparation physique, mentale, technique les capacités d’anticipation et de réaction permettant de limiter les effets de la peur et de restaurer de la confiance au quotidien.
Détail crucial : la maitrise de soi, propre de l’homme civilisé résistant à ses bas plus bas instincts de vengeance, afin de conserver l’esprit de fraternité de la société française, attitude dont on ne peut que louer le sens de la responsabilité !

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 17:47
Conseils à donner aux parents (Donald W Winnicott)

Médecin pédiatre et psychanalyste du XX ième siècle, Donald Woods Winnicott publia beaucoup durant toute sa carrière comme le montre « Conseils aux parents » compilation de conférences radiophoniques dispensées à la BBC entre 1939 et 1962.

Dans celles-ci, Winnicott se veut vulgarisateur et s’adresse principalement à la ménagère qui l’écoute de manière plus ou moins concentrée dans son home sweet home britannique.

Adaptant son discours à ce public plus large, il aborde tout d’abord la difficulté de la relation de l’enfant avec son beau père ou sa belle mère, avec une tendance à idéaliser le parent disparu et rejeter le nouveau parent à qui il fait payer l’abandon du premier.

Puis on passe à l’importance de l’acte de succion chez le nourrisson, qui dépasse pour Winnicott largement le simple besoin de se nourrir, mais constitue une expérience sensorielle très forte et explique pourquoi il recherche ensuite à retrouver des sensations similaires en suçant d’autres objets (poupée, tissus, pouce, tétine…).

Dans les années 60, la question des limites est abordée avec le témoignage de nombreuses auditrices.

Pour le spécialiste, au tout début l’enfant est complètement dépendant de ses parents et la question du « non » ne se pose pas, puis après au bout de 2 ans, il commence à intégrer la notion de limites qu’incarne l’autorité parentale.

Si chacun possède ses propres règles, il faut comprendre que l’enfant prendra plaisir à tester les limites imposées, à les repousser à certaines fois à les violer consciemment.

Winnicott estime que l’apprentissage des règles doit se faire par l’incarnation de modèles parentaux que pourra ensuite reproduire l’enfant.

Dans ces conditions, l’adulte doit à ses yeux être exemplaire afin d’incarner la crédibilité des règles artificielles qu’il a lui-même établies.

Ainsi par le processus d’imitation, l’enfant pourra gagner en confiance et en autonomie développant ainsi un sentiment de sécurité nécessaire à son développement.

Cette question de confiance en soi revient dans plusieurs conférences, les parents devant préserver au mieux leur progéniture du stress environnemental afin de leur permettre de se forger leur première self esteem.

Question difficile si il en est la jalousie des bébés peut également s’avérer problématique surtout vis-à-vis d’autres enfants faisant l’objet d’attention de leur mère.

Mais ces phases ne sont que temporaires et moyennant quelques explications pour le rassurer, peuvent être assez facilement traitées si un fond réel d’injustice n’existe pas entre les enfants.

Survient ensuite la litanie de tout ce qui peut agacer dans les comportements enfantins, outre l’énorme charge de travail des familles nombreuses, une certaine ingratitude vis-à-vis des soins parfois exclusifs dont les enfants font l’objet, au détriment du développement personnel des parents.

La bonne nouvelle étant pour Winnicott que cette phase de possession exclusive n’est que temporaire et tend ensuite à se réduire…

Le cap des cinq ans est décrit comme spécifique dans la mesure ou l’enfant s’est maintenant une base mémorielle de ses premières jeunes années et ou l’environnement extérieur notamment l’école, prend une place importante chez l’enfant avec l’apprentissage de la vie sociale vis-à-vis de ses camardes de classe ce qui peut être délicat à vivre aussi bien pour lui que pour ses parents qui voient leur progéniture leur échapper.

Il peut aussi arriver que les parents se sentent coupables d’avoir « fauté » dans l’éducation de leur enfant ou de leur en vouloir pour avoir fait une croix sur certaines de leurs aspirations personnelles.

En conclusion, « Conseils à donner aux parents » est un ouvrage théoriques d’un intérêt variable analysant ce qui souvent se traite dans l’instant de manière instinctive par les parents.

Winnicott donne la part belle aux témoignages de ces dames qui se soulagèrent sur les ondes de la BBC en de nombreuses anecdotes certes toujours d’actualité en 2016 mais plutôt envahissantes à la lecture du livre.

Au final, que retiendra-t-on des analyses du psy des années 60 ? L’importance du rôle des parents dans les premières années de vie de l’enfant et leur portée bien au delà des plus pur aspects nutritifs, la montée progressive de l’intégration des règles/interdits avec l’importance du modèle parental et surtout la nécessité de prendre en compte les facteurs des changements environnementaux auxquels l’enfant est ultra sensible dans la construction du sentiment de confiance et de sécurité.

Compte tenu des années ou ont eu lieu les conférences de Winnicott, ce n’est sans doute déjà pas si mal !

Conseils à donner aux parents (Donald W Winnicott)
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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 20:40
Virtuel mon amour, penser, aimer souffrir à l'ère des nouvelles technologies (Serge Tisseron)

Sorti en 2008, « Virtuel mon amour, penser, aimer, souffrir à l'ère des nouvelles technologies » est un ouvrage du psychiatre Serge Tisseron.

Ce court ouvrage construit en quatre parties débute par un récapitulatif de l’intégration progressive du virtuel dans nos vies, en commençant pas la l’apparition du téléphone fixe et de la télévsiion dans les années 60 créateur de nouvelles attentes s’affranchissant de la distance, puis du téléphone portable dans les années 90, permettant de créer l’illusion d’un contact permanent (voir dans certain d’un contrôle permanent) d’avec nos proches.

Les mondes virtuels crées par l’informatique répondent à un désir de recherche d’identité notamment par le biais des blogs, puis par l’invention de personnages produits de nos fantasmes par celui des jeux vidéos.

C’est ainsi que Second life et World of warcraft font servir de support quasi permanents au propos de l’ouvrage et à un degré moindre Ebay et le principe de ses enchères numériques sur des objets dématérialisées.

L’arrivée du virtuel a aussi changé le mode opératoire des rencontres amoureuses, avec Meetic le site le plus emblématique de relations via à Internet, site aujourd’hui férocement concurrencé.

Le piège de ses technologies est bien entendu de se complaire dans ses espaces quasi infinis au motif que la réalité sera fatalement plus décevante et de rester scotché dans le cyber monde en se coupant du réel.

On peut donc développer à loisir de multiples relations (amicales ou amoureuses) à distance en bénéficiant de facultés d’une richesse démultipliée et d’un sentiment d’appartenance à des communautés censées nous représenter.

L’autre conséquence majeure de l’irruption du virtuel est la modification des rapports au temps et à l’espace avec l’impression d’une connaissance globale mais superficielle applicable sur tous les sujets.

Bien entendu les adolescents sont les plus amènes de s’immerger complètement dans ces univers surtout lorsqu’il s’agit de combler des difficultés familiales ou relationnelles.

La notion de cellule familiale traditionnelle disparait donc peu à peu au profit d’un « famille virtuelle » plus vaste ou les maitres des jeux peuvent remplacer les parents.

Le psychiatre prend ensuite le relai pour dispenser ses conseils aux parents en leur demandant de ne pas mépriser ou ignorer les jeux vidéos dans lesquelles se plongent leurs enfants mais de s’y intéresser afin d’en comprendre les subtilités et ainsi de maintenir une communication qui peut s’avérer essentielle dans la construction de leur relation.

Ce lien peut ainsi par exemple permettre de comprendre les angoisses d’un adolescent passant tout son temps derrière un ordinateur et se désocialisant peu à peu.

Loin de fustiger les jeux vidéos, Tisserand en souligne la créativité et le coté incroyablement séducteur notamment par le biais d’avatars pouvant donner une image plus valorisante voir idéalisée de soi-même.

Ainsi donc la présentation de l’analyse de plusieurs exemples de créations d’avatars permet de mieux comprendre les souffrances de certaines personnes par exemple touchées par des d’abandons, des deuils ou des viols.

En conclusion, « Virtuel mon amour, penser, aimer, souffrir à l'ère des nouvelles technologies » est un ouvrage louable d’un point de vue pédagogique mais assez ennuyeux dans son message de tolérance face à l’irruption massive du monde virtuel (ordinateur et maintenant téléphones) dans nos vies.

Semblant séduit par la créativité et la richesse des jeux vidéos les plus aboutis, Tisseron tente de briser la vision plus négative que peuvent avoir les adultes et les encourage à s’y intéresser pour ne pas perdre le contact avec leurs enfants et également mieux comprendre des dérives comportementales.

On ressort de ce livre en ayant le sentiment que le pouvoir terriblement additif des nouvelles technologies n’est pas suffisamment pris en compte mais on peut également penser que depuis 2008 la situation s’est encore grandement détériorée par le fait que la plupart des habitants des pays occidentaux sont déjà complètement asservis à leurs téléphones portables et que les sites de propagandes islamistes utilisent de manière massive les réseaux sociaux pour diffuser leurs messages et recruter…

Pour ma part je reste fidèle au principe suivant que la technologie n’est utile à l’homme que si elle est à son service… et non l’inverse, principe qui semble t il à de moins en moins court aujourd’hui d’où la dangerosité des addictions !

Virtuel mon amour, penser, aimer souffrir à l'ère des nouvelles technologies (Serge Tisseron)
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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 13:01
The machinist (Brad Anderson)

Grand acteur, Christian Bale tourne en 2005 « The machinist » pour Brad Anderson.

Dans ce film atypique, Trevor Reznik (Christian Bale) est un ouvrier mécanicien travaillant dans une usine près de Los Angeles.

Terriblement amaigri depuis quelques mois, il est l’objet d’inquiétude de ses collègues chambreurs notamment Jones (Reg E Cathey) et de sa hiérarchie, le teigneux contremaitre Furman (Robert Long) et le directeur de l‘usine Gonzalez (Ferran Lahoz), qui le croient malade ou toxicomane.

Mais Trevor nie être en mauvaise santé et mène une vie solitaire dans son minable appartement, uniquement égayée par les visites à la prostituée Stevie (Jennifer Jason Leigh) avec qui il entretient une relation suivie et Maria (Aitana Sanchez-Gijon), une serveuse de l’aéroport chez qui il va diner tous les soirs.

Un jour un terrible accident éclate sur la chaine, causant la perte du bras de son collègue Miller (Michael Ironside) principalement à cause d’une négligence de Trevor qui devait surveiller la machine en cours de réglage.

Lors de son audition, Trevor indique la présence d’un autre ouvrier fondeur Ivan (John Sharian) alors que l’homme, un costaud au crane chauve est inconnu des membres du personnel.

Dès lors, vivant sous la pression de ses collègues méfiants à son égard, Trevor est progressivement mis à l’écart ou sur la défensive.

Ivan continue de hanter sa vie, laissant de petits rébus de papier sur son réfrigérateur en son absence ou le narguant dans sa voiture de sport rouge.

Le fait de sortir avec Maria n’arrange pas les choses, puisqu’en amenant son fils à la fête foraine, le jeune garçon épileptique fait une crise dans un train fantôme particulièrement macabre.

Insomniaque et paranoïaque, Trevor va peu à peu se mettre à soupçonner tout le monde, notamment son collègue le ventripotent Tucker (Craig Stevenson) qu’il croit voir sur une photo de retour de pêche avec Ivan.

Un nouvel incident éclate dans l’usine après que Trevor une nouvelle fois négligent manque lui aussi de perdre un bras.

Soupçonneux, Trevor provoque ensuite une bagarre avec Jones et finit par se faire licencier par Furman, excédé par son conduite.

Il se rend ensuite chez Miller, qui bien que non rancunier par rapport à l’accident finit par le jeter dehors lorsqu’il commence à faire des allusions folle sur un éventuel complot avec Ivan.

L’avenir s’assombrit grandement pour Trevor qui finit par se faire exclure de chez Stevie qui avait pourtant comme projet d’arrêter la prostitution pour se mettre en ménage avec lui.

Obsédé par Ivan, il le course dans son vieux pickup et lorsqu’il porte plainte contre lui pour s’être fait renverser, découvre que la voiture de son persécuteur est sa propre voiture !

La situation s’empire lorsque Trevor fuyant la police, finit par égorger Ivan dans sa salle de bain, puis découvre que son frigo suinte le sang… de restes de poisson !

Voulant se débarrasser du corps dans la mer, Trevor s’aperçoit qu’il n’a tué personne, que Maria n’existe pas…

Il prend alors la décision subite de quitter son logement pour quitter la ville via l’aéroport mais bifurque finalement au dernier moment pour se rendre à la police qui l’interne dans un état critique…

En conclusion, « The machinist » est une œuvre atypique, complètement folle et dérangeante offrant à Christian Bale le meilleur rôle de sa carrière ou en tout cas le plus impressionnant, tant l’acteur plutôt musculeux notamment dans les Batman présente ici un aspect décharné le faisant ressembler à un malade en phase terminale ou un rescapé d’un camp de concentration.

Faisant penser à du David Lynch au meilleur de sa forme par l’usage de flash back et l’enchevêtrement de rêves/hallucinations schizophréniques avec réalité, « The machinist » ne traite ni plus ni moins pour moi que de la folie, de la maladie, qui isole et asphyxie progressivement jusqu’à la mort.

Ce film sombre et étouffant est donc particulièrement déconseillés aux âmes sensibles !

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 19:37
Nos souvenirs brulés (Susanne Bier)

Envie de radoucir un peu l’ambiance vis-à-vis de mes motards tatoués, aussi me suis-je intéressé à un petit film d’auteur de Susanne Bier « Nos souvenirs brulés ».

Sorti en 2007, « Nos souvenirs brulés » raconte l’histoire d’Audrey Burke (Halle Berry) une mère de famille de deux enfants vivant confortablement dans une magnifique maison de la banlieue de Seattle, qui perd brutalement son mari Brian (David Duchovny) tué en voulant s’interposer pour secourir une femme battue par son mari en pleine rue.

Le choc est terrible pour Audrey qui se retrouve déboussolée dans cette grande maison avec sa fille Dory (Micah Berry) et son fils Harper (Alexis Llewellyn) âgés de onze et six ans.

Après les funérailles de Brian, Audrey se rapproche de Jerry Sunborne (Benicio del Toro), le meilleur ami de son défunt mari, qu’elle détestait auparavant.

Jerry est en effet l’antithèse de Brian, et est un ex avocat devenu un marginal en raison de sa puissante addiction à l’héroïne.

Pourtant ces deux êtres brisés vont se rapprocher instinctivement et Audrey va proposer une seconde chance à Jerry en lui proposant de s’installer dans sa maison.

Ce changement de cadre de vie va être profitable à Jerry qui va se mettre au footing avec son voisin Howard (John Caroll Lynch) et se montrer assidu à ses réunions de toxicomanes ou il fera la connaissance de Kelly (Alison Lohman), une jeune toxicomane.

Jerry va même jusqu’à s’inscrire à un concours pour travailler dans la finance comme le faisait avec talent Brian… mais développe surtout une vrai proximité avec les enfants qui trouvent en lui un père de substitution.

Mais ses vieux démons finissent par le rattraper et Jerry plonge dans l’enfer des bas quartiers de Seattle pour se défoncer de plus belle…

Audrey va finalement le sortir manu militari pour le ramener à la maison.

Jerry comprend ses erreurs et accepte par amour pour les enfants de se rendre en cure de désintoxication, généreusement payée par Audrey.

En conclusion, « Nos souvenirs brulés » est l’antithèse d’un blockbuster américain mais un film intimiste et douloureux sur le deuil, l’addiction et les processus de reconstruction.

Malgré toute son intelligence, sa profondeur, sa sensibilité, une distribution haut de gamme et une Halle Berry parfois horripilante, « Nos souvenirs brulés » reste plombé par sa longueur, son extrême noirceur notamment dans de violentes scènes de manque, qui le rendent globalement pénible à regarder.

Dommage car le sujet ne manquait pas d’intérêt.

Nos souvenirs brulés (Susanne Bier)
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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 11:21
Monsieur Hire (Patrice Leconte)

On quitte temporairement le monde des bikers tatoués pour aborder celui plus feutré de Patrice Leconte avec « Monsieur Hire ».

Adapté en 1989 d’une nouvelle de Georges Simenon, « Monsieur Hire » raconte l’histoire d’un tailleur bruxellois, Monsieur Hire (Michel Blanc), qui vit en célibataire endurci dans un petit appartement d’un vieil immeuble avec vue sur cours.

Solitaire et peu sympathique, Monsieur Hire est un « « mal aimé » dans sa résidence et subit régulièrement des médisances ou de petits harcèlements des enfants qu’il punit aussi lorsqu’il le peut.

Son seul plaisir est celui d’espionner sa voisine, Alice (Sandrine Bonnaire) lorsqu’elle se déshabille ou accueille son amant Emile (Luc Thuillier).

Sa vie austère bascule cependant lorsqu’un crime est commis dans son immeuble, une jeune et belle femme, Pierrette Bourgois est assassinée.

Un inspecteur de police (André Wilms) se saisit de l’enquête qui converge au travers d’un réseau de médisances vers Hire.

Il rend visite au célibataire, le questionne, lui rappelle son passé carcéral pour attentat à la pudeur et le confronte avec le témoignage sans succès d’un chauffeur de taxi ayant vu le tueur rentrer dans la résidence.

Peu à peu, Hire se réfugie dans ses fantasmes de voyeur mais Alice finit par le découvrir.

Elle tir ensuite profit de la situation pour prendre contact avec lui.

Le vieux célibataire se montre tout d’abord apeuré puis se prend à espérer plaire réellement à sa voisine.

En réalité, Alice cherche simplement à protéger Emile qui est l’auteur du crime.

Mais Hire se laisse aveugler par ses sentiments, délaissant les prostituées et les compétitions de bowling qu’il remporte généralement.

Il fréquente Alice, lui fait part de ses projets de départ dans sa maison à Lausanne espérant l’y emmener avec lui pour démarrer une nouvelle vie.

Il accompagne même le couple à un match de boxe, touchant Alice tandis qu’Emile, traqué par la police qui le soupçonne s’échappe par une issue de secours.

Alice sait que Hire sait qu’Emile est l’assassin de Pierrette, tout comme l’inspecteur l’a également deviné malgré les apparences trompeuses faisant de lui le parfait coupable.

Elle fait semblant d’accepter de partir avec lui pour Lausanne afin d’échapper à la police mais laisse planté Hire, seul avec sa valise à la gare de Bruxelles.
A son retour, l’inspecteur l’attend avec Alice qui a déposé le sac à main de la victime dans son armoire afin de l’accuser.

Pris au piège, Hire tente de s’enfuir par les toits en un geste fou et désespéré, puis chute s’écrasant dans la cour sous les yeux cruels de ses voisins.

Finalement, l’inspecteur trouve une lettre et dans une consigne une nouvelle preuve accusant cette fois ci Emile. Hire l’avait rédigé pensant avoir réussi à fuir avec Alice et accusant Emile pour la protéger…

En conclusion, « Monsieur Hire » est pour moi le plus film le plus triste et sans doute le plus poignant du monde.

Michel Blanc y livre la meilleure interprétation de sa carrière, toute en sobriété, austérité et tourments intérieurs.

L’atmosphère de polar du film, sombre à souhait dans le vieux Bruxelles vous enveloppe pour ne plus vous lâcher.

Ame esseulée et perdue sous des apparences de rigidité maniaque, Hire se jette par amour dans un piège infernal qui le mène à sa perte.

Derrière Michel Blanc, les autres acteurs sont fantastiques, que ce soit Sandrine Bonnaire ou André Wilms remarquables.

Une question me taraude, aujourd’hui dans nos mégalopoles frénétiques, combien y a-t-il au juste de Monsieur Hire ? De black swans des temps modernes ? Cette question fait de Patrice Leconte et de George Simenon des artistes intemporels.

Monsieur Hire (Patrice Leconte)
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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 21:09
Deuil et mélancolie (Sigmund Freud)

Poursuite de la découverte de l’œuvre de Sigmund Freud avec « Deuil et mélancolie ».

Paru en 1917, ce court essai d’à peine une trentaine de pages voit Freud poursuivre les travaux de son collège et ami Karl Abraham et comparer les deux affections dont les effets extérieurs à savoir un désintérêt pour l’environnement extérieur, sont parfois comparables : le deuil et la mélancolie.

Si le deuil apparait comme une réaction à un évènement externe, la perte d’un objet aimé, la mélancolie est davantage décrite comme une réaction interne tournant autour d’une dépréciation chronique de l’individu.

Alors que l’endeuillé ramène tout à l’objet perdu et y identifie son moi, le mélancolique lui se centre sur lui-même pour détruire son moi intérieur.

C’est ainsi que l’endeuillé a en quelque sorte une situation plus simple à résoudre tandis que le mélancolique a affaire avec un mal plus vaste et multiple aboutissant à une jouissance sadique envers lui-même pouvant dans les cas les plus extrêmes aboutir à la mort.

Dans le cas du deuil, Freud décrit un processus lent et graduel permettant peu à peu à la réalité de reprendre le dessus vis-à-vis de l’objet perdu et ainsi de surmonter la douleur de la perte.

Affligé d’un mal plus complexe car constitutionnel, le mélancolique doit lutter avec un conflit narcissique de son moi intérieur construit sur une profonde ambivalence amour/haine.

Enfin, les annexes d’Abraham viennent compléter les travaux de Freud, avec notamment des exemples illustratifs basés sur la vie personnelle du psychanalyste (la perte de son père) ou une courageuse et difficile tentative d’expliquer l’homosexualité masculine par une identification à la mère plutôt qu’au père.

En conclusion, « Deuil et mélancolie » n’est pas l’essai de Freud qui m’a le plus intéressé.

Trop court, plutôt complexe car reprenant des notions définies par Abraham, il ne rentre pas assez à mon gout dans les mécanismes profonds permettant d’expliquer réellement les phases il est vrai complexes et multiples des états dépressifs.

On reste donc en quelque sorte sur sa faim et au final assez peu convaincu de explications apportées…

Deuil et mélancolie (Sigmund Freud)
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 08:55
Conférences d'introduction à la psychanalyse (Sigmund Freud)

Difficile de bien se repérer dans toute la complexité des ouvrages traitant de la psychanalyse, aussi ai-je lu dans un objectif de vulgarisation et de vision d’ensemble, « Conférences d’introduction à la psychanalyse » de Sigmund Freud.

Ce volumineux ouvrage recense les cours donnés par le père de la psychanalyse à Vienne entre 1915 et 1917 devant un auditoire d’étudiants ou médecins profanes en la matière.

Freud explique donc avec force d’exemples le cheminement structurée de ses théories en s’intéressant tout d’abord à l’interprétation des actes manqués (lapsus oral, écrit, gestuel, oubli) et des rêves afin de dégager l’influence d’un inconscient gouvernant puissamment de manière sous terraine notre cerveau.

L’analyse de l’inconscient est l’intérêt essentiel pour lui de l’approche psychanalytique qui se veut différente et novatrice par rapport à la psychiatrie se basant sur une approche plutôt organiste et phénoménologique des troubles psychiques.

Mais l’inconscient est victime de processus de censure qui rendent difficile l’interprétation des rêves, en les déformant ou les refoulant.

Ce phénomène n’est pas observé dit il chez les enfants dont les rêves sont facilement interprétables.

Le travail du psychanalyste consiste donc à vaincre ces résistances pour décrypter la symbolique des troubles afin de rendre l’inconscient conscient et ainsi provoquer à terme une guérison des symptômes d’une affection.

Pour y parvenir Freud donne bon nombre d’exemples et quelques clés d’associations de symboles fréquemment rencontrés pour évoquer la sexualité ou la mort tout en insistant sur le caractère particulièrement répandu des doubles sens parfois opposés de mots ou de symboles.

La raison profonde de cette censure est le caractère profondément amoral et dérangeant des rêves, qui montrent souvent des volontés inconscientes ayant trait à des pulsions sexuelles à caractère incestueux.

Freud remonte donc à la petite enfance ou l’enfant qui n’a pas encore subi l’influence de l’éducation et de ses interdits, éprouve un désir pour la mère si c’est un garçon, pour le père si c’est une fille et envisage l’autre parent comme un obstacle qu’il convient d’éliminer.

L’aspect provocateur et choquant de cette théorie s’étend même jusqu’à la compétition entre frères et sœurs avec toujours en toile de fond la sexualité qui se dessine dès les premières phases de la vie d’un bébé, pour se développer dans la petite enfance avant de subir le carcan des interdits moraux de l’éducation.

Des conflits entre une situation vécue et les pulsions inconscientes de la libido d’un sujet peuvent surgir les névroses (angoisse, hystérie, obsession) que d’un point de vue thérapeutique, le psychanalyste doit traiter en travaillant à vaincre les mécanismes de refoulement en usant de la technique du transfert qui lui permet d’influencer favorablement le patient dans l’optique de sa guérison.

En conclusion, bien que censé être pédagogique, « Conférences d’introduction à la psychanalyse » reste un ouvrage plutôt difficile d’accès ou Sigmund Freud fait preuve d’une grande rigueur scientifique pour justifier sa théorie de la psychanalyse et la défendre contre ses opposants qui lui réfutent sa crédibilité.

On parcourt ainsi tout le panel des concepts freudiens, qui ramènent inéluctablement nos problèmes psychiques à notre inconscient et à notre sexualité construite par un mélange d’atavisme et d’expériences liées à la petite enfance.

Qu’on adhère ou pas à la théorie de la psychanalyse, on ne pourra qu’être séduit par l’audace des théories avancées au début du XX ième siècle, en faisant fi des préjugés moraux, religieux et scientifiques de l’époque, dans le but de faire avancer la compréhension et le traitement des maladies mentales.

De mon coté, j’en suis ressorti convaincu de l’importance des mécanismes inconscients sur notre comportement, tout en étant un peu plus dubitatif sur la souveraineté écrasante de la sexualité, quoique…

A lire néanmoins pour acquérir une vision d’ensemble de l’œuvre freudienne quitte à creuser ensuite pour avoir plus de détails sur des thématiques particulières qui ne sont ici que traitées de manière volontairement didactique.

Conférences d'introduction à la psychanalyse (Sigmund Freud)
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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 11:39
Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance (Guy Hugnet)

Sorti en 2010, « Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance » est un court ouvrage choc du journaliste Guy Hugnet.

Construit en trois courtes parties, « Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance » débute par une critique en règle de la consommation massive d’antidépresseurs dont la France est le champion mondial.

Au début des années 1990 la firme Lilly met en vente un médicament présenté comme révolutionnaire, le Prozac dit pilule bleu ou « du bonheur », qui bénéficiera d’un gigantesque battage médiatique aux Etats-Unis.

Le Prozac est le premier d’une longue liste d’IRS (Inhibiteurs de Recapture de la Sérotonine), sensé corriger les déséquilibres biochimiques des neurotransmetteurs responsables des dépressions.

En réalité, Hugnet met en évidence des études peu concluantes menées dans les années 80 tout d’abord en interne par Lilly puis par la Food Drug Association, mais revues sous un œil plus favorable en raison de l’énorme potentiel commercial du marché des troubles psychiques.

En réalité les résultats seraient à peine meilleurs que ceux d’un placebo, mais surtout révélateurs d'effets secondaires particulièrement nocifs : augmentation de la nervosité, anxiété, insomnie, nausées et même quelques tentatives de suicides du reste minimisées.

Pourtant avec l’appui de Georges W Bush père, le Prozac finit par se voir autorisé par la FDA en présentant de nouvelles études ne respectant pas pourtant les protocoles de tests : patients présélectionnés sans troubles graves, absence de comparaison avec le placebo et surtout administration en parallèle de tranquillisants comme le Valium venant grandement fausser les résultats.

Ces résultats contestés aujourd’hui par certains chercheurs (Irving Kirsch, Blair Johnson, David Healy) et par certains rares psychiatres français, prouveraient que les performances des antidépresseurs (Prozac, Zoloft, Deroxat, Seropram, Effexnor) traiteraient plutôt 20% des cas que les 70% affichés.

Ceci n’a pas empêché le développement faramineux de ces médicaments en France avec la bénédiction des experts de l’Afssaps (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), se calant sur l’a priori favorable de la FDA malgré les fortes réserves du médecins Hillary Lee, ayant examiné le cas du Zoloft de Pfizer.

Hugnet avance que du fait des restrictions budgétaires, l’Afssaps est surtout rétribuée par les financements des industriels et que la plupart des experts de ces agences ont des liens forts avec ces mêmes industriels.

Appelés « les hommes de mains » ou « mandarins » des groupes pharmaceutiques, ces grands spécialistes mettent leur prestige à leur service en échange de coups de pouces financiers.

C’est donc à grands renforts de dossiers branlants mais soutenus par des personnalités influentes, de campagnes massives de publicité dans des revues médicales ou dans des séminaires toujours gratifiants, que se propage l’idée présumée de l’efficacité de ses traitements.

Les généralistes n’échappent pas au matraquage, étant eux aussi contactés pour participer à des séminaires ou un spécialiste influent vient leur vanter les mérites dudit produit avant que la redoutable machine commerciale industrielle n’entre en action pour pister ensuite les prescriptions effectuées.

Dans une logique de rentabilité, le généraliste aura lui aussi tendance à prescrire des antidépresseurs pour contenter rapidement une clientèle avide de solutions immédiates.

Ce résultat a été obtenu par l’élargissement des maladies psychiques par le très contesté Diagnostical Statistical Manual of Mental Disorders, la norme américaine qui permet aux spécialistes après avoir fait remplir un questionnaire sommaire de classer dans un vaste fourre tout le « trouble dépressif » ou « bipolaire », ce qui ouvre ensuit un boulevard pour les industriels fabricants d’antidépresseurs.

Même si le défaut d’échange en sérotonine semble être un des marqueurs de la dépression, sa correction ne semble pas être la solution miracle annoncée pour résoudre l’origine de ce mal autrement plus complexe.

Mais Hugnet critique la logique de profits de grands groupes pharmaceutiques qui préfèrent investir dans des médicaments peu efficaces, les IRS, promus à coup de millions de dollars de publicité plutôt que de se concentrer sur la recherche de nouvelles thérapies.

Le monde occidentalisé moderne, étant suite à l’effondrement de systèmes de valeurs que sont la religion, la famille ou même l’Etat, se voyant devoir obéir aux diktats de la quête du bonheur permanent, ne peut que souffrir et ainsi constituer la cible idéale pour englober les troubles existentiels source profonde de la condition humaine, sous le vocable commun de « dépression ».

On aboutit ainsi à des systèmes de « bonheur sur ordonnance » que viennent chercher les patients auprès de généralistes soumis comme tout le monde à l’ère du temps.

Les femmes paraissent plus que les hommes être la cible des médicaments, par leur propension naturelle à prendre plus soin d’elles mais également par le relai des psychologues des magazines féminins.

Pourtant comme l’explique la seconde partie du livre, les effets secondaires des antidépresseurs existent bel et bien : euphorie, agitation, manie, hystérie avec dans certains cas des aggravations brutales pouvant conduire au suicide du patient.

L’influence des grands groupes n’a pas empêché certains procès retentissants aux États-Unis après des crimes ou des suicides commis suite à une mauvaise réaction aux antidépresseurs.

En France, la chape de plomb est de rigueur et semble masquer selon le journaliste entre 3000 et 4000 cas de suicides dus aux antidépresseurs.

L’autre risque principal après la suicide est la dépendance aux antidépresseurs, comme peut l’être celle à la morphine, aux barbituriques, au haschisch, au tabac et à l’alcool.

Là encore, après vingt ans de mise sur le marché, peu de mises en garde sont effectuées auprès des patients qui se voient prescrits des traitements à vie sans réelles améliorations, alimentant le trou de la sécurité sociale et les profits industriels.

Fort heureusement la dernière partie évoque des pistes pour aller mieux sans avoir recours nécessairement aux antidépresseurs ni de manière encore plus provocante aux psychiatres, qui au cours d’un douloureux processus d’introspection mettent à nue des blessures de notre passé sans apporter de compensation pour les supporter.

L’activité physique contient des vertus nécessaires au rétablissement mais de manière plus complexe, est constaté l’effet réel du placebo sur l’organisme tout comme la confiance mise dans le médecin, considéré comme le sorcier des temps modernes.

Une autre approches basée sur le culte afro-brésilien de l’Umbanda, visant à extérioriser les troubles via des cérémonies dirigées par un medium est évoquée pour tenter de briser une approche 100% scientiste, conduisant selon le journaliste à l’échec pour le traitement des maladies mentales.

Enfin, pour terminer, s’intéresser aux enseignements des philosophes grecs redécouverts dans nos société modernes par l’intermédiaire de personnalités médiatiques comme Michel Onfray (qu’aime moins lorsqu’il commente le terrorisme islamique), peut également présenter une source importante de bien être intérieur.

En conclusion, ouvrage courageux, « Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance » a pour principal mérite de mettre noir sur blanc ce que la plupart des gens ayant connus des proches dépressifs ou étant eux même victimes de cette maladie, c’est-à-dire l’inefficacité à long terme des traitements médicamenteux.

Sans dénigrer à tout prix les progrès importants de la biochimie, cette approche semble t il trouve ses limites dans le traitement des maladies mentales et il semble donc illusoire voir dangereux de mentir au grand public en lui promettant une guérison rapide dans 70% des cas comme c’est actuellement le cas.

Bien évidement on se doute que comme dans tout business générant des milliards de dollars, des collusions/pressions existent entre pouvoirs politiques, groupes industriels, chercheurs et médecins, mais les industriels ne font pour moi qu’exploiter un filon d’une société occidentale causant dans la plupart des cas sa propre souffrance par sa poursuite d’idéaux inatteignables : richesse, jeunesse, beauté, bonheur éternels centrés sur un individualisme autodestructeur.

Sans doute pour ne pas plomber encore davantage le moral du lecteur, Hugnet propose une dernière partie plus positive, avec des solutions simples brisant parfois quelques tabous comme la toute puissance du médecin ou de la psychothérapie, certes sans doute non décisives à elles seules, parfois plus contraignantes à mettre en œuvre mais certainement moins destructives que l’absorption massive de médicaments aux bénéfices et effets secondaires incertains…

Antidépresseurs : mensonges sur ordonnance (Guy Hugnet)
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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 18:50
Dépressives, hystériques ou bipolaires ? Les femmes face aux psys (Thierry Delcourt)

La thématique de la dépression toujours avec « Dépressives, hystériques ou bipolaires ? Les femmes face aux psys » de Thierry Delcourt.

Psychiatre de formation, Delcourt sort ce court ouvrage au titre provocateur en 2013 dans la volonté de s’intéresser aux particularités des troubles psychiques féminins.

On commence par battre les idées reçues en parcourant les habituels stéréotypes attachés aux femmes qu’on constate étroitement liés à leur évolution dans la société.

Dans un monde à dominance masculine, l’histoire a fréquemment associé les femmes au mot « hystérie » sans réellement chercher à approfondir la problématique.

La condition particulière de la femme liée à sa capacité d’enfanter offrait sur un plateau une explication à une sensibilité exacerbée se manifestant par de multiples et imprévisibles sautes d’humeur aux obscures raisons biologiques.

Sous l’influence des travaux de Martin Charcot, qui parquait les femmes réputées aliénées dans des asiles pour justifier complaisamment ses théories classant tous les troubles féminins en « hystérie », cette idée s’est largement répandue pour faire partie à présent du langage commun dans un registre resté peu flatteur.

Après l’arrivée des psychanalystes (Freud, Lacan), se développa une véritable écoute et la possibilité d’étudier moins sous l’emprise des préjugés sociétaux les psychoses féminines.

Delcourt évoque ensuite de nombreux exemples de cas issus de son expérience personnelle, de femmes en étant de souffrance avancé.

L’idée générale est de montrer l’unicité de chaque cas et de ne pas sombrer dans une classification sommaire poussée par la norme américaine du DSM (Diagnostic and statistical manual of mental disorders) aboutissant à propose rapidement un traitement médicamenteux ne résolvant rien dans la durée.

Les différentes stades de la vie de femmes sont ensuite abordés au travers d’exemples de femmes en détresse avec en premier lieu l’adolescence avec le cap difficile de la puberté et des modifications pas toujours acceptées de son corps allant de pair avec l’éveil de la sexualité pouvant jouer le rôle de catalyseur mettant à nue des troubles plus profonds liés aux parents.

Scarification, adoption de look gothique ou idées morbides peuvent alors surgir comme manifestations d’un mal être.

La maternité semble également une épreuve difficile, surtout dans les phases post accouchements ou on demande aux femmes de conserver le même niveau de performance au travail, de gérer les taches ménagères tout en prenant soin de l’éducation de leur enfant.

En effet contrairement aux idées reçues, l’évolution de la société montrent que statistiquement la répartition des taches ménagères n’a pas beaucoup évoluée que les hommes s’y consacrent peu.

Ce surcroit d’activités allié à la pression sociale « d’être heureuse » puisqu’on est mère, peut conduire certaines femmes à l’explosion et à de graves crises psychologiques dont leur progéniture peut aussi être victime.

Outre de spectaculaires effondrements de « Wonder women » qu’on pensait indestructible et se disant prêtes à tout mener de front, d’autres cas plus graves aboutissent à des tentatives de suicides ou de meurtre d’enfant.

Enfin, dans une société faisant la part belle à l’apparence et au jeunisme, la ménopause peut aussi conduire à de spectaculaires troubles, certaines femmes divorçant, se trouvant seules, inutiles car vieilles, sans énergie et non désirables alors que les progrès de la médecine promettent une vie encore active bien après 50 ans en Occident.

Le troisième chapitre bat en brèche la mode de la « bipolarité » véritable fourre tout nosographique dans lequel chacun tend à se classer, sachant que de manière générale, la bipolarité est une caractéristique inhérente à chaque être humain.

Le risque de classer chaque dépression sous le terme de bipolarité est d’aboutir à une surconsommation d’anti dépresseurs réputés efficace pour réguler les troubles de l’humeur.

Delcourt critique le risque de prescriptions hâtives en réponse automatique à un trouble passager sans effectuer une analyse plus profonde, ce qui peut aboutir à « accrocher » un patient à des traitement de longues durées à l’efficacité plus que contestable.

La puissance des groupes pharmaceutiques est mise en avant avec les campagnes de conditionnement qu’ils mènent pour transformer les psychiatres en machines à prescrire.

Opposé à cette approche, Delcourt réclame un investissement du psychiatre visant à comprendre les causes profondes du trouble et à mettre en place des solutions personnalisées indépendantes de toute classification dogmatique.

Il est en effet nécessaire de prendre en compte pour chaque cas l’histoire personnelle du sujet ainsi que son contexte socio-économique, génétique et organique afin d’effectuer un diagnostic le plus précis possible.

Lors de ces séances, le psychiatre doit donner de sa personne pour établir une relation de confiance en se montrant attentif, chaleureux sans être complaisant vis-à-vis d’un patient pouvant être se montrer manipulateur.

D’autres exemples de femmes hyper actives bien insérées socialement et/ou de mère de familles surinvesties sombrant dans corps et âmes dans des « burn out » viennent étayer le discours, avec à chaque fois un chemin vers un retour à la normalité après une période de mise en retrait pour se soigner, en précisant les conditions de ce retour et parfois sa fragilité.

Outre la disparité rémanente entre les hommes et les femmes dans la société avec des salaires moindres, une plus grande précarité et toute la gestion souvent d’un foyer… s’ajoute le triste statut de victime de la violence conjugale.

Si les femmes peuvent également se montrer capables de crise de furie extrêmement violentes, le nombre élevé de femmes violées, battues parfois à mort reste en effet un facteur non négligeable de souffrance féminine.

Impossible également de parler de psychologie sans parler de sexe, avec les difficultés que peuvent rencontrer certaines femmes aux comportements de « collectionneuses » d’amant face aux stéréotypes sociaux encore profondément ancrés voulant voir les femmes comme incapables de coucher sans aimer, plus douces, romantiques, sentimentales et amènent de se dévouer à un seul et unique amour.

Le culte de l’apparence frappe les femmes plus fort que les hommes, avec pour certaines l’obsession de la chirurgie esthétique visant à masque un problème de confiance en soi ou le cercle vicieux de l’anorexie, monstre rampant aboutissant à la jouissance absolue de l’illusion de contrôler le monde par son alimentation.

Ce dernier cas illustré par un exemple de comportement radical, se montre réellement effrayant par son apparente impossibilité d’échappatoire.

Le dernier chapitre, ayant valeur de conclusion, met en exergue les vertus dites positives d’un rapprochement progressif de la souffrance psychique des hommes et des femmes allant de pair avec celui de la société, ou les différences peu à peu se gomment.

En conclusion, « Dépressives, hystériques ou bipolaires ? Les femmes face aux psys » est un ouvrage parfois difficile d’accès en raison de son vocabulaire de spécialiste, de certaines tournures de phrases assez lourdes et de la multiplicité de ses exemples se voulant didactiques.

Le propos est souvent corrosif, se voulant bousculer les idées reçues et proposer des alternatives aux traitements stéréotypées en particularisant le patient, en amenant le psy à s’impliquer et à mettre en œuvre certains procédés artistiques comme l’écriture ou la peinture pour surpasser des situations de blocage.

Plaidoyer féministe penchant nettement du coté de la thèse de la « femme victime » d’une société globalement machiste, « Dépressives, hystériques ou bipolaires ? Les femmes face aux psys » force parfois trop le trait à mon gout mais atteint globalement son but en informant sur les spécificités des troubles féminins, les différences les plus marquées avec les hommes apparaissant pour moi dans les phases de jeune mère ou de ménopause.

Un ouvrage instructif donc même si le style de déménageur pourra rebuter plus d’un (ou une) lecteur(rice).

Dépressives, hystériques ou bipolaires ? Les femmes face aux psys (Thierry Delcourt)
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