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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 09:27
Melancholia (Lars Von Trier)

Je n’avais jamais vu un seul film de Lars Von Trier, aussi ai-je visionné « Melancholia » avec beaucoup de curiosité,

Sorti en 2011, « Melancholia » commence par un fastueux mariage au Danemark entre Justine (Kirsten Dunst) et Michael (Alexander Skarsgard).

Le couple est hébergé dans un véritable château du bord de mer, propriété de John (Kiefer Sutherland) le mari de la sœur de Justine, Claire (Charlotte Gainsbourg).

Mais au fil de la soirée, quelque chose se coince dans cette mécanique qui se devait être bien huilée et le comportement de Justine s’altère fortement avec de violentes crises d’angoisse.

Se dérobant à ses obligations, Justine étouffe et enlève ses habits de marié pour prendre un bain, ce qui provoque l’inquiétude autour de son absence.

Elle parait aussi difficile à raisonner que sa mère Gaby (Charlotte Rampling) elle aussi très en retrait, qui méprise l’argent de John.

Irrité par le comportement de ses invités, John décide de chasser Gaby et fait une scène à Claire, qui de son coté, tente par la douceur et la persuasion de remettre Justine dans le droit chemin.

Revenue avec ses invités, Justine dérape à nouveau, insultant Jack (Stellan Skarsgard) le patron de son agence de publicité, qui après avoir envoyé Tim (Brady Corbet) un sous fifre la harceler pour obtenir le titre d’une nouvelle campagne de publicité, le renvoie.

Furieux également de cette humiliation publique, Jack quitte le mariage.

Justine qui vient de perdre son emploi sur un coup de sang, reçoit néanmoins beaucoup de compréhension de son mari Michael.

Mais elle n’honore même pas sa nuit de noce, s’enfuyant dans la nuit et faisant brutalement l’amour avec le malheureux Tim sur le très cher green de golf de John.

S’en est trop pour Michael qui rompt sur le champs avec elle.

Après le départ des invités et le naufrage de la soirée, Justine reste seule et très malade dans le grand château avec Claire, John et leur jeune fils Leo (Cameron Spurr).

Il semblerait ensuite que l’approche soudaine d’une planète extra terrestre appelée Melancholia soit à l’origine de sa brusque crise de dépression.

Tout en tentant de minimiser l’évènement par le fait que la planète va passer à coté de la Terre sans causer le moindre dommage, John ne parvient pas à rassurer sa femme, dévorée d’anxiété.

Claire se montre néanmoins dévouée avec Justine, la lavant et la nourrissant pour l’aider à reprendre des forces.

Les deux femmes font du cheval ensemble, mais le comportement étrange de Justine s’accorde mal avec le contrôle d’un cheval.

Melancholia s’approche de manière inquiétante de la Terre en modifiant l’atmosphère et provoquant un énorme blackout électrique.

Claire est terrorisée, Justine qui perçoit la fin du monde, s’offre elle nue en pleine nuit à l’influence de cette planète étrange.

Après une nouvelle tentative de John pour la rassurer, Claire s’aperçoit que son mari a disparu pour se donner la mort dans l’écurie en ingurgitant des médicaments.

Sa lâcheté la bouleverse et après une courte de période de mensonge visant à ne pas affoler Leo, elle comprend qu’il convient de se résigner à disparaitre.

Un dernier entretien avec Justine lui permet de décider de la meilleur marche à suivre et le trio se place sur une cabane pour enfant crée par Leo dans le jardin afin d’assister à l’explosion finale qui arrive dans une gerbe de lumière intense.

En conclusion, « Melancholia » est un film lent, sombre et anxiogène qui n’est pas recommandé aux personnes fragiles ou déjà déprimées.

Dirigeant des acteurs excellents (prix d’interprétation féminine à Cannes pour Kirsten Dunst), Lars Von Trier se montre virtuose dans sa réalisation aux images superbes et glacées.

L’originalité et l’audace d’un sujet à contre courant mêlant maladie (dépression) et fin du monde, me poussent à reconnaitre les grandes qualités de ce film, qui aurait gagné je pense néanmoins à inclure plus de rythme sur ses deux longues heures.

Mais peut être que sa lenteur se veut elle révélatrice du spleen de son actrice principale…

Fort de cette première expérience, je vais surement découvrir d’autres films du Danois multi récompensé.

Melancholia (Lars Von Trier)
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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 10:38
Un quinze août à Paris (Céline Curiol)

Toujours la même thématique avec « Un quinze août à Paris » de Céline Curiol.

Sorti en 2014, « Un quinze août à Paris » est un récit autobiographique qu’on imagine cathartique d’une jeune femme ayant souffert en 2009 d’une dépression de plusieurs mois avant de refaire peu à peu surface.

De manière assez étonnante, Curiol place rapidement son témoignage sous l’angle d’une étude ultra référencée se voulant analytique pour décortiquer les mécanismes profonds d’une maladie intérieure encore mal comprise.

Frappée en plein mois d’août 2009, l’auteur relate tout d’abord une phase de déni visant à minimiser le mal et à vouloir s’en sortir seule, sans doute vis-à-vis de la pression sociale que provoque l’annonce de ce type de maladie.

Mais une succession de douleurs somatiques inhabituelles (mal à la poitrine, aux intestins, palpitations cardiaques) puis réactions parfois violentes comme vouloir descendre d’une voiture en marche, finissent par l’amener à voir la réalité en face et à consulter un psychiatre.

Le symptôme principal devient une immense lassitude, une pesanteur du corps et une perte d’intérêt général pour les choses du quotidien.

En proie à des profonds mécanismes internes, le déprimé sort progressivement de la vie et s’isole dans son mal être.

Ses conversations décousues et son comportement asocial finissent généralement par dérouter ses proches, qui le fuient assez rapidement de peur d’être eux même contaminés par quelque chose qui échappe à leur entendement.

Curiol dit pourtant avoir eu à cet instant de sa vie un besoin impérieux d’une aide venant de l’extérieur, une présence, une parole constituant un appui pour tenter de s’extirper de ce bourbier mental.

Mais livrée à elle-même dans un Paris déserté (y compris par les médecins !) au mois d’aout, elle s’enfonce seule dans son malaise enchainant les crises de paniques et les fantasmes de suicide pour y mettre brutalement un terme.

Après la solitude, le chapitre suivant est consacré au suicide, avec de multiples références comme « Martin Eden » de Jack London ou « Melancholia » de Lars Von Trier, « Le mythe de Sisyphe, » d’Albert Camus ou d’autres plus scientifiques.

Curiol conteste le libre arbitre d’un sujet à se supprimer et préfère considérer un sujet dans un état de déséquilibre émotionnel, psychique, chimique tel que la décision qu’il prend n’est en rien le fruit de sa raison.

Est cité l’exemple de Edwin E Aldrin, l’un des premiers cosmonautes américains à aller sur la lune en 1969, qui sombra après son retour sur terre dans la dépression faute d’avoir trouvé un accomplissement à sa vie et se suicida.

La dépression semble toucher de manière plus prononcée les personnalités artistiques, comme ci le génie créateur devait s’accompagner d’une face sombre et maudite, constitué par certains comme un moteur (Ingmar Bergman) avant de devenir parfois un fardeau impossible à porter qui finit par anéantir son propriétaire.

Une fois avoir pris conscience de la réalité et la gravité de son mal, la route vers les anxiolytiques semblait inéluctable.

Ceux-ci aidèrent à trouver le sommeil, à apaiser le corps mais Curiol tout en reprenant des arguments scientifiques de Julia Kristeva, souligne leur probable insuffisance à soigner le mal à la racine, comme si la question ne résidait que dans un simple déséquilibre d’échanges chimiques.

Après avoir relaté un épisode désagréable ou son médecin ayant oublié avant de partir en vacance de renouveler sa prescriptions, l’auteur erre dans les hôpitaux publics du XVIII ième arrondissement essuyant refus sur refus et suspicions des médecins la considérant comme une toxicomane en manque, Curiol relate ses périodes d’arrêts de prise de médicaments, les effets secondaires qui en résultent (tremblements, pleurs convulsifs) avant finalement d’arriver en accord avec son médecin d’arrêter leur prise six mois après.

Par la suite, Curiol décrit le sentiment de perte de lien avec son corps et suppose que le rapport hiérarchique entre esprit et corps peut être revu, certaines mécanismes émotionnels pouvant s’enclencher directement et de manière automatique sans contrôle possible de l’esprit.

Cette approche, intéressante pourrait expliquer l’impossibilité pour un sujet de réduire la dépression par la seule force de sa volonté, puisqu’elle agirait sur des mécanismes plus enfouis ayant prises directement sur le corps, qui de ce fait se désolidarise de l’esprit.

Le sentiment d’échec personnel, de perte d’envie, de la notion du temps de sa continuité et donc du lien vers l’avenir, du repli continuel vers le passé provoquant une activité cérébrale importante mais parfaitement inutile et néfaste, puisque aboutissant à l’immobilité, sont ensuite décryptés.

Le déprimé parait également profondément handicapé par son incapacité à user de son imagination, faculté importante pour supporter un réel anonyme souvent décevant et anxiogène.

Mais Curiol parviendra peu à peu à remonter la pente, relatant l’effet bénéfique d’un voyage promotionnel au Costa Rica, ou à la faveur d’un bain de mer imprévu, elle sentit enfin son corps se réveiller sous l’action bénéfique du soleil et de la mer.

Le retour ses sensations s’accompagnera de celui du désir, indispensable pour entreprendre quelque chose, désir qui sera entretenu par le retour d’habitudes : marcher, travailler, routines aux vertus constructives et stabilisatrices sur l’esprit humain.

En guise de conclusion, Curiol voit dans le symptôme dépressif le résultat d’une perte de croyance en soi, ce qui explique à mon sens pourquoi les adeptes d’une religion sont généralement mieux protégés que les athées livrés à un libre arbitre parfois embarrassant car source de doutes et de fissurations.

La faculté à se raccrocher à des croyances fortes, ce qu’on appelle communément des « raisons de vivre » permettant d’envisager un futur et de mettre en œuvre des forces propulsives pour l’atteindre ou tout du moins se maintenir à flot, semble pour l’auteur un critère déterminant pour ne pas chuter au moindre événement déstabilisateur (décès d‘un proche, perte d’emploi, déménagement…)

Puis le livre conclut par un message d’espoir mesuré, la perspective d’une guérison pas à pas, le retour de la joie et de la vie en société lors de fêtes de fin d’années 2009.

En conclusion, « Un quinze août à Paris » m’a surpris dans la mesure ou l’auteur a cherché à une analyse méthodique des mécanismes de la dépression en effectuant un travail de recherche quasi universitaire plutôt qu’à privilégier un approche centrée sur les émotions.

On peut y voir le signe d’un esprit rationnel scientifique au détriment d’une approche plus littéraire qui m’aurait je le pense davantage séduit.

Malgré cet écueil principal, « Un quinze août à Paris » demeure instructif, relatant au travers d’une expérience personnelle, le processus infernal de déni initial du mal en le raccrochant à des causes physiques externes, la désoçabilisation du malade rejeté progressivement par ses proches qu’il embarrasse par ses tourments irrationnels, l’impression de se consumer dans l’intérieur dans une angoisse paralysante détruisant toute volonté d’entreprendre une action de survie, la perte de buts, de raisons de vivre pouvant conduire à l’acte ultime et désespéré du suicide pour mettre un terme à des souffrances intolérables.

Fort heureusement, Céline Curiol évoque des pistes de sortie comme se raccrocher à des croyances suffisamment fortes pour stimuler l’imagination et le désir d’accéder à un futur mais également conserver des habitudes garantes d’un certain équilibre, quitte à les modifier de temps à autre pour créer une nouvelle étincelle.

Le témoignage est courageux et l’optimisme modéré, comme le comprend devant la dangerosité du mal.

Un quinze août à Paris (Céline Curiol)
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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 09:58
La dépression (Dominique Barbier)

Approche thématique atour de « La dépression » de Dominique Barbier.

Paru en 2003, « La dépression » est un ouvrage de vulgarisation visant à expliquer et conseiller le grand public sur un mal connu depuis l’Antiquité sous le nom de Mélancolie et encore aujourd’hui mystérieux bien que très répandu dans le monde.

Expert psychiatre, Barbier commence par battre en brèche certaines idées reçues sur la dépression vue par le grand public souvent comme une maladie honteuse résultant d’une marque de faiblesse.

Fréquente, handicapante et parfois mortelle (suicide), la dépression touche pourtant toutes les couches de la population mondiale.

Très didactique, l’ouvrage expose plusieurs exemples de situations types permettant d’appréhender la dépression du bébé, la post natale de la mère, de l’enfant, de l’adolescent, de l’adulte et enfin du vieillard.

On découvre donc les symptômes permettant de détecter chez un nourrisson une dépression pouvant provenir par exemple d’une séparation précoce d’avec la mère dont il est étroitement dépendant les premiers mois de son existence.

Au bout d’un certain temps, certains nourrissons peuvent devenir indifférents, refuser de s’alimenter, voir leur développement bloqué et contracter des infections.

Les dépressions des enfants et des adolescents sont pour moi voisines et se traduisent par des symptômes allant du repli sur soi dans les phases de tristesse ou des comportements de révoltes violents entrainant excès en tout genre (petite délinquance, anorexie, alcool, drogue) pouvant aller jusqu’au suicide.

Des problèmes à l’école (absentéisme, chute des résultat, rébellion) peuvent constituer des signaux d’alerte par rapport à des causes du malaise souvent familiales (le divorce des parents entrainant un sentiment d’abandon ou de rejet).

D’autres facteurs peuvent jouer le rôle de catalyseurs comme un milieu socio économique défavorisé, la présence d’une autre maladie grave sachant que la cause génétique de la dépression reste soumise à débat parmi les spécialistes.

On notera également des réflexions intéressantes sur les troubles chez les adolescents, avec l’affaiblissement du modèle parental et la recherche des références auprès des copains avec des résultats parfois désastreux, les changements intervenants dans les phases de la puberté étant reconnus comme des phases de bouleversements intenses avec une transition parfois difficiles entre le monde idolâtré de l’enfance et celui plus inquiétant des adultes.

Pour Barbier il convient lorsqu’un problème d’ordre psychologique est détecté de se retourner vers des structures spécialisées pour le traitement des adolescents.

Par la suite, on s’intéresse au cas particulier du « burn out », touchant plutôt les jeunes adultes se consumant corps et âme dans leur activité professionnelle avec une représentant accrue chez les métiers de « soignants » en prise directe avec la souffrance, la misère et la maladie.

Après une phase d’exaltation, la chute intervient avec des troubles physiques : sommeil, digestion, douleurs diverses puis mentaux : irritabilité, intolérance, baisse de l’activité…avec un sentiment d’être vidé de ses forces.

Les causes souvent inconscientes du burn out viennent se nicher dans une volonté de reconnaissance, de contrôle sur autrui avec parfois la tentation de régler certains conflits personnels.

Lorsque cela ne se traduit pas par les effets escomptés notamment l’absence de reconnaissance par exemple en attendant une promotion, la frustration puis l’effondrement peuvent ensuite survenir avec une envie d’évitement des relations humaines accompagnée de désir de mutation/reconversion.

Des mécanismes de défense peuvent alors être mis en place sans aller jusqu’au traitement médical avec une réorganisation de son travail (variété des taches, temps partiel), une meilleure communication pour sortir de l’isolement et enfin le développement d’activités parallèles (sport, arts, divertissement) permettant de s’épanouir hors du cadre professionnel.

Très fréquent mais moins connu du grand public, le « baby blues » ou post partum touche les femmes devant faire face à une situation nouvelle, sortir d’une situation somme toute confortable de grossesse pour devoir devenir une mère.

Les peurs enfouies de « ne pas être à la hauteur », de perdre à tout jamais son statut passé de femme, peuvent alors venir ronger de l’intérieur la jeune mère soumise par ailleurs à une violente pression de la société qui ne comprend pas pourquoi elle n’est pas heureuse.

Difficile à détecter car s’exprimant par des moyens détournés de souffrance physique ou de réactions disproportionnées comme passer du rire aux larmes attribués à l’émotion, la dépression post partum est souvent mal soignée mais et c’est là plutôt une bonne nouvelle s’avérer de courte durée si une thérapie cognitivo-comportementale visant à revaloriser rapidement la mère est mise en place.

Encore plus méconnue et taboue, la dépression des séniors fait encore plus de ravages en raison de l’isolement social, familial et affectif des personnages âgées dans le monde occidental.

Elle conduit pourtant souvent au suicide soit de manière violente soit en se laissant mourir.

Cette partie est à mon sens la plus intéressante du livre car remettant en cause le modèle de fonctionnement de la société occidentale, qui du fait de son obsession pour la jeunesse éternelle et la tabou de la mort, rejette souvent les personnes âgées en raison de l’angoisse qu’elle projette sur elle: celle de sa propre finitude.

Touchés par un ralentissement biologique général et une perte progressive des foncions essentielles qu’elle soient physiques ou intellectuelles, les séniors vivent parfois mal ce processus et sont de plus soumis à d’autres maladies mentale comme Parkinson ou Alzheimer qui peuvent faire passer à tort la dépression au second plan.

Tout en proposant les techniques habituelles de psychothérapie et de chimiothérapie compensatoire mesurée en prenant garde à prendre en compte à ne pas interférer avec les autres prescriptions des médecins, Barbier pousse à revaloriser la place des séniors dans notre société, en raison de la richesse que présente leur expérience de la vie et de la possible acceptation de notre propre fin qu’ils nous permettraient d’atteindre.

Après avoir passé en revue les principaux cas, Barbier s’intéresse aux moyens de soigner en insistant sur l’importance de la détection de phénomènes avant coureurs : insomnies, baisse de libido, manque d’énergie, changements d’humeurs, somatisations (céphalées, troubles digestifs, fatigue).

Consulter rapidement par exemple un généraliste pour bénéficier de conseils peut aider mais d’autres méthodes plus simples comme le changement des habitudes (repos, loisirs, vacances) sont autant de bonnes pratiques.

Lorsque tout ceci ne suffit pas et que le mal s’installe, se pose ensuite l’épineuse question du diagnostic.

Et là on peut dire que malgré une tentative de normalisation américaine dans les années 50 appelée DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), que les psychiatres et encore plus les généralistes ne sont pas aidés par la complexité des classements des différents types de dépression.

Cette nosographie nébuleuse soumise à controverse et à de régulières querelles entre spécialistes, rend difficile l’identification du mal et par conséquent son traitement.

La fatigue surtout chronique dont se plaint une personne sur deux peut parfois présente des symptômes similaires à la dépression mais doit pourtant être traitée différemment.

Les causes exogènes notamment de deuil sont également particulières et peuvent entrainer des phases de tristesse et de repli sur soi. Elles s’estompent normalement avec le temps et surtout un processus d’acceptation de la perte, en cultivant en soi la mémoire du disparu.

Si la phase persiste au point de paralyser la propre vie de l‘individu, un traitement (psychothérapie+chimiothérapie) peut être possible.

Pour les autres cas, si les symptômes bien connus des spécialistes de la dépression peuvent aboutir à son dépistage, l’identification précise reste extrêmement difficile.

On distingue les névroses dues à des causes externes, des psychoses dues à des causes internes, vraisemblablement génétiques, avec pour ces dernières de multiples subdivisions comme les psychoses maniaco-dépressives caractérisées par des phases d’abattement mélancolique et d’hystérie pouvant mettre le sujet dans des situations dangereuses nécessitant une hospitalisation.

On assiste alors à plusieurs manifestations de dépréciation de soi, d’anxiété, voir de mutisme puis de confusion et délire.

Viennent ensuite les dépressions chroniques appelées dysthymies liées à un conflit intérieur, les saisonnières liées à l’hiver, les brèves récurrentes marquées par leur brutalité et d’autres plus masquées ou secondaire d’un autre mal qu’il soit psychologique (phobie, obsession), organique ou médicamenteux et enfin une multitude d’état mixtes inclassables.

Face à cette foret inextricable, Barbier se fait plus pragmatique en diffusant des conseils aux proches d’un déprimé (écoute sans sollicitude excessive ou complaisance, tentatives de revalorisation, importance d’une activité physique comme la marche).

Les approches violentes aves des raisonnements à l’emporte pièce du type (« secoue toi ») sont à proscrire.

Un dialogue avec le médecin traitant est nécessaire afin de faciliter sa tache et la guérison du patient.

La présence doit être efficace mais discrète en pensant également à se protéger soi même afin de ne pas être affecté par le propre état dépressif du patient.

Dans certains cas, une décision douloureuse d’hospitalisation par un tiers devra être prise.

Lorsqu’on aborde les thérapies, Barbier commence par passer en revue l’approche médicamenteuse,en raison de l’apport des antidépresseurs dans le traitement de ce type d’affection.

Ces médicaments contenant des effets secondaires parfois importants doivent être choisis avec discernement et administrer avec rigueur pour observer une apport bénéfique qui n’est pas la plupart du temps immédiat.

Stimulants ou inhibiteurs, ces médicaments comme le Prozac ou ceux à base de lithium régulent en principe les troubles de l’humeur et sont sensés permettre au bout de six mois de traitement le patient à guérir tout en soulignant que la principale difficulté réside dans le fait que bon nombre de patients ne suivent pas les prescriptions de leur médecin ou arrêtent prématurément leur traitement.

De manière plus surprenante, l’electro-convulsiothérapie qu’on assimile communément à des traitement barbares, est mise à l’honneur en raison de ses résultats performants sur la mélancolie et de son protocole opératoire réputé à présent indolore.

Malgré son net recul face à la pression des grands groupes pharmaceutiques, la psychothérapie ne doit pas être négligée et être couplée si besoin à l’approche médicamenteuse pour augmenter les chances de guérison.

Les principaux types de psychothérapies sont alors présentées : celles cognitivo-comportementales plutôt brèves, directives et collective visant acquérir des changements de comportements permettant de résoudre une situation donnée et celles psychodymaniques (ou psychanalyse) portées sur l’analyse du passé travaillant sur la personnalité profonde du patient afin de résoudre un conflit généralement inconscient.

Les dernières parties sont consacrées à la récidive, qui touche malgré les propos rassurant du médecins, 60% des cas.

On parle alors de dépressions résistantes lorsque les traitement ne suffisent pas à les enrayer ou chroniques lorsqu’elles se répètent.

Les causes pour explique ce phénomènes restent confuses : l’age (plutôt 30-40 ans), le sexe (plutôt féminin quoique de plus en plus masculin), les antécédents familieux (cause génétique ?) , la solitude affective (veuvage, divorce, séparation), la situation socio-économique…

Le pire risque reste le suicide, vécu par le patient comme une libération d’une souffrance trop lourde à porter, d’une situation inextricable dont la mort est la seule issue, le processus pouvant etre méticuleusement préparé pour les mélancolique ou exécutée de manière spontanée par les impulsifs.

On termine sur une statistique glaçante, le suicide dont le statistiques sont sous estimées est la première cause de mortalité en France devant les accidents de la route.

En conclusion, « La dépression » est le parfait livre de vulgarisation pour une personne non experte désireuse de s’intereresser à ce sujet complexe, difficile car tabou qui touche beaucoup de familles dans le monde.

Il permet d’acquérir les connaissances générales à une vue d’esnemble sur la question.

Tout en restant plus que dubitatif sur les différents classements de cette maladie et l’efficacité réelle des thérapies compte tenu des cas important de rechute, j’ai apprécié la description de différentes catégories de personnes pouvant etre touchées, notamment les nourrissons ou les vieillards souvent oubliés, alors que les adolescents ou les jeunes actifs victimes de burn-out sont souvent sur-représentés.

Quelques grands enseignements sont à retenir à mon sens : les conseils pratiques pour la meilleure attitude à adopter pour soi-même ou l’entourage face à une situation qui laisse souvent désemparé en développant des mécanismes de défense, d’écoute ou aux vertus stabilisatrices.

J’ai également apprécié les réflexions sur les évolutions de la société aboutissant à l’exclusion des vieillards qui représentent le reflet de notre propre fin et la volonté de guérir vite en prenant des médicaments dans un idéal de performances immédiates alors qu’une approche plus en profondeur par le biais de la psychothérapie me semble plus interessante et surtout moins dangereuse physiquement.

Je recommande donc ce livre à toute les personens désireuse d’une première approche sur le sujet.

La dépression (Dominique Barbier)
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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 22:24
11.6 (Philippe Godeau)

Tout auréolé de son écrasant succès de « Intouchables », François Cluzet en état de grâce tourne ensuite dans « 11.6 » de Philippe Godeau.

Sorti en 2013, « 11.6 » se base sur un fait divers, le vol en 2008 de onze virgule six millions d’euros par un convoyeur de fond répondant au nom de Tony Musulin.

Incarné ici par François Cluzet, Tony Musulin travaille depuis une dix sept ans chez IBRIS, une société de la banlieue lyonnaise spécialisée dans le transport de fond.

Le spectateur suit le quotidien de Musulin, évoluant avec son équipe de trois : Arnaud (Bouli Lanners), homme d’âge mur bougon à la sensibilité à fleur de peau et Nabil (Eric Bernard) plus jeune et de meilleure composition.

On découvre un univers ultra masculin, très chambreur, avec salles de muscu, alcool et prostituées.

Sorti de ses collègues et de sa société, Musulin mène une vie sans éclat, mangeant et dormant chez sa compagne Marion (Corinne Masiero), propriétaire d’un minable bar restaurant.

Irrité par ses conditions de travail et par les tentations de tout cet argent qui transite dans ses mains , Musulin compense par un gout affiché pour les voitures de sport et finit par craquer un jour en achetant pour de vrai une Ferrari.

Il frime alors au volant de son bolide, s’offrant de belles virées, soit avec Marion au départ peu regardante sur la provenance de cet argent soit avec son cousin dans les Alpes.

Au cours d’une soirée, Musulin rencontre Natalia (Juana Acosta) une guide de montagne suisse dont il tombe éperdument amoureux.

La jeune femme ignore que Musulin a lorsqu’il lui parle déjà pris comme décision radicale de se séparer de Marion et surtout détourner les millions d’euros qu’il transporte.

Après avoir fait en sorte de se brouiller avec Arnaud en tuant la petite souris qu’il avait pris en affection, Musulin change d’équipiers et n’a aucun mal à les berner, mettant ainsi en place un plan longuement étudié, qui lui permet de cacher une partie de l’argent dans un parking doté d’un double mur en béton patiemment érigé de ses mains.

Ardemment recherché, Musulin tente de retrouver Natalia mais apprend que la jeune femme est partie en expédition en haute montagne.

Ce qui devait arriver arrive finalement et Musulin est arrêté à Monaco… mais la police ne retrouve pas 2 millions qui restent à ce jour encore manquants…

En conclusion, « 11.6 » est un film sobre, rude, dépouillé et masculin comme on les aime mais qui masque la faiblesse de son scénario par une interprétation hors norme de Cluzet, parfait dans un rôle d’introverti bourru mais cérébral.

On pense parfois au « Convoyeur » l’action en moins, également à « L’adversaire » la tension psychologique également en moins, en se disant que pour plaisant qu’il soit, « 11.6 » manque par trop d’épaisseur pour dépasser le stade du fait divers…

11.6 (Philippe Godeau)
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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 13:41
L'adversaire (Nicole Garcia)

Nous passons de l’univers de muscles virils de Rocky à celui plus feutré et subtil de Nicole Garcia pour « L’adversaire » film français sorti en 2002.

Adapté d’une histoire abominable mais vraie ayant déjà inspiré Emmanuel Carrère, celle d’un père de famille, Jean-Claude Romand ayant tué toute sa famille au début des années 90 car il ne supportait pas de leur avouer vingt ans de mensonges concernant sa vie de médecin à Genève, « L’adversaire » se déroule en Suisse ou Jean-Marc Faure (Daniel Auteuil), médecin chercheur à l’OMS, mène une vie en apparence paisible.

Jean-Marc a effet une belle femme Christine (Géraldine Pailhas) et deux enfants, mais est en réalité peu présent, passant de longues journées à son travail.

Très respecté, il fait parti des notables de la ville et entretient une belle relation d’amitié avec son ami Luc (François Cluzet), qu’il a connu à la Fac de médecine.

Pourtant peu à peu, un malaise s’installe, car en réalité Jean-Marc ne travaille pas à l’OMS ou il se rend pourtant chaque jour.

Il passe ses journées seul, errant à la cafétéria du centre, sur des parking d’aires d’autoroute, se rendant à des séminaires de médecine ou achetant une quantité impressionnante de revues spécialisés.

Le spectateur comprend donc assez rapidement que Jean-Marc n’est pas médecin et s’invente une vie qu’il n’a pas, dupant son monde.

Il vit en abusant de la confiance de ses parents, pillant leurs compte mais rapidement la pression sociale devient trop forte et le pousse à acheter une spacieuse maison plus conforme à son standing.

Pris à la gorge par ses dettes, Jean-Marc dupe son beau père (Bernard Fresson) en volant l’argent que celui-ci lui avait confié pour réaliser selon lui un placement hyper avantageux dans les banques suisses.

Lorsque ce dernier lui réclame son argent, Jean-Marc élude tout d’abord, s’inventant un séminaire surprise alors qu’il passe en réalité une semaine dans une minable chambre d’hôtel de l’aéroport.

Finalement, Jean-Marc est contraint d’assassiner son beau père en le faisant tomber d’une échelle.

Tout le monde croit à un accident et la famille Faure peut ainsi s’acheter la splendide maison de leurs rêves.

Pourtant au fil des petits incidents émaillant le quotidien, Christine se pose de plus en plus de question sur son mari, décelant de petits mensonges ou d’embarrassantes zones d’ombres lorsque d’authentiques médecins lui rapportent ne pas connaitre son mari.

Engoncé dans ses mensonges, Jean-Marc séduit de plus Marianne (Emmanuelle Devos) ex femme de son ami Rémi (François Berléand), un homme beaucoup plus âgé qu’elle.

Sensuelle et libérée, Marianne l’attire comme un aimant et pour obtenir ses faveurs, le terne Jean-Marc déploie le grand jeu, l’invitant dans des restaurants et voyages couteux.

La jeune femme ne se laisse pas séduire facilement pour autant un peu inquiétée par la personnalité sombre de son soupirant et rompt assez rapidement leur relation.

Lorsque Marianne touche une forte somme de son divorce, Jean-Marc ne peut résister à la tentation et accepte de placer l’argent, qu’il consomme à ses fins personnelles.

Bien entendu, Marianne ne tarde pas à réclamer l’argent que n’a plus son ex amant.

La situation de Jean-Marc semble sans issue et ses dettes semblent sans fin.

Acculé et très stressé, il prend une décision radicale : éliminer sa famille, sa femme et ses deux enfants qu’il abat froidement à coups de fusil de chasse.

Ce crime horrible est suivi du meurtre de ses parents, habitant seuls dans une maison isolée du Jura profond.

Pour terminer, Jean-Marc appâte Marianne par un diner chez Bernard Kouchner en région parisienne et la bloque dans une foret en pleine nuit.

Agressée à coup de bombe lacrymogène, la jeune femme échappe miraculeusement à la mort, Jean-Marc victime d’une absence renonçant in extremis à l’éliminer.

De retour chez lui, il met le feu à sa maison mais … survit au final bien que grièvement blessé.

En conclusion, « L’adversaire » est un film puissant et sombre, installant une atmosphère froide dans la beauté de l’hiver de la Suisse et du Jura.

Dans ses paysages splendides, se noue pourtant un drame sans retour, porté par d’excellents acteurs avec en tête un Daniel Auteuil en état de grâce, qui aurait pu selon moi largement avoir le césar voir plus.

Impossible de ne pas être hanté par ce personnage solitaire et torturé, dont le fort orgueil n’a jamais supporte l’échec et de décevoir ses parents, de modestes forestiers jurassiens.

« L’adversaire » rappelle combien certaines personnes mènent une double vie, affichant une façade de parfaite respectabilité devant la société, tout en masquant les terribles profondeurs de leur psychisme malade et ai pour moi à ce titre un authentique chef d’œuvre noir.

L'adversaire (Nicole Garcia)
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 15:17
Vol au dessus d'un nid de coucous (Milos Forman)

Monument du cinéma avec le multi oscarisé « Vol au dessus d’un nid de coucous » de Milos Forman.

Sorti en 1975 d’après un roman de Ken Kesey, « Vol au dessus d’un nid de coucous » raconte l’histoire de Randall Mc Murphy (Jack Nicholson), un détenu de droit commun condamné pour agressions et viol, qui cherche à simuler la folie pour atterrir dans un hôpital psychiatrique et ainsi pouvoir se soustraire plus facilement aux rigueurs du régime pénitencier.

Malgré la surveillance étroite du directeur et de l’infirmière en chef Mildred Ratched (Louise Fletcher), Mc Murphy se montre plutôt convainquant dans son rôle et parvint à s’attirer la sympathie des autres malades composés de Bromden (Will Sampson) géant indien sourd et autiste, Billy (Brad Dourif) jeune homme fragile, le très émotif Cheswick (Sydney Lassick), Martini (Danny De Vito) petit homme très atteint, le distingué et un peu efféminé Harding (William Redfield) ou les plus taciturnesTaber (Christopher Lloyd) et Fréderickson (Vincent Schiavelli).

Insolent et frondeur, Mc Murphy va progressivement remettre en cause les règles strictes édictées par Ratched, et donner aux malades un vent de liberté et de transgression auquel il n’était plus habitués.

Ainsi, Mc Murphy organise des parties de cartes délirantes ou on joue des cigarettes et demande à ce qu’on décale les horaires pour assister au championnats du monde du sport national, le baseball.

Cette attitude ne tarde pas à le mettre dans le collimateur de le la direction, relayée par Ratched et ses deux surveillants noirs, Washington (Nathan George) et Warren (Mwako Cumbuka), aussi les accrochages physiques et séquence de shoot forcés sont-elles monnaies courantes.

Mais Murphy persévère, profitant d’une excursion en bus pour emprunter un bateau et organiser une délirante partie de pêche avec ses amis fous ou faire jouer une partie de basket ball contre les surveillants, dans laquelle Bromden parvient à exprimer son physique de Goliath.

Pris en sympathie par ses camarades, Mc Murphy caresse des envie de liberté et les concrétise en faisant venir avec la complicité du gardien Mr Turkle (Scatman Crothers) dans l’hôpital deux prostituées, Candy (Mews Small) et Rose (Louisa Morris).

L’ambiance devient alors dionysiaque dans l’hôpital et l’alcool coule à flot auprès des malades dans un esprit de transgression absolu.

Le bruit attire néanmoins la surveillante de nuit ce qui place Turkle en fâcheuse posture mais la nuit continue néanmoins d’aller à son terme.

Lorsque le lendemain Ratched découvre le carnage, elle se montre impitoyable.

Billy qui avait eu droit grâce à Mc Murphy a quelques moment de plaisir avec la belle Candy est sévèrement menacé et incapable de supporter la pression psychologique se suicide ce qui déchaine la colère de Mc Murphy, qui tente d’étrangler Ratched.

Il est empêché in extremis par les gardiens et subi en retour un traitement sévère qui le lobotomise.

Incapable de voir son ami dans cet état végétatif, Bromden met fin à ses souffrances en l’étouffant avec un coussin et s’enfuie à travers champs, honorant ainsi une vielle promesse d’évasion commune.

En conclusion, au risque de déplaire et de choquer, je n’ai pas aimé « Vol au dessus d’un nid de coucous » car je pense faire un blocage complet autour de l’univers hospitalier en général, et psychiatrique d’autre part.

Nicholson étant pour moi un acteur particulièrement antipathique, je n’apprécie pas son jeu et son coté voyou rebelle entrainant des pauvres types dans une brève rébellion sans espoir contre un système toujours de fait plus puissant.

Partant de ce constat, le film me parait donc particulièrement vain sur la fond et hideux sur la forme, très glauque et déshumanisée des hôpitaux avec à mon sens une représentation forcément édulcorée de la réalité.

Désolé donc, mais « Vol au dessus d’un nid de coucous » ne constitue pas mon genre de cinéma et demeure à mon sens parfaitement irregardable !

Vol au dessus d'un nid de coucous (Milos Forman)
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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 22:24
Flight (Robert Zemeckis)

Sorti en 2012, « Flight » de Robert Zemeckis eut en son temps un joli petit succès du notamment à la présence de la star Denzel Washington.

Dans ce film, Whip Whitaker (Denzel Washington) est un pilote de ligne, ayant une fâcheuse tendance à boire plus que de raison, qui doit embarquer pour un vol intérieur à Atlanta après une nuit blanche en compagnie de l’hôtesse de l’air Katerina Marquez (Nadine Velazquez).

Epuisé, Whip prend de la cocaïne et deux nouvelles fioles de vodka pour tenir le coup et se prépare au décollage en compagnie du commandant en second Ken Evans (Brian Geraghty).

Mais en violent orage éclate et perturbe fortement la manoeuvre.

Contre l’avis de Ken, Whip pousse la manette des gaz à fond pour traverser au plus vite la nappe nuageuse au risque de détériorer l’appareil et de secouer violemment les passagers.

Il y parvient mais en phase d’approche de sa destination, les gouvernes de l’avion se bloquent entrainant un plongeon en piqué vers l’aéroport.

Aidé par Margaret Thomason (Tamara Tunie) une hôtesse expérimentée, Whip tente une nouvelle manœuvre audacieuse et retourne l’avion pour le stabiliser puis parvient à le poser en atterrissage forcé sur un champs.

Il survit au crash et se réveille dans une chambre d’hôpital, est pris en main par Charlie Anderson (Bruce Greenwood) représentant du syndicat des pilotes pour l’aider à répondre à une enquête du NTSB, l’autorité nationale chargée de mener l’enquête sur l’origine du crash et l’indemnisation des six personnes tuées, au nombre desquelles figure Katerina.

Whip comprend qu’il aura besoin des service de l’avocat de Hugh Lang (Don Cheadle) lorsque les analyses toxicologiques révèlent la vérité.

A l’hôpital, il reçoit la visite de son ami et dealer Harling Mays (John Goodman) et sympathise avec Nicole (Kelly Reilly), une toxicomane dont la vie part à la dérive après une overdose.

En sortant de l’hôpital avec une jambe légèrement abimée, Whip se retranche dans une vieille ferme familiale pour échapper à la presse qui le voit toujours comme un héros en raison de son invraisemblable manœuvre d’urgence.

Il reprend contact avec Nicole, l’héberge chez lui et devient son amant.

Mais ceci n’entrave pas son terrible penchant pour l’alcool.

Le procès pourtant approche et le talent de Lang parvient à atténuer l’importance du rapport toxicologique.

Les membres survivants de l’équipage, Evans et Thomason pourtant à la base réticents à témoigner en la faveur du commandant, finissent par se laisser attendrir et accepte de masquer la vérité sur son état au moment de prendre le manche.

Malgré cette démarche encourageante, Whip est pourtant incapable de réfréner ses pulsions et finit par perdre Nicole qui ne supporte plus ses beuveries.

Désespéré et une nouvelle fois ivre, Whip cherche refuge auprès de son ex femme Deana (Garcelle Beauvais) et de son fils mais est violemment repoussé.

Il est alors pris en main par Anderson et Lang, qui le briefent pour le procès et le mettent à jeun et sous bonne garde dans une chambre d’hôtel.

Mais le destin est plus fort et Whip trouve encore un moyen de se saouler à mort.

Remis sur pieds par Mays à grand coups de cocaïne, Whip sauve les apparences devant Ellen Block (Melissa Leo) de la NTSB qui mène le procès.

Alors que tout se dirige vers un problème technique sur l’avion et la confirmation surprise de l’alcoolémie de Katerina, Whip opère un volte face inattendu et avoue au tribunal qu’il était bel et bien ivre et défoncé le jour du crash.

Il écope de quelques années prison mais retrouve son fils et Julie, heureux de sa courageuse décision visant à le délivrer de son addiction à la boisson.

En conclusion, « Flight » est un film original, habile et efficace, remarquable par sa première partie spectaculaire consacrée au crash, et plus cousue de fil blanc par la suite, avec une relation improbable entre un alcoolo black et une toxico rousse.

Tout ou presque est centré sur la star Washington, qui livre un bon numéro d’acteur en alcoolique incurable détruisant toute sa vie avant de se ressaisir dans une ultime ligne droite rédemptrice et moralisatrice.

On ne peut en dire autant de Goodman qui cabotine dans un numéro assez odieux de dealer marrant et excentrique.

Zemeckis démontre encore une fois l’étendue de son savoir faire mais peine sur les plus de deux heures à captiver.

« Flight » se laisse donc regarder comme un honnête film de seconde catégorie.

Flight (Robert Zemeckis)
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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 23:10
Anatomie de l'enfer (Catherine Breillat)

Changement radical d’ambiance avec « Anatomie de l’enfer » de Catherine Breillat, qui fit en son temps (2002) beaucoup parler de lui par la présence de la légende du cinéma pornographique, Rocco Siffredi, dit l’étalon italien et ses vingt quatre centimètres.

Dans « Anatomie de l’enfer » une jeune femme (Amira Casar) croise dans une boite de nuit homosexuelle un homme (Rocco Siffredi) qui la suit dans les toilettes pour la trouver en train de s’entailler les veines.

Sauvé in extremis, la femme est soignée par un pharmacien et effectue une fellation dans un parc en pleine nuit pour le remercier.

Avec son sperme sur la bouche, elle lui propose un marché, de le payer pour passer du temps avec elle et la regarder.

L’homme accepte et la rejoint dans une villa esseulée près de la mer.

Il la regarde sa dévêtir et un dialogue verbeux s’installe autour de la condition sexuelle de la femme.

L’homme est tout d’abord gêné, réticent, car préférant ouvertement les hommes, puis il s’approche goutant la mouille de la jeune femme.

L’exploration du corps de la femme se poursuit avec son vagin rose, son pubis aux poils sombres, drus et même son anus.

L’homme la barbouille de rouge à lèvre puis la prend avant de jouir précipitamment.

Effondré, il pleure.

Elle le console et le dialogue recommence.

Peu à peu, une relation se noue entre eux et l’homme de plus en plus fasciné par le corps blanc et brun de se femme, accepte de gouter ses menstrues et pire de lui faire l’amour alors qu’elle saigne abondamment.

Il retire ensuite son sexe couvert de sang.

Un beau jour, ayant obtenu ce qu’elle cherchait, la femme disparait ce qui plonge l’homme à présent amoureux, dans un désespoir sans nom.

Il erre seul dans la grande maison, recueillant précieusement la couverture tachée de sang.

Ainsi se termine cette courte histoire.

En conclusion, « Anatomie de l’enfer » est un film choc interdit au moins de 16 ans, qui a frôlé le classement en X.

Centré sur le désir, la chair mais surtout les fluides intimes (sang, larmes, sperme, mouille), il rebute plutôt qu’il ne séduit par ses dialogues ennuyeux et littéraires souvent incompréhensibles surtout lorsque Rocco s’exprime avec son fort accent italien.

Malgré la performance des acteurs, Rocco homme magnifique grand, élégant, bien bâti et incarnant par son sexe énorme la masculinité à l’état pure tombée de son piédestal pour révéler des faiblesses jusqu’alors inconnues, et Casar sans être franchement belle, recelant un charme sémite particulier et une audace certaine pour des scènes aussi extrêmes, « Anatomie de l’enfer » est un affreux film intello français jouant habilement de la nudité pour meubler un propos creux consistant à narrer les prétendues souffrances des femmes.

Un bon conseil : fuyez à toute jambes !

Anatomie de l'enfer (Catherine Breillat)
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2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 23:09
Les miroirs de l'esprit (Norman Spinrad)

Comme lecture de plage cette année, « Les miroirs de l’esprit » de Norman Spinrad m’est tombé entre les mains.

Sorti en 1980, « Les miroirs de l’esprit » est une œuvre volumineuse d’un écrivain américain connu depuis les années 60 pour ses écrits de science fiction contestataires.

L’histoire se déroule dans le milieu du cinéma à Los Angeles, ou Jack Weller, jeune réalisateur de second plan, se rêve d’un avenir meilleur tandis qu’il cachetonne pour un sitcom enfantin débile mais diffusé sur une grande chaine à une heure de grande écoute.

Sous les conseils de son ami Bob Shumway également dans le milieu des médias, Jack se rend avec sa femme Annie, actrice également dans l’attente d’un rôle majeur, à une soirée promotionnelle organisée par une des nombreuses sectes de la région, le Transformalisme.

Désireux de nouer des précieux contacts professionnels, Jack se déplace à contre cœur, fermant volontairement son esprit à la propagande discrète mais belle et bien réelle du mouvement symbolisé par son charismatique leader, un dénommé John Steinhardt.

La soirée ne tient pas tout à fait ses promesses sur le plan professionnel pour Jack, mais à sa grande surprise, Annie est plus réceptive au discours transformaliste et décide en toute autonomie de se rendre à des formations ou elle peut à loisir s’imprégner du message diffusé par les disciples de Steinhardt.

Les absences d’Annie se font de plus en plus fréquentes et sa mentalité change progressivement avec un discours de plus en plus calqué sur la pensée transformaliste sensé lui apporter bien être et sérénité.

Sentant le danger, Jack réagit de manière instinctive et cherche à protéger sa femme en la tirant des griffes des instructeurs de la secte mais Annie résiste farouchement et n’hésite pas à tenir tête à son mari.

Sa disparition soudaine le plonge dans un profond désarroi et met son esprit combattif en pleine ébullition.

Privilégiant une approche directe et menaçante, Weller parvient à entrer en contact avec un des responsables du Transformalisme, un dénommé Benson Allen qui reste imperméable à ses menaces et refuse de lui dire ou se trouve sa femme.

Poliment mais fermement éconduit, Weller comprend qu’il s’est attaqué à une organisation puissante, possédant beaucoup d’argent, un service juridique redoutable et surtout de précieuses relations qui rendent l’aide de la police et même des média parfaitement inefficace.

Désespéré, Weller entre en contact avec Garry Bailor, un consultant indépendant spécialisé dans l’aide aux particuliers pris dans des sectes.

Mais tout en l’aidant, Bailor lui propose d’intégrer lui-même la secte afin de découvrir ou se trouve Annie.

Personnage cynique et ambigu, Bailor n’inspire pas grande confiance à Weller d’autant plus que ses conseils se paient contre de fortes sommes mais n’ayant pas d’autres solutions, il finit par opter pour ce choix risqué.

Weller revient donc vers le Transformalisme dans le but de leurrer les instructeurs sur ses intentions mais le jeu est très serré avec un ensemble de tests en forme de jeux de rôles visant à mettre à l’épreuve sa sincérité.

Le mari éperdu comprend qu’il ne ressortira pas intact de l’épreuve qui met à nu ses faiblesses, notamment son terrible sentiment d’échec professionnel.

En parallèle des fortes dépenses engagées pour suivre la formation et payer Bailor, Weller se coupe progressivement de toute vie sociale et supporte de plus en plus mal son travail de réalisateur en le bâclant et se montrant incroyablement irascible.

Licencié et aux abois, Weller retourne voir Allen, qui en position de force, lui propose de travailler pour la secte en réalisation des films de propagande en échange d’avoir peut être un jour le privilège de revoir Annie.

Weller accepte, rencontre Harry Lazlo, un puissant producteur transformaliste qui lui révèle l’étendu des ramifications de la secte, qui possède une multitude de société des médias plus grand public servant à augmenter les profits, brouiller les cartes et à diffuser sournoisement son message.

Séduit par cet homme pragmatique appartenant au même monde que lui, Weller comprend que Lazlo est le principal organisateur de la structure du Transformalisme, tandis que Steinhardt n’était qu’un minable écrivain se science fiction illuminé mais incapable de gérer une organisation aussi complexe.

Mais lorsque affecté à un modeste emploi de cameraman, il découvre les hangars minables qui servent de locaux de production, Weller est atterré par la médiocrité du personnel technique, certes fanatisé par sa tache mais incapable de produire quelque chose de correct.

Si Weller prend en sympathie l’équipe de réalisateur, Georgie Prinz et Sara English, une ex star du porno au physique sculptural, elle aussi puissamment endoctrinée par le baratin de Steinhardt, il doit en parallèle continuer sa formation afin de prouver la sincérité de sa démarche, démarche soigneusement entretenue par l’envoi des lettres d’Annie.

Pour ceci, il est finalement soumis à un interrogatoire serré de Gomez, appartenant à la caste des moniteurs, sorte de police politique chargée de surveiller les adeptes tout en assurant la sécurité interne du mouvement.

Le match avec un homme à l’intelligence aussi acérée que Gomez est indécis et contre toute attente, Weller prend plaisir à ces joutes avec le moniteur, qu’il finit par respecter et admirer.

Profitant d’une inattention du moniteur, Weller parvient à photocopier une liste des contacts du Transformalisme placés dans différentes grandes sociétés ou administrations californiennes.

Nanti de cette monnaie d’échange, Weller envoie des copies de la liste à des hommes de confiance, comme son agent, son oncle et son ami Bob.

Parvenu à franchir l’obstacle Gomez, Weller se voit donc attribué le droit de réaliser des films pour le Transformalisme mais doit en parallèle subir une mesure extrêmement rigoureuse le contraignant à résider dans un centre de la secte afin de prouver une nouvelle fois sa loyauté.

Lâché par Bailor mystérieusement disparu car la situation devenait trop risquée pour un indépendant comme lui, Weller, une nouvelle fois pris à la gorge par cette implacable machinerie, s’enfonce encore plus profondément dans les arcanes du Transformalisme, trouvant plaisir aux changements ressentis dans sa personnalité et perdant toujours davantage de vue les retrouvailles avec Annie.

Il découvre un centre austère ressemblant à une prison ou il côtoie les adeptes les plus fauchés de la secte, devant accomplir des taches élémentaires pour payer les montants élevés de leur formation.

Mais Weller reçoit une opportunité inespérée lorsqu’il se trouve invité à une soirée de Maria Steinhardt, la femme du gourou.

Profitant des conseils avisés de Lazlo qui joue en quelque sorte office de protecteur, Weller séduit Maria, femme mure esseulée adorant croquer les hommes plus jeunes pour assouvir ses besoins sexuels.

Dopé par l’enjeu, Weller se montre un amant incroyable, dominant et baisant Maria qui s’entiche immédiatement de lui.

Assez détachée des activités de son mari, Maria va devenir une alliée précieuse, lui indiquant qu’Annie était retenue dans le centre de recherche new yorkais hyper sécurisé de la secte et appuyant sa demande de réaliser des films pour Steinhardt en personne afin d’approcher sa femme au plus près.

Malgré cette protection, la réaction du chef des moniteurs est cependant terrible, aboutissant au kidnapping de Weller alors qu’il était entré en contact avec Rich Golden, un ex journaliste rendu fou par la secte alors qu’il avait osé s’en prendre à elle frontalement.

Malmené par les gorilles de Torrez, Weller parvient à manœuvrer suffisamment Torrez pour obtenir son transfert à New-York afin de rencontrer après avoir été au préalable copieusement drogué, Steinhardt.

A New-York, Weller se réveille dans une résidence confortable mais hautement sécurisée, fermée sur l’extérieur par des miradors et des fils barbelés, et découvre par Bernstein, un chimiste menant des expériences scientifiques pour le compte de Steinhardt, afin de créer une mixture permettant aux hommes d’atteindre le maximum de leur niveau de confiance.

Cette substance liquide appelée éptifiant, produit des effets bénéfiques sur Weller qui a considère Bernstein comme un scientifique dévoré d’ambition et peu regardant sur l’origine de ses financements.

Mais Bernstein ne constitue qu’une étape intermédiaire avant la vraie rencontre avec Steinhardt, le gourou suprême.

L’homme se révèle sous des dehors d’alcoolique désinvolte, un esprit redoutablement intelligent, cynique et manipulateur.

Apparemment insensible à l’adultère de sa femme, Steinhardt sympathise avec Weller qu’il estime et lui propose d’enregistrer son testament filmé afin de conserver son aura de gourou mystique face aux prédateurs qui après sa mort détourneront à leur profit son mouvement.

Weller qui a entre temps retrouvé sa femme complétement dévouée à la cause du Transformalisme et considère l’avoir perdue à tout jamais, opère au dernier moment un volte face inattendu, menaçant Steinhardt de divulguer la liste de contacts à l’extérieur si il ne le laissait pas partir.

Après une lutte intense face à Torrez, Weller parvient à convaincre Steinhardt de le laisser partir en le mettant sous surveillance périodique afin de jauger de sa dangerosité.

Mieux, il s’engage à favoriser sa carrière professionnelle afin de réparer la perte d’Annie, mais le menace de mort en cas de fuites concernant la secte.

Weller peut ainsi retrouver une vie normale, jouir d’une carrière largement favorisée avec l’obtention d’émissions variées sur des grosses chaines, même si l’ombre de Steinhardt plane toujours de temps à autre sur lui, notamment par les propos étonnamment ambigus de son ami Bob.

En conclusion, « Les miroirs de l’esprit » est un roman 110% californien particulièrement fort, proposant une plongée dans les rouages d’une puissante secte américaine.

On pense évidemment très fort à la Scientologie qui a bien sur capter certaines stars hollywoodiennes, avec une organisation puissamment structurée, reposant sur un processus de conditionnement mental visant à trouver les failles potentielles chez le sujet, à s’y engouffrer pour le déstabiliser afin d’assoir son emprise.

Une fois la victime accrochée, la seconde phase est de provoquer un isolement avec toute personne (amis, famille) capable d’interférer.

Désociabilisé et fragilisé, le nouvel adepte devient donc une proie facile dont toutes les ressources financières sont absorbées, avant qu’il n’accepte de se dévouer corps et âme au mouvement.

Même si l’intrigue de base reste fragile (un homme têtu lutte seul pour retrouver sa femme déjà fortement endoctrinée), la dense construction du roman, les multiples rebondissements et le style clair et puissant de Spinrad font que sa lecture demeure malgré sa durée, tout au long très plaisante.

Par son efficacité, son suspens et son habileté, « Les miroirs de l’esprit » porte en lui marque d’un écrivain reconnu, au talent solide qui sait pertinemment comment mener sa barque et ou emmener le lecteur.

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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 21:33
Promenade (Regis Jauffret)

Sorti en 2001, « Promenade » de Régis Jauffret précède de sept années « Lacrimosa » que j’avais particulièrement apprécié.

« Promenade » ne déroge pas à l’ambiance souvent sinistre des romans de Jauffret et observe un procédé narratif déroutant avec l’emploi quasi continuel du conditionnel mâtiné d’imparfait, pour décrire les errances continuelles d’une femme décrite par le terme Elle, en proie à un profond mal être.

Jauffret imagine donc son héroïne dans un enchevêtrement continuel et répétitif de situations d’errances au cours desquelles celle-ci rencontre une multitude d’hommes qui l’abordent dans la rue pour le plus souvent coucher avec elle.

Le mal être de cette femme est tel qu’elle accepte le plus souvent ces coucheries pour simplement aider à faire passer le temps, qu’elle trouve douloureusement lancinant.

Car il s’agit bien de supporter le fardeau de l’existence, sa vacuité, son manque de finalité, l’illusion du bonheur et la lente décrépitude conduisant inéluctablement à la fin et au néant.

Quelques fois, Jauffret projette son héroïne dans le conditionnel de relations plus durable et déroule en accéléré le film de la vie avec un mariage tournant rapidement au désastre et une maternité vécue comme une somme grande souffrance.

En effet, la femme semble être dans une logique de rejet des autres personnes même mari et enfants.

Les relations amicales ou familiales sont logées à la même enseigne, et considérées simplement comme des points de chute potentiel, de petits appartements minables en pavillon de banlieue anonymes.

Invariablement la mort conclut chacun de ces micro aventures, avec comme point focal le suicide évalué sous diverses formes la plus courante étant le saut dans le vide d’une fenêtre ou d’un pont.

C’est donc avec un fort sentiment de malaise qu’on parcourt les 300 et quelques pages de « Promenade » avec l’impression de tourner en rond et de vivre par procuration un cauchemar permanent au fur et à mesure de la déchéance d’une femme qui se laisse lentement glisser vers la précarité, la marginalité et la mort.

Foncièrement choquant, incroyablement nihiliste et dépressif, niant tout intérêt envers les relations humaines, « Promenade » produit un sentiment d’étouffement, d’irritation et de révolte.

Je ne peux donc que fortement décommander sa lecture, particulièrement pénible éprouvante et qui n’apportera pas grand-chose au lecteur si ce n’est un dégout profond pour cette femme vivant en attendant de quitter son enveloppe charnelle.

Promenade (Regis Jauffret)
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