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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 22:29

Complément idéal aux ouvrages précédents sur l’Amérique latine et le Brésil, « Le Brésil au XXIème siècle, naissance d’un nouveau grand » du spécialiste Alain Rouquié est un massif ouvrage sorti en 2006.
Contrairement à ce que son titre l’indique, « Le Brésil au XXIème siècle, naissance d’un nouveau grand » ne commence pas au XXIème siècle mais par un inévitable rappel l’immensité géographique de ce pays-continent doté d’innombrables richesses naturelles (océan, rivières, forets).
Puissance agricole de premier plan, le Brésil est également une puissance industrielle en devenir avec les secteurs porteurs de l’aviation et de l’automobile mais cette richesse apparente ne parvient pas à masquer les importantes inégalités en son sein entre par exemple l’état de São Paulo dont le PIB est similaire à celui de la Belgique ou de l’Arabie saoudite et les états du Nordeste dont le niveau de vie est comparable à celui des régions les plus pauvres et sèches de l’Inde.
Mais même si le Nordeste reste à la traine du pays, lui aussi se développe derrière quelques locomotives comme Salvador de Bahia, Recife, Campina grande, Juazeiro, Petrolina et Aracaju.
Si l’état de Sao Paulo reste le premier pole économique du pays (café, aéronautique, automobile, pharmaceutique, métallurgie, électricité), sa domination est moins exclusive avec un rééquilibrage au profit du Mina Gérais, du Sud (Parana, Rio grande do Sul, Santa Catarina), Rio de Janeiro restant un état riche mais en difficulté notamment en raison de sa violence endémique.
Consacré à la partie historique du pays, le chapitre deux met en évidence  l’importance l’esclavage aboli tardivement (1888),  qui a laissé encore aujourd’hui son empreinte dans une hiérarchie raciale inconsciente ou l’Indien et le Noir sont malgré leur héritage culturel majeur, au mieux méprisés, au pire niés.
Paradoxalement, le Brésil reste le pays le plus métissé du monde au travers notamment de ses importantes vagues migratoires européennes (Portugal, Italie, Espagne, Allemagne), asiatiques (Japon), arabes (Syrie, Liban) qui viennent se superposer au métissage afro-indien-portugais précédents.
Au niveau politique, le Brésil se caractérise par l’existence de pouvoirs locaux hérités du « coronelismo » marqué par l’influence de propriétaires terriens capables de mobiliser une population à leurs bottes à des fins électorales en échange de la protection accordée.
Certains de ces colonels connurent des réussites spectaculaires jusqu’à devenir maires, députés ou gouverneurs tels Ademar de Barros ou Antionio Carlos Maglhaes, mais de manière générale le Brésil des usines et des grandes villes se caractérise par un fort esprit de citoyenneté capable de s’opposer à des régimes autoritaires comme celui de Getulio Vargas ou des généraux qui lui succédèrent après sa mort en 1954.
Au niveau social, les fortes inégalités renforcées par un racisme latent envers les Noirs appartenant aux couches les plus pauvres, aboutissent à la création d’une police militaire violente, n’hésitant pas à abattre ou torturer les bandits plutôt que d’encombrer les tribunaux de procédures.
L’église catholique, traditionnellement en faveur des pauvres quitte à prendre des positions sociales irritant le Vatican, est aujourd’hui concurrencée par les mouvements évangéliques importés des Etats-Unis, dont l’influence notamment par le biais des chaines de télévisions et d’une présence de terrain impressionnant, ne cesse de croitre.
Dernière force majeure du pays, le Syndicalisme capable par ses grèves d’exercer une forte influence politique et d’engendrer de grands leaders, dont Luiz Inacio Lula da Silva est la plus célèbre émanation.
L’Etat reste au Brésil dominant, employant une fonction publique importante et catalysant le plan de développement (planejamento) du pays via ses entreprises nationales dont les plus célèbres sont Volta redonda (sidérurgie), Petrobras (pétrole), Eletrobras (électricité) et Banco do Brasil, Caixa economica federal, BNDES (banque).
Dans les années 60-80 sous le régime des militaires (Costa e Silva, Emilio Garrastazu Medici, Castelo Branco, Orlando Geisel, Joao B Figueiredo), le Brésil se développe avec un taux croissance de plus de 10% et permet l’accès à la population aux biens de consommation durables (automobile, électroménager, télévision) mais après le choc pétrolier de 1973, la dictature militaire continue d’appliquer une politique couteuse de dépenses publiques qui maintient la croissance à 7% au prix d’un endettement dangereux (100 milliards de dollars en 1985).
En 1985, les généraux, soutenus par les Etats-Unis qui ont utilisé la peur des Communistes pour établir un régime de fer supprimant toute opposition dure et n’hésitant pas à employer la force (torture, exécution), acceptent finalement de revenir à un véritable système démocratique laisse se dérouler des élections libres qui font émerger un président de la société civile Tancrado Neves.
Porteur d’un immense espoir, Neves qui meurt malheureusement peu après d’une septicémie et est remplacé au pied levé par Josey Sarney.
Dépassé par une inflation non maitrisée, le Brésil tente plusieurs plans de redressement  par Sarney, puis le très médiatique Fernando Collor finalement destitué en 1992 en raison des scandales de corruption qui entachent sa présidence, qui se soldent par des échecs cuisants.
Il faudra attendre le lettré Fernando Henrique Cardoso en 1994 pour trouver l’homme providentiel capable de redresser la situation économique désastreuse de l’après règne des généraux.
Cardoso change la monnaie pour le real indexé sur le dollar américain, diminue la corruption par un contrôle plus étroit des états fédéraux et terrasse l’inflation au prix de libéralisations étatiques l’inflation.
Revers de la médaille le chômage explose notamment dans l’industrie avec une perte de 2,4 millions de travailleurs mis dehors pares les privatisations massives.
L’insécurité augmente également…faisant des favelas les coupe-gorges les plus célèbres et Brésil l’un des pays les plus criminogènes du monde.
Le leader du PT, l’ex syndicaliste de la métallurgie Lula qui a déjà échoué trois fois à la présidence, prend sa chance et parvient en nouant bon nombres d’alliance à accéder à la présidence en 2002.
Issu d’une famille misérable du Nordeste, Lula qui est a vendu des cacahouètes pour survivre et travaillé à l’usine, met en avant ses origines modestes pour devenir le symbole d’un sucess-story brésilienne et devient l’une des personnalités les plus influentes au monde.
Il ouvre le Brésil vers l’étranger, libéralise et tente de nouer des  relations avec les « non alignés » comme la Chine, l’Inde et les pays arabes afin de faire contrepoids face aux Européens et aux Etats-Unis et de négocier des accords commerciaux avantageux pour ses exportations principalement agricoles.
Le Brésil s’affirme comme la puissance dominante de l’Amérique du sud et accentue ses échanges avec ses voisins du marché du Mercosur ou des pays-andins.
En conclusion, « Le Brésil au XXIème siècle, naissance d’un nouveau grand » est un ouvrage intéressant brassant ce que l’on sait déjà du Brésil : gigantisme, brassage ethnique, inégalités, violences, corruption pour décrire les grandes lignes de son évolution moderne.
Le constat est globalement celui d’un marche en avant vers le progrès, même dans les régions les plus pauvres du Nordeste, que ce soit sous le règne controversé des dictateurs (Vargas, militaires) malgré tout source d’un développement accéléré voulu par l’Etat puis après une période de turbulence inflationniste dans les années 85-94, une nouvelle marche en avant inspirée par Cardoso puis Lula, qui maitrisant la dette, réussirent le tour de force de combiner avancée sociales et développement économique en multipliant l’influence du Brésil sur la scène internationale.
Arrêtant malheureusement son constat en 2006 avec un Brésil en pleine ascension, « Le Brésil au XXIème siècle, naissance d’un nouveau grand » passe à coté du revers de la médaille du règne du PT, la corruption endémique qui ronge le pays, le scandale de lava jato qui aboutira à la destitution de Dilma Roussev et à la mise en cause de Lula lui-même, plongeant le Brésil dans une profonde phase de récession économique sans qu'un début de solution ne soit à l'horizon sur les difficultés sociales (inégalité, violence)... Un constat donc à minorer vis à vis de l'actualité !

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 22:09

Sujet délicat aujourd’hui, la religion de l’Islam méritait bien un manuel explicatif, tache difficile à laquelle se sont attelés deux chercheurs Mohammad Ali Amir-Moezzi et Pierre Lory pour le Nouvel Observateur dans « Islam, religion, cultures, identités ».
Dans ce court manuel reprenant des travaux similaires à ceux sur le Christianisme, le Bouddhisme et le Judaïsme, les auteurs proposent un retour aux origines d’Islam situées ver 610 après Jésus Christ, lorsqu’un homme, le prophète Muhamad (Mahomet) inspiré par Allah (Dieu), réussit à partir de la ville de la Mecque en Arabie Saoudite à convertir des Arabes pour embrasser la foi de l’Islam et la répandre soit par le prêche soit par le glaive.
Mais la mort de Muhamad en 632 après Jésus Christ, crée un véritable schisme et aboutit à la création de deux courants antagonistes, le Sunnisme majoritaire (85% des Musulmans) d‘Abu Bakr puis d‘Umar qui étend la conquête islamique en Syrie, Mésopotamie et Egypte, puis d’Uthman qui prend l’Iran  et le Chiisme représenté par les descendants du cousin du prophète Ali (15% des Musulmans).
Le Coran, écrit sous le règne du calife Uthman d’après les paroles de Mahomet est le livre saint des Musulmans qui tout en reconnaissant l’existence du Judaïsme et de la Chrétienté, prétend les abroger en corrigeant leurs erreurs d’interprétation.
Écrit aux alentours de 653 d’après des milliers de témoignages oraux recoupés minutieusement, le Coran est en plus d’un guide spirituel, considéré comme guide moral pour les fidèles mais alors que les Chiites se fient aux Imams pour son interprétation, les Sunnites suivent une lecture au pied de la lettre du texte sacré et des exemples de la vie de Muhammad recoupés dans des multitudes de hadiths devant servir de conseils pratiques, à l’exception de quelques courants minoritaires comme l’école mu’tazilite, qui tenta au IXème siècle une exégèse basée sur l’analyse rationnelle et le libre arbitre.
Une autre portée importante du Coran et des Sahihs de Bukhari et Muslim concerne le droit, rendu par des oulémas, faisant office d’autorité juridique de part leur expertise des textes et les fatwas rendues, même si dans ce domaine de nombreux courants continuent d’exister, tel les hanéfites ou les malékistes plus ouverts aux raisonnements juridiques et normes des pays locaux.
Si la conquête islamique n’aura pas que des aspects négatifs et connaitra sous le règne des Abbassides (800-110) un âge d’or avec une grande ouverture intellectuelle vis-à-vis des autres cultures, notamment helléniques par le biais de la philosophie aristotélicienne, puis par la pratique des rites mystiques soufiques, tous ardemment combattus par les courants traditionaliste (Iban Taymiyya, Ghazali) inspiration du Wahhabisme moderne en Arabie Saoudite
Mais si un socle commun existe bien autour du Coran et des Hadiths, de grandes diversité de pratiques existent au contact des peuples conquis (Maghreb, Asie, Afrique noire, Balkans).
La plus grande divergence se trouve cependant chez le Chiisme majoritaire en Iran, présent en Irak, Azerbaïdjan (branche duodécimaine), dans certaines régions du Yemen (branche Zaydite), de l’Irak , de Syrie, Liban ou Israël (branche Druze issue d‘Ismaël) avec au commencement une critique virulente de la version du Coran commandée par Uthman, la présence d’un pouvoir centralisé accordé à un clergé d’Imams censés faire le lien entre le Divin et le Terrestre dans la vie quotidienne et surtout une approche plus rationaliste et politique incarnée par l’ayatollah  Khomeiny à la fois guide spirituel et leader politique.
Pour terminer, l’ouvrage relate les principales évolutions de l’Islam, le recul de sa dimension spirituelle (théologie, mystique) au profit d’une approche sociale qu’elle soit insérée dans la sphère d’une pratique subordonnée à la vie privée ou au contraire exacerbée dans un intégriste teinté de nationalisme puissant.
En conclusion, que l’on soit croyant ou pas « Islam, religion, cultures, identités » est un ouvrage instructif montrant l’extrême complexité de l’Islam, de ses principaux courants, qu’ils soient sunnites ou chiites, eux-mêmes soumis à plusieurs clivages.
De l’âge d’or intellectuel et culturel de l’Islam, marqué par une activité théologique soutenue, une mystique et une contribution indéniable aux sciences et notamment à la philosophie, il ne semble rester qu’une version majoritaire réduite à une affirmation sociale articulée autour de pratiques hérités des textes sacrés (Coran, Hadiths) eux non soumis à controverse.
C’est donc cet Islam moins spirituel, plus social, parfois politique ou nationaliste qui semble dominer au XXIème siècle…

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 21:29

Nous restons dans la bande dessinée franchouillarde avec « La ligne de front, une aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh » de Manu Larcenet.
Sorti en 2004, « La ligne de front, une aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh » montre le peintre Vincent Van Gogh, envoyé par les politiciens de l’époque sur la ligne de front de la guerre de 1914-1918 afin d’envoyer des croquis permettant d’expliquer la soi-disant démotivation des soldats.
Accompagné du général Morillon qui avait soufflé l’idée au président, le bourru sergent Van Gogh, surmonte son antipathie pour les gradés militaires et accepte la mission.
Sur place, cet étrange duo croise deux déserteurs qui finalement émus par le mots de l’artiste, les épargnent de justesse et se rapprochent de plus en plus des combats.
Van Gogh est victime de désagréables visions de soldat transformés en oiseaux appelés égouluments juste avant leur mort fauchés par des obus, des balles ou les gaz.
La mort, la peur, les lâches fusillés pour l’exemple habitent le quotidien effroyable des hommes…
Au cours d’un assaut se transformant en boucherie, Van Gogh et Morillon font face à l’apparition d’une petite fille appelée la mère des obus, car guidant les bombes sur les soldats à tuer en représailles de la mort de son propre père.
La petite fille les mène jusqu’à sa mère qui conserve des effets personnels des soldats sacrifiés.
En une ultime scène d’horreur, un monstre chargé de boue, de bombes et de balles emporte Morillon.
Lorsque les politiciens reçoivent les peintures de Van Gogh, ils sont déçus du résultat et croient qu’il a perdu l’esprit face à la dure réalité du terrain.
En conclusion, sacrifiant à un exercice quasiment imposé  lorsqu‘on se revendique artiste français, Larcenet s‘attaque avec « La ligne de front, une aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh » au sommet historique et dramaturgique de la guerre de 1914-1918.
L’angle est orignal, mais simplet avec un classement hâtif des politiciens et des militaires de haut rang en pourris incapables et un dénouement sous la forme d’une vengeance puérile nimbée de fantastique.
Sous le trait infantile de Larcenet, même la violence et la mort paraissent édulcorées, seules restant pour stimuler l’œil quelques jolies planches très soignées imitant le style de Van Gogh.
C’est au final bien trop peu pour trouver un quelconque intérêt à cette œuvre faible et peu originale.

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 20:03

Je n’avais jamais vécu à Paris avant 2009 et ai atterri dans le 13ieme arrondissement, quartier auquel je souhaite rentre hommage au moment de le quitter.
M’intéressant à son histoire, j’ai doc lu « Une histoire populaire du 13ieme arrondissement de Paris, mieux vivre ensemble » du sociologue Jean-Louis Favre.
Ce court ouvrage paru en 2013 établit une étude sociologique se focalisant plus particulièrement sur le quartier de Maison Blanche, l’un des quatre de l’arrondissement avec la Gare, Salpêtrière et Croulebarde.
Dans la première partie est exposée l’histoire des classes populaires du 13ieme à partir de 1550, avec comme principal axe naturel la rivière la Bièvre qui coulant du sud au nord, attire bon nombres d’artisans (tanneurs, teinturiers, blanchisseurs) dont les activités finissent par polluer l’endroit.
Au départ composé de champs, vignes et de marécages, le 13ieme est ensuite géographiquement séparé en 1844 de la banlieue par les fortifications de Thiers qui englobent toutefois Ivry et Petit Gentilly.
Cette barrière physique de 300 mètres de large sera ensuite plus communément désignée sous le nom de Zone puis aujourd’hui des boulevards des Maréchaux.
Au XIXième siècle, l’Europe s’industrialise et des raffineries de sucre (Say, de la Jamaïque), verreries (Saget), ateliers de chemin de fer et compagnies de gaz s’établissent dans l’arrondissement administrativement reconnu en tant que tel en 1860.
Une classe ouvrière, populaire et pauvre se développe alors dans les quartiers sud proches des centres industriels et le long de la Bièvre polluée faisant du quartier Mouffetard un cloaque insalubre.
On construit des ponts (Austerlitz, National, Bercy, Tolbiac), élargit des avenues et couvre la Bièvre pour des raisons de santé publique…
Le sud de l’arrondissement regroupe toujours des populations pauvres issues de l’immigration des provinces françaises.
Ces ouvriers peu qualifiés s’entassent dans des taudis, la Zone restant le lieu le plus dangereux ou la criminalité est la plus importante en raison des fameuses bandes appelées les Apaches.
Aux début du XX ième siècle s’établissent quelques uns des plus grands fleurons de l’industrie françaises : les automobiles Panhard Levassor Delahaye, les moteurs d’avions Gnome et Rhône qui deviendront la Snecma et Thomson.
Le 13ième continue donc son industrialisation le long d’une ligne allant de la Seine à la Poterne des Peupliers et sa population ouvrière à 80% continue de croitre.
En 1930 la Zone est remplacée par un programme immobilier d’Habitations Bon Marché qui permet d’améliorer les conditions de vies des ouvriers regroupés en cités ouvrières ou la solidarité se développe notamment par le biais d’associations catholiques, patronales comme la Mie de pain.
L’autre inflexion sociale majeure a lieu en 1960 avec la création de grands ensembles à Olympiades et Italie 2.
Symbole de pauvreté et de violence, la cité Jeanne d’Arc est démantelée.
Mais en 1970 beaucoup industries quittent le 13ieme, comme Say, la Snecma, Panhard, Thomson, Bayard et la Précision mécanique ce qui va progressivement faire chuter la population ouvrière du quartier au profit des employés de bureau, services (SNCF, Poste, Télécommunication, Hôpitaux) et commerces implantés notamment dans les grandes surfaces.
On citera pour terminer les principales évolutions architecturales du quartier : Médiathèque Melville (1989), Grand écran Italie 2 (1991), Bibliothèque François Mitterrand (1990) et Stade Charley (1994) avec un changement important de sa population devenant au fil du temps de moins en moins populaire.
La seconde partie contient l’approche la plus sociale du « mieux vivre ensemble » avec une analyse détaillée de la situation des cités dites « populaires » ou « sensibles » du 13ieme arrondissement comme Brillat-Savarin (Poterne des Peupliers), Amiral Mouchez, Kellerman, Keufer et Paul Bourget (Porte d’Italie).
Malgré les multiples réhabilitations et les actions d‘associations locales subventionnées, les difficultés sociales de ces cités demeurent avec une majorité jeunes noirs africains aujourd’hui massivement issus de l’immigration, mal intégrés dans la société française, un population blanche aujourd’hui minoritaire et vieillissante et des maghrébins qui en comparaison s’en sortent un peu mieux du coté féminin.
Déscolarisés précocement, sans ouverture sur le monde, sans bagage professionnel, les jeunes « tiennent les murs » et tombent souvent dans le trafic de drogue source d’argent facile, le sport et la musique  rap restant sans doute les seuls éléments rassembleurs à leurs yeux.
Certains pourtant ne suivent pas ce chemin, évitent le monde de la rue par peur d’aller en prison, synonyme du début d’un engrenage fatal de plongée hors de la société.
Beaucoup s’engagent dans l’associatif ou trouvent des petits boulots (gardiens de nuit, agent d'entretien, réparateurs).
Une différence sensible est observée avec les filles qui s’en sortent mieux, font des études plus longues et parviennent à sortir de leur précarité sociale.
La police est curieusement représentée comme une force d’oppression, réalisant des descentes visant à brutaliser les populations à coups de gaz lacrymogènes.
En conclusion, « Une histoire populaire du 13ieme arrondissement de Paris, mieux vivre ensemble » m’a surtout intéressé dans sa première partie consacrée à l’histoire puis à l’architecture de mon quartier, moins dans son approche sociale.
On découvre donc les racines populeuses et misérables du 13ieme arrondissement, les vagues d’immigration venant s’entasser dans les taudis de la Zone pour chercher un emploi dans les usines du sud de l’arrondissement, certaines appartenant aux plus grands fleurons le l’histoire de l’industrie française.
Puis la solidarité entre ouvriers, leur générosité, la conscience de classes et le travail des multiples associations (religieuses ou laïques) œuvrant pour une aides aux plus démunis.
Malgré cela, « Une histoire populaire du 13ieme arrondissement de Paris, mieux vivre ensemble » passe complètement à coté de pans entiers de l’histoire du 13ieme, délaissant la particularité sociale de Chinatown et plus généralement du quartier de la Gare ou je réside, pourtant encore largement populaire et métissé, pour se focaliser sur quelques ilots de Maison blanche, reflet des habituelles difficultés (chômage, violence, trafic, communautarisme) de toutes les cités de France, même si pour ma part une immense différence existe entre les cités « parisiennes » plus petites et mieux intégrées et celles de banlieue plus propices à créer des ghettos sociaux, ethniques voir religieux.
La représentation du travail de la police apparait également comme complètement irresponsable et décrédibilise par son approche gauchiste trop marquée, le travail réalisé préalablement.
Je pense donc au final pouvoir trouver beaucoup mieux comme ouvrage sur le 13ieme !

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 13:51

Sorti en 2015, « La Seconde guerre mondiale » est un énorme pavé de plus de 550 pages de l’historien Claude Quétel qui propose une relecture éclairée du plus grand conflit de l'histoire de ll’humanité.

Quétel choisit pourtant une lecture plutôt classique, linéaire et chronologique des évènements avec pour commencer les vingt ans succédant à la fin de l’armistice de la Première guerre mondiale, le sentiment d’injustice et d’humiliation terribles de l’Allemagne, le rôle fantoche de la Société Des Nations sorte de brouillon de l’ONU et l’extrême frilosité des politiciens français face à la remilitarisation du camp adverse.

Alors qu’en France, les mouvements pacifiques portés par Aristide Briand contribuent à se voiler la face concernant les véritables objectifs de l’Allemagne, Adolf Hitler politicien autodidacte assoiffé de revanche sociale, rate un putsch en 1924 et rédige en prison « Mein Kampf » manifeste politique confus basé sur la haine viscérale des Juifs responsables selon lui de tous les maux du Monde et l'existence d'une race allemande ayrienne supérieure car pure appelée à régner sur l'Europe.

En secret et face à une communauté internationale passive, l’Allemagne reconstitue son industrie d'armement et surtout son armée en misant sur une arme révolutionnaire à l’époque : le blindé dont le général Heinz Guderian devient le meilleur spécialiste.

Chef du parti Nazi, Hitler prend le pouvoir en 1934 en s’appuyant sur une milice privée les SA qu’il double par les SS, réputés plus fanatiques et fidèle à sa personne.

Hitler liquide ses rivaux SA comme Ernst Röhm et devient le Reichfurher, accélérant la militarisation de son pays en prévision de la revanche de 1914-1918.

Alternant coups de force militaires et discours apaisants vis-à-vis des officiels français, Hitler se montre habile, testant les réaction du camp adverses lorsqu’il rogne sur les accords du traité de Versailles.

En 1936, Hitler trouve un allié en la personne de Benito Mussolini, dictateur fasciste au profil similaire qui a pris le pouvoir en 1922 et possède les même rêves de grandeur pour l’Italie.

Lorsqu’il s’assure de la neutralité de la Russie en signant un pacte de non agression en 1939, Hitler se sent pousser des ailes et envahit la Pologne sans préavis qui malgré une résistance héroïque succombe rapidement.

Il apparait clairement que après le traumatisme de 1914-1918, la France ne s’est pas préparée a un affrontement de cet ampleur : son armée n’a pas évolué, restant figée dans une doctrine de guerre de position alors que les Allemands misent sur une guerre de mouvement dans laquelle l’aviation et les blindés se montrent décisifs.

Ni Daladier ni Reynaud, ni aucun des généraux de l’époque comme Gamelin ne font preuve de la lucidité et au courage nécessaires pour faire face à la situation et Hitler passe donc à la phase suivante en 1940, l’attaque de la France en roulant littéralement sur le Benelux.

Malgré leur courage, les troupes françaises mal organisées et mal équipées sont balayées.

Lorsque Reynaud fait appel à Pétain, le héros de 1914-1918, celui-ci pousse la France a signer un armistice plutôt que de continuer la Résistance, afin d’officiellement de la préserver de nouvelles souffrances.

Le lieutenant-colonel De Gaulle, qui avait pourtant alerté ses supérieurs sur le danger représenté par l’Allemagne, quitte la France pour prendre la tête d’un mouvement de Résistance tandis que Pétain devient l’instrument d’Hitler en lui cédant notamment les forces navales stationnées en Afrique du nord.

Seul Winston Churchill qui lui aussi avait vu juste dans la menace représentée par Hitler résiste seul en profitant du caractère insulaire de la Grande-Bretagne.

Churchill galvanise la résistance anglaise avec ses fameux discours et les pilotes de la Royal Air Force mettent à mal ceux de la Luftwaffe, ce qui provoque la colère d’Hitler véritablement obsédé par a conquête de l’Angleterre pour assoir sa domination totale sur l’Europe.

Le duel se poursuit également en mer avec les sous marins U-boot allemands qui tentent de couler les navires marchands anglais afin d’asphyxier l’adversaire.

Mais Churchill reçoit une aide massive en armement des Etats-Unis, qui ont finalement compris l’enjeu de cette bataille et permettent à l’Angleterre de tenir la dragée haute au conquérant allemand.

La Royal Navy remet la Marine italienne à sa place en Méditerranée et l’intervention aéroportée manquée de la Wehrmacht en Crète douche sérieusement les velléités de conquêtes insulaires d’Hitler.

Vexé, Mussolini se rabat sur une expansion en Afrique en annexant la Libye et la Somalie, mais doit appeler au secours son allié Allemand pour mettre au pas la Grèce, qu’il avait gravement sous-estimé.

Hitler charge un homme de confiance, le général Edwin Rommel de commander l’armée allemande en Afrique.

Maitre tacticien, Rommel tiendra longtemps en échec les forces anglaises avec ses chars et ses manoeuvres audacieuses dans le désert.

Mais en 1940, Hitler prend une décision qui sera fatale pour ses plans de conquête : faire volte face et attaquer son allié russe.

Sous-estimant l’Armée rouge qui a essuyé une humiliante défaite face à la modeste Finlande, Hitler attaque en escomptant sur une débandade russe et une victoire rapide à l’été.

Mais comme pour Napoléon, la Russie va s’avérer être un piège mortel pour la Wehrmacht dont les blindées s’enlisent à la saison du dégel.
Staline qui délocalisé ses usines de production en Sibérie, puise sur le vivier colossal de sa population et présente des divisions dotés de matériels (avions, chars) certes plus rustiques mais particulièrement efficaces dans les rudes conditions climatiques de son pays.

En Allemagne, la situation se tend dans la cour d’Hitler qui ne supporte pas les contradictions de généraux et tend à les remplacer par des hommes soumis à ses ordres et fanatisés par le nazisme comme Bormann, Goring, Donitz, Heydrich, Himmler ou Gobbels.

L’idée de la « solution finale » consistant à l’éradication définitive de la race juive est mise en pratique avec une recherche sans précédent du meurtre de masse en utilisant des chambres à gaz crées par Heydrich et déployées dans les camps de concentration de Pologne ou furent décimés la plupart des Juifs d’Europe.

Dans l’une des heures les plus noires de l’histoire de l’humanité, certains gouvernements de pays annexés collaborent avec les Nazis comme Laval et Pétain en France avec la mise en place de rafles.

La Résistance se met aussi en place dans pratiquement chacun des pays annexés avec des moyens souvent bien limités et des représailles sanglantes des Allemands à chaque attentat commis.

L’autre point de basculement du conflit est l’attaque en 1941 de la flotte américaine à Pearl Harbour par le Japon, dont les visées expansionnistes et fascistes en Asie rejoignent celle de l’Allemagne et de l’Italie en Europe.

Très dominateur en Asie ou il a conquis depuis 1937 rapidement une partie de la Chine, la Malaisie, la Birmanie la Thaïlande, les Philippines et Java,  le Japon finit par forcer les Etats-Unis à entrer en guerre dans une des plus gigantesques batailles navales qui aient existé.

Négligeant l’importance stratégique du renseignement et des Porte-avions, les Japonais ont pourtant le dessous face à la puissance naval américaine, qui anéantit sa Marine à la bataille de Midway en 1942.

Dès lors le Japon impérialiste va se lancer dans une guerre défensive exacerbée par l’honneur et le sens du sacrifice, le conduisant à l'action d’avions kamikazes qui passè l’effet psychologique fut  traitée par les Américains par une intensification de la DCA des croiseurs.

En rappelant les forces en présence, Quétel démontre l’écrasante supériorité numérique et surtout industrielle des Etats-Unis comparés au Japon et à l’Allemagne, et démontre l’insanité à long terme des plans de conquête de ces deux nations, d’autant plus que Hitler a commis l’erreur de s’attaquer à l’Ours russe.

La Seconde guerre mondiale est aussi synonyme d’une effarante course à l’armement notamment dans le domaine aéronautique avec de part et d’autres des avions à réaction toujours plus rapides, maniables et armés.

Il en va de même dans les domaine naval ou les Porte-avions alliés prennent le dessus sur les sous-marins allemands, faisant des puissants croiseurs et destroyers des armes dépassées, ou dans le domaine terrestre ou la compétition entre chars et canons fait rage.

Quétel résume la défaite de l’Allemagne et du Japon à un essoufflement pur et simple des ressources démographiques et industrielles des deux pays incapables de s’aligner sur la productivité exceptionnelle de l’industrie d’armement des Etats-Unis.

Hitler aura beau jusqu’au bout rêver de la mise au point d’armes secrètes comme les V1/V2 premiers missiles balistiques, ceux-ci ne suffiront pas à eux seuls à empêcher le renversement inexorable de la guerre après la défaite de Stalingrad en 1942.

Malgré son génie, Rommel lui-même doit aussi battre en retraire en Afrique, lui-aussi surclassé par la qualité des troupes anglo-américaines commandées par l’anglais Montgomery.

Hitler le rappelle pour organiser la défense de la cote Normande alors qu’il craint un débarquement massif des Alliés.

Les Alliés débarquent pourtant une d’abord en Méditerranée reprenant la Sicile, la Corse et la Sardaigne avant de remonter en Italie dont les armées se défendent âprement en profitant des reliefs montagneux des Abruzzes et du soutien des troupes allemandes envoyées par Hitler pour aider son allié Mussolini.

En 1944, dans un déchainement insensé de violence, le débarquement principal à l’Ouest n’a pas lieu dans le Pas de Calais comme l’escomptait Hitler mais à bien en Basse Normandie.

Malgré leurs qualités de combattants et les terribles pertes qu’ils infligent à leurs adversaires dans le bocage normand, les Allemands reculent face à la puissance adverse, leurs précieux chars étant décimés par l’écrasante domination aérienne des Alliés.

A Berlin, Hitler fulmine, limogeant coup sur coup les généraux qu’il accuse d’incompétence ou de défaitisme, lançant d’invraisemblables contre-attaques et refusant que ses armées reculent face à un ennemi pourtant supérieur.

De Gaulle revient alors sur le devant de la scène et parvient à exiger la libération de Paris, objectif jugé non stratégique par le commandement américain d’Eisenhower et Patton.

Les Alliés poussent ensuite leur avance à l’Est de la France, libérant les régions et peuples les unes après les autres, De Gaulle devant également insister pour que les grandes villes d’Alsace soient symboliquement dégagées du joug allemand.

Dès lors, Hitler se sait pris en tenaille, les grandes villes allemandes étant elles aussi victimes d’horribles bombardement, notamment de l’aviation anglaise, qui entend faire également payer cher aux populations civiles leurs propres bombardement durant le Blitz.

Les martyrs des villes comme Cologne ou Dresde sont entrés dans l’histoire…mais les Russes ne sont pas en reste, commentant de véritables atrocités (massacres, viols, pillages) sur les villes allemandes conquises.

Dans cette course contre la montre à laquelle se livrent Américains et Russes, ces derniers sont les premiers à arriver à Berlin.

Affaibli par le stress et la maladie, Hitler réfugié dans son bunker continue de lancer des ordres invraisemblables exigeant la destruction de l’Allemagne plutôt que sa conquête et demandant à son peuple de mourir pour et avec lui.

Ayant vu le corps de Mussolini exhibé par une foule en colère en Italie, Hitler se suicide en 1945, entrainant avec lui sa compagne Eva Braun qu’il épouse avant sa mort et la fanatique famille Goebbels.

Chez les Nazis c’est la débandade pure et simple, certains officiers étant tués en essayant de fuir, d’autres étant arrêtés et jugés dans le célèbre procès de Nuremberg ou ils tenteront sans succès de minimiser leurs responsabilités en se disant qu’il n’avait fait qu’obéir en tant que militaires aux ordres.

Dans le Pacifique, la pénible reconquête des iles occupées par les Japonais après la bataille de Midway fait prendre conscience à l’état major américain de Nimitz et Mc Arthur, que le jusqu’auboutisme nippon va couter plus d’un million d’hommes pour parvenir jusqu’à Tokyo.

La décision est alors prise d’utiliser l’arme atomique en 1945 à deux reprises, Hiroshima et Nagasaki afin de contraindre à la rédition un pays en le menaçant, première mondiale d’annihilation pure et simple.

L’ouvrage se clôt alors sur l’horrible bilan comptable du conflit en tablant sur 50 à 60 millions de morts, contenu des incertitudes sur les victimes civiles notamment chinoises.

La Russie paye le plus lourd tribut avec plus de 26 millions de morts, l’Allemagne venant en seconde (6 millions) et le Japon en trois (2,6 millions).

Dans le même ordre de grandeur du demi-million, les pertes de la France, de l’Angleterre et de l’Italie ne traduisent par la combativité beaucoup plus importante de ces deux dernières.

En proportion de sa modeste population, la Pologne est le pays le plus saigné en raison de l’acharnement d’Hitler pour exterminer les Juifs.

Enfin une fois l’exercice certes imparfait des procès des anciens dignitaires Nazis et Japonais effectué, la fin du conflit aboutit à la création de l’ONU, dont l’efficacité réelle doit etre regardé avec scepticisme et à la bipolarisaiton du monde entre USA et URSS, l’Europe occidentale recevant un coup s’avérant fatal pour le déclin de son influence dans le monde.

En conclusion, meme si on croit tout connaitre ou presque de la Seconde guerre mondiale, l’ouvrage de Claude Quétel a réussi le tour de force de me passionner par son approche certes exhaustive avec force de statistiques à l’appui, mais en battant en bréche certaines idées toute faites s’apparentant certes à des détails de l’Histoire, mais révélant toutefois un point de vue interessant.

Ainsi on apprend que l’armée allemande était loin d’etre invincible lorsqu’elle déclencha la guerre, mais qu’elle a bénéficié de la passivité et de la mauvaise organisation de ses adversaires, du reste bluffé par la roublardise d’Hitler.

Le mythe de l’invincibilité allemande sera ébréché lorsqu’elle butera sur l’héroique résistance anglaise porté par un Churchill devenu légendaire puis tombera face aux deux poids lourds mondiaux, les Etats-Unis et l’URSS, formidables réservoirs humains, naturels et industriels.

Aveuglé par son idélogie raciste, le Japon commetra la meme erreur et en subira les conséquences.

Hyper centralisée autour de son fuhrer paranoïaque et imprévisible, l’armée allemande ne sera pas asusi organisée qu’on le pense et commettra sans doute plusieurs erreurs stratégiques lourdes en se privant de ses meilleurs généraux mis sur la touche par Hitler lorsqu’ils osaient le contredire.

Mais la Seconde guerre mondiale est surtout pour moi le récit de l’horreur absolue, d’une somme incommensurable de souffrance, de morts et de combats acharnés passés sous silence comme la résistance valeureuse des Grecs, des Hongrois ou des Polonais face à plus fort qu’eux.

Il est donc logique que cette course à la démesure ait conduit à l’emergence du moyen d’aninhilation supreme : la bombe atomique.

En 2017 alors qu’une guerre est en cours contre l’Etat islamique, largement moins menaçant que l’Allemagne nazi ou le Japon impérial, la Seconde guerre mondiale demeure une référence passionnante pour qui veut comprendre la dangerosité d’une idélogie totalitaire couplée avec d’importants moyens techniques nés d’une organisation démente mais rationnalisée à l’extreme.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 10:30

Beaucoup plus sérieux à présent est « Nouvelle histoire du Brésil » de l’historienne Armelle Enders, maitre de conférence à la Sorbonne.

Sorti en 2008, cette « Nouvelle histoire du Brésil » réactualise un ouvrage de Frederic Mauro publié en 1973 sur les grandes lignes de l’histoire mouvementée et riche de ce grand pays-continent.

L’auteure aborde donc de manière chronologique les origines du Brésil, qui restent difficiles à établir précisément avant l’arrivée des navires portugais en 1500.

Les conjonctures abondent en effet sur les origines des peuples amérindiens qui durant la Préhistoire auraient migré par vagues d’Asie entre -12000 et -1500 av JC pour venir s’établir au Brésil.

Chasseurs, cueilleurs, pécheurs, les Indiens des origines sont ensuite regroupés malgré des diversités linguistiques marquées en Tupi-Guarani, peuple dominant issus des forets amazoniennes.

Leur isolement ne résista pas à la poussée des grandes puissances coloniales de la Renaissance, comme la Hollande, la France et surtout le Portugal.

En 1500, Pedro Alvares Cabral est le chef de l’expédition maritime portugaise qui découvre le Brésil.

Dès son retour, d’autres explorations permettent de prendre la mesure de cette terre immense riche en bois dont les populations non islamisées ne semblent pas hostiles au premier abord aux chrétiens.

Les marchands portugais s’installent  alors sur place, négocient d’abord le travail des Indiens contre des cadeaux ou une aide dans leurs conflits internes et commencent à exporter le bois vers l’Europe.

Mais face à la concurrence française, le roi Don João III décide de coloniser le pays en le divisant en capitaineries placées sous la responsabilité de donataires.

Les débuts sont difficiles avec la révolte des Indiens, qui prennent conscience qu’ils sont de plus en plus exploités et massacrent les premiers colons, mais la Couronne investie ensuite d’importants moyens militaires pour écraser la résistance locale.

Décimés par les guerres, les maladies, parqués et réduits à l’état de main d’œuvre, les Indiens sont également évangélisés.

L’exploitation de la canne à sucre permet de faire prospérer des états du Nordeste (Bahia, Pernambouc) mais aussi Rio de Janeiro dans une sorte d’équilibre géographique entre nord et sud du pays.

Les exploitants des champs ou des usines de production appelées engenhos deviennent des personnages influents régnant sur leurs ouvriers qu’ils soient libres ou esclaves mais l’explosion du commerce du sucre conduit rapidement les Portugais a se lancer dans la traite négrière.

Dès 1530, des milliers d’Africains sont alors arrachés de leurs terres avec parfois la complicité de leurs ennemis locaux qui les vendent aux Portugais et acheminés dans des conditions effroyables jusqu’au Brésil.

Acculturés comme les Indiens avant eux, les Africains venant du Golfe de Guinée reçoivent alors des noms portugais et doivent travailler durement dans les champs.

La traite négrière accentue les liens entre le Brésil et l’Afrique, créant ensuite de complexes systèmes hiérarchiques basés sur la couleur de peau ou les mulâtres créolisés se sentent supérieurs aux Noirs fraichement débarqués.

Quelques fois, les esclaves arrivent à s’organiser pour fuir et résister dans des quilombos comme celui du légendaire Zumbi à Bahia, mais sont la plupart du temps écrasés.

Si Rio de Janeiro prospère en commerçant à la fois avec le Pérou via l’interface du Paraguay et en recevant directement les esclaves d’Angola, plus au sud, São Paulo ne tarde pas à faire une rude concurrence dans la rafle des esclaves par des expéditions d’audacieux bandeirantes.

Au début de 1700, la découverte de l’or dans le Mina Gerais provoque d’importantes migrations vers cette région du Brésil qui elle aussi se développe mais accroit les trafics en tout genre dans un climat de far west avant l’heure que les autorités portugaises peinent à juguler.

L’or du Brésil contribue à enrichir le Portugal qui étend son influence plus vers le sud à Santa Catarina après les guerres de territoires ibéro-portugaises entre 1753 et 1763 durant lesquels populations jésuites et indiennes récalcitrantes sont massacrées ou chassées pour céder la place.

En 1807 la poussée napoléonienne oblige la cour du Portugal allié de l’Angleterre à trouver refuge au Brésil.

Devenue le centre de décision de l’empire portugais, Rio de Janeiro est transformée par cette présence mais c’est tout le Brésil entier qui bénéficie l’arrivée de la cour royale.

Dom João VI fait du Brésil un royaume, ouvre le commerce des ports brésiliens vers le monde entier, permet le développement de tous les secteurs économiques, militaires et culturels.

Cette montée en puissance du Brésil ne peut conduire en 1822 qu’à son indépendance décidé par Don Pedro Ier vis-à-vis du Portugal dirigé par les Cortes après un coup d’état en 1820.

Après avoir maté la révolte des états du nord, fidèles au Portugal, Dom Pedro Ier est contraint à abdiquer en 1825.

Lorsque son fils Dom Pedro II accède au pouvoir en 1840, son règne contraste avec celui plus tourmenté de son père, notamment avec le développement important de l’industrie du café, qui revers de la médaille accentue davantage la traite négrière.

Il faudra attendre 1850 pour qu’une première loi abolitionniste soit votée mais très mollement mise en application ce qui permettra à ce commerce de la honte de prospérer illégalement jusqu’en son interdiction perpétuelle par la princesse Isabel en 1888.

En 1865, le Brésil entame avec son allié contre nature l’Argentine, une sanglante guerre de territoire contre le Paraguay et renverse le dictateur Francisco Solano Lopez qui est tué en 1870.

Don Pedro II est le dernier roi du Brésil qui bascule ensuite vers une République fédérale laïque en 1889 avec une vision positiviste héritée d’Auguste Comte marquée par une foi immodérée dans le progrès scientifique et l’ordre social souvent entravée dans les faits par l’influence locale des colonels ou docteurs en droit.

Dans cette phase, São Paulo devient la première ville économique du pays, en concentrant une grande partie des ressources agricoles et industrielles.

En 1930, Getulio Vargas prend le pouvoir et provoque par sa politique autoritaire et volontariste une croissance importante avec en toile de fond une lutte sans merci contre les mouvements d’extreme gauche Armée de Libération Nationale ou Parti Communiste Brésilien qui tentent de propager le communisme au Brésil.

Pétrole, sidérurgie et électricité deviennent des secteurs forts….

Mais après une carrière tumultueuse et une participation « forcée » à la Seconde guerre mondiale aux cotés des Etats-Unis, Vargas préfère se suicider en 1954 plutôt que d’etre victime d’un coup d’état des miltaires.

Une fois au pouvoir, les militaires ne lacheront plus rien et instaureront une dictacture de vingt ans.

Les services secrets (SNI, Cenimar, CIE, CISA, DOPS) sèment la terreur, surveillant, traquant et éliminant les opposants qui ne choisissent pas l’exil.

Une guerre civile éclate avec les mouvement d’extrême gauche fédérés par l’ALN ou le PCB annéanti en 1972 dans la région du Para ou il avait élu une base de guerilleros.

Parallèlement à cela, la croissance continue de progresser au Brésil soutenu par les Etats-Unis ravis de se régime fort faisant la chasse aux gauchistes.

Sur fond de nationalisme triomphant, le Brésil devient l’un des premiers producteurs au monde d’éthanol, développe ses industries automobile et aeronautique et réalise le plus grand barrage du monde à Itaipu.

Lorsque cette croissance miraculeuse s’effrite en 1978, des mouvements de contestation apparaissent avec des grèves parmi lesquelles Luis Inacioa Da Silva Lula, leader des ouvriers métallurgistes puis du Parti des Travailleurs se fait connaitre.

Des élections libres sont organisées en 1985 qui voient Tancrado Neves devenir président de la République.

Sa mort prématurée immédiatement après son élection n’inversent en rien le processus de démocratisation du Brésil mais la situation économique laissée par les militaires avec un endettement colossal et une inflation mensuelle de 14% rend la transition difficile.

Le très opportuniste gouverneur d‘Alagoas, Fernando Collor de Mello profite de cette situation pour apparatire comme le nouvel homme fort du pays seul capable de redresser la situation.

Médiatique et flambeur, Collor bat Lula en 1989 et privatise à tour de bras, licenciant massivement des fonctionnaires…

Sa destitution pour corruption et détournement d’argent en 1992 n’en est que plus retentissante.

En 1994, Fernando Henrique Cardoso, créateur du Real qui a contribué à maitriser l’inflation et à relancer la consommation est élu président face à Lula, une nouvelle fois battu.

Mais en 2002, Lula profite des problèmes économiques que connait le Brésil (effondrement du Real, mouvements contestataires des travailleurs sans terre, coupures générales d’électricité)  pour se faire élire en modifiant sa stratégie afin d’adoucir son image de gaucho pur et dur pour se rendre plus rassurant vis-à-vis des classes moyennes.

Jouant habilement sur des alliances parfois contre nature, Lula négocie une aide au FMI et parvient à résorber la dette du Brésil grace à des mesures d’austérité qui permettent de stabiliser le Real.

Devenu autonome énergétiquement grace au pétrole offshore, à la production d’ethanol et à l’hydro-électrictié, le Brésil connait de nouveau une forte croissance en tirant profit de l’exportation de l’exportation de ses matières premières.

Outre son role central dans le Mercosur, il adhère aux BRICS aux cotés de la Russie, de l’Inde et de l’Afrique du sud,

Généreux socialement, Lula distribue des aides appelées « bourses familles » aux Brésiliens les plus pauvres qui leur permettent de sortir de la misère.

Malgré les scandales de corruption qui entachent sa réputation, Lula reste à l’époque populaire et une vitrine séduisante du Brésil à l’étranger.

Mais ces succès ne peuvent faire oublier les difficultés chroniques du Brésil : insécurité née de la pauvreté des favelas mises en coupe par des mafias, violence et corruption de la police, poussée des courants évangéliques qui séduisent les couches les plus pauvres de la société au détriment du catholiscisme…

En conclusion, « Nouvelle histoire du Brésil » est un ouvrage relativement court, mais très dense et complet qui permet de comprendre les grandes phases historique du Brésil depuis les origines jusqu’au début des années 2000.

L’ouvrage trouve certes ses limites dans l’actualité récente du pays, la destitution de Dilma Roussev, les énormes scandales de Lava jeito qui ont atteint ensuite Lula lui-meme et l’importante crise politico-économique qui en a résulté.

Malgré ces limitations, « Nouvelle histoire du Brésil » demeure pour moi un ouvrage de référence d’une grande utilité lorsqu’on veut s’intéresser à la dimension historique d’un pays passé de statut de vaste colonie du bout du monde marquée par la conquête et l’esclavage, à une puissance démocratique mondiale multiraciale complexe dont l’ascension ne peut malgré certaines difficultés majeures être remise en cause.

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 20:45

Un peu de régionalisme à la française avec « Le pays des lacs et petite montagne de A à Z » modeste ouvrage de Gérard Chappez.

Publié en 2010, cet abcédaire sélectif dédié au Jura se concentre sur quatre cantons : Clairvaux-les-Lacs (nord-est), Orgelet (nord-ouest), Arinthod (sud-est), Saint-Julien-sur-Suran (sud-ouest).

Agricol et artisanal du coté de la petite montagne à Arinthod et Saint Julien, le Jura région se fait nettement plus touristique du coté des lacs à Clairvaux et Orgelet.

Chappez propose donc de dérouler de manière assez fastidieuse lettre par lettre, les lieux présentant à ses yeux un intérêt.

On pioche ainsi souvent des justifications dans des raisons historiques, légendaires avec en agrément quelques citations poétiques.

D’Arinthod on retient davantage les gaudes galettes de mais importé de Turquie par Christophe Colomb constituant l’essentiel de la l’alimentation de la région, que l’Eglise romane de Notre-Dame-de-l’Assomption, somme toute assez banale.

Ce constat se répétera souvent vis-à-vis d’édifices religieux (Clairvaux, Doucier, Saint Julien, Lieffenans, Orgelet) ou châteaux (Tour du Meix, Présilly, Moutonne, Merona, Cressia) n’ayant en eux rien de bien remarquables comparés aux merveilles architecturales du territoire français à l’exception peut être des églises de Gigny, de Saint Hymetière et du château de Cornod, similaire aux châteaux de la Loire.

Il en va bien entendu tout autrement de la nature jurassienne encore préservée dans cette région : les 150 kms de la route des lacs (Maclu, Illay, Narlay, Bonlieu, Chalain) qu’on peut admirer depuis des belvédères mais aussi les plus secrets (Vernois, Fioget, Val Chambly), sans oublier ceux plus artificiels mais également superbes (Vouglans, Coiselet), les cascades du Hérisson à découvrir avec bonheur quelle que soit l’époque de l’année.

Fierté régionale oblige, les parcours de certains hommes d’Etat font l’objet de chapitres dédiés, tels le général napoléonien Albert François Dériot né et mort à Clairvaux, le bien connu huissier orgeletain Cadet-Roussel, Pierre François Xavier Bouchard lui aussi orgeletain découvreur de la Pierre de Rosette, l’inventeur Jules Secrétan, le médecin Marie François Xavier Bichat ou l’artiste peintre Jean Vuillemey.

Enfin j’ai également apprécié lla découverte de l'ancienne ligne de chemin à vapeur de Lons le Saulnier jusqu’à Arinthod qui fut ouverte en 1898 et fermée en 1948, faute de trafic suffisant.

En conclusion, d‘un intérêt variable global, « Le pays des lacs et petite montagne de A à Z » peut néanmoins faire idéalement office de point d’entrée pour découvrir ces régions si attachantes du Jura…même si pour moi, leur découverte se fait à pieds, vélos ou moto…avec l’envie de prendre son temps en admirant la splendeur de la Nature, sa faune et sa flore s’exprimant dans ses lacs, montagnes et forets, les quelques hâtes étant mises à profit pour gouter la délices gastronomiques locaux.

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 20:41

Spécialiste reconnu de l’Amérique latine, le diplomate et universitaire Alain Rouquié publie « Amérique latine » une première fois en 1987 et réactualise cet ouvrage en 1998.

Puissamment dense et structuré en quatre grandes parties,  « Amérique latine » débute par une longue introduction tournant autour des définitions à géométries variables et des racines culturelles très fortes européennes des pays dit latino-américains.

Le concept d’Amérique latine dépasse en effet les clivages géographiques ou linguistiques puisqu’un pays d’Amérique du Nord (le Mexique), tous les pays d’Amérique centrale, et certains anglophones (Guyana, Belize) ou néerlandophone (Surinam) lui sont souvent abusivement rattachés.

Si dans le langage commun le terme Amérique latine regroupe les vestiges de l’empire ibéro-portugais et souligne les liens historiquement forts des ex-colonies avec leurs anciennes métropoles, ce constat doit être grandement nuancé par la présence encore aujourd’hui non négligeable de populations indiennes locales et de descendants d’esclaves africains.

Difficile également de ne pas nier l’influence des Etats-Unis sur ceux qui ont longtemps été considérés comme des états vassaux du vaste continent américain.

La première partie de l’ouvrage commence par la géographie avec la prédominance de la chaine de montagnes des Andes culminant à plus de 7000 mètres, qui découpant le continent du Sud au Nord, constitue tout comme l’immense foret amazonienne, une barrière naturelle majeure découpant les états.

Cette géographie chahutée provoque de fortes variations de climats, entre les zones de haute altitude des montagnes andines (Chili, Pérou, Bolivie) ou des Rocheuses (Mexique), les denses forets tropicales( Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Venezuela…), les plaines désertiques du sud de l’Argentine, les immenses zones côtières de pays comme le Chili ou le Brésil et les montagnes volcaniques d’Amérique centrale (Guatemala, Costa Rica, Nicaragua).

A l’exception des empires Mayas, Incas et Aztèques dont le degré d’évolution et de complexité comptait parmi les plus haut de son temps, on sait peut des choses des autres peuples d’indiens chasseurs-cueilleurs…

L’arrivée des colons espagnols et portugais au XVI ième siècle aboutit à la conquête, la destruction puis à l’assimilation partielle des populations locales, même si certaines zones reculées du continent continuent d’abriter des tribus de plus en plus isolées face à la poussée toujours plus dévorante de la civilisation.

Mais le peu de rentabilité des esclaves indiens poussent les conquérants à importer dès peu après des esclaves africains travaillant dans les conditions épouvantables que l’on sait.

Les autres vagues migratoires européennes (italiens, allemands) et asiatiques (japonais, chinois) contribuent à l’édification d’un continent métissé ou le poids des habitudes coloniales pèse encore très fort et conditionne les rapports sociétaux, plaçant de fait toujours les noirs ou les indiens en bas de l’échelle sociale malgré l’effet paradoxal d’une valorisation de leurs cultures dans le folklore national.

En effet, à leur arrivée les conquérants ont entrepris un partage des zones cultivables entre grands propriétaires terriens qui avaient un pouvoir local écrasant sur leur main d’œuvre composée d’esclaves.

Cet ascendant de l’encomendero ou du fazendeiro se perpétue encore aujourd’hui sur les modestes paysans à qui il offre une protection minimale (toit, nourriture, salaire) en échange d’une soumission totale.

Bien souvent ces seigneurs locaux s’attachent les bonnes grâces de politiciens et ont ainsi à leur disposition des milices privées afin d’user si il le faut de la force pour conserver leurs privilèges.

Comme l’explique la seconde partie consacrée aux acteurs de la vie politique et sociale, on peut donc parler de véritables oligarchies souvent dynastiques de producteurs agricoles (café, élevage, céréales, fruits) auxquels s’ajoutent les oligarques pétroliers ou militaires, qui tiennent les secteurs économiques clés des pays et ont par conséquent un poids décisifs sur les décisions politiques.

Entre les oligarques dominants et le système ce clientélisme qu’ils produisent et les couches les plus pauvres de la population (ouvriers, petits employés), se dessine une classe moyenne dite bourgeoise composée de fonctionnaires, cadres, techniciens, petits entrepreneurs, née de la forte tendance à la bureaucratie et de l’industrialisation tardive mais réelle du continent.

Ce sont généralement ces classes qui sont les plus actives politiquement pour dénoncer les dérives des classes dominantes, les couches ouvrières ayant été longtemps plus ou moins contrôlées par l’Etat par le biais de syndicats publics inféodés afin de prévenir toute tentative de révolution communiste.

Difficile ensuite de ne pas parler de société sans évoquer l’Armée qui agit souvent comme un pouvoir régulateur en Amérique latine, renversant les gouvernements trop corrompus ou impopulaires, pour établir pendant des durées variables des dictatures répressives accompagnées des habituelles violations des droits de l’homme vis-à-vis des opposants mais de manière plus positive durant ces dernières décennies, rendant ensuite le pouvoir à des démocraties civiles.

Après la fin de la Guerre froide durant laquelle les Etats-Unis influençaient totalement les armées latino-américaines pour endiguer le communisme et n’hésitaient pas si ils le jugeaient nécessaire à intervenir militairement dans les pays d’Amérique centrale (Cuba, Nicaragua, Panama, Salvador) pour défendre leurs intérêts, les pays latino-américains se sont émancipées de leur encombrant allié et se concentrent sur la lutte contre les narcotrafics et la défense de leurs ressources naturelles.

L’église essentiellement catholique implantée par les colons « évangélisateurs » a également un impact très fort, avec notamment un rôle de remplaçant les pouvoirs publics déficients vis-à-vis des couches les plus pauvres de la société même si dans ce domaine la concurrence du protestantisme évangélique importé des Etats-Unis offre une forte concurrence.

Plus interessante pour moi que le cas particulier de l’éclosion de leaders populistes latino-américains dont Fidel Castro est un exemple saisissant, est le troisième partie consacrée aux questions de développement.

Prisonnière d’un modèle économique post colonial ou elle exporte ses matières premières et importe de couteux produits manufacturés d’Europe ou d’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) ce qui freine l’accession au développement technologique, l’Amérique latine s’est tardivement industrialisée.

Ce retard se fait ressentir dans l’insuffisance du logement avec les trop connus bidonvilles des grandes métropoles latino-américaines, des transports publics trop massivement routiers, des budgets de recherche aboutissant à la fuite des cerveaux et au recours massif à des transferts de technologie, des fortes inégalités au sein des pays, mais également dans diverses régions d’un même pays comme le Brésil, entre le Sud presque aussi développé que l’Europe et le Nord, digne du tiers monde.

Aujourd’hui, seules certaines régions du Mexique, du Brésil, de l’Argentine du Venezuela ou de la Colombie parviennent à peser internationalement comme puissances industrio-économiques des domaines sidérurgiques, pétroliers et miniers, mais soumis à un endettement massif qui les placent continuellement sous la coupe des pays dits « développés », les pays latino-américains peinent à obtenir un développement global de grande envergure.

Dans la dernière partie, Rouquié s’intéresse à l’aspect international pour consacrer une large part de son analyse à l’influence des politiques des Etats-Unis, partant d’une relation dominant-dominé (militaire, politique, économique), à une émancipation progressive se traduisant par des prises de positions à l’ONU contre l’ex-allié américain ou au développement de marchés intérieurs comme le Mercosur, seul le Mexique continuant de ménager ses encombrants voisins du Nord (Usa, Canda) auxquels il reste lié par le traité de l’Alena.

Ainsi aujourd’hui les pays latino-américains sont en recherche de partenaires Arabes ou Africains pour se démarquer de leurs anciens modèles et maitres.

En conclusion, « Amérique latine » est un ouvrage complet et riche dont le seul défaut est d’être aujourd’hui légèrement daté et de mériter sans doute d’etre actualisé au vu dernières et passionnantes évolutions de la situation internationale.

Malgré cela, « Amérique latine » réussit à dégager des tendances générales dans l’évolution de ces dizaines de pays, tout en soulignant par instants certaines spécificités (Cuba, Salvador).

J’ai été surpris de constater le poids de l’héritage colonial forcément douloureux car sanglant et inégalitaire sur les relations entre les différentes ethnies pourtant au premier abord souvent mélangées aux yeux d’un Européen.
Ce poids se fait sentir dans toute l’organisation sociale, économique et politique du continent avec son système d’oligarques descendants des grands propriétaires ou entrepreneurs coloniaux, ces locomotives agricoles et industrielles choyées par les classes politiques dominantes auxquelles elle se confondent parfois.

Prisonniers de leur passé et de son modèle archaique, victimes de l’affairisme des Etats-Unis, les pays latino-américains peinent à prendre leur envol vers le développement et les roles de premier plan internationaux que le Brésil, le Mexique ou l’Argentine pourraient pouvoir prétendre.

Et pourtant, pourtant, toute le monde le sait, leur potentiel surtout naturel est colossal et ne demande qu‘à être fructifié…

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 23:51

Depuis 2001, l’Afghanistan est devenu un des pays les plus cités dans l’actualité.

Aussi à l’heure d’une grande offensive pour libérer la ville de Mossoul du joug de Daesh en Irak, me suis-je intéressé à « Le royaume de l’insolence, l’Afghanistan 1504-2011 » du spécialiste américain Michael Barry.

Sorti en 2011, cet ouvrage massif découpé en cinq parties commence par un récit très personnel de l’auteur qui en tant qui enquêtait personnellement sur un crime de guerre perpétré par les soldats soviétiques en 1982 dans la province du Logar à l’Est de l’Afghanistan.

L’exemple de Padkhwab-e Shana, petit village perché dans les montagnes, dans lequel la population réfugiée dans les sous terrains d’irrigation pour échapper aux massacres fut brulée vive illustre de manière frappante la férocité du conflit Russo-Afghan des années 1979-1989.

Car si l’histoire de l’Afghanistan jouit d’un riche passé avec la présence dans l’Antiquité de civilisations bouddhiques et grecques puis jusqu’à la fin du XX ième siècle du soufisme, la branche la plus ouverte de l’Islam, le lecteur constatera bien vite que ce pays coincé entre les super puissances russes, iraniennes et indiennes fut surtout marqué par un niveau de violence proprement hallucinant et aboutissant à un basculement progressif vers un Islam sunnite des plus intransigeants inspiré des doctrines wahhabite égyptiennes et saoudiennes.

Composés majoritairement de Pashtounes, Tadjiks puis Hazaras chiites, les Afghans sont un peuple de paysans fonctionnant en complexes structures tribales qui revendiquent une farouche résistance aux puissances étrangères colonisatrices.

Cette résistance cimentée par un nationalisme et une religiosité exacerbés en cas d‘agression extérieure, ce manifeste une première fois au XVII ième siècle lorsque plusieurs rebellions des montagnards du Yaghestan face à l’autorité du Grand Moghol indien et du Shah d’Iran provoquent des guerres qui aboutissent à la création de l’Afghanistan sur lequel règne de Ahmad Shah.

Mais le souligne Barry, à chaque fois que les tribus afghanes s’unissent pour vaincre un ennemi commun venant de l’étranger, la phase ultérieure fait apparaitre d’insolubles divisions tribales entretenus par le viril code de l’honneur pashtoun, qui encourage les sanglantes et interminables vendettas.

Puis au XIX ième siècle, ce pays contrasté très montagneux à l’Est, aride au Sud-Ouest se trouve disputé par les deux grandes puissances coloniales de l’Angleterre et de la Russie dans ce que les historiens ont appelé le Grand Jeu.

Soucieux de préserver les Indes coloniales face à l‘inquiétant expansionnisme des tsars en Ouzbékistan, les Anglais interviennent régulièrement en Afghanistan, réussissent à prendre les villes principales mais échouent à chaque fois à mettre en place un pouvoir central rapidement renversé par les terribles révoltes des tribus
qui exploitent à merveille les zones de haute montagne du Yaghestan.

Les retentissantes défaites militaires anglaises dopent le moral des combattants afghans déjà réputés pour leur férocité et leur mépris de la mort.

Seul l’habile émir Abdur Rahman Khan, fin tacticien et cruel despote, parviendra à jouer à merveille un jeu d’alliance subtile avec l’Angleterre contre la Russie pour gouverner le pays tel qu’il doit l’être, en étant reconnu comme un pouvoir central non inféodé aux étrangers fournissant assez de marge de manœuvre aux tribus locales misérables administrés en provinces par des gouverneurs locaux.

Lorsque le Russie devient l’URSS, le Grand Jeu prend une autre tournure avec en toile de fond la vision civilisatrice du communisme qui touche une certaine élite afghane.

Le roi Amanollah se rapproche de Lénine et conclue avec lui un traité en 1920 établissant une alliance militaire et économique entre les deux pays.

Mais la politique d’ouverture internationale d’Amanollah provoque une révolte tribale et l’effondrement de son régime dont profite les Anglais pour placer un homme fidèle à leur cause, le général Nader.

Resté étrangement neutre pendant la Seconde guerre mondiale, l’Afghanistan est affecté par la création du Pakistan, formé après la partition de l’Empire des Indes en 1946 et massivement soutenu par les Etats-Unis.

De son coté, l’URSS se place donc logiquement en faveur de l’Afghanistan en soutien de revendications des territoires pashtoun écartelés de part et d’autres de la nouvelle frontière entre les deux pays.

Cette influence soviétique pousse à l’éclosion de mouvements communistes qui se heurtent aux intégristes musulmans

En 1973, Mohamed Daoud Khan prend le pouvoir après un coup d’état et établit une dictature militaire mais est assassiné en 1978 par les communistes qui placent les fondateurs du parti communiste afghan, Nour Mohamed Taraki, Babrak Karmal, et Hafizollah Amin à la tête d’un nouveau gouvernement inféodé à l’URSS.

Ensembles les trois hommes appliquent un traitement d’un radicalisme surprenant en torturant et en massacrant tous ceux qui s’opposent aux réformes communistes.

Le soulèvement des tribus offensées par les attaques contre la pratique de l’Islam force l’Armée rouge à intervenir militairement en 1979 et opérer d’horribles massacres dans les villages rebelles.

Les Russes ont l’avantage de 1980 à 1986 établissant des forteresses dans les grandes villes et usant la résistance afghane à cours de raids exterminateurs, avant que les Etats-Unis et les Anglais ne fournissent aux moudjahidins des missiles sol air Stinger et Blowpipe mettant fin à leur suprématie aérienne.

Les Russes perdent alors un hélicoptère par jour et des hommes pris en embuscades par des montagnards fanatisés maitrisant à merveille les étroits défilés montagneux du Yaghestan.

En 1989, Mikhaïl Gorbatchev décide du retrait de l’Armée rouge mais les communistes afghans de l’armée de Nadjibollah au pouvoir se sachant condamnés par la justice expéditives des combattants musulmans, résisteront pendant de longues années afin de négocier le

L’effondrement de la puissance soviétique laisse la place aux Etats-Unis qui misent sur le Pakistan état habité par une culture raciale guerrière et élitiste pour contrôler ce pays jugé arriéré et ingouvernable.

Mais ils commettent une erreur stratégique majeure en fermant les yeux sur les dérives intégristes du Pakistan qui propagent un islam wahhabite d’obédience saoudienne se repliant sur une vision étriquée et rétrograde de la religion.

En Afghanistan ce mouvement est porté par Go Ba Din Herkmatyar et puise ses forces vives dans l’ethnie pasthoune fanatisée par les écoles coraniques de leurs cousins pakistanais.

Les heurts avec l’Alliance du nord dirigée par le commandant Massoud, musulman modéré fédérant les Ouzbeks, Hazaras et les Tadjiks, l’autre ethnie majeure du pays sont terribles entravent toute reconstruction du pays de 1992 à 1996, date ou le mouvement ultra radical des talibans armés par le Pakistan, prennent le pouvoir.

Barry souligne avec justesse l’aveuglément des Etats-Unis qui ont laissé prospéré au sein des talibans l’organisation terroriste Al Quaida dirigée par le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden.

C’est finalement l’exportation de la violence hors du territoire afghan par l’idéologie folle et nihiliste d’Al Quaida avec l’apothéose du 11 Septembre 2001 qui força les Etats-Unis a enfin réagir pour faire chuter le régime des talibans.

Avec la mort de Massoud assassiné avant le 11 Septembre, l’Afghanistan perd donc un brillant chef de guerre et l’espoir d’une union nationale incarnée par un musulman modéré ouverts à des idées relativement progressistes.

Après le 11 Septembre, le Pakistan est soumis à la pression des Etats-Unis et malgré une opinion publique hostile, doit accepter de lacher ses encombrants alliés et de préter assistance aux troupes de l’OTAN qui débarquent en Afghanistan.

Meme si les talibans furent vaincus et Oussama Ben Laden assassiné en 2011, la reconstruction de l’Afghanistan peut etre aujourd’hui considérée comme un échec : en cause la tenacité de poches de résistances des talibans toujours soutenus en sous main par l’ambigu « allié » pakistanais qui pratique un double jeu embarassant dans le but de rester maitre d’un état qu’il voit comme vassalisé, la virulence des attentats contre les pouvoirs publics ou tous les représentants des pays étrangers régulièrement pris pour cible par les terroristes et enfin l’inefficacité d’une politique de développement gangréne par la corruption endémique du gouvernement d’Hamid Karzai et des gouverneurs locaux.

Englué dans la violence et l’archaisme, l’Afghanistan stagne et semble se replier davantage sur lui-meme après avoir découragé les Etats-Unis près finalement à accepter confier une partie du pouvoir aux talibans si ceux-ci se détachaient d’Al Quaida, jeu à haut risque qui aboutirait probablement à une répétition de la situation de la fin des années 90.

En conclusion, « Le royaume de l’insolence, l’Afghanistan 1504-2011 » est un ouvrage passionnant écrit par un expert de terrain capable de décrypter le mécanismes profonds d’un pays au final desesperant…

Très sombre mais en meme temps réaliste dans son analyse, Michael Barry dresse le portrait d’un pays par nature fier et insoumis mais aussi profondément divisé et incapable de toute organisation collective susceptible de le faire progresser.

Etat tampon sous dévéloppé et sous estimé, l’Afghanistan a été la proie de convoitises de super puissances anglaises puis russes ayant abouti à des guerres terribles, une désorganisation totale et à la poussée des mouvements les plus fascistes de tous les temps celui des talibans dont les tortures sadiques et la privation de droits des femmes constituèrent les prémices d’une menace encore plus grande : l’éclosion du terrorisme mondial que la poussée de Daesh aujourd’hui a presque fait oublier.

Tout en déplorant la dérive présente, Barry ne manque pas de souligner la responsabilité du Pakistan et des Etats-Unis dans le situation catastrophique actuelle.

Et on ne peut donc s’empecher de penser qu’avec un Massoud au pouvoir les choses auraient pu etre différentes…

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 14:14
Pigalle, le roman noir de Paris (Patrice Bollon)

Ville dont l’histoire passionne, Paris est ici mise à l’honneur dans « Pigalle, le roman noir de Paris », ouvrage documentaire illustré en noir et blanc du journaliste Patrice Bollon paru en 2004.

Le parti pris est ici de s’intéresser à l’histoire de ce quartier de fêtes et de crimes qui attira tant d’artistes (peintres, écrivains, cinéastes) fascinés par cette particularité.

On évoque donc ici Toulouse Lautrec, Victor Hugo, Emile Zola, Henry Miller, Jacques Prévert, André Breton, Jean Genet, Django Reinhardt, Tino Rossi et Edith Piaf pour les plus connus d’entre eux.

Bollon débute par un épuisant exercice de définition concernant les limites géographiques forcément mouvantes du quartier entre le Sud plus calme du quartier qui descend vers Saint Georges jusqu’à l’église Notre-Dame-de-Lorette et le Nord, celui des boites de nuits du boulevard de Clichy, de la place Blanche et de la rue des Martyrs.

Une barrière invisible est alors délimitée avec les zones limitrophes de Montmartre plus artistique/touristique et Barbés ouvrier et populaire, une partie des Batignolles pouvant en revanche parfois s’y rattacher.

Au fil du temps, Pigalle qui n’était au départ qu’une zone de champs et de marécages, puis un parc d’attraction en bordure de Paris devint à partir des XVIII et XIX ième siècle le quartier plutôt bourgeois de la Nouvelle Athènes ou s’établissent des artistes renommés de l’époque : Dumas, Gautier, Nerval, Berlioz, Zola et le courant des peintres impressionnistes (Degas/Manet/Renoir)

Déjà les prostituées ou assimilées, appelées « lorettes » ou « grues » se font entretenir par leurs riches protecteurs…

Le quartier s’étend davantage avec construction des grands boulevards, ponts et surtout métro ouvert en 1903.

Mais Pigalle se fait d’abord connaitre par ses lieux de nuits dont les plus célèbres sont le Moulin rouge, l’Elysée Montmartre, la Boule noire et la Cigale ou on y vient s’encanailler jusqu’au bout de la nuit dans les bals populaires ou se mêlent ouvriers, bourgeois aventuriers, mauvais garçons et filles faciles.

Seul le Chat noir se distingue par une clientèle plus sélective.

Paradoxalement, Pigalle étant à présent dans Paris présente une sécurité supérieure par rapport aux zones périphériques de la ville, repaire de bidonvilles insalubres et dangereux.

A Pigalle, les cabarets fleurissent avec une tendance prononcée pour le clinquant voir le mauvais gout (l’Enfer, le Paradis, le Rat mort, le Folies Pigalle, la Nouvelle Eve).

Les danseuses se déshabillent, lèvent la jambes ou font le grand écart mais se prostituent aussi après le spectacle.

Après la Première guerre mondiale, les années folles augmentent encore l’activité du lieu avec l’ouverture des cinémas dont le plus grand de l’époque le Gaumont Palace et ses 6000 places, de restaurants russes ou bars américains.

On y croise Mistinguett, Joséphine Baker ou Django Reinhardt et une grande liberté de mœurs s’établit vis-à-vis des homosexuels en particulier des travestis hommes ou femmes avec lieux de rencontre spécialisés.

Mais le montée en puissance des lieux de nuits s’accompagne du revers de la médaille avec l’arrivée de la pègre organisée à Pigalle luttant pour le contrôle du racket, de la prostitution et de la distribution de drogue.

Pendant la Seconde guerre mondiale, ce qu’on appelle le Milieu profite avec opportunisme de la présence des Allemands à Paris pour maximiser ses profits.

Dans cette période trouble, les truands sans morale frayent avec les hauts gradés de la Wehrmacht ravis de compter sur ses intermédiaires précieux dans le détournement de la production française vers l’Allemagne, mais retourneront aussi vite leur veste pour continuer leurs trafics avec les GI américains eux aussi avides de plaisirs nocturnes dans le Paris de la Libération.

Chef de la Gestapo française et véritable Parrain de Paris au sein italien du terme, Henri Chamberlain dit « Lafont » sera un symbole de cette étrange collusion entre gangsters et nazi.

Après guerre, les bandes de Corses et de Marseillais s’affrontent ensuite dans de sanglants règlements de comptes qui contribuèrent à la réputation de violence du quartier.

Certains figures du grand banditisme émergeront de cette période comme Emile Buisson, Pierrot le Fou, Joe Attia, Pierre Carrot ou Pierre Cucurru qui officiait jusqu’à son assassinat par un patron de bar récalcitrant comme juge de paix des conflits entre truands.

Dernière composante du quartier, le sexe fait également intégralement partie de l’histoire de Pigalle.

Derrière l’existence de prostituées et prostitués indépendants travaillant boulevard de Clichy pour rabattre leurs michetons dans les hôtels de passe miteux des alentours, se cachaient les proxénètes appelés « julots casse croutes » « souteneurs« « maquereaux » qui établissaient des relations complexes avec leurs filles, mélange de violence, attachement et protection.

Dans la hiérarchie du crime, les proxénètes eux-mêmes se faisaient parfois racketter par des truands de plus gros calibre, braqueurs ou tueurs plus chevronnés.

En guise de conclusion Bollon évoque quelques films autour de Pigalle, dont le célèbre « Bob le flambeur » de Melville, « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker, « Du rififi chez les hommes » de Jules Dassin ainsi que plusieurs adaptations des romans policiers de Georges Simenon qui avec Albert Simonin Auguste Le breton et le moins connu André Helena fut l’un des écrivains qui décrivit le mieux Pigalle.

En conclusion, « Pigalle, le roman noir de Paris » permet de mieux connaitre l’un des quartiers les plus singuliers et vénéneux de Paris, dont la réputation de fête, sexe et violence perdure aujourd’hui malgré une tendance comme dans toutes les zones chaudes de la capitale à l’embourgeoisement.

Pigalle reste pour moi la face sombre de Montmartre, artistique et charmante, celle ou on sort le soir et parfois fait des mauvaises rencontre.

A l’aide d’un important travail documentaire, Bollon explique l’évolution géographique et historique de Pigalle, détaillant minutieusement des lieux étonnants ou sulfureux aujourd’hui disparus ou remplacés par des commerces tout ce qu’il y a de plus banal.

Le plus grand plaisir est celui de contempler les vieilles photos d’époque en noir et blanc : les façades de cabarets disparus, les trombines de gangsters des années 50 portant beau à l’époque, les femmes dénudées et les transformistes…

On critiquera simplement l’introduction poussive détaillant Pigalle pratiquement rue par rue et les références souvent incomplètes comme le groupe de rock des années 90 ou la série française consacrée au quartier…

Pigalle, le roman noir de Paris (Patrice Bollon)
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