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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 20:45

Un peu de régionalisme à la française avec « Le pays des lacs et petite montagne de A à Z » modeste ouvrage de Gérard Chappez.

Publié en 2010, cet abcédaire sélectif dédié au Jura se concentre sur quatre cantons : Clairvaux-les-Lacs (nord-est), Orgelet (nord-ouest), Arinthod (sud-est), Saint-Julien-sur-Suran (sud-ouest).

Agricol et artisanal du coté de la petite montagne à Arinthod et Saint Julien, le Jura région se fait nettement plus touristique du coté des lacs à Clairvaux et Orgelet.

Chappez propose donc de dérouler de manière assez fastidieuse lettre par lettre, les lieux présentant à ses yeux un intérêt.

On pioche ainsi souvent des justifications dans des raisons historiques, légendaires avec en agrément quelques citations poétiques.

D’Arinthod on retient davantage les gaudes galettes de mais importé de Turquie par Christophe Colomb constituant l’essentiel de la l’alimentation de la région, que l’Eglise romane de Notre-Dame-de-l’Assomption, somme toute assez banale.

Ce constat se répétera souvent vis-à-vis d’édifices religieux (Clairvaux, Doucier, Saint Julien, Lieffenans, Orgelet) ou châteaux (Tour du Meix, Présilly, Moutonne, Merona, Cressia) n’ayant en eux rien de bien remarquables comparés aux merveilles architecturales du territoire français à l’exception peut être des églises de Gigny, de Saint Hymetière et du château de Cornod, similaire aux châteaux de la Loire.

Il en va bien entendu tout autrement de la nature jurassienne encore préservée dans cette région : les 150 kms de la route des lacs (Maclu, Illay, Narlay, Bonlieu, Chalain) qu’on peut admirer depuis des belvédères mais aussi les plus secrets (Vernois, Fioget, Val Chambly), sans oublier ceux plus artificiels mais également superbes (Vouglans, Coiselet), les cascades du Hérisson à découvrir avec bonheur quelle que soit l’époque de l’année.

Fierté régionale oblige, les parcours de certains hommes d’Etat font l’objet de chapitres dédiés, tels le général napoléonien Albert François Dériot né et mort à Clairvaux, le bien connu huissier orgeletain Cadet-Roussel, Pierre François Xavier Bouchard lui aussi orgeletain découvreur de la Pierre de Rosette, l’inventeur Jules Secrétan, le médecin Marie François Xavier Bichat ou l’artiste peintre Jean Vuillemey.

Enfin j’ai également apprécié lla découverte de l'ancienne ligne de chemin à vapeur de Lons le Saulnier jusqu’à Arinthod qui fut ouverte en 1898 et fermée en 1948, faute de trafic suffisant.

En conclusion, d‘un intérêt variable global, « Le pays des lacs et petite montagne de A à Z » peut néanmoins faire idéalement office de point d’entrée pour découvrir ces régions si attachantes du Jura…même si pour moi, leur découverte se fait à pieds, vélos ou moto…avec l’envie de prendre son temps en admirant la splendeur de la Nature, sa faune et sa flore s’exprimant dans ses lacs, montagnes et forets, les quelques hâtes étant mises à profit pour gouter la délices gastronomiques locaux.

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 20:41

Spécialiste reconnu de l’Amérique latine, le diplomate et universitaire Alain Rouquié publie « Amérique latine » une première fois en 1987 et réactualise cet ouvrage en 1998.

Puissamment dense et structuré en quatre grandes parties,  « Amérique latine » débute par une longue introduction tournant autour des définitions à géométries variables et des racines culturelles très fortes européennes des pays dit latino-américains.

Le concept d’Amérique latine dépasse en effet les clivages géographiques ou linguistiques puisqu’un pays d’Amérique du Nord (le Mexique), tous les pays d’Amérique centrale, et certains anglophones (Guyana, Belize) ou néerlandophone (Surinam) lui sont souvent abusivement rattachés.

Si dans le langage commun le terme Amérique latine regroupe les vestiges de l’empire ibéro-portugais et souligne les liens historiquement forts des ex-colonies avec leurs anciennes métropoles, ce constat doit être grandement nuancé par la présence encore aujourd’hui non négligeable de populations indiennes locales et de descendants d’esclaves africains.

Difficile également de ne pas nier l’influence des Etats-Unis sur ceux qui ont longtemps été considérés comme des états vassaux du vaste continent américain.

La première partie de l’ouvrage commence par la géographie avec la prédominance de la chaine de montagnes des Andes culminant à plus de 7000 mètres, qui découpant le continent du Sud au Nord, constitue tout comme l’immense foret amazonienne, une barrière naturelle majeure découpant les états.

Cette géographie chahutée provoque de fortes variations de climats, entre les zones de haute altitude des montagnes andines (Chili, Pérou, Bolivie) ou des Rocheuses (Mexique), les denses forets tropicales( Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Venezuela…), les plaines désertiques du sud de l’Argentine, les immenses zones côtières de pays comme le Chili ou le Brésil et les montagnes volcaniques d’Amérique centrale (Guatemala, Costa Rica, Nicaragua).

A l’exception des empires Mayas, Incas et Aztèques dont le degré d’évolution et de complexité comptait parmi les plus haut de son temps, on sait peut des choses des autres peuples d’indiens chasseurs-cueilleurs…

L’arrivée des colons espagnols et portugais au XVI ième siècle aboutit à la conquête, la destruction puis à l’assimilation partielle des populations locales, même si certaines zones reculées du continent continuent d’abriter des tribus de plus en plus isolées face à la poussée toujours plus dévorante de la civilisation.

Mais le peu de rentabilité des esclaves indiens poussent les conquérants à importer dès peu après des esclaves africains travaillant dans les conditions épouvantables que l’on sait.

Les autres vagues migratoires européennes (italiens, allemands) et asiatiques (japonais, chinois) contribuent à l’édification d’un continent métissé ou le poids des habitudes coloniales pèse encore très fort et conditionne les rapports sociétaux, plaçant de fait toujours les noirs ou les indiens en bas de l’échelle sociale malgré l’effet paradoxal d’une valorisation de leurs cultures dans le folklore national.

En effet, à leur arrivée les conquérants ont entrepris un partage des zones cultivables entre grands propriétaires terriens qui avaient un pouvoir local écrasant sur leur main d’œuvre composée d’esclaves.

Cet ascendant de l’encomendero ou du fazendeiro se perpétue encore aujourd’hui sur les modestes paysans à qui il offre une protection minimale (toit, nourriture, salaire) en échange d’une soumission totale.

Bien souvent ces seigneurs locaux s’attachent les bonnes grâces de politiciens et ont ainsi à leur disposition des milices privées afin d’user si il le faut de la force pour conserver leurs privilèges.

Comme l’explique la seconde partie consacrée aux acteurs de la vie politique et sociale, on peut donc parler de véritables oligarchies souvent dynastiques de producteurs agricoles (café, élevage, céréales, fruits) auxquels s’ajoutent les oligarques pétroliers ou militaires, qui tiennent les secteurs économiques clés des pays et ont par conséquent un poids décisifs sur les décisions politiques.

Entre les oligarques dominants et le système ce clientélisme qu’ils produisent et les couches les plus pauvres de la population (ouvriers, petits employés), se dessine une classe moyenne dite bourgeoise composée de fonctionnaires, cadres, techniciens, petits entrepreneurs, née de la forte tendance à la bureaucratie et de l’industrialisation tardive mais réelle du continent.

Ce sont généralement ces classes qui sont les plus actives politiquement pour dénoncer les dérives des classes dominantes, les couches ouvrières ayant été longtemps plus ou moins contrôlées par l’Etat par le biais de syndicats publics inféodés afin de prévenir toute tentative de révolution communiste.

Difficile ensuite de ne pas parler de société sans évoquer l’Armée qui agit souvent comme un pouvoir régulateur en Amérique latine, renversant les gouvernements trop corrompus ou impopulaires, pour établir pendant des durées variables des dictatures répressives accompagnées des habituelles violations des droits de l’homme vis-à-vis des opposants mais de manière plus positive durant ces dernières décennies, rendant ensuite le pouvoir à des démocraties civiles.

Après la fin de la Guerre froide durant laquelle les Etats-Unis influençaient totalement les armées latino-américaines pour endiguer le communisme et n’hésitaient pas si ils le jugeaient nécessaire à intervenir militairement dans les pays d’Amérique centrale (Cuba, Nicaragua, Panama, Salvador) pour défendre leurs intérêts, les pays latino-américains se sont émancipées de leur encombrant allié et se concentrent sur la lutte contre les narcotrafics et la défense de leurs ressources naturelles.

L’église essentiellement catholique implantée par les colons « évangélisateurs » a également un impact très fort, avec notamment un rôle de remplaçant les pouvoirs publics déficients vis-à-vis des couches les plus pauvres de la société même si dans ce domaine la concurrence du protestantisme évangélique importé des Etats-Unis offre une forte concurrence.

Plus interessante pour moi que le cas particulier de l’éclosion de leaders populistes latino-américains dont Fidel Castro est un exemple saisissant, est le troisième partie consacrée aux questions de développement.

Prisonnière d’un modèle économique post colonial ou elle exporte ses matières premières et importe de couteux produits manufacturés d’Europe ou d’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) ce qui freine l’accession au développement technologique, l’Amérique latine s’est tardivement industrialisée.

Ce retard se fait ressentir dans l’insuffisance du logement avec les trop connus bidonvilles des grandes métropoles latino-américaines, des transports publics trop massivement routiers, des budgets de recherche aboutissant à la fuite des cerveaux et au recours massif à des transferts de technologie, des fortes inégalités au sein des pays, mais également dans diverses régions d’un même pays comme le Brésil, entre le Sud presque aussi développé que l’Europe et le Nord, digne du tiers monde.

Aujourd’hui, seules certaines régions du Mexique, du Brésil, de l’Argentine du Venezuela ou de la Colombie parviennent à peser internationalement comme puissances industrio-économiques des domaines sidérurgiques, pétroliers et miniers, mais soumis à un endettement massif qui les placent continuellement sous la coupe des pays dits « développés », les pays latino-américains peinent à obtenir un développement global de grande envergure.

Dans la dernière partie, Rouquié s’intéresse à l’aspect international pour consacrer une large part de son analyse à l’influence des politiques des Etats-Unis, partant d’une relation dominant-dominé (militaire, politique, économique), à une émancipation progressive se traduisant par des prises de positions à l’ONU contre l’ex-allié américain ou au développement de marchés intérieurs comme le Mercosur, seul le Mexique continuant de ménager ses encombrants voisins du Nord (Usa, Canda) auxquels il reste lié par le traité de l’Alena.

Ainsi aujourd’hui les pays latino-américains sont en recherche de partenaires Arabes ou Africains pour se démarquer de leurs anciens modèles et maitres.

En conclusion, « Amérique latine » est un ouvrage complet et riche dont le seul défaut est d’être aujourd’hui légèrement daté et de mériter sans doute d’etre actualisé au vu dernières et passionnantes évolutions de la situation internationale.

Malgré cela, « Amérique latine » réussit à dégager des tendances générales dans l’évolution de ces dizaines de pays, tout en soulignant par instants certaines spécificités (Cuba, Salvador).

J’ai été surpris de constater le poids de l’héritage colonial forcément douloureux car sanglant et inégalitaire sur les relations entre les différentes ethnies pourtant au premier abord souvent mélangées aux yeux d’un Européen.
Ce poids se fait sentir dans toute l’organisation sociale, économique et politique du continent avec son système d’oligarques descendants des grands propriétaires ou entrepreneurs coloniaux, ces locomotives agricoles et industrielles choyées par les classes politiques dominantes auxquelles elle se confondent parfois.

Prisonniers de leur passé et de son modèle archaique, victimes de l’affairisme des Etats-Unis, les pays latino-américains peinent à prendre leur envol vers le développement et les roles de premier plan internationaux que le Brésil, le Mexique ou l’Argentine pourraient pouvoir prétendre.

Et pourtant, pourtant, toute le monde le sait, leur potentiel surtout naturel est colossal et ne demande qu‘à être fructifié…

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 23:51

Depuis 2001, l’Afghanistan est devenu un des pays les plus cités dans l’actualité.

Aussi à l’heure d’une grande offensive pour libérer la ville de Mossoul du joug de Daesh en Irak, me suis-je intéressé à « Le royaume de l’insolence, l’Afghanistan 1504-2011 » du spécialiste américain Michael Barry.

Sorti en 2011, cet ouvrage massif découpé en cinq parties commence par un récit très personnel de l’auteur qui en tant qui enquêtait personnellement sur un crime de guerre perpétré par les soldats soviétiques en 1982 dans la province du Logar à l’Est de l’Afghanistan.

L’exemple de Padkhwab-e Shana, petit village perché dans les montagnes, dans lequel la population réfugiée dans les sous terrains d’irrigation pour échapper aux massacres fut brulée vive illustre de manière frappante la férocité du conflit Russo-Afghan des années 1979-1989.

Car si l’histoire de l’Afghanistan jouit d’un riche passé avec la présence dans l’Antiquité de civilisations bouddhiques et grecques puis jusqu’à la fin du XX ième siècle du soufisme, la branche la plus ouverte de l’Islam, le lecteur constatera bien vite que ce pays coincé entre les super puissances russes, iraniennes et indiennes fut surtout marqué par un niveau de violence proprement hallucinant et aboutissant à un basculement progressif vers un Islam sunnite des plus intransigeants inspiré des doctrines wahhabite égyptiennes et saoudiennes.

Composés majoritairement de Pashtounes, Tadjiks puis Hazaras chiites, les Afghans sont un peuple de paysans fonctionnant en complexes structures tribales qui revendiquent une farouche résistance aux puissances étrangères colonisatrices.

Cette résistance cimentée par un nationalisme et une religiosité exacerbés en cas d‘agression extérieure, ce manifeste une première fois au XVII ième siècle lorsque plusieurs rebellions des montagnards du Yaghestan face à l’autorité du Grand Moghol indien et du Shah d’Iran provoquent des guerres qui aboutissent à la création de l’Afghanistan sur lequel règne de Ahmad Shah.

Mais le souligne Barry, à chaque fois que les tribus afghanes s’unissent pour vaincre un ennemi commun venant de l’étranger, la phase ultérieure fait apparaitre d’insolubles divisions tribales entretenus par le viril code de l’honneur pashtoun, qui encourage les sanglantes et interminables vendettas.

Puis au XIX ième siècle, ce pays contrasté très montagneux à l’Est, aride au Sud-Ouest se trouve disputé par les deux grandes puissances coloniales de l’Angleterre et de la Russie dans ce que les historiens ont appelé le Grand Jeu.

Soucieux de préserver les Indes coloniales face à l‘inquiétant expansionnisme des tsars en Ouzbékistan, les Anglais interviennent régulièrement en Afghanistan, réussissent à prendre les villes principales mais échouent à chaque fois à mettre en place un pouvoir central rapidement renversé par les terribles révoltes des tribus
qui exploitent à merveille les zones de haute montagne du Yaghestan.

Les retentissantes défaites militaires anglaises dopent le moral des combattants afghans déjà réputés pour leur férocité et leur mépris de la mort.

Seul l’habile émir Abdur Rahman Khan, fin tacticien et cruel despote, parviendra à jouer à merveille un jeu d’alliance subtile avec l’Angleterre contre la Russie pour gouverner le pays tel qu’il doit l’être, en étant reconnu comme un pouvoir central non inféodé aux étrangers fournissant assez de marge de manœuvre aux tribus locales misérables administrés en provinces par des gouverneurs locaux.

Lorsque le Russie devient l’URSS, le Grand Jeu prend une autre tournure avec en toile de fond la vision civilisatrice du communisme qui touche une certaine élite afghane.

Le roi Amanollah se rapproche de Lénine et conclue avec lui un traité en 1920 établissant une alliance militaire et économique entre les deux pays.

Mais la politique d’ouverture internationale d’Amanollah provoque une révolte tribale et l’effondrement de son régime dont profite les Anglais pour placer un homme fidèle à leur cause, le général Nader.

Resté étrangement neutre pendant la Seconde guerre mondiale, l’Afghanistan est affecté par la création du Pakistan, formé après la partition de l’Empire des Indes en 1946 et massivement soutenu par les Etats-Unis.

De son coté, l’URSS se place donc logiquement en faveur de l’Afghanistan en soutien de revendications des territoires pashtoun écartelés de part et d’autres de la nouvelle frontière entre les deux pays.

Cette influence soviétique pousse à l’éclosion de mouvements communistes qui se heurtent aux intégristes musulmans

En 1973, Mohamed Daoud Khan prend le pouvoir après un coup d’état et établit une dictature militaire mais est assassiné en 1978 par les communistes qui placent les fondateurs du parti communiste afghan, Nour Mohamed Taraki, Babrak Karmal, et Hafizollah Amin à la tête d’un nouveau gouvernement inféodé à l’URSS.

Ensembles les trois hommes appliquent un traitement d’un radicalisme surprenant en torturant et en massacrant tous ceux qui s’opposent aux réformes communistes.

Le soulèvement des tribus offensées par les attaques contre la pratique de l’Islam force l’Armée rouge à intervenir militairement en 1979 et opérer d’horribles massacres dans les villages rebelles.

Les Russes ont l’avantage de 1980 à 1986 établissant des forteresses dans les grandes villes et usant la résistance afghane à cours de raids exterminateurs, avant que les Etats-Unis et les Anglais ne fournissent aux moudjahidins des missiles sol air Stinger et Blowpipe mettant fin à leur suprématie aérienne.

Les Russes perdent alors un hélicoptère par jour et des hommes pris en embuscades par des montagnards fanatisés maitrisant à merveille les étroits défilés montagneux du Yaghestan.

En 1989, Mikhaïl Gorbatchev décide du retrait de l’Armée rouge mais les communistes afghans de l’armée de Nadjibollah au pouvoir se sachant condamnés par la justice expéditives des combattants musulmans, résisteront pendant de longues années afin de négocier le

L’effondrement de la puissance soviétique laisse la place aux Etats-Unis qui misent sur le Pakistan état habité par une culture raciale guerrière et élitiste pour contrôler ce pays jugé arriéré et ingouvernable.

Mais ils commettent une erreur stratégique majeure en fermant les yeux sur les dérives intégristes du Pakistan qui propagent un islam wahhabite d’obédience saoudienne se repliant sur une vision étriquée et rétrograde de la religion.

En Afghanistan ce mouvement est porté par Go Ba Din Herkmatyar et puise ses forces vives dans l’ethnie pasthoune fanatisée par les écoles coraniques de leurs cousins pakistanais.

Les heurts avec l’Alliance du nord dirigée par le commandant Massoud, musulman modéré fédérant les Ouzbeks, Hazaras et les Tadjiks, l’autre ethnie majeure du pays sont terribles entravent toute reconstruction du pays de 1992 à 1996, date ou le mouvement ultra radical des talibans armés par le Pakistan, prennent le pouvoir.

Barry souligne avec justesse l’aveuglément des Etats-Unis qui ont laissé prospéré au sein des talibans l’organisation terroriste Al Quaida dirigée par le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden.

C’est finalement l’exportation de la violence hors du territoire afghan par l’idéologie folle et nihiliste d’Al Quaida avec l’apothéose du 11 Septembre 2001 qui força les Etats-Unis a enfin réagir pour faire chuter le régime des talibans.

Avec la mort de Massoud assassiné avant le 11 Septembre, l’Afghanistan perd donc un brillant chef de guerre et l’espoir d’une union nationale incarnée par un musulman modéré ouverts à des idées relativement progressistes.

Après le 11 Septembre, le Pakistan est soumis à la pression des Etats-Unis et malgré une opinion publique hostile, doit accepter de lacher ses encombrants alliés et de préter assistance aux troupes de l’OTAN qui débarquent en Afghanistan.

Meme si les talibans furent vaincus et Oussama Ben Laden assassiné en 2011, la reconstruction de l’Afghanistan peut etre aujourd’hui considérée comme un échec : en cause la tenacité de poches de résistances des talibans toujours soutenus en sous main par l’ambigu « allié » pakistanais qui pratique un double jeu embarassant dans le but de rester maitre d’un état qu’il voit comme vassalisé, la virulence des attentats contre les pouvoirs publics ou tous les représentants des pays étrangers régulièrement pris pour cible par les terroristes et enfin l’inefficacité d’une politique de développement gangréne par la corruption endémique du gouvernement d’Hamid Karzai et des gouverneurs locaux.

Englué dans la violence et l’archaisme, l’Afghanistan stagne et semble se replier davantage sur lui-meme après avoir découragé les Etats-Unis près finalement à accepter confier une partie du pouvoir aux talibans si ceux-ci se détachaient d’Al Quaida, jeu à haut risque qui aboutirait probablement à une répétition de la situation de la fin des années 90.

En conclusion, « Le royaume de l’insolence, l’Afghanistan 1504-2011 » est un ouvrage passionnant écrit par un expert de terrain capable de décrypter le mécanismes profonds d’un pays au final desesperant…

Très sombre mais en meme temps réaliste dans son analyse, Michael Barry dresse le portrait d’un pays par nature fier et insoumis mais aussi profondément divisé et incapable de toute organisation collective susceptible de le faire progresser.

Etat tampon sous dévéloppé et sous estimé, l’Afghanistan a été la proie de convoitises de super puissances anglaises puis russes ayant abouti à des guerres terribles, une désorganisation totale et à la poussée des mouvements les plus fascistes de tous les temps celui des talibans dont les tortures sadiques et la privation de droits des femmes constituèrent les prémices d’une menace encore plus grande : l’éclosion du terrorisme mondial que la poussée de Daesh aujourd’hui a presque fait oublier.

Tout en déplorant la dérive présente, Barry ne manque pas de souligner la responsabilité du Pakistan et des Etats-Unis dans le situation catastrophique actuelle.

Et on ne peut donc s’empecher de penser qu’avec un Massoud au pouvoir les choses auraient pu etre différentes…

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 14:14
Pigalle, le roman noir de Paris (Patrice Bollon)

Ville dont l’histoire passionne, Paris est ici mise à l’honneur dans « Pigalle, le roman noir de Paris », ouvrage documentaire illustré en noir et blanc du journaliste Patrice Bollon paru en 2004.

Le parti pris est ici de s’intéresser à l’histoire de ce quartier de fêtes et de crimes qui attira tant d’artistes (peintres, écrivains, cinéastes) fascinés par cette particularité.

On évoque donc ici Toulouse Lautrec, Victor Hugo, Emile Zola, Henry Miller, Jacques Prévert, André Breton, Jean Genet, Django Reinhardt, Tino Rossi et Edith Piaf pour les plus connus d’entre eux.

Bollon débute par un épuisant exercice de définition concernant les limites géographiques forcément mouvantes du quartier entre le Sud plus calme du quartier qui descend vers Saint Georges jusqu’à l’église Notre-Dame-de-Lorette et le Nord, celui des boites de nuits du boulevard de Clichy, de la place Blanche et de la rue des Martyrs.

Une barrière invisible est alors délimitée avec les zones limitrophes de Montmartre plus artistique/touristique et Barbés ouvrier et populaire, une partie des Batignolles pouvant en revanche parfois s’y rattacher.

Au fil du temps, Pigalle qui n’était au départ qu’une zone de champs et de marécages, puis un parc d’attraction en bordure de Paris devint à partir des XVIII et XIX ième siècle le quartier plutôt bourgeois de la Nouvelle Athènes ou s’établissent des artistes renommés de l’époque : Dumas, Gautier, Nerval, Berlioz, Zola et le courant des peintres impressionnistes (Degas/Manet/Renoir)

Déjà les prostituées ou assimilées, appelées « lorettes » ou « grues » se font entretenir par leurs riches protecteurs…

Le quartier s’étend davantage avec construction des grands boulevards, ponts et surtout métro ouvert en 1903.

Mais Pigalle se fait d’abord connaitre par ses lieux de nuits dont les plus célèbres sont le Moulin rouge, l’Elysée Montmartre, la Boule noire et la Cigale ou on y vient s’encanailler jusqu’au bout de la nuit dans les bals populaires ou se mêlent ouvriers, bourgeois aventuriers, mauvais garçons et filles faciles.

Seul le Chat noir se distingue par une clientèle plus sélective.

Paradoxalement, Pigalle étant à présent dans Paris présente une sécurité supérieure par rapport aux zones périphériques de la ville, repaire de bidonvilles insalubres et dangereux.

A Pigalle, les cabarets fleurissent avec une tendance prononcée pour le clinquant voir le mauvais gout (l’Enfer, le Paradis, le Rat mort, le Folies Pigalle, la Nouvelle Eve).

Les danseuses se déshabillent, lèvent la jambes ou font le grand écart mais se prostituent aussi après le spectacle.

Après la Première guerre mondiale, les années folles augmentent encore l’activité du lieu avec l’ouverture des cinémas dont le plus grand de l’époque le Gaumont Palace et ses 6000 places, de restaurants russes ou bars américains.

On y croise Mistinguett, Joséphine Baker ou Django Reinhardt et une grande liberté de mœurs s’établit vis-à-vis des homosexuels en particulier des travestis hommes ou femmes avec lieux de rencontre spécialisés.

Mais le montée en puissance des lieux de nuits s’accompagne du revers de la médaille avec l’arrivée de la pègre organisée à Pigalle luttant pour le contrôle du racket, de la prostitution et de la distribution de drogue.

Pendant la Seconde guerre mondiale, ce qu’on appelle le Milieu profite avec opportunisme de la présence des Allemands à Paris pour maximiser ses profits.

Dans cette période trouble, les truands sans morale frayent avec les hauts gradés de la Wehrmacht ravis de compter sur ses intermédiaires précieux dans le détournement de la production française vers l’Allemagne, mais retourneront aussi vite leur veste pour continuer leurs trafics avec les GI américains eux aussi avides de plaisirs nocturnes dans le Paris de la Libération.

Chef de la Gestapo française et véritable Parrain de Paris au sein italien du terme, Henri Chamberlain dit « Lafont » sera un symbole de cette étrange collusion entre gangsters et nazi.

Après guerre, les bandes de Corses et de Marseillais s’affrontent ensuite dans de sanglants règlements de comptes qui contribuèrent à la réputation de violence du quartier.

Certains figures du grand banditisme émergeront de cette période comme Emile Buisson, Pierrot le Fou, Joe Attia, Pierre Carrot ou Pierre Cucurru qui officiait jusqu’à son assassinat par un patron de bar récalcitrant comme juge de paix des conflits entre truands.

Dernière composante du quartier, le sexe fait également intégralement partie de l’histoire de Pigalle.

Derrière l’existence de prostituées et prostitués indépendants travaillant boulevard de Clichy pour rabattre leurs michetons dans les hôtels de passe miteux des alentours, se cachaient les proxénètes appelés « julots casse croutes » « souteneurs« « maquereaux » qui établissaient des relations complexes avec leurs filles, mélange de violence, attachement et protection.

Dans la hiérarchie du crime, les proxénètes eux-mêmes se faisaient parfois racketter par des truands de plus gros calibre, braqueurs ou tueurs plus chevronnés.

En guise de conclusion Bollon évoque quelques films autour de Pigalle, dont le célèbre « Bob le flambeur » de Melville, « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker, « Du rififi chez les hommes » de Jules Dassin ainsi que plusieurs adaptations des romans policiers de Georges Simenon qui avec Albert Simonin Auguste Le breton et le moins connu André Helena fut l’un des écrivains qui décrivit le mieux Pigalle.

En conclusion, « Pigalle, le roman noir de Paris » permet de mieux connaitre l’un des quartiers les plus singuliers et vénéneux de Paris, dont la réputation de fête, sexe et violence perdure aujourd’hui malgré une tendance comme dans toutes les zones chaudes de la capitale à l’embourgeoisement.

Pigalle reste pour moi la face sombre de Montmartre, artistique et charmante, celle ou on sort le soir et parfois fait des mauvaises rencontre.

A l’aide d’un important travail documentaire, Bollon explique l’évolution géographique et historique de Pigalle, détaillant minutieusement des lieux étonnants ou sulfureux aujourd’hui disparus ou remplacés par des commerces tout ce qu’il y a de plus banal.

Le plus grand plaisir est celui de contempler les vieilles photos d’époque en noir et blanc : les façades de cabarets disparus, les trombines de gangsters des années 50 portant beau à l’époque, les femmes dénudées et les transformistes…

On critiquera simplement l’introduction poussive détaillant Pigalle pratiquement rue par rue et les références souvent incomplètes comme le groupe de rock des années 90 ou la série française consacrée au quartier…

Pigalle, le roman noir de Paris (Patrice Bollon)
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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 17:48
De l'Asie mineure à la Turquie, minorités, homogénéisation ethno-nationale, diasporas (Michel Bruneau)

Géographe renommé du CNRS auteur de nombreux livres sur l’Asie, Michel Bruneau publie en 2015 « De l’Asie mineure à la Turquie, minorités, homogénéisation ethno-nationale, diasporas ».

Dans ce volumineux ouvrage, l’auteur débute par une justification des concepts employés pour son analyse dans une région stratégique car représentant un tampon entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Est présentée une approche basée sur les influences prédominantes des peuples de la région au travers de leur longue histoire : Grecs, Turcs, Iraniens.

Rapidement se dégagent également plusieurs ethnies clés ballotées voir sacrifiées par ses grandes puissances : Kurdes, Arméniens, Grecs ottomans, Juifs et moins connus les Assyro-Chaldéens.

Dès l’Antiquité, les Grecs furent les premiers a coloniser l’Asie mineure au travers de villes côtières de l’Ionie qu’il défendirent âprement face aux Perses lors des célèbres guerres médiques au V ième siècle avant Jésus Christ.

Unies par des dieux, des coutumes, une littérature et une langue communs, les cités grecques par ailleurs rivales, imposèrent leur culture et hellénisèrent l’Anatolie.

Durant sa conquête (-356 à -323 av JC), Alexandre le Grand exporta le modèle jusqu’au Moyen-Orient en reprenant le modèle des satrapes, ces régions autonomes mais dépendant administrativement d’un pouvoir central à qui elles devaient impôts et fourniture de moyens militaires.

Ses successeurs, les Séleucides en Syrie, Iran et les Attalides en Asie mineure prolongèrent cette organisation qui développa l’implantation de colons grecs en Anatolie.

Même après la fin de l’âge d’or de la Grèce antique et des conquérants macédoniens, l’hellénisme perdura au travers la puissance de l’Empire romain, qui nourrissait à son égard un complexe culturel évident.

Le long déclin de l’empire romain d’Orient, contribua à travers le rayonnement de Byzance devenue capitale des chrétiens orthodoxes grecs à la poursuite de l’influence culturelle et religieuse grecque dans la région.

Cette influence se poursuivit même lorsque Byzance tomba pour passer sous domination des Trucs ottomans, puisque le sultan Mehmet II conféra une grande autonomie au patriarche de l’église grecque orthodoxe.

Après la date clé de 1453, la région passa sous domination des Turcs, peuple multi ethnique duquel émergea les Ottomans issus des Oghouz.

Peuple de nomades continentaux soudés par la religion islamique importée de Perse par les Seldjoukides, les Turcs chassés de leur territoire par les invasions des Mongols, prennent le dessus sur un empire byzantin à bout de souffle et conquièrent toute l’Anatolie entre le XIII et le XV ième siècle.
Au XVI ième siècle après JC, les sultans font de la Turquie le pole dominant de l’Islam sunnite en soumettant les puissances arabes à Bagdad, Damas et au Caire.

L’empire byzantin est alors absorbé dans un processus de turcisation visant à imposer la langue turque et la religion islamique aux populations.

Impossible de ne pas parler de l’influence iranienne, immense au titre du peuple Perse, dont les empires achéménide puis sassanide puissamment structurés, laissèrent une culture et des structures pérennes qu’aucune autre domination ni grecque, romaine, turque ou arabe ne put faire disparaitre.

Islamisés par la conquête arabe, les Iraniens adoptèrent cependant via Chah Ismail en 1502 le chiisme comme religion d’état contrairement à l’écrasante majorité des autres pays musulmans.

Après une période de réformes sous influences des puissances occidentales russes et anglaises au XX ième siècle, l’Iran réopèra un virage nationaliste et islamique avec l’arrivée de l’ayatollah Khomeini au pouvoir en 1979.

Aujourd’hui l’Iran continue de peser sur l’Asie mineure par le lien avec les populations chiites azéri ou plus complexes alévis peuplant la Turquie.

Derrière les trois premières puissances ayant contribué à modeler l’Asie mineure, Bruneau choisit ensuite de parler de deux autres peuples incontournables de la zone : les Arméniens et les Kurdes.

Présents depuis le VI ième siècle avant JC, les Arméniens ont longtemps revendiqué leur indépendance construite sur un christianisme détaché de toute racine latine et grecque.

Artisans et commerçants, les Arméniens s’implantèrent au fil des siècles en Turquie tout comme en Europe ou Asie.

Ils bénéficièrent de l’aide de la politique expansionniste de la Russie du XIX et XX ième siècle dans le Caucase pour consolider leur territoire mais furent perçus comme une menace intérieure par la Turquie qui entreprit un plan d’éradication concrétisé par le génocide de 1914-1915.

Tout aussi anciens mais encore plus complexes avec leurs ascendances mèdes mystérieuses, les Kurdes se répartissent sur quatre pays : Turquie, Irak, Iran et Syrie.

Hétérogène et divisé en structures tribales, le peuple Kurde représentent néanmoins 20 à 30% de la population turque et une diaspora importante en Europe principalement en Allemagne.

Bien que musulmans sunnites, ils sont en révolte contre l’état turc qui les a également perçu comme une menace à la grande politique d’homogénéisation du territoire.

La grande force de cet ouvrage est ensuite de se focaliser sur les effet de cette politique sobrement intitulée « ingénierie démographique » qui cacha au XX ième siècle, un plan de répression et d’élimination des cadres turcs vis-à-vis des peuples jugés étrangers comme les Grecs et les Arméniens.

Moins connu que le génocide arménien car plus étalé dans le temps entre 1913 et 1923, le traitement dont furent victime les Grecs de Turquie fut pourtant comparable : menaces, enlèvements, assassinats, déportations et assimilations forcées aboutirent au départ d’un nombre considérable de Grecs vers leur patrie d’origine.

La Turquie se vida progressivement de ses influences hellènes principalement présente en Thrace, sur sa cote occidentales, dans ses grandes villes et dans la région du Pont (Mer noire).

Le Comité d’Union et Progrès fut l’organe principal de cette purification ethnique dont le rationalisme morbide fut influencé par l’Allemagne.

La brutalité du nationalisme turc se manifesta à l’égard des Arméniens dont la population fut en l’espace d’un an pratiquement divisée par deux sur le territoire turc et les biens purement spoliés.

Bien entendu, même si ils étaient jugés plus « assimilables » en raison de leur religion musulmanes, les Kurdes furent également victimes de cette même politique et perdirent plus d’un millions et demi des leurs déportés ou exécutés jusqu’en 1950 et créèrent le PKK, dont la branche armé est entrée en lutte contre l’état turc.

Les Juifs auraient pu subir un sort similaires si des pressions internationales notamment de l’Angleterre n’avaient pas donné un coup d’arrêt à ce processus.

Les deux génocides grecs et arméniens, aboutirent à la création de deux grandes diasporas mondiales, à l’entretien d’un devoir de mémoire et à de fortes revendications vis-à-vis de l’état turc qui s’arcboute toujours malgré les preuves révélées au fil du temps sur une attitude négationniste embarrassante.

Des cas particuliers sont ensuite développés : la région du Pont avec la forte influence russe seule capable de bloquer les visées expansionnistes et nationalistes turcs, la Thrace interface avec les peuples des Balkans, notamment les Bulgares, Serbes et Grecs, Istanbul capitale et carrefour économique de l’Asie mineure ainsi que les iles de la mer Égée.

Difficile également de ne pas évoquer le cas des Assyro-Chaldéens, ces chrétiens d’orient persécutés en Asie mineure et au Moyen-orient qui survivent auprès des multiples associations les représentants dans le monde entier.

En conclusion, « De l’Asie mineure à la Turquie, minorités, homogénéisation ethno-nationale, diasporas » est un livre dense, complexe et passionnant permettant de mieux comprendre à travers l’histoire et la géographie les principaux enjeux d’une région clé entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Aujourd’hui toujours sous les feux de l’actualité en raison de la guerre contre Daesh, l’Asie mineure a été le siège de multiples luttes d’influences entre Grecs, Perses puis Romains d’Orient avant de céder la place aux Turcs dont la politique de purification ethnique et religieuse au XX ième siècle demeure à mes yeux trop méconnue du grand public.

Incroyable en effet de prendre conscience de la violence des méthodes d’éradication vis-à-vis des minorités grecques, arméniennes et kurdes de son territoire.

Le regard porté sur la Turquie, qui prétend depuis plusieurs années rentrer dans l’Europe en étant une zone tampon entre le Moyen-Orient islamiste et l’Occident laïc, ne peut qu’être altéré quand on prend conscience de la barbarie scientifique des procédés employés accompagnée d’un négationnisme prononcé.

Dans le monde troublé et mouvant dans lequel nous vivons actuellement, je ne peux que recommander la lecture de cet ouvrage de haute volée, précis, documenté et analytique dont le seul défaut est sans doute une certaine redondance dans le propos qui en alourdit parfois la lecture.

De l'Asie mineure à la Turquie, minorités, homogénéisation ethno-nationale, diasporas (Michel Bruneau)
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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 15:10
Contes et légendes du Jura (Gérard Chappez)

A l'honneur le patrimoine français et tout particulièrement de la région dont est originaire ma famille avec « Contes et légendes du Jura » de Gérard Chappez.

Sorti en 2008, ce court ouvrage recense les principales histoires imaginaires autour de cette région boisée et montagneuse finalement assez peu connue du grand public.

Difficile de ne pas parler du Jura et de la légende de la Vouivre, cette créature prenant les traits d’une jolie jeune femme pour se baigner nue dans les étangs, quitte à attiser la convoitise sexuelle mais aussi financière en raison du gros rubis réputé magique qu’elle portait à son front.

Malheureusement la belle se trouve protégée par une garde rapprochée de serpents qui massacrent invariablement tous les intrépides se risquant à l’approcher pour la voler.

Moins connue est relatée une rencontre improbable entre la Vouivre en version monstre ailé et fourchu et le géant Gargantua qui assoiffé avait asséché un de ses cours d’eau, le Drouvenant.

La ou plutôt les vouivres des étangs et lacs sont très présentes dans l’imaginaire jurassien avec le dépôt durant l’hiver 1853 d’un enfant difforme réputée fils de vouivre par deux gentilshommes dans un village reculé de Perseux avec une volonté de s’en débarrasser discrètement contre rétribution auprès d’une paysanne.

La religion chrétienne a également donné naissance à bon nombre de légendes, avec des interventions de diables à qui l’on attribuent entre autres la création du sapin, bien qu’une autre version plus positive existe en rapport à la fête de la Noël.

La région du Val d’amour regorge aussi d’histoires, tel Philippe ce ménestrel épris d’une fille de noble Alicette Rainfroi se noyant dans le lac de Chamblay au cours d’une expédition nocturne ou l’indomptable cheval fantastique de Chauvin qui noyait ses cavaliers.

Plus étrange est l’improbable histoire de Jeanne Lanternier, la fille modeste pignard parti faire fortune en Algérie en 1830, revenue mariée à un sultan marocain après de rocambolesques aventures dignes des mille et une nuits.

Sans surprise, un loup affamé est la cible de fable du Val d’amour et subit bien des persécutions avant de se voir refuser la porte du paradis.

La naissance des lacs du Jura donnent lieu à des histoires de châtiments de nobles opprimant leur peuple (lac du Chalain), de populations hostiles aux mendiants (lac de Narlay) ou de simples catastrophes annoncées (lac du Vernois).

Le lac de Bonlieu est quand à lui associé à la romantique Blandine fille du comte de Chalain à l’aventurier du XVII ième siècle Jean de Watteville ainsi qu’au cheval fantastique Pégase de Foncine.

Outre les vouivres, le bestiaire jurassien évoque les dames blanches des rivières montagneuses, les dames vertes des étangs et prairies ou les petites créatures des bois : fouletots, djinns et follets réputées jouer des tours aux humains.

Impossible de ne pas parler de Cadet Roussel, cet huissier orgeletain à la vie tumultueuse qui au XVIII ième siècle fit l’objet de railleries mises en chanson par ses adversaires pour se moquer de son zèle révolutionnaire, qu’il paya par quelques années de prison et une renommée posthume dont il se serait sans doute bien passée.

Autre personnage historique, Claude Prost dit Lacuson fait l’objet d’un véritable culte dans le Jura pour son courage, son adresse et sa résistance acharnée à l’envahisseur « français » durant la guerre de Dix ans au XVII ième siècle.

La bêtise est châtiée avec l’histoire ridicule de deux amis ivrognes Honoré et Felix refusés du Paradis pour leurs mensonge puis de manière plus cynique par l’arrestation pour meurtre de trois paysans lourdauds s’étant aventurés sans parler un mot de français à une foire de Saint Claude.

L’horreur frappe avec la cruauté du sort réservée aux demoiselles d’Oliferne, jetées u XIV ième siècle dans des tonneaux garnis d’épines pour punir la résistance de leur père à un tyran local Thiébaud de Chaffour qui ne l’emporta pas du reste au paradis.

On termine plus positivement par une histoire d’amour heureuse au Val de Bienne entre un jeune chevalier Edmond de Jeurre et Huguette fille du Comte de Condes, même si dans ce domaine rien n’égale le romantisme absolu de l’histoire de la fée du Val de Sorne, Pétronille amoureuse d’Aymon, un chevalier mort en Croisades sans avoir pu la rejoindre et dont le souvenir la hantera à jamais.

En conclusion, ouvrage sans prétention écrit par un couple de passionnés de leur région, « Contes et légendes du Jura » atteint son but et narre de belles histoires ou se mélangent légendes chrétiennes, récits campagnards et personnages historiques sublimés par les rumeurs populaires.

Avec ses forets profondes, ses multiples lacs et ses montagnes, le Jura se prête il est vrai à merveille à ce types de récits mystérieux et se montre un parfait terrain pour les faire croitre…

Je ne peux que recommander pour les petits et les plus grands ce bel ouvrage parlant d’animaux magiques, fées, chevaliers, princesses et aventuriers de tout poil peuplant le folklore de nos belles campagne ! Car lorsque le rêve ne sera plus…

Contes et légendes du Jura (Gérard Chappez)
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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 11:49
Mémoires de nos pères (Clint Eastwood)

Retour à plus de classicisme avec « Mémoires de nos pères » de Clint Eastwood.

Sorti en 2006 d‘après un livre de James Bradley et Ron Powers, « Mémoires de nos pères » évoque la première partie de la bataille d’Iwo Jima ou en 1944, les soldats américains luttèrent durement pour prendre cette ile stratégique défendue jusqu’à la mort par les Japonais.

Le réalisateur suit à travers diverses temporalités, l’événement largement médiatisé de l’érection d’un drapeau américain sur le mont Suribachi, au sommet de l’ile, sensé représenté le symbole de l’héroïsme victorieux des Marines.

On suit les trois soldats qui entrerons à la postérité, l’infirmier John Bradley (Ryan Philippe), René Gagnon (Jesse Badford) et l’indien Ira Hayes (Adam Beach) dans leur préparation sommaire puis au cours de l’assaut contre l’ile après un bombardement réduit de l’aviation et de la marine.

Les soldats japonais enterrés pour échapper aux bombardements, attendent en effet de pied fermes les Américains et les cueillent à leur arrivée sur l’ile, déchainant, mitrailleuses et canons embusqués contre eux.

Les pertes sont énormes et les hommes à découvert fauchés brutalement.

Mais sous l’impulsion de sous officiers valeureux comme Mike Strank (Barry Pepper), les Marines continuent d’affluer délogeant leurs ennemis au lance flammes et certaines fois au corps à corps dans leurs trous.

Ils découvrent la détermination des Japonais, qui préfèrent se suicider à la grenade plutôt que de subir le déshonneur d’une capture.

En parallèle de la violence d’un assaut de la Seconde guerre mondiale, Eastwood présente le retour des trois héros aux Etats-Unis, devenus des symboles américains en raison de l’épisode du drapeau.

Mais en réalité, aucun d’entre eux n’a planté le fameux drapeau original et les hommes photographiés sont en réalité tous morts peu après.

La photo trouble certaines familles de disparus comme les Hansen, qui identifie leur fils Hank (Paul Walker) présenté à tort comme Harlon Block (Benjamin Walker).

Soumis à la pression des généraux et des politiques, les trois héros se prêtent à des opérations de propagande visant à récolter des fons pour poursuivre la guerre.

Ira vit très mal cette situation et se sentant comme un imposteur, se réfugie dans l’alcool provoquant des situations embarrassantes qui oblige les services de communication à le sortir discrètement de la propagande.

Après la fin de la guerre, ils retombent dans l’oubli, Ira finissant dans une vie de misère rongé par l’alcool après avoir voulu parler au père d‘Harlon, tandis que les autres trouveront des petits jobs alimentaires, à l’exception de René qui prospèrera dans une entreprise de pompes funèbres.
Sur son lit de mort, il raconte à son fils ses derniers flash backs d’Iwo Jima, la mort de son ami Iggy (James Bell) tué par les Japonais et une curieuse baignade improvisée après le planté du drapeau.

En conclusion, sans être aussi audacieux et avant gardiste que « Lettres d’Iwo Jima » qui racontera le même évènement vu par les Japonais, « Mémoires de nos pères » est un film brillant, solidement mis en scène dans de grandes scènes de bataille ou la violence, la cruauté et l’injustice des combats ne nous sont pas épargnés.

Eastwood traite efficacement et sobrement son sujet en creusant derrière le mythe américain fabriqué de toutes pièces pour chercher l’humanité de trois jeunes hommes ayant fait de leur mieux pour survivre dans une situation qui les dépassaient.

Un peu trop classique pour être génial « Mémoires de nos pères » reste néanmoins une belle œuvre d'un très grand réalisateur n'ayant pas peur de se frotter à des sujets ambitieux.

Mémoires de nos pères (Clint Eastwood)
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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 22:20
Histoire du mal de vivre, de la mélancolie à la dépression (Georges Minois)

Poursuite de la thématique autour de la dépression avec « Histoire du mal de vivre, de la mélancolie à la dépression » de l’historien Georges Minois.

Sorti en 2003, ce monumental ouvrage retrace comme son nom l’indique toute l’histoire chronologique de cette maladie complexe, effrayante et souvent incomprise.

Dans ce domaine les premières sources nous viennent comme souvent de l’Antiquité ou les grands penseurs Mésopotamiens, Égyptiens ou Grecs avaient déjà cerné ce problème vieux comme l’humanité.

Certains textes de l’Ancien testament comme le livre de Job, l’Évangile de Saint Thomas ou de l’Ecclésiaste de Qohelet, abordent également de manière troublante la question du mal de vivre au point de devenir embarrassants plus tard pour l’Église.

Certains philosophes grecs sont également connus pour leur pessimisme comme l’école cynique ou sceptique, franges dures du stoïcisme mais Aristote laissera une impression durable en la matière en associant la mélancolie avec le génie intellectuel faisant les grands hommes.

D’un point de vue médical, Hippocrate créera la première théorie organiste du genre, en associant mal être et excès d’une substance imaginaire appelée bile noire.

Ceci sera complétée par une vision astrologique faisant de l’influence de la planète Saturne, la cause principale de ce comportement triste, brillant et parfois dangereux de certains hommes d’exception.

Les Romains Lucrèce et Sénèque apportent leurs pierre à l’édifice dans une Rome en proie aux guerres civiles en parlant de « fatigue de vivre », allant jusqu’à apporter par leurs fins de vie tragique une légitimation du suicide.

Un tournant important s’opère au Moyen-âge, ou l’influence du Christianisme assimile l’acédie à une possession du Diable.

Le phénomène frappe d’abord les ermites opérant de longues retraites dans le désert égyptien ou dans des monastères, ou la solitude, la monotonie austère, la privation de liens sociaux et d’activités rend fou.

Face à ses récits, l’Église réagit par la fermeté, condamnant les malades trop faibles pour résister à l’appel du Démon, mais se montrant aussi parfois contradictoire en prônant pour guérir une vie pratique à l’opposée des pratiques monastiques.

Mais l’influence de l’Église va pousser à condamner et diaboliser les dépressifs, avec notamment des positions de plus en plus fermes à l’égard des suicidés condamnés à la damnation et interdits d’enterrement chrétien.

A la fin du Moyen-âge (XIV et XV ième siècle), les calamités qui s’abattent sur l’Europe (Guerre de cent ans et épidémies de peste) ainsi que le schisme de la chrétienté, aboutissent à un regain bien compréhensible du mal de vivre, qu’expriment les écrits de poètes comme Pétrarque ou de nobles lettrés.

Plus tard, la Renaissance qui favorisera les progrès scientifiques, les arts et la libre pensée, aboutira à une revalorisation de la condition du mélancolique.

Le paradoxe est que plus l’homme devient intelligent, plus il s’aperçoit de la petitesse de sa condition de mortel et plus il en souffre.

Mais certains artistes trouvent en cette souffrance la force d’alimenter leur génie créatif.

Les peintres (Michel-Ange, Durer, Bosch, Bruegel) ou ceux des Vanités n’hésitent pas à aborder le sujet dans des œuvres aujourd’hui devenu célèbres par leur profond pessimisme.

Du coté de la littérature, si Shakespeare reste le maitre incontesté des interrogations existentialistes, les langues se délient également, que ce soient auprès l’Italien Marsile Ficin, de l’Allemand Cornelius Agrippa ou de l’Anglais Robert Burton qui publie un colossal ouvrage « Mélancolie » largement inspiré de sa propre vie d’artiste mélancolique frustré et malheureux.

En réalité, chaque esprit un tant soit peu éclairé traite d’une manière ou d’une autre du sujet, Saint Simon dans ses « Mémoires » cruelles pour les gens de cour, vivant dans un monde d’apparences et de rivalités ou le stresse conduit à la dépression ou les grands philosophes comme Montaigne, Diderot, Pascal, Voltaire ou Malebranche.

L’époque dite des Lumières met aussi en évidence que le mal de vivre ne touche pas que les intellectuels coupables d’oisiveté et de trop penser, mais également les hommes de conditions modestes qui alimentent les statistiques des suicidés.

Le romantisme italien (Leopardi), français (De Musset, Châteaubriand, Verlaine, de Nerval) et anglais (Shelley, Keats, Byron) du XVIII ième siècle notamment autour du personnage de Werther créer par Goethe, va conduire à une érotisation gothique du mal de vivre.

Portée par des artistes aussi talentueux, la contagion gagne des jeunes cœurs rapidement lassés de l’existence.

Le mouvement d’industrialisation massif du XIX ième siècle crée son lot de stress et produit de véritables génies nihilistes comme Kierkegaard, Dostoïevski, Nietzsche et Maupassant dont les œuvres radicales et sombres sont connues pour leur pessimisme.

Si l’horreur des guerres mondiales de la première moitié XX ième siècle masquera provisoirement cette tendance en activant une puissante pulsion de vie chez les belligérants, le stress post traumatique de ces conflits conduira certains artistes au désespoir comme Stefan Zweig ou Primo Levi, auquel répondra le profond mal être de Sartre et Cioran.

Les avancées de la médecine avec l’invention de la psychanalyse de Freud et Lacan auront certes un profond impact sur la prise en compte des maladies mentales mais aboutiront à la prise de conscience de l’ampleur de ce mal du siècle, inondant par son flot de malades des médecins dépassés ayant de plus en plus recours à une stratégie médicamenteuse.

Le paradoxe est que notre société centrée sur la liberté, la consommation, la performance, la jeunesse, la beauté, la suractivité, le festif et l’inutile, comme sources de bonheur à tout prix, produit un nombre endémique de dépressifs incapables d’adhérer à ses valeurs artificielles.

Privés de cadre spirituel, étatique ou parental, les hommes évoluent sans repère face à eux même et se noient parfois dans une sourde angoisse indescriptible qui les dévore de l’intérieur, ou les faits basculer dans des courants radicaux (sectes ou religions intégristes).

En conclusion, « Histoire du mal de vivre, de la mélancolie à la dépression » n’est pas un ouvrage de nature enjouée mais une compilation monumentale soigneusement analysée qui montre de manière claire que le mal de vivre ou « dépression » a toujours fait partie de la nature profonde de l’homme en tant qu’animal pensant.

Le mal a certes revêtu plusieurs formes suivant les époques, étant farouchement réprimé durant les longs siècles du Moyen-Age dominés par le Christianisme alors que l’Antiquité se montrait comme souvent plus éclairée sur la question.

Aujourd’hui associée à une faiblesse incompatible avec nos idéaux de « gagneurs » faisant du dépressif un pestiféré social qu’on prétend guérir à grand coups de médicaments faisant la joie des grandes industries pharmaceutiques, la mélancolie était pourtant associée à la Renaissance et dans l’Antiquité au génie créatif et recouvrait de fait une dimension plus positive.

Romantique ou nihiliste, la mélancolie est une tendance naturelle de l’homme qu’il serait stupide de vouloir nier ou combattre à tout prix.

Mais si l’état de bonheur permanent est une absurdité, celui de malheur permanent l’est tout autant.

Incapable de comprendre le pourquoi de sa présence sur Terre, soumis aux aléas de sa fragile constitution de mortel face à des forces divines ou naturelles qui surpassent infiniment ses capacités, l’homme n’a pas pour moi d’autre solution que de mener sa vie avec un sens profond de l’éthique (au sens morale du terme) et de ses responsabilités vis-à-vis de son environnement humain ou naturel, en assumant de subir des échecs, des souffrances comme processus naturels de sa construction physique, psychique et spirituelle…

Histoire du mal de vivre, de la mélancolie à la dépression (Georges Minois)
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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 21:59
Nord et Sud, saison 3, épisode 3 (Larry Peerce)

Voici donc venu le moment de terminer la saga « Nord et Sud, saison 3, épisode 3 » de Larry Peerce et finir de rendre cet hommage à une série que je regardais durant mon enfance avec ma grand-mère décédée en début d’année 2015.

Toutes les chroniques de « Nord et Sud » de ce blog lui sont donc dédiées avec grand plaisir.

Dans le dernier épisode, George Hazard (James Read) décide d’entrer en action pour secourir Madeleine et fait preuve d’une efficacité redoutable.

Tout d’abord il fait pression sur son frère Stanley (Jonathan Frakes) devenu un politicien en vue en Pennsylvanie, pour que sa femme vénale Isabel (Deborah Rush) lui restitue pour rien ses parts dans la société de mines de phosphate dans laquelle elle a investi.

Redevenu l’actionnaire majoritaire, George descend à Mont Royal reprendre le contrôle de la mine à Cooper Main (Richard Wagner) qui conserve néanmoins l’hypothèque du terrain.

Son charisme et son argent mettent également en difficulté Gettys Lamotte (Cliff de Young) et ses hommes, qui sabotaient l’exploitation de Madeleine (Lesley Ann Down) pour la pousser à la ruine.

George met fin aux contrats étranglant les Noirs illettrés et leur assure des conditions de travail équivalentes à celles des Blancs.

La situation se rétablit alors, permettant à George et Madeleine de devenir amants.

Mais lorsque George apprend que Elkanah Bent (Philip Casnoff) a été repéré dans le Sud après avoir enlevé Gus (Cameron Finley) le fils de Charles Main (Kyle Chandler), il décide de se rendre à sa recherche en compagnie du caporal Magee (Steve Harris), trouvant un ex éclaireur en piteux état après finalement sauvé la vie de son ennemi indien Cicatrice (Gregory Zaragoza) incapable pour cause de blessure de se défendre en combat singulier.

Charles se ressaisit pour sauver la vie de son fils et les trois hommes se lancent à la recherche de Bent qui souhaite les attirer dans un guet append en plein territoire indien.

Impitoyable, Bent tue un aubergiste pour prendre sa place et attendre de pied ferme ses ennemis pour un ultime face à face.

Le trio est aidé par Cicatrice qui les aide à localiser Bent et propose son aide, gracieusement refusée par Charles, devenu ami du fier Indien après leur combat.

A l’aide d’une ruse de Magee, ils approchent de Bent suffisamment pour sauver Gus et neutraliser le tueur, qui finit pendu, non sans avoir encore proféré d’inintelligibles rêves de grandeur militaire.

Ashton (Terri Garber) obsédée par prendre le contrôle de Mont Royal, tente une nouvelle manœuvre pour racheter l’hypothèque à Cooper mais son mari, pourtant riche, le fabricant de piano Fenway (Tom Noonan) refuse in extremis de payer pour une ruine.

Lorsqu’Ashton réalise ce nouvel échec, elle reste prostrée et humiliée à genoux devant les restes du beau domaine qu’elle convoitait.

Bent et Ashton écartés, la dernière menace la plus sérieuse reste Gettys qui parvient à convaincre le lâche Cooper d’une action armée du Klux Klux Klan pour faire exploser Mont Royal et éliminer Madeleine qui contre carre depuis trop longtemps leurs plans idéologiques et économiques.

Prévenue par Judith Main (Cathy Lee Crosby) la femme de Cooper qui n‘approuve pas ses engagements violents, Madeleine peut néanmoins organiser la défense de Mont Royal à l’aide des esclaves et prendre au piège les hommes du KKK.

Une intense fusillade éclate alors, aboutissant à la mort des hommes du KKK et à l’enlèvement de Madeleine par Copper et Gettys avant que George aidé de Charles ne la sauve en tuant leurs ennemis dans une rivière.

Au final, Charles retourne vivre avec Willa (Rya Kihlstedt) et Gus, tandis que George reste avec Madeleine à Charleston pour reconstruire Mont Royale ensemble.

En conclusion, « Nord et Sud, saison 3, épisode 3 » clôt en beauté la fin de la série mais laisse néanmoins un gout d’inachevé avec la mort de Bent, celle de Cooper et l’échec d’Ashton…

Sympathique et bien ficelée, notamment avec la lutte des esclaves pour acquérir à un statut de citoyen décent dans le Sud et la montée des groupements extrémistes du Klux Klux Klan, cette saison 3 ne parvient pas toutefois à compenser le relatif manque de charisme des nouveaux acteurs par la beauté des grands espaces américains.

Avec ce relatif échec commercial, l‘adaptation de John Jakes « Nord et Sud » ne se termine donc pas en apothéose mais de manière néanmoins élégante.

J’invite néanmoins les amateurs de grandes et belles fresques historiques à la revoir, notamment pour ces deux premières remarquables saisons et pour aussi un peu de nostalgie sans doute…

Nord et Sud, saison 3, épisode 3 (Larry Peerce)
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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 18:21
Nord et Sud, saison 3, épisodes 1 et 2 (Larry Peerce)

C’est seulement en 1994 soit après six longues années que « Nord et Sud, saison 3, épisodes 1 et 2 » voit le jour sous la férule du réalisateur Larry Peerce.

Dans l’épisode 1, la fin de la guerre entraine une période d’instabilité pour les Etats-Unis et tout particulièrement dans le camp des vaincus du Sud qui se doit de changer par force ses mentalités et son modèle économique.

Ayant survécu on ne sait par quel miracle à l’explosion de son dépôt de munitions, Elkanah Bent (Philip Casnoff) ne peut se résoudre à écouter les manœuvres sournoise d’Ashley (Terry Garber) pour récupérer sa part d’héritage des Main et tue dès le début le malheureux Orry Main (Patrick Swayze) dont on devine la silhouette dans une nuit brumeuse.

Ashley qui vient une nouvelle fois de menacer Madeleine (Lesley Ann Down) de révéler ses origines noires, ne supporte pas cet acte et jette son ancien amant du haut d’une cascade.

Comme on pouvait s’y attendre, ceci n’est pas suffisant pour tuer l’ex capitaine qui survit et se fait embaucher au culot dans un poste de transmission tandis qu’Ashley livrée à elle-même sans la protection d’hommes puissants, est contrainte de se prostituer dans un bordel minable de Santa Fé.

Après la mort d’Orry, la vie demeure extrêmement difficile pour Madeleine qui tente contre vents et marées de faire revivre la prospérité de Mont Royal à l’aide d’une poignée d’esclaves affranchis dont Isaac (Stan Shaw) et Jane (Sharon Washington).

Sous la coupe d’une hypothèque possédée par Cooper Main (Robert Wagner) le frère ainé d‘Orry, Madeleine sait qu’elle n’a pas le droit à l’erreur mais reçoit l’aide inattendu de George Hazard (James Read), l’éternel ami de son mari, qui accepte d’investir massivement à l’aide de ses puissantes machines à vapeur pour aider le domaine à redévelopper son activité.

Malheureusement les positions très libérales de Madeleine à l’encontre de ses anciens esclaves gênent Gettys LaMotte (Cliff de Young) le leader du mouvement naissant du Klux Klux Klan, qui n’accepte pas la libération des esclaves et prône une lutte armée clandestine.

Chassée de l’église officielle sous la pression du KKK, Madeleine doit se rabattre une église construite par les Noirs sur son domaine.

Cooper qui tente un moment de la protéger, finit lui aussi par rejoindre le KKK par intérêt et participe à une action violente à son encontre aboutissant à l’incendie de l’église.

Du coté des nouveaux personnages, Charles Main (Kyle Chandler) promu Sergent, connait l’amour avec une jeune actrice Willa Parker (Rya Kihlstedt) mais poursuivi par la vindicte de Venable (Keith Szarabajka) un Capitaine revanchard, est sauvé in extremis d’un guet append mortel par l’intervention d’un marchand itinérant Adolphe Jackson (Rip Torn) et Jim (Chris Burke) un jeune handicapé.
Charles est pris comme associé par le truculent Jackson et le trio improvisé échappe par miracle à une attaque d’un chef indien particulièrement agressif appelé Cicatrice (Gregory Zaragoza) contre l’avis du vieux chef Loup Rampant (Ted Thin Elk) qui tient lui à entretenir des relations cordiales avec le marchand.

De leurs cotés, Ashton et Bent ne sont pas en reste, la première tuant le patron de son bordel après avoir trouvé la protection d’un vendeur de piano Will Fenway (Tom Noonan), le second parvenant à tuer la malheureuse Constance (Wendy Kilbourne) quelques minutes seulement avant le retour de Charles.

Cruel, Bent signe son crime dans le sang…appelant la vengeance de George.

Dans l’épisode 2, Madeleine lutte courageusement pour ne pas céder à la pression des anciens propriétaires terrien du Sud, qui comme Cooper guettent le moindre faux pas pour rétablir leurs privilèges.

Elle a fort à faire puisque Cooper reçoit l’aide d’Isabel Hazard (Deborah Rush), qui s’allie avec lui pour faire signer des contrats largement défavorables aux Noirs visant à les maintenir dans une situation de pauvreté et de dépendance totale face aux riches propriétaires blancs.

Ensemble Cooper et Isabel envisagent d’exploiter une mine de phosphore à Mont Royal et poussent au départ de Madeleine.

De son coté, George, fou de rage après l’enterrement de Constance, charge Jack Quilan (Woody Watson) de gérer son entreprise, jure de poursuivre Bent partout afin de le tuer mais le criminel semble posséder une longueur d’avance sur lui et viser à présent Gus (Cameron Finley) le fils de Charles, qu’il enlève dans la maison du général de brigade Duncan.

Recherché, traqué comme un animal sauvage, Bent semble plus cruel et dangereux que jamais.

Son double féminin, Ashton pousse Fenway à des investissements hasardeux pour développer un nouveau modèle de piano dans l’espoir de redevenir riche et de racheter Mont Royal mais le style tapageur de la vénéneuse brune incommode l’austère marchand qui ne se gène pas pour la rappeler à l’ordre.

Attaqué par des Cheyennes, Charles échappe de peu à la mort et perd ses deux amis Adolphe et Jim.

Il se fait embaucher comme éclaireur dans l’armée dans l’espoir de venger la mort de ses amis en retrouvant Cicatrice l’auteur du massacre.

Dans sa quête Charles sympathise avec Magee (Steve Harris) un soldat noir presditigateur à ses heures perdues et retrouve la jolie Willa solidement établie comme actrice.

Son intervention dans l’attaque d’un convoi par des Indiens lui attire les foudres de Venable qui mène un raid meurtrier sur le camp du pacifique Loup rampant, massacrant femmes et enfants sans hésitation.

Outré, Charles se retient in extremis de tuer le brutal Capitaine et continue sa traque contre Cicatrice.

Dans le Sud, les Noirs s’émancipent de plus en plus, mais Sam perd de sa vie son engagement politique, pendu par les brutes du KKK, malgré l’intervention désespérée de Madeleine.

Également prise à la gorge par le sabotage de ses machines et ses dettes, Madeleine met sa fierté de coté et va trouver George qui accepte une nouvelle fois de lui venir en aide, initiant un mouvement de rapprochement entre les deux veufs.

En conclusion, malgré l‘absence criante de Patrick Swayze liquidé dès les premières minutes, « Nord et Sud, saison 3, épisodes 1 et 2 » parvient à relancer la machine en montrant l’après guerre et la période difficile ou le Sud bien que vaincu, tente de conserver ses privilèges en asphyxiant économiquement les esclaves fraichement affranchis et en développant un inquiétant mouvement illégal, le Klux Klux Klan, qui avec ses hommes cagoulés, sème la terreur parmi les Noirs.

On peut être perturbé par l’absence d’acteurs attachants comme Swayze ou Lewis Smith, trouver que les génies du mal comme Ashton ou Bent peinent à retrouver leur lustre d’antan mais l’arrivée du charismatique Richard Wagner vient apporter un vent de renouveau appréciable pour renforcer cette saison 3 marquée également par la lutte des Noirs pour leur survie économique et les relations complexes avec les dernières tribus indiennes rebelles.

Nord et Sud, saison 3, épisodes 1 et 2 (Larry Peerce)
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Published by Seth - dans Histoire
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