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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 22:16

Spécialiste du karaté et du bouddhisme zen, Kazumi Tabata sort en 2003 « Tactiques secrètes, leçons des grands maitres des temps anciens », une compilation de plusieurs écrits hérités des maitres d’arts martiaux du Japon de 1500-1700 marqué par des guerres intestines d’une grande violence.
Dans la première partie, intitulée le « livre des sept maitres », Tabata s’interesse au Heiho-Kadensho de Yaguy Tajimanokami Munenori et au Goren-Sho de Mushashi Miyamoto pour exposer plusieurs approches mentales permettant de triompher d’ennemis lors de combats au sabre.
Un entrainement intense et régulier est bien entendu la base de tout l’édifice, mais l’esprit doit être capable de s’adapter pour gêner le style de l’adversaire, en feignant par exemple la faiblesse ou la lenteur ou au contraire attaquer puissament en premier pour porter un coup fatal.
Le combattant doit être capable de dominer ses émotions comme la peur et la colère en montrant une dignité, un calme extérieur tout en étant prêt à l’intérieur de lui-meme à libérer toute son énergie au moment opportun en une ou deux attaques décisives.
Au moment du combat, l’adversaire ne doit pas être craint ou respecté, seule la volonté de vaincre doit prévaloir.
Mais le plus important est de parvenir à dépasser le stade de l’exécution technique, aiguiser ses sens et développer un esprit mobile capable de s’adapter et de surprendre mais également d’acquérir une vision globale de la situation, ce qui permettra d’être à l’aise aussi bien en défense qu’en attaque, d’esquiver, de prendre l’arme de l'adversaire et même de combattre plusieurs adversaires en même temps.
Arrivé à ce stade de perception avancée, le temps et de l’espace du combat seront ainsi maitrisés et la victoire assurée.
En élargissant sa réflexion à la pensée bouddhique de Takuan Soho et de Matsura Seizan, Tabata développe l’idée de libérer son esprit de la peur de la mort, du passé, des désirs synonymes de souffrance puis évoque des recommandations morales tournant autour de la  loyauté et de l’honnêteté.
Le livre second est ensuite consacré au Bushido, ce code moral japonais transmis depuis le XVIIieme siècle par le Hagakure, écrit par Tsuramoto Tashiro sur des pensée de Tsunemoto Yamamoto.
De manière surprenante, le Hagakure énonce ses recommandations pour manœuvrer en société, prendre une décision objective, convaincre, ne pas trop tergiverser, accepter la critique ou l‘exprimer sans prendre le risque de se faire un ennemi et même accepter une invitation.
Mais la partie la plus puissante de ces écrits concerne les règles concernant l’exemplarité vis-à-vis de ses supérieurs et de ses subordonnés afin de générer loyauté et fidélité, partie du reste portée à un niveau encore plus approfondi dans les traités politiques du Teio-gaku et le Jyogan Seiyou afin de définir le Meikun, le souverain idéal à la fois maitre de lui, humble, modéré, avisé, impartial, sachant écouter, se faire aimer et respecter lorsqu’il le faut.
Les exemples pratiques abondent et poussent à adopter des lois claires, clémentes, valoriser le travail, développer l’industrie, éviter les guerres inconsidérées et lorsqu’elles sont inévitables, comment les remporter.
On termine enfin l’ouvrage dans la plus pure tradition bouddhique avec le livre de l’éveil de Kok Yim Ci Yuen qui décrit de manière métaphorique l’accès à l’éveil en racontant les dix étapes permettant à un enfant de chercher puis trouver une vache dans la foret pour finir par la contrôler.
Le livre de l’éveil ne décrit ni plus ni moins que l’accès à l’harmonie, la connaissance et la sagesse suprêmes représentées par le Satori.
En conclusion, « Tactiques secrètes, leçons des grands maitres des temps anciens » est un ouvrage original montrant la liaison étroite entre arts martiaux traditionnels (karaté, judo, aïkido, jiu-jitsu, kendo) et philosophie bouddhique dans un même flux de pensée continue poussant à transcender l’aspect matériel et physique des choses pour se placer sur le plan mental et spirituel.
Si les états les plus élevés de la pensée bouddhique zen semblent parfois difficilement atteignables malgré la méditation, ils revêtent un aspect plus concret lorsqu’ils s’appliquent au concept des arts martiaux ou l’objectif est de l’emporter dans un simulacre de lutte à mort.
Plus étonnante encore a été la dimension politique de certains bouddhiques, prônant à la manière des philosophes comme Platon, Aristote et Machiavel, des méthodes politiques habiles et profondes pour créer des gouvernants œuvrant dans le sens du bien de leur pays et de leurs concitoyens.
Nul doute que les candidats à cette catastrophique campagne présidentielle de 2017, ne se sont visiblement pas beaucoup inspirés de ce courant de pensée !

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 22:24
Le bouddhisme (Peter Harvey)

Vaste entreprise que celle de l’universitaire anglais Peter Harvey que d’écrire en 1993 « Le bouddhisme » volumineux ouvrage traitant de cette religion largement majoritaire dans toute l’Asie avec au total 495 millions de pratiquants.

Découpé en 13 chapitres, « Le bouddhisme » s’intéresse tout aux racines de cette religion née entre l’ Inde et le Népal vers -400 av JC, avec le premier Bouddha, Siddhârta Gotama un de ses sages errants appelés samana, qui décida de se détacher d’une vie normale et des religions dominantes dans son pays (brahmanisme, jaïnisme) pour méditer seul dans la nature à la recherche d’un état supérieur (Nirvana) permettant de se débarrasser de la souffrance humaine.

Au cours de sa méditation Bouddha parvient à vaincre le démon tentateur Mara armé de désirs sensuels, jalousie, faim, soif, avidité, paresse, lâcheté, insensibilité, orgueil…

Il eut alors la vision de ses vies antérieures (Samsara) et atteint l’Illumination du Nirvana.

Revenu de son expérience mystique, Bouddha se décida à former d’autres moines pour répandre ses connaissances à travers l’enseignement de préceptes (Dharma) prônant une recherche de la Sagesse et fonda le Sangha, la communauté des bouddhistes.

A sa mort, son enseignement se diffusa au travers de plusieurs écoles dont les plus connues sont le Theravada puis le Mahayana devenu par la suite dominant en Chine et au Japon.

Dans la vision du bouddhisme, la moralité de nos actions terrestres détermine notre karma qui à notre mort oriente le cycle de notre prochaine réincarnation dans plusieurs monde allant des Enfers à celui des pures formes mentales (espace, conscience, néant), en passant par des strates intermédiaires notamment celles des esprits désincarnés, des animaux, des hommes et des dieux.

Pour progresser jusqu’à atteindre l’état suprême de Nirvana menant aux formes du néant et de l‘infini, le bouddhiste doit donc rechercher une conduite emplie de bonté, de vérité, de générosité et de compassion afin de se débarrasser de la souffrance de l’existence terrestre (Dukkha) causée par l’avidité, la colère, l’ignorance, la jalousie et l’orgueil.

Après avoir longuement expliqué les particularités de la doctrine Mahayana et ses différentes émanations le Madhyamaka, le Yogacara, le Tathagata-garbha et le Tantrisme empli de rituels mystiques, Harvey explique les chemins ayant amené le Bouddhisme à s’étendre depuis l’Inde ou l’Hindouisme religion d’état légitimant le système de classes puis au Népal, en Mongolie, au Sri Lanka, en Indonésie, en Thaïlande, au Viet Nam, au Cambodge, en Corée, en Chine, au Japon ou ils cohabite sous diverses formes (L’école de la terre pure, le Zen) pour ses deux derniers avec le Confucianisme, le Taoïsme et le Shintoïsme.

La pratique bouddhique est alors décortiquée avec les rites quotidiens, prosternations chants, méditations et offrandes qui rythment la vie des fidèles dans des temples (stupas) avec des statues de Bouddha ou d’autres divinités importantes comme Avalokitésvara, Amitabha, Bhaisajya-guru.

Quel que soit le courant, la méditation occupe une place centrale dans l’atteinte des différents stades pour se détacher du monde du désir et des sens afin d’accéder aux strates supérieures permettant de connaitre la concentration, la réflexion et la joie pour pouvoir espérer un jour connaitre des pouvoirs surnaturels de télépathie, connaissance des vies antérieures menant au Nirvana.

Il s’agit donc d’une ascèse quotidienne visant à développer les capacités du croyant.

Enfin, Harvey termine en évoquant la situation du bouddhisme contemporain avec les périodes de persécutions en Chine communiste ou lors des invasions musulmanes, avant de connaitre une expansion surprenante dans les pays occidentaux (Europe/Amériques) en réfléchissant à des spiritualités alternatives apportées par les populations émigrées venues d’Asie.

En conclusion, « Le bouddhisme » est une œuvre universitaire dense, complexe et difficile d’accès en raison des multiples termes employés.

Les notions sont souvent très abstraites et théoriques, confirmant le double statut du bouddhisme, à la fois religion clairement non monothéiste, puisque plusieurs divinités parmi lesquels le puissant Brahma sont représentées mais philosophie avec la description d’un code moral ou éthique permettant de progresser par une amélioration continue jusqu’à se débarrasser des afflictions inhérentes à la condition de vie terrestre.

Malgré ces nombreux écueils conceptuels et étymologiques, le bouddhisme reste pour moi un mouvement puissant et mystérieux, qui mérite intérêt et approfondissement.

Principale difficulté pour moi : mon scepticisme par rapport au cycle des renaissances et à l’accessibilité aux états supérieurs de la conscience infinie et du néant.

Le bouddhisme (Peter Harvey)
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 08:55
Conférences d'introduction à la psychanalyse (Sigmund Freud)

Difficile de bien se repérer dans toute la complexité des ouvrages traitant de la psychanalyse, aussi ai-je lu dans un objectif de vulgarisation et de vision d’ensemble, « Conférences d’introduction à la psychanalyse » de Sigmund Freud.

Ce volumineux ouvrage recense les cours donnés par le père de la psychanalyse à Vienne entre 1915 et 1917 devant un auditoire d’étudiants ou médecins profanes en la matière.

Freud explique donc avec force d’exemples le cheminement structurée de ses théories en s’intéressant tout d’abord à l’interprétation des actes manqués (lapsus oral, écrit, gestuel, oubli) et des rêves afin de dégager l’influence d’un inconscient gouvernant puissamment de manière sous terraine notre cerveau.

L’analyse de l’inconscient est l’intérêt essentiel pour lui de l’approche psychanalytique qui se veut différente et novatrice par rapport à la psychiatrie se basant sur une approche plutôt organiste et phénoménologique des troubles psychiques.

Mais l’inconscient est victime de processus de censure qui rendent difficile l’interprétation des rêves, en les déformant ou les refoulant.

Ce phénomène n’est pas observé dit il chez les enfants dont les rêves sont facilement interprétables.

Le travail du psychanalyste consiste donc à vaincre ces résistances pour décrypter la symbolique des troubles afin de rendre l’inconscient conscient et ainsi provoquer à terme une guérison des symptômes d’une affection.

Pour y parvenir Freud donne bon nombre d’exemples et quelques clés d’associations de symboles fréquemment rencontrés pour évoquer la sexualité ou la mort tout en insistant sur le caractère particulièrement répandu des doubles sens parfois opposés de mots ou de symboles.

La raison profonde de cette censure est le caractère profondément amoral et dérangeant des rêves, qui montrent souvent des volontés inconscientes ayant trait à des pulsions sexuelles à caractère incestueux.

Freud remonte donc à la petite enfance ou l’enfant qui n’a pas encore subi l’influence de l’éducation et de ses interdits, éprouve un désir pour la mère si c’est un garçon, pour le père si c’est une fille et envisage l’autre parent comme un obstacle qu’il convient d’éliminer.

L’aspect provocateur et choquant de cette théorie s’étend même jusqu’à la compétition entre frères et sœurs avec toujours en toile de fond la sexualité qui se dessine dès les premières phases de la vie d’un bébé, pour se développer dans la petite enfance avant de subir le carcan des interdits moraux de l’éducation.

Des conflits entre une situation vécue et les pulsions inconscientes de la libido d’un sujet peuvent surgir les névroses (angoisse, hystérie, obsession) que d’un point de vue thérapeutique, le psychanalyste doit traiter en travaillant à vaincre les mécanismes de refoulement en usant de la technique du transfert qui lui permet d’influencer favorablement le patient dans l’optique de sa guérison.

En conclusion, bien que censé être pédagogique, « Conférences d’introduction à la psychanalyse » reste un ouvrage plutôt difficile d’accès ou Sigmund Freud fait preuve d’une grande rigueur scientifique pour justifier sa théorie de la psychanalyse et la défendre contre ses opposants qui lui réfutent sa crédibilité.

On parcourt ainsi tout le panel des concepts freudiens, qui ramènent inéluctablement nos problèmes psychiques à notre inconscient et à notre sexualité construite par un mélange d’atavisme et d’expériences liées à la petite enfance.

Qu’on adhère ou pas à la théorie de la psychanalyse, on ne pourra qu’être séduit par l’audace des théories avancées au début du XX ième siècle, en faisant fi des préjugés moraux, religieux et scientifiques de l’époque, dans le but de faire avancer la compréhension et le traitement des maladies mentales.

De mon coté, j’en suis ressorti convaincu de l’importance des mécanismes inconscients sur notre comportement, tout en étant un peu plus dubitatif sur la souveraineté écrasante de la sexualité, quoique…

A lire néanmoins pour acquérir une vision d’ensemble de l’œuvre freudienne quitte à creuser ensuite pour avoir plus de détails sur des thématiques particulières qui ne sont ici que traitées de manière volontairement didactique.

Conférences d'introduction à la psychanalyse (Sigmund Freud)
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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 22:08
Gilgamesh, la quête de l'immortalité (Stephen Mitchell)

En cette époque triste ou les forces obscures attaquent des musées pour détruire la culture babylonienne, j’ai ressenti le profond désir de lire « Gilgamesh, la quête de l’immortalité » du poète et traducteur américain Stephen Mitchell.

Ecrit aux alentours de -1700/ 1600 av JC, « Gilgamesh » ne fut découvert que bien plus tardivement au XIX ième siècle par un voyageur anglais Austen Henry Layard qui envoya sa découverte au British muséum pour être traduit par George Smith en 1872.

Pour honorer ce texte mythique mais court et forcément tronqué par le poids des ans et les multiples versions, Mitchell propose une réécriture de certains passages et surtout une explication pas à pas du cheminement du roi sumérien.

On y découvre que Gilgamesh, redoutable guerrier aux deux tiers divin à la stature colossale, fut le roi de la prospère cité d’Uruk aussi admiré que détesté par sa politique injuste, égoïste et parfois brutale.

Pour le mettre à l’épreuve, le dieux Anu et Aruru créent Enkidu son double à l’état de sauvage primitif.

Averti par un trappeur de l’existence de cette créature effrayante, Gilgamesh lui envoie d’abord Shamhat, une prêtresse experte en l’art de la sexualité, qui se charge de son initiation sexuelle afin sans doute d’adoucir son tempérament potentiellement dangereux.

Cette expérience quasi mystique d’une semaine entière ne calme pas les ardeurs d’Enkidu qui doit se mesurer physiquement Gilgamesh pour éprouver sa force et ainsi le respecter en égal sinon supérieur.

Devenus amis comme des frères sinon davantage comme le suggère Mitchell, Gilgamesh et Enkidu se rendent dans une foret de cèdres affronter un monstre terrifiant, Humbaba dont le cri paralyse de frayeur les hommes qui se font ensuite dévorer pour avoir oser s’aventurer sur le territoire dont le dieu Enlil lui a donné la garde.

Surmontant leur peur par leur désir d’immortalité, les deux guerriers se soutiennent pour pénétrer dans la dangereuse foret et reçoivent l’aide de Shamash qui immobilise le monstre afin qu’ils puissent le tuer.

Soutenu par Enkidu, Gilgamesh reste sourd aux supplications d’Humbaba, préférant accéder au statut de héros.

De retour à Uruk, il est néanmoins menacé par l’ombrageuse Ishtar qui n’accepte qu’il se refuse à ses avances et déchaine sur lui un immense taureau céleste.

Gilgamesh, une nouvelle fois soutenu par son ami parvient à tuer le monstre, cette fois sans l’aide des dieux.

Malheureusement cette joie est de courte durée puisque Enkidu décède subitement, terrassé par une mystérieuse et foudroyante maladie.

Gilgamesh est brisé par le chagrin, révélant un attachement presque amoureux pour son double et après de nombreuses interrogations philosophique sur le sens de l’existence, décide d’aller trouver le sage Utnapishtim, seul homme réputé immortel.

Le voyage initiatique est digne d’une épopée, avec des épreuves surnaturelles, comme la traversé d’un tunnel obscure pendant une douzaine d’heures, la rencontre avec des hommes scorpions, des hommes de pierre, une longue navigation sur un fleuve mortel guidé par le passeur Urshanabi pour atteindre le jardin du paradis des dieux ou vit Utnapishtim.

Stupéfait par la réussite de Gilgamesh, du reste au deux tiers divin, Utnapishtim consent à lui raconter son histoire ou roi de Shuruppak, il survécut au Déluge en embarquant hommes et animaux et put ainsi bénéficier de la clémence des dieux pour accéder à l’immortalité.

Pour rendre Gilgamesh immortel, Utnapishtim le met à l’épreuve en lui interdisant de dormir pendant sept jours et sept nuits mais le roi guerrier, épuisé par ses efforts surhumains, s’endort rapidement, échouant lamentablement.

Utnapishtim le renvoie donc mais lui offre tout de même en guise de compensation une plante sensée le faire rajeunir, plante que l’étourdi roi se fait dérober par un serpent vicieux en se baignant dans une rivière.

Gilgamesh n’en revient pas moins grandi à Uruk, grandi par les épreuves et par l’acceptation de sa propre mortalité.

Devenu plus mur, il administre avec plus de sagesse et bienveillance sa cité.

En conclusion, plus que par l’instructif mais laborieux travail d’exégèse, « Gilgamesh, la quête de l’immortalité » révèle par la passion et le talent de conteur de Mitchell, toute la beauté et la puissance de ce texte majeur dans l’histoire de l’humanité, sorte d’Odyssée d’Homère avant l’heure.

Action, liberté, érotisme et sens du merveilleux viennent habiller la réelle teneur du récit qui se veut une puissante réflexion philosophique sur la brièveté de l’existence, la vaine quête d’immortalité, de la gloire et de l’orgueil, avant d’acquérir par un certain nombre d’épreuves (voyages, combats) se soldant par des échecs ou des pertes, la sagesse nécessaire pour mener sa vie.

Véritable chef d’œuvre intemporel, « Gilgamesh, la quête de l’immortalité » est aussi une œuvre troublante, ayant sans doute inspiré la légende d’Hercule et certains passages bibliques, par notamment le récit du Déluge.

A lire et à conserver donc dans toutes les bibliothèques d’hommes de gout, tout en inclinant à penser qu’avant de devenir une terre de guerre et d’horreur, l’Irak fut un des berceaux de l’humanité par les civilisations sumériennes puis akkadiennes et babyloniennes.

Gilgamesh, la quête de l'immortalité (Stephen Mitchell)
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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 22:59

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Replongée dans les méandres tortueux de la pensée de Friedrich Nietzsche avec « Par-delà le bien et mal ».

Cet ouvrage dense paru en 1886 s’attaque en neuf partie aux grands courants philosophiques l’ayant précédé, pour mieux décrire sa propre vérité foncièrement différente.

Première constatation de Nietzsche, aucune philosophie n’est réellement impartiale et dénote toujours d’un parti pris de son auteur, souvent issu d’une intuition ou d’une conviction profonde, qu’il s’échine ensuite à ériger en système philosophique logique en réalité plus ou moins cohérent.

Partant delà, Nietzsche en vient à douter de même de l’idée de recherche de la vérité mais introduit plutôt un désir de dominer chez le philosophes en imposant son système aux autres par la force de son esprit.

Il puise ensuite dans les exemples du passé pour souligner certaines bassesses de philosophes dotés d’âmes soit disant supérieures ou l’orgueil de stoïciens prétendant inclure la nature dans leurs théories.

Le désir de découvrir sans cesse de nouvelles facultés de Kant est cruellement raillé, tout comme les théories atomistes de l’âme et l’idée de volonté développée par Schopenhauer.

Au final, Nietzsche en arrive au reproche central faite à tous ces philosophes, l’érection du principe de moralité avec un balancement perpétuel entre bien et mal, allant pour lui à l’opposée du seul véritable principe philosophique en jeu, la volonté de puissance et de domination.

Selon lui, pour développer sa vision élitiste du monde, le philosophe doit se retirer de la contagion de la plèbe et apprendre à user d’une multitude de masques pour déguiser sa réelle pensée, qui est la volonté de puissance.

Cet homme libre forcément exceptionnel car apte à régner sur les autres, apprendra à ne pas s’encombrer de principes moraux ou sentiments de faiblesse envers son prochain, à s’endurcir et à se viriliser pour arriver à son but.

Fort logiquement après les philosophie moralistes, vient le plus grand ennemi de Nietzsche, la religion et plus précisément le christianisme, coupable selon lui d’avoir infecté le monde en répandant ses principes moraux, son humanisme et sa vision erronée du monde axée sur l’antagonisme entre Bien et Mal.

Nietzsche remarque toutefois avec un grand sens psychologique que certains hommes vivant dans les grandes villes d’Allemagne, ont perdu le contact avec la religion, au profit de préoccupations beaucoup plus matérialistes comme leurs occupations professionnelles.

Il classe également les savant dans la catégorie des personnes ayant pris leurs distances avec la religion qu’il méprise en raison de la prétendue supériorité de leurs découvertes scientifiques qui font reculer la croyance.

Mais le christianisme est jugé par son rayonnement responsable d’avoir provoqué un nivellement des hommes et ainsi une dégénérescence de la race européenne.

L’homme fort, devra lui surmonter l’influence religieuse et l’utiliser ensuite comme moyen de domination sur les êtres inférieurs come ont pu le faire les grands conquérants de l’histoire (Alcibiade, César, Napoléon, Frédéric II, César Borgia …)

Après une quatrième partie composée d’aphorismes plus ou moins bien tournés avec toutefois la célèbre allusion au combat contre les monstres à la contemplation de l’abime qui finissent par nous corrompre.

La misogynie de Nietzsche apparait ici clairement et se confirmera de manière encore plus poussée par la suite.

Il est toujours question de morale dans la partie suivante, avec toujours ce sentiment d’abaissement, de mélange et de corruption de masses réduite à l’état de troupeaux d‘esclaves désireux d‘obtenir paix et égalité, et des attaques également contre les mouvements démocratiques modernes ou le judaïsme vu comme source première du développement de ces idées jugées par Nietzsche contre les forces de la Nature ou tout n’est que agression, violence, rapport entre fort et faible.

Pour Nietzsche, le philosophe doit être ce conquérant de l’esprit, capable de s’élever au dessus des masses bêlantes pour pourfendre les vides conceptions vertueuses et ainsi exercer ce pour quoi il a été crée.

Le philosophe martèle ensuite ces idées quitte à se répéter et opère ensuite une virulente critique de l’émancipation des femmes et de leur prétention à imiter/égaler les hommes sur le terrain de la pensée, alors que leurs atouts demeurent pour lui dans la séduction, la superficialité et les manipulations sentimentales ou elles excellent.

Cette volonté de s’élever est vue par Nietzsche comme un nouveau facteur de dégénérescence de l’Europe.

Vient ensuite le tour des peuples, avec une part dominante accordée aux Allemands, que Nietzsche tente d’analyser à grand coup de généralités psychologiques (profonds, honnêtes, naïfs et peu subtils) avec comme idéal germanique le mythe du héros germanique de « Siegfried » crée par son mentor Richard Wagner.

Dans un court passage consacré aux juifs, Nietzsche tente semble t il de se racheter de propos antisémites qu’il aurait tenu précédemment et en fait sans doute trop dans l’excès inverse au risque de sonner faux.

Le Français lui s’en sort plutôt bien, avec son gout pour l’art, le gout et l’incorporation d’une culture méditerranéenne sensée être bénéfique.

Dans la dernière partie, Nietzsche continue de développer sa vision élitiste du philosophe, appartenant à une caste aristocratique de dominant, propre à exercer sa puissance par le biais de la domination des hommes ordinaires par essence bornés par les principes moraux et démocratiques qui les asservissent comme du bétail.

On retrouve ici l’idéal du surhomme germanique hérité de Wagner, s’imposant contre l’adversité et la souffrance par sa force, son habileté, son courage, sa dureté mais aussi bien entendu une forme d’égoïsme.

En conclusion, « Par-delà le bien et  mal », est un ouvrage difficile d’accès en raison de ses multiples références philosophiques, historiques et religieuses.

Atypique, volontairement iconoclaste et à contre courant, la pensée de Nietzsche se développe, fier de sa force et de son indépendance farouche.

Sur le fond, rien n’a dire, il s’agit d’une philosophie d’un petit groupe de forts prenant l’ascendant sur les masses de faibles par un ensemble de qualité n’ayant rien de commun avec la morale et l’amour de son prochain, mais plutôt une farouche volonté animale de domination brutale qui se justifie avec les lois incontournables de la Nature.

Si les exemples dans l’histoire de ces personnages charismatiques (dictateurs ?) prenant l’ascendant par des moyens détournés, abondent, ceci ne relèvent pas d’une vision progressiste de l’humanité mais plutôt d’une vision brutale, individuelle et bestiale de l’existence.

Vous avez aussi du à une moindre échelle rencontrer ce type d’hommes dits « carriéristes » ou « ambitieux » prêts à tuer père et mère pour prendre un poste assurant un accroissement de leur pouvoir.

S’élevant souvent par une absence de scrupule patente, ils parviennent souvent à leurs fins alors que la majorité d’entre nous aurait très certainement renoncé ou se serait écarté en chemin par simple manque de cran.

Il se trouve que au risque de décevoir les adeptes de Nietzsche je trouve cette philosophie dangereuse et terriblement contre productive pour l’humanité.

J’aime croire en l’homme et penser qu’il vaut mieux qu’un être agressif, sournois et insensible.

Tout en respectant l’énergie insurpassable des forts, des promotteurs insatiables, une vie pacifiée, simple et équilibrée en accord avec quelques valeurs fortes, me parait plus rentable pour développer une harmonie intérieure et d’apaisement.

Nietzsche devait certainement avoir des raisons personnelles de développer cette vision agressive de l’existence.

Les relents d’antisémitisme et de nazisme qu’elle peut introduire, me semblent dangereux.

Un mot sur la forme enfin, avec beaucoup de redite et une pensée finalement assez chaotique, difficile à suivre, ce qui fait pâtir la lecture de ce recueil néanmoins instructive.

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 13:45

presocratiques-copie-1.jpg4

 

 

Poursuite de la grande aventure de la philosophie avec la seconde partie de « Les écoles présocratiques » de Jean-Paul Dumont.

Après les Pythagoriciens viennent d’autres « italiens », les Eléates Parménide et Zénon d’Elée, tous natifs de cette région du sud de l’Italie assimilée aujourd’hui à la Campanie.

Connu pour être le premier a affirmer que la Terre a une forme sphérique, Parménide né entre le VI ième et le V ième siècle avant Jésus Christ, est également connu pour établir une doctrine philosophique établissant clairement une différence un univers divin unique, éternel, immobile, sphérique, inengendré  accessible par la pensée et une réalité sensible mouvante et engendrée par le feu et la terre.

Parménide se place donc dans une position de négation des réalités sensibles pour se réfugier dans le monde de l’intellect pur, seul pour lui réceptacle de la vérité.

Pour confortable qu’elle soit, cette position rend impossible l’étude des réalités physiques car relevant de l’opinion et donc de l’erreur.

Les fragments de ces études sur la nature, traitent de cosmologie, géologie, biologie.

Fort logiquement, son disciple Zénon, est connu pour être l’inventeur d’une arme rhétorique et logique infernale, la dialectique qui sera intensément pratiqué par Socrate mais également pour avoir été le dirigeant d’Athènes, Périclès.

Tué par Denys, le tyran de Syracuse après lui avoir courageusement tenu tête, Zénon passa l’essentiel de son temps à bâtir de puissants outils logiques (apories, paradoxes) pour affermir les théories de son maitre Parménide, sur l’existence d’un monde unique, indivisible, immobile les plus connues d’entre eux étant les paradoxes de la dichotomie, de la course d’Achille et de la tortue, du stade, de la flèche et de la chute de grains de mils montrant l’impossibilité du mouvement et de la continuité du monde car impossible à découper jusqu’à l’infini.

L’école Abdéritaine nous ramène en Grèce ou plus exactement en Thrace (actuelle Bulgarie) et développe par l’intermédiaire de Leucippe et surtout Démocrite, une approche radicalement opposées de celle des Eléates car fondée sur la physique, le mouvement et l’illimité.

Ayant vécu prêt de 90 ans entre le V ième et le IV ième siècle av JC, Leucippe est connue pour sa philosophie essentiellement matérialiste du monde, centrée sur l’existence du vide dans lequel se meuvent continuellement des particules élémentaires insécables appelées atomes, constituant le monde.

Point ici de principe transcendantal, mais des forces appelées Nécessité ou Hasard, niant la part d’ordre divin du monde sensible et extra-sensible.

Leucippe décrit de manière assez précise le processus physique de formation du monde par répartition massique des corps et croit en l’existence de simulacres (ou effluves corporelles) permettant de percevoir les réalités sensibles.

Son élève Démocrite reprend les mêmes thèses mais les développe encore plus, acquérant par le bon état de sa volumineuse production, une renommée supérieure qui fait de lui le chantre de l’atomisme, doctrine qui sera reprise par les sulfureux Epicure et Lucrèce.

Figure essentielle et dominante des présocratiques, Démocrite est décrit comme un grand voyageur s’étant nourri des sciences et philosophies indiennes, égyptiennes, perses et babyloniennes, puis s’étant débarrassé de tous ses biens pour vivre dans le dénuement et se consacrer à la philosophie.

Le vide et les atomes crochus indestructibles tourbillonnant indéfiniment sont les composants essentiels du monde, en le constituant par réunion ou séparation selon les lois du hasard.

L’âme confondue avec l’intellect est également un composé atomique matériel et est périssable avec le corps.

Un autre aspect intéressant est son étude cosmologique, qui voit l’existence d’une multiplicité d’univers naissant et mourant, certains étant habités d‘êtres vivants.

Moins connu mais sans doute aussi voir plus passionnant, est sa conception de l’éthique connue par Stobée et Plutarque, montrant par l’intermédiaire de courts et percutant aphorismes, superbes de style et de profondeur, prônant une vie mesurée, courageuse, juste, tournée vers l’intellect et libérée de passions corporelles (argent, pouvoir, sexe) comme de la peur de la mort.

Un chapitre particulier est ensuite dédié à Anaxagore, philosophe athénien qui enseigna à Périclès et au tragédien Euripide.

Pour Anaxagore, le monde matériel est gouverné par l’Intellect divin qui met en mouvement des particules élémentaires éternelles et illimitées appelées homéoméries rappelant curieusement les atomes de Leucippe et Démocrite, dont il était contemporain et partageait le mode de vie austère détaché des biens matériels et centré sur la recherche scientifico-philosophique.

Anaxagore fut attaqué par ses successeurs pour le peu de description qu’il accorde à ce fameux Intellect et échappa de peu à la mort pour avoir osé décrire le soleil comme une boule de feu au lieu d’une divinité.

L’ouvrage se termine par une analyse des principaux sophistes grecs qui étaient Protagoras, Gorgias, Prodicos et Hippias.

Vertement attaqués par les grands philosophes (Socrate et Aristote), les Sophistes sont vus comme des imposteurs, dispensant par appât du gain un faux savoir qui passe à coté de la véritable recherche philosophique.

Peu de pages sont consacrées à Prodicos et Hippias, plus connus pour leur érudition ou leur éloquence que pour la profondeur de leur pensée.
L’inventeur de la rhétorique, Protagoras se taille en revanche la part du lion par l’intermédiaire des écrits de Platon, qui en font un interlocuteur et rival respectable de Socrate, bien que beaucoup trop attiré par le profit.

Protagoras est connu pour avoir posé l’homme comme la mesure de toute chose, ce qui conduit à mettre très sérieusement en doute l’existence de dieux par essence inaccessibles à l’homme.

Le brillant orateur Gorgias pousse encore plus loin le raisonnement jusqu’à nier l’existence de connaissances appréhendables et transmissibles par l’homme au motif que la réalité n'existe pas et ne peut pas non plus etre pensée.

En conclusion, « Les écoles présocratiques, partie 2 » se montre plus abordable que le premier tome.

J’ai plus apprécié la philosophie matérialiste et athée des Abdéritains, car foncièrement en avance sur leur époque, alors que celles des Eléates sans doute parvenue jusqu’à nous de manière trop parcellaire, m’a laissé plus de marbre.

Parmi les présocratiques, Démocrite ressort fortement comme le grand penseur de cette époque avec Pythagore lui aussi concepteur d’un puissant système, bien que beaucoup plus abstrait à mes yeux.

Ses aphorismes consacrés à l’éthiques sont parmi les plus belles et pures choses que j’ai pu lire en philosophie.

Peu d’intérêt en revanche pour les Sophistes, à la portée philosophique foncièrement moins étendue que leurs rivaux Philosophes.

Je recommande globalement cette lecture pour plonger aux racines les plus profondes connues de la philosophie grecques qui nous ramènent toutes indirectement vers des sources plus anciennes encore : égyptiennes, babyloniennes et indiennes.

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 17:41

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Plus je me suis plongé vers la racines de la Philosophie plus j’ai éprouvé le besoin naturel de connaitre les philosophes grecs qu’on nomme présocratiques c’est-à-dire ayant exercé approximativement avant -470 av JC.

« Les écoles présocratiques » de Jean-Paul Dumont est un énorme pavé de plus de 700 pages qui se proposent de traiter avec exhaustivité les écoles de pensées précédant celui qu’on nomme comme le père fondateur de la philosophie moderne.

Afin de rendre plus digeste la chronique d’un ouvrage aussi monumental, je vais scinder en deux l’analyse et me consacrerait ici aux écoles d’Ionie et pythagoriciennes.

Possession grecque située en Asie mineure (actuelle Turquie), l’Ionie est connue pour avoir été le berceau du premier philosophe grec, Thalès de Milet, qui avouons le aujourd’hui est plus connu pour ses travaux géométriques que pour ses œuvres philosophiques.

Membre du Conseil des Sept sages réputés donc pour leur justesse de vue, Thalès joua un rôle important comme conseiller militaire et scientifique auprès du pouvoir politique de son époque.

Lorsqu’on laisse de coté l’aspect légendaire du personnage ainsi que ses prouesses mathématiques et astronomiques, sa philosophie apparait très peu connue et surtout majoritairement influencé par la religion des prêtres de l’Egypte, ou ils séjourna afin d’acquérir l’essentiel des ses connaissances.

Sa vision est celle d’un monde unique, en mouvement perpétuel ou l’élément matériel premier (principe) est l’eau utilisée par les dieux pour façonner la réalité.

D’un point de vue philosophique, on reste un peu sur sa faim et espère avec son disciple Anaximandre en apprendre davantage.

Si Anaximandre s’attache comme son maitre aux affaires politiques et aux travaux scientifiques comme la géographie, la météorologie et astronomie, il produit aussi une ébauche de système philosophique prônant que l’origine de toute chose est un principe unique appelé l’Illimité, unique, en mouvement et éternel.

L’Illimité est la cause créatrice de la réalité modelée à partir des quatre éléments premier (eau, terre, feu, air) et obéissant à un cycle sans fin de générations et de destructions.

Cependant malgré son caractère remarquable, certains points de cette approche restent délicats à appréhender, comme la nature divine (ou non) de ce premier principe et surtout son lien direct ou indirect avec la matière.

Le dernier représentant de l’école ionienne est Héraclite auquel une chronique fut ici complètement consacré.

Héraclite d’Ephèse est l’un des philosophes les plus fascinants et énigmatiques en raison de son recours systématique à la métaphore.

On retrouve par les divers fragments et témoignages de ses successeurs, cette philosophie complexe tournée vers un mouvement perpétuel en un cycle sans fin de créations et de destructions aux travers desquelles voyage l’âme immortelle.

Les réalités matérielles construites à partir du premier principe du feu, sont relatives aux perceptions des sens et sont donc fatalement ambivalentes et trompeuses.

Pour mieux vivre et s’affranchir de la fausseté des sensations corporelles, l’homme doit cultiver sa raison et sa sagesse afin de se rapprocher du Logos, principe logique d’origine divine gouvernant le monde.

Même si la pensée d’Héraclite est superbe à lire, son interprétation rend difficile la compréhension d’un système philosophique à part entière.

Aux cotés de Thalès on trouve chez les grands présocratique Pythagore, autre grande figure antique connue hélas également plus pour ses travaux mathématiques que pour son système philosophique.

Bien que grec d’origine, Pythagore fera de nombreux voyages initiatiques vers des contrées lointaines (Babylone, Egypte) ou comme Thalès il acquiert vraisemblablement une partie importante de son savoir scientifique et religieux avant de s’établir à Crotone (Italie) pour fuir le tyran de sa ville natale de Samos.

Fondateur d’une école encore plus développée que celle de Thalès, Pythagore est un homme athlétique (champion de pugilat), charismatique dont les travaux mathématiques couvrant des domaines aussi variés que l’arithmétique, géométrie, la musique ou l’astronomie, soulèvent encore aujourd’hui l’admiration.

Pythagore attribue la réalité du monde matériel et immatériel aux nombres mathématiques, créateur de la géométrie puis de la physique et donc de l’univers.

Ce qui signifie que les choses matérielles sensibles sont également des nombres, obtenus par mélanges plus ou moins harmonieux de l’impair limité, structuré, parfait et du pair illimité, désordonné, imparfait.

De ses séjours en Orient et Afrique, Pythagore a ramené une conception orientale de l’âme immortelle, établissant un cycle de réincarnations dans diverses enveloppes corporelles pouvant aller jusqu’aux animaux, qu’il faut donc respecter, s’abstenir de tuer et de manger.

On sera étonné de retrouver des similitudes avec la religion jaïniste ou bouddhique indienne.

Comme son collègue philosophe et scientifique, la pensée de Pythagore n’est connue que par les écrits laissés par ses disciples dont les plus connus sont Empédocle, Philolaos et Archytas.

La particularité d’Empédocle lui homme charismatique et brillant scientifique puisque médecin, ingénieur et faiseur de miracles, est d’introduire comme principe  premier de génération de toute chose, le rapport Amour-Haine.

Le rôle de l’Amour est de rassembler les éléments et celui de la Haine de les dissocier en un ballet quasi permanent.

Empédocle décrit ainsi un univers divin entier condensé par l’Amour en une unité de feu sphérique, éternelle, immobile puis dissociée par la Haine pour aboutir à ce que nous connaissons aujourd’hui ce monde multiple, désorganisé et mouvant.

Sa philosophie élémentaire est enrichie par la définition des homéomères, sorte de particules insécables les composant, et que l’on peut considérer comme les précurseurs de l’approche atomiste de Démocrite et Epicure.

L’apport pythagoricien se fait en la croyance à la transmigration des âmes à travers un cycle de réincarnations successives ce qui conduit à l’adoption de rituels de purification orphiques et à une alimentation exclusivement végétarienne.

Empédocle est critiqué sur le fait que pour lui les éléments ne sont pas corruptibles mais simplement associés et dissociés au gré du hasard à la manière de briques constitutives de la réalité.

Son système philosophique basé sur l’attirance des contraires ne contient donc pas d’ordre divin et supérieur régissant le monde.

Le péripatéticiens semblent être parmi ses plus vifs détracteurs, notamment a propos de ses description fantaisistes de la physiologie du vivant avec par exemple un feu contenu dans les yeux pour permettre la vue.

Un autre grand disciple de Pythagore fut Philolaos, qui outre de brillant travaux astronomiques ou il affirma que la Terre n’était pas immobile mais en rotation autour d‘un feu central d‘origine divine, diffusa la théorie de son maitre dans laquelle il était dit que les nombres gouvernaient le monde.

A la Monade principe numérique impair, limité, unique, éternel, divin est associé la Dyade, principe des nombres pair illimité, imparfait, corruptible et superflu.

La réunion des deux par l’Harmonie forme le monde aussi bien matériel que immatériel.

Philolaos attribue donc aux choses matérielles (objets)  et immatérielles (géométrie, âme, esprit, sentiments) des nombres et vénère les nombres 7 et 10 (décade) réputés incarner la divinité.

Disciple de Philolaos, Archytas fut un des maitres de Platon mais également homme politique en vue puisqu’il gouverna Tarente.

Son œuvre, sensiblement plus pauvre est notable pour ses travaux sur la nature du son, des harmoniques mais également pour l’établissement du calcul comme supérieur à tout autre forme de raisonnement.

En conclusion, « Les écoles présocratiques, partie 1 » se montre aussi ardu et difficile d’accès que je le soupçonnais.

L’approche morcelée des textes passés part des filtres successifs souvent critiques voir déformant, en est évidemment la raison principale.

Néanmoins, l’impression générale qui s’en dégage est tout d’abord une approche première influencé par les mathématiques et la religion égypto-babylonienne.

Il est en effet établi que Thalès et Pythagore ont été en contact avec ces cultures qui les ont fortement influencés.

La plupart des ces philosophes ont été avant tout des scientifiques, permettant par leur maitrise des abastractions mathématiques de mettre en pratique quelques principes géométriques ou physiques simples, qui leur ont permis d’impressionner leurs contemporains et de gagner leur place au sein des plus hautes institutions de leurs cités.

Du coté ionien, l’insaissisable poète Héraclite conserve ma préférence, sans doute parce que son savoir est le moins scientifique de tous.

Du coté phytagoricien, cet aspect scientifique voir numérique est bien entendu développé jusqu’à l’extreme en faisant du nombre l’essentialité du monde.

Tout en admirant la puissance de l’esprit de Pythagore et de son disciple Philolaos, il m’est difficile de souscrire à cette vision froidement numérique de l’existence, qui prétend tout décrire de manière mathématique et ne tient pas compte des dimensions psychologiques et sentimentales des hommes.

Trop froide, trop scientifique, la doctrine de Pytaghore, également curieusement teintée d’influences religieuses orientales, ne peut me servir pour gouverner efficacement mon existence.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 16:17

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Plongée dans une lecture difficile avec trois textes de Platon « Apologie de Socrate, Criton, Phédon » regroupés en un seul ouvrage.

Dans « l’Apologie de Socrate », Platon le plus fidèle disciple de Socrate rapporte les derniers échanges avec son maitre, accusé aux alentours de -399 avant JC, d’impiété et de corruption de la jeunesse, deux délits passibles de la peine de mort dans une Athènes entrée après la dictature des Trente, dans une chasse aux philosophes.

Assurant sa défense lui-même contre ses puissants accusateurs qui l’ont calomnié à des fins politiques, Socrate s’attache dans son style dialectique si caractéristique à démonter une à une les accusations qui pèsent contre lui.

Il explique tout d’abord qu’il n’est pas un de ses sophistes qui se font rétribuer financièrement pour dispenser leur enseignement rhétorique car sa mission est tout autre.

En effet, après la révélation de l’oracle de Delphes, le désignant comme le plus sage des hommes, Socrate s’est estimé investi d’une mission sacrée qui est d’éduquer les hommes afin de les rendre meilleurs.

Au cours de ses recherches, Socrate a constaté que les célèbres sophistes, artistes et politiques n’étaient pas des homme sages et ses dialogues embarrassants pour ses interlocuteurs lui ont crée de nombreux et puissant ennemis s’estimant offensés et jaloux du succès du philosophe, rejoint par une foule de jeunes admirateurs de plus en plus nombreux.

S’ensuit un face à face avec son principal accusateur, le poète Mélétos, pour une destruction méthodique de l’accusation de corruption de la jeunesse, puisque Socrate n’enseigne pas en ne se faisant pas rétribuer et est suivi de leur plein gré par des fidèles qui viennent auprès de lui recevoir des leçons de philosophie.

Socrate neutralise également habilement l’accusation d’impiété, puisque Mélétos lui reconnait adorer d’autres dieux, notamment son « démon » divinité de rang moindre qui inspire sa conduite.

Avec un aplomb et une profondeur fantastiques, Socrate termine sa plaidoirie en considérant le risque d’exécution comme négligeable comparé à la tache supérieure qui lui a été dévolu.

Fidèle à sa mission, il n’accepte aucun des compromis que lui adresse le second accusateur Anytos et déclare ne jamais renoncer à dispenser ses enseignements enjoignant à se délivrer des éléments superficiels que sont la poursuite des plaisirs corporels, de l’argent et du pouvoir, pour se consacrer à l’éducation de l’âme par la recherche de la vertu.

Avec un système de défense aussi intransigeant, Socrate est logiquement déclaré coupable par le jury et va jusqu’à suggérer qu’on le condamne à mort plutôt qu’à l’exil, considéré comme sans intérêt et déshonorant.

Socrate est exaucé et condamné à mort en avalant un poison appelé la cigüe.

Il accepte le jugement avec détachement et se déclare heureux de mourir pour ses idées, car pour lui la mort est une libération, la fin de tout lien avec le monde sensible corrompant la pensée mais surtout un voyage ou il pourra dans l’au-delà retrouver les grands héros disparus et poursuivre son inlassable quête de la vérité.

Avant de céder définitivement face au jury, Socrate adresse néanmoins une prophétie cinglante, qui annonce la levée de plusieurs de ses disciples qui poursuivront sa mission en s’élevant contre les injustices et la corruption morale de la classe dirigeante athénienne.

Logiquement, Platon poursuit le récit de ce procès dramatique dans « Criton » nommé en l’honneur d’un des derniers disciples à  s’être entretenu avec le maitre, attendant dans une cellule l’exécution de la sentence des juges.

Fidèle d’entre les fidèles, Criton aime tellement son mentor qu’il va tenter dans un long entretien de le convaincre de s’enfuir pour échapper à la mort.

Mais Socrate reste inébranlable dans sa décision et explique à son disciple qu’ayant vécu toute sa vie dans les lois athéniennes et en ayant tiré jusqu’alors le meilleur parti pour s’éduquer en toute liberté de pensée, il ne peut pas aujourd’hui les renier parce qu’elles lui sont défavorables car ce serait violer le sacré d’une décision de justice (toute injuste qu’elle soit) et donc donner un piètre exemple de conduite qui saperait pour lui immédiatement toute crédibilité à sa philosophie.

Le philosophe exprime sa répugnance à utiliser l’argent pour corrompre ses adversaires et à recourir à l’exil, jugé infamant.

Désireux d’arriver dans l’Hadès avec une âme droite, Socrate reconnait la faillite des hommes qui l’ont injustement condamné, mais accepte de se conformer aux lois de sa cité, à qui il confère une notion de sacré.

Le résultat est donc un refus en bloc de toutes les propositions de Criton pour se soustraire à son destin.

Arrivent alors les dernières heures avant la mort avec le dialogue « Phédon », lui aussi en hommage au disciple rapportant les derniers entretiens de Socrate avec ses plus proches fidèles.

Après avoir repoussé sa femme Xanthippe à la douleur trop démonstrative, Socrate fidèle à lui-même occupe les dernières heures de sa vie à débattre avec ses disciples Phédon, Cébès et Simmias.

Le premier sujet du dialogue concerne le suicide, que Socrate réfute car le considérant comme une offense faite aux Dieux, seuls responsables de la destinée de hommes et disposant à ce titre de droit de vie et de mort sur eux.

Puis, Socrate s’étend longuement un aspect passionnant de sa philosophie qui ne considère pas la mort comme la fin de toute chose, mais seulement la fin de l’enveloppe corporelle qu’il juge méprisable devant la grandeur de l’âme, immatérielle et immortelle.

Partant de ce principe, l’homme qui a consacré sa vie à améliorer son âme en s’exerçant à une conduite vertueuse n’a pas à redouter ce passage vers l’au-delà mais plutôt à le considérer comme délivrance, mettant fin à une forme de corruption due au monde sensible interférant sans cesse pour le détourner du véritable sens de la vie.

Philosopher est donc de ce point de vue, se préparer à la mort et le véritable courage (ou virilité) chez Socrate consiste à l’affronter le moment venu sans regimber, plus qu’à faire preuve de bravoure sur un champs de bataille.

De manière étrange et fascinante, Socrate prolonge sa doctrine philosophique par l’adoption d’un mythe orphique, prônant un processus de réincarnations successives de l’âme dans diverses enveloppes corporelles (y compris animales) selon le jugement porté dans l’Hadès.

En ce sens, Socrate se rend également très proches des philosophie orientales, hindouistes ou bouddhistes qui placent la réincarnation au cœur d’un processus sans fin de vie et de mort.

Après chaque mort, l’âme renait donc dans un autre corps et l’être qui l’accueille doit alors consacrer sa vie à se ressouvenir de ce qu’il a appris dans l’au-delà.

Ce processus d’acquisition des connaissances se basant sur le souvenir ou la réminiscence, s’enracine dans la théorie des Idées, formes immatérielles mais inintelligibles et divines profondément enfouies en nous, mais nous permettant d’accéder aux valeurs fondamentales et universelles de la réalité sensible comme  Beauté, la Chaleur ou la Grandeur mais aussi des valeurs plus abstraites comme le Nombre ou la Forme géométrique ou plus philosophiques comme le Bon, le Juste, le Tempérant ou le Courageux éléments constitutifs de la Vertu (ou Morale).

Malgré ces arguments puissants, Simmias et Cébès font plus que résister honorablement à leur maitre, qui doit s’employer pour contrer la théorie pythagoricenne du premier qui voit l’âme régie par une harmonie et celle plus épicurienne et donc matérialiste du second, qui voit l’âme comme périssable car étroitement liée au corps.

Les longs développements qu’occasionnent ces réponses permettent à Socrate de réitérer les explications sur les fondements sa philosophie, basée sur un déni de l’étude des réalités sensibles car jugées trompeuses pour se concentrer sur la recherche du perfectionnement intérieur de l’âme dans le but de l’accès à un traitement favorable dans l’Hadès, longuement et poétiquement décrit comme un monde sous terrain parcouru par des fleuves entrelacés (Océan, Archéron, Pyriphlégéthon, Styx) convergeant dans le mythique gouffre sans fin appelé Tartare ou sont précipitées les âmes les plus irrécupérables tandis que les plus nobles ont accès aux régions les plus agréables.

Une nouvelle fois donc, le mythe vient prolonger la philosophie pour boucler le systéme socratique et conclure que l’âme d’un homme bon et juste n’a rien à redouter du séjour en Hadès ou elle ressortira revivifiée.

Enfin, l’approche de l’heure fatidique oblige Socrate à s’arracher à ses rêveries poétiques.

Fidèle à lui-même, l’homme accepte son destin sans trembler et donne à ses disciples une exemplaire leçon de courage en les grondant une dernière fois se laisser aller à leurs émotions en pleurant à chaudes larmes.

En conclusion, « Apologie de Socrate, Criton, Phédon » constitue un ouvrage difficile mais dont la lecture passionnante, riche et émouvante, comblera d’aise le lecteur tenace.

Socrate y est bien entendu magnifié, et représenté comme l’équivalent d’un prophète philosophique, d’un Christ se sacrifiant pour montrer la voie à ses disciples,.

On est frappé par la force de conviction du philosophe que rien, pas meme la mort ne peut ébranler, mais surtout de la profondeur des arguments qu’il déploie pour la défendre contre les attaques en traitre qu’il subit afin de l’éliminer définitivement.

En se dressant plus haut que ses adversaires, Socrate fait preuve de grandeur et donne une leçon de courage à ses proches, qui se laissent plus facilement envahir par leurs émotions.

Se basant sur un raisonnement dialectique et logique devenu classique, Socrate finit par s’approcher des religions orientales en puisant dans les mythes orphiques mais également mythologiques pour décrire de manière littéraire superbe, la vie après la mort.

Si Socrate finit par périr sous les attaques traitresses de ses ennemis, sa pensée elle survivra à travers les siècles et se développera pour donner naissance à de puissants courants philosophiques, dont aucun pourtant ne parviendra à receler autant d’adéquation entre pensée et actions.

On peut donc dire, que les manœuvres de ces adversaires pour le faire taire, se sont conclues par un cuisant échec puisque Platon puis plus tard d’autres, reprendront le flambeau de la recherche de l’art de bien vivre et donc aussi de bien mourir.

Essentiel donc comme gouvernail de l‘existence et  comme peut l’etre tout œuvre philosophique de premier plan.

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 13:58

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La philosophie toujours mais abordée sous un jour sans doute moins connu en Europe avec « Les grands penseurs de l’Inde » d’Albert Schweitzer prix nobel de la paix en 1953.

Dans cet ouvrage, le philosophe et médecin alsacien s’attache à décrire les principaux courants de pensée nés en Inde et encore particulièrement vivaces de nos jours avec notamment le bouddhisme et l’hindouisme.

Schweitzer s’intéresse tout d’abord aux racines de la pensée indienne avec le brahmanisme construit sur les bases des textes et rites védiques importées vers 1500 avant Jésus Christ d’Iran en Inde.

Se basant sur des textes sacrés comme le Rig-Veda,  le brahmanisme développe ensuite ses propres textes (Brâhmanas et Upanishads) pour affirmer une religion polythéiste moniste persuadée que le monde matériel et le monde spirituel gouvernées par des puissances divines cachées (Brahma, Shiva, Vishnou) ne font qu’un.

Ceci constitue la différence essentielle avec la plupart des philosophies occidentales et religions polythéistes qui séparent le monde matériel et le monde spirituel.

Structurés en castes ou les prêtres puis les guerriers sont dominants, les brahmanes nient la réalité du monde matériel et prônent dans l’absolu un retrait de celui-ci marqué par une vie ascétique et l’adoption de rituels mystiques à base de sacrifices, de médiation et de chant visant à entrer en extase et se rapprocher de la conscience universelle surnaturelle.

Cette approche se place donc en opposition avec la pensée occidentale qui puissamment ancrée dans la réalité à développé une conception basée sur l’éthique (morale) du monde.

Le brahmanisme incorpore ensuite la description de cycles de réincarnations (samsara) auquel doit se soumettre tout être humain avant de pouvoir par une pratique assidue des rites religieux prétendre à accéder à la délivrance.

Mais selon Schweitzer ce cycle de réincarnation sied assez mal avec les fondements de la doctrine brahmane, qui n’attribue pas de liens de causalité entre l’accession à l’état de félicité universel et les principes d’actions morales.

D’autres doctrines apparaissent cependant tel le samkhya qui établit l’union entre l’âme immatérielle par nature transcendante et la matière par le biais de l‘esprit, ou le jainisme de Mahâvîra qui établit clairement une influence entre l’accession à la délivrance et une conduite morale irréprochable sur terre en adoptant notamment le principe d’honnêteté, de sincérité, de chasteté et de non violence (ahimsa) à l’égard des êtres vivants.

Le jainisme prépare sans le savoir l’arrivée de la plus grande révolution spirituelle asiatique avec l’apparition du bouddhisme au V ième siècle après Jésus Christ.

Tout en conservant le principe de négation du monde fondateur de la pensée indienne et certains acquis du jainisme, Bouddha rejette les textes sacrés du brahmanisme, nie l’âme universelle, atténue le pouvoir des divinités considérées comme éphémères, rejette l’ascétisme comme condition d’accès au Nirvana et préfère y associer des notions de perfectionnement individuel basés sur la non violence, la bienveillance, la contemplation et la compassion.

Pour Bouddha, en effet l’adoption de ce code moral agissant sur le karma d’un individu permettra seul de sortir du cycle de réincarnations de la vie terrestre et de son lot de souffrance..

Même si la doctrine bouddhique reste passive et ne s’accompagne toujours pas d’une volonté de gouvernance éthique du monde, elle introduit néanmoins des notions considérablement moins mystiques, plus éthiques et plus ancrées dans la réalité matérielle.

Bouddha élargit  également l’accès à la caste des moines à celles des serviteurs et des femmes jusqu’alors reléguées dans les couches basses de la société indienne.

Par la suite le bouddhisme évoluera pour développer son ancrage dans la réalité avec la doctrine du Mahayana qui ne fait pas de l’accession au Nirvana le but ultime de l’existence mais plutôt de poursuivre le cycle de réincarnation pour contribuer par la diffusion de la pitié au salut du monde.

Sous cette forme plus en accord avec les aspirations naturelles des hommes, le bouddhisme mahâyâniste se répandra en Chine ou il trouvera sa place à coté des doctrines de Confucius et de Lao Tse, et au Japon ou il cohabite sans peine avec le Shintoïsme primitif.

Pourtant, le bouddhisme entravée par une conception trop révolutionnaire et passive de l’existence sera rapidement dépassé en Inde par l’hindouisme religion ancestrale également basée sur les textes védiques, qui fera le lien entre l’éthique morale et la spiritualité autour d’un dieu unique Vishnu ou son incarnation Krishna.

Tout en reconnaissant la négation du monde, l’hindouisme tolère aussi bien l’ascension vers Vishnu par le retrait du monde que celle conduite par une activité éthique alliant devoir, prospérité, désir dans un abandon total au dieu.

Mais l’hindouisme évoluera également sous l’influence de penseurs modernes  du XVIII et XX ième siècle comme Tagore, Vivekananda qui prônent l’amour de leurs prochains et Gandhi qui fit du principe de non violence une arme politique pour arracher via la résistance passive des avancées sociales pour son peuple.

En conclusion, « Les grands penseur de l’Inde » est un livre qui réussit le tour de force de traiter relativement clairement d’un sujet prodigieusement complexe.

Schweitzer se mue en passeur entre des religions/philosophie orientales souvent méconnues en Europe et pourtant capitales en terme d’influences mondiales.

L’auteur pose d’entrée l’antagonisme Occident/Orient avec d’un coté une conception éthique et rationaliste du monde et de l’autre une vision plus mystique et spirituelle avant d’observer dans cette dernière au fil du temps l’incorporation progressive d’éléments éthiques permettant de concilier vision religieuse transcendantale et adoption de  règles pratiques de vie ancrées dans la société humaine.

Vous ne sortirez donc pas expert en Brahmanisme, Jaïnisme, Bouddhisme ou Hindouisme en sortant de la lecture de ce livre mais ouvrirez de manière exceptionnelle votre esprit.

Une œuvre assurément immense pour tous les bienfaits qu’elle procure.

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 10:52

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Changement de cadre avec « Dialogue sur l’amour » du philosophe et historien romain Plutarque.

Ecrit entre le premier et le second siècle après JC, « Dialogue sur l’amour » est en réalité une petite partie d’un grand ensemble de 78 traités appelé « Œuvres morales » qui constitue l’œuvre centrale du philosophe.

Reprenant le style de son maitre Platon, Plutarque met en scène un dialogue philosophique en Béotie (Grèce), mettant en opposition les partisans de sa pensée portée par son propre fils Autoboulos et Daphnée face à leurs détracteurs Protogène et Pisias.

Le sujet de l’affrontement a pour origine le désir de mariage jugé scandaleux par certains d’une veuve d’âge mur appelée Isménédore (on dirait cougar aujourd’hui ?) pour un jeune et bel éphèbe nommé Bacchon.

Partisan de l’amour entre hommes, Protogène et Pisias condamnent âprement la moralité méprisable de Isménédore, tandis que leurs opposants prennent position pour soutenir la position de la veuve.

Protogène et ses alliés incarnent la vision traditionnelle de la Grèce classique, ou l’union avec une femme, créature inférieure physiquement et intellectuellement, n’était qu’un acte social, destiné soit à acquérir une fortune personnelle (par la dot), soit à s’assurer une descendance.

Mais le seul amour véritable digne de louanges, était celui pour les jeunes hommes qu’on pouvait rencontrer dans les palestres ou les écoles de philosophie.

En effet, l’union avec son semblable incarnait alors par le biais de l’amitié une fusion intellectuelle et physique jugée supérieure.

Daphnée ne nie pas l’amour entre hommes mais affirme cependant que l’union d’un homme et d’une femme étant conforme à la Nature, ne peut être méprisée.

Il poursuit en expliquant que l’amour avec de jeunes garçons étant souvent forcé et bien inconstant, il ne peut être la source du même épanouissement que celui obtenu par consentement au sein d’une union conjugale.

Cette position est renforcée en soulignant la conversion tardive de Platon à l’amour hétérosexuel, jugé plus mature et épanouissant dans la durée.

Il dénonce également l’hypocrisie des propos de ses opposants, qui sont en réalité plus attirés par la fraicheur et la vigueur physique de jeunes garçons plutôt que par de nobles désirs d’union philosophique.

Ces affirmations provoquent de violentes réactions dans le camps adverse notamment de la part du bouillant Pisias.

Daphnée poursuit donc à développer la pensée du maitre, en présentant des exemples de comportement passionnels extrêmes de femmes, prêtes à tuer ou à se sacrifier par amour.

L’union entre une femme plus âgée et un homme jeune ne le choque pas non plus, la femme pouvant par son expérience servir de guide voir de mentor au jeune homme.

S’en est trop pour Pisias qui quitte la scène en apprenant que Isménédore a fait enlever Bacchon pour pouvoir l’épouser.

La discussion s’oriente alors sur la nature divine ou non de l’amour.

En se basant sur des exemples liés à la mythologie, Plutarque affirme que l’amour au même titre que la guerre est bien lié à un caractère divin et que le dieu Amour est supérieur à Aphrodite responsable elle de la passion physique (érotique).

Par ses propos, l’amour se trouve donc ennobli et placé au même rang que l’attachement pour les membres de sa famille, pour l’hospitalité et enfin pour l’amitié.

A grand renforts de citations et d’exemples puisé parmi les auteurs grecs ou dans les contrées étrangères (Egypte, Gaule) , Plutarque affermit sa position en englobant habilement l’amour au sens large, aussi bien homosexuel qu’hétérosexuel, avec tout ce que ce sentiment peut comporter de noblesse, de grandeur d’âme et de désintéressement à l’égard de sa propres personne au profit de son amant.

A l’instar d’un soleil éclairant de sa lumière bienfaitrice la terre, l’amour contribue donc à l’élévation de l’individu et de ce point de vue là, l’amour inspiré par une femme est au moins égal à celui inspiré par un homme.

Plutarque développe ensuite a dernière partie de sa thèse, en soutenant que le mariage peut être le cadre idéal d’un épanouissement d’un amour fondé sur des valeurs de fidélité, honnêteté, respect, tendresse, estime et compréhension mutuelle qui ne peuvent que croitre avec le temps si on les cultive et aboutir à une vie plus stable et harmonieuse.

Autoboulos termine son récit par l’annonce que son père allait en personne mener le cortège nuptial de Isménédore et Bacchon.

En conclusion, « Dialogue sur l’amour » est un court et savoureux texte qui dans la plus pur traditions platonicienne du dialogue rapporté, permet à Plutarque d’élaborer un vibrant plaidoyer pour l’amour conjugal.

L’Œuvre est à n’en pas douter prodigieusement audacieuse pour l’époque et fait preuve d’un féminisme incroyable visant à considérer davantage les femmes comme des créatures aussi morales et donc dignes d’être aimées que les hommes.

Plutarque se fait ainsi le vecteur d’idées progressistes allant à l’encontre d’un vision rétrograde et figée des mœurs de la Grèce antique.

Il réhabilite le sentiment amoureux en l’élevant jusqu’à une nature divine, en dote également hommes et femmes, avant de finalement suggérer que pour l’homme (ou la femme !) qui désire s’investir dans une relation conjugale, l’amour qui en découle ne sera sans doute pas au premier abord le plus excitant érotiquement parlant, mais sans doute en prenant le temps de le laisser s’épanouir, le plus noble et le plus profitable aux deux parties.

Difficile de trouver quelque chose à redire à cette démonstration imparable en faveur de la monogamie hétérosexuelle.

Je conseille donc aux personnes sur le point de se lancer dans cette aventure à deux, de ne pas penser en terme de conventions sociales, de pression familiale, religieuse ou même matérielle, mais plutôt de se plonger dans la lecture de ce court traité qui permettra de les éclairer sur les raisons profondes d’effectuer ce choix souvent insuffisamment réfléchi de nos jours.

Pour le reste, vous l’aurez compris, « Dialogue sur l’amour » est pour moi un chef d’œuvre.

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Published by Seth - dans Philosophie
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