Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires

Changeons complètement de cadre à présent pour nous aventurer au royaume tant redouté de la Chanson française avec souvent tout ce que cela comporte comme prétention et ennui de mon point de
vue.
Chanteuse apparue sur le devant de la scène au début des années 90, Juliette est une personnalité atypique, décalée, perpétuant une tradition volontairement désuète de la chanson à l’ancienne,
avec de beaux textes et des accompagnements minimalistes.
En 2005, elle sort « Mutatis mutandis » à ce jour son plus grand succès commercial.
Cet album au nom latin débute avec « Le sort de Circé » morceau lent et glacé à l’atmosphère de sorcellerie inquiétante allant croissante.
Le texte, superbe fait clairement référence à la magicienne de l’Odyssée d’Homère qui transformait les compagnons d’Ulysse en cochons.
La transition avec le vivant « Les garçons de mon quartier » est surprenante tant ce titre en forme d’ode aux voyous est parcouru d’influences de tango.
A ce stade, l’auditeur déjà accroché se laisse entrainer avec plaisir dans la ronde infernale de « Maudite Clochette », qui pourrait faire écho au « Journal d’une femme de chambre
d’Octave Mirbeau, avec le point de vue d’une domestique harcelée par sa patronne et qui finit par la supprimer.
L’ambiance est plus légère, enfantine et polissonne avec « Le congrès des chérubins » mélangeant allégrement piano classique, chant lyrique et refrains de samba !
Juliette retrouve son coté inquiétant sur « Il s’est passé quelque chose » lent, mystérieux mais aussi un peu répétitif également.
Séquence émotion avec le duo avec Guillaume Depardieu qui prête sa voix tremblotante et faiblarde sur « Une lettre oubliée », morceau comptant une correspondance épistolaire entre un
soldat du front désespéré et une femme qui l’a malheureusement oublié.
L’orient fait ensuite irruption sur « L’ivresse de d’Abhu Nawas » aux mélodies sensuelles.
On peut ensuite parler de la première véritable baisse de régime du disque avec l’enchainement de « La braise » plat et rétro et de « Mémère dans les orties » pénible duo
calypso avec François Morel.
L’album se termine heureusement en force par une leçon de latin « Fransiscae meae laudes » à la riche mélodie épique et l’exceptionnel « Fantaise héroïque » ou la chanteuse
s’immerge avec génie dans l’univers de l’héroïque fantasy des jeux vidéo ou elle accomplit des prouesses virtuelles avant d’être brutalement rappelée à la réalité par sa chef de bureau.
En conclusion, « Mutatis mutandis » est un contre toute attente un album de très haut niveau.
Intelligente et cultivée, Juliette colle des textes souvent magnifiques sur une musique de chanson française incorporant et c’est sans doute ce qui fait sa force, de multiples influences
étrangères pour la rendre incroyablement riche, plaisante et agréable à l’écoute.
Bien entendu, il serait inutile ici de chercher des riffs de guitares électriques ou des tempo de batterie soutenus, mais « Mutatis mutandis » souvent triste, émouvant et sombre ou plus
léger et drôle, démontre que la musique inspirée et réalisée avec talent peut toujours toucher le plus grand nombre.
Respect donc pour Juliette.