Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires

Les habitués de ces chroniques connaissent mon admiration pour l’acteur danois Mads Mikkelsen aussi Est-ce un vif intérêt que je suis allé voir « Michael Kohlhaas » du français Arnaud
des Pallières.
Sorti en 2013, « Michael Kohlhaas » est une adaptation d’un roman du début du XIX ième siècle de l’allemand Heinrich Von Kleist.
L’histoire, transposée au XVI ième siècle sur le plateau des Cévennes en France, voit un prospère éleveur de chevaux de la région, le dénommé Michael Kohlhaas (Mads Mikkelsen), se voir retenir
deux superbes étalons noirs en gage par un seigneur local, un baron (Swann Arlaud) pour le laisser accéder à la ville la plus proche ou il y vend sa production.
Après une forte poussée de tension, ou le baron met même en joue avec un pistolet Kohlhaas qui ne comprend pas ses motivations, Kohlhaas accepte de laisser les bêtes et un fidèle valet César
(David Bennent) pour les surveiller.
Pendant que Kohlhaas fait ses affaires et honore sa femme Judith (Delphine Chuillot), la situation se gâte dans le château du baron.
César qui a constaté que les bêtes avaient été malmenées et blessées par les hommes du baron, tentent de les soustraire à des traitement aussi brutaux mais est rattrapé dans la foret.
Encerclé et désarmé, il est alors livré en pâture à deux horribles chiens lâchés sur lui avec cruauté.
Lors de son retour, Kohlhaas s’inquiète de ne pas trouver son valet et découvre les bêtes mal en point.
Contenant à grand peine sa colère, il ne croit pas à la version des hommes du baron qui lui indiquent que son valet a voulu voler les chevaux et exige réparation au baron qui l’ignore.
Convaincu d’être dans son bon droit et étant donné l‘état déplorable de César atrocement blessé au corps, il porte plusieurs plaintes auprès de la justice du département pour qu‘on lui restitue
ses chevaux comme il les avaient laissés, mais est à chaque fois débouté en raison des appuis du baron au sein de la magistrature.
Humilié mais tenace, il charge alors sa femme d’aller porter la plainte à la princesse d’Angoulême, (Roxane Duran).
Mais Judith revient blessée à mort à la demeure de son mari.
Kohlhaas bascule alors après l‘enterrement de sa femme, décide de vendre ses biens, de mettre sa fille Lisbeth (Mélusine Mayance) en sécurité auprès du prêtre Prédicant (David Kross) et rassemble
tous ses gens pour lancer une expédition punitive contre le baron.
Pénétrant dans son château comme des loups à l’affut, Kohlhaas et ses soldats de fortune massacrent les hommes du baron, César prenant même une cinglante revanche sur en tuant le maitre chien qui
l’a martyrisé dans la foret.
Seul le baron échappe à l’expédition, et vit caché dans un monastère et va même jusqu’à se déguiser en sœur pour tromper la vigilance des ses ennemis et fuir.
Kohlhaas se sait alors condamné à mort pour avoir osé s’en prendre à un noble mais reçoit l’aide spontanée de plusieurs paysans, comme deux robustes jumeaux (Richard et Nicolas Chapelle), un
géant (Guillaume Delaunay) ou un petit homme manchot parlant en catalan (Sergi Lopez).
Ensemble ils soulèvent la région et infligent de cruelles défaites aux soldats appelés en renfort par le baron mais refusent de piller et de terroriser les paysans.
Pourtant, Kohlhaas bascule lorsque un théologien (Denis Lavant) s’entretient avec lui autour de la foi chrétienne et le pousse à pardonner et à endurer sa douleur plutôt qu’à songer à la
vengeance.
Ce long entretien ne parvient pas tout à fait à convaincre Kohlhaas d’adopter une attitude de renoncement mais le pousse tout de même à demander l’examen de sa plainte par la princesse, en
échange de quoi il accepte de poser les armes et de dissoudre son armée.
Cette décision se trouve motivée par la perte quelques un de ses amis, notamment César et un des jumeaux, pendu pour pillage.
L’entretien avec la princesse, adolescente pleine d’autorité malgré son jeune âge est un des moments forts du film, celle-ci allant jusqu’à lui promettre qu’il obtienne réparation et condamnation
du baron.
Mais un volte face de la princesse après quelques exactions commises par les hommes de Kohlhaas livrés à eux mêmes, conduit à l’emprisonner dans l’attente du jugement.
Lorsque celui-ci arrive, Kohlhaas semble obtenir réparation avec restitution des chevaux en parfait état, versement d’une forte somme d’argent qu’il partage entre le prêtre gardien et sa fille
Isabelle et plus encore emprisonnement du baron pour deux ans.
Pourtant, tout bascule lorsque le juge lui indique également qu’il est condamné à être exécuté pour avoir voulu se faire justice lui-même et soulevé tout une région …
Kohlhaas se dévêtit et attend alors l’épée qui le pourfendra …
En conclusion, fortement influencé esthétiquement par « Le guerrier silencieux de Nicolas Winding Refn, « Michael Kohlhaas » est un excellent film magnétisé par la beauté sauvage,
aride et enveloppante des paysages des Cévennes mais encore davantage par le charisme surnaturel de Mikkelsen, assurément le plus beau et le meilleur acteur du monde.
Volontiers hiératique, s’exprimant avec parcimonie avec un délicieux accent nordique, Mikkelsen contribue ici à entretenir sa légende d’acteur hypnotique.
Derrière Mikkelsen, les autres acteurs tirent remarquablement leur épingle du jeux notamment Arlaud, impressionnant de morgue menaçante.
Sur le fond, le film traite d’un sujet passionnant, le combat d’un homme pour faire valoir la justice dans une France encore noyauté par le pouvoir des petits nobles.
On ne peut que saluer l’obstination de ce marchand, dont les motivations axées sur le respect de principes, se confondent finalement avec un orgueil nihiliste qui le conduit à sa perte.
Petit film sans budget démentiel à la « Pacific Rim », « Michael Kohlhaas » est un film français puissant et splendide qui ne pourra que combler les fans de l’acteur du
« Guerrier silencieux ».