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Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires

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La journée de la jupe (Jean-Paul Lilienfield)

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Sorti en 2009, « La journée de la jupe » est un film coup de poing de Jean-Paul Lilienfield.

L’histoire se déroule dans un collège qu’on qualifie de sensible de la région parisienne dans lequel on assiste au difficile travail de Sonia Bergerac (Isabelle Adjani), une professeur de français qui tente laborieusement de faire répéter une pièce de Molière à ses élèves particulièrement insolents et indisciplinés.

Au milieu des insultes et des provocations, Sonia parvient tant bien que mal à faire entrer sa classe dans ce qui ressemble à un sous sol de l’établissement reconverti en théâtre improvisé.

Mais il semble quasiment impossible de procéder à la répétition de la pièce car les élèves aiguillonnés par quelques meneurs durs à cuire dont Mouss (Yann Ebonge), Sébastien (Kevin Azais) et Farid (Karim Zakraoui) passent leur temps à se rebeller, à s’insulter et à critiquer les rares élèves comme Nawel (Sonia Amori) et Mehmet (Khalid Berkouz) tentant de jouer le texte.

Sonia refuse de céder face aux intimidations des caïds et un véritable rapport de force permanent et usant s’établit alors entre l’adulte et des adolescents ne respectant apparemment pas grand-chose.

Le ton s’envenime lorsque Sonia prend la décision de confisquer un sac que s’échangeait Mouss et Sébastien.

Les deux adolescents deviennent très agressifs, Mouss devenant même menaçant physiquement envers la professeur qui obligée de reculer face à l’intimidation, laisse échapper le contenu du sac, un pistolet automatique.

On comprend alors que les deux jeunes appartiennent à un réseau de voyous et qu’ils seront prêts à tout pour récupérer leur bien.

Désespérée et paniquée, Sonia se saisit de l’arme à feu et braque les jeunes, allant même jusqu’à tirer une balle qui blesse Mouss à la jambe.

La situation échappe alors à l’enseignante qui se sentant pour la première fois en position de force avec l’arme à feu braque ses propres élèves et entreprend alors d’exercer son autorité par la force de la menace.

Terrorisés, les élèves obtempèrent, même si le trio de caïds continue d’essayer de tenir tête pour ne pas perdre la face devant leurs camarades.

Ayant pour une fois obtenu l’attention de ses élèves, Sonia entreprend alors de donner un véritable cours d’éducation civique voir d’éducation tout court à des jeunes sans repères, se réfugiant derrière le racisme et l’islam pour justifier leur comportement irrespectueux.

Entre temps, la police est appelée sur les lieux et le proviseur (Jackie Berroyer) s’entretient avec le brigadier chargé de traiter l’affaire, le négociateur Labouret (Denis Podalydès).

De manière assez étrange, le corps enseignant ne prend pas la défense de Sonia, allant même jusqu’à la qualifier d’instable et réactionnaire face à des jeunes dit on à problèmes et donc excusés d’avance.

De son coté, Sonia fait astucieusement croire à Labouret que c’est Mouss le preneur d’otage afin de garder une longueur d’avance sur la police.

A l’intérieur de la salle de classe, la situation s’échauffe et l’angoisse monte chez les élèves.

Feignant un malaise, Mouss parvient à reprendre le dessus en agressant Sonia, mais c’est alors Nawel qui réagit de manière surprenante en prenant le contrôle de l’arme à feu et en menaçant son camarade.

La justification de la jeune femme qui revendique un traumatisme de sa mère battue à mort en Algérie, reste assez obscure.

Sonia reprend alors l’arme et découvre sur le téléphone de Mouss, d’atroces images d’une tournante auxquelles le jeune homme aurait participé en simple spectateur.

L’enseignante parvient à convaincre une élève de témoigner sous couvert d’anonymat afin d’identifier les criminels puis envoie la vidéo à la police qui a de toute façon découvert qu’elle était la réelle preneuse d’otages.

Alors que ses ex collègues déchainent leur bassesse sur elle, une négociation s’établit entre Sonia et Labouret.

La seule revendication de Sonia est d’instaurer une journée obligatoire de la jupe dans les collèges afin de briser la dictature machiste des quartiers obligeant les femmes à s’habiller en unisexe.

Labouret explique que la négociation avec la Ministre prendra du temps mais promet de faire de son mieux.

Assez habilement, il prend contact avec les parents de Sonia et les lui passe au téléphone.

Ses élèves découvrent donc avec stupeur qu’elle a caché ses origines maghrébines.

Sonia fléchit, accepte de mettre fin à la prise d’otage si son vœux est exaucé et accepte également de recevoir des journalistes, en réalité des policiers.

Entre temps, la situation change et Mehmet, souffre douleur des durs à cuir prend l’arme à feu, menaçant ses tortionnaires.

Perturbé, il demande à ce qu’on l’extrade lui et sa famille vers l’Australie afin d’échapper à la vengeance des brutes qui le menacent.

L’agressivité de Fabien est telle que Mehmet excédé lui tire une balle dans la poitrine.

La mort de Fabien est un électrochoc pour Sonia qui décide de prendre cette mort pour elle en sauvegardant Mehmet.

Malheureusement pour elle, une situation malencontreuse provoque le tir des policiers-journalistes et sa mort.

Le film se termine sur son enterrement, auquel rendent hommage chacun des élèves de la classe et tout particulièrement les jeunes femmes, habillées en jupe.

En conclusion, « La journée de la jupe » est un film radical qui ne peut pas laisser indifférent.

Il décrit avec brutalité et intensité le ras le bol d’une enseignante poussée à bout et fragilisée, qui bascule elle aussi dans la folie et la violence du monde qui l’entoure.

Le renversement de situation est intéressant, et montre que seule l’extrémité de la situation permet à l’enseignante de faire passer son message à base de laïcité et de tolérance.

Evoluant dans un monde de fascisme ou règne la loi du plus fort et ou la majorité d’ adultes cèdent complaisamment, la démocrate bascule elle aussi dans le fascisme pour faire passer ses idées.

On peut y voir un constat d’échec, un acte désespéré mais qui finit pourtant par le sacrifice de son auteur à éveiller les conscience et à porter un message enfin entendu.

En ce sens, le film révèle pour moi toute sa cohérence et sa justesse.

Comme souvent Adjani césarisée en 2010, est éblouissante, magnifique de fragilité et grâce, malgré ses 50 ans et son visage botoxé.

C’est elle seule et non la meute de fortes têtes vomissant des tombereaux d’insultes, qui mérite le visionnage de ce film sale, intense et sans compromis, véritable antithèse du délire gnangnan « D’entre les murs ».

Après, j’avoue que j’attends du cinéma quelque chose de plus excitant qu’un huis clos dans un collège pourri de banlieue française, ce qui minore fortement mon intérêt pour le film.

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