Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires

Comme vous le savez j’apprécie Louis de Funès aussi ai-je revu avec intérêt « L’aile ou la cuisse » de Claude Zidi.
Sorti en 1976, ce classique du cinéma comique français raconte la lutte entre Charles Duchemin (Louis de Funès) un grand chef éditeur du guide gastronomique mondialement connu (le Duchemin) et
son ennemi, Jacques Tricatel (Julien Guiomar) empereur de la nourriture industriel et des relais routiers, désireux de racheter pour se diversifier de grands restaurants.
Tricatel est prêt à tout pour arriver à ses fins, y compris voler la nouvelle édition du guide Duchemin mais doit compter avec la farouche résistance du vieux chef, qui aimerait au moment de
prendre sa retraite, passer la main à son fils Gérard (Coluche).
Cependant Gérard, timide et maladroit, ne rêve que de travailler comme artiste de cirque et mène une double vie en se produisant la nuit comme clown dans un petit cirque fauché de banlieue.
La donne change lorsque tombé sous le charme de Margueritte (Ann Zacharias), une secrétaire intérimaire hollandaise, Gérard accepte de suivre son père dans sa dernière tournée en s’arrangeant
pour que son cirque suive le mouvement.
On découvre alors les techniques redoutables du vieux Duchemin, qui s’introduit déguisé chez les restaurateurs pour pondre des rapports souvent assassins lorsqu’il lest déçu par les
prestations.
Pourtant, l’affrontement est inévitable avec le puissant Tricatel et se matérialise par un défi lancé sur le plateau de télévision de Philippe Bouvard, lors de l’émission « Tous les coups
sont permis ».
Tricatel compte exploiter la perte de gout de son rival, après que celui-ci ait été torturé par des aubergistes revanchards une fois leur réputation coulée par une précédente édition du
guide.
Comprenant que la situation est grave, le père et le fils accepte de faire fi de leurs différences de tempérament, et de se rendre dans l’usine de fabrication de Tricatel.
Ils découvrent alors dans une scène demeurée célèbre, les secrets de fabrication de la nourriture industrielle la plus immonde qui soit.
Tricatel tente d’éliminer ces intrus tout en se pavanant sur le plateau de télévision de Bouvard mais le duo improbable père fils parvient in extremis à rejoindre le show.
C’est Gérard qui remplace son père, celui-ci ayant fort opportunément pris sa retraite le jour même.
Le fils se montre brillant, reconnaissant en aveugle les plats les plus raffinés comme ceux les plus abjectes comme ceux de Tricatel.
Lorsque les Duchemin font gouter à l’industriel sa propre nourriture sans lui annoncer, celui-ci manque de s’étouffer et proclame sa répugnance.
S’en est donc fini de la réputation de l’empire Tricatel qui s’effondre, laissant la voie libre à la consécration finale des Duchemins et l’entrée à l’académie française du père.
En conclusion, « L’aile ou la cuisse » est une comédie cinglante qui a malheureusement pour elle un peu vieilli.
Bien sur le sujet de la malebouffe (affaire de la viande de cheval Spanghero) reste lui très actuel mais on a l’impression que la bataille face aux industriels sans scrupule produisant à la
chaine a déjà été perdue depuis belle lurette, le domaine de la nourriture raffinée restant l’apanage de quelques privilégiés.
Non le problème de « L’aile ou la cuisse » est que les gags semblent aujourd’hui usés par le temps et Louis de Funès, déjà fatigué et malade, n’a pas son énergie habituelle.
De son coté, Coluche parait complètement tétanisé par l’aura de son glorieux partenaire et livre une prestation frisant le néant absolu.
Alors bien sur, on sourira toujours à quelques scènes hautes en couleurs ou trouvera le propos fustigeant la nourriture industrielle toujours pertinent, mais « L’aile ou la cuisse »
demeure dans l’absolu très loin des meilleurs films comiques de Louis de Funès.
A voir donc pour les curieux du duo De Funès-Coluche, au final bien décevant.