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Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires

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Douze hommes en colère (Sydney Lumet)

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Paru en 1957, « Douze hommes en colère » est remarquable en raison de son statut de  classique du cinéma noir et blanc mais également comme premier film de Sydney Lumet.

Parfait huis clos, « Douze hommes en colère » est l’histoire d’un jury composé de douze américains devant délibérer sous la houlette de l’un d’entre eux (Martin Balsam) et rendre un verdict unanime pour juger un jeune homme accusé d’avoir tué son père une nuit d’un coup de couteau.

Alors que tout semble accabler le jeune homme notamment le témoignage d’un vieil homme l’ayant entendu menacer son père puis l’ayant vu détaler dans les escalier et une voisine, ayant vu la scène de meurtre à travers les fenêtres d’un train de nuit, le jury s’apprête à promptement rendre son verdict et à condamner l’accusé à la peine de mort.

Pourtant un homme, appelé Monsieur Davis (Henry Fonda), architecte, décide de voter non coupable, enrayant donc tout le processus et forçant les onze autres à entamer des délibérations imprévues.

Davis doit tout d’abord essuyer les foudres d’un juré (Lee J Cobb) particulièrement virulent et fort en gueule, dont les avis très tranchés semblent entrainer le reste du groupe dans un mouvement grégaire naturel.

Sans se départir de son calme, Davis va dans une atmosphère estivale étouffante défendre son point de vue, décortiquant méticuleusement les charges pesant sur l’accusé.

Il va tout d’abord s’attaquer au témoignage du vieil homme, relever les incohérences de son témoignage notamment pour entendre une discussion au milieu du fracas métallique du passage d’un train et quand à l’impossibilité compte tenu de son âge de se lever rapidement pour voir passer un jeune homme dévalant à toute vitesse un escalier en pleine nuit.

Le témoignage de la voisine est également écorné lorsqu’il montre l’impossibilité temporelle de suivre un meurtre à travers les vitres d’un train de nuit mais c’est surtout l’exhibition d’un couteau identique à celui du meurtrier acheté dans le même quartier qui vient faire forte impression sur les jurés.

Même si ce brillant argumentaire irrite plutôt qu’il ne convainc la majorité, Davis parvient toutefois à retourner deux jurés, notamment l’un d’eux (Jack Klugman) issu du même type quartier déshérité que l’accusé et ne pouvant supporter les terribles préjugés sociaux des autres jurés contre les couches basses de la population.

Malgré les protestations du juré meneur qui du fait de ses propres problèmes avec son fils, fait de ce procès une affaire personnelle ou celle de plus bas niveau d’un juré (Jack Warden) furieux de rater son match de base ball, Davis tient bon et continue de livrer la bataille des arguments, continuant pas à pas son travail de conversion.

Un juré costaud doté d’une bonne âme (joué par le sympathique Ed Binns), se rallie à Davis et intime au juré meneur plus de correction à l’égard d’un vieil homme (Joseph Sweeney) redoutable auxiliaire du discours de Davis.

Même les déclarations embrouillées de l’accusé concernant sa présence invérifiable au cinéma sont relativisées au motif d’une forte émotion due à la dispute père-fils.

L’aide du juré issu des quartiers chauds parvient à montrer que la technique utilisée pour poignarder le père n’est pas conforme à un habitué du maniement des couteaux à crans d’arrêt.

Ceci parvient à renverser des jurés supplémentaires notamment le fan de base ball incapable d’argumenter ses choix et il reste au final un noyau dur composé d’un vieil homme engoncé dans ses préjugés sociaux (Ed Begley), un banquier (Ed Marshall) froid et déterminé et le meneur passionné.

Le point de basculement final s’effectue lorsque le vieil homme parvient à prouver au banquier que la femme témoin était myope et ne portait probablement pas ses lunettes en se levant en pleine nuit.

Cet argument jette suffisamment le trouble pour que le banquier capitule, que le vieil obstiné reconnaisse de lui-même la vacuité de ses préjugés …

Au final, le meneur doit avaler sa rancœur personnelle et finir par reconnaitre lui aussi que le gamin n’est sans doute pas coupable.

Dans la dernière scène, Davis et le vieil homme se quittent dans la rue en se serrant la main.

En conclusion, « Douze hommes en colère » est un bijou d’adresse psychologique, déroulant toutes les subtilités de l’argumentation.

En réalité, aucun des arguments développés n’est à lui seul décisif mais leur accumulation permet juste de jeter le trouble sur des accusations trop évidentes et à faire jouer le principe inaliénable de la présomptions d’innocence.

L’exercice est donc à la fois brillant sur le fond (rendre une justice basée sur l’analyse des faits et non des préjugés) et la forme avec toute une galerie d’acteurs fantastiques dans leur rôle derrière Henry Fonda, incarnant ici l’un de ses plus beaux personnages (car humaniste) au cinéma face à une meute d’accusateurs composée de meneurs et de suiveurs, tous finissant par développer une plus ou moins grande capacité d’autonomie de jugement.

Egalement idéal pour une adaptation au théâtre, « Douze hommes en colère » est un film formidable, à voir et revoir tout au long de sa vie sans réellement se lasser …

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