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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 18:32


« Bonjour tristesse » est sans doute l’un des romans les plus connus de la littérature française mais je n’avais jamais rien lu de Françoise Sagan, peut être un peu rebuté par l’image que je voyais d’elle à la télévision, c’est à dire celle d’une femme sans doute toxicomane parlant à toute vitesse en avalant la moitié des mots.

« Bonjour tristesse » raconte l’été de Cécile, jeune fille de 17 ans en vacance avec son père Raymond, sa maîtresse Elsa et Anne une amie de sa mère décédée.

L’action se passe dans une villa du Sud de la France, prêt de Cannes.

Cécile qui a raté son bac, et qui doit réviser pour l’obtenir en Septembre n’a pas le cœur aux études, elles préfère vivre ses premiers émois amoureux avec Cyril, un beau jeune homme pratiquant la voile.

Cécile ayant été placé 10 ans en pensionnat à la mort de sa mère, a développé une relation fusionnelle aussi intense que trouble avec son père.

Celui ci est un homme léger, jouisseur, volage, courant de conquête féminine en conquête féminine.

Il s’entoure souvent de femmes belles mais frivoles et fait souvent partager à Cécile ses éphémères relations.

Elsa appartient à ce type de conquête temporaire, très belle et plus jeune que Raymond, elle fait quelque peu office de pion dans le roman.

L’arrivée d’Anne vient pourtant bouleverser l’équilibre dans la villa.

Anne sort du lot de leurs fréquentations habituelles, elle a le même age que Raymond, elle est intelligente, sensible, cultivée.

Rapidement elle s’impose dans le petit ménage a trois, sépare Raymond d’Elsa et annonce un beau jour à Cécile qu’elle et son père vont se marier.

Pour l’adolescente, cette nouvelle est un vrai traumatisme.

Elle perçoit Anne comme une menace qui va les changer, elle et son père.

Cécile ne veut pas d’une vie sage, intelligente à l’image d’Anne.

Elle va donc instaurer un jeu de manipulation diabolique pour se débarrasser de cette menace.

Cécile va manipuler Cyril et Elsa pour arriver à ses fins, jouant sur l’amour du premier pour elle et sur la vanité blessée de la seconde de l’autre.

Le remord la travaille parfois car en réalité Anne la fascine .. elle ne la hait pas personnellement mais ne supporte pas ce qu’elle représente et qu’elle interfère entre elle et son père.

Au fur et à mesure qu’Anne prend le pouvoir dans la villa, s’imposant à son père et à elle comme une future mère lui dictant quoi faire, la détermination de Cécile croit.

Finalement Cécile arrive à ses fins et le roman se termine par un drame qu’elle n’avait même pas envisagé.

La vie reprend son cours, le souvenir d’Anne s’estompe lentement, l’appétit naturel de vie de Raymond reprend le dessus, Cécile construit une vie de jeune femme à Paris.

L’année suivante, le couple pére-fille retourneront en toute insouciance sur la Cote d’Azur mais en louant une autre villa.

« Bonjour tristesse » fit en son temps (1954 !) scandale.

Les sentiments en effet de cette jeune adolescente ne sont pas nobles et l’absence de morale a pu choquer mais cela serait nier la puissance, le caractère exclusif d’une relation que peut développer une jeune fille privée de mère avec son propre père mais aussi les quelques tourments intérieurs vécus par Cécile à l'origine d'ailleurs du titre.

De plus en réalité ces comportements de manipulations sont relativement courants chez les êtres humains même si ils ne sont pas souvent mis en lumière car jugés comme condamnables au sens moral du terme.

Je crois aussi que ce qui a pu choquer est qu’une adolescente certes supérieurement intelligente parvienne à manipuler quatre adultes ce qui est il faut le noter assez exceptionnel.

Ce livre m’a aussi fait penser par son climat au film « L’année des méduses », même climat estival, même oisiveté et superficialité ensoleillées, même jeu infernal autour d’une adolescente tirant les ficelles d’adultes manipulés comme des marionnettes.

« Bonjour tristesse » est donc pour moi surtout un excellent roman  doté d’une incroyable finesse psychologique et d’une remarquable analyse des comportements humains dans ce qu’ils peuvent avoir de plus troubles.

Chapeau bas, Madame Sagan.

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 21:52


Retour à une littérature plus sombre avec « Lacrimosa » de Régis Jauffret.

Roman douloureux, « Lacrimosa » est le témoignage d’un écrivain de cinquante ans à une ancienne maîtresse Charlotte, suicidée par pendaison à l’age de 34 ans.

J’ai trouvé le style narratif de ce livre très original, Jauffret racontant à rebours toute la vie de Charlotte sous la forme d’un dialogue avec la morte à travers l’au delà.

L’exercice de faire revivre une personne disparue par les mots peut sembler vain, pour ma part je l’ai trouvé poignant et de toute manière nos existences humaines sont globalement de toute façon assez vaines.

Dans « Lacrimosa » c’est Jauffret qui raconte la vie de Charlotte, avec son talent d’écrivain il enjolive, affabule, brouille les pistes à loisir ce qui provoque de très vives réactions de la morte qui dans son au delà tempête, s’emporte et met cruellement en lumière les défauts de son ancien amant notamment un égoïsme immense.

Le lecteur remonte amusé ce fil d’Ariane au fur et à mesure que les anecdotes de la vie du couple se voient dévoilées.

Le séjour à Djerba au Club Méditerranée, qui semble à la base assez médiocre avec ce bonheur artificiel pré mâché des clubs de vacances, fourmille en réalité d’anecdotes intimes très touchantes sur deux êtres liés par le lien mystique de l’amour et qui peuvent donc s’aimer dans à peu prêt dans n’importe quel endroit du globe.

On ressent également par la présence semi imaginaire d’un skipper  de 26 ans, amant « régulier » de Charlotte  toute la lâcheté de Jauffret de ne pas vivre à fond cet amour, de ne pas s’engager, mais on ressent aussi o combien il le regrette après coup.

La dernière partie du livre est la plus morbide, la plus difficile à digérer.

Jauffret déroule dans la douleur les derniers mois de la vie de Charlotte.

L’angoisse lié à son prochain licenciement de son poste de journaliste radio apparaît au final bien mince comparé au mal bien plus enfoui et puissant de la dépression qui peu à peu gagne sur elle.

Les dernières semaines ne traduisent que le chaos d’un être qui perd pied avec le monde et qui se débat désespérément pour ne pas sombrer trop vite.

L’errance de Charlotte, sa déchéance et sa souffrance m’ont bouleversées.

J’ai aussi été touché par l’après suicide, le choc effroyable ressenti par un homme qui a perdu une femme dont il était intime et dont les souvenirs le hantent à jamais.

L’écrivain se reproche sans doute son egoisme, sa suffisance, le fait de ne pas avoir compris que Charlotte l’aimait lui et de ne pas lui avoir rendu assez cet amour.

Cette erreur est somme toute classique, l’être humain souvent aveuglé par son propre ego ne prend pas conscience de la fragilité et de la richesse des autres êtres qui l’entourent

Il passe donc régulièrement à coté de la quintessence de l’existence et n’a ensuite que ses regrets à ressasser en attendant que son tour de disparaître ne vienne.

« Lacrimosa » est un livre très fort, mêlant amour, mort et psychologie.

J’ai été très touché par cet hommage, cette forme d’élégie moderne.

J’ai aimé le questionnement  permanent de l’écrivain autour de sa légitimité à raconter cette histoire.

Aussi partage je la conclusion positive du livre car oui ce livre a un sens, celui de faire renaître même partiellement Charlotte dans l’imaginaire de millions de gens à la fois inconnus et intimes.

Au final me reconnais je assez dans cette citation :

« J’étais ce qu’on appelle une jeune femme pleine de vie, et ces overdoses de désespoir servaient de produits de contraste pour qu’on puisse mieux voir scintiller ma joie.

J’ai connu le bonheur invraisemblable des grands tristes, ceux pour qui la lumière est rare. Quand la lumière n’est pas un du elle devient un cadeau féerique. Tu n’a jamais vu un rayon de soleil d’hiver quand il a eu la générosité de se battre depuis le petit matin pour percer les nuages en rangs serrés gris et durs comme des ardoises ? »

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 18:19

In_memoriam.jpg
Envie d’une littérature plus sombre avec « In memoriam » est de Linda Lê.

« In memoriam » est l’histoire d’une terrible souffrance suite à un deuil.

Le narrateur est un homme, critique littéraire dans une maison d’édition le jour, écrivain passionné au succès modeste pendant ses nuits.

Cet homme vient d’apprendre le suicide mystérieux de son amie, Sola, écrivain elle aussi, dont il admirait le talent fulgurant et avec laquelle il entretenait une relation amoureuse passionnelle.

Alors cet homme dévoré par la douleur et le choc, décide de tout raconter dans un livre pour rendre hommage à cette femme qui a marqué sa vie, pour en quelque sorte se soulager et lui ériger un temple mortuaire digne de à sa mémoire.

On apprend relativement peu de chose sur Sola, si ce n’est qu’elle était la fille d’un immigré iranien, qui se considérait comme un raté et qui un soir est mort, sans doute par suicide.

La découverte puis la lecture du journal intime de cet homme est un poignant moment de dérive humaine.

Sola, brillante écrivain, était également sujette à de violentes crises de dépression.

Etrangement alors qu’on pourrait penser que Linda Lê se raconterait à travers le portrait de cette femme présentant de nombreuses similitudes avec sa propre histoire, c’est surtout le personnage du narrateur qui sera le plus étoffé.

On découvre en effet tous les recoins les plus intimes de cet homme dont le plus grand problème est d’avoir souffert dés son plus jeune age d’un complexe d’infériorité par rapport à son frère aîné Thomas, plus beau , plus intelligent, plus charismatique qui a réussi une brillante carrière d’avocat tout en dénigrant son frère désigné comme le  « raté de la famille ».

Se réfugiant dans les livres auxquels il voue sa vie, le narrateur rencontre par hasard Sola et cette rencontre change sa vie.

Leur relation est rapidement passionnelle, destructrice.

Le narrateur très possessif paraît rapidement souffrir et se torturer.

Logiquement plus il essaie de posséder Sola plus celle ci prend ses distances.

Puis vient la première crise de Sola et la prise de conscience d’une terrible maladie souterraine rampante et annihilatrice contre laquelle le  monde extérieur paraît bien impuissant.

Le narrateur commet ensuite la plus grave erreur de sa vie en présentant Sola à son frère Thomas.

Celui ci bien que marié tombe sous le charme et décide de la ravir à son frère.

Sola est elle aussi séduite par Thomas ….le narrateur revoit brutalement ressurgir ses vieux complexes et tente de manière un peu désespérée de conserver cette femme.

S’ensuit une sorte d’horrible et cruel triangle amoureux … aboutissant à un enfoncement de Sola dans la maladie et à son suicide sans explication.

« In memoriam » est un roman douloureux et cathartique dont chaque page vous écorche le cœur.

Les personnages, très torturés, naturellement plus enclin à la souffrance qu’au bonheur se débattent dans des sables mouvants mentaux qui les engloutissent peu à peu.

Le personnage de Sola m’est apparu comme celui d’une jeune femme atteinte d’une forme chronique et grave de dépression, sans doute d’origine génétique et héréditaire ;  celui du narrateur comme faible et rempli de souffrances indélébiles.

On peut trouver le sujet trop lourd, se sentir mal à l’aise devant des êtres humains se mettant si profondément à nu et également se demander si au final l’hommage n’est pas adressé à ce narrateur pleurant une romancière morte par un habile processus d’inversion.

J’ai été impressionné par la qualité littéraire de la langue employée, notamment la recherche de mots savants et peu usités, même si la recherche récurrente  de métaphores m’a quelques fois aussi agacée.

Ce livre défrichant néanmoins de sombres contrées mérite d’être salué pour sa profondeur et son courage.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:54

joueur_echec.jpg

Stephan Zweig m’avait été recommandé de longue date par des sources différentes dignes de foi.

J’ai donc lu « Le joueur d’échecs » courte nouvelle extrêmement connue.

L’histoire se passe pendant la seconde guerre mondiale sur un paquebot faisant route vers l’Argentine.

Le narrateur, un Autrichien embarqué sur le bateau apprend que le champion de monde d’échecs du nom de Czentovic est à bord et intrigué par ce jeu qu’il tient en haute estime, il décide de provoquer une partie contre lui.

Pour se faire, il utilise la stupide vanité d’un riche ingénieur écossais pour arriver à ses fins en lui faisant payer 250 dollars afin de pouvoir affronter tous les deux le champion.

Czentovic est décrit comme un prodige des échecs, mais aussi come un homme rustre confinant à l’autisme, terriblement orgueilleux et âpre au gain.

Au cours de cette partie, alors que les deux amateurs se retrouvent rapidement surclassés, un mystérieux inconnu intervient et grâce à ses précieux conseils, le tandem parvient à arracher un match nul face au champion qui en raison de l’offense subie réclame une revanche le lendemain.

Entre temps, le narrateur fait la connaissance de cet inconnu du nom de M. B.

L’homme lui raconte son histoire surprenante : proche du régime monarchique autrichien il a été détenu pendant des mois par les Nazi dans un hôtel deVienne afin de lui extorquer des informations sur ses comptes en banque ou sur  la famille royale.

En captivité, l’homme dérobe un livre d’échecs retraçant 150 parties jouées par des Maîtres et pour ne pas devenir fou commence à se passionner pour ce jeu.

Il apprend tout par cœur, devient obsédé par les échecs.

Pire, une fois les parties mémorisées, il se met à inventer ses propres parties, jouant contre lui-meme dans une sorte de délire frénétique schizophrénique.

Une fois relâché pour raisons de santé ou politiques l’homme est contraint de fuir vers l’Amérique du Sud.

Mais sur le paquebot, ses vieux démons le reprennent.

Alors même si il sait que le jeu d’échec l’a rendu fou, il tient à affronter pour la seule et unique fois un véritable adversaire sur un vrai échiquier

L’affrontement entre l’impassible Czentovic et le très agité et fiévreux M.B est passionnant.

Le dénouement du livre bien que logique est très adroit.

« Le joueur d’échecs » est un livre très vivant, formidablement bien écrit.

Le style limpide de Zweig est un pur régal.

Bien entendu l’intérêt principal de ce livre est d’ordre psychologique.

Le jeu d’échec, sorte de combat entre deux intelligences, art aux multiples combinaisons d’une richesse infinie, rempli de stratégie ou d’instinct est il est vrai un formidable terrain d’expérience pour les jeux de l’esprit.

Mais la passion obsessionnelle et pathologique développée par M.B en prison est elle même un combat mental intérieur encore plus passionnant.

L’homme face au néant, à la solitude, à l’ennui, à cette  gigantesque machine à briser les individus qu’était le Nazisme … qui réussit à trouver une échappatoire par la puissance son esprit.

Je recommande donc cette courte et excellente nouvelle à tout amateur de romans cérébraux

Séduit, je pense lire d’autres livres de Zweig.

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 21:48

tomber_sept_fois.jpg
Philippe Labro, je ne sais pas ce qu’évoque ce nom pour vous mais pour moi il n’évoquait que de vagues souvenirs de troisième avec un livre « L‘étudiant étranger » qu’on m’avait forcé à lire sans que cela ne me passionne une seule seconde, mais il faut dire pour être tout à fait honnête qu’à l’époque peu de choses relatives à l’école me passionnaient.

Pourtant le sujet de son dernier livre « Tomber sept fois, se relever huit »  m’a intéressé.

Labro y raconte la terrible dépression à laquelle il a du faire face pendant un an entre 2000 et 2001.

Ayant été touché par cette maladie par l’intermédiaire de proches je me suis dit que lire ce livre allait sans doute être pour moi une expérience douloureuse mais enrichissante.

En 2000, Labro est au sommet de sa carrière professionnelle.

Journaliste et écrivain reconnu, metteur en scène et parolier à succès, il occupe une place de choix au sein de la radio RTL et s’apprête à accéder à la plus haute marche : celle de président directeur général.

Pourtant un jour subrepticement ce mal sournois et puissant se glisse en lui comme une bête rampante.

Labro décrit bien les premiers symptômes physiques, perte du sommeil et de l’appétit, essoufflements, transpiration abondante, tremblements incontrôlables, sentiment d’épuisement, d’anéantissement, de vide absolu, perte du désir de toute chose.

Il compare cela à un rat lui rongeant les entrailles ou à une broyeuse lui retournant le ventre de l’intérieur.

Dés lors il va avoir de plus en plus de difficultés à assurer ses fonctions de patron.

Cherchant dans un premier temps à nier sa maladie et à donner le change, il ne va pas tromper son monde longtemps et dans le milieu médiatico-politique qu’il fréquente, certains de ses « amis » vont vite se transformer en oiseaux de proies guettant sa chute pour prendre sa place.

Heureusement Labro bénéficie d’un soutien de taille : l’amour des siens et tout particulièrement de son épouse Françoise.

Celle ci lui fait prendre conscience de sa maladie et du fait qu’il lui faut consulter un médecin.

L’aspect traitement médical est le plus terrifiant du livre.

Labro décrit l’effet des antidépresseurs sur son corps.

Ceux ci le « tassent », l’abrutissent et n’arrangent pas son état , bien au contraire.

Le Prozac notamment à un effet désastreux sur lui.

  Assèchement permanent, difficultés à parler, troubles de la vision, constipation colossales en sont les symptômes principaux.

Désespéré Labro pense au suicide, conclusion logique d’un grand nombre de dépressions.

Il y renonce finalement mais sa déchéance est terrible.

Les fêtes de Noël ou une croisière au Bahamas pour lui redonner goûts à la vie tournent au drame tant sa maladie le rend incompatible avec les aspirations des gens normaux.

Finalement après consultation d’un autre médecin son traitement est changé et ce nouveau médicament (l’Anafranvil ) le remet en selle.

La dernière partie du livre est la plus intéressante, Labro y décrivant sa lente remontée à la lumière mais tentant également d’analyser les causes de sa dépression.

Il regroupe plusieurs facteurs, ceux du patrimoine génétique par exemple (un père probablement atteint du même mal ), puis les accidents de la vie c’est à dire les traumatismes psychologiques, enfin sa récente promotion professionnelle qui a généré en lui un conflit intérieur insupportable le dévorant de l’intérieur.

Un dernier facteur que je trouve le plus intéressant de tous est pour moi l’éventualité d’un choc post traumatique suite à une opération.

Quelques années plutôt Labro a en effet failli mourir d’une infection aux poumons, flirtant avec les limites du royaume de la mort.

Il évoque une statistique que j’ignorais : les gens ayant subi des hospitalisations prolongées ou des opérations sérieuses peuvent être sujet à des dépressions plusieurs années après comme si le corps gardait en mémoire le choc éprouvé.

Enfin Labro dans un excès de positivisme lance un message d’espoir pour dire aux malades qu’ils peuvent s'en sortir comme lui a pu le faire.

« Tomber sept fois, se relever huit » est un livre courageux et intime sur une maladie terrible, mystérieuse même si connue depuis l’Antiquité sous le terme « Mélancholia ».

Pour autant Philippe Labro me paraît etre un privilégié.

En effet, c’est un homme entreprenant, créatif, combatif , n’ayant pas de problème financiers, évoluant dans un milieu ou il a l’habitude de côtoyer des hommes puissants et riches, soutenu enfin par une famille dévouée.

Il possédait donc à mes yeux beaucoup d’atouts pour stimuler les ultimes mécanismes de défense de son organisme auxquels il fait allusion.

Malheureusement tout le monde ne possède pas ces chances.

Dans les cas qui me sont  proches l’aspect génétique était je pense prédominant, entraînant un mécanisme irrésistible que rien ne pouvait enrayer.

Les choses ne sont donc pas aussi simples, il n’y a pas que la dépression de Philippe Labro mais une multitudes d’autres un peu à la manière de cancers psychiques.

Je ne regrette néanmoins pas l’expérience et salue le courage de cet auteur.

Dernière remarque plus légère, comment un homme aussi amoureux de Chopin et  de Schubert a t il pu écrire autant de chansons pour Johnny Hallyday ?

Cette pensée suffirait à elle seule à me plonger dans une dizaine d’années de dépression intense !

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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 10:07

Profondeurs.jpg


Je n'avais jamais lu de roman d'Henning Mankell.

Je savais juste qu'il écrivait des romans policiers qui trustaient les sommets de ventes ,ce qui ne m'interessait à priori pas nécessairement.

La couverture de "Profondeurs" m'a pourtant attirée ,belle page de papier glacé avec une barque échouée sur un fond de mer nuageux vert pale.

Une impression de solitude et de calme nordique intrigante.

Le résumé au dos du livre m'a finalement décidé à tenter l'expérience.

"Profondeurs" n'est pas un roman policier , c'est un livre difficilement classable qu'on pourrait qualifier de roman-fiction introspectif et psychologique.

L'histoire se déroule  aux prémices de la guerre de 14-18.

Tobiasson-Svartman est un capitaine de la marine suédoise qui reçoit l'ordre de cartographier les fonds marins de la mer Baltique en vue de trouver de nouvelles routes secrètes pour les navires suédois.

Hydrographe de formation, Tobiasson est un homme d'apparence sérieuse, froide et méthodique.

Son obsession est de tout mesurer et de tout contrôler dans sa vie.

Pourtant ceci n'est qu'un masque, au fond de lui il est très torturé ,mal à l'aise dans sa vie de couple et hanté par la recherche de son moi profond ,de l'atteinte de ses profondeurs intérieures.

Au cours d'une expédition Tobiasson découvre une île abandonnée ou vit une femme seule Sara.

Il va tomber amoureux de cette femme et mener une double vie entre son épouse légitime à Stockholm  Kristina et ses visites secrètes sur l'île déserte.

S'enfermant dans un réseau inextricable de mensonges ,négligeant ses activités militaires au profit de son obsession, Tobiasson va peu à peu s'enfoncer dans les abimes de la folie menant aux actes les plus dramatiques.

"Profondeurs" est un livre relatant donc la quete auto destructrice d'un homme hanté.

Le parallèle entre l'étude des profondeurs abyssales des fonds marins et les propres profondeurs intérieures du personnage principal est constant ,pesant ,appuyant sur la poitrine du lecteur comme si il se trouvait soumis aux pressions des grands fonds.

Tout autour du récit sobre ,glacé et douloureux plane égalemment le spectre de la mort.

La guerre toute proche ne joue finalement qu'un rôle secondaire et on se retrouve fasciné ,entraîné à son corps défendant par une lourde pierre dans cette descente sans retour.

J'ai beaucoup aimé l'idée d'un homme à multiples facettes ,cachant ses troubles intérieurs et sa folie par une apparence sécurisante de contrôle et de normalité.

Peut être parce que je me reconnais un peu par certains endroits de part du role dans la comédie sociale que nous devons chaque jour jouer.

La notion de
contrôle est égalemment importante dans mon travail.

Un roman intéressant ,introspectif et sombre qui  emmènera le lecteur au bout de lui même
et au bord de ses propres frontiéres personnelles si bien entendu il prêt accepter ce voyage dérangeant ...


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