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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 20:23

Herodote_1.jpg

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Gigantesque pan d’histoire avec « L’enquête, livres I à IV » d’Hérodote.

Rédigés au Viéme siècle avant Jésus Christ, ces ouvrages dégroupés en deux tomes de quatre livres chacun, constituent les premiers témoignages écrits d’histoire et de journalisme connus sur le monde Antique.

Infatigable voyageur à la curiosité insatiable, Hérodote parcourut le monde connu des Grecs de l’Europe à au Moyen Orient, en passant par l’Afrique qu’il réduit à l’Egypte, la Libye et à l’Ethiopie.

Hérodote coucha ensuite par écrit les informations collectées soit par le biais de  témoignages, soit par celui de légendes ou soit par sa propre expérience.

« L’enquête, livres I à IV » décrit principalement la montée en puissance de l’Empire Perse qui sous l’impulsion des grand rois comme Cyrus, Cambyse ou Darius se fit de plus en plus menaçant pour les cités grecques.

Le livre premier s’intéresse aux premiers accrochages entre Grecs et Perses avec en cause cette région d’Asie Mineure appelée Ionie peuplée de colonies hellènes directement convoitées par Cyrus.

Il est surtout question de la prise de pouvoir de toute l’Ionie par Crésus le Lydien roi à la richesse proverbiale, qui par la suite d’un oracle mal interprété se sentit en mesure de défier Cyrus, avec une audace qu’il paya par la chute de son empire et sa capture par le roi des Perses qui l’épargna à la suite d’un épisode quasi légendaire.

Mais l’intérêt principal de ce livre est surtout de narrer l’histoire de Cyrus le Grand qui échappant de peu à une condamnation à mort étant enfant, fut élevé en secret par un bouvier.

Parvenu à l’age adulte il se révolta contre son grand père Astyage, le vainquit et mit les Mèdes jusqu’alors dominants sous l’autorité des Perses.

Sur son élan, le jeune roi vainquit donc Crésus, conquit toute la Ionie et poursuivit par une victoire sur le Assyriens après la prise de Babylone en détournant le cours de l’Euphrate pour pénétrer dans la ville remarquablement fortifiée.

Cette conquête est pour Hérodote l’occasion de décrire la somptueuse et quasi légendaire Babylone ainsi que les mœurs de ses habitants.

Mais Cyrus commit sans doute sa plus lourde erreur en s’attaquant aux Massagètes, redoutable peuple nomade et guerrier, possesseur d’un immense royaume allant des confins de l’Europe de l'Est à l’Asie.

Après avoir commis l’erreur tactique de les affronter sur un terrain défavorable il perdit la vie au cours de cette expédition laissant malgré tout une trace exceptionnelle dans l’histoire.

Le livre second est largement consacré à une description de l’Afrique, et surtout de l’Egypte, de sa géographie particulière, de l’agriculture, de la faune, de la religion, du système administratif, social et des principaux souverains dont le redoutable pharaon conquérant Sésostris qui alla selon Hérodote jusqu’en Europe.

Puis vint le tour des pharaons bâtisseurs comme Chéops, Chéphren et Mycerinos, auteurs de somptueux ouvrages qui provoquèrent l’admiration sincère d’Hérodote.

Ainsi le labyrinthe de Crocodilopolis est jugé insurpassable par l’historien.

Hérodote insiste aussi sur les échanges entre Egyptiens et Grecs qui conduisirent ces derniers à copier le panthéon des dieux égyptiens pour les helléniser.

Le livre troisième est consacré au règne agité de Cambyse qui succéda à Cyrus.

Très cruel, paranoïaque et instable psychiquement, Cambyse conquit l’Egypte, échoua devant l’Ethiopie en raison de son caractère impulsif et négligent et se distingua par un règne sanglant fait de nombreux injustices et meurtres dont celui de son propre frère Smerdis.

Cambyse mourut accidentellement et la Perse fut alors gouvernée par une coalition de mages qui trouvèrent un sosie de Smerdis afin de duper le peuple.

Mais un complot de sept aristocrates perses les démit de leur pouvoir et provoqua l’émergence du nouveau grand roi Darius.

Darius se distingua par une politique de conquête qui le fit régner sur un immense empire divisé en vingt satrapies comportant l’Asie Mineure, l’Egypte, la Libye, la Bactriane, l’Inde et le Moyen Orient composé des Parthes, Cissiens, Assyriens et des Mèdes.

Darius commença ensuite à vouloir intimider les peuples de Grèce en envoyant des émissaires demander leur soumission, prit l’île de Samos, puis mata difficilement une révolte babylonienne par l’emploi d’une ruse et du sacrifice de son ami Zopyre.

Mais une grande partie du livre quatre est consacré à la tentative de prise de la Scythie, dont les peuples de redoutables et féroces guerriers nomades furent les seuls à faire reculer les armées de Darius.

Fidèle à ses bonnes habitudes, Hérodote décrit de manière très détaillée la géographie, les mœurs barbares et les croyances des Scythes ainsi que des (légendaires) femmes Amazones.

Après cet échec, la fin du livre relate la conquête de la Libye par Darius et de manière similaire décrit les us et coutume de Libyens.

En conclusion, « L’enquête, livres I à IV » est à lui seule une véritable bibliothèque ambulante véhiculant une gigantesque masse de données sur les peuples de l’Antiquité.

Les récits d’Hérodote sont la plupart du temps aussi remarquables que passionnants, car précis, minutieux, et objectifs sur les peuples dits comme « Barbares » par les Grecs de l’époque à savoir les Perses, les Scythes, les Egyptiens, les Ethiopiens et les Lybiens.

Bien sur des erreurs et exagérations existent, l’auteur a également recours au merveilleux pour expliquer certains faits complètement irrationnels mais ceci ne fait que rajouter au charme de ce récit hors du commun.

La fin de « L’enquête, livres I à IV » nous laisse donc avec l’impression de l’émergence d’une gigantesque et quasi invincible machine à conquérir le monde, la Perse de Darius qui se fait de plus en plus menaçante face à la petite et fragile Grèce composée de ses cité-micro états en permanence en conflit.


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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 21:49

Guerre_gaules.jpg4

 

On connaît Jules César comme l’incarnation du chef de guerre suprême, comme homme politique habile, moins comme écrivain.

Oeuvre majeure, la  « Guerre des Gaules »  regroupe en septs livres les notes de campagne du général César lors de la conquête de la Gaule qui s’étala de –58 av JC à –51 av JC.

Dans un style clair, précis et pragmatique, César raconte année après année les différentes étapes de son entreprise d’annexion des territoires gaulois échappant encore à l'époque à l’Empire romain.

Ce qui frappe d’emblée c’est la multitude des peuples qui composaient la Gaule au VI iéme siècle avant Jésus Christ.

Pour simplifier, César divise la Gaule en trois partie, l’Aquitaine, celle occupée par les Belges et celle occupée par les Celtes.

Certains peuples de ses territoires étaient sous la protection des Romains et leur agression par d’autres clans Gaulois ou étrangers (Germains, Helvètes ) a souvent été à l’origine des conflits qui ont amené César à intervenir militairement puis à dominer ses peuples.

Si on ajoute à cela que certains peuples « amis » des Romains jouaient double jeu et se soulevaient parfois on aura aisément compris la complexité de la situation politique de la Gaule à cette époque.

Le livre premier traite de la répression de l’invasion Helvète d’Orgétorix qui menace les Séquanes et les Héduens, protégés de Rome.

César défait les Helvètes en –58 non sans reconnaître leur grande valeur guerrière.

Dans la foulée il doit défaire le terrible chef germain Arioviste chef des Suèves qui avait la mainmise sur des territoires Séquane et Héduens et menaçait d’attirer dans ses régions d’autres peuples germaniques.

A cette occasion on peut tout à fait déceler la terreur qu’imposaient les peuples germaniques aux Gaulois et le terrible adversaire qu’ils représentaient même pour la puissante armée romaine.

Dans le livre deuxième, César s’attaque au problème des Belges qu’il accuse de conspirer contre Rome.

Les Belges sont décrits par César comme les plus braves des Gaulois et il les soumets peuple après peuple (Suessions, Bellovaques, Nerviens) tout en les épargnant après les avoir vaincus.

Le livre trois consacré à l’année –56, décrit la conquête des peuples Vénètes redoutable marins bordant l’océan atlantique.

Pour arriver à ses fins César doit changer ses stratégies de combat basées sur l’infanterie et l’emporter sur le terrain maritime.

Dans le livre quatre, César retrouve ses ennemis quasi héréditaires les Suèves dont il décrit le physique imposant, les mœurs rudes, guerrière et le système économique basé sur la non possession des terres pour ne pas amollir et corrompre l’ame.

Il traverse le Rhin à l’aide de la fabrication d’un pont montrant tout le génie civil des Romains punit les Sugambres, délivre les alliées Ubiens puis rebrousse assez mystérieusement chemin sans aller jusqu’au bout de l’affrontement avec les Suèves.

César a en effet d’autres plans et se lance dans la difficile conquête de la Bretagne, île difficile d’accès et défendus par des barbares encore inconnus pour lui, les Bretons.

Malgré une victoire obtenue difficilement, César à cours de vivre et dont la flotte est menacée par une tempête est contraint de rebrousser chemin sans pouvoir s’implanter.

Cette première tentative de conquête bretonne s’achève donc sur un semi échec.

César retente sa chance l’année suivante (livre cinq) et va jusqu’à la Tamise pour soumettre le chef Cassivelaunos mais doit revenir en urgence en Gaule pour réprimer la révolte gauloise menée par le charismatique Ambiorix, chef des Eburons.

Encore une fois la conquête de la Bretagne ne peut être menée totalement à  terme.

Le livre six voit la description plus détaillée des mœurs Gauloises, de leur système de castes dominés par les chevaliers et les druides savants garant de la religion.

Ce livre relate un nouvel accrochage outre Rhin avec les Suèves et le règlement définitif du cas Ambiorix

Le livre sept, le plus connu est la longue description du combat acharné qui oppose César à Vercingétorix qui parvint à lever une coalition gauloise pour combattre la domination romaine.

César surprend son ennemi en passant les Cévennes en hiver prend Avaricum après un long et difficile siége puis finit par le coincer à Alésia.

La bataille (ou tout du moins son issue en –52 av JC !)  connue de tous les petits écoliers français voit la défaite de Vercingétorix malgré l’obtention de renforts venus de toute la Gaule.

Dans cette lutte épique, la victoire romaine semble avoir été obtenue par la qualité de leurs travaux de fortifications qui les rendaient quasi inexpugnables et par l’emploi à bon escient d’une redoutable cavalerie germaine qui mis en déroute les cavaliers gaulois sur lesquels Vercingétorix mettait tous ses espoirs.

Vercingétorix vaincu, c’est toute la Gaule qui capitule et se soumet à son nouveau maître.

Le livre huit écrit postérieurement par Aulus Hirtius raconte les derniers soubresauts des révoltes gauloises notamment celles de Bellovaques jusqu’en –50 avant JC et leur écrasement par César qui voulait par une attitude de dévastation et dure répression ôter durablement tout espoir aux peuples vaincus.

En conclusion, bien que souvent remise en cause par les historiens, la « Guerre des Gaules » est un formidable témoignage historique sur une époque qui en comporte du reste peu.

Soupçonné d’exagération (sur le nombre de ses adversaires) , d’imprécisions sur les lieux des batailles et de libres interprétations destinée à le mettre en valeur, Jules César n’a pourtant pas foncièrement dénaturé la réalité.

La description des peuples qu’il a pu rencontrer ou observer est une véritable mine d’or surtout pour l’étude des populations Gauloises dont il respecte l’inventivité, l’intelligence et les capacités de mimétisme dans l’art de la guerre mais dont il déplore l’impulsivité.

Lors des conflits, mis à part lors d’attaque surprises ou d’embuscades traitresses, la supériorité romaine paraît évidente.

Elle se fonde bien entendu sur la discipline de fer imposée aux légions par les immenses capacités techniques des romains que ce soit dans la mise en oeuvre de fortifications, de machines de guerres (mantelets, scorpions, béliers, tours d’assauts) , de ponts incroyables comme pour franchir le Rhin, mais également par les grandes qualités de meneur d’hommes et de clairvoyance de Jules César qui savait reporter une bataille pour avoir le terrain le plus favorable ou galvaniser ses troupes par des discours enflammés ou en se portant lui même aux avants postes.

Mis à part cet immense et précieux matériau historique narrant comment notre pays de clans barbares a été civilisé et assimilé par la force par une nation plus puissante et plus brillante,  le style de Jules César ne m’a pas spécialement charmé ou bouleversé.

Au final, les deux civilisations ont fini par se mêler à tel point qu’on pare aujourd’hui de culture gallo-romaine ce qui prouve qu’avec les siècles une colonisation menée par la force a toutes les chances d’aboutir à une fusion lorsque les cultures en  présence présentent suffisamment de points d’achoppement.

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 17:19

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Sujet très fort avec « Hiroshima, fleurs d’été » de Tamiki Hara.

Ce recueil quasi autobiographique se compose de trois courtes nouvelles traitant du bombardement nucléaire de la ville le 6 août 1945 qui fit approximativement 250 000 victimes directes.

La première partie intitulée « Prélude à la destruction » relate la vie de la population civile avant le largage de la bombe dans une ville vouée à la production industrielle et dotée d’importantes garnisons militaires.

Hara décrit par l’intermédiaire de son héros Shozo, qui revient après la perte de sa femme dans sa ville natale pour vivre chez son frère Seiji, le quotidien des habitants entre travail discipliné à l’usine ou à l’école la journée, entraînements aux évacuations le soir, le tout entrecoupé d'alertes provoquées par le survol de B-29 américains en pleine missions de reconnaissance.

D’un naturel rêveur et solitaire, Shozo trompe ses angoisses par la lecture d’œuvres classiques ou de traités mathématiques.

Dans la grande maison familiale, les caractères mis sous pression par le conflit se heurtent fréquemment.

Seiji est un hyper actif qui réalise des taches administratives pour l’armée, Junnichi a des problèmes  conjugaux avec sa femme Takako qui fugue régulièrement et se comporte bizarrement tandis que leur sœur cadette Yasuko s’acquitte des taches ménagères en bavardant de manière insupportable.

En état de choc après son drame personnel, livré à lui même, Shozo erre et se promène seul sur les lieux de son enfance qui ravivent par instants de vieux souvenirs enfouis dans sa mémoire.

Dans ce climat troublé et malsain, la famille guette les nouvelles du conflit avec avidité et inquiétude attendant les ordres de mobilisation des jeunes hommes et ceux d’évacuation des usines et des logements.

Mais compte tenu de l’importance stratégique d’Hiroshima d’un point de vue militaire et industriel, l’armée veille au grain et enrôle par la force des civils pour participer à la défense anti-aérienne de la ville.

Si je voulais résumer cette première partie, je dirais une longue attente et beaucoup de doutes …

Dans « Fleurs d’été » , Hara passe à la première personne du singulier et décrit de son propre point de vue la fameuse journée de l’attaque nucléaire sur la ville.

Ayant survécu par miracle, le narrateur erre hébété par le choc dans une ville à feu et à sang ou il rencontre un nombre incalculables de blessés la plupart grands brûlés et atrocement défigurés par les effets des radiations de la bombe.

La puissance de la charge est telle que la Nature semble elle même en être affectée : des brasiers et des tornades ravagent les alentours, le ciel est en permanence obscurci par les cendres créant une impression d’enfer sur terre.

Hara emmène avec lui le lecteur dans ce chaos absolu peuplé de visions cauchemardesques de corps agonisants ou militaires et civils se retrouvent tous brutalement mis au même niveau de martyrs.

La dernière partie intitulée « Ruines » marque l’après bombardement avec l’évacuation des survivants dans les villages alentours comme Yahata ou se réfugie le narrateur.

Une autre phase commence toute aussi atroce, car des gens tombent subitement malades, perdent leurs cheveux, crachent du sang ou meurent simplement d’horribles blessures qui ne peuvent être soignées sur lesquelles s’acharnent des nuées de mouches et de vers.

Dans une zone ou les communications sont coupées, le narrateur part alors en quête de survivants issus de sa famille et découvre souvent avec effarement leur décès brutal ou leurs terribles maladies aboutissant certaines fois à des guérisons bien précaires.

La désorganisation bat son plein et la famine commence à frapper les survivants qui meurent par légions.

On est donc ici également dans le registre de l’insupportable et des débuts de la souffrance purement psychologique avec les sentiments de deuil, de regret, de honte d’avoir survécu, de ne pas avoir pu aider, sauver et d’avoir assisté impuissant à la mort d’autres être humains.

Meme si le narrateur s’en tire, il en ressort très affaibli physiquement avec des d’horribles diarrhées, des sifflements aux oreilles et des troubles à l’œil.

Il tient pourtant à revenir à Hiroshima et vient contempler les ravages sur une ville autrefois puissante et prospère.

Le livre se termine par le cas particulier de Monsieur Maki, militaire en poste à Shanghai au moment de l’attaque et qui a perdu l’intégralité de sa famille en une seule journée.

En raison de ce deuil, Monsieur Maki devient quelqu’un de très respecté que les gens viennent souvent saluer.

Par cet exemple, Hara met en exergue l’horrible réalité de l’après Hiroshima avec des gens qui hantés par le souvenir des disparus et croient les reconnaître en croisant des inconnus qu’ils saluent par méprise.

En conclusion, « Hiroshima, fleurs d’été » est un livre qu’on pourrait qualifier de témoignage vital pour l’humanité.

L’histoire qu’on dit souvent écrite par les vainqueurs a souvent montré les Japonais comme des robots fanatisés et conditionnés à mourir plutôt que de se rendre.

C’était sans doute vrai pour les soldats au front mais le livre de Hara montre le comportement des civils d’Hiroshima qui ne différait pas beaucoup de celui des population occidentales avec de la peur, de l’angoisse et pour certains des critiques des positions adoptées par l’armée.

« Hiroshima, fleurs d’été » contribue donc à humaniser donc considérablement les populations japonaises en faisant ressentir l’horreur absolue d’un événement que tout un chacun n’espère jamais vivre.

Par comparaison, l’attentat du 11 Septembre, aussi horrible soit il, fait l’effet d’une piqûre de guepe tant un esprit humain normalement constitué n’est pas capable de saisir la violence d’une catastrophe comme celle d’Hiroshima.

Sans verser dans l’exercice vain de refaire l’histoire, on peut se demander si l’utilisation de la bombe atomique aurait pu être evitée.

On peut aussi la voir comme un passage obligé pour que l’homme en mesure pleinement le pouvoir annihilateur quasi illimité à l’échelle terrestre.

En ce sens le conflit de la seconde guerre mondiale avec les camps d’extermination nazi et les bombes atomiques larguées sur le Japon est celui qui a atteint le plus haut degré de violence et d’horreur de tous les temps.

La souffrance psychologique engendrée fut sans doute insupportable pour les survivants puisque Tamiki Hara se suicidera 6 ans après.

Il lègue donc cependant pour l’éternité un témoignage bouleversant et émouvant aux larmes.


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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 19:08

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Plongée vers une guerre relativement méconnue aujourd’hui, celle franco-prussienne de 1870 avec « Les Français et la guerre de 1870 » de l’historien Jean-François Lecaillon.

Si la « Grande guerre » et surtout la « Seconde guerre mondiale » bénéficient d’une surexposition médiatique de nos jours,  la guerre de 1870 plus lointaine et brève contre le dernier grand ennemi historique de la France est quelque peu tombée dans l’oubli.

L’originalité du livre de Lecaillon est de se baser sur les témoignages écrits de soldats mais aussi sur de simples particuliers pris dans la tourmente pour multiplier les points de vue inédits.

La guerre se déclenche à l’été 1870 suite à la revendication du trône de l’Espagne par le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi de Prusse Guillaume.

Craignant la constitution d’un axe Prusse-Espagne, la France exige son retrait.

La montée de tension et une succession de maladresses diplomatiques orchestrées par le chancelier Bismarck conduisent la gouvernement républicain français de l’époque a déclarer la guerre sans que Napoléon III malade n’intervienne.

Dés lors c’est l’engrenage guerrier fatal conduisant les deux pays au choc frontal en Alsace Lorraine ou se dérouleront la majeure partie des combats.

Assez rapidement malgré un enthousiasme belliqueux de façade, l’armée française mal préparée et trop sure d’elle essuie de cuisants revers.

Lecaillon analyse remarquablement les causes multiples de ces échecs, mettant en cause principalement le manque de vision d’ensemble, d’organisation des officiers français, incapables de coordonner leurs troupes ainsi que le manque d’entraînement des recrues civiles inexpérimentées et indisciplinées qui viennent s’ajouter à l’obsolescence des stratégies militaires employées.

En effet les Français ont pour l’occasion une guerre de retard.

Ils ont une stratégie d’attente, misant tout sur les assauts combinés de la cavalerie à ceux de l’infanterie française réputée pour sa « furia » dévastatrice.

La bravoure et le sens de l’honneur sont mis en avant.

En face, les Allemands ont intégrés la notion de guerre industrielle ou l’homme est finalement secondaire par rapport au matériel.

La puissance et la précision de leur artillerie surclassent celle de français, les pillonnant sans relâche à distance, massacrant cavaliers et fantassins avant même qu’ils aient pu engager le combat.

Lors des rares assauts, les Allemands font mine de se dérober pour forcer les Français à les pourchasser et les faire tomber sur d’autres vagues de combattants embusqués avec leurs mitrailleuses.

Ils exploitent également de manière redoutable le renseignement, interceptant la presse et les courriers de leurs adversaires.

Devant pareil déséquilibre et malgré quelques rares exploits individuels sans lendemain, l’armée française dirigée par les général Bazaine et le maréchal Mac Mahon est rapidement contrainte à la retraite qu’elle fait dans le désordre le plus complet.

A ce titre, les interminables hésitations du général Bazaine dirigeant les armées sont très révélatrices du manque d’analyse et de capacité de réactions des troupes françaises.

Retranché à Metz, il se refuse à tenter une sortie attendant qu’une armée de Paris viennent l’aider à briser le blocus allemand alors que dans le même temps Paris également assiégé attend de même d’être libéré par ses soins !

Les tensions sont également très vives dans la capitale ou les militaires sont jugés incompétents ou achetés par l’ennemi.

Des troubles éclatent, menaçant la fragile stabilité du gouvernement en place.

Les tentatives pour desserrer l’étau germanique échouent toutes, car les groupes de miliciens formés à la hâte dans les provinces ne sont pas soutenus par les troupes régulières qui se méfient d’eux.

De plus les paysans sont peu mobilisés pour cette guerre, craignant les violentes représailles prussiennes contre la population.

Ils demeurent au final plutôt spectateurs et les effets escomptés de harcèlement par guérilla sur l’armée prussienne demeurent largement inefficaces.

Le 2 Septembre 1870, Napoléon III capitule après la bataille de Sedan ce qui entraîne la création d’un gouvernement de défense nationale ou siège Gambetta.

Après de nombreuses manœuvres assez douteuses de double jeu pour négocier avec l'ennemi, Bazaine capitule à son tour le 29 Octobre à Metz.

Le ressentiment et l’instabilité qui règnent à Paris aboutissent au soulèvement gauchiste de la Commune en 1871 qui sera réprimé dans le sang par Mac Mahon.

Lors d’un humiliant traité de paix signé à Versailles le 26 Février 1871, la France accepte donc de céder l’Alsace et la Lorraine ainsi que de verser des indemnités financières à la Prusse victorieuse de Bismarck et de Guillaume.

Lecaillon exprime alors le fort ressentiment qui anime les français.

Victime idéale en raison de son attitude trouble et peu combative, le général Bazaine est jugé, destitué et condamné à 20 ans de prison.

En conclusion, « Les Français et la guerre de 1870 » est un pur ouvrage d’historien.

Le style littéraire n’est pas à rechercher, le travail réalisé ici étant minutieux et analytique dans un souci de réalité historique.

Lecaillon examine les situations avec lucidité, atténuant souvent les responsabilités individuelles des chefs français pour insister sur les erreurs collectives à tous les échelons du pouvoir politique et de la hiérarchie militaire.

Bien souvent il envisage les multiples possibilités qui s’offraient aux dirigeants pour conclure que au final toutes les solutions présentaient des inconvénients.

J’avoue que j’ai trouvé que cet exercice systématique assez vain.

J’ai en revanche apprécié les récits de combat par des soldats, réalisant l’horreur absolue de la guerre moderne capable avec ses machines de massacrer les hommes en quantité industrielles au rythme de 100 hommes à la minute.

L’étude de cette guerre est pour moi intéressante en tant que prélude à celle de 1914-1918 ou la France considérera qu’elle a  une revanche à prendre sur la terrible humiliation subie.


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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 14:07

Gladiator.jpg5

 

Déjà dix ans que « Gladiator » de Ridley Scott est sorti à l’aube de l’an 2000.

A cette époque malgré les excellentes critiques dont il fut l’objet et la pluie d’oscars qu’il reçut je n’alla pas le voir en salle mais je me souviens encore aujourd’hui de la majesté impressionnante des affiches qu’on pouvait voir durant l'été de sa sortie dans les villes.

Depuis je me suis rattrapé et l’ai revu de nombreuses fois.

L’histoire est des plus riches.

En 180 après Jésus Christ, pour protéger la grandeur de Rome, l’empereur Marc Aurèle (Richard Harris) combat les tribus germaniques menaçantes le long du Danube.

Son général, le dénommé Maximus Decimus (Russell Crowe) remporte une bataille décisive contre les troupes barbares massées prêt des frontières.

Marc Aurèle, malade et sentant sa fin approcher choisit donc Decimus comme successeur pour redonner le pouvoir au Sénat, destituant au passage son fils Commode (Joaquin Phœnix) qui ivre de rage l’assassine, prenant ainsi le titre de l’empereur par force.

Commode fait arrêter Decimus, fait massacrer sa famille et décide de le faire exécuter.

Decimus échappe à son sort mais considéré comme fugitif et déserteur est enrôlé comme gladiateur pour combattre dans l’aréne dans les provinces orientales pour le compte du laniste Proximo (Oliver Reed).

Combattant exceptionnel, Decimus ne tarde pas à se tailler une incroyable réputation en tant que gladiateur et échoie du surnom de l’Espagnol.

Entre temps, Commode est revenu à Rome et impose sa dictature, gouvernant en tyran avec sa sœur la belle Lucilla (Connie Nielsen) qui effrayée par sa brutalité, en viendra finalement à comploter contre lui.

Politicien médiocre, Commode fait pour sa popularité rétablir les jeux du cirque que le sage Marc Aurèle avait fait supprimer.

Ceci offre à Decimus l’opportunité de se rapprocher de son ennemi.

Avec ses compagnons, un Numide (Djimon Honsou) et un colossal Germain (Sven Ole Thorsen) il triomphe en de sanglants combats au Colisée, se faisant remarquer par Commode en personne.

Ayant reconnu son rival, Commode ne peut l’exécuter en raison de sa popularité aussi décide t il de l’affronter dans l’aréne pour mettre à mal sa réputation et en finir avec lui …

En conclusion, « Gladiator » peut être considéré comme un film magistral, épique et complètement envoûtant.

Scott réussit une reconstitution minutieuse du monde de l’Antiquité et parvient à captiver par l’histoire extrêmement puissante de la vengeance d’un homme à l’intégrité inflexible.

Excellent, Russell Crow joue de manière sobre mais charismatique alors que Joaquin Phœnix en empereur bouillant, ambitieux et instable est monstrueux de crédibilité.

Le film ressemble à une véritable odyssée menant de la froide et sombre Germanie aux arénes ensoleillés d’Espagne ou d’Italie.

Les combats sont à couper le souffle, que ce soit la bataille  introductive entre Romains et Germains ou les luttes dans l’aréne entre colossaux gladiateurs surarmés, fauves et chars aux mécanismes mortels.

« Gladiator » est un film puissant, magique, qui emporte le spectateur dans son univers esthétiquement superbe.

Son immense succès populaire et artistique fut largement mérité et contribua à remettre au goût du jour le péplum, bien qu’aucun des autres films sortis à sa suite ne lui arriva à la cheville.


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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 20:02

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Publié en 1521, « L’Art de la guerre » de Machiavel fait écho au traité du chinois Sun Tzu à prêt d’un millénaire d’intervalle.

Dans ce livre en sept tomes écrit sous forme de dialogue factices, le Florentin dénonce par la voix du capitaine Fabrizio Colonna, la faiblesse des armées italiennes de la Renaissance et se propose d’améliorer leur efficacité militaire en prenant exemple sur les Anciens.

Par Anciens, Machiavel fait référence aux Grecs mais surtout aux Romains dont le décorticage des stratégies militaires occupe pratiquement l’essentiel de l’ouvrage.

Fabrizio s’intéresse tout d’abord à la composition et au recrutement des troupes.

Il réfute l’idée selon laquelle une armée ne peut être constituée que par des professionnels qui présentent toujours le risque de devenir au bout d’un moment trop puissants à l’instar de la garde prétorienne romaine.

L’usage de mercenaires étrangers se vendant aux plus offrant est tout aussi prohibé.

Fabrizio prône la levée de soldats parmi les gens du peuple qui auront été préalablement éduqués et périodiquement entraînés pour être prêts le moment venu à servir sous les armes afin de protéger leur patrie.

Son idée dominante est de rétablir la puissance de l’infanterie, la cavalerie étant relégué à un rôle d’auxiliaire.

Pour cela les exemples sont la compacité de la phalange grecque mais bien plus encore les remarquables performances des légions romaines qui étaient quasi invincibles en leur temps.

Fabrizio s’appuie donc fortement sur l’organisation des légions, sur leurs fantassins légers (archers et fondeurs ) appelés vélites et sur la triple rangée de fantassins lourds (hastaires, princes et triaires)  composant leur cœur de la force de frappe des légions.

Les armées allemandes mais surtout suisses réputées alors comme les plus performantes de l’époque de Machiavel, ne résistent pas longtemps à la comparaison avec les légions romaines.

Puis Fabrizio décrit longuement les manœuvres nécessaires pour entraîner les troupes en insistant sur leur cohésion d’ensemble.

Poussé par ses interlocuteurs à s’exprimer sur l’artillerie, il minimise l’impact de l’artillerie lourde car très dépendante de la géographie qui peut altérer grandement sa précision, et mis en difficulté sur l’artillerie légère, n’a pas d’autre choix que de miser sur la rapidité de ses troupes pour arriver le plus vite possible au corps à corps.

Dans le livre quatrième, Fabrizio aborde l’aspect du choix du meilleur terrain pour engager l’affrontement et celui du commandement afin de motiver ou refroidir ses troupes selon l’appréciation du général.

Ensuite, Fabrizio poursuit sur l’art d’accoutumer les soldats à un régime alimentaire austère, au contrôle de leur solde, à l’interdiction du pillage individuel, à la punition sévère de désobéissance et à la récompense de la bravoure, ceci afin de leur inculquer une discipline de fer source de leur plus grande efficacité.

Le livre sixième est consacré à l’édification des camps en insistant plus sur le travail de soldat réquisitionnés comme manœuvres que sur le choix du terrain et à la manière de défendre ces camps de manière efficace.

Dans le dernier livre, Fabrizio traite de l’art de construire des fortifications capables de soutenir un siége.

Il est donc longuement question de remparts, de fossés, de tours, de postes avancés, de l’art de s’approvisionner, de contrer les espions ou d’attaquer l’ennemi sur un autre front pour l’obliger à quitter ses positions.

En conclusion, « L’art de la guerre » est une référene de son temps, un manuel technique qui traite de manière détaillée et méthodique de la vision de Machiavel pour redonner du prestige aux troupes de son pays.

Le quasi systématisme de l’adoption du modèle romain dans une époque ou l’artillerie avait révolutionné l’art de la guerre peut pour moi montrer un caractère trop étroit et rigide aux théories exposées.

En effet les progrès ultérieurs de la mécanique (précision et puissance des canons, cadence des mitrailleuses) rendront rapidement ses considérations de plus en plus difficiles à tenir.

Bien entendu l’aspect commandement présente toujours un intérêt mais j’ai trouvé que dans le même registre le livre de Sun Tzu, plus complet, plus souple et plus subtil dans son approche générale.


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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 19:15

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« La comtesse » est un film français de et avec Julie Delpy sorti en 2010.

Le film raconte de manière romancée l’histoire plus ou moins mythique de la comtesse Erzebet Bathory (jouée par Julie Delpy), noble hongroise née en 1560 qui fut considérée comme une Dracula au féminin.

Erzebet Bathory est issue d’une riche et puissante famille Hongroise.

Son mari le comte Nadasky, héros de la guerre contre les Turcs, est mort prématurément de maladie alors que le Roi de Hongrie lui devait une somme importante pour le nombre d’années passées à guerroyer pour son compter.

La comtesse  Bathory est donc une riche veuve relativement indépendante qui est crainte et respectée dans toute la Hongrie.

Mais un jour elle tombe amoureuse d’un jeune homme âgé de 20 ans de moins qu’elle.

Cet homme est Istvan Thurzo (Daniel Bruhl) fils de Gyorgy Thurzo (William Hurt) proche de la famille Nadasky.

Entre les deux amants une passion dévastatrice va s’instaurer mais le sens des convenances fait que Istvan devra quitter la comtesse pour se marier avec une promise de son age fille d’un riche marchand danois.

Erzbet vit très mal la rupture et se morfond dans l’attente de nouvelles de son amant.

Son age la torture et ce ne sont pas les conseils de la jeune Darvulia (Anamaria Marinca) sa sorcière, amante et conseillère qui parviennent à l’apaiser.

Puis elle bascule progressivement dans la folie en décrétant que seul les sang de jeunes vierges peut lui faire stopper le processus de vieillissement et rester seule éternellement.

Ses domestiques sont donc chargés de l’approvisionner en jeunes vierges qui sont enlevées dans la campagne environnantes puis vidées de leur sang avant que leurs corps ne soient rejetés aux bêtes féroces dans les bois.

Le comte Vizakna (Sebastian Blomberg) , débauché fasciné par la comtesse, devient son allié et la pousse indirectement à aller plus loin dans ses fantasmes de jeunesse éternelle.

La comtesse laisse mourir Darvulia puis fabrique une machine composée d’une cage en acier pour saigner plus efficacement ses proies mais la rumeur enfle dans les campagnes et il lui est de plus en difficile d’obtenir des filles.

Puis ce qui devait arriver arriva, la comtesse enlève des femmes de la petite noblesse, la propre femme de Istvan qu’elle assassine sauvagement et ses exactions arrivent jusqu’aux oreilles du roi qui voit alors l’occasion de s’affranchir de ses dettes envers les Nadinski.

Aidé par Gyorgy Thurzo qui voit la une occasion parfaite de mettre la main sur les biens de la famille Nadinski, le Roi se laisse convaincre d’envoyer Istvan comme émissaire pour confondre la comtesse.

La rencontre entre son ex amant ne manque pas d’émouvoir Ersebeth, pourtant les crimes qui lui sont reprochées ne tardent pas à s’établir.

Arrêtée elle est alors condamnée à mourir emmurées vivante alors que ses biens seront récupérés par le comte Thurzo.

En conclusion, Julie Delpy signe un film d’époque passionnant autour d’une des légendes les plus sulfureuses de l’histoire.

Son interpetation de Bathory est fantastiquement complexe, introduisant une dimension romantique liée à un amour impossible pour expliquer l’aspect criminel et horrifique du personnage.

Delpy semble également fascinée par l’aspect « féministe » d’une femme qui osa s’émanciper à son époque et dérangea par sa liberté la domination masculine, aspect que j’ai trouvé plus que discutable pour parler d’une dangereuse psychopathe.

Gothique, ensorcelant, trouble et délicieusement subversif, son film rend néanmoins justement hommage à un personnage qui frappé les imaginations et a inspiré beaucoup de groupes de métal satanistes comme Cradle of filth ou Venom.

J’ai pour ma part été formidablement touché par le destin même légendaire de cette femme qui semblait animée des véritables pulsions maléfiques.


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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 20:52

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« L’ennemi intime » est un film français réalisé par Florent Emilio Siri en 2007 qui aborde courageusement l'un des sujets les plus délicats et les plus tabou de l’histoire de France : la guerre d’Algérie.

Dans ce film,  au plus fort de la guerre d’Algérie, Terrien (Benoît Magimel), jeune lieutenant français arrive dans une région reculée de la Kabylie ou l’armée française essuie une forte résistance de la part des maquisards du FLN.

Beau garçon, intelligent et pétri de bons sentiments Terrien est volontaire pour cette affectation mais manque cruellement d’expérience de terrain.

Sous l’autorité du commandant Vesoul (Aurélien Recoing) il fait équipe avec le sergent Dougnac (Albert Dupontel) qui est lui un militaire aguerri maîtrisant toutes les ficelles de la guérilla dans les montagnes kabyles.

La toile de fond du film est la traque d’un insaisissable chef de guerre du FLN qui se cache dans le maquis kabyle et se ravitaille auprès des villages de montagnards.

Pour mener à bien leur mission, Terrien et Dougnac commandent un bataillon de jeunes soldats français qui s’appuie sur des militaires harkis comme Said (Lounès Tazairt) pour la connaissance du terrain et le recueil d’informations.

Très rapidement le spectateur est happé à travers le regard de Terrien dans l’univers infernal et chaotique de cette guerre complexe et sauvage ou les embuscades succèdent aux massacres les plus inhumains.

La caméra de Siri filme tout avec une maestria hors du commun et une élégance rendant la violence quasiment irréelle dans des paysages aussi majestueux.

Les scènes de bataille brèves mais ultra violentes, sont filmées avec un réalisme comparable à celui de Spielberg dans « Il faut sauver le soldat Ryan »  et rendent parfaitement compte du sentiment de confusion et de tension paroxysmique qui règnent sur les esprits en ces moments la.

L’affrontement psychologique entre Terrien et Dougnac est passionnant et petit à petit au fil des horreurs de la guerre les beaux idéaux du lieutenant vacillent, sa volonté s’émousse, il s’endurcit, se déshumanise selon un processus bien connu dans les conflits armés qui durent dans le temps.

Mais Siri ne traite pas que le point de vue français, celui des villageois algériens pris entre deux formes de violence celle extérieure des militaires français qui pratiquent la torture et celle intérieure, fratricide des membres du FLN qui mutilent et égorgent est également abordée.

A travers les personnages de Rachid et ou du vétéran Said, tous deux harkis pour de respectables raisons puisque leurs familles ont été massacrées par le FLN, on comprend ce qui a pu motiver certains algériens à choisir de rester fidèles à la France.

Le film n’évite aucun tabou et atteint son point culminant lors du bombardement d’insurgés au napalm par l’armée française après un accrochage d’une violence extrême.

Quelques scènes terriblement émouvantes parviennent à se glisser subrepticement comme lors du visionnage d’un film tourné par un jeune soldat abattu ou de l’exécution d’un prisonnier jouée magnifiquement par l’humoriste Fellag, que Dougnac décide d’épargner en raison de son passé de soldat.

 « L’ennemi intime » allie donc à la fois la forme et le fond avec un film superbe visuellement, âpre, intense tout  en narrant une guerre abominable ou personne ne gagne au final.

Mais plus que l’aspect historique et éducatif, le film de Siri touche à travers la lente dégradation de Terrien quelque chose de plus profond, de plus intime et de plus universel : l’effet déshumanisant de la guerre sur l’homme.

Sur un thème a priori impossible qui en a fait reculer plus d’un, Florent Emilio Siri réussit donc en s’appuyant sur des comédiens fantastiques un film qu’on peut qualifier de parfaite réussite.

Infiniment plus audacieux et subtil que le très manichéen et lourdingue « Indigènes », « L’ennemi intime » aurait pour moi assurément mérité quelques césars ...


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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 13:04

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Un livre un peu atypique dans ces colonnes, « L’art de la guerre » de Sun Tzu.

On sait peut de choses sur l’origine de cet ouvrage et de cet auteur, si ce n’est qu’il a du être écrit en Chine entre le VI ieme et le Viéme siècle avant Jésus Christ, ce qui en fait le plus vieil ouvrage de stratégie militaire connu.

A cette époque se déroulait le règne des Royaumes Combattants, période trouble et belliqueuse de prêt de trois siècles durant laquelle sept grand états émergents se sont disputés la suprématie en Chine.

On suppose donc que Sun Tzu faisait partie de ces nombreux conseillers et expert militaires itinérants dont s’entouraient les monarques pour faire face au innombrables conflits déchirant leur pays.

Dans « L’art de la guerre » Sun Tzu explique donc ses théories sur la manière de mener un conflit armé.

Il décrit alors les éléments à prendre en compte pour le général en campagne comme les conditions climatiques, géographiques ou plus étonnamment l’influence morale d’un chef sur ses hommes.

En parcourant ce livre on a donc l’impression de lire ni plus ni moins que du guide du parfait meneur d'homme.

Ce qui frappe outre l’aspect stratégique basé sur une guerre de mouvement et sur la recherche de l’effet de surprise c’est la forte dimension psychologique de l’ouvrage.

Sun Tzu excelle dans l’analyse des forces et faiblesses non seulement de sa propre armée mais surtout de celles de l’ennemi.

Il incite donc à développer des stratégies de reconnaissances poussées allant jusqu’à l’infiltration des rangs ennemis par des espions.

Les manières dont il explique l’art de corrompre un ennemi, de le retourner, mais surtout de le duper dénotent le regard d’un homme doté de grandes facultés d’analyse du psychisme humain.

De la qualité de cette tactique de renseignement et des préparatifs soigneux du général, dépendront grandement la réussite de l’entreprise.

Mais Sun Tzu donne aussi des conseils aux généraux, qui doivent être calmes, justes mais sévères, montrer l’exemple en accomplissant des taches pénibles, se faire respecter et surtout aimer par leurs hommes pour pouvoir les galvaniser au moment opportun.

Le courage sans tempérance est vu comme un défaut confinant à l’aveuglément et la bétise, la prudence exagérée à l’indécision et à la faiblesse.

Il est important de noter que pour Sun Tzu un général en campagne doit pouvoir s’affranchir de l’autorité de son souverain car l’art de la guerre nécessite de grandes facultés de réactions et d’adaptations incompatibles avec une gestion du commandement à distance.

Souplesse, réactivité, ingéniosité et discipline sont donc les qualités premières d’une armée bien commandée.

La métaphore des deux anneaux entrelacés pour symboliser les infinies combinaisons de la force normale et de la force extraordinaire capable d’enlever la décision, confine au sublime.

En conclusion, « L’art de la guerre » est un livre impressionnant de modernité si on tient compte de son incroyable vétusté.

Il dénote le pragmatisme d’un homme de terrain et la finesse d’un homme intelligent ayant beaucoup observé les hommes et leurs comportements dans des situations aussi extrêmes que la guerre.

Son influence perdurera jusqu’à Mao Tse Tung modèlera pendant des siècles les techniques militaires chinoises, japonaises ou russes.

Certes depuis Sun Tzu, les techniques militaires ont incroyablement évoluées, l’aviation et l’artillerie ont envoyé les fantassins, archers et cavaliers au musée mais cet ouvrage demeure une référence importante en terme de doctrine militaire avec d’étonnantes notions de morale concernant le fait d’épargner un ennemi en déroute et de parvenir à résoudre un conflit sans déclencher de guerre, ultime et coûteux moyen en ressources matérielles et humaines d’un état.

On pourra également aussi éternellement fantasmer en imaginant Alexandre le Grand faire un détour sur sa route et se lancer à l’assaut de cette Chine aussi en avance sur son époque en matière de statégies militaires …

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 20:33

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L’Histoire avec un grand H comme « Hannibal » livre de l’ancien ministre tunisien Habib Boularès.

Avouons le franchement, après Jules César et Alexandre, Hannibal manquait pour être complet dans l’étude des grands conquérants de l’Antiquité.

L’histoire d’Hannibal est celle de la seconde guerre punique, qui éclata entre les deux super puissances de l’époque, Carthage et Rome entre 219 et 202 av JC.

Au cours de la rapide exposition du contexte historique et des institutions carthaginoises, on est frappé de l’extrême complexité de la situation, autant par le jeu d’alliances subtiles entre la multitude des peuples du bassin méditerranéen que par les propres dissensions et jeux de pouvoir au sein même du sénat carthaginois.

Au sein de ce dernier, deux familles rivales, les Hannon et les Barcides dont est originaire Hannibal se feront une guerre d’influence sans relâche qui parasitera l’unité carthaginoise et sera une entrave à terme à l’avancée du conquérant tandis que Rome fera bloc de toutes la force de ses institutions pour repousser l’envahisseur.

Mais le cœur du conflit est la rivalité extrême entre l’Empire romain à l’appétit dévorant, déjà vainqueur de la première guerre punique et la cité de Carthage, dont l’insolente richesse provenant du commerce maritime faisait de l’ombre à Rome.

Boularès appuie ses réflexions majoritairement sur deux auteurs le grec Polybe et le romain Tite-live pour relater un conflit éclatant en Espagne, chacune des deux  parties prétextant la violation du traité de 241 av JC, délimitant les zones de chacun des deux empires.

Envoyé en Espagne pour livrer batailles, Hannibal révèle alors des capacités organisationnelles et stratégiques hors du commun, fédérant des peuples aussi dissemblables que les Numides, les innombrables tribus Ibères et Gauloises hostiles au joug Romain pour créer une armée de 70 000 hommes, cavaliers et éléphants capable de marcher sur l’Italie.

Par son audace, ses exploits comme le franchissement des Pyrénées, des Alpes, du Rhône, et surtout ses innovations tactiques sur le champs de bataille, Hannibal parvient à surprendre les légions romaines et accumulent les victoires, la plus symbolique d’entre elle étant celle de Cannes en  216 ou les Romains perdent environ 50 000 hommes.

Avec de pareilles victoires, Hannibal parvient à se rallier plusieurs provinces romaines comme le Lucanie ou le Bruttium ou des capitales économiques célèbres comme Capou, rivale historique de Rome.

Il noue également une alliance avec Philippe V de Macédoine, ennemi de Rome, sans que celui ci, trop occupé à maintenir la cohésion interne de son royaume ne parvienne réellement à l’aider.

Privé de renforts, Hannibal ne dispose pas d’assez de ressources pour vaincre définitivement ses adversaires.

Assez étrangement Carthage ne soutient pas son général victorieux, préférant envoyer des troupes pour récupérer l’île de Syracuse ce qui sera à terme un échec cuisant.

Finalement le conflit s’enlise, et Rome parvient à se réorganiser, trouvant de formidables ressources, levant plusieurs légions en enrôlant des esclaves contre une promesse d’affranchissement.

La situation va évoluer en un statu quo de six années.

Rome contre attaque en Espagne ou le général Scipion prend Carthagène et provoque la fuite d’ Hasdrubal,  venu avec des renforts aider son frère Hannibal.

Hasdrubal part aider Hannibal avec 60 000 hommes mais est stoppé et tué lors de la bataille du Métaure.

Scipion poursuit son action en Afrique et conclut une alliance avec le roi Numide Massinissa pour affronter et battre Carthage sur son propre terrain.

Carthage capitule et rappelle Hannibal qui n’a d’autre choix que de revenir.

Il est finalement vaincu à Zama en 202.

Carthage perd ses possessions, en Espagne, Gaule et Italie, voit sa flotte réduite au minimum et doit payer une indemnité à son vainqueur.

La dernière partie du livre relate la fin de la vie d’Hannibal, qui bien qu’élu suffète au sénat carthaginois et ayant montré de belles qualité de gestion et d’urbanisme, sera victime de sa rivalité avec les nobles, notamment les Hannon, et devra fuir, entamant une cavale qui l’emmena à Tyr puis à Antioche ou fut le conseiller du roi Antiochos.

Rome sera impitoyable, châtiant cruellement les provinces ou villes comme Capou s’étant ralliées au conquérant.

Après que Philippe de Macédoine fut châtié par Rome pour son alliance avec Hannibal, Antiochos est également vaincu, Hannibal se retrouve isolé et sommé d’être livré par son protecteur, préfère se suicider plutôt que de subir le déshonneur.

En conclusion, « Hannibal » est un ouvrage très dense, ou Habib Boularès expose de manière extrêmement minutieuse les faits, émettant des conjectures lors des nombreuses zones d’ombres et mystères apparents de ce conflit meurtrier, équivalent à une guerre mondiale à l’échelle de l’Antiquité.

Le portrait dressé d’Hannibal est particulièrement élogieux, le conquérant étant montré comme honnête, patriote, désintéressé, visionnaire, faisant preuve d’habilité , de diplomatie et magnanimité avec les peuples conquis …

A lui tout seul ou presque, le génie militaire manque de défaire la toute puissance romaine mais finalement celle ci puise dans ses réserves et trouve dans ses incroyables capacités d’organisation le moyen de retourner une situation critique.

Le destin d’Hannibal est fascinant dans le sens ou un homme se lance dans une guerre perdue d’avance, et chose incroyable manque de réussir l’impossible.

On retiendra de cette épopée sanglante, l’inexorable appétit de l’ogre romain qui avala tous ses rivaux, profitant de l’anéantissement de Carthage pour finir d’ingurgiter les derniers vestiges du royaume hellénique d’Alexandre le Grand.

Bel ouvrage donc, bien que difficile à suivre de part la multitude des personnages, souverains, consul, généraux ou sénateurs romains, peuples Numides, Gaulois ou Ibères intervenant dans le récit.

J’ai aussi regretté un manque de cartes pour repérer les principaux lieux des batailles citées dans le livre.


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