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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 19:23

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Pour les gens comme moi qui n’ont qu’une connaissance superficielle et bien scolaire de l’histoire de France, le film « Danton » d’Andrezj Wajda sorti en 1983 peut de prime abord présenter un certain intérêt.

Peu en effet de fantaisie vis à vis des faits historiques dans le récit qui colle très prêt de la réalité telle que décrite dans les manuels d’école.

L’histoire prend place en 1794 alors que la Terreur instaurée par le Comité de Salut Public dirigé par le redoutable Robespierre (Wojciech Pszoniak) abat sa chape de plombs sur le peuple de Paris et ou les luttes intestines pour le pouvoir redoublent de violence au sein de la Convention.

Danton, retiré prudemment à l’écart après la fusillade du 17 juillet 1791 au Champs de Mars, revient à Paris et distille via le journaliste Camille Desmoulins (Patrice Chéreau) de terribles critiques contre le pouvoir autoritaire du Comité.

La plume acérée de Desmoulins fait en effet des ravages dans le journal le Vieux Cordelier.

Malgré de violentes fièvres, Robespierre prend la décision de faire saisir le journal et de faire arrêter ses imprimeurs.

Pourtant contre ses amis du Comité qui réclament l’arrestation et l’exécution de Danton et Desmoulins, il hésite et temporise effrayé par l’immense popularité de l’un et séduit par les qualités littéraires de l’autre.

De son coté, le truculent Danton hésite également et lassé de la violence se refuse à suivre l’avis de ses partisans qui lui intiment de prendre les armes pour faire un coup d’état.

Une rencontre a finalement lieu entre Robespierre et Danton.

Celle ci constitue le point culminant du film avec un saisissant contraste entre un Danton sanguin, prolixe et agité et un Robespierre froid, rigide et mal à l’aise.

Les deux hommes se séparent incapables de trouver un compromis.

Après une ultime tentative pour rallier Desmoulins à sa cause, Robespierre devant la menace que représente les attaques de Danton contre ses intérêts prend la décision de les faire arrêter sous le couvert de fausses rumeurs de trahison.

La suite n’est qu’un long procès devant la redoutable machine à tuer du Tribunal Révolutionnaire ou malgré toute son incroyable verve de tribun, Danton ne peut parvenir à mobiliser le peuple et est condamné à la guillotine.

Le film n’épargne rien des derniers instants de l’homme d’état français jusqu’à l’échafaud.

En conclusion, par son approche d’un classicisme extrême et son manque de moyens,  « Danton » donne globalement l’impression d’assister à un téléfilm du service public.

Cinématographiquement l’intérêt du film est donc faible.

Bien entendu, le choix de Gérard Depardieu pour incarner le tribun au physique imposant et à la voix de stentor est particulièrement judicieux et l’acteur français livre une performance éblouissante qui écrase tout les autres protagonistes y compris un Pszoniak par contraste plus inexpressif et effacé que jamais.

On peut apprécier le coté éducatif de l’œuvre qui met en image un des personnages les plus important de l’histoire de France dans une période toutefois agitée et complexe qu’il est difficile d’appréhender sans de solides connaissances préalables.

A réserver donc pour moi à un cadre très scolaire ..

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Published by Seth - dans Histoire
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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 14:42

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Histoire toujours avec un ouvrage sur l’un des personnages les plus énigmatiques et sulfureux de l’histoire, « Attila » d’Eric Deschodt.

L’ouvrage, de taille modeste, ne se veut sans doute pas une biographie exhaustive de la vie du célèbre conquérant mais constitue une agréable et intéressante première approche recensant les grandes étapes de la conquête hunnique qui mit à mal l’empire romain au V ieme siècle après Jésus Christ.

Les origines des Huns sont nimbées de mystères, si on les situe dans les steppes d’Asie centrale, à l’emplacement de l’actuelle Mongolie, on sait aussi qu’ils s’étendirent jusqu’en l’Europe de l’Est jusqu’à Budapest, à partir du IV ieme siècle après Jésus Christ.

Essentiellement nomades, redoutables cavaliers et archers, ils menèrent de terribles invasions menaçant depuis le III ieme siècle avant Jésus Christ les royaumes de Chine.

En 400 ap JC, les Huns stationnant en Hongrie, constituent une force inquiétante pour un Empire romain déclinant, scindé entre l’Empire d’Orient à Constantinople et l’Empire d’Occident de Rome.

Les Romains jouent sur les alliances avec les peuples Barbares notamment les Wisigoths qui ont un statut de fédération de l’Empire, pour sauver les apparences et préserver un semblant de prestige mais en réalité certains peuples comme les Vandales, les Ostrogoths ou des tribus Gauloises révoltées échappent à présent complètement à leur influence.

Honorius empereur d’occident joue également à ce jeu d’alliance pour tenir en respect les Huns, pratiquant le versement de tributs et l’envoi d’otages de marque pour s’assurer de l’appui occasionnel de leur formidable force militaire pour dompter les autres peuples barbares.

C’est dans ce cadre que le romain Aetius est envoyé chez Roas, le roi des Huns et se lie d’amitié avec son jeune neveu Attila.

A son contact Attila apprend à compter, lire et écrire le latin et le grec, chose rarissime pour un hun habitué à vivre à la dure.

En un juste retour des choses, Attila est accueilli à la cours de Rome ou il joue un rôle d’ambassadeur.

Il apprend à connaître parfaitement le monde romain de l’intérieur, y développe un art consommé de la diplomatie et de la politique.

A la mort de son frère Bleda, il devient le roi des Huns et entreprend de fédérer les tribus hunniques, de développer un pouvoir centralisé, à améliorer les axes de communication et surtout à nouer des alliances pacifiques avec les peuples de l’Est notamment ses ennemis héréditaires les Chinois.

Ayant stabilisé l’empire hun de l’Est, Attila se tourne vers l’Ouest et ses richesses qui le fascinent.

C’est l’empire romain d’Orient qui sera sa première cible, avec Théodose II, empereur faible, incapable et lâche qui sera prêt à toutes les humiliations pour ne pas avoir à livrer bataille.

Alliant habilement menace et diplomatie, Attila obtient de nombreux avantages (territoires, versement de tributs) en échange de ses bonnes grâces.

Entouré d’excellents lieutenants fidèles et incorruptibles comme le hun Esla, le grec Onégèse, le romains Oreste, ou le germain Edécon, Attila défait facilement les mercenaires Goths payés par Théodose II, et renonce mystérieusement à  la prise de Constantinople, défendues par d’épaisse murailles en échange d’une forte augmentation du tribut versé par la ville.

Théodose accepte mais son  premier ministre l’énuque  Chrysaphius manque une tentative d’assassinat contre Attila.

Après avoir une nouvelle fois fait pression sur Constantinople pour exiger un tribut plus élevé, Attila renonce à la mort de Théodose et de Chrysaphius à sa vengeance et se tourne ensuite vers l’empire d’Occident, gouverné par Valentinien III ou siége en tant que conseiller et général son ami Aetius.

Les relations entre Attila et Aetius anciens amis et à présent rivaux seront toujours complexes et ambiguës.

Finalement après avoir fait monter la pression de manière graduelle en réclamant que Valentinien lui fasse épouser sa sœur Honoria connue pour ses troubles mentaux et qui l’avait elle même demandé en mariage quinze ans auparavant, Attila déclenche une gigantesque offensive de 400 000 hommes.

Commence alors le terrible jeu des alliances avec les peuples Barbares, certains comme les Ostrogoths, Gépides ou Akatzires préférant le suivre alors que les Wisigoths, les Francs, les Burgondes et les versatiles Alains craignant les féroces Huns plus que les Romains préfèrent se joindre rester fidèle à l’Empire.

Retranché dans une Rome fortifiée, Valentinien envoie Aetius stopper son ancien ami.

Attila et ses Huns ravagent l’Est puis le Nord de la France, pillant et massacrant tout ce qu’ils trouvent et alimentant pour l’éternité la légendes des Huns, barbares impitoyables, buveurs, tueurs et rançonneurs de l’Occident.

Deschodt laisse entendre qu’Attila n’aurait pas approuvé tous ses massacres, cherchant quelques fois à retenir (en pure perte) ses troupes enragées.

Assez étrangement il épargne Paris, ville alors d’importance moyenne, laissant prendre la légende de Sainte Geneviève priant pour que le conquérant épargne sa ville.

Le choc avec Aetius se produit vers Chalons, lors de la célèbre bataille des champs Catalauniques qui fut la plus grande boucherie de l’histoire de l’Occident  (160 000 morts !) jusqu’à la première guerre mondiale et l’apparition des mitrailleuses faucheuses d’hommes.

Après ces combats d’une violence inouïe, Attila négocie avec Aetius et préfère rebrousser chemin alors que son adversaire a cinq fois moins d’hommes que lui.

Le dernier volet sera l’attaque de l’Italie, qui après la prise de la place forte d’Aquilée, failli bien entre complète, Attila s’arrêtant alors mystérieusement aux portes de Rome après que le pape Léon Ier est négocié lui même le départ du conquérant.

Outre la légende, on notera que la santé d’Attila s’était considérablement altérée et que malade il est préféré rebrousser chemin pour se soigner et préparer sa succession.

De retour dans son royaume de l’Est de l’Europe, Attila mourra mystérieusement après avoir épousé une jeune princesse barbare âgée de 16 ans.

Sa mort, à 58 ans aboutira à l’effondrement brutal de l’empire des huns.

En conclusion, cet « Attila » écrit dans une langue simple, vivante et animée séduit.

L’essentiel est la avec des tentatives d’analyses sur les mystérieux volte faces d’un prince nomade partiellement occidentalisé, qui alors qu’il aurait pu mettre à lui seul un terme à l’empire romain finissant rebroussa pour des raisons obscures à chaque fois chemin.

Le livre nous emmène de l’extrême Orient à l’Europe, dans une épopée sanglante et haute en couleur avec un véritable choc des cultures entre les sauvages huns et les romains certes toujours cruels mais plus raffinés.

La raison principale avancée par Deschodt pour expliquer les motivations d’Attila demeure le tropisme qu’exerçait pour lui l’Occident, sa culture et ses richesses.

Il en ressort l’image d’un homme bien plus intelligent, complexe, subtil que l’image de brute sanguinaire que ses ennemis chrétiens prêtèrent à ce Fléau de Dieu.


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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 16:42

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Deuxième partie de la saga historique d’Hérodote avec  « L’enquête, livres V à IX ».

Si la première partie se faisait la plus « exotique » en décrivant les us et coutumes de nombreux peuples africains, orientaux ou du caucasiens, la seconde possède un coté beaucoup plus politique avec l’affrontement bien prévisible entre l’immense empire perse de Darius et celui plus divisée de la Grèce.

Dans le livre V, Hérodote décrit les innombrables conflits entre les cités grecques ayant abouti malgré tout à l’émergence d’une domination militaire, politique et économique d’Athènes qui devait malgré tout traiter avec sa rivale Sparte la cité dominante du Péloponnèse.

Mais Darius revenu sur ses terres après son échec contre les Scythes, doit faire face à une révolte des colonies Grecques de la région d’Asie Mineure appelée Ionie.

Aristagoras, tyran de Millet, vient chercher secours auprès des Spartiates qui refusent, puis auprès des Athéniens qui acceptent.

Une expédition navale athénienne est alors envoyée en Asie Mineure et la ville de Sardes est alors incendié ce qui provoque la colère de Darius.

Dans le livre VI, le grand roi parvient à mater la révolte ionienne et Aristagoras en fuite, périt tué par les Thraces.

Désireux de se venger de l’incendie de Sardes, Darius fait de la conquête des cités grecques une affaire personnelle, et tandis qu’il leur lance un ultimatum, confie une expédition navale à son général Datis.

Alors que Hérodote compte l’histoire de Sparte et d’Athènes, notamment leurs démêlés avec  leurs ennemis héréditaires respectifs les Argiens et les Eginètes, la flotte de Darius conquiert les îles (Naxos, Délos) puis Erétrie devenant du même coup une menace directe pour Athènes.

La choc entre les deux armées a lieu en –490 v JC dans  l’Attique à Marathon.

Après une lutte acharnée devenue quasi légendaire, les Athéniens et les Platéens commandés par le stratège Miltiade triomphent des Perses, ce qui ne fait que raviver les envies de revanche de Darius.

Alors qu’il préparait une attaque de plus grande ampleur, Darius meurt subitement et sons fils Xerxès prend alors la suite des opérations.

Les livres suivants relatent les préparatifs de la plus immense armée mise sur pieds par les Perses.

Cette armée qu’Hérodote surestime à prêt de deux millions de combattants pour cinq millions d’hommes au total, est composée d’une mosaïque de toutes les satrapies de l’empire perse avec des Phéniciens, des Egyptiens, des Assyriens, Lydiens, Phrygiens, Indiens , Bactriens, Caspiens, Arabes, Thraces en plus des contingents d’élite perses tels les fameux Immortels.

En –480 v JC, Xerxès lance conjointement une offensive navale et une offensive terrestre, faisant construire un pont composé de navires pour traverser l’Hellespont.

Ses troupes ravagent tout sur leur passages, obligeant soit par la force soit par libre consentement les régions traversées à s’allier à lui et à venir grossir ses rangs.

Ainsi bon nombre de pays ou de régions grecques comme la Thessalie vont se joindre à l’inexorable invasion perse.

De leur coté, en proie à leurs vieux démons, à leurs rivalités internes et leur tergiversations politiques, les Grecs ont toutes les peines à réaliser leur unité et à obtenir des alliances avec la Crète ou la Sicile.

Sparte envoie tout de même un détachement de soldats pour bloquer les Perses dans l’étroit défilé des Thermopyles.

Cette bataille est devenue légendaire aujourd’hui, puisque qu’après qu’une violente et soudaine tempête eut détruit une grande partie de sa flotte, Xerxès put alors mesurer la valeur des combattants spartiates puisque les trois cent hoplites commandés par leur roi Léonidas luttèrent jusqu’à la mort en emportant avec eu un nombre incommensurables de combattants perses.

Mais malgré la prise et l’incendie d’une Athènes désertée, Xerxès n’a que l’illusion d’une victoire.

Par la suite, la flotte perse commit l’erreur d’engager le combat prêt de l’île de Salamine et leurs nombreux vaisseaux, incapable de manœuvrer dans un espace réduit furent décimés par la flotte athénienne commandée par Thémistocle.

Ayant assisté au désastre, Xerxès rentre prudemment en Perse non sans avoir laissé son général Mardonios avec un armée de fantassins pour en finir par la voie terrestre.

Belliqueux et impulsif, Mardonios refuse de jouer la carte politique et cherche l’affrontement.

Mais les troupes de Mardonios seront également vaincues à Platée avec cette fois une véritable alliance entre Athéniens et Spartiates.

La fin du livre IX relate l’envoi d’une flotte grecque en Asie Mineure pour délivrer les colonies Ionienne du joug perse après la bataille de Mycale.

En conclusion, après un début peut être moins passionnant avec les multiples micro conflits entre les cités-états de la Grèce, « L’enquête, livres V à IX » tient toutes ses promesses avec le choc frontal d’un David Occidental contre un Goliath Oriental.

Il y a dans ses combats du petit défendant sa liberté contre un agresseur surpuissant assurément quelque chose d’épique, de légendaire qui vous transporte, vous enivre.

Faisant pour une foi temporairement fi de leurs dissensions, les Grecs l’emportèrent car moins nombreux, ils étaient meilleurs stratèges et choisirent les meilleurs emplacements (aux Thermopyles et à Salamine) pour compenser leurs handicaps.

Mais la victoire de Grecs s’explique aussi par leur supériorité dans l’art de la guerre, la puissance de leurs phalanges, leur courage, leur organisation et la qualité de leur armement surtout défensif avec leurs grand boucliers protecteurs.

En face, seuls les Perses pouvaient rivaliser, les autres nations « marchant sous le fouet » n’avaient certainement pas la même motivation ni la même qualité guerrière.

Trop surs de leurs puissance, Darius puis Xerxès furent donc mis en échec ce qui mit un coup d’arrêt définitif à l’expansion Perse en Europe.

Par sa dimension larger than life, « L’enquête, livres V à IX » est reste donc une immense source d’inspiration intemporelle à lire et relire avec émerveillement tout au long de son existence.


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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 20:23

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Gigantesque pan d’histoire avec « L’enquête, livres I à IV » d’Hérodote.

Rédigés au Viéme siècle avant Jésus Christ, ces ouvrages dégroupés en deux tomes de quatre livres chacun, constituent les premiers témoignages écrits d’histoire et de journalisme connus sur le monde Antique.

Infatigable voyageur à la curiosité insatiable, Hérodote parcourut le monde connu des Grecs de l’Europe à au Moyen Orient, en passant par l’Afrique qu’il réduit à l’Egypte, la Libye et à l’Ethiopie.

Hérodote coucha ensuite par écrit les informations collectées soit par le biais de  témoignages, soit par celui de légendes ou soit par sa propre expérience.

« L’enquête, livres I à IV » décrit principalement la montée en puissance de l’Empire Perse qui sous l’impulsion des grand rois comme Cyrus, Cambyse ou Darius se fit de plus en plus menaçant pour les cités grecques.

Le livre premier s’intéresse aux premiers accrochages entre Grecs et Perses avec en cause cette région d’Asie Mineure appelée Ionie peuplée de colonies hellènes directement convoitées par Cyrus.

Il est surtout question de la prise de pouvoir de toute l’Ionie par Crésus le Lydien roi à la richesse proverbiale, qui par la suite d’un oracle mal interprété se sentit en mesure de défier Cyrus, avec une audace qu’il paya par la chute de son empire et sa capture par le roi des Perses qui l’épargna à la suite d’un épisode quasi légendaire.

Mais l’intérêt principal de ce livre est surtout de narrer l’histoire de Cyrus le Grand qui échappant de peu à une condamnation à mort étant enfant, fut élevé en secret par un bouvier.

Parvenu à l’age adulte il se révolta contre son grand père Astyage, le vainquit et mit les Mèdes jusqu’alors dominants sous l’autorité des Perses.

Sur son élan, le jeune roi vainquit donc Crésus, conquit toute la Ionie et poursuivit par une victoire sur le Assyriens après la prise de Babylone en détournant le cours de l’Euphrate pour pénétrer dans la ville remarquablement fortifiée.

Cette conquête est pour Hérodote l’occasion de décrire la somptueuse et quasi légendaire Babylone ainsi que les mœurs de ses habitants.

Mais Cyrus commit sans doute sa plus lourde erreur en s’attaquant aux Massagètes, redoutable peuple nomade et guerrier, possesseur d’un immense royaume allant des confins de l’Europe de l'Est à l’Asie.

Après avoir commis l’erreur tactique de les affronter sur un terrain défavorable il perdit la vie au cours de cette expédition laissant malgré tout une trace exceptionnelle dans l’histoire.

Le livre second est largement consacré à une description de l’Afrique, et surtout de l’Egypte, de sa géographie particulière, de l’agriculture, de la faune, de la religion, du système administratif, social et des principaux souverains dont le redoutable pharaon conquérant Sésostris qui alla selon Hérodote jusqu’en Europe.

Puis vint le tour des pharaons bâtisseurs comme Chéops, Chéphren et Mycerinos, auteurs de somptueux ouvrages qui provoquèrent l’admiration sincère d’Hérodote.

Ainsi le labyrinthe de Crocodilopolis est jugé insurpassable par l’historien.

Hérodote insiste aussi sur les échanges entre Egyptiens et Grecs qui conduisirent ces derniers à copier le panthéon des dieux égyptiens pour les helléniser.

Le livre troisième est consacré au règne agité de Cambyse qui succéda à Cyrus.

Très cruel, paranoïaque et instable psychiquement, Cambyse conquit l’Egypte, échoua devant l’Ethiopie en raison de son caractère impulsif et négligent et se distingua par un règne sanglant fait de nombreux injustices et meurtres dont celui de son propre frère Smerdis.

Cambyse mourut accidentellement et la Perse fut alors gouvernée par une coalition de mages qui trouvèrent un sosie de Smerdis afin de duper le peuple.

Mais un complot de sept aristocrates perses les démit de leur pouvoir et provoqua l’émergence du nouveau grand roi Darius.

Darius se distingua par une politique de conquête qui le fit régner sur un immense empire divisé en vingt satrapies comportant l’Asie Mineure, l’Egypte, la Libye, la Bactriane, l’Inde et le Moyen Orient composé des Parthes, Cissiens, Assyriens et des Mèdes.

Darius commença ensuite à vouloir intimider les peuples de Grèce en envoyant des émissaires demander leur soumission, prit l’île de Samos, puis mata difficilement une révolte babylonienne par l’emploi d’une ruse et du sacrifice de son ami Zopyre.

Mais une grande partie du livre quatre est consacré à la tentative de prise de la Scythie, dont les peuples de redoutables et féroces guerriers nomades furent les seuls à faire reculer les armées de Darius.

Fidèle à ses bonnes habitudes, Hérodote décrit de manière très détaillée la géographie, les mœurs barbares et les croyances des Scythes ainsi que des (légendaires) femmes Amazones.

Après cet échec, la fin du livre relate la conquête de la Libye par Darius et de manière similaire décrit les us et coutume de Libyens.

En conclusion, « L’enquête, livres I à IV » est à lui seule une véritable bibliothèque ambulante véhiculant une gigantesque masse de données sur les peuples de l’Antiquité.

Les récits d’Hérodote sont la plupart du temps aussi remarquables que passionnants, car précis, minutieux, et objectifs sur les peuples dits comme « Barbares » par les Grecs de l’époque à savoir les Perses, les Scythes, les Egyptiens, les Ethiopiens et les Lybiens.

Bien sur des erreurs et exagérations existent, l’auteur a également recours au merveilleux pour expliquer certains faits complètement irrationnels mais ceci ne fait que rajouter au charme de ce récit hors du commun.

La fin de « L’enquête, livres I à IV » nous laisse donc avec l’impression de l’émergence d’une gigantesque et quasi invincible machine à conquérir le monde, la Perse de Darius qui se fait de plus en plus menaçante face à la petite et fragile Grèce composée de ses cité-micro états en permanence en conflit.


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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 21:49

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On connaît Jules César comme l’incarnation du chef de guerre suprême, comme homme politique habile, moins comme écrivain.

Oeuvre majeure, la  « Guerre des Gaules »  regroupe en septs livres les notes de campagne du général César lors de la conquête de la Gaule qui s’étala de –58 av JC à –51 av JC.

Dans un style clair, précis et pragmatique, César raconte année après année les différentes étapes de son entreprise d’annexion des territoires gaulois échappant encore à l'époque à l’Empire romain.

Ce qui frappe d’emblée c’est la multitude des peuples qui composaient la Gaule au VI iéme siècle avant Jésus Christ.

Pour simplifier, César divise la Gaule en trois partie, l’Aquitaine, celle occupée par les Belges et celle occupée par les Celtes.

Certains peuples de ses territoires étaient sous la protection des Romains et leur agression par d’autres clans Gaulois ou étrangers (Germains, Helvètes ) a souvent été à l’origine des conflits qui ont amené César à intervenir militairement puis à dominer ses peuples.

Si on ajoute à cela que certains peuples « amis » des Romains jouaient double jeu et se soulevaient parfois on aura aisément compris la complexité de la situation politique de la Gaule à cette époque.

Le livre premier traite de la répression de l’invasion Helvète d’Orgétorix qui menace les Séquanes et les Héduens, protégés de Rome.

César défait les Helvètes en –58 non sans reconnaître leur grande valeur guerrière.

Dans la foulée il doit défaire le terrible chef germain Arioviste chef des Suèves qui avait la mainmise sur des territoires Séquane et Héduens et menaçait d’attirer dans ses régions d’autres peuples germaniques.

A cette occasion on peut tout à fait déceler la terreur qu’imposaient les peuples germaniques aux Gaulois et le terrible adversaire qu’ils représentaient même pour la puissante armée romaine.

Dans le livre deuxième, César s’attaque au problème des Belges qu’il accuse de conspirer contre Rome.

Les Belges sont décrits par César comme les plus braves des Gaulois et il les soumets peuple après peuple (Suessions, Bellovaques, Nerviens) tout en les épargnant après les avoir vaincus.

Le livre trois consacré à l’année –56, décrit la conquête des peuples Vénètes redoutable marins bordant l’océan atlantique.

Pour arriver à ses fins César doit changer ses stratégies de combat basées sur l’infanterie et l’emporter sur le terrain maritime.

Dans le livre quatre, César retrouve ses ennemis quasi héréditaires les Suèves dont il décrit le physique imposant, les mœurs rudes, guerrière et le système économique basé sur la non possession des terres pour ne pas amollir et corrompre l’ame.

Il traverse le Rhin à l’aide de la fabrication d’un pont montrant tout le génie civil des Romains punit les Sugambres, délivre les alliées Ubiens puis rebrousse assez mystérieusement chemin sans aller jusqu’au bout de l’affrontement avec les Suèves.

César a en effet d’autres plans et se lance dans la difficile conquête de la Bretagne, île difficile d’accès et défendus par des barbares encore inconnus pour lui, les Bretons.

Malgré une victoire obtenue difficilement, César à cours de vivre et dont la flotte est menacée par une tempête est contraint de rebrousser chemin sans pouvoir s’implanter.

Cette première tentative de conquête bretonne s’achève donc sur un semi échec.

César retente sa chance l’année suivante (livre cinq) et va jusqu’à la Tamise pour soumettre le chef Cassivelaunos mais doit revenir en urgence en Gaule pour réprimer la révolte gauloise menée par le charismatique Ambiorix, chef des Eburons.

Encore une fois la conquête de la Bretagne ne peut être menée totalement à  terme.

Le livre six voit la description plus détaillée des mœurs Gauloises, de leur système de castes dominés par les chevaliers et les druides savants garant de la religion.

Ce livre relate un nouvel accrochage outre Rhin avec les Suèves et le règlement définitif du cas Ambiorix

Le livre sept, le plus connu est la longue description du combat acharné qui oppose César à Vercingétorix qui parvint à lever une coalition gauloise pour combattre la domination romaine.

César surprend son ennemi en passant les Cévennes en hiver prend Avaricum après un long et difficile siége puis finit par le coincer à Alésia.

La bataille (ou tout du moins son issue en –52 av JC !)  connue de tous les petits écoliers français voit la défaite de Vercingétorix malgré l’obtention de renforts venus de toute la Gaule.

Dans cette lutte épique, la victoire romaine semble avoir été obtenue par la qualité de leurs travaux de fortifications qui les rendaient quasi inexpugnables et par l’emploi à bon escient d’une redoutable cavalerie germaine qui mis en déroute les cavaliers gaulois sur lesquels Vercingétorix mettait tous ses espoirs.

Vercingétorix vaincu, c’est toute la Gaule qui capitule et se soumet à son nouveau maître.

Le livre huit écrit postérieurement par Aulus Hirtius raconte les derniers soubresauts des révoltes gauloises notamment celles de Bellovaques jusqu’en –50 avant JC et leur écrasement par César qui voulait par une attitude de dévastation et dure répression ôter durablement tout espoir aux peuples vaincus.

En conclusion, bien que souvent remise en cause par les historiens, la « Guerre des Gaules » est un formidable témoignage historique sur une époque qui en comporte du reste peu.

Soupçonné d’exagération (sur le nombre de ses adversaires) , d’imprécisions sur les lieux des batailles et de libres interprétations destinée à le mettre en valeur, Jules César n’a pourtant pas foncièrement dénaturé la réalité.

La description des peuples qu’il a pu rencontrer ou observer est une véritable mine d’or surtout pour l’étude des populations Gauloises dont il respecte l’inventivité, l’intelligence et les capacités de mimétisme dans l’art de la guerre mais dont il déplore l’impulsivité.

Lors des conflits, mis à part lors d’attaque surprises ou d’embuscades traitresses, la supériorité romaine paraît évidente.

Elle se fonde bien entendu sur la discipline de fer imposée aux légions par les immenses capacités techniques des romains que ce soit dans la mise en oeuvre de fortifications, de machines de guerres (mantelets, scorpions, béliers, tours d’assauts) , de ponts incroyables comme pour franchir le Rhin, mais également par les grandes qualités de meneur d’hommes et de clairvoyance de Jules César qui savait reporter une bataille pour avoir le terrain le plus favorable ou galvaniser ses troupes par des discours enflammés ou en se portant lui même aux avants postes.

Mis à part cet immense et précieux matériau historique narrant comment notre pays de clans barbares a été civilisé et assimilé par la force par une nation plus puissante et plus brillante,  le style de Jules César ne m’a pas spécialement charmé ou bouleversé.

Au final, les deux civilisations ont fini par se mêler à tel point qu’on pare aujourd’hui de culture gallo-romaine ce qui prouve qu’avec les siècles une colonisation menée par la force a toutes les chances d’aboutir à une fusion lorsque les cultures en  présence présentent suffisamment de points d’achoppement.

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 17:19

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Sujet très fort avec « Hiroshima, fleurs d’été » de Tamiki Hara.

Ce recueil quasi autobiographique se compose de trois courtes nouvelles traitant du bombardement nucléaire de la ville le 6 août 1945 qui fit approximativement 250 000 victimes directes.

La première partie intitulée « Prélude à la destruction » relate la vie de la population civile avant le largage de la bombe dans une ville vouée à la production industrielle et dotée d’importantes garnisons militaires.

Hara décrit par l’intermédiaire de son héros Shozo, qui revient après la perte de sa femme dans sa ville natale pour vivre chez son frère Seiji, le quotidien des habitants entre travail discipliné à l’usine ou à l’école la journée, entraînements aux évacuations le soir, le tout entrecoupé d'alertes provoquées par le survol de B-29 américains en pleine missions de reconnaissance.

D’un naturel rêveur et solitaire, Shozo trompe ses angoisses par la lecture d’œuvres classiques ou de traités mathématiques.

Dans la grande maison familiale, les caractères mis sous pression par le conflit se heurtent fréquemment.

Seiji est un hyper actif qui réalise des taches administratives pour l’armée, Junnichi a des problèmes  conjugaux avec sa femme Takako qui fugue régulièrement et se comporte bizarrement tandis que leur sœur cadette Yasuko s’acquitte des taches ménagères en bavardant de manière insupportable.

En état de choc après son drame personnel, livré à lui même, Shozo erre et se promène seul sur les lieux de son enfance qui ravivent par instants de vieux souvenirs enfouis dans sa mémoire.

Dans ce climat troublé et malsain, la famille guette les nouvelles du conflit avec avidité et inquiétude attendant les ordres de mobilisation des jeunes hommes et ceux d’évacuation des usines et des logements.

Mais compte tenu de l’importance stratégique d’Hiroshima d’un point de vue militaire et industriel, l’armée veille au grain et enrôle par la force des civils pour participer à la défense anti-aérienne de la ville.

Si je voulais résumer cette première partie, je dirais une longue attente et beaucoup de doutes …

Dans « Fleurs d’été » , Hara passe à la première personne du singulier et décrit de son propre point de vue la fameuse journée de l’attaque nucléaire sur la ville.

Ayant survécu par miracle, le narrateur erre hébété par le choc dans une ville à feu et à sang ou il rencontre un nombre incalculables de blessés la plupart grands brûlés et atrocement défigurés par les effets des radiations de la bombe.

La puissance de la charge est telle que la Nature semble elle même en être affectée : des brasiers et des tornades ravagent les alentours, le ciel est en permanence obscurci par les cendres créant une impression d’enfer sur terre.

Hara emmène avec lui le lecteur dans ce chaos absolu peuplé de visions cauchemardesques de corps agonisants ou militaires et civils se retrouvent tous brutalement mis au même niveau de martyrs.

La dernière partie intitulée « Ruines » marque l’après bombardement avec l’évacuation des survivants dans les villages alentours comme Yahata ou se réfugie le narrateur.

Une autre phase commence toute aussi atroce, car des gens tombent subitement malades, perdent leurs cheveux, crachent du sang ou meurent simplement d’horribles blessures qui ne peuvent être soignées sur lesquelles s’acharnent des nuées de mouches et de vers.

Dans une zone ou les communications sont coupées, le narrateur part alors en quête de survivants issus de sa famille et découvre souvent avec effarement leur décès brutal ou leurs terribles maladies aboutissant certaines fois à des guérisons bien précaires.

La désorganisation bat son plein et la famine commence à frapper les survivants qui meurent par légions.

On est donc ici également dans le registre de l’insupportable et des débuts de la souffrance purement psychologique avec les sentiments de deuil, de regret, de honte d’avoir survécu, de ne pas avoir pu aider, sauver et d’avoir assisté impuissant à la mort d’autres être humains.

Meme si le narrateur s’en tire, il en ressort très affaibli physiquement avec des d’horribles diarrhées, des sifflements aux oreilles et des troubles à l’œil.

Il tient pourtant à revenir à Hiroshima et vient contempler les ravages sur une ville autrefois puissante et prospère.

Le livre se termine par le cas particulier de Monsieur Maki, militaire en poste à Shanghai au moment de l’attaque et qui a perdu l’intégralité de sa famille en une seule journée.

En raison de ce deuil, Monsieur Maki devient quelqu’un de très respecté que les gens viennent souvent saluer.

Par cet exemple, Hara met en exergue l’horrible réalité de l’après Hiroshima avec des gens qui hantés par le souvenir des disparus et croient les reconnaître en croisant des inconnus qu’ils saluent par méprise.

En conclusion, « Hiroshima, fleurs d’été » est un livre qu’on pourrait qualifier de témoignage vital pour l’humanité.

L’histoire qu’on dit souvent écrite par les vainqueurs a souvent montré les Japonais comme des robots fanatisés et conditionnés à mourir plutôt que de se rendre.

C’était sans doute vrai pour les soldats au front mais le livre de Hara montre le comportement des civils d’Hiroshima qui ne différait pas beaucoup de celui des population occidentales avec de la peur, de l’angoisse et pour certains des critiques des positions adoptées par l’armée.

« Hiroshima, fleurs d’été » contribue donc à humaniser donc considérablement les populations japonaises en faisant ressentir l’horreur absolue d’un événement que tout un chacun n’espère jamais vivre.

Par comparaison, l’attentat du 11 Septembre, aussi horrible soit il, fait l’effet d’une piqûre de guepe tant un esprit humain normalement constitué n’est pas capable de saisir la violence d’une catastrophe comme celle d’Hiroshima.

Sans verser dans l’exercice vain de refaire l’histoire, on peut se demander si l’utilisation de la bombe atomique aurait pu être evitée.

On peut aussi la voir comme un passage obligé pour que l’homme en mesure pleinement le pouvoir annihilateur quasi illimité à l’échelle terrestre.

En ce sens le conflit de la seconde guerre mondiale avec les camps d’extermination nazi et les bombes atomiques larguées sur le Japon est celui qui a atteint le plus haut degré de violence et d’horreur de tous les temps.

La souffrance psychologique engendrée fut sans doute insupportable pour les survivants puisque Tamiki Hara se suicidera 6 ans après.

Il lègue donc cependant pour l’éternité un témoignage bouleversant et émouvant aux larmes.


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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 19:08

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3

 

Plongée vers une guerre relativement méconnue aujourd’hui, celle franco-prussienne de 1870 avec « Les Français et la guerre de 1870 » de l’historien Jean-François Lecaillon.

Si la « Grande guerre » et surtout la « Seconde guerre mondiale » bénéficient d’une surexposition médiatique de nos jours,  la guerre de 1870 plus lointaine et brève contre le dernier grand ennemi historique de la France est quelque peu tombée dans l’oubli.

L’originalité du livre de Lecaillon est de se baser sur les témoignages écrits de soldats mais aussi sur de simples particuliers pris dans la tourmente pour multiplier les points de vue inédits.

La guerre se déclenche à l’été 1870 suite à la revendication du trône de l’Espagne par le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi de Prusse Guillaume.

Craignant la constitution d’un axe Prusse-Espagne, la France exige son retrait.

La montée de tension et une succession de maladresses diplomatiques orchestrées par le chancelier Bismarck conduisent la gouvernement républicain français de l’époque a déclarer la guerre sans que Napoléon III malade n’intervienne.

Dés lors c’est l’engrenage guerrier fatal conduisant les deux pays au choc frontal en Alsace Lorraine ou se dérouleront la majeure partie des combats.

Assez rapidement malgré un enthousiasme belliqueux de façade, l’armée française mal préparée et trop sure d’elle essuie de cuisants revers.

Lecaillon analyse remarquablement les causes multiples de ces échecs, mettant en cause principalement le manque de vision d’ensemble, d’organisation des officiers français, incapables de coordonner leurs troupes ainsi que le manque d’entraînement des recrues civiles inexpérimentées et indisciplinées qui viennent s’ajouter à l’obsolescence des stratégies militaires employées.

En effet les Français ont pour l’occasion une guerre de retard.

Ils ont une stratégie d’attente, misant tout sur les assauts combinés de la cavalerie à ceux de l’infanterie française réputée pour sa « furia » dévastatrice.

La bravoure et le sens de l’honneur sont mis en avant.

En face, les Allemands ont intégrés la notion de guerre industrielle ou l’homme est finalement secondaire par rapport au matériel.

La puissance et la précision de leur artillerie surclassent celle de français, les pillonnant sans relâche à distance, massacrant cavaliers et fantassins avant même qu’ils aient pu engager le combat.

Lors des rares assauts, les Allemands font mine de se dérober pour forcer les Français à les pourchasser et les faire tomber sur d’autres vagues de combattants embusqués avec leurs mitrailleuses.

Ils exploitent également de manière redoutable le renseignement, interceptant la presse et les courriers de leurs adversaires.

Devant pareil déséquilibre et malgré quelques rares exploits individuels sans lendemain, l’armée française dirigée par les général Bazaine et le maréchal Mac Mahon est rapidement contrainte à la retraite qu’elle fait dans le désordre le plus complet.

A ce titre, les interminables hésitations du général Bazaine dirigeant les armées sont très révélatrices du manque d’analyse et de capacité de réactions des troupes françaises.

Retranché à Metz, il se refuse à tenter une sortie attendant qu’une armée de Paris viennent l’aider à briser le blocus allemand alors que dans le même temps Paris également assiégé attend de même d’être libéré par ses soins !

Les tensions sont également très vives dans la capitale ou les militaires sont jugés incompétents ou achetés par l’ennemi.

Des troubles éclatent, menaçant la fragile stabilité du gouvernement en place.

Les tentatives pour desserrer l’étau germanique échouent toutes, car les groupes de miliciens formés à la hâte dans les provinces ne sont pas soutenus par les troupes régulières qui se méfient d’eux.

De plus les paysans sont peu mobilisés pour cette guerre, craignant les violentes représailles prussiennes contre la population.

Ils demeurent au final plutôt spectateurs et les effets escomptés de harcèlement par guérilla sur l’armée prussienne demeurent largement inefficaces.

Le 2 Septembre 1870, Napoléon III capitule après la bataille de Sedan ce qui entraîne la création d’un gouvernement de défense nationale ou siège Gambetta.

Après de nombreuses manœuvres assez douteuses de double jeu pour négocier avec l'ennemi, Bazaine capitule à son tour le 29 Octobre à Metz.

Le ressentiment et l’instabilité qui règnent à Paris aboutissent au soulèvement gauchiste de la Commune en 1871 qui sera réprimé dans le sang par Mac Mahon.

Lors d’un humiliant traité de paix signé à Versailles le 26 Février 1871, la France accepte donc de céder l’Alsace et la Lorraine ainsi que de verser des indemnités financières à la Prusse victorieuse de Bismarck et de Guillaume.

Lecaillon exprime alors le fort ressentiment qui anime les français.

Victime idéale en raison de son attitude trouble et peu combative, le général Bazaine est jugé, destitué et condamné à 20 ans de prison.

En conclusion, « Les Français et la guerre de 1870 » est un pur ouvrage d’historien.

Le style littéraire n’est pas à rechercher, le travail réalisé ici étant minutieux et analytique dans un souci de réalité historique.

Lecaillon examine les situations avec lucidité, atténuant souvent les responsabilités individuelles des chefs français pour insister sur les erreurs collectives à tous les échelons du pouvoir politique et de la hiérarchie militaire.

Bien souvent il envisage les multiples possibilités qui s’offraient aux dirigeants pour conclure que au final toutes les solutions présentaient des inconvénients.

J’avoue que j’ai trouvé que cet exercice systématique assez vain.

J’ai en revanche apprécié les récits de combat par des soldats, réalisant l’horreur absolue de la guerre moderne capable avec ses machines de massacrer les hommes en quantité industrielles au rythme de 100 hommes à la minute.

L’étude de cette guerre est pour moi intéressante en tant que prélude à celle de 1914-1918 ou la France considérera qu’elle a  une revanche à prendre sur la terrible humiliation subie.


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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 14:07

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Déjà dix ans que « Gladiator » de Ridley Scott est sorti à l’aube de l’an 2000.

A cette époque malgré les excellentes critiques dont il fut l’objet et la pluie d’oscars qu’il reçut je n’alla pas le voir en salle mais je me souviens encore aujourd’hui de la majesté impressionnante des affiches qu’on pouvait voir durant l'été de sa sortie dans les villes.

Depuis je me suis rattrapé et l’ai revu de nombreuses fois.

L’histoire est des plus riches.

En 180 après Jésus Christ, pour protéger la grandeur de Rome, l’empereur Marc Aurèle (Richard Harris) combat les tribus germaniques menaçantes le long du Danube.

Son général, le dénommé Maximus Decimus (Russell Crowe) remporte une bataille décisive contre les troupes barbares massées prêt des frontières.

Marc Aurèle, malade et sentant sa fin approcher choisit donc Decimus comme successeur pour redonner le pouvoir au Sénat, destituant au passage son fils Commode (Joaquin Phœnix) qui ivre de rage l’assassine, prenant ainsi le titre de l’empereur par force.

Commode fait arrêter Decimus, fait massacrer sa famille et décide de le faire exécuter.

Decimus échappe à son sort mais considéré comme fugitif et déserteur est enrôlé comme gladiateur pour combattre dans l’aréne dans les provinces orientales pour le compte du laniste Proximo (Oliver Reed).

Combattant exceptionnel, Decimus ne tarde pas à se tailler une incroyable réputation en tant que gladiateur et échoie du surnom de l’Espagnol.

Entre temps, Commode est revenu à Rome et impose sa dictature, gouvernant en tyran avec sa sœur la belle Lucilla (Connie Nielsen) qui effrayée par sa brutalité, en viendra finalement à comploter contre lui.

Politicien médiocre, Commode fait pour sa popularité rétablir les jeux du cirque que le sage Marc Aurèle avait fait supprimer.

Ceci offre à Decimus l’opportunité de se rapprocher de son ennemi.

Avec ses compagnons, un Numide (Djimon Honsou) et un colossal Germain (Sven Ole Thorsen) il triomphe en de sanglants combats au Colisée, se faisant remarquer par Commode en personne.

Ayant reconnu son rival, Commode ne peut l’exécuter en raison de sa popularité aussi décide t il de l’affronter dans l’aréne pour mettre à mal sa réputation et en finir avec lui …

En conclusion, « Gladiator » peut être considéré comme un film magistral, épique et complètement envoûtant.

Scott réussit une reconstitution minutieuse du monde de l’Antiquité et parvient à captiver par l’histoire extrêmement puissante de la vengeance d’un homme à l’intégrité inflexible.

Excellent, Russell Crow joue de manière sobre mais charismatique alors que Joaquin Phœnix en empereur bouillant, ambitieux et instable est monstrueux de crédibilité.

Le film ressemble à une véritable odyssée menant de la froide et sombre Germanie aux arénes ensoleillés d’Espagne ou d’Italie.

Les combats sont à couper le souffle, que ce soit la bataille  introductive entre Romains et Germains ou les luttes dans l’aréne entre colossaux gladiateurs surarmés, fauves et chars aux mécanismes mortels.

« Gladiator » est un film puissant, magique, qui emporte le spectateur dans son univers esthétiquement superbe.

Son immense succès populaire et artistique fut largement mérité et contribua à remettre au goût du jour le péplum, bien qu’aucun des autres films sortis à sa suite ne lui arriva à la cheville.


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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 20:02

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3

 

Publié en 1521, « L’Art de la guerre » de Machiavel fait écho au traité du chinois Sun Tzu à prêt d’un millénaire d’intervalle.

Dans ce livre en sept tomes écrit sous forme de dialogue factices, le Florentin dénonce par la voix du capitaine Fabrizio Colonna, la faiblesse des armées italiennes de la Renaissance et se propose d’améliorer leur efficacité militaire en prenant exemple sur les Anciens.

Par Anciens, Machiavel fait référence aux Grecs mais surtout aux Romains dont le décorticage des stratégies militaires occupe pratiquement l’essentiel de l’ouvrage.

Fabrizio s’intéresse tout d’abord à la composition et au recrutement des troupes.

Il réfute l’idée selon laquelle une armée ne peut être constituée que par des professionnels qui présentent toujours le risque de devenir au bout d’un moment trop puissants à l’instar de la garde prétorienne romaine.

L’usage de mercenaires étrangers se vendant aux plus offrant est tout aussi prohibé.

Fabrizio prône la levée de soldats parmi les gens du peuple qui auront été préalablement éduqués et périodiquement entraînés pour être prêts le moment venu à servir sous les armes afin de protéger leur patrie.

Son idée dominante est de rétablir la puissance de l’infanterie, la cavalerie étant relégué à un rôle d’auxiliaire.

Pour cela les exemples sont la compacité de la phalange grecque mais bien plus encore les remarquables performances des légions romaines qui étaient quasi invincibles en leur temps.

Fabrizio s’appuie donc fortement sur l’organisation des légions, sur leurs fantassins légers (archers et fondeurs ) appelés vélites et sur la triple rangée de fantassins lourds (hastaires, princes et triaires)  composant leur cœur de la force de frappe des légions.

Les armées allemandes mais surtout suisses réputées alors comme les plus performantes de l’époque de Machiavel, ne résistent pas longtemps à la comparaison avec les légions romaines.

Puis Fabrizio décrit longuement les manœuvres nécessaires pour entraîner les troupes en insistant sur leur cohésion d’ensemble.

Poussé par ses interlocuteurs à s’exprimer sur l’artillerie, il minimise l’impact de l’artillerie lourde car très dépendante de la géographie qui peut altérer grandement sa précision, et mis en difficulté sur l’artillerie légère, n’a pas d’autre choix que de miser sur la rapidité de ses troupes pour arriver le plus vite possible au corps à corps.

Dans le livre quatrième, Fabrizio aborde l’aspect du choix du meilleur terrain pour engager l’affrontement et celui du commandement afin de motiver ou refroidir ses troupes selon l’appréciation du général.

Ensuite, Fabrizio poursuit sur l’art d’accoutumer les soldats à un régime alimentaire austère, au contrôle de leur solde, à l’interdiction du pillage individuel, à la punition sévère de désobéissance et à la récompense de la bravoure, ceci afin de leur inculquer une discipline de fer source de leur plus grande efficacité.

Le livre sixième est consacré à l’édification des camps en insistant plus sur le travail de soldat réquisitionnés comme manœuvres que sur le choix du terrain et à la manière de défendre ces camps de manière efficace.

Dans le dernier livre, Fabrizio traite de l’art de construire des fortifications capables de soutenir un siége.

Il est donc longuement question de remparts, de fossés, de tours, de postes avancés, de l’art de s’approvisionner, de contrer les espions ou d’attaquer l’ennemi sur un autre front pour l’obliger à quitter ses positions.

En conclusion, « L’art de la guerre » est une référene de son temps, un manuel technique qui traite de manière détaillée et méthodique de la vision de Machiavel pour redonner du prestige aux troupes de son pays.

Le quasi systématisme de l’adoption du modèle romain dans une époque ou l’artillerie avait révolutionné l’art de la guerre peut pour moi montrer un caractère trop étroit et rigide aux théories exposées.

En effet les progrès ultérieurs de la mécanique (précision et puissance des canons, cadence des mitrailleuses) rendront rapidement ses considérations de plus en plus difficiles à tenir.

Bien entendu l’aspect commandement présente toujours un intérêt mais j’ai trouvé que dans le même registre le livre de Sun Tzu, plus complet, plus souple et plus subtil dans son approche générale.


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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 19:15

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« La comtesse » est un film français de et avec Julie Delpy sorti en 2010.

Le film raconte de manière romancée l’histoire plus ou moins mythique de la comtesse Erzebet Bathory (jouée par Julie Delpy), noble hongroise née en 1560 qui fut considérée comme une Dracula au féminin.

Erzebet Bathory est issue d’une riche et puissante famille Hongroise.

Son mari le comte Nadasky, héros de la guerre contre les Turcs, est mort prématurément de maladie alors que le Roi de Hongrie lui devait une somme importante pour le nombre d’années passées à guerroyer pour son compter.

La comtesse  Bathory est donc une riche veuve relativement indépendante qui est crainte et respectée dans toute la Hongrie.

Mais un jour elle tombe amoureuse d’un jeune homme âgé de 20 ans de moins qu’elle.

Cet homme est Istvan Thurzo (Daniel Bruhl) fils de Gyorgy Thurzo (William Hurt) proche de la famille Nadasky.

Entre les deux amants une passion dévastatrice va s’instaurer mais le sens des convenances fait que Istvan devra quitter la comtesse pour se marier avec une promise de son age fille d’un riche marchand danois.

Erzbet vit très mal la rupture et se morfond dans l’attente de nouvelles de son amant.

Son age la torture et ce ne sont pas les conseils de la jeune Darvulia (Anamaria Marinca) sa sorcière, amante et conseillère qui parviennent à l’apaiser.

Puis elle bascule progressivement dans la folie en décrétant que seul les sang de jeunes vierges peut lui faire stopper le processus de vieillissement et rester seule éternellement.

Ses domestiques sont donc chargés de l’approvisionner en jeunes vierges qui sont enlevées dans la campagne environnantes puis vidées de leur sang avant que leurs corps ne soient rejetés aux bêtes féroces dans les bois.

Le comte Vizakna (Sebastian Blomberg) , débauché fasciné par la comtesse, devient son allié et la pousse indirectement à aller plus loin dans ses fantasmes de jeunesse éternelle.

La comtesse laisse mourir Darvulia puis fabrique une machine composée d’une cage en acier pour saigner plus efficacement ses proies mais la rumeur enfle dans les campagnes et il lui est de plus en difficile d’obtenir des filles.

Puis ce qui devait arriver arriva, la comtesse enlève des femmes de la petite noblesse, la propre femme de Istvan qu’elle assassine sauvagement et ses exactions arrivent jusqu’aux oreilles du roi qui voit alors l’occasion de s’affranchir de ses dettes envers les Nadinski.

Aidé par Gyorgy Thurzo qui voit la une occasion parfaite de mettre la main sur les biens de la famille Nadinski, le Roi se laisse convaincre d’envoyer Istvan comme émissaire pour confondre la comtesse.

La rencontre entre son ex amant ne manque pas d’émouvoir Ersebeth, pourtant les crimes qui lui sont reprochées ne tardent pas à s’établir.

Arrêtée elle est alors condamnée à mourir emmurées vivante alors que ses biens seront récupérés par le comte Thurzo.

En conclusion, Julie Delpy signe un film d’époque passionnant autour d’une des légendes les plus sulfureuses de l’histoire.

Son interpetation de Bathory est fantastiquement complexe, introduisant une dimension romantique liée à un amour impossible pour expliquer l’aspect criminel et horrifique du personnage.

Delpy semble également fascinée par l’aspect « féministe » d’une femme qui osa s’émanciper à son époque et dérangea par sa liberté la domination masculine, aspect que j’ai trouvé plus que discutable pour parler d’une dangereuse psychopathe.

Gothique, ensorcelant, trouble et délicieusement subversif, son film rend néanmoins justement hommage à un personnage qui frappé les imaginations et a inspiré beaucoup de groupes de métal satanistes comme Cradle of filth ou Venom.

J’ai pour ma part été formidablement touché par le destin même légendaire de cette femme qui semblait animée des véritables pulsions maléfiques.


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