Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 20:02

Art_guerre-copie-1.jpg

3

 

Publié en 1521, « L’Art de la guerre » de Machiavel fait écho au traité du chinois Sun Tzu à prêt d’un millénaire d’intervalle.

Dans ce livre en sept tomes écrit sous forme de dialogue factices, le Florentin dénonce par la voix du capitaine Fabrizio Colonna, la faiblesse des armées italiennes de la Renaissance et se propose d’améliorer leur efficacité militaire en prenant exemple sur les Anciens.

Par Anciens, Machiavel fait référence aux Grecs mais surtout aux Romains dont le décorticage des stratégies militaires occupe pratiquement l’essentiel de l’ouvrage.

Fabrizio s’intéresse tout d’abord à la composition et au recrutement des troupes.

Il réfute l’idée selon laquelle une armée ne peut être constituée que par des professionnels qui présentent toujours le risque de devenir au bout d’un moment trop puissants à l’instar de la garde prétorienne romaine.

L’usage de mercenaires étrangers se vendant aux plus offrant est tout aussi prohibé.

Fabrizio prône la levée de soldats parmi les gens du peuple qui auront été préalablement éduqués et périodiquement entraînés pour être prêts le moment venu à servir sous les armes afin de protéger leur patrie.

Son idée dominante est de rétablir la puissance de l’infanterie, la cavalerie étant relégué à un rôle d’auxiliaire.

Pour cela les exemples sont la compacité de la phalange grecque mais bien plus encore les remarquables performances des légions romaines qui étaient quasi invincibles en leur temps.

Fabrizio s’appuie donc fortement sur l’organisation des légions, sur leurs fantassins légers (archers et fondeurs ) appelés vélites et sur la triple rangée de fantassins lourds (hastaires, princes et triaires)  composant leur cœur de la force de frappe des légions.

Les armées allemandes mais surtout suisses réputées alors comme les plus performantes de l’époque de Machiavel, ne résistent pas longtemps à la comparaison avec les légions romaines.

Puis Fabrizio décrit longuement les manœuvres nécessaires pour entraîner les troupes en insistant sur leur cohésion d’ensemble.

Poussé par ses interlocuteurs à s’exprimer sur l’artillerie, il minimise l’impact de l’artillerie lourde car très dépendante de la géographie qui peut altérer grandement sa précision, et mis en difficulté sur l’artillerie légère, n’a pas d’autre choix que de miser sur la rapidité de ses troupes pour arriver le plus vite possible au corps à corps.

Dans le livre quatrième, Fabrizio aborde l’aspect du choix du meilleur terrain pour engager l’affrontement et celui du commandement afin de motiver ou refroidir ses troupes selon l’appréciation du général.

Ensuite, Fabrizio poursuit sur l’art d’accoutumer les soldats à un régime alimentaire austère, au contrôle de leur solde, à l’interdiction du pillage individuel, à la punition sévère de désobéissance et à la récompense de la bravoure, ceci afin de leur inculquer une discipline de fer source de leur plus grande efficacité.

Le livre sixième est consacré à l’édification des camps en insistant plus sur le travail de soldat réquisitionnés comme manœuvres que sur le choix du terrain et à la manière de défendre ces camps de manière efficace.

Dans le dernier livre, Fabrizio traite de l’art de construire des fortifications capables de soutenir un siége.

Il est donc longuement question de remparts, de fossés, de tours, de postes avancés, de l’art de s’approvisionner, de contrer les espions ou d’attaquer l’ennemi sur un autre front pour l’obliger à quitter ses positions.

En conclusion, « L’art de la guerre » est une référene de son temps, un manuel technique qui traite de manière détaillée et méthodique de la vision de Machiavel pour redonner du prestige aux troupes de son pays.

Le quasi systématisme de l’adoption du modèle romain dans une époque ou l’artillerie avait révolutionné l’art de la guerre peut pour moi montrer un caractère trop étroit et rigide aux théories exposées.

En effet les progrès ultérieurs de la mécanique (précision et puissance des canons, cadence des mitrailleuses) rendront rapidement ses considérations de plus en plus difficiles à tenir.

Bien entendu l’aspect commandement présente toujours un intérêt mais j’ai trouvé que dans le même registre le livre de Sun Tzu, plus complet, plus souple et plus subtil dans son approche générale.


Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 19:15

La_comtesse.jpg

4

 

« La comtesse » est un film français de et avec Julie Delpy sorti en 2010.

Le film raconte de manière romancée l’histoire plus ou moins mythique de la comtesse Erzebet Bathory (jouée par Julie Delpy), noble hongroise née en 1560 qui fut considérée comme une Dracula au féminin.

Erzebet Bathory est issue d’une riche et puissante famille Hongroise.

Son mari le comte Nadasky, héros de la guerre contre les Turcs, est mort prématurément de maladie alors que le Roi de Hongrie lui devait une somme importante pour le nombre d’années passées à guerroyer pour son compter.

La comtesse  Bathory est donc une riche veuve relativement indépendante qui est crainte et respectée dans toute la Hongrie.

Mais un jour elle tombe amoureuse d’un jeune homme âgé de 20 ans de moins qu’elle.

Cet homme est Istvan Thurzo (Daniel Bruhl) fils de Gyorgy Thurzo (William Hurt) proche de la famille Nadasky.

Entre les deux amants une passion dévastatrice va s’instaurer mais le sens des convenances fait que Istvan devra quitter la comtesse pour se marier avec une promise de son age fille d’un riche marchand danois.

Erzbet vit très mal la rupture et se morfond dans l’attente de nouvelles de son amant.

Son age la torture et ce ne sont pas les conseils de la jeune Darvulia (Anamaria Marinca) sa sorcière, amante et conseillère qui parviennent à l’apaiser.

Puis elle bascule progressivement dans la folie en décrétant que seul les sang de jeunes vierges peut lui faire stopper le processus de vieillissement et rester seule éternellement.

Ses domestiques sont donc chargés de l’approvisionner en jeunes vierges qui sont enlevées dans la campagne environnantes puis vidées de leur sang avant que leurs corps ne soient rejetés aux bêtes féroces dans les bois.

Le comte Vizakna (Sebastian Blomberg) , débauché fasciné par la comtesse, devient son allié et la pousse indirectement à aller plus loin dans ses fantasmes de jeunesse éternelle.

La comtesse laisse mourir Darvulia puis fabrique une machine composée d’une cage en acier pour saigner plus efficacement ses proies mais la rumeur enfle dans les campagnes et il lui est de plus en difficile d’obtenir des filles.

Puis ce qui devait arriver arriva, la comtesse enlève des femmes de la petite noblesse, la propre femme de Istvan qu’elle assassine sauvagement et ses exactions arrivent jusqu’aux oreilles du roi qui voit alors l’occasion de s’affranchir de ses dettes envers les Nadinski.

Aidé par Gyorgy Thurzo qui voit la une occasion parfaite de mettre la main sur les biens de la famille Nadinski, le Roi se laisse convaincre d’envoyer Istvan comme émissaire pour confondre la comtesse.

La rencontre entre son ex amant ne manque pas d’émouvoir Ersebeth, pourtant les crimes qui lui sont reprochées ne tardent pas à s’établir.

Arrêtée elle est alors condamnée à mourir emmurées vivante alors que ses biens seront récupérés par le comte Thurzo.

En conclusion, Julie Delpy signe un film d’époque passionnant autour d’une des légendes les plus sulfureuses de l’histoire.

Son interpetation de Bathory est fantastiquement complexe, introduisant une dimension romantique liée à un amour impossible pour expliquer l’aspect criminel et horrifique du personnage.

Delpy semble également fascinée par l’aspect « féministe » d’une femme qui osa s’émanciper à son époque et dérangea par sa liberté la domination masculine, aspect que j’ai trouvé plus que discutable pour parler d’une dangereuse psychopathe.

Gothique, ensorcelant, trouble et délicieusement subversif, son film rend néanmoins justement hommage à un personnage qui frappé les imaginations et a inspiré beaucoup de groupes de métal satanistes comme Cradle of filth ou Venom.

J’ai pour ma part été formidablement touché par le destin même légendaire de cette femme qui semblait animée des véritables pulsions maléfiques.


Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 20:52

Ennemi_intime.jpg4

 

« L’ennemi intime » est un film français réalisé par Florent Emilio Siri en 2007 qui aborde courageusement l'un des sujets les plus délicats et les plus tabou de l’histoire de France : la guerre d’Algérie.

Dans ce film,  au plus fort de la guerre d’Algérie, Terrien (Benoît Magimel), jeune lieutenant français arrive dans une région reculée de la Kabylie ou l’armée française essuie une forte résistance de la part des maquisards du FLN.

Beau garçon, intelligent et pétri de bons sentiments Terrien est volontaire pour cette affectation mais manque cruellement d’expérience de terrain.

Sous l’autorité du commandant Vesoul (Aurélien Recoing) il fait équipe avec le sergent Dougnac (Albert Dupontel) qui est lui un militaire aguerri maîtrisant toutes les ficelles de la guérilla dans les montagnes kabyles.

La toile de fond du film est la traque d’un insaisissable chef de guerre du FLN qui se cache dans le maquis kabyle et se ravitaille auprès des villages de montagnards.

Pour mener à bien leur mission, Terrien et Dougnac commandent un bataillon de jeunes soldats français qui s’appuie sur des militaires harkis comme Said (Lounès Tazairt) pour la connaissance du terrain et le recueil d’informations.

Très rapidement le spectateur est happé à travers le regard de Terrien dans l’univers infernal et chaotique de cette guerre complexe et sauvage ou les embuscades succèdent aux massacres les plus inhumains.

La caméra de Siri filme tout avec une maestria hors du commun et une élégance rendant la violence quasiment irréelle dans des paysages aussi majestueux.

Les scènes de bataille brèves mais ultra violentes, sont filmées avec un réalisme comparable à celui de Spielberg dans « Il faut sauver le soldat Ryan »  et rendent parfaitement compte du sentiment de confusion et de tension paroxysmique qui règnent sur les esprits en ces moments la.

L’affrontement psychologique entre Terrien et Dougnac est passionnant et petit à petit au fil des horreurs de la guerre les beaux idéaux du lieutenant vacillent, sa volonté s’émousse, il s’endurcit, se déshumanise selon un processus bien connu dans les conflits armés qui durent dans le temps.

Mais Siri ne traite pas que le point de vue français, celui des villageois algériens pris entre deux formes de violence celle extérieure des militaires français qui pratiquent la torture et celle intérieure, fratricide des membres du FLN qui mutilent et égorgent est également abordée.

A travers les personnages de Rachid et ou du vétéran Said, tous deux harkis pour de respectables raisons puisque leurs familles ont été massacrées par le FLN, on comprend ce qui a pu motiver certains algériens à choisir de rester fidèles à la France.

Le film n’évite aucun tabou et atteint son point culminant lors du bombardement d’insurgés au napalm par l’armée française après un accrochage d’une violence extrême.

Quelques scènes terriblement émouvantes parviennent à se glisser subrepticement comme lors du visionnage d’un film tourné par un jeune soldat abattu ou de l’exécution d’un prisonnier jouée magnifiquement par l’humoriste Fellag, que Dougnac décide d’épargner en raison de son passé de soldat.

 « L’ennemi intime » allie donc à la fois la forme et le fond avec un film superbe visuellement, âpre, intense tout  en narrant une guerre abominable ou personne ne gagne au final.

Mais plus que l’aspect historique et éducatif, le film de Siri touche à travers la lente dégradation de Terrien quelque chose de plus profond, de plus intime et de plus universel : l’effet déshumanisant de la guerre sur l’homme.

Sur un thème a priori impossible qui en a fait reculer plus d’un, Florent Emilio Siri réussit donc en s’appuyant sur des comédiens fantastiques un film qu’on peut qualifier de parfaite réussite.

Infiniment plus audacieux et subtil que le très manichéen et lourdingue « Indigènes », « L’ennemi intime » aurait pour moi assurément mérité quelques césars ...


Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 13:04

Art_guerre.jpg4

 

Un livre un peu atypique dans ces colonnes, « L’art de la guerre » de Sun Tzu.

On sait peut de choses sur l’origine de cet ouvrage et de cet auteur, si ce n’est qu’il a du être écrit en Chine entre le VI ieme et le Viéme siècle avant Jésus Christ, ce qui en fait le plus vieil ouvrage de stratégie militaire connu.

A cette époque se déroulait le règne des Royaumes Combattants, période trouble et belliqueuse de prêt de trois siècles durant laquelle sept grand états émergents se sont disputés la suprématie en Chine.

On suppose donc que Sun Tzu faisait partie de ces nombreux conseillers et expert militaires itinérants dont s’entouraient les monarques pour faire face au innombrables conflits déchirant leur pays.

Dans « L’art de la guerre » Sun Tzu explique donc ses théories sur la manière de mener un conflit armé.

Il décrit alors les éléments à prendre en compte pour le général en campagne comme les conditions climatiques, géographiques ou plus étonnamment l’influence morale d’un chef sur ses hommes.

En parcourant ce livre on a donc l’impression de lire ni plus ni moins que du guide du parfait meneur d'homme.

Ce qui frappe outre l’aspect stratégique basé sur une guerre de mouvement et sur la recherche de l’effet de surprise c’est la forte dimension psychologique de l’ouvrage.

Sun Tzu excelle dans l’analyse des forces et faiblesses non seulement de sa propre armée mais surtout de celles de l’ennemi.

Il incite donc à développer des stratégies de reconnaissances poussées allant jusqu’à l’infiltration des rangs ennemis par des espions.

Les manières dont il explique l’art de corrompre un ennemi, de le retourner, mais surtout de le duper dénotent le regard d’un homme doté de grandes facultés d’analyse du psychisme humain.

De la qualité de cette tactique de renseignement et des préparatifs soigneux du général, dépendront grandement la réussite de l’entreprise.

Mais Sun Tzu donne aussi des conseils aux généraux, qui doivent être calmes, justes mais sévères, montrer l’exemple en accomplissant des taches pénibles, se faire respecter et surtout aimer par leurs hommes pour pouvoir les galvaniser au moment opportun.

Le courage sans tempérance est vu comme un défaut confinant à l’aveuglément et la bétise, la prudence exagérée à l’indécision et à la faiblesse.

Il est important de noter que pour Sun Tzu un général en campagne doit pouvoir s’affranchir de l’autorité de son souverain car l’art de la guerre nécessite de grandes facultés de réactions et d’adaptations incompatibles avec une gestion du commandement à distance.

Souplesse, réactivité, ingéniosité et discipline sont donc les qualités premières d’une armée bien commandée.

La métaphore des deux anneaux entrelacés pour symboliser les infinies combinaisons de la force normale et de la force extraordinaire capable d’enlever la décision, confine au sublime.

En conclusion, « L’art de la guerre » est un livre impressionnant de modernité si on tient compte de son incroyable vétusté.

Il dénote le pragmatisme d’un homme de terrain et la finesse d’un homme intelligent ayant beaucoup observé les hommes et leurs comportements dans des situations aussi extrêmes que la guerre.

Son influence perdurera jusqu’à Mao Tse Tung modèlera pendant des siècles les techniques militaires chinoises, japonaises ou russes.

Certes depuis Sun Tzu, les techniques militaires ont incroyablement évoluées, l’aviation et l’artillerie ont envoyé les fantassins, archers et cavaliers au musée mais cet ouvrage demeure une référence importante en terme de doctrine militaire avec d’étonnantes notions de morale concernant le fait d’épargner un ennemi en déroute et de parvenir à résoudre un conflit sans déclencher de guerre, ultime et coûteux moyen en ressources matérielles et humaines d’un état.

On pourra également aussi éternellement fantasmer en imaginant Alexandre le Grand faire un détour sur sa route et se lancer à l’assaut de cette Chine aussi en avance sur son époque en matière de statégies militaires …

Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 20:33

Hannibal.jpg4.gif

 

L’Histoire avec un grand H comme « Hannibal » livre de l’ancien ministre tunisien Habib Boularès.

Avouons le franchement, après Jules César et Alexandre, Hannibal manquait pour être complet dans l’étude des grands conquérants de l’Antiquité.

L’histoire d’Hannibal est celle de la seconde guerre punique, qui éclata entre les deux super puissances de l’époque, Carthage et Rome entre 219 et 202 av JC.

Au cours de la rapide exposition du contexte historique et des institutions carthaginoises, on est frappé de l’extrême complexité de la situation, autant par le jeu d’alliances subtiles entre la multitude des peuples du bassin méditerranéen que par les propres dissensions et jeux de pouvoir au sein même du sénat carthaginois.

Au sein de ce dernier, deux familles rivales, les Hannon et les Barcides dont est originaire Hannibal se feront une guerre d’influence sans relâche qui parasitera l’unité carthaginoise et sera une entrave à terme à l’avancée du conquérant tandis que Rome fera bloc de toutes la force de ses institutions pour repousser l’envahisseur.

Mais le cœur du conflit est la rivalité extrême entre l’Empire romain à l’appétit dévorant, déjà vainqueur de la première guerre punique et la cité de Carthage, dont l’insolente richesse provenant du commerce maritime faisait de l’ombre à Rome.

Boularès appuie ses réflexions majoritairement sur deux auteurs le grec Polybe et le romain Tite-live pour relater un conflit éclatant en Espagne, chacune des deux  parties prétextant la violation du traité de 241 av JC, délimitant les zones de chacun des deux empires.

Envoyé en Espagne pour livrer batailles, Hannibal révèle alors des capacités organisationnelles et stratégiques hors du commun, fédérant des peuples aussi dissemblables que les Numides, les innombrables tribus Ibères et Gauloises hostiles au joug Romain pour créer une armée de 70 000 hommes, cavaliers et éléphants capable de marcher sur l’Italie.

Par son audace, ses exploits comme le franchissement des Pyrénées, des Alpes, du Rhône, et surtout ses innovations tactiques sur le champs de bataille, Hannibal parvient à surprendre les légions romaines et accumulent les victoires, la plus symbolique d’entre elle étant celle de Cannes en  216 ou les Romains perdent environ 50 000 hommes.

Avec de pareilles victoires, Hannibal parvient à se rallier plusieurs provinces romaines comme le Lucanie ou le Bruttium ou des capitales économiques célèbres comme Capou, rivale historique de Rome.

Il noue également une alliance avec Philippe V de Macédoine, ennemi de Rome, sans que celui ci, trop occupé à maintenir la cohésion interne de son royaume ne parvienne réellement à l’aider.

Privé de renforts, Hannibal ne dispose pas d’assez de ressources pour vaincre définitivement ses adversaires.

Assez étrangement Carthage ne soutient pas son général victorieux, préférant envoyer des troupes pour récupérer l’île de Syracuse ce qui sera à terme un échec cuisant.

Finalement le conflit s’enlise, et Rome parvient à se réorganiser, trouvant de formidables ressources, levant plusieurs légions en enrôlant des esclaves contre une promesse d’affranchissement.

La situation va évoluer en un statu quo de six années.

Rome contre attaque en Espagne ou le général Scipion prend Carthagène et provoque la fuite d’ Hasdrubal,  venu avec des renforts aider son frère Hannibal.

Hasdrubal part aider Hannibal avec 60 000 hommes mais est stoppé et tué lors de la bataille du Métaure.

Scipion poursuit son action en Afrique et conclut une alliance avec le roi Numide Massinissa pour affronter et battre Carthage sur son propre terrain.

Carthage capitule et rappelle Hannibal qui n’a d’autre choix que de revenir.

Il est finalement vaincu à Zama en 202.

Carthage perd ses possessions, en Espagne, Gaule et Italie, voit sa flotte réduite au minimum et doit payer une indemnité à son vainqueur.

La dernière partie du livre relate la fin de la vie d’Hannibal, qui bien qu’élu suffète au sénat carthaginois et ayant montré de belles qualité de gestion et d’urbanisme, sera victime de sa rivalité avec les nobles, notamment les Hannon, et devra fuir, entamant une cavale qui l’emmena à Tyr puis à Antioche ou fut le conseiller du roi Antiochos.

Rome sera impitoyable, châtiant cruellement les provinces ou villes comme Capou s’étant ralliées au conquérant.

Après que Philippe de Macédoine fut châtié par Rome pour son alliance avec Hannibal, Antiochos est également vaincu, Hannibal se retrouve isolé et sommé d’être livré par son protecteur, préfère se suicider plutôt que de subir le déshonneur.

En conclusion, « Hannibal » est un ouvrage très dense, ou Habib Boularès expose de manière extrêmement minutieuse les faits, émettant des conjectures lors des nombreuses zones d’ombres et mystères apparents de ce conflit meurtrier, équivalent à une guerre mondiale à l’échelle de l’Antiquité.

Le portrait dressé d’Hannibal est particulièrement élogieux, le conquérant étant montré comme honnête, patriote, désintéressé, visionnaire, faisant preuve d’habilité , de diplomatie et magnanimité avec les peuples conquis …

A lui tout seul ou presque, le génie militaire manque de défaire la toute puissance romaine mais finalement celle ci puise dans ses réserves et trouve dans ses incroyables capacités d’organisation le moyen de retourner une situation critique.

Le destin d’Hannibal est fascinant dans le sens ou un homme se lance dans une guerre perdue d’avance, et chose incroyable manque de réussir l’impossible.

On retiendra de cette épopée sanglante, l’inexorable appétit de l’ogre romain qui avala tous ses rivaux, profitant de l’anéantissement de Carthage pour finir d’ingurgiter les derniers vestiges du royaume hellénique d’Alexandre le Grand.

Bel ouvrage donc, bien que difficile à suivre de part la multitude des personnages, souverains, consul, généraux ou sénateurs romains, peuples Numides, Gaulois ou Ibères intervenant dans le récit.

J’ai aussi regretté un manque de cartes pour repérer les principaux lieux des batailles citées dans le livre.


Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 19:51

Agora.jpg5.gif

 

Sur les écrans en ce début d’année 2009, « Agora » de Alejandro Amenabar.

Ce très beau film espagnol traite de la vie et du destin tragique de la philosophe et astronome Hypatie qui vécut au quatrième siècle après Jésus Christ à Alexandrie.

Installée avec son père Théon à la Grande Bibliothèque, Hypatie (Rachel Weisz  ) travaille et enseigne à des jeunes hommes dans un contexte difficile en pleine période de déclin de l’Empire Romain dévoré de l’intérieur par de violentes poussées chrétiennes menées par Cyrille (Sami Samir) et Ammonius, leaders fanatiques chrétiens.

Les provocations à l’encontre des dieux romains se succèdent et les heurts entre les partisans du paganisme et ceux du christianisme divisent rapidement la population.

Hypatie a du mal avec ses étudiants, tout particulièrement le jeune Oreste (Oscar Isaac), adepte de l’ancienne religion et Davus (Max Minghella) chrétien récemment converti, tous deux amoureux d’elle.

Mais Hypatie refuse leur amour et tente d’apaiser les tensions entre communautés, tout en continuant à se consacrer à ses travaux d’astronomie autour du mouvement des astres afin de discuter la théorie de Ptolémée.

Le cours de l’histoire est le plus fort et les Chrétiens prennent le pouvoir, brûlant les ouvrages de la Grande Bibliothèque et imposant leur religion.

Cyrille devient le patriarche d’Alexandrie et l’un des personnages les plus influents.

Meme si l’Empire romain sauve encore les apparences, le rapport de force est à présent inversé.

Les années passent, Davus rejoint les milices chrétiennes, Oreste devient  le préfet de la région et a malgré sa conversion au christianisme toutes les peines du monde à contrôler Cyrille ivre de pouvoir qui s’en prend à la communauté juive.

Les deux jeunes hommes n’ont pas oublié leur anciennes maîtresse Hypatie et celle ci protégée par Oreste peut encore travailler et le conseiller.

Jaloux de l’influence de la philosophe, Cyrille l’accuse d’impiété, obligeant un Orestre au bord du lynchage à lever sa protection.

Privée d’appuis, Hypatie est livrée à la fureur des chrétiens fanatiques qui menacent de la lapider avant que Davus ne se souvienne de l’amour qu’il porte à son ancienne maîtresse ...

« Agora » est un film étonnant, complexe et magistral, mettant en avant le destin relativement méconnu d’une femme libre penseuse, victime de l’obscurantisme religieux.

Pour une fois les Chrétiens qu’on présente généralement comme de pacifiques victimes de la violence de Romains, sont les agresseurs, des fanatiques ivres de pouvoirs déchaînant répressions et persécutions.

Hypatie représente la libre pensée, la recherche, la sagesse dans une constante volonté d’évolution et de progrès scientifique, est ici victime de la folie des dogmes religieux.

Plus que le destin d’une femme aussi brillante soit elle, « Agora » montre la fin d’une époque grandiose, l’antiquité, marqué par les avancées de l’influence hellénique et par une grande tolérance des cultes religieux des Romains, qui ne forçaient pas les peuples vaincus à se convertir, et avaient même adapté leur panthéon à celui des Grecs ou des Egyptiens.

Le déclin de l’Empire Romain est un moment émouvant, comme l’est également la destruction des ouvrages de la plus grande bibliothèque de l’Histoire de l’Humanité, victime de la folie des hommes et de leurs religions.

On assiste donc avec beaucoup de peine la fin d’une époque d’avancée culturelle et scientifique, coïncidant avec la montée d’un monothéisme intransigeant qui annonce une nouvelle époque ou apparaîtra la notion de guerre de religion.

Les acteurs sont excellents que ce soit Rachel Weisz  belle, intelligente et digne, le  charismatique Oscar Isaac, Max Minghella tous deux torturés par un dilemme intérieur ou bien Sami Samir en chef chrétien exalté.

La scène de fin, déchirante est digne d’une tragédie d’Eschyle ou de Sophocle.

Pour une fois qu’un film profond et intelligent apparaît sur les écrans, courrez y donc vite.


Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 18:08


« La dernière femme » de Jean-Paul Enthoven est un livre hommage à neuf femmes qui l’ont aidé à se construire comme écrivain ou comme homme.

A travers toutes ces femmes se dessinent approximativement le portrait robot de l’idéal féminin de l’auteur fasciné par les femmes libres, indépendantes et généralement issues d’un milieu aisé, intellectuel ou artistique.

Bien sur puisqu’on parle du regard d’un homme sur des femmes, l’aspect séduction tient une place importante, Enthoven étant captivé par le destin de femmes dont la beauté et l’élégance mettaient la plupart des hommes à leur pieds du temps de leur jeunesse avant que ce mystérieux pouvoir ne s’évanouissent au fil des années passées.

Parmi cette galerie de femmes hors du commun on trouve donc un premier portrait de Louise Villmorin, écrivain et poétesse, compagne de Malraux.

Cette femme mondaine insatiable croqueuse d’hommes fréquenta la haute société de la belle époque qu’elle régala de ses bons mots.

Comme beaucoup de femmes belles et egoiste, elle finit sa vie dans une relative solitude.

Colette Peignot poète sous le nome de Laure, eut un destin similaire.

D’un tempérament révolté et de santé fragile, Laure eut une vie instable, de nombreux amants, pratiqua le sado masochisme dans une recherche d’auto aliénation.

Laure inspira quelques personnages féminins de romans de Jean Bernier et de Georges Bataille dont elle fut la compagne.

Nancy Cunard fut un écrivain anglaise antifasciste qui par haine et défi pour sa mère et son milieu de la haute bourgeoise ne fréquenta que des hommes noirs.

Sa vie tumultueuse s’acheva dans les rues de Paris dans une déchéance totale.

Louise Brooks fut une actrice américaine.

D’une grande beauté avec ses cheveux noirs coupés courts et son visage délicat, elle devint une star du cinéma muet dans les années 30.

Enthoven retrace toute sa carrière la comparant aux plus grandes, Marlène Dietrich ou Greta Garbo.

Marie Bonaparte, descendante de la famille de l’empereur, est dépeinte comme une femme frigide recherchant désespérément le plaisir, et ne trouvant de dérivatif que dans sa liaison avec le Docteur Freud et la psychanalyse dont elle devint une éminente spécialiste.

Enthoven décrit ensuite la tumultueuse relation entre Zelda et  Scott Fitzgerald, et l’inspiration que ce dernier en tira pour écrire ses plus belles œuvres.

Françoise Dorléac, actrice étoile filante, sœur de Catherine Deneuve, décédée prématurément en pleine jeunesse a un droit à son hommage de choix tout comme Françoise Sagan, dont le talent, la sensibilité, l’intelligence et la lucidité sont mis en lumière.

Le livre se clôt sur cette mystérieuse dernière femme une mystérieuse italienne prénommé Flaminia rencontrée le jour de l’enterrement d’un ami de fête commun.

Cette dernière rencontre semble la plus ancrée une réalité que l’auteur sait par avance décevante et ne reposer que sur une attraction physique bien fragile.

En conclusion, « La dernière femme » est un livre étrange, dont le principal défaut est de trop souvent se répéter.

L’attirance d’Enthoven pour les intellectuelles de la haute bourgeoisie dont le destin tout tracé déraille par la fautes d’une combinaison de circonstances et de caractères exceptionnels pour finir par sombrer paraît manifeste.

On décèle dans cet ouvrage un fort parfum de mélancolie, l’éternel mélange entre l’Eros et le Thanatos car Enthoven semble réellement hanté par la mémoire de ces femmes qu’il regrette.

L’auteur a semble t il connu la plupart de ses femmes, mais plutôt en spectateur semble t il et pas de manière nécessairement intime, ce qui produit quelque fois un étrange mélange de fantasmes et de réalité.

Ayant des goûts plus simples, je dois avouer ne pas avoir été très sensible à ces portraits de femmes oisives se faisant souvent entretenir par des hommes fortunés pour mener une vie de débauche.

Le style de l’auteur, très ampoulé, souvent en recherche d’une « bonne formule » peut également parfois irriter.

Le seul intérêt de  « La dernière femme » est pour moi celui d’en apprendre davantage sur des destinées de femmes hors du commun des années 30-60, période trop récente pour être abondement étudiée dans les livres d’histoires et trop ancienne pour que beaucoup de gens l’aient vécue.

Une belle phrase emplie de sagesse pour terminer "L'icone murmure : Tu vois c'est le néant qui gagne. Ne t'en soucie plus. Et accepte la supériorité de ce noble ennemi".

Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 20:22



Nicolas Werth est un spécialiste de l’histoire de l’Union Soviétique.

J’ai lu son dernier livre « L’ivrogne et la marchande de fleurs » consacré aux exécutions de masses perpétrées sous le règne de Staline en 1937-1938 durant la période appelée la Grande Terreur.

L’ouvrage s’articule de manière classique, cherchant tout d’abord les causes et évènements précurseurs, éléments déclencheurs avant de décortiquer le processus en lui même puis de s’intéresser de manière plus détaillée aux victimes de cette terrible répression.

En cause, bel et bien le régime Stalinien en lui même, ce système ultra centralisé autour d’un tyran omnipotent paranoïaque obsédé par les complots provenant soit de ses opposants soit de puissances étrangères occidentales ou orientales.

Il y eut d’abord en 1930 le basculement forcé dans le collectivisme, la déportation des koulaks, ex propriétaires terriens aisés, dépossédés de leurs terres et exilés dans des colonies de « peuplement » en Sibérie ou au Kazakhstan.

Après la grande famine de 1932 destinée à briser la résistance paysanne, Staline nomme en 1936 le redoutable Iejov à la tête de la police politique, le très secret et puisant NKVD bras armé du dictateur.

Staline a d’abord commencé se débarrasser des élites lors de spectaculaires procès ou les accusés hommes politiques, généraux ou cadres administratifs, manipulés, conditionnés se chargeaient eux mêmes avant de subir une sentence écrite à l’avance.

Mais ce que l’on sait moins c’est que ces purges vont ensuite s’entendre à toute la population russe.

Face à une Allemagne fasciste menaçante et à une guerre qui se profile, Staline est obsédé par l’idée de contrôle sur son immense territoire ou des clans locaux composés de notables, politiciens, industriels font encore la loi.

Alors il va charger Iejov et le NKVD de mettre en place un vaste système de fichage d’individus « ethniquement nuisibles » ayant pour but soit de les éliminer soit de les déporter.

Chaque région se voit donc doté de représentants locaux du NKVD et de quota dans un premier temps de listes de citoyens à remplir avant dans un second temps de les éliminer.

Les tribunaux locaux, appelés troïka doivent rendre compte périodiquement de l’atteinte des objectifs fixés par le pouvoir central.

La plupart des objectifs sont inatteignables, flirtant avec le délire absolu.

Terrorisées ou désireuses de plaire au tyran, les troïka vont rivaliser de trouvailles pour atteindre leurs objectifs.

Les populations qui seront les plus persécutées seront celles des anciens koulaks privés de leurs terres mais en réalité chaque couche de la population fut frappé aveuglement.

Il suffisait d’avoir une origine étrangère allemande, polonaise, lettone, grecque ou japonaise ou même d’avoir eu des vagues contacts avec ces pays pour se retrouver arrêter.

Les religieux, les anciens membres de partis politiques, les russes « blancs », les criminels de droit commun mais aussi les vagabonds et les chômeurs furent  également abondemment raflés.

Les fonctionnaires zélés inventaient des histoires de complots délirants et les prisonniers torturés avouaient n’importe quoi livrant leurs proches qui se retrouvaient eux même ensuite arrêtés.

Assez étrangement la machine s’emballa et devint folle, les troïka demandant des rallonges de quota au pouvoir centralisé qui accordait sans cesse son feu vert.

Bien entendu tout devait resté secret et les familles de disparus ne surent jamais ce qu’étaient devenus leurs proches, généralement fusillés dans des caves du NKVD et enterrés la nuit dans des fosses communes.

Durant ces années de folie pure, 4 millions de personnes furent condamnés, 800 000 personnes furent exécutés, les autres emprisonnés ou envoyés au goulag ou le taux de mortalité était de 20% par an, les conditions de survie abominables, indignes d’êtres humains.

Le plus cynique la dedans fut que Staline finit par arrêter les purges qui désorganisaient le pays le privant de travailleurs et de cadres pour les remplacer par des fanatiques bien souvent complètement incompétent.

Les anciens bourreaux du NKVD furent eux mêmes arrêtés pour avoir violé la législation soviétique, abusé de leur pouvoir et bien entendu avoir été des espions à la solde de puissances étrangères.

Iejov, le Himmler Russe, appelé le « nabot sanguinaire » en raison de son 1,54m et de sa férocité, tomba en disgrâce, fut démis de ses fonctions, arrêté puis fusillé.

Le livre conclut ce triste bilan par la terrible chape de plombs que maintint le régime Soviétique jusqu’à Mikaël Gorbatchev qui fit enfin la lumière sur l’une des plus grande tragédie de l’histoire de l’humanité et réhabilita l’honneur des victimes innocentes.

Aujourd’hui plusieurs associations dont Mémorial militent pour que les victimes de la Grande Terreur ne soient pas oubliées.

Plusieurs monuments commémoratifs ont fleuris sur les sites des martyrs.

Curieusement alors que nous sommes complètement abreuvés de documentaires et de films sur le génocide perpétré par l’Allemagne nazi, ces meurtres de masses et camps d’éliminations soviétiques restent assez peu souvent mis en lumière.

Peut être parce que ce drame se déroula en interne d’un pays gigantesque et opaque, peut être aussi parce que Staline fut l’un des vainqueurs de la III iéme guerre mondiale et que pendant longtemps on traita avec complaisance l’un des pires criminels de l’histoire de l’Humanité.

Bien qu'un peu austère un livre intéressant sur un thème difficile, terrifiant et parfois insupportable mais qui en dit long sur le fait de pousser au maximum la folie bureaucratique et la froide efficacité du culte aveugle du résultat quel que soient les moyens employés.

Ce système d’ obéissance aveugle à une hiérarchie jugée toute puissante existe toujours chez l’être humain même de nos jours mis à part la fait que dans les entreprises les quota de condamnés à mort ont été remplacés par des quota de futurs licenciés.

Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 16:56


En cette période de commémoration des premiers pas de l’homme sur la Lune, j’ai pensé que lire « Gagarine ou le rêve russe de l’espace » d’Yves Gauthier pouvait être intéressant pour capter l’atmosphère d’une époque de Guerre Froide ou deux super puissances s’affrontaient par le biais de cette course à la conquête spatiale.

En réalité, le livre de Gauthier est une minutieuse biographie de la vie du premier homme dans l’espace en s’appuyant sur un travail d’enquête de fond menée en Russie à partir d’interviews, de biographies, d’archives de l’époque, la Perestroïka des années post Gorbatchev ayant grandement contribuée à leur accessibilité au niveau mondial.

Le lecteur suit donc de manière chronologique la vie de Youri Gagarine, né en 1934 à Klouchino, fils de paysans russes aussi pauvres que travailleurs se tuant à la tache pour cultiver une nature sauvage avec des techniques agricoles non encore mécanisées.

Enfant, Gagarine subit la seconde guerre mondiale, l’occupation allemande, est fasciné par les combats aériens auquel il assiste et les exploits des aviateurs russes magnifiés il est vrai par la puissante propagande Stalinienne.

Après la guerre, afin de fuir la misère des campagnes et de nourrir sa famille, Gagarine se rend à Moscou pour suivre des études de fondeur.

A cette époque dans le pays de la faucille et du marteau, les métiers de l’industrie surtout si ils sont manuels sont très valorisés et considérés comme une ascension sociale.

Pendant ses études, le jeune homme malgré son origine modeste montre tout de même d’étonnantes aptitudes intellectuelles dans les matières scientifique et techniques.

En parallèle de la fin de ses études de fondeur, Gagarine s’inscrit dans un aéroclub à Saratov et découvre les écrits de Tsiolkovski, extravaguant savant, génial bricoleur à l’imagination débridée et père spirituel de toute l’aérospatiale russe.

Cette découverte est un choc pour le jeune homme et il découvre alors sa véritable vocation : devenir pilote de chasse.

Il y parvient et intègre à Tchakalov une école de formation à l’armée de l’air.

Mais Gauthier insistera longuement sur le rôle crucial que jouera un autre homme dans la réussite de l’aérospatiale russe, le brillant ingénieur Sergueï Korolev, lui aussi fils spirituel de Tsiolkovski, qui nouera avec Gagarine une relation quasi filiale.

Pourtant malgré son génie, la vie de Korolev fut atrocement mouvementée : arrêté comme beaucoup d’intellectuels lors des purges Stalinienne, il fut torturé et envoyé au goulag avant d’être extrait par Beria en raison du besoin de cerveaux qu’avait l’URSS pour son programme de conquête spatiale.

Korolev libéré mais étroitement surveillé par la police se voit en raison de ses grandes compétences chargé du programme spatial russe.

Le génial ingénieur fabriqua les premiers engins spatiaux comme les fusées R7 et R2 qui emportera la chienne Laika, le  satellite Spoutnik, et finalement le Vostok dans lequel embarquera Gagarine.

De son coté, Gagarine devenu pilote de chasse et basé au pole nord, est sélectionné avec une vingtaine d’autres excellents pilotes pour participer au programme spatial.

Tous sont volontaires, attirés par une inextinguible soif d’aventure.

Les vingt hommes, vivant en reclus dans la Cité des Etoiles à quarante kilomètres de Moscou, vont passer de longs mois de tests physiques et psychologiques pour déterminer leurs aptitudes à devenir le premier cosmonaute de l’Histoire.

Ce passage m’a le plus intéressé, car il révèle les incroyables qualités physiques mais aussi humaines de Gagarine.

Gagarine n’est le meilleur nulle part mais il est le plus polyvalent avec de grandes capacités d’endurance physique et de résistance au stress.

Sa stabilité nerveuse et mentale est excellente, son intelligence analytique remarquable.

Les rapports montrent un homme travailleur, intelligent, curieux mais également très sociable, doté d’un charisme naturel lui permettant de très bien gérer les relations humaines.

Son sens de l’humour et son éternel sourire dans l’adversité sont également noté comme signe de son esprit combatif et positif.

Gagarine devient le favori de Korolev qui appuie sa candidature mais c’est le Kremlin de Khrouchtchev qui prend la décision finale de la choisir en raison de son origine modeste et rurale, de son parcours modèle sensé représenter parfaitement l’image de l’homme soviétique des années 60.

Le 12 avril 1961, Gagarine devient le premier homme à aller dans l’espace au nez et à la barbe des américains.

Pendant le vol, certains dispositifs et systèmes ne fonctionnent pas mais Gagarine s’en sort sans s’affoler et livre un rapport détaillé de ses impressions.

Des probabilités réalisés après coup montrent qu’il n’avait que 46% d’en revenir vivant.

Alors commence la seconde vie de Gagarine, sans nulle doute plus compliquée.

L’homme simple devient un demi dieu universel et est réclamé dans le monde entier.

Gagarine fait le tour du monde et est utilisé comme un instrument de propagande soviétique.

Gagarine devient un héros dans son propre pays, des foules en liesse se déplacent pour le voir, des statues de lui sont moulées en bronze, sa ville natale est rebaptisée.

Il paraît dans un premier temps bien résister à cette notoriété disproportionnée en essayant d’aider les gens qui le contactent mais il s’aperçoit assez rapidement qu’il n’est qu’une marionnette, que les dirigeants de l’URSS cherche à le placardiser et à l’empêcher de voler de nouveau.

Gagarine, fidèle aux visions de Tsiolkovski, lui ne rêve que de vols sur la Lune, Mars ou Venus.

Bien sur poussé par Korolev, Gagarine va entrer à l’Académie des Science et réussir de brillante études d’ingénieurs.

Il va également participer à terre aux vols de ses successeurs, mais de cette mise à l’écart va sans doute naître un déchirement intérieur et un mal être, mal être aggravé par la mort subite de Korolev qui sera vraisemblablement  pour beaucoup dans l’échec de la conquête de la Lune par l’URSS.

Ayant obtenu de nouveau l’autorisation de voler sur un avion de chasse, Gagarine se tuera avec son instructeur sur un MIG-15 le 27 mars 1968.

Les circonstances de ce drame resteront mystérieuses et feront naître les plus grands fantasmes pendant des années avec des rumeurs de suicide, d’alcoolisme ou d’internement secret en hôpital psychiatrique.

Gauthier parvient pourtant de manière assez analytique et dépassionnée à montrer que la vétusté de l’appareil, ses dysfonctionnements, et la piètre qualité des services météorologique russes de l’époque semblent avoir abouti à une conjonction de facteurs ayant amené à l’accident.

Bien que non passionné de conquête spatiale, « Gagarine ou le rêve russe de l’espace » m’a vivement intéressé.

Le livre insiste derrière la dimension historique et universelle de l’exploit, sur les rouages humains et politiques de l’envers du décor.

J’ai particulièrement apprécié les descriptions de la personnalité de Youri Gagarine qui semblait à vrai dire être un homme formidablement attachant à la fois intelligent, généreux, sympathique, idéaliste ce qui outre la fierté patriotique reste peut être la raison principale de son immense popularité en Russie même encore à notre époque.

Et puis, selon vous ce sourire étincelant sur la photo de la couverture, ce sourire qui nous frappe encore prêt de cinquante ans après, pourrait il nous mentir ?

Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article
25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 14:27


L’Histoire Greco-Romaine me passionnant toujours, j’ai lu « Auguste » de Pierre Cosme.

Pierre Cosme est un professeur à la Sorbonne spécialisé dans l’histoire romaine.

Son livre dresse un portrait minutieux de l’empereur Auguste, qui étrangement malgré son fort impact sur la civilisation romaine m’est apparu toujours un peu en retrait par rapport à des personnages comme César, Néron, Caligula ou même Marc Aurèle qui ont inspirés beaucoup plus d’artistes que lui.

« Auguste » adopte un schéma classique en relatant chronologiquement les différentes étapes de la vie de l’empereur depuis sa naissance à sa mort.

Les sources principales de Cosme sont Suétone, Tacite et Dion Crassus.

La première partie du livre relate sans doute l’aspect le plus sombre et le plus dur de la personnalité d’Auguste.

Fils adoptif de Jules César, le jeune Octavien va déployer des trésors de stratégie politique pour assouvir ses ambitions naissantes.

Cosme relate les terribles luttes de pouvoir ayant suivi l’assassinat de César en –44 av JC.

Dans ce chaos règnent en effet luttes d’influence, manœuvres politiques, alliance opportunistes, trahisons, feintes et coups de force.

Difficile de ne pas avoir la nausée …

Octavien a pour lui l’énorme avantage d’avoir été désigné par César comme son héritier mais il doit cependant manœuvrer habilement entre les sénateurs républicains, les factions Césaricides commandées par Brutus et Cassius, mais également contre son plus sérieux rival Marc Antoine , le consul et brillant chef militaire de la Guerre des Gaules qui se verrait bien émerger de ces luttes pour le pouvoir suprême.

Dans ce nid de vipères, il apparaît que Cicéron a joué un rôle prépondérant dans l’ascension d’Octavien en pensant manipuler facilement un jeune homme contre un adversaire redoutable comme Marc Antoine.

Pourtant, Marc Antoine et Octavien oublieront pour quelques temps leurs rivalités pour aller défaire les armées de Brutus et Cassius à Modène en –43 av JC.

Une fois les Césaricides puis le dangereux Cicéron éliminés, un triumvirat s’établit, aboutissant au partage de l’Empire Romain entre Octavien, Marc Antoine et Lépide gouverneur de la région Narbonnaise.

Marc Antoine récupère l’Orient, Octavien l’Occident et Lépide l’Afrique.

Après la neutralisation de Sextus Pompée qui par son contrôle de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse et imposait un blocus maritime à Rome avec ses navires, Lépide est rapidement écarté de la sphère du pouvoir.

Commence  alors la lutte à distance entre Marc Antoine et Octavien.

Ce dernier ayant très vite compris qu’il n’avait pas le prestige militaire de son rival et va donc s’employer à manœuvrer pour le pousser à la faute.

Pour contre balancer le succès militaire de l’expédition de Marc Antoine contre les Parthes en –35, Octavien va utilise la liaison entre Marc Antoine et Cléopâtre pour le décrédibiliser, en faire un souverain d’Orient,  un traître potentiel, partisan de la royauté et un ennemi des institutions romaines.

Octavien va aussi montrer que sa force principale était de savoir s’entourer notamment du général (et ami d’enfance) Agrippa véritable génie militaire mais aussi de Mécène, richissime conseiller.

Il utilisera également à merveille les mariages pour tisser des liens avec les plus puissantes familles romaines notamment en épousant Livie appartenant à la plus haute aristocratie romaine et en mariant sa sœur Octavie à Marc Antoine.

Mais cette énorme tension entre les deux hommes aboutit en  –31 à la bataille d’Actium ou Agrippa et ses navires triomphent de Marc Antoine et de Cléopâtre.

Les deux époux se suicident donnant naissance à l’une des plus belles légende romantique de tous les temps.

Commence alors le règne d’Auguste nommé proconsul pendant dix ans et la partie la plus « pacifique » de son histoire.

Sous Auguste en effet, Rome va connaître un age d’or, avec la stabilité politique, de nombreuses réformes administratives et financières.

Auguste va réformer l’armée en créant une armée de métier, une garde personnelle (les fameux Prétoriens),  réduire le nombre de sénateurs pour mieux les contrôler et affaiblir leur pouvoir, et renouveler la classe des chevaliers.

Auguste va prendre des mesures contre la corruption, notamment celles des gouverneurs des provinces romaines, instaurer des lois visant à mieux répartir les terres, et à mieux répartir les impôts.

Le siècle d’Auguste va également voir l’essor de nombreuses constructions à Rome, la créations de bains publics, (les thermes d’Agrippa), de forums et de temples.

Sous l’impulsion de Mécène, certains des plus brillants poètes et écrivains prendront leur envol comme Virgile, Horace ou le plus controversé Ovide.

Paix, stabilité, prospérité, essor architectural et intellectuel semblent donc avoir marqué cet age d’or.

Mais la mort d’Agrippa, homme brillant et fidèle à Auguste fut un premier affaiblissement à son règne.

Puis l’éternelle question de la pacification de l’empire romain obligea Auguste à s’appuyer sur des hommes forts et ambitieux comme Tibère et Germanicus pour mener campagne en Gaule et en Germanie.

Le livre montre rapidement que Tibère était lui aussi nourri d’une ambition dévorante et que les relations avec Auguste furent rapidement tendues.

Tibère joua un jeu risqué mais qui fut payant puisqu’il contraignit Auguste à l’adopter à contre cœur.

Vieilli, fatigué, Auguste tomba malade et mourut après un voyage laissant la place libre à ses successeurs.

« Auguste » est un livre très dense, plutôt difficile d’accès pour le non initié qui aura beaucoup de mal à se repérer entre les nombreux  personnages de l’Histoire, les alliances entre familles et devant la complexité du fonctionnement des règles de la politique et de l’administration romaine

Pour autant Pierre Cosme a fourni un travail minutieux, riche et très exhaustif aidant à se faire une assez bonne opinion de la personnalité de l’empereur.

Auguste apparaîtra donc comme un homme doté d’une exceptionnelle intelligence politique à défaut d’être un brillant chef militaire.
A ce titre la maniére dont il evita de commettre la meme erreur que César avec les Sénateurs en dit long sur son grand sens politique.

La lâcheté d’Auguste sur un champs de bataille semble peut être avoir été exagérée par ses ennemis en revanche sa dureté et son caractère impitoyable avec ses adversaires m’a semblé bien réelle.

Derrière l’ombre de l’empereur divinisé, Cosme brosse le portrait d’un homme de petite taille d’une santé fragile, affublé d’un léger handicap, insomniaque, supportant mal les voyages mais doté d’un grand charisme, vivant de manière simple, presque frugale pour un empereur romain.

J’ai été touché par les relations très forte entre Auguste et Agrippa qui ne l’a jamais trahi, mais aussi de la fidélité d’Auguste envers sa femme Livie qui pourtant eut l’énorme inconvénient de ne jamais ne lui donner de descendants.

De mon point de vue le dernier chapitre du livre est le plus intéressant, car il montre l’importance du règne d’Auguste dans l’Histoire de Rome et le fait qu’il servit de modèle non seulement aux autres empereurs romains mais également à des personnages comme Charlemagne, Louis XIV, Napoléon ou … Mussolini.

Finalement les deux empereurs romains les plus importants de l’histoire resteront Jules César puis Auguste mais ce dernier en raison d’un caractère mesuré, calculateur marquera sans doute moins les esprits qu’un Néron ou qu’un Caligula plus flamboyants et excentriques.

Sur le livre lui même, je dirai qu’il est beaucoup moins littéraire et vulgarisateur que les ouvrages de Max Gallo, mais qu’il présente un travail de fond d’une très grande rigueur et  d’une très grande richesse.

Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Seth
  • : Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires
  • Contact

Recherche

Pages

Liens