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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 19:51

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Sur les écrans en ce début d’année 2009, « Agora » de Alejandro Amenabar.

Ce très beau film espagnol traite de la vie et du destin tragique de la philosophe et astronome Hypatie qui vécut au quatrième siècle après Jésus Christ à Alexandrie.

Installée avec son père Théon à la Grande Bibliothèque, Hypatie (Rachel Weisz  ) travaille et enseigne à des jeunes hommes dans un contexte difficile en pleine période de déclin de l’Empire Romain dévoré de l’intérieur par de violentes poussées chrétiennes menées par Cyrille (Sami Samir) et Ammonius, leaders fanatiques chrétiens.

Les provocations à l’encontre des dieux romains se succèdent et les heurts entre les partisans du paganisme et ceux du christianisme divisent rapidement la population.

Hypatie a du mal avec ses étudiants, tout particulièrement le jeune Oreste (Oscar Isaac), adepte de l’ancienne religion et Davus (Max Minghella) chrétien récemment converti, tous deux amoureux d’elle.

Mais Hypatie refuse leur amour et tente d’apaiser les tensions entre communautés, tout en continuant à se consacrer à ses travaux d’astronomie autour du mouvement des astres afin de discuter la théorie de Ptolémée.

Le cours de l’histoire est le plus fort et les Chrétiens prennent le pouvoir, brûlant les ouvrages de la Grande Bibliothèque et imposant leur religion.

Cyrille devient le patriarche d’Alexandrie et l’un des personnages les plus influents.

Meme si l’Empire romain sauve encore les apparences, le rapport de force est à présent inversé.

Les années passent, Davus rejoint les milices chrétiennes, Oreste devient  le préfet de la région et a malgré sa conversion au christianisme toutes les peines du monde à contrôler Cyrille ivre de pouvoir qui s’en prend à la communauté juive.

Les deux jeunes hommes n’ont pas oublié leur anciennes maîtresse Hypatie et celle ci protégée par Oreste peut encore travailler et le conseiller.

Jaloux de l’influence de la philosophe, Cyrille l’accuse d’impiété, obligeant un Orestre au bord du lynchage à lever sa protection.

Privée d’appuis, Hypatie est livrée à la fureur des chrétiens fanatiques qui menacent de la lapider avant que Davus ne se souvienne de l’amour qu’il porte à son ancienne maîtresse ...

« Agora » est un film étonnant, complexe et magistral, mettant en avant le destin relativement méconnu d’une femme libre penseuse, victime de l’obscurantisme religieux.

Pour une fois les Chrétiens qu’on présente généralement comme de pacifiques victimes de la violence de Romains, sont les agresseurs, des fanatiques ivres de pouvoirs déchaînant répressions et persécutions.

Hypatie représente la libre pensée, la recherche, la sagesse dans une constante volonté d’évolution et de progrès scientifique, est ici victime de la folie des dogmes religieux.

Plus que le destin d’une femme aussi brillante soit elle, « Agora » montre la fin d’une époque grandiose, l’antiquité, marqué par les avancées de l’influence hellénique et par une grande tolérance des cultes religieux des Romains, qui ne forçaient pas les peuples vaincus à se convertir, et avaient même adapté leur panthéon à celui des Grecs ou des Egyptiens.

Le déclin de l’Empire Romain est un moment émouvant, comme l’est également la destruction des ouvrages de la plus grande bibliothèque de l’Histoire de l’Humanité, victime de la folie des hommes et de leurs religions.

On assiste donc avec beaucoup de peine la fin d’une époque d’avancée culturelle et scientifique, coïncidant avec la montée d’un monothéisme intransigeant qui annonce une nouvelle époque ou apparaîtra la notion de guerre de religion.

Les acteurs sont excellents que ce soit Rachel Weisz  belle, intelligente et digne, le  charismatique Oscar Isaac, Max Minghella tous deux torturés par un dilemme intérieur ou bien Sami Samir en chef chrétien exalté.

La scène de fin, déchirante est digne d’une tragédie d’Eschyle ou de Sophocle.

Pour une fois qu’un film profond et intelligent apparaît sur les écrans, courrez y donc vite.


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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 18:08


« La dernière femme » de Jean-Paul Enthoven est un livre hommage à neuf femmes qui l’ont aidé à se construire comme écrivain ou comme homme.

A travers toutes ces femmes se dessinent approximativement le portrait robot de l’idéal féminin de l’auteur fasciné par les femmes libres, indépendantes et généralement issues d’un milieu aisé, intellectuel ou artistique.

Bien sur puisqu’on parle du regard d’un homme sur des femmes, l’aspect séduction tient une place importante, Enthoven étant captivé par le destin de femmes dont la beauté et l’élégance mettaient la plupart des hommes à leur pieds du temps de leur jeunesse avant que ce mystérieux pouvoir ne s’évanouissent au fil des années passées.

Parmi cette galerie de femmes hors du commun on trouve donc un premier portrait de Louise Villmorin, écrivain et poétesse, compagne de Malraux.

Cette femme mondaine insatiable croqueuse d’hommes fréquenta la haute société de la belle époque qu’elle régala de ses bons mots.

Comme beaucoup de femmes belles et egoiste, elle finit sa vie dans une relative solitude.

Colette Peignot poète sous le nome de Laure, eut un destin similaire.

D’un tempérament révolté et de santé fragile, Laure eut une vie instable, de nombreux amants, pratiqua le sado masochisme dans une recherche d’auto aliénation.

Laure inspira quelques personnages féminins de romans de Jean Bernier et de Georges Bataille dont elle fut la compagne.

Nancy Cunard fut un écrivain anglaise antifasciste qui par haine et défi pour sa mère et son milieu de la haute bourgeoise ne fréquenta que des hommes noirs.

Sa vie tumultueuse s’acheva dans les rues de Paris dans une déchéance totale.

Louise Brooks fut une actrice américaine.

D’une grande beauté avec ses cheveux noirs coupés courts et son visage délicat, elle devint une star du cinéma muet dans les années 30.

Enthoven retrace toute sa carrière la comparant aux plus grandes, Marlène Dietrich ou Greta Garbo.

Marie Bonaparte, descendante de la famille de l’empereur, est dépeinte comme une femme frigide recherchant désespérément le plaisir, et ne trouvant de dérivatif que dans sa liaison avec le Docteur Freud et la psychanalyse dont elle devint une éminente spécialiste.

Enthoven décrit ensuite la tumultueuse relation entre Zelda et  Scott Fitzgerald, et l’inspiration que ce dernier en tira pour écrire ses plus belles œuvres.

Françoise Dorléac, actrice étoile filante, sœur de Catherine Deneuve, décédée prématurément en pleine jeunesse a un droit à son hommage de choix tout comme Françoise Sagan, dont le talent, la sensibilité, l’intelligence et la lucidité sont mis en lumière.

Le livre se clôt sur cette mystérieuse dernière femme une mystérieuse italienne prénommé Flaminia rencontrée le jour de l’enterrement d’un ami de fête commun.

Cette dernière rencontre semble la plus ancrée une réalité que l’auteur sait par avance décevante et ne reposer que sur une attraction physique bien fragile.

En conclusion, « La dernière femme » est un livre étrange, dont le principal défaut est de trop souvent se répéter.

L’attirance d’Enthoven pour les intellectuelles de la haute bourgeoisie dont le destin tout tracé déraille par la fautes d’une combinaison de circonstances et de caractères exceptionnels pour finir par sombrer paraît manifeste.

On décèle dans cet ouvrage un fort parfum de mélancolie, l’éternel mélange entre l’Eros et le Thanatos car Enthoven semble réellement hanté par la mémoire de ces femmes qu’il regrette.

L’auteur a semble t il connu la plupart de ses femmes, mais plutôt en spectateur semble t il et pas de manière nécessairement intime, ce qui produit quelque fois un étrange mélange de fantasmes et de réalité.

Ayant des goûts plus simples, je dois avouer ne pas avoir été très sensible à ces portraits de femmes oisives se faisant souvent entretenir par des hommes fortunés pour mener une vie de débauche.

Le style de l’auteur, très ampoulé, souvent en recherche d’une « bonne formule » peut également parfois irriter.

Le seul intérêt de  « La dernière femme » est pour moi celui d’en apprendre davantage sur des destinées de femmes hors du commun des années 30-60, période trop récente pour être abondement étudiée dans les livres d’histoires et trop ancienne pour que beaucoup de gens l’aient vécue.

Une belle phrase emplie de sagesse pour terminer "L'icone murmure : Tu vois c'est le néant qui gagne. Ne t'en soucie plus. Et accepte la supériorité de ce noble ennemi".

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 20:22



Nicolas Werth est un spécialiste de l’histoire de l’Union Soviétique.

J’ai lu son dernier livre « L’ivrogne et la marchande de fleurs » consacré aux exécutions de masses perpétrées sous le règne de Staline en 1937-1938 durant la période appelée la Grande Terreur.

L’ouvrage s’articule de manière classique, cherchant tout d’abord les causes et évènements précurseurs, éléments déclencheurs avant de décortiquer le processus en lui même puis de s’intéresser de manière plus détaillée aux victimes de cette terrible répression.

En cause, bel et bien le régime Stalinien en lui même, ce système ultra centralisé autour d’un tyran omnipotent paranoïaque obsédé par les complots provenant soit de ses opposants soit de puissances étrangères occidentales ou orientales.

Il y eut d’abord en 1930 le basculement forcé dans le collectivisme, la déportation des koulaks, ex propriétaires terriens aisés, dépossédés de leurs terres et exilés dans des colonies de « peuplement » en Sibérie ou au Kazakhstan.

Après la grande famine de 1932 destinée à briser la résistance paysanne, Staline nomme en 1936 le redoutable Iejov à la tête de la police politique, le très secret et puisant NKVD bras armé du dictateur.

Staline a d’abord commencé se débarrasser des élites lors de spectaculaires procès ou les accusés hommes politiques, généraux ou cadres administratifs, manipulés, conditionnés se chargeaient eux mêmes avant de subir une sentence écrite à l’avance.

Mais ce que l’on sait moins c’est que ces purges vont ensuite s’entendre à toute la population russe.

Face à une Allemagne fasciste menaçante et à une guerre qui se profile, Staline est obsédé par l’idée de contrôle sur son immense territoire ou des clans locaux composés de notables, politiciens, industriels font encore la loi.

Alors il va charger Iejov et le NKVD de mettre en place un vaste système de fichage d’individus « ethniquement nuisibles » ayant pour but soit de les éliminer soit de les déporter.

Chaque région se voit donc doté de représentants locaux du NKVD et de quota dans un premier temps de listes de citoyens à remplir avant dans un second temps de les éliminer.

Les tribunaux locaux, appelés troïka doivent rendre compte périodiquement de l’atteinte des objectifs fixés par le pouvoir central.

La plupart des objectifs sont inatteignables, flirtant avec le délire absolu.

Terrorisées ou désireuses de plaire au tyran, les troïka vont rivaliser de trouvailles pour atteindre leurs objectifs.

Les populations qui seront les plus persécutées seront celles des anciens koulaks privés de leurs terres mais en réalité chaque couche de la population fut frappé aveuglement.

Il suffisait d’avoir une origine étrangère allemande, polonaise, lettone, grecque ou japonaise ou même d’avoir eu des vagues contacts avec ces pays pour se retrouver arrêter.

Les religieux, les anciens membres de partis politiques, les russes « blancs », les criminels de droit commun mais aussi les vagabonds et les chômeurs furent  également abondemment raflés.

Les fonctionnaires zélés inventaient des histoires de complots délirants et les prisonniers torturés avouaient n’importe quoi livrant leurs proches qui se retrouvaient eux même ensuite arrêtés.

Assez étrangement la machine s’emballa et devint folle, les troïka demandant des rallonges de quota au pouvoir centralisé qui accordait sans cesse son feu vert.

Bien entendu tout devait resté secret et les familles de disparus ne surent jamais ce qu’étaient devenus leurs proches, généralement fusillés dans des caves du NKVD et enterrés la nuit dans des fosses communes.

Durant ces années de folie pure, 4 millions de personnes furent condamnés, 800 000 personnes furent exécutés, les autres emprisonnés ou envoyés au goulag ou le taux de mortalité était de 20% par an, les conditions de survie abominables, indignes d’êtres humains.

Le plus cynique la dedans fut que Staline finit par arrêter les purges qui désorganisaient le pays le privant de travailleurs et de cadres pour les remplacer par des fanatiques bien souvent complètement incompétent.

Les anciens bourreaux du NKVD furent eux mêmes arrêtés pour avoir violé la législation soviétique, abusé de leur pouvoir et bien entendu avoir été des espions à la solde de puissances étrangères.

Iejov, le Himmler Russe, appelé le « nabot sanguinaire » en raison de son 1,54m et de sa férocité, tomba en disgrâce, fut démis de ses fonctions, arrêté puis fusillé.

Le livre conclut ce triste bilan par la terrible chape de plombs que maintint le régime Soviétique jusqu’à Mikaël Gorbatchev qui fit enfin la lumière sur l’une des plus grande tragédie de l’histoire de l’humanité et réhabilita l’honneur des victimes innocentes.

Aujourd’hui plusieurs associations dont Mémorial militent pour que les victimes de la Grande Terreur ne soient pas oubliées.

Plusieurs monuments commémoratifs ont fleuris sur les sites des martyrs.

Curieusement alors que nous sommes complètement abreuvés de documentaires et de films sur le génocide perpétré par l’Allemagne nazi, ces meurtres de masses et camps d’éliminations soviétiques restent assez peu souvent mis en lumière.

Peut être parce que ce drame se déroula en interne d’un pays gigantesque et opaque, peut être aussi parce que Staline fut l’un des vainqueurs de la III iéme guerre mondiale et que pendant longtemps on traita avec complaisance l’un des pires criminels de l’histoire de l’Humanité.

Bien qu'un peu austère un livre intéressant sur un thème difficile, terrifiant et parfois insupportable mais qui en dit long sur le fait de pousser au maximum la folie bureaucratique et la froide efficacité du culte aveugle du résultat quel que soient les moyens employés.

Ce système d’ obéissance aveugle à une hiérarchie jugée toute puissante existe toujours chez l’être humain même de nos jours mis à part la fait que dans les entreprises les quota de condamnés à mort ont été remplacés par des quota de futurs licenciés.

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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 16:56


En cette période de commémoration des premiers pas de l’homme sur la Lune, j’ai pensé que lire « Gagarine ou le rêve russe de l’espace » d’Yves Gauthier pouvait être intéressant pour capter l’atmosphère d’une époque de Guerre Froide ou deux super puissances s’affrontaient par le biais de cette course à la conquête spatiale.

En réalité, le livre de Gauthier est une minutieuse biographie de la vie du premier homme dans l’espace en s’appuyant sur un travail d’enquête de fond menée en Russie à partir d’interviews, de biographies, d’archives de l’époque, la Perestroïka des années post Gorbatchev ayant grandement contribuée à leur accessibilité au niveau mondial.

Le lecteur suit donc de manière chronologique la vie de Youri Gagarine, né en 1934 à Klouchino, fils de paysans russes aussi pauvres que travailleurs se tuant à la tache pour cultiver une nature sauvage avec des techniques agricoles non encore mécanisées.

Enfant, Gagarine subit la seconde guerre mondiale, l’occupation allemande, est fasciné par les combats aériens auquel il assiste et les exploits des aviateurs russes magnifiés il est vrai par la puissante propagande Stalinienne.

Après la guerre, afin de fuir la misère des campagnes et de nourrir sa famille, Gagarine se rend à Moscou pour suivre des études de fondeur.

A cette époque dans le pays de la faucille et du marteau, les métiers de l’industrie surtout si ils sont manuels sont très valorisés et considérés comme une ascension sociale.

Pendant ses études, le jeune homme malgré son origine modeste montre tout de même d’étonnantes aptitudes intellectuelles dans les matières scientifique et techniques.

En parallèle de la fin de ses études de fondeur, Gagarine s’inscrit dans un aéroclub à Saratov et découvre les écrits de Tsiolkovski, extravaguant savant, génial bricoleur à l’imagination débridée et père spirituel de toute l’aérospatiale russe.

Cette découverte est un choc pour le jeune homme et il découvre alors sa véritable vocation : devenir pilote de chasse.

Il y parvient et intègre à Tchakalov une école de formation à l’armée de l’air.

Mais Gauthier insistera longuement sur le rôle crucial que jouera un autre homme dans la réussite de l’aérospatiale russe, le brillant ingénieur Sergueï Korolev, lui aussi fils spirituel de Tsiolkovski, qui nouera avec Gagarine une relation quasi filiale.

Pourtant malgré son génie, la vie de Korolev fut atrocement mouvementée : arrêté comme beaucoup d’intellectuels lors des purges Stalinienne, il fut torturé et envoyé au goulag avant d’être extrait par Beria en raison du besoin de cerveaux qu’avait l’URSS pour son programme de conquête spatiale.

Korolev libéré mais étroitement surveillé par la police se voit en raison de ses grandes compétences chargé du programme spatial russe.

Le génial ingénieur fabriqua les premiers engins spatiaux comme les fusées R7 et R2 qui emportera la chienne Laika, le  satellite Spoutnik, et finalement le Vostok dans lequel embarquera Gagarine.

De son coté, Gagarine devenu pilote de chasse et basé au pole nord, est sélectionné avec une vingtaine d’autres excellents pilotes pour participer au programme spatial.

Tous sont volontaires, attirés par une inextinguible soif d’aventure.

Les vingt hommes, vivant en reclus dans la Cité des Etoiles à quarante kilomètres de Moscou, vont passer de longs mois de tests physiques et psychologiques pour déterminer leurs aptitudes à devenir le premier cosmonaute de l’Histoire.

Ce passage m’a le plus intéressé, car il révèle les incroyables qualités physiques mais aussi humaines de Gagarine.

Gagarine n’est le meilleur nulle part mais il est le plus polyvalent avec de grandes capacités d’endurance physique et de résistance au stress.

Sa stabilité nerveuse et mentale est excellente, son intelligence analytique remarquable.

Les rapports montrent un homme travailleur, intelligent, curieux mais également très sociable, doté d’un charisme naturel lui permettant de très bien gérer les relations humaines.

Son sens de l’humour et son éternel sourire dans l’adversité sont également noté comme signe de son esprit combatif et positif.

Gagarine devient le favori de Korolev qui appuie sa candidature mais c’est le Kremlin de Khrouchtchev qui prend la décision finale de la choisir en raison de son origine modeste et rurale, de son parcours modèle sensé représenter parfaitement l’image de l’homme soviétique des années 60.

Le 12 avril 1961, Gagarine devient le premier homme à aller dans l’espace au nez et à la barbe des américains.

Pendant le vol, certains dispositifs et systèmes ne fonctionnent pas mais Gagarine s’en sort sans s’affoler et livre un rapport détaillé de ses impressions.

Des probabilités réalisés après coup montrent qu’il n’avait que 46% d’en revenir vivant.

Alors commence la seconde vie de Gagarine, sans nulle doute plus compliquée.

L’homme simple devient un demi dieu universel et est réclamé dans le monde entier.

Gagarine fait le tour du monde et est utilisé comme un instrument de propagande soviétique.

Gagarine devient un héros dans son propre pays, des foules en liesse se déplacent pour le voir, des statues de lui sont moulées en bronze, sa ville natale est rebaptisée.

Il paraît dans un premier temps bien résister à cette notoriété disproportionnée en essayant d’aider les gens qui le contactent mais il s’aperçoit assez rapidement qu’il n’est qu’une marionnette, que les dirigeants de l’URSS cherche à le placardiser et à l’empêcher de voler de nouveau.

Gagarine, fidèle aux visions de Tsiolkovski, lui ne rêve que de vols sur la Lune, Mars ou Venus.

Bien sur poussé par Korolev, Gagarine va entrer à l’Académie des Science et réussir de brillante études d’ingénieurs.

Il va également participer à terre aux vols de ses successeurs, mais de cette mise à l’écart va sans doute naître un déchirement intérieur et un mal être, mal être aggravé par la mort subite de Korolev qui sera vraisemblablement  pour beaucoup dans l’échec de la conquête de la Lune par l’URSS.

Ayant obtenu de nouveau l’autorisation de voler sur un avion de chasse, Gagarine se tuera avec son instructeur sur un MIG-15 le 27 mars 1968.

Les circonstances de ce drame resteront mystérieuses et feront naître les plus grands fantasmes pendant des années avec des rumeurs de suicide, d’alcoolisme ou d’internement secret en hôpital psychiatrique.

Gauthier parvient pourtant de manière assez analytique et dépassionnée à montrer que la vétusté de l’appareil, ses dysfonctionnements, et la piètre qualité des services météorologique russes de l’époque semblent avoir abouti à une conjonction de facteurs ayant amené à l’accident.

Bien que non passionné de conquête spatiale, « Gagarine ou le rêve russe de l’espace » m’a vivement intéressé.

Le livre insiste derrière la dimension historique et universelle de l’exploit, sur les rouages humains et politiques de l’envers du décor.

J’ai particulièrement apprécié les descriptions de la personnalité de Youri Gagarine qui semblait à vrai dire être un homme formidablement attachant à la fois intelligent, généreux, sympathique, idéaliste ce qui outre la fierté patriotique reste peut être la raison principale de son immense popularité en Russie même encore à notre époque.

Et puis, selon vous ce sourire étincelant sur la photo de la couverture, ce sourire qui nous frappe encore prêt de cinquante ans après, pourrait il nous mentir ?

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 14:27


L’Histoire Greco-Romaine me passionnant toujours, j’ai lu « Auguste » de Pierre Cosme.

Pierre Cosme est un professeur à la Sorbonne spécialisé dans l’histoire romaine.

Son livre dresse un portrait minutieux de l’empereur Auguste, qui étrangement malgré son fort impact sur la civilisation romaine m’est apparu toujours un peu en retrait par rapport à des personnages comme César, Néron, Caligula ou même Marc Aurèle qui ont inspirés beaucoup plus d’artistes que lui.

« Auguste » adopte un schéma classique en relatant chronologiquement les différentes étapes de la vie de l’empereur depuis sa naissance à sa mort.

Les sources principales de Cosme sont Suétone, Tacite et Dion Crassus.

La première partie du livre relate sans doute l’aspect le plus sombre et le plus dur de la personnalité d’Auguste.

Fils adoptif de Jules César, le jeune Octavien va déployer des trésors de stratégie politique pour assouvir ses ambitions naissantes.

Cosme relate les terribles luttes de pouvoir ayant suivi l’assassinat de César en –44 av JC.

Dans ce chaos règnent en effet luttes d’influence, manœuvres politiques, alliance opportunistes, trahisons, feintes et coups de force.

Difficile de ne pas avoir la nausée …

Octavien a pour lui l’énorme avantage d’avoir été désigné par César comme son héritier mais il doit cependant manœuvrer habilement entre les sénateurs républicains, les factions Césaricides commandées par Brutus et Cassius, mais également contre son plus sérieux rival Marc Antoine , le consul et brillant chef militaire de la Guerre des Gaules qui se verrait bien émerger de ces luttes pour le pouvoir suprême.

Dans ce nid de vipères, il apparaît que Cicéron a joué un rôle prépondérant dans l’ascension d’Octavien en pensant manipuler facilement un jeune homme contre un adversaire redoutable comme Marc Antoine.

Pourtant, Marc Antoine et Octavien oublieront pour quelques temps leurs rivalités pour aller défaire les armées de Brutus et Cassius à Modène en –43 av JC.

Une fois les Césaricides puis le dangereux Cicéron éliminés, un triumvirat s’établit, aboutissant au partage de l’Empire Romain entre Octavien, Marc Antoine et Lépide gouverneur de la région Narbonnaise.

Marc Antoine récupère l’Orient, Octavien l’Occident et Lépide l’Afrique.

Après la neutralisation de Sextus Pompée qui par son contrôle de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse et imposait un blocus maritime à Rome avec ses navires, Lépide est rapidement écarté de la sphère du pouvoir.

Commence  alors la lutte à distance entre Marc Antoine et Octavien.

Ce dernier ayant très vite compris qu’il n’avait pas le prestige militaire de son rival et va donc s’employer à manœuvrer pour le pousser à la faute.

Pour contre balancer le succès militaire de l’expédition de Marc Antoine contre les Parthes en –35, Octavien va utilise la liaison entre Marc Antoine et Cléopâtre pour le décrédibiliser, en faire un souverain d’Orient,  un traître potentiel, partisan de la royauté et un ennemi des institutions romaines.

Octavien va aussi montrer que sa force principale était de savoir s’entourer notamment du général (et ami d’enfance) Agrippa véritable génie militaire mais aussi de Mécène, richissime conseiller.

Il utilisera également à merveille les mariages pour tisser des liens avec les plus puissantes familles romaines notamment en épousant Livie appartenant à la plus haute aristocratie romaine et en mariant sa sœur Octavie à Marc Antoine.

Mais cette énorme tension entre les deux hommes aboutit en  –31 à la bataille d’Actium ou Agrippa et ses navires triomphent de Marc Antoine et de Cléopâtre.

Les deux époux se suicident donnant naissance à l’une des plus belles légende romantique de tous les temps.

Commence alors le règne d’Auguste nommé proconsul pendant dix ans et la partie la plus « pacifique » de son histoire.

Sous Auguste en effet, Rome va connaître un age d’or, avec la stabilité politique, de nombreuses réformes administratives et financières.

Auguste va réformer l’armée en créant une armée de métier, une garde personnelle (les fameux Prétoriens),  réduire le nombre de sénateurs pour mieux les contrôler et affaiblir leur pouvoir, et renouveler la classe des chevaliers.

Auguste va prendre des mesures contre la corruption, notamment celles des gouverneurs des provinces romaines, instaurer des lois visant à mieux répartir les terres, et à mieux répartir les impôts.

Le siècle d’Auguste va également voir l’essor de nombreuses constructions à Rome, la créations de bains publics, (les thermes d’Agrippa), de forums et de temples.

Sous l’impulsion de Mécène, certains des plus brillants poètes et écrivains prendront leur envol comme Virgile, Horace ou le plus controversé Ovide.

Paix, stabilité, prospérité, essor architectural et intellectuel semblent donc avoir marqué cet age d’or.

Mais la mort d’Agrippa, homme brillant et fidèle à Auguste fut un premier affaiblissement à son règne.

Puis l’éternelle question de la pacification de l’empire romain obligea Auguste à s’appuyer sur des hommes forts et ambitieux comme Tibère et Germanicus pour mener campagne en Gaule et en Germanie.

Le livre montre rapidement que Tibère était lui aussi nourri d’une ambition dévorante et que les relations avec Auguste furent rapidement tendues.

Tibère joua un jeu risqué mais qui fut payant puisqu’il contraignit Auguste à l’adopter à contre cœur.

Vieilli, fatigué, Auguste tomba malade et mourut après un voyage laissant la place libre à ses successeurs.

« Auguste » est un livre très dense, plutôt difficile d’accès pour le non initié qui aura beaucoup de mal à se repérer entre les nombreux  personnages de l’Histoire, les alliances entre familles et devant la complexité du fonctionnement des règles de la politique et de l’administration romaine

Pour autant Pierre Cosme a fourni un travail minutieux, riche et très exhaustif aidant à se faire une assez bonne opinion de la personnalité de l’empereur.

Auguste apparaîtra donc comme un homme doté d’une exceptionnelle intelligence politique à défaut d’être un brillant chef militaire.
A ce titre la maniére dont il evita de commettre la meme erreur que César avec les Sénateurs en dit long sur son grand sens politique.

La lâcheté d’Auguste sur un champs de bataille semble peut être avoir été exagérée par ses ennemis en revanche sa dureté et son caractère impitoyable avec ses adversaires m’a semblé bien réelle.

Derrière l’ombre de l’empereur divinisé, Cosme brosse le portrait d’un homme de petite taille d’une santé fragile, affublé d’un léger handicap, insomniaque, supportant mal les voyages mais doté d’un grand charisme, vivant de manière simple, presque frugale pour un empereur romain.

J’ai été touché par les relations très forte entre Auguste et Agrippa qui ne l’a jamais trahi, mais aussi de la fidélité d’Auguste envers sa femme Livie qui pourtant eut l’énorme inconvénient de ne jamais ne lui donner de descendants.

De mon point de vue le dernier chapitre du livre est le plus intéressant, car il montre l’importance du règne d’Auguste dans l’Histoire de Rome et le fait qu’il servit de modèle non seulement aux autres empereurs romains mais également à des personnages comme Charlemagne, Louis XIV, Napoléon ou … Mussolini.

Finalement les deux empereurs romains les plus importants de l’histoire resteront Jules César puis Auguste mais ce dernier en raison d’un caractère mesuré, calculateur marquera sans doute moins les esprits qu’un Néron ou qu’un Caligula plus flamboyants et excentriques.

Sur le livre lui même, je dirai qu’il est beaucoup moins littéraire et vulgarisateur que les ouvrages de Max Gallo, mais qu’il présente un travail de fond d’une très grande rigueur et  d’une très grande richesse.

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 13:46


Le journaliste Serge Bilé écrit des livres traitant des pans méconnus de l’histoire et prenant souvent le contre pied des idées reçus sur les Noirs.

Derrière le titre de son livre « Quand les noirs avaient des esclaves blancs » volontiers accrocheur voir polémique se cachent un travail d’historien sérieux se penchant sur une partie relativement méconnue de l’histoire africaine, celle ou de puissants royaumes africains rivalisaient avec leurs homologues arabes et européens.

L’étude porte principalement sur trois exemples marquant, celui de l’empire du Ghana, celui de l’empire du Mali. et celui de l'empire du Songhay.

Au moyen age, de 750 à 1040,  l’empire du Ghana appelé empire du Wagadou, fut un vaste empire englobant une grande partie de l’Afrique de l’Ouest dont le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et le Mali.

Fondé par Dinga de l’ethnie animistes des Soninké, ce royaume puissant et riche en or, s’accrut par la conquête et par ses conquêtes s’approvisionna en esclaves noirs mais aussi arabes  berbères, qui étaient considérés comme blancs à l’époque.

En effet le métissage avec les noirs n’ayant pas été encore trop prononcé.

Le royaume du Ghana était très structuré  militairement et politiquement autour de son souverain élevé appelé le Kaya Maga.

Le Kaya Maga était quasiment élevé au range de divinité, il ne parlait que par griots interposées et ne prenait jamais ses repas en public.

Les échanges commerciaux avec les arabes situés par delà le désert était très prolifique et de nombreux « blancs » se trouvaient dans des quartiers de  la ville de Koumbi-Saleh ou ils pouvaient exercer le culte de la religion islamique.

Ce royaume fut renversé les moines soldats Almoravides qui alliés aux tribus berbères, imposèrent le joug de l’Islam au Ghana.

Second empire marquant, l’Empire du Mali s’étendit entre le XIII et le XIV iéme siècle après une lutte entre deux conquérants Soumahoro Kanté et Soundiata Keita.

Soundiata l’emporta et fondit un immense empire avec comme territoire le Mali, la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, la Cote d’Ivoire et le Burkina Faso.

Soundiata Keita fut apparemment un monarque éclairé qui instaura une sorte de charte des droits de l’homme « la charte Kouroukan fouga » très progressiste sur le traitements des esclaves, des étrangers et des femmes.

La médecine fit de gros progrès, l’éducation devint obligatoire, même si le socle était l’apprentissage du Coran, les plus brillants étudiants pouvaient aller à l’université apprendre le droit, la théologie, l’astronomie, l’histoire, la géographie ou la rhétorique des philosophes grecs.

Le royaume du Mali devint donc pendant quelques années un pole d’attraction économique, scientifique et culturel d’Afrique.

Les étrangers, marchands ou étudiants étaient les bienvenus.

Kankan Moussa, successeur de Soundiata Keita poursuivit ce travail de tolérance et de progrès économique, scientifique et social.

Le livre fait même allusion à une probable expédition maritime africaine de son pére Mansa Aboubakar II sur l’océan atlantique et même si la présence d’africains sur le continent américain avant Christophe Colomb n’a jamais été encore clairement prouvée elle doit sans doute être du domaine du possible.

Après Kankan Moussa, l’empire du Mali se fissure, et les successeurs corrompus ou incompétents ne sauront pas redresser la barre.

Troisième empire dominant, celui du Songhay émergea au XIV iéme siècle sous le règne de Sonni Ali qui chef de guerre aussi brillant que génial, bien peu porté sur la religion persécuta les oulémas musulmans.

Cet empire immense engloba le Mali, la Mauritanie, le Sénégal, le Niger, le Nigeria, le Ghana, le Bénin et le Sahara algérien.

Ali instaura une bureaucratie efficace pour contrôler son royaume.

Après Ali, Askia Mohamed instaura en 1492 un régime islamique.

Dans ce royaume prospère économiquement, l’esclavage était en vigueur mais fondé essentiellement sur le coté « incroyant » du vaincu sachant qu’un musulman ne pouvait être réduit en esclavage.

La situations des juifs et des chrétiens commença  alors à se gâter sérieusement dans ce royaume.

Après la mort d’Askia Mohamed, les mœurs se relâchèrent et le royaume bascula lentement dans la décadence par des affaires de complots, de corruptions et de débauches.

Le Songhay fut alors conquis par le Maroc et son rayonnement culturel s’éteint peu à peu.

« Quand les noirs avaient des esclaves blancs » est un livre intéressant pour une personne qui comme moi connaît très mal l’histoire de l’Afrique.

Ce livre montre que au Moyen Age, de puissants royaumes africains ont existés, et que ceux ci possédaient un rayonnement économique et culturel importants.

Serge Bilé œuvre quelques peu pour la réhabilitation de l’homme noir, montrant que les Africains ont connus eux aussi des périodes de développement et de conquêtes.

Le seul point de doute demeurant pour moi la découverte de l’Amerique.

La question de l’esclavage me paraît finalement subalterne, car je savais pertinemment que déjà dans l’Antiquité sa pratique était courante, le peuple vaincu quel que soit sa race devant dans le meilleur des cas servir d’esclave au peuple dominant.

Il me paraît donc logique que de royaumes « noirs » puissants militairement aient pu eux aussi utiliser des esclaves blancs au fait de leur gloire cette pratique me paraissant à l’époque assez universelle et basée sur un rapport de vainqueur à vaincu.

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 13:30


J'avais depuis longtemps envie de lire un ouvrage sur Alexandre le Grand, ceci est donc fait avec « Alexandre le Grand » (quelle originalité !) de Jean-Claude Perrier.

Cet ouvrage relativement synthétique retrace succinctement l’épopée de ce jeune homme qui secoua le monde au IV ieme siècle avant Jésus Christ.

Bien entendu ayant vu le film d’Oliver Stone avant d’avoir lu le moindre livre au sujet du grand conquérant, j’ai automatiquement essayé de corréler ce que je lisais avec ce que j’avais vu pour en arriver à la conclusion que le réalisateur n’avait pas trop pris de liberté vis à vis du peu d’histoire connue.

En effet ce qui frappe à la lecture de ce livre c’est que les sources écrites permettant de mieux connaître la vie d’Alexandre sont très floues.

La plupart des écrits de l’époque d’Alexandre ont en effet été perdus, et les écrits sur lesquels on se base proviennent de Plutarque ou Diodore de Sicile qui ont vécu plusieurs siècles après le conquérant !

Relevant cet obstacle éternel, Jean-Claude Perrier opte pour un déroulement chronologique de la vie d’Alexandre.

Alexandre est le fils d’Olympias, femme dominatrice, considérée comme sorcière et de Philippe de Macédoine, roi de Macédoine qui en –338 a étendu sa domination sur la Grèce.

Certaines légendes en font le fils de Zeus, avec qui sa mère l’aurait conçu.

Les Macédoniens longtemps considérés comme des Barbares par les Grecs,  se sont néanmoins hellénisés, parlent le Grec et ont surtout appris les redoutables techniques de combat des phalanges pour les retourner contre leurs créateurs.

Ainsi Philippe a imposé par la force sa domination à toute la Grèce par le traité de Corinthe en -338 même si Sparte la fière n’y adhère pas et  si Athènes cherche en permanence à en briser le joug.

Fils d’un roi, Alexandre a bénéficié d’une haute éducation, puisque outre l’enseignement guerrier de rigueur composé du maniement des armes et de l’art équestre, il a eu comme précepteur le philosophe Aristote, ami de son père, qui lui dispensé son savoir scientifique et littéraire pendant deux ans avant que la vie de conquérant ne l’appelle à d’autres taches moins contemplatives.

De cette éducation, Alexandre gardera un fort goût pour la culture, les arts et restera un passionné de l’Iliade d’Homère,  puisqu’il il s’identifiera au demi dieu Achille.

Philippe développe une politique d’envahissement de la Perse pour reprendre à Darius III les colonies grecques d’Asie mineure annexées par les Perses.

 

Mais Philippe se fait assassiner et son jeune fils, Alexandre ayant montré toute sa valeur leurs de la bataille de Chéronée prend logiquement le pouvoir.

Le jeune homme embarque pour l’Asie mineure et démontre vite d’incroyables qualités de stratège doublées d’une ambition démesurée qui rapidement lui font voir plus grand que la simple reconquête des colonies grecques.

Il va alors commencer une fantastique épopée de conquête, emmenant son armée de 50 000 hommes à travers l’Asie mineure,  Moyen Orient, l’Egypte, l’Afghanistan, le Pakistan avant d’arriver jusqu’aux confins du Monde connu, l’Inde.

Mais plus qu’un brillant chef de guerre, Alexandre va se révéler un homme politique visionnaire doublé d’une personnalité complexe.

Alexandre ne veut pas seulement vaincre, il veut unifier le Monde.

Tout au long de son parcours, il n’aura de cesse de respecter et d’intégrer les populations vaincues notamment perses ou hindoues dont il fait des alliés.

Il laisse ainsi le pouvoir aux satrapes ou aux rois lui ayant prêté allégeance et laisse également à chaque fois des soldats et des hommes de confiance sur place pour contrôler la situation.

Alexandre fonde aussi des colonies appelées « Alexandries » pour consolider ses avancées.

Les grandes étapes de la conquête d’Alexandre sont la prise de l’Egypte ou il se fait couronner pharaon, celle de Babylone et ses merveilles, la défaite du roi Darius,  malgré tout immensément respecté puisqu’il ira jusqu’à châtier ses assassins mais également la victoire contre le roi Pôros et ses terrifiants éléphants de combat 

Alexandre amasse une fortune considérable par ses conquêtes au sein de l’immense empire perse ce qui l’aide à entretenir son armée et à recruter des mercenaires pour regarnir ses troupes.

Le point culminant de cette folle aventure est le descente du fleuve Indus jusqu’à sa fin dans l’Océan Indien.

Alexandre, devant faire face à des hommes épuisés, au bord de la mutinerie, doit renoncer à son rêve d’aller jusqu’au Gange pour conquérir toute l’Inde.

Le retour vers l’Ouest sera périlleux …

Le plus intéressant dans ce livre, outre les formidables victoires militaires d’un homme disposant d’une armée pratiquement en permanence en infériorité numérique mais très aguerrie et menée de main de maître, demeure les efforts fait par le conquérant pour tenir la cohésion de ses soldats.

Alexandre qui habilement prône le métissage avec les Perses, qui va jusqu’à s’habiller à l’orientale, ou à épouser la fille de Darius ou Roxane fille d’un roi de Bactriane, doit faire face à de fortes dissensions auprès de ses propres soldats Macédoniens qui ne voient pas d’un très bon œil ce mélange des cultures.

Il doit aussi garder un œil sur ses « hommes de confiance » laissés en route cédant quelques fois à la corruption du pouvoir mais également sur Athènes la fière toujours prompte à se intriguer contre lui.

Devenu mégalomane et paranoïaque à la fin de sa vie, Alexandre aura des réactions d’une rare violence, faisant exécuter des hommes sur de simples accusations ou accès de délire.

Sa mort prématurée à 32 ans, soudaine, après plusieurs banquets à Babylone demeure mystérieuse et sujette à des rumeurs d’empoisonnement.

Le livre  brosse le portrait d’un homme exceptionnel, à la fois habile politicien, cultivé, ouvert aux autres cultures mais aussi chef de guerre charismatique et implacable  n’hésitant pas aller en première ligne quand les circonstances l’exigent.

Mais le plus fascinant dans le périple d’Alexandre demeure les zones d’ombres, ce qui ne sera jamais éclairci, son attachement mystique à son cheval Bucéphale, son amour pour Hepahaiston, sa rencontre avec le philosophe Diogène, l’emplacement de son tombeau jamais retrouvé à Alexandrie …

On peut aussi se demander jusqu’ou serait aller Alexandre si il n’était pas mort prématurément, Europe de l’Ouest, Arabie, Afrique ?

Tout ceci contribuera à jamais aux fantasmes légendaires autour de sa personne.

En conclusion le livre de Jean-Claude Perrier, clair, concis va à l’essentiel et fait passer un excellent moment.

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 11:29


« Cesar Imperator  » est un livre fleuve de Max Gallo retraçant de manière romanesque la vie du plus célèbre empereur romain.

Il est vrai qu’aujourd’hui peu de noms ont fait autant impression au fil des siècles que celui de César, je citerai Napoléon, Hitler ou Alexandre le Grand dans la même catégorie des conquérants mais ne vois guère d’autres équivalents dans l’Histoire.

Mais je dois avouer qu’en dehors des sempiternels clichés autour de César et des Romains je ne connaissais pas très bien le déroulement de sa vie.

Et quelle vie ! Quel destin en effet ! Impossible sans doute de tout traiter dans les 400 et quelques pages du livre.

Gallo s’attèle pourtant à cette tache si dense et si complexe.

Je scinderai la vie de César en deux parties, la première celle des intrigues à Rome ou pas à pas il gravit prudemment les paliers visant à le mettre dans les meilleurs conditions pour accéder à des fonctions chaque fois plus importantes, la seconde ensuite après l’accession au poste de consul et le début de la guerre des Gaules

César, jeune homme issu d’une famille noble mais non de premier plan dans la vie romaine aimait à se dire descendant des familles troyennes et de la déesse Vénus.

Sa mère Aurélia Cotta semble avoir joué un rôle majeur dans le développement de son éducation et de son ambition.

César grandit dans une époque troublée déchirée par la guerre civile entre partisans de Marius (dont sa famille est proche) et ceux de Sylla.

L’objet de ce conflit est d’ordre politique, Marius veut instaurer un système plus égalitaire et favoriser la plèbe tandis que Sylla protége les « optimates » les aristocrates privilégiés.

Quand Sylla l’emporte, le jeune César parvient par les relations de sa famille à échapper aux massacres sanglants.

Il est néanmoins obligé de quitter Rome et s’engage dans l’armée pour aller mater une rébellion sur l’île de Lesbos.

Au cours de ce voyage le bruit court qu’il a eu une liaison homosexuelle passive avec Nicomède IV le roi de Bithynie dont il cherchait l’appui.

Ses adversaires politiques le railleront longtemps sur ce sujet l’appelant la « Reine de Bithynie ».

Pourtant César manifeste déjà de grande dispositions pour le statut de chef.

Capturé par des pirates, il négocie sa remise en liberté contre rançon et revient pour exécuter impitoyablement ses ravisseurs qui pourtant  l’avaient ménagé.

De retour à Rome, César tisse son réseau de relations.

Ayant appris l’art de la rhétorique à Rhodes, il fait de brillants discours pour s’attirer les faveurs de la plèbe.

Il donne également de somptueuses fêtes pour se faire connaître.

César emprunte des sommes colossales auprès de Crassus l’un des hommes les plus riches de Rome, afin d’acheter les élections et devenir successivement tribun, prêteur puis pontifex maximus, titre religieux prestigieux qui lui assure un haut rang social.

Mais César sait que le vrai pouvoir est détenu par celui qui possède le contrôle des armées.

Il parvient grâce à Crassus à se faire élire consul en –59 av JC, charge co-détenue avec Bibulus pendant une année.

Cependant César a de nombreux ennemis.

Ces sont les sénateurs, issus de la noblesse et farouchement accrochés à leurs privilèges.

Caton homme politique et philosophe est son ennemi le plus acharné.

Cicéron, qui soutient la noblesse est aussi un de ses adversaires mais Gallo le présente comme un lâche, peu enclin à l’action.

César se méfie également des ambitions de Crassus, homme ambitieux et dangereux qui a stoppé la révolte de Spartacus et dont il est sous le joug à cause des ses multiples dettes.

Mais le rival le plus en vue de César est Pompée, qui revient d’un succès militaire contre l’Empire Parthe.

L’idée géniale de César est alors de proposer à Crassus et Pompée, un triumvirat pour gouverner à trois et en réalité neutraliser temporairement ces deux plus dangereux rivaux.

Ensuite César cherche la gloire militaire, sans qui à cette époque finalement un homme ne peut prétendre aux plus hautes charges romaines.

Il se fait nommer proconsul en Gaule et reçoit le commandement de quatre légions.

Ainsi commence l’épopée gauloise et guerrière de Jules César.

Le livre oublie donc quelque peu la politique pour se consacrer aux conquêtes militaires de César.

La Gaule paraît un pays extremment divisée en des myriades de tribus.

César compte exploiter ces divisions pour conquérir la Gaule Chevelue située au Nord qui reste insoumise contrairement à la Gaule Narbonnaise et à la Gaule Cisalpine fidèles à Rome.

S’ensuit donc un jeu complexe d’alliance entre les differents peuples.

Au cours de ses voyages en Gaule, César défait une première fois les Germains et en profite pour devenir le premier empereur romain à passer le Rhin, exploit plus symbolique dont il se servira par la suite.

César entreprend de raconter ses mémoires pour créer sa propre légende, les récits de ses victoires donneront naissance à « La guerre des Gaules ».

En face les Gaulois parviennent enfin sous l’impulsion d’un chef charismatique Vercingétorix l’Arverne  à se fédérer.

Vercingétorix, a étudié les tactiques des légions romaines, il est intelligent, courageux et oppose une forte résistance aux Romains.

Le tournant de la guerre se situe à Alésia, date bien connue de tous les écoliers.

Gallo explique fort précisément cette bataille et la manière dont César l’emporte sur la coalition Gauloise pourtant quatre à cinq fois supérieure en nombre aux légions romaines.

La raison semble être tactique, construction de double palissades pour isoler la ville, de piéges à hommes redoutables, et également l’utilisation de troupes de cavalerie germaines qui terrorisent les gaulois par leur réputation d’invincibilité.

Vaincu, Vercingétorix sera capturé puis exhibé à Rome avant d’être exécuté.

Fort intelligemment César n’oublie pas d’envoyer une partie de son butin à Rome ou il finance de nombreuses constructions et reste populaire auprès de la plèbe.

César poursuit inlassablement ses succès militaires, il écrase les derniers feux de la rébellion gauloise, massacre sans pitié ceux qui se sont dressé contre lui et fait intelligemment preuve de clémence envers certains peuples combatifs qu’il compte intégrer plus tard dans ses légions comme auxiliaires.

César soumet également la Bretagne, terre mythique et inaccessible à l’époque.

Il a l’idée d’utiliser un éléphant pour terroriser les peuples insulaires.

Rien ne semble lui résister, il poursuit jusqu’en Egypte qu’il soumet également.

Il fait assassiner le jeune pharaon Ptolémée XIII et vit une idylle avec la jeune reine Cléopâtre.

César est séduit par l’Egypte et surtout impressionné par le rayonnement de la ville d’Alexandrie.

Il est vrai qu’Alexandre le Grand reste son modèle.

Entre temps à Rome, les sénateurs tentent de le destituer, Pompée ayant compris la menace qu’il représente, devient leur bras armé.

César hésite puis revient à Italie, passe le Rubicon (Alea Jacta est ! ) , et décide d'aller se faire Pompée comme on dit dans le milieu du X et se lance dans la guerre contre les légions de Pompée.

La défaite et la mort de celui ci en Thessalie, oblige ses partisans (Caton, Scipion) à se replier en Afrique sous la protection du roi de Numidie.

César les poursuit jusqu’en Afrique et les extermine.

Fatigué, il revient à Rome.

César a pris garde de ne pas exterminer les soldats vaincus et les partisans de Pompée comme son fils adoptif Brutus.

Sa clémence vise à préserver la paix civile entre citoyens romains.

A Rome la plèbe le célèbre comme un Dieu, un fils de Jupiter.

Les fêtes en son honneur se succèdent, le pouvoir du Sénat recule, la république pâlit.

Mais sa trop grande puissance effraie et attise les jalousies.

On le soupçonne de vouloir devenir roi et d’anéantir le république.

La plèbe le soutient mais les sénateurs complotent.

Infatigable César s’apprête à mener une immense campagne militaire pour vaincre enfin le roi des Parthes, puis soumettre la Dacie et la Germanie.

Mais il est assassiné un soir au Sénat, par une conjuration menée par des sénateurs et ou se tient son fils adoptif Brutus.

Cruelle ironie, l’homme qui survécut à d’innombrables batailles contre de féroces armées meurt assassiné par des hommes en toge.

Que retenir d’une telle épopée ? Max Gallo offre une vision captivante d’un des destins les plus extraordinaire qui ait jamais été.

Jules César est présenté comme un homme certes d’une ambition hors norme mais surtout comme un stratège génial, un brillant politicien et un chef de guerre insurpassable.

Sa manière de mener les hommes, d’allier sévérité et clémence, de partager avec eux les dures conditions de voyage, et surtout de ne pas hésiter à monter en première ligne pour mener un assaut lui a assurée une adhésion quasi sans faille de ses troupes.

Bien entendu le fait d’accorder le butin à ses soldats en cas de victoire était également très habile.

Néanmoins César n’apparaît pas réellement comme un être humain.

On ne sait rien de ces sentiments … on le sait aimer s’abandonner à la volupté dans le temps de sa jeunesse ou sous les mains expertes de Cléopâtre mais César apparaît comme une sorte d’homme de fer, à la volonté invincible le menant toujours en avant.

La quête sans fin du pouvoir, la guerre permanente, absolue.

César a il est vrai œuvré pour Rome, accroissant l’empire, renflouant les caisses et bâtissant mais il semble plus avoir agi pour sa gloire personnelle et ne semble pas avoir été un grand législateur ni même un grand penseur.

De ce livre on ressort admiratif devant l’intelligence du chef de guerre invaincu, du fin stratège mais aussi quelques peu écœuré de voir jusqu’ou la quête absolue de pouvoir peut mener un homme.

Trop de pouvoirs concentrés dans un seul homme ne pouvaient pour moi mener qu’à ce type de fin tragique.

Les hommes, quoi qu’on en dise n’aiment pas ceux qui se prétendent des dieux.

Mais Jules César restera sans doute un sujet de discussions (et de fantasmes ) sans fin !

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 20:50


Progression logique : après les guerres médiques je suis passé à « la guerre du Péloponnèse » de Victor Davis Hanson .

En effet si les livres de Steven Pressfield et d’Henri Pigaillem lus précédemment décrivaient la résistance héroïque et quasi mythique des Grecs contre l’ogre perse tentant de les avaler, on pouvait se demander ce qu’il était advenu  par la suite après cet effort colossal.

Et bien le livre très dense d’Hanson apporte une réponse.

Si pour les guerres médiques les écrits d’Hérodote servaient de matière première, pour le Péloponnèse ceux sont les écrits de l’historien Thucydide, témoin oculaire, stratège militaire et humaniste-pessimiste qui feront foi.

La déroute des Perses en –479 a dans un premier temps marqué le début d’une ère de domination de prêt de cinquante ans d’Athènes sur le monde grec.

C’est ce qu’on pourrait appeler le temps des lumières athénien sous l’ère de Périclès.

Les plus belles et complexes constructions architecturales comme le Parthénon sont érigées, Socrate « invente » la philosophie, Eschyle, Euripide, Sophocle et Aristophane écrivent des chefs d’œuvres théâtraux qui traverseront les siècles, il y a donc un foisonnement culturel et technique sans égal à l’époque.

Mais Athènes domine aussi militairement et économiquement de manière écrasante toutes ses rivales par la qualité et la quantité de ses navires.

Ainsi Athènes devient une sorte de super puissance impérialiste cherchant à imposer ses colons et son système démocratique à l’ensemble des autres cités.

Ses grandes rivales de toujours, Thèbes, Corinthe et surtout Sparte se sentent menacées par cette puissance envahissante.

Rapidement en –431 les tensions s’accroissent et une guerre civile grecque éclate entre Athènes et ses colonies d’un coté et une ligue Péloponnésienne dirigée par Sparte de l’autre.

C’est le récit de cette guerre fratricide sanglante qui durera prêt de 30 ans que nous raconte Hanson.

Son livre prend un parti plutôt original, celui de ne pas dérouler les événements de manière chronologique et linéaire mais plutôt par grands thèmes autour du feu, de la maladie, de la terreur ainsi que des techniques militaires utilisées lors de ce conflit.

Au niveau des forces en présence et des différences de stratégies adoptées l’antagonisme est extrêmement marqué.

Tout en effet oppose Sparte et Athènes.

Sparte est une oligarchie inégalitaire avec un pouvoir appartenant à une classe supérieure, c’est une ville terrestre, très militarisée, peu ouverte culturellement et techniquement, avec une marine inexistante, mais une armée terrestre considérée comme invincible et redoutée par le monde entier.

Ses points faibles sont donc son manque de richesses (nécessaires pour mener une guerre longue ) et une immense classe d’esclaves dit « hilotes » voisin grecs asservis par la force et susceptible de se révolter un jour pour faire exploser le système qui les a oppressés depuis si longtemps.

Sparte mise donc tout sur une stratégie d’invasion terrestre massive en forçant les Athéniens à sortir de leur ville pour les battre dans une bataille rangée.

Elle est appuyée en cela par son alliée Thèbes, presque aussi redoutable par ses fantassins, qui est chargée d’ouvrir un deuxième front au Nord de l’Attique de manière à prendre en tenaille Athènes.

De son coté Athènes est une démocratie gouvernée par une assemblée à domination populaire plutôt versatile que Périclès parvient à canaliser par son charisme.

Ses richesses sont énormes, ses colonies nombreuses, notamment dans les îles.

Sa stratégie est de refuser un affrontement terrestre direct avec les Spartiates en se retranchant derrière des hautes murailles fortifiant la ville, tenir le siége, et de lancer des attaques éclairs à l’aide de ses navires pour affaiblir les Péloponnésiens et provoquer des révoltes chez les esclaves des Spartiates en leur proposant un système démocratique plus égalitaire.

En –431 c’est Sparte qui lance la première son invasion terrestre, les Athéniens se retranchent derrière leurs murs tandis que les Spartiates incapables techniquement de prendre la ville d’assaut ravagent les récoltes des paysans les conduisant à se cacher dans la ville.

Mais une faille apparaît dans la stratégie Athénienne, la surpopulation, la chaleur et les conditions d’hygiène dans la ville pendant le siége produisent l’apparition de la peste.

Cette épidémie étalée sur prêt des quatre ans aura des conséquences dramatiques et décimera une partie importante des forces athéniennes.

Périclès lui même en meurt et avec lui Athènes perd son leader spirituel et tactique.

Pourtant au final les Spartiates eux mêmes atteints par la peste et épuisés par ces siéges stériles se retirent également.

Athènes lance alors ses raids navals meurtriers et soumet dans le sang certaines îles comme celle de Mytilène.

De leurs cotés les Péloponnésiens ne sont pas en reste et détruisent aussi les villes refusant de se soumettre comme Platées.

On assiste alors à une escalade de la terreur, les codes de la guerre entre cités grecques volent en éclat, avec l’apparition pour la première fois de massacres de soldats désarmés ou en déroute et même de populations civiles.

Les techniques militaires changent, les batailles « à la loyale » entre phalanges sur un terrain découvert cessent, on voit l’apparition de fantassins légèrement armés destinés à tuer des hoplites isolés  ainsi que d’armes de trait (fronde ou arc ) considérées comme déshonorantes par les Grecs pourtant.

La cavalerie jadis plutôt aristocratique et minoritaire obtient un rôle nouveau.

On voit même l’apparition des premières machines de siéges même si rudimentaires.

Les succès changent alternativement de camps, les Spartiates tentent cinq invasions terrestres sans succès, les Athéniens commandés par Alcibiade général brillant mais peu honorable infligent la première déroute terrestre aux Spartiates à Sphactérie en –425 , certes dans une bataille non rangée, ces derniers prennent leur revanche à Mantinée en –418.

Alcibiade est exilé pour des soupçons d’impiété et rejoint le camps spartiate pour se venger.

Les Spartiates ont compris qu’ils ne battraient jamais les Athéniens si ils ne parvenaient pas à construire une flotte capable de rivaliser avec leurs navires.

Ils s’allient donc avec leurs ennemis de toujours les Perses qui les soutiennent à l’aide des richesses de leur immense empire.

Soutenue financièrement, Sparte se  lance dans de grands programmes navals et recrute des marins étrangers.

De leurs cotés les généraux grecs athéniens comme Nicias ne sont pas au niveau de leurs prédécesseurs et accumulent les erreurs tactiques.

La guerre de Sicile s’étalant de –415 à –413 marque le tournant de la guerre.

Athènes se lance dans l’invasion de cette île gigantesque, démocratique, très peuplée et situées très loin de chez elle.

L’armée, dirigée par des généraux incompétents se heurte aux cavaliers Syracusins et subit de lourdes pertes.

Cette entreprise folle se termine par une déroute massive, l’exécution des généraux et la destruction d’une grosse partie de la flotte Athénienne.

Sparte lance alors de multiples offensives navales pour profiter de son avantage.

L’amiral spartiate Lysandre s’avére un brillant stratège.

Les batailles finales ont lieue dans la mer Egée prêt de la Ionie.

A cours d’hommes les Athéniens enrôlent des esclaves en leur promettant la liberté après la guerre.

En –406 la bataille des Arginuses sera l’une des plus meurtrières de l’Antiquité.

Les Athéniens prennent encore l’avantage sur les Spartiates en mer mais les généraux vainqueurs sont exilés et l’alliance avec la Perse permet aux Spartiates de fournir toujours plus de bateaux.

En –405 Athènes voit sa flotte détruite et capitule l’année suivante.

Mais Sparte ne profitera pas longtemps de son triomphe, s’avérant incapable d’administrer un empire et son alliance avec un allié aussi encombrant que la Perse lui causant des difficultés insurmontables.

En –403 la démocratie fut rétablie à Athènes et un semblant d’équilibre rétabli avec un pouvoir restreint moins impérialiste et envahissant vis à vis de ses voisins.

Le dernier chapitre du livre est de loin le plus intéressant.

Il analyse en effet les  raisons de la défaite athénienne et les conséquences sur le long terme de cette guerre civile.

La Grèce ressortira  en effet affaiblie, traumatisée, avec des blessures difficiles à cicatriser.

La fin de l’age d’or ? Contrairement à l’auteur je le pense car si pendant soixante ans le pays fut stable il fut par la suite définitivement conquis par les Macédoniens Philippe et son fils Alexandre.

On peut donc parler d’inéluctable déclin .. ce qui fait que généralement l’age d’or de la Grèce est situé au Viéme siècle, avant la guerre du Péloponnèse, après c’est autre chose même si finalement les bases posées subsisteront culturellement.

On peut donc penser que les trente années de ce conflit fratricide auront marquées un coup d’arrêt à l’expansion du monde hellène.

Finalement même  les inventeurs de la démocratie et de la philosophie n’ont pas échappés aux écueils des excès de pouvoirs et aux horreurs de la guerre.

Si la guerre contre les Perses étaient une guerre juste, celle entre Grecs s’est avérée beaucoup plus vicieuse et sale dans ses méthodes.

A propos du livre en lui même il s’agit d’un pavé de 500 pages, fournissant un travail extrêmement méticuleux et sérieux.

Le fait que tout le travail repose sur un seul auteur Thucydide me gêne toutefois surtout quand on le compare à  celui Henri Pigaillem qui lui avait confronté plusieurs sources différentes dans un soucis d’impartialité.

Les énumérations de statistiques sont quelques fois fastidieuses et les remarques après coups sur les erreurs de stratégie commises un peu faciles à mon goût.

Cependant la volonté  constante de l’auteur de raccrocher cette guerre aux conflits modernes est tout à fait louable.

Ainsi comparer Athènes la super puissance capable de frapper à distance pour imposer son modèle économique et politique aux Etats Unis actuels est plutôt astucieux mis à part que ce type de comparaison me parait plutôt limité, les Américains n’ayant pas il me semble de rivaux terrestres les menaçant directement sur leur propre sol.

Pour ma part au niveau des échelles je vois ce conflit comme si un jour Marseille devenue capitale économique et militaire de la France avait été attaquée par Paris ou par Lyon, rivales purement terrestres menacées par une influence grandissante.

En conclusion, malgré sa densité et son sérieux j’ai moins aimé ce livre que les précédents.

Peut être aussi que tout simplement les guerres médiques façon David contre Goliath exaltent plus mon imaginaire que des conflits internes pour une question de suprématie.

A lire toutefois pour avoir les connaissances historique de fond nécessaires pour aborder, les productions littéraires et théatrales d'Euripide, Sophocle et Aristophane tournant autour de ce sujet terriblement marquant pour un Grec ayant connu cette période.

 

 

    
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 14:53


Zoom sur l’histoire des guerres médiques et suite logique du l'article précédent : « Les murailles de feu » de Steven Pressfield.

Il s’agit donc apparemment d’un roman historique centré sur la bataille des Thermopyles, la couverture faisant plutôt adroitement référence au film « Les 300 » pour attirer le chaland.

Mais en réalité contrairement au film ce livre ne traite pas « que » de la bataille même, en effet pendant environ la moitié du roman on ne parle pas de ces fameux six jours historiques ou le détachement d’élite spartiate emmené par Léonidas tint en échec l’armée perse de Xerxès.

Le livre traite également de la vie à Sparte dans l’antiquité.

Le mode narratif choisie st  extrêmement original.

Le narrateur est Xéon, un jeune homme dont le village et la famille ont  été massacrés par les Argiens et qui contraint à une vie d’errance dans la campagne avec sa cousine et son ancien esclave guérisseur, finit par rallier Sparte en devenant un esclave au service d’un maître puissant et influent du nom de Dienekes.

Xéon a réchappé à la bataille des Thermopyles, grièvement blessé il est interrogé par la gardes de Xerxès, qui est curieux d’en savoir plus sur le mode de vie de ces gens qui ont préféré mourir pour leur pays et lui ont coûté de si cuisantes pertes.

Ainsi par Xéon, le lecteur découvre la rudesse des mœurs de Sparte, citée entièrement tournée vers l’art militaire.

Dés son adolescence chaque jeune homme est suivi par un mentor chargé de le former pour devenir un vaillant guerrier hoplite.

Xéon doit servir Alexandros qui est l’élève de Dienekes.

Le drame d’Alexandros est qu’il n’a aucun goût pour la guerre.

Alexandros est intelligent, beau, chétif, il aime la musique et a une voix d’ange.

Décalé par rapport à sa société, il subit donc les pires brimades des instructeurs, nez cassé, coups de fouets, humiliations publiques.

Mais Dienekes homme intelligent, tolérant, très respecté et aimé dans la cité, n’ayant pas eu de descendance male, considère Alexandros comme son propre fils et intervient fréquemment pour le protéger.

Xéon pratique la lutte et la boxe avec Alexandros pour l’aider à s’endurcir.

Les deux jeunes hommes soudés dans les épreuves se lient d’amitié.

A l’annonce de la mise en marche de la plus grande armée levée par un roi perse, la peur se diffuse dans toute la Grèce.

Les tentatives d’unifications sont très laborieuses, la plupart des villes restant neutres ou pire se soumettant par avance à Xerxès.

Sparte, Athènes, Corinthe et Thèbes choisissent de se battre.

Le roi de Sparte, Léonidas part au défilé des Thermopyles avec 300 hoplites, choisi pour leurs qualités guerrières mais également pour le fait qu’il ait des descendants afin de perpétuer leurs lignées.

Ils sont aidés par des contingents de troupes auxiliaires dont les Thébains.

L’idée est de bloquer l’invasion terrestre perse dans un étroit défilé montagneux entre la Thessalie et l’Attique tandis que la marine grecque luttera sur les flots pour protéger Athènes.

Contrairement au film « les 300 » Léonidas a en réalité soixante ans lors de cette expédition , ce n’est donc pas un body builder de 35-40 ans !

En revanche il est très respecté et ses troupes sont prêtes à mourir pour lui.

Dans la culture spartiate, le rois et les commandants vivaient dans les mêmes conditions de rudesse que leurs hommes ce qui tissait des liens très étroits entre eux.

Alexandros se porte volontaire pour la mission suicide, il suivra son père Olympias et son mentor Dienekes tout comme le fera Xéon.

A Sparte les esclaves suivent leurs maîtres jusqu’au champs de bataille, ils les assistent et peuvent même dans certains cas exceptionnels être amenés à lutter à leurs cotés.

Léonidas érige un mur dans le défilé et poste ses hommes en triangle.

Xerxès envoie des émissaires et promet à Léonidas d’épargner Sparte et de régner sur la Grèce toute entière en échange de sa soumission.

Avec leur alliance dit il, ils seront invisibles et iront même étendre l’empire perse en Europe.

Léonidas ne croit pas l’émissaire et refuse l’offre en bloc, la bataille est donc inévitable.

Les forces des Perses sont leur cavalerie et leurs archers, les meilleurs du monde à cette époque.

Mais le plus effrayant est leur nombre, plus d’un millions de soldats issus de toutes les contrées conquises depuis Cyrus, Darius et Xerxès.

En théorie les Grecs ne font pas le poids, mis à part sur les mers mais cela Xerxès ne le sait pas encore.

Le terrain des Thermopyles, encaissé et étroit n’autorise par les Perses à déployer leurs armes de prédilection.

Dans les corps à corps, les phalanges grecques ont un avantage indéniable.

Les Spartiates combattent en phalange soudées, chaque soldat protége son voisin de gauche en levant son bouclier de bronze, puis la phalange avance poussée par l’arrière des troupes tandis que les longues lances sont abaissées horizontalement en position d’attaque.

La phalange percute la ligne ennemi avec ses boucliers et par la force de sa poussée la renverse, ensuite les longues lances servent à piquer puis la phalange se ressoude et reproduit sa force de poussée.

Les fantassins perses ont des boucliers en osiers insuffisants pour les protéger, leurs lances sont trop courtes et leurs épées plus fragiles.

De plus, beaucoup sont esclaves, enrôlés de force dans une guerre les dépassant.

Les Grecs luttent pour leur pays, en homme libres.

Les Spartiates se connaissent tous depuis l’enfance et sont très soudés entre eux.

Le récit des six jours ou Léonidas et ses troupes tuent 20 000 Perses est passionnant et extrêmement dense.

Pressfield décrit avec talent et force ses combats homériques dont le point culminant est l’envoi d’un commando grec pour tuer Xerxès en pleine nuit.

Cette action commando échoue de peu et voit la mort  d’Alexandros qui se révèle finalement un combattant héroïque.

Finalement l’inexorable arrive, éreintés par la multitude des assaillants perses et leur arsenal inépuisable de combattants, les Grecs reculent et se font prendre à revers par la garde personnelles de Xerxès, les Immortels.

Ceux ci massacrent les Spartiates jusqu’au dernier et le corps de Léonidas est mutilé.

Xéon seul survit et capturé par les Perses raconte son histoire avant de mourir.

La suite on la connaît, l’embrasement de la résistance grecque, la déroute perse à Salamine puis à Platée, vaincue à la fois par la marine athénienne et par les terribles fantassins spartiates.

« Les murailles de feu » est un petit bijou de roman historique, bien plus complet et instructif que ne le sera jamais aucun film.

On côtoie des personnages héroïques mais à échelle humaine capables de nous émouvoir par leurs sentiments.

On comprend mieux les motivations de chacun, la mentalité spartiate n’excluant pas la peur mais s’efforçant par l’entraînement de considérer la guerre comme un travail en combattant avec discipline sans colère ni désorganisation.

En résumé un roman remarquable qui vous transporte complètement dans son monde.

Un signe qui ne trompe pas après ce livre Steven Pressfield bien qu’américain a été nommé citoyen d’honneur de la ville de Sparte.

Quelques passages :

« Une flèche qui siffle au oreilles peut ramollir les genoux. La tête polie du projecteur crie sa malveillance tandis que le poids de la tige dirige son vol meurtrier.
Mais cent flèches font un bruit différent. L’air semble s’épaissir et devenir incandescent ; il vibre comme un solide. Le guerrier se sent enfermé dans un corridor d’acier vivant. La réalité se réduit à cet espace de mort dont il est prisonnier. Il ne voit plus le ciel, il ne sait même plus qu’il existe.
Viennent mille flèches, leur bruit est comme un mur. Il n’offre aucune faille, aucun répit, solide comme une montagne il chante la mort. »

«  Les pensée du guerrier au moment de l’action répondent à un schéma invariable et inévitable … D’abord apparaissent les visage des êtres chers et loin du danger : sa femme, sa mère , ses enfants, surtout si ce sont des filles et si elles sont jeunes. Celles qui survivront et porteront son souvenir dans leur cœur. Il  chérit  ses images la. Il leur adresse son amour et leur dit adieu.
Puis l’esprit convoque ceux qui ont déjà passé la rivière et attendent sur la rive lointaine de la mort…
Le guerrier accueille ses images la en silence, invoque leur aide puis les efface.
Ensuite viennent les dieux qui l’ont le plus favorisé et qu’il a le plus révérés. Il leur remet son esprit si il en a le loisir. »

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Published by Seth - dans Histoire
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