Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 19:12

La_peste.jpg

4.gif 

Lire Sartre m’a redonné envie de relire « La peste » d’Albert Camus que j’avais lue dans ma jeunesse dans le cadre de lectures imposées à l’école mais dont je n’avais pas retenu grand chose si ce n’est l’atrocité de son contexte.

« La peste » raconte l’histoire cauchemardesque de la résurgence de cette maladie qu’on pensait éradiquée dans la ville d’Oran, alors faisant partie de l’Algérie française.

Oran est décrite comme une ville portuaire dynamique dont la principale activité est le commerce maritime, ou il règne une chaleur accablante la journée et ou les gens sortent la nuit dans les cinéma ou discuter tard dans les cafés.

La  soudaine recrudescence de rats agonisants venant mourir par dizaines puis par centaines et par milliers aux pieds des hommes n’inquiètent que modérément les pouvoirs publics et la population qui ne voient au début qu’une gêne de courte durée.

Mais cette mystérieuse épidémie vient ensuite frapper les hommes eux mêmes, qui meurent sous l’effet de fortes fièvres, le corps vidé et couvert de ganglions purulents.

Malgré l’incrédulité des populations et des autorités, il faut pourtant se rentre à l’évidence, le mal dont souffre Oran est bel est bien la peste.

La richesse du roman de Camus tient en premier lieu à sa remarquable construction avec l’instauration progressive d’une menace qui met longtemps à se préciser, puis en second lieu à la finesse de  l’approche psychologique des personnages pris dans cette tourmente.

Le héros principal est le docteur Rieux, jeune médecin courageux, dévoué, anti clérical et altruiste qui lutte de toutes ses forces contre la maladie.

Son ami Tarrou est plutôt déroutant.

Camus le décrit comme le chroniqueur de cette histoire et dit tenir son récit de ses notes.

Tarrou est un idéaliste, un fils de procureur révolté contre l’injustice.

Aux cotés de ses deux figures principales on retrouve une galerie de personnages secondaires comme Rambert un jeune journaliste parisien qui s’ingénie pendant la plupart du roman à fuir la ville pour retrouver son amie mais qui finalement y renonce pour se joindre à la lutte aux cotés de Rieux, Grand, modeste fonctionnaire obsédé par la littérature sans avoir le talent pour écrire, Cottard, mystérieux intriguant profitant de la situation pour faire du marché noir et surtout le Père Paneloux, prêtre à l’élocution redoutable représentant pour Camus la puissance de la religion chrétienne.

Rapidement l’épidémie prend des proportions terribles, les hommes meurent pas centaines dans d’atroces souffrances, la ville se trouve coupée du monde, les marchandises se raréfient, le chômage augmente, le marché noir se développe, les gens se terrent chez eux, d’autres cherchent à fuir par tous les moyens.

La médecine paraissant impuissante à juguler ce terrible fléau, la religion tente sous les traits du Père Paneloux de reprendre son influence sur des populations qu’elle estime toujours coupables par leurs péchés d’avoir provoquer ce terrible châtiment.

Les divergences de positions entre Rieux et Paneloux qui luttent pourtant tous les deux pour l’Homme sont passionnantes.

L’effondrement moral puis la  mort  de ce dernier après avoir assisté à la longue agonie d’un enfant innocent peut être vue comme une érosion de la puissance de la foi devant l’inhumanité de certaines situations insupportables.

Toute la force du roman de Camus s’exprime lorsque l’épidémie s’arrête aussi mystérieusement qu’elle a démarré avec sans doute des conditions climatiques moins favorables à sa propagation, laissant une ville exsangue et traumatisée mais néanmoins capable de célébrer sa "libération".

La mort de Tarrou, emporté avec le flot des dernières victimes est le moment le plus émouvant du livre.

« La peste » est un roman effrayant et d’une force inouïe.

Bien sur, il existe un deuxième niveau de lecture, la maladie étant une métaphore du nazisme, appelé aussi « peste brune » qui vient de  ravager le monde et en particulier la France au moment ou Camus écrit ce livre mais je préfère voir ce livre comme une remarquable étude sociale, psychologique et philosophique de l’être humain face à des fléaux qui dépassent sa mesure et contre lesquels il ne peut rien faire d'autre que se battre ou se résigner.

La conclusion de Camus semble plutôt optimiste avec la foi non pas en la religion mais en l’homme, majoritairement bon et capable de se révéler altruiste au plus fort de la tourmente.

Aujourd’hui notre monde hyper médiatisé fait que des maladies comme la grippe A ou la grippe aviaire qui auront fait un nombre ridicule de victimes sont capables de provoquer la peur chez nos concitoyens.

On pourrait alors se demander alors ce qui arriverait si un véritable fléau aussi redoutable que la peste (qui a décimé des millions de personnes au Moyen Age) refaisait son apparition.

Sans doute aiguillonné par des média, le monde basculerait il dans la folie et l’anarchie la plus complète et certaines industries essaieraient de saisir l’occasion pour en profiter.

Je ne suis pas sur que comme Camus, l’altruisme soit encore une valeur très répandue  au XXIéme siècle …


Repost 0
8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 19:50


J’ai lu « Les paradis artificiels » de Charles Baudelaire sur les conseils d’une amie à laquelle je tiens beaucoup.

L’édition proposée présente en guise d’amuse gueule de luxe trois courts textes de Théophile Gautier, ami poète de Baudelaire qui s’était lui même également intéressé au sujet sulfureux de la consommation de drogues.

Dans « La pipe d’opium », « Le hachich » ou « Le club des hachichins », Gautier raconte ses expériences de consommateur d’opium et de hachich.

Il décrit le processus de fabrication, d’ingestion puis les formidables voyages accomplis sous la forme  de délires hallucinatoires mélangeant créatures imaginaires et réalité déformée sous l’angle de l’espace et du temps.

« Le club des hachichins » s’intéresse à l’origine de cette drogue qui se perd dans une vielle légende arabe ou un vieux cheikh  asservissait ses hommes en leur faisant consommer à leur insu du hachich afin d’en faire des assassins dociles.

Cette nouvelle pousse le délire hallucinatoire à son paroxysme et les descriptions d’êtres mythologiques, surnaturels ou purement imaginaires abondent pour notre plus grand plaisir.

La partie consacrée à Baudelaire commence par « Du vin et du hachich » une intéressante étude comparative entre ces deux drogues.

La langue utilisée est superbe, mettant en avant le rôle de ces deux substances pour révéler et exalter la nature profonde d’un homme, un homme brillant voyant son champs de perception décuplé, un homme médiocre devenant encore plus mauvais.

Baudelaire décrit longuement les differents états par lesquels on passe après l’ingestion de hachich, notamment la phase d’agitation et de rire incoercible, celle de froid et d’anéantissement avant de subir plusieurs montées et descentes de sensations exacerbées et d’atteindre finalement un sentiment de plénitude appelé le kief ou l’homme se prend pour un dieu.

L’après hachich laisse généralement dans un état de grande faiblesse physique et mentale.

Baudelaire insiste sur le coté social du vin qui fortifie, incite à l’action et montre les dangers du hachich qui annihile plus qu’autre chose le consommateur et le rend impropre à tout acte.

La pièce principale de ce recueil est « Les paradis artificiels » divisée en « Le poème du hachich » et « Le mangeur d’opium ».

« Le poème du hachich » comporte une étude détaillée sur le hachich, son origine, sa fabrication, des recommandations pour son ingestion, et plusieurs exemples de ses effets sur des personnalités differentes incluant l’auteur lui même.

Baudelaire décrit une drogue déformant la réalité, décuplant les sens et la perception de son environnement, exaltant les sentiments humains positifs ou négatifs, ce qui fait qu’il ne faut pas pour lui prendre du hachich lorsqu’on n’est pas dans des conditions favorables.

Le haschich agissant sur l’imagination peut donc être utile pour le créatif ou l’intellectuel cherchant un surplus d’inspiration.

Mais le fait d’arriver au kief, de se prendre pour un dieu aboutit à une lourde descente le lendemain qui semble demeurer un prix trop lourd à payer pour le poète.

En outre, la consommation de hachich si elle décuple l’inspiration rend impropre à la réalisation et bien souvent les rêves partent en fumée faute d’avoir pu être retranscrit.

Baudelaire termine donc ce qui aurait pu être considéré comme une apologie par une note morale, en disant que le philosophe ou le poète ne doit compter que son travail pour développer sa pensée.

« Le mangeur d’opium » est un long commentaire sur les écrits de Thomas de Quincey, écrivain britannique qui a écrit sur sa dépendance à l’opium.

Baudelaire décrit la vie de cet homme qui semble se confondre avec la sienne, enfance aisée au milieu de femmes, précocité intellectuelle puis pauvreté, angoisses, douleurs physiques et mentales mènent de Quincey à la consommation de laudanum puis à la dépendance pure et simple à l’opium.

Il ironise sur la guérison supposée de Quincey qui lui semble totalement artificielle.

Le récit termine sur l’idée très forte que l’opium permet d’atteindre un niveau de conscience supérieur mettant en relation avec des pensées enfouies au plus profond de nous ou bien des divinités responsable des larmes, des soupirs et de la douleur qui nous forgent l’ame.

En conclusion « Les paradis artificiels » est malgré son thème sulfureux une saine lecture ou les auteurs que ce soit Gautier ou Baudelaire donnent libre cours à leur imagination débridée tout en n’oubliant pas une condamnation morale bien mince pour ce dernier.

Mais Baudelaire va plus loin que Gautier dans son analyse, dépassant les pléthoriques descriptions des effets des drogues, son étude de fond menée autour de la personnalité de Quincey met en lumière tout ce qui peut conduire un esprit brillant et sensible à sombrer dans l’opium.

Pour ma part, bien que non consommateur de drogue, je pense qu’il sera toujours dans la nature profonde de l’homme de  trouver des stimulants pour élever son ame et oublier une réalité bien souvent terne et sans relief truffée d’éternelles contrariétés et de problèmes à résoudre.

Repost 0
1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 14:44


Etrange roman que « La chute » d’Albert Camus.

L’histoire se passe à Amsterdam, en Hollande.

Un français du nom de Jean Baptiste Clémence en aborde un autre dans un bar appelé le « Mexico-city », il lui parle au cours d’un long monologue qui a tout d’une confession.

Clémence se dit être un « juge-pénitent » et se raconte au fur à mesure face à cet inconnu muet.

Avocat de formation, l’homme semble avoir exercé à Paris, en se spécialisant les cas de défense de victimes.

L’homme apparaît vite gonflé de vanité, se croyant par sa fonction au dessus des hommes, pétri de vertus, de bonnes intentions et propre à réaliser de nobles actions pour en fin de compte sa seule gloire personnelle.

Avec les femmes, Clémence semble agir en parfait collectionneur, les séduisant puis les abandonnant comme des jouets ayant perdus l’attrait de la nouveauté.

Incapable d’aimer vraiment personne si ce n’est son propre ego, l’homme m’apparaît très vite boursouflé d’orgueil et parfaitement détestable.

Mais je crois au final que Camus a décrit en réalité la plus grande comunalité des êtres humains  vite satisfaits d’eux mêmes à peu de frais et se remettant finalement assez peu en cause.

Mais pourtant une fêlure intervient à un moment dans cette vie d’homme aveugle ..

Clémence avoue ne jamais pouvoir marcher sur un pont la nuit depuis ce soir ou à Paris il entendit au cours d’une ballade nocturne sur un pont un rire mystérieux rire de lui …

Ce rire semble le hanter pour une raison inconnue puis Camus développe … et soudain cet homme ouvre les yeux et s’aperçoit lucidement qu’il joue un jeu dans la vie tel un comédien de théâtre.

En réalité je pense que chacun joue un jeu du fait de conventions sociales, morales ou religieuses et que les moments ou les gens sont sincères sont tellement rares que finalement peu de gens parviennent à les supporter.

Quand ils arrivent, ils se retrouvent généralement très indisposés par cette réalité sans fard s’étalant devant eux.

Mais Clémence s’aperçoit donc de cela et c’est tout son ego qui vacille et qui chute.

Il se voit donc dans une situation d’expiation pour encore parvenir à mériter de pouvoir juger les autres mais ceci est énoncé non sans une pointe de cynisme alimentant le doute notamment dans la manière de manœuvrer la clientèle hollandaise.

Pourtant la fin du livre fait basculer du coté de la sincérité, car Clémence révèle la véritable raison de sa culpabilité, de son obsession d’expiation, de son désir d’être à son tour jugé pour un motif comme le recel d’un tableau de maître (Vermeer) « Les juges intègres » exposé à la vue de tous en haut du bar Mexico-City.

« La chute » est un roman profond, sans concession, s’intéressant au questionnement  autour de l’existence humaine.

Dans ce livre les pages sur les rapports avec la mort d’un proche ou encore pire d’une vague connaissance sont des merveilles de brillante lucidité sur l’art de jouer la comédie de l’affliction.

Celles sur les travers d’une liberté totale sont également remarquables, la liberté s’avérant être un fardeau trop lourd à porter seul, l’homme se sentant donc obligé de se trouver un maître en la personne d’un Dieu.

Bien entendu je partage globalement le point de vue de l’auteur sur la notion de comédie humaine que nous sommes tous obligée de jouer pour rendre la vie supportable.

Et celui qui ne joue pas le jeu se trouvera immanquablement marginalisé auprès de la société des hommes.

Le tout est donc pour moi d’assurer le minimum vital du rôle assigné socialement tout en conservant la plus grande lucidité, indépendance pour soi afin de ne pas perdre de vue les véritables choses importantes dans l’existence.

Mais une chose est sure : regarder la vie en face est comme fixer le soleil sans lunettes protectrices, la lumière insoutenable brûle  rapidement au bout de quelques secondes c’est pour cette raison que la plupart des gens gardent leurs lunettes ou ne lévent meme pas le nez vers le ciel trop occupé à regarder le sol à leurs pieds.

Observez cependant les expressions faciales ou les tics corporels des gens quand ils jouent la comédie, ceux ci trahiront bien souvent les efforts déployés pour endosser leur rôle social.
La chute est un excellent roman, édifiant bien que comme souvent chez Camus trop lucide et dérangeant pour être  pleinement séduisant.

Repost 0
1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 11:24


« L’exil et le royaume » d’Albert Camus est un recueil de six nouvelles sur le thème de l’exil.

Comme souvent dans un recueil, on peut trouver cela quelque peu hétérogène et ne pas apprécier la totalité des nouvelles abordées.

Pourtant outre ses inévitables constations, force est de constater que la quasi totalité du recueil m’a captivée.

J’ai retrouvé un peu l’ambiance de « l’Etranger » avec ces histoires se déroulant souvent en Algérie ou des Français se retrouvent isolés, déroutés, perdus dans un monde et une culture dont ils n’ont pas les clés.

Pour moi le chef d’œuvre du livre est « Le renégat » cette nouvelle effrayante et d’une violence inouïe racontant le calvaire d’un prêtre missionnaire torturé par les « sauvages » qu’il était venu convertir seul, aveuglé par son orgueil démesuré.

Il s’agit donc d’une bombe à fragmentation contre le colonialisme européen et plus généralement contre la religion chrétienne car non l’homme n’est pas bon et le Mal règne souvent en maître absolu sur cette terre.

L’effet est terrible et les dernières pages vous marquent au fer rouge.

« L’hôte » œuvre également dans une veine de terreur, avec cet instituteur français isolé sur une montagne en Algérie qui se voit confié un prisonnier arabe a conduire à la ville la plus proche.

Bien que pétri de nobles sentiments et de bonnes intentions, l’homme voit brutalement tout se retourner contre lui dans une ironie cruelle.

Derrière la puissance terrifiante de ces deux nouvelles, on retrouve le thème de l’attraction  presque métaphysique que peut éprouver un homme pour des forces de la nature lui rappelant sa faiblesse et sa mortalité comme Janine pour le désert dans « La femme adultère » ou l’ingénieur d’Arrast dans « La pierre qui pousse » pour la jungle amazonienne et l’intense culture primitive des populations brésiliennes de la ville d’Iguape.

J’ai moins aimé « Jonas » avec cette parabole sur les affres de la création artistique ou « Les muets » nouvelle à laquelle j’ai été moins réceptif.

En résumé, j’ai été encore une fois séduit et impressionné par le talent d’Albert Camus, la beauté et la force de sa langue, ainsi que par la puissance et la profondeur des thèmes abordés.

Repost 0
15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 10:42


J’avais lu pendant mes études « L’étranger »  d’Albert Camus, grand classique de la littérature française mais il ne m’en était pas resté grand chose, comme quoi quand le savoir est dispensé par contrainte son impression est plus fugace.

Dés les premières pages on est surpris et mis très mal à l’aise par le ton de la narration.

La situation initiale est tout  d’abord pénible puisque Meursault, un jeune français  célibataire d’une trentaine d’années vivant à Alger reçoit la nouvelle de la mort de sa Mère et est donc convoqué pour suivre la veillée funèbre et les procédures d’enterrement.

Outre ce cadre macabre ce qui rend mal à l’aise est l’extrême détachement et neutralité du ton abordé.

Meursault décrit en effet les événements comme si il leur était extérieur et comme si aucun d ‘entre eux ne l’atteignait.

Ce ton sera une constante du livre.

De retour à Alger, Camus décrit le quotidien de Meursault, son travail de bureau, ses habitudes, et surtout ses fréquentations.

Il y a Marie, sa jeune amie, qui semble attachée à lui et viser un mariage, Salamano un vieil homme ayant une curieuse relation d’amour haine avec son chien et surtout Raymond, proxènete violent et personnage inquiétant avec qui Meursault sympathise avec le même détachement.

Raymond a des problèmes avec une femme arabe qui lui doit de l’argent, il la corrige violemment, l’affaire prend mauvaise tournure, Meursault se porte témoin pour défendre Raymond au commissariat.

Les frères de la femme arabe se mettent alors à suivre Raymond pour se venger.

Le drame se joue à la plage d’Alger, ou l’affrontement a lieu.

Meursault commet alors un meurtre et abat par balle le frère de la femme arabe.

La description de la scène de la plage est extraordinaire.

Meursault semble entraîné passivement dans un concours de circonstances qui l’emmène à tuer un homme, il ne semble même pas avoir conscience de son acte.

Le soleil et la chaleur accablante sont décrits comme des éléments précipitant le drame puisqu’ils sont insupportables à Meursault.

Ceci n’est pas absurde je le pense en revanche car on sait que les crimes de sang sont plus nombreux quand les températures sont chaudes.

La deuxième partie du livre est donc le procès de Meursault et devant son indifférence à sa défense et son absence de circonstances atténuantes ou de remords, sa condamnation à la peine de mort par guillotine.

La fin du livre est la plus impressionnante avec l’attente dans la cellule et les dernières heures du condamné.

On comprend alors mieux la philosophie de vie de Meursault, son attitude d’insensibilité et de détachement par rapport aux évènements de son existence.

Le refus de la religion pour accompagner les derniers instants de la vie d’un homme et très marqué, avec le dialogue houleux avec l’aumônier.

Le message difficile à décoder précisément semble pourtant apparaître : puisque la vie n’a aucun sens, puisque des forces absurdes précipitent le cours des évènements comme le soleil qui fait tuer un homme ou le fait d’être condamné à mort pour ne pas avoir pleuré lors de l’enterrement de sa mère alors autant s’en détacher.

« L’étranger » est donc un livre puissant, inquiétant, provocant, choc (la dernière phrase fait l’effet d’un coup de poing au visage ) , mystérieux, plongeant le lecteur dans le malaise puis l’horreur pour l’emmener vers une réflexion quasi philosophique sur le sens de la vie.

Le ton de la narration évoque pour moi un rêve, ou plutôt un lent et insoutenable cauchemar sous le soleil algérien.

Par rapport au titre, l’étranger n’est donc pas cet Arabe tué par hasard, mais ce Meursault qui ne correspond à aucune norme sociale et doit donc être éliminé.

Un livre culte et difficile donc comme une plongée dans un abîme que peu de gens veulent finalement regarder en face.

Repost 0
3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 19:29

passante_soucis.jpg


« La passante du Sans-Souci » autre grand classique de Joseph Kessel est un livre étrange et plutôt déroutant.

L’histoire raconte dans le Paris des années folles (vers 1935 ) une étrange relation entre le narrateur, un écrivain sur la pente descendante et une jeune femme du nom d’Elsa Wiener.

Tout d’eux évoluent dans l’univers fascinant et dangereux du Montmartre nocturne avec ses cabarets, ses usines à plaisirs et la foule hétéroclite de marginaux, prostituées, voyous et  artistes qui la composent.

Un matin à la lueur d’une nuit blanche alors qu’il déprimait dans un bar du nom du Sans-Souci, l’écrivain est  séduit par la vue d’une belle femme marchant très vite dans la rue.

Il la revoit passer plusieurs jours de suite, parvient à l’aborder et entre progressivement dans sa vie.

Elsa Wiener est une chanteuse allemande de cabaret qui a fui son pays alors que son mari  Michel avait été capturé par les Nazi et envoyé dans un camps de concentration pour avoir été soupçonné de vendre de la littérature dite « de gauche ».

Elsa a fait le voyage avec Max, un jeune juif enfant rendu infirme par les Nazi, passionné de littérature et qui veille jalousement sur elle.

Tout deux forment donc un étrange couple donc, complètement atypique vivant en réfugiés dans des conditions plus que modestes dans un petit hôtel de Montmartre.

L’écrivain devient vite le confident de ce curieux duo et une étrange et très forte relation commence ainsi.

En réalité la roman tourne autour tout entier autour d’Elsa, qui tel un soleil dans un océan de plaisir nocturnes artificiels fascine complètement l’écrivain.

Elsa est obsédé par son mari détenu en Allemagne.

Elle vit une sorte d’amour par procuration, une relation quasi divinisée par l’éloignement.

Elle va consacrer toute sa vie et son énergie à envoyer de l’argent en Allemagne pour la survie de son mari.

Rapidement comme l’écrivain, le lecteur devient lui même fasciné par la personnalité d’Elsa, à la fois fantasque, sensible, fragile et émouvante.

Meme Max enfant-adulte grandi trop vite par les circonstances de la vie devient formidablement attachant.

Le livre dépeint la lente déchéance morale et physique d’Elsa, qui criblée de dettes va s’enfoncer par amour pour son mari dans la prostitution, la drogue et l’alcool.

L’écrivain essaiera de toutes ses forces d’aider Elsa, en lui trouvant par exemple des petits rôles dans le cinéma mais on comprend vite qu’il ne peut assister comme nous  qu’à la lente descente aux enfers d’une belle jeune femme.

Je dois avouer que pendant les trois quarts du livre j’ai pensé qu’on ne verrait jamais Michel, le mari d’Elsa et que cette homme n’existait que dans l’esprit d’une femme angoissée jusqu’à la paranoïa.

J’avoue que cette fin purement Hitchcockienne m’aurait grandement séduit.

Mais finalement Michel prend place dans la réalité, sort de son camps et retrouve sa femme, entre temps devenue une épave desséchée par les excès.

Bien sur les trois compères cachent la vérité de la situation d’Elsa pendant cette année de séparation mais bien vide le couple s’aperçoit que leur relation n’a plus rien d’amoureuse.

Elsa ne plait plus à Michel et Kessel nous fait comprendre que cet amour distant et idéalisé qui constituait le moteur de la vie d’Elsa n’est plus la pour la soutenir.

La détresse de Max, petit homme fidèle dévoré par la douleur de sa femme-soleil est elle aussi poignante.

Finalement tout cela finit mal et Elsa se tue.

Cruelle destinée, cruel parcours.

« La passante du Sans-Souci » est un roman dur, qui met mal à l’aise et émeut tant Kessel parvient à nous faire entrer en empathie avec les personnages.

A mon sens Kessel a du connaître une Elsa, une belle femme fragile et artiste dont il a vu la tragique destinée et il a voulu coucher sur le papier cette histoire qui l’a fortement marquée pour quelque part lui donner une part d’immortalité.

En toile de fond, le livre nous montre également la fin d’une époque avec la montée de l’Allemagne Nazi et la fin des années folles dans le Paris des années 30.

Bref une histoire triste et bouleversante magnifiée par le talent de l’auteur.
Je déconseille ce livre à tout amateur/trice de la "positive attitude" si chère à la chanteuse Lorie.

Repost 0
30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 17:50

Belle_jour.jpg

I
ll y a des films comme cela qui vous marquent à vie.

« Belle de Jour » de Luis Bunuel en fait partie avec une Catherine Deneuve inoubliable de beauté et de séduction glacée évoluant dans un univers d’érotisme onirique.

Aussi me devais je un jour de lire le livre de Joseph Kessel dont il avait été tiré.

Pas de déception à l’arrivée mais en réalité j’étais quasiment déjà vaincu d’avance tant mon a priori était puissamment favorable.

« Belle de Jour »  est un livre complexe, osé, qui fit scandale en son temps, obligeant Joseph Kessel a se justifier contre des accusations de pornographie dans une préface assez lamentable quand on pense combien ce livre est loin de ce domaine.

En effet au sens étymologique du mot, pornographie signifie description de l’acte sexuel, hors ce n’est quasiment jamais le cas dans le roman de Kessel.

« Belle de Jour » raconte la descente aux enfers de Séverine, une jeune bourgeoise aisée incapable de dominer ses profondes pulsions masochistes.

Séverine est une jeune mariée à Pierre, jeune et beau chirurgien parisien.

Tous deux mènent la vie de la haute bourgeoisie, fréquentations de leurs semblables, ski, tennis, sorties culturelles, dîners mondains, essayage.

Pierre et Séverine sont un peu les Ken et Barbie des années 30, jeunes, beaux à qui tout réussit.

Inutile de vous dire que toute cette perfection et ce bonheur lisse me donnent particulièrement la nausée.

Séverine aime Pierre qui est décrit comme le plus parfait des deux.

Elle mène une vie oisive, totalement dépendante de son mari qui est sur protecteur à son égard.

Bonheur étouffant, crispant, d’une vie monochromatique.

Pourtant la ou le bas blesse c’est que cet amour trop chaste et presque spirituellement divin ne leur procure pas de plaisir sexuel, le fameux vertige des sens « la volupté à laquelle tout être vivant aspire »

Survient l’événement déclencheur, Séverine tombe gravement malade, une congestion pulmonaire qui l’amène aux portes de la mort.

A son réveil quelque chose en elle a changé.

Des pulsions profondes qu’elle ne soupçonnait pas se sont réveillées en elle.

Poussée par un instinct irrépressible, Séverine se rend dans une maison close ou elle rencontre Madame Anaïs, la maquerelle de l’établissement.

Séverine va donc mener une double vie en se prostituant  la journée et rentrer le soir à 17 heures pour accueillir son cher mari , d’ou son surnom de Belle de Jour.

Séverine contrairement aux autres femmes n’est pas la pour combler un manque d’argent.

Ses fantasmes sont liés à un désir d’abaissement, de soumission.

Elle recherche des hommes rudes, brutaux, au physique lourd et grossier bref l’antithèse de son mari parfait et lisse qui l’aime jusqu’à l’en diviniser.

Malgré l’intense culpabilité qui la taraude vis à vis de Pierre, les passes chez Madame Anaïs deviennent rapidement une drogue dont rien ne peut la détourner.

Séverine ne parvient en effet à atteindre le  plaisir que dans son abaissement.

Au fur et à mesure Séverine plonge dans la déchéance.

Elle fréquente Marcel, un petit voyou à la mâchoire dorée qui tombe amoureux d’elle.

Les description des virées nocturnes dans le milieu parisien sont d’une puissance aussi effrayante que fascinante.

Séverine découvre des hommes dangereux, oisifs, menaçant et brutaux, ce qui en comparaison de son univers ouaté et confortable l’excite.

Bien entendu cette double vie ne peut durer éternellement et tout ce système implose quand Séverine est découverte par un des amis de son mari, lui même client de la maison close.

Ecartelée entre le monde du vice et celui de la vertu, la vie de Séverine bascule dans le drame.

La fin du roman est d’une cruauté infinie, son mari Pierre devenant la victime muette des excès de sa femme et tous deux se retrouvent enchaînés dans une double culpabilité inextricable sur fond de maladie et de mort.

Terrible châtiment donc pour Séverine.

« Belle de Jour » est un roman que je trouve formidable.

Ce qui a choqué les mœurs il me semble est que cette femme se prostitue de son plein gré, même si pour Séverine à mon sens la prostitution n’est qu’un outil pour assouvir des pulsions plus profondes.

En effet le cliché le plus répandu est de voir la prostituée comme victime, pas comme maîtresse de son sort.

Pourtant cette vision réductrice et bien pensante des choses nie le fait que les femmes comme les hommes sont capables d’éprouver des pulsions sexuelles profondes n’obéissant à aucune logique.

Kessel parle du divorce du corps et de l’esprit , Séverine recherchant ce que jamais son mari ne pourra lui donner.

Selon mon point de vue, Séverine n’est pas malade, nous avons simplement tous nos cotés obscurs et nos fantasmes, qui sont plus ou moins complexes et sophistiqués selon la personnalité des individus.

Bien entendu le masque social et moral nous oblige à mentir, à jouer un rôle pour être conforme à l’image que nous voulons projeter autour de nous.

Il me paraît stupide de nier notre coté sombre, la vie n’étant jamais noire ou blanche  et totalement gouvernée par la raison mais pleine de contrastes, d’irrationnel et d’inconscient.

Kessel  a pour moi décelé toutes ces finesses dans son roman.

C’est à mon sens le signe d’un esprit d’un niveau supérieur que finalement peu de gens peuvent atteindre d’ou les critiques autour du livre jugé sans doute offensant pour la bourgeoisie de l’époque et sans doute encore offensant pour notre époque ou le politiquement correct règne.

« Belle de Jour » est une puissante analyse de l’esprit humain,  de ces choses enfouies en nous qui nous font souvent peur et que nous cherchons à nier comme essaie de le faire Séverine en se mentant à elle même.

La question sous jacente à cela est peut on partager tous ses fantasmes avec son conjoint ou certaines choses doivent elles rester à jamais secrètes ?

A mon sens on ne connaît jamais totalement son conjoint l’esprit humain étant d’une complexité et d’une profondeur sans grande limite aussi est il bon d’en avoir conscience.

« Belle de Jour » en plus d’être un film superbe, onirique et subversif est un des chefs d’œuvre de la littérature française, surpassant à mon sens par sa puissance psychologique les écrits enfiévrés du Marquis de Sade.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Seth
  • : Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires
  • Contact

Recherche

Pages

Liens