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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:32

sutpeur_tremblements.jpg2

 

En 2003, le cinéaste français Alain Corneau adapte le roman à succés d’Amélie Nothomb dans le film « Stupeur et tremblements ».

L’histoire est quasiment calquée sur celle du livre et raconte les difficultés d’Amélie (Sylvie Testud) , une jeune belge née au Japon désireuse dans les années 90 de retourner travailler dans son pays d’origine.

Parlant couramment japonais, Amélie est engagée dans la société Yumimoto, multi nationale de l’import-export.

Mais la jeune belge va rapidement perdre ses illusions et se heurter à tous les écueils de la complexe société japonaise, dont les codes sociaux vont lui demeurer complètement impénétrables.

Travaillant sous les ordres de Monsieur Saito (Taro Suwa) un chef qui l’humilie sans explication en lui confiant des taches toujours plus stupides, Amélie va vite se retrouver sans travail si ce n’est distribuer les cafés, changer les dates des calendrier ou faire et refaire un avilissant travail de photocopie.

Impossible dans ce monde codifié ou la hiérarchie est sacralisée de se rebeller ou d’avoir une discussion ouverte avec un supérieur.

Le supérieur de Saito, Monsieur Omochi (Bison Katayama) étant un terrifiant obèse brutal et vulgaire, Amélie va se confier à sa supérieure directe la belle célibataire Fubuki (Kaori Tsuji).

Mais alors qu’elle la croyait son alliée, Fubuki va se révéler dangereusement fourbe, perverse et manipulatrice en dénonçant une initiative prise par Amélie avec un des rares japonais sympathiques de la société.

Dés lors entre les deux femmes une guerre d’usure va s’instaurer avec une trouble relation de sado-masochisme ou Amélie la victime fascinée par la beauté épurée de son bourreau va endurer les pires dégradations avec un certain plaisir de dépassement de soi.

Le summum du non sens est atteint lorsque Amélie se trouve responsable du nettoyage des toilettes pour hommes et passe ses journées dans les W.C

Puis comme toute chose, le contrat d’Amélie va arriver à son terme, la libérant d’une situation intenable tout en lui épargnant l’humiliation de la démission.

En conclusion, bien que fidèle et bien réalisé, ce « Stupeur et tremblements » trop plat et lisse n’apportera rien de plus par rapport au livre.

Peu d’action également dans ce film ou une certaine monotonie plus supportable dans un livre devient plus pénible sur un écran.

Le choix de Sylvie Testud actrice au physique quelconque voir ingrat n’amène pas beaucoup de charisme à un film se déroulant tout le temps dans l’atmosphère confinée et impersonnelles des bureaux des cols blancs japonais.

Pour autant « Stupeur et tremblements » peut considérer une intéressante porte d’entrée pour élaborer une réflexion à propos des différences dans le monde du travail entre la culture occidentale et la culture japonaise.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 22:20

Germinal-copie-1.jpg

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Difficile de s’attaquer à un tel monument de la littérature française comme le « Germinal » d’Emile Zola.

L’histoire raconte dans le Nord de la France, la révolte de mineurs du XIX ieme siècle, qui poussés par l’idéologie socialiste émergente vont se dresser contre la direction de la compagnie qui les emploie.

Le personnage principal du roman est Etienne Lantier, jeune ouvrier mécanicien qui cherchant du travail après s’être fait licencier pour insubordination arrive aux mines de Montsou et découvre l’horreur des conditions de vies des mineurs effectuant un travail exténuant et dangereux dans les profondeurs de la terre pour ramener les précieux morceaux de houille servant à fabriquer le charbon nécessaire aux industries pour produire leur énergie.

Mais frappée durement par la crise industrielle, la compagnie des mines de Mr Hennebeau décide de moins payer ses ouvriers et de durcir leurs conditions de vies déjà restreintes à la plus stricte survivance au sein des fameux corons.

Par nature insoumis et attiré par les thèses socialistes révolutionnaires émergentes propagées en France par un certain Pluchart, Etienne va alors peu à peu insuffler le vent de la révolte aux mineurs de Montsou qui vont déclencher une grève généralisée et tenir tête à la direction au cours d’un bras de fer on ne peut plus musclé.

Outre sa forte connotation sociale, le roman de Zola brosse le portrait saisissant des ses hommes et ses femmes prolétaires à travers des personnages marquant comme la nombreuse famille Maheu chez qui séjourne Etienne.

Cette famille est composée de la mère  l’énergique Maheude, du vieux grand père Bonnemort au physique abîmé par la mine, des fils Jeanlin et Zacharie ou encore de Catherine amoureuse d’un homme brutal nommé Antoine Chaval.

Amoureux de la même femme, Etienne et Antoine vont se livrer une lutte sans merci qui ira jusqu’au drame ultime.

Au fil des événements, Etienne prend de l’assurance et goûte au sentiment de puissance que lui procure le fait de devenir un leader politique.

Il lit beaucoup et tente de s’inspirer des philosophes socialistes comme Marx et Proudhon.

Il a pour ami le réfugié russe nihiliste Souvarine, adepte lui d’une révolution plus extrémiste ou les nations seraient détruites par la violence et le sang.

Bien entendu Monsieur Hennebeau fait appel aux autorités pour briser la grève et l’affrontement terrible entre mineurs et soldats se solde par un bain de sang et la mort de nombreux mineurs dont certains de la famille Maheu.

Meme si les mineurs sont vaincus, les bourgeois ont eu très peur de la violence de la révolte ouvrière et le premier sang a coulé.

Résolu à mettre en application ses théories extrémistes, Souvarine provoque l’effondrement de la mine et l’ensevelissement de certains mineurs dont Etienne, Catherine et Antoine.

Pendant les périlleux travaux destinés à les sortir de cet enfer sous terrain, Etienne et Antoine règlent leur différent de la manière la plus radicale qui soit dans un bain de sang fatal pour Antoine.

Catherine ne survit pas à cette épreuve et seul Etienne parvient à être secouru.

Le livre se termine sur le départ du héros qui quitte la région.

L’ordre est certes revenu dans les mines et le travail a repris mais les germes de la révolution ont été semés.

Les mineurs ont enfin appris à sortir de leur passivité séculaire de bêtes de somme pour s’organiser et lutter contre le patronat qui les exploitent et les réduit à des conditions de vie indécentes.

En conclusion, « Germinal » est le roman naturaliste de gauche par excellence.

Zola dépeint un monde aujourd’hui disparu, celui des mineurs de fond qui compensent leur dénuement matériel par l’alcool et le sexe quelques fois pratiqués à outrance pour oublier leurs souffrances.

Il prend clairement parti pour le petit peuple des opprimés contre les richissimes capitalistes qui vivent dans une opulence scandaleuse tandis que leurs employés peinent à se nourrir et à se chauffer.

Les ingénieurs comme Négrel, certes bourgeois mais prompts à endurer les même peines que leurs ouvriers si les circonstances l’exigent obtiennent plus de grâce à ses yeux.

Meme si le communisme et de manière générale les mouvements de gauche n’ont jamais réellement pris le pouvoir en France pour mettre en application leurs théories révolutionnaires, et si aujourd’hui la classe ouvrière fortement diminuée en nombre a en partie délaissé ces idéaux, « Germinal » contribue a décrire le fondement d’une certaine culture française, celle du mouvement populaire d’envergure pour s’opposer à ses dirigeants.

Et les grandes vagues de manifestations et de grèves qui sévissent à pratiquement chaque automne et secouent l’Hexagone appartiennent pour moi à cette culture typiquement française.

Mais plus qu’un roman naturaliste ou politique, « Germinal » et aussi une grande fresque épique avec des personnages aux motivations puissantes s’entrechoquant sur les chemins de destins bien souvent dramatiques.


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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 19:55

Bel_ami.jpg5

 

Après Balzac, voici un autre géant de la littérature française en la personne de Guy de Maupassant avec ici son « Bel-Ami ».

Nous sommes encore ici au XIX iéme siècle, vers 1885, date de la publication du roman.

« Bel-Ami » conte la folle ascension de George Duroy, fils de modestes paysans normands, qui après une carrière ratée en tant qu’officier de l’armée française en Algérie, décide de réussir par tous les moyens à Paris.

Dépensier, peu travailleur ni particulièrement doué, George Duroy mise avant tout sur son physique plutôt avantageux qui lui confère un  certain succès auprès des femmes.

Après quelques temps de vaches maigres, la chance lui sourit puisqu’il rencontre par hasard Forestier un ancien camarade de l’armée, qui a depuis réussi une fort belle carrière dans la presse écrite.

Rédacteur politique à « La Vie Française » , Forestier est un homme influent qui a ses entrées dans les milieux politiques et intellectuels parisiens.

Bien que malade et diminué physiquement, Forestier donne sa chance à son ami en lui demandant de rédiger ses souvenirs d’Afrique du Nord.

Duroy se rend vite compte de ses piètres qualités de journaliste, mais il en profite pour faire la connaissance de Madeleine la femme de Forestier qui est en réalité son nègre secret et la principale ame littéraire du journal.

Profitant des relations de son ami, Duroy fréquente les soirées mondaines et les lieux nocturnes parisiens.

Il teste son aura sur Rachel une prostituée des Folies-Bergères qu’il parvient à séduire puis s’enhardit en devenant l’amant de Madame de Marelle, riche et belle épouse d’un ami de Forestier.

Après avoir échappé de peu à la mort au cours d’un duel, Duroy s’arrange pour apprendre les ficelles de son métier, joue sur plusieurs tableaux en emprutant au culot de l’argent à ses relations et en se rapprochant de Madeleine.

Il réussit un coup de maître en anoblissant son nom et en l’épousant après la mort de son mari à Cannes.

Devenu à son tour rédacteur en chef, il profite à temps plein des talents aguisés de sa femme pour se faire une solide réputation dans les milieux journalistico-politiques.

Duroy s’enrichit en volant à sa propre femme la moitié d’un héritage qu’un de ses anciens amants lui avait légué à sa mort.

Mais ivre de pouvoir et d’argent, il devient insatiable, cherchant à séduire Madame Walter la femme de son patron le richissime Walter.

Plus âgée que lui elle ne tarde pas à tomber sous son emprise.

Duroy la manipule à loisir parvenant du même coup à se rapprocher de sa fille la jeune Suzanne dont il parvient à gagner la confiance.

Dans le même temps il continue à fréquenter sa maîtresse originelle Madame de Marelle auprès de laquelle il éprouve une véritable passion charnelle.

Duroy réussit un autre tour de force en surprenant sa propre femme en délit d’adultère avec le ministre des affaire étrangères Laroche-Mathieu dont il jalousait le succès.

Il brise du même coup la carrière d’un rival et se débarrasse de sa femme dont il estime avoir tiré l’essentiel.

Dés lors il jette toute ses forces pour enlever Suzanne Walter et contraindre ses parents paralysés par le deshonneur à lui donner en mariage.

Le roman se termine en apothéose avec le triomphe du parvenu après un mariage retentissant avec la fille de l’un des hommes les plus riches de France.

En conclusion, « Bel-Ami » est un roman passionnant qui tient en haleine du début à la fin.

Le style de Maupassant est limpide, fluide, agréable plonge dans l'atmopshére ultra réaliste du Paris mondain du XIX iéme siécle mais c’est surtout la construction complètement amorale du roman qui fascine.

L’auteur renverse ici les stéréotypes de l’époque qui voulaient qu’une femme réussisse par son physique avantageux et ses mariages, en dépeignant le portrait d’un homme médiocre mais manipulateur et sans état d’ame qui utilise les femmes comme marchepied vers sa propre gloire.

Derrière le parcours de ce brillant gigolo, certaines pages abordent cependant des thèmes plus profonds comme la tirade du poète Norbert de Varenne qui révèle le pensée intime et plus pessimiste de l’auteur par rapport à la vieillesse, la déchéance et la mort.

Sulfureux, dérangeant et brillant « Bel-Ami »  est donc un succulent roman d’époque dont on ne se lassera vraisemblablement jamais.


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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 14:19

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4

 

C’est fort logiquement après la lecture du « Père Goriot » que j’ai enchaîné avec « Eugénie Grandet » autre grand classique d’Honoré de Balzac.

Se déroulant sensiblement à la même époque (vers 1820), « Eugénie Grandet » a la particularité d’avoir pour cadre la Province et en particulier la ville de Saumur.

Félix Grandet dit le « Père Grandet »  est un vieil homme, habile vigneron qui a su faire fortune, acheter des terres et devenir un des notables les plus influents et craints de Saumur dont il a été maire.

Véritable terreur du monde des affaires, Grandet règne en patriarche absolu sur sa famille composée de sa femme, de sa fille Eugénie et de sa servante Nanon à qui il impose une régime d’une grande austérité.

Balzac décrit en effet un homme richissime gouverné par une avarice maladive et un amour quasi pathologique de l’argent.

Compte tenu de la popularité de l’homme, la fortune de Grandet est convoitée par deux familles de notables de Saumur, les Cruchots et les Des Grassins, qui cherchent chacun à s’attirer ses bonnes grâces pour qu’un de leurs fils épouse Eugénie et hérite ainsi de tous les biens du vieux vigneron.

Pourtant cette lutte féroce dans un microsome va être perturbée par l’arrivée inattendue de Charles Grandet, fils du frère de Félix Grandet.

Son père s’étant suicidé aprés avoir contracté de terribles dettes, Charles est en quelque sorte confié à son oncle.

Parisien, élégant et mondain, Charles va vite dénoter au sein de ce petit monde provincial prêt de ses sous, mais va pourtant parvenir à séduire malgré lui Eugénie qui va prendre fait et cause pour le jeune homme.

Attendrie par le chagrin du jeune homme suite à la mort de son père, Eugénie va ensuite tomber amoureuse de lui, amour que saura lui rendre Charles.

Cet amour enfantin, pur, innocent et bien naïf va inculquer une force hors du commun à Eugénie qui va dés lors défier l’autorité de son propre père avec la complicité de sa Mère et de Nanon.

Eugénie va prêter une forte somme d’argent à Charles pour lui permettre de partir chercher fortune aux Indes avec en échange la vague promesse que Charles l’épouse à son retour.

Acte généreux, magnifique, désintéressé ou stupide diront certains.

Charles parti, Grandet est soulagé se croyant débarrassé à moindre frais d’un encombrant problème et consacre toutes ses forces et son habileté  pour ne pas avoir à payer les dettes de son neveu à ses créanciers de Paris.

Dans cet exercice Grandet se montre redoutable dans l’art de la manipulation et de la négociation allant jusqu’à feindre le bégaiement et l’imbécillité pour ne pas être pris au sérieux par ses adversaires.

Mais il découvre finalement la « faute » d’Eugénie et la famille Grandet explose alors sous la colère du patriarche.

Aveuglée par son amour, Eugénie tient tête malgré la quasi réclusion que lui impose son père.

Entre temps Charles fait fortune dans le commerce de négriers, oublie sa promesse dans les bras d'autres femmes, et finit par demander la main d'une marquise pour satisfaire ses ambitions.

Il écrit une lettre de rupture à Eugénie qui prend avec beaucoup de grandeur d’ame cette trahison et songe même à se retirer dans les ordres ce que lui interdit le prêtre à qui elle demande conseil.

Madame Grandet déjà de santé fragile ne support pas ce conflit et décède, laissant Eugénie en droit de d’exercer son droit de succession.

Attaqué sur le seul point ou il est vulnérable, Grandet est contraint d’adoucir sa position pour spolier sa propre fille …

Mais son méfait ne lui porte pas chance puisqu’il meurt étouffé par ses terribles penchants.

Eugénie devient donc propriétaire d’une colossale fortune et va jusqu'à éponger les dettes de Charles pour permettre son mariage.

En conclusion, malgré le style de Balzac toujours méticuleux et avide de descriptions à surdétaillées, « Eugénie Grandet » est un formidable roman d’une audace folle pour son époque.

Balzac y tire en effet à boulets rouges sur la petite bourgeoisie de province, ses notables, ses codes, son monde clos, son refus de l’ostentation allié à une avarice prononcée.

La religion y est également taillée en pièces car elle aussi soumise aux terribles lois de l’argent.

Le personnage du père Grandet est atroce, monstrueux et sans limite pour assouvir sa folle addiction de l’argent.

Dans ce monde putride, le personnage d’Eugénie Grandet expose quasiment toute la noblesse et la pureté d’une authentique sainte.

Ame pure, désintéressée, puisant dans l’amour l’énergie de se rebeller contre les traditions et l’autorité d’un despote, Eugénie est la vraie héroïne de ce roman majeur.

On peut voir « Eugénie Grandet » comme un roman féministe rendant hommage aux femmes du XIX ieme siècle qui tentaient de bousculer les conventions alors en vigueur mais surtout comme une formidable auscultation d’une époque, d’un société et des "comédiens humains" qui y gravitaient.


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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 20:40

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De part son statut de classique français, « Le Père Goriot » d’Honoré de Balzac est tout à fait le genre de livre qu’on étudie de force au cours de sa scolarité.

Goutant modérement cet auteur dans ma jeunesse, j’avais jusqu’alors échappé à sa lecture.

Le cadre du roman se situe à Paris au début du XIX ieme siècle, en 1819 pour être précis.

Balzac décrit les habitants d’une pension sordide tenue par une veuve Madame Vauquer rue Neuve-Sainte–Geneviève.

Parmi les personnages principaux se trouve Eugène Rastignac, jeune provincial fils de vignerons venu étudier le droit à Paris.

Issu d'une famille noble destituée, ambitieux, fasciné par le luxe et la vie facile de la petite aristocratie parisienne, Rastignac est prêt à beaucoup de compromis pour accéder à ce monde, y compris mentir pour soutirer de l’argent à sa famille.

Puis on trouve Vautrin, mystérieux quadragénaire semblant avoir eu mille vies.

Sur de lui, cynique, beau parleur, Vautrin sert de mentor à Rastignac afin de lui faire gravir les marches de la société sans s’embarrasser de considérations morales.

Sa dangerosité sera confirmée par la suite lorsqu’on apprendra qu’il est en réalité un ancien bagnard de Toulon et est le gestionnaire de l’argent de ses camarades emprisonnés.

Puis vient le Père Goriot, ancien commerçant ayant fait fortune dans la vente de farine, aujourd’hui à la retraite  et étrangement retiré dans cette pension modeste ou il vit chichement.

Goriot est un homme bon, généreux qui a une faiblesse majeure, l’adoration quasi obsessionnelle qu’il voue à ses deux filles, Delphine et Anastasie, respectivement mariées au baron de Nucingen et au comte Restaud.

Coupé de ses filles par ses gendres devenus tyranniques une fois les mariages célébrés, Goriot vit un véritable drame personnel qui sera le principe moteur du roman.

En manque affectif, le vieil homme va dépenser ses dernières économies pour venir en aide à Anastasie dont l’amant a contracté de fortes dettes au jeu.

Contre toute attente, Rastignac va montrer au cours du roman malgré son féroce arrivisme une grande tendresse et humanité avec le Père Goriot dont la fragilité parviendra à l’émouvoir.

Une fois introduit dans les cercles de la petite noblesse parisienne, il va jouer les entre metteurs et tout faire pour remettre en relation le Père et ses filles qui de surcroît sont brouillées entre elles.

Mais ne pouvant que constater son impuissance face au pouvoir de leurs maris respectifs, Goriot va brusquement flancher et mourir après une longue agonie.

La dernière partie du roman, la plus cruelle, montre toute la douleur d’un homme délaissé par ses propres filles qui préfèrent aller aux spectacles plutôt que de venir au chevet de leur père.

Le destin, impitoyable fait mourir le vieil homme si généreux pour ses enfants dans un dénuement complet et dans l’indifférence quasi générale de ses compagnons de pension à l’exception de Rastignac et de son ami Bianchon, qui pourvoient à ses derniers besoins jusqu’à assurer par leurs maigres bourses le financement de son enterrement.

En conclusion, « Le Père Goriot » s’inscrit comme une pièce maîtresse dans l’œuvre de Balzac appelée la Comédie humaine.

On retrouve le style riche de l’écrivain qui m’avait tant marqué dans ma jeunesse, avec ses longues descriptions fourmillantes de détails.

Mais plus que la forme, c’est la justesse du fond qui touche dans cet ouvrage.

La  déchéance de la vieillesse, le manque de reconnaissance de sa progéniture, l’injustice, l’amour filial démesuré d’un homme ne désirant que trop ardemment le bien de ses enfants, le pouvoir de l’argent qui corrompt les ames et avilit les hommes, ne sont que des sujets aussi intemporels qu’universels.

Dans cet univers féroce et sans pitié, le jeune Rastignac est l’heureuse surprise révélant des qualités morales insoupçonnées chez lui.

Pour sa grande richesse et subtilité, « Le Père Goriot » mérite assurément son statut d’œuvre majeure de la littérature.

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 19:46

Condition humaine2

 

Quand on s’attaque à  « La condition humaine » d’André Malraux on a l’impression de se confronter à un monument de la culture française d’ou le léger sentiment d’écrasement qu’on peut ressentir à sa lecture.

« La condition humaine » est un roman à forte teneur historique centré sur un événement précis, la tentative de révolution communiste à Shanghai en 1927 et son échec se soldant par un terrible massacre.

Les personnages centraux, principalement des révolutionnaires communistes sont tous profondément ancrés dans cette réalité historique ce qui rend le roman incompréhensible sans un rappel préalable sur la complexité de la situation en Chine à cette époque.

En 1927, Shanghai est encore une enclave occidentale depuis le traité de Nankin, le reste du pays étant dominé par le Kuomintang, fragile union des nationalistes et des communistes chinois.

Mais ces derniers pilotés par les communistes russes du Komintern veulent prendre le pouvoir et éliminer le leader nationaliste du Kuomintang, Tchang Kai Check.

Dans le même temps le pouvoir colonial symbolisé par Ferral, un français directeur d’un consortium occidental, essaie de s’allier avec Tchang Kai Check dans l’espoir d’enrayer un avénement communiste qui maquerait la fin d’un système économique rentable.

Les héros du roman de Malraux sont les membres d’un petit groupe de communistes révolutionnaires participant à la révolte de Shanghai.

Il y a la Kyo Gisors, métis japonais et occidental, leader spirituel du groupe, sa compagne May et son père Gisors, ancien professeur et intellectuel marxiste qui s’est retiré de la lutte armée et médite de manière philosophique entre deux rêveries d’opium.

Les autres membres sont Katow, un vétéran de la révolution russe qui a connu la déportation en Sibérie, Hemmelrich ouvrier brisé par sa propre misère et Tchen terroriste chinois hanté par sa fascination du suicide.

A ce groupe on rajoutera le Baron Clappique, ancien marchand d’art français, électron libre, insaisissable excentrique et mythomane noctambule qui joue le rôle d’entremetteur dans la récupération de pistolets pour armer la révolution communistes.

Pas à pas nous suivons les préparatifs de l’insurrection, découvrant chacune des facettes des personnalités des acteurs de ce drame jusqu’à la réalisation de l’acte en lui même et le déchaînement de violence qui s’ensuit.

Mais par un retournement de jeux de pouvoirs, la tentative avorte et les troupes révolutionnaires reprennent le contrôle de la ville, arrêtant et massacrant les insurgés communistes.

La dernière partie du roman consiste donc en la déchéance des héros.

En conclusion j’ai pour ma part été assez peu réceptif à ce roman.

J’avoue avoir été gêné par le contexte historique que je connaissais mal, jugeant de surcroît les événements (une révolte chinoise qui échoue) assez peu passionnants.

Lire aujourd’hui des histoires de communisme relève presque pour moi de la science fiction tant ses derniers représentants semblent  plus tenir des dinosaures de Jurrassic Park que d’une réelle force de progrès promesse d’un monde meilleur.

Peu d’intérêt pour le cadre donc, un peu plus pour le destin individuel des personnages, chacun vivant sa condition humaine à sa manière dans ce contexte d’action politique, avec Gisors en vieux sage contemplatif dispensant ses leçons de sagesse tel un vieux philosophe omniscient et détaché de tout.

Je dois également reconnaître ne pas avoir été franchement séduit par le style de Malraux.

A la lecture de ce livre étant donné le fort parti pris pour les travailleurs opprimés retrouvant leur dignité dans l’idéologie communiste, on pourrait penser Malraux en tant qu’auteur d’extrême gauche mais l’histoire montrera bien évidemment le contraire.


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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 21:18

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Voyage dans l’atypique et le décalé avec « Mammuth » film français de Gustave Kerven et de Benoît Delepine sorti en avril 2010.

Je connaissais les deux compères par leur humour très trash et quelques fois lourd de l’émission « Groland » tous les samedi soirs sur Canal +.

Je connaissais également leur premier film « Michael Kael contre la World Compagny » que j’avais trouvé nullissime mais c’est ici la présence de Gérard Depardieu qui m’a incité à aller voir leur dernière production.

L’histoire est celle de Serge Pillardosse (Gérard Depardieu), ouvrier dans une usine à découper les porcs qui apprend à 60 ans que pour lui l’heure de la retraite a sonné.

Après un hilarant pot de départ à basse de mastication intensive de chips et d'offrande de puzzle comme cadeau de départ, Serge rejoint son épouse Catherine (Yolande Moreau) qui elle continue de travailler comme caissière de supermarché.

Cheveux longs, silhouette massive (il pèse au moins 140 kilos !) et air en permanence égaré, Serge se montre assez rapidement en complet en décalage avec le monde moderne.

Mais le couple s’aperçoit qu’il manque quelques fiches de paye à Serge pour pouvoir bénéficier du taux plein de sa retraite aussi le jeune retraité se voit il dans l’obligation d’entamer un périple pour retrouver les entreprises pour lesquelles il a travaillé dans sa jeunesse durant les années 70.

Serge enfourche alors sa vieille moto Mammuth des années 70 et se lance sur les routes de la campagne charentaise à la recherche d’un passé révolu.

Au cours de cette version moderne et sociale de l’Odyssée ( !) , il fera des rencontres de personnages décalés, marginaux comme lui quelques fois inquiétants mais le plus souvent hilarants.

On trouvera donc dans cette belle galerie de « freaks » grolandais, une belle escroqueuse (Maria Mougladis) qui feint le handicap pour l’amadouer et le voler, un fantastique maniaque du détecteur de métaux (Benoît Poelvoorde dans un rôle sur mesure) , une cousine artiste semi dérangée (Miss Ming) qui écrit des poèmes et décore sa maison de poupées amputées.

Dans ce monde moderne ou il n’a plus sa place, Serge aura les plus grandes peines à réunir les précieux documents.

Hanté et guidé par le souvenir son amour de jeunesse, la belle Isabelle Adjiani, morte d’un accident sur sa propre moto, Serge finira par prendre la décision la plus sage et finira par abandonner cette quête vide de sens.

En conclusion, je me suis demandé si « Mammuth » n’avait pas accordé le meilleur rôle de sa carrière à Gérard Depardieu.

Il campe ici une force de la nature, pure, généreuse, naïve et sensible qui avance dans le monde moderne qui lui ne lui fait pas de cadeaux.

Sur un fond social, celui des petites gens qu’affectionnent tant Delepine et Kerven, « Mammuth » développe une belle poésie autour de l’exploration du passé, de la nostalgie du temps qui passe mais aussi de la nécessité de vivre l’instant présent, dans la nature, la simplicité contre la folie d’un monde stupide et souvent déshumanisé.

A mon sens les gens comme Serge qui ne peuvent ou ne veulent se conformer à la norme sont les authentiques héros rebelles de notre époque beaucoup plus que les rappeurs capitalistes ou les rockeurs au train de vie de multi millionnaires.

On rit souvent dans « Mammuth » mais le plus important est qu’on est surtout touché en plein cœur par le parcours d’un homme simple, bon et authentique.

Un « The Wrestler » à la française en quelque sorte, ni plus ni moins.

Je ne regarderai plus jamais Groland de la même manière.


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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 19:59

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« Stupeur et tremblements » est le premier roman de cette « best-selleuse » d’Amélie Nothomb que je lis.

Ce roman, apparemment assez auto biographique, raconte au début des années 90, l’expérience professionnelle d’Amélie, jeune belge née en Japon et parlant couramment le japonais, dans une grande entreprise japonaise du nom de  Yumimoto.

Fascinée par le Japon, Amélie comptait mettre sa double culture en avant pour travailler comme interprète dans cette grande société spécialisée dans l’import export mais les choses ne vont pas exactement se passer comme elle le souhaitait, la jeune femme allant de désillusions en déboires au cours de son contrat d’une année.

Amélie va subir le grand choc culturel de différence de mentalité entre occidentaux et asiatiques, et tout particulièrement l’exacerbation du sens de la hiérarchie et des convenances qui existe chez les Japonais.

Accumulant les gaffes et les initiatives malheureuses, Amélie va s’attirer les foudres de sa hiérarchie et devenir la souffre douleur de sa supérieur directe la superbe Mori Fubuki.

Entre les deux jeunes femmes une curieuse relation sado masochiste de type victime à bourreau va s’instaurer.

Amélie est fascinée par la beauté et la grâce de Fubuki mais également par sa manière de l’humilier en la rétrogradant de taches de plus en plus subalterne pour démontrer à chaque fois sa criante incompétence et même le mot n’est pas trop fort son imbécillité mentale.

Passant de secrétaire à comptable avant de terminer dame pipi, Amélie va toucher chaque fois plus le fond en tenant bon et éprouvant même un certain plaisir à aller jusqu’au bout de sa dégradante expérience professionnelle nipponne qu’elle devait inconsciemment savoir limitée dans le temps.

« Stupeur et tremblements » est un roman facile à lire, agréable, léger, ou l’humour et l’auto dérision abondent.

Ce style est pour moi une des raisons de son colossal succès.

Le monde l’entreprise japonaise est décrit ici de manière effrayante, avec une hiérarchie écrasante et souvent humiliante  (symbolisée par l’horrible patron obèse Omochi) usant de codes et de pratiques liberticides propres à faire démissionner ou entrer en dépression nerveuse n’importe quel employé occidental.

Si une part de réalité doit sans doute exister dans ce monde oppressant vidant l’individu de sa substantifique moelle dans une vie d’abrutissement total par le travail, ce constat doit être relativisé par l’époque ou le roman a été écrit.

Le Japon de 2010 n’est plus celui de 1990, la mentalité japonaise s’est sans doute ouverte et certains japonais refusent ce monde très codifié …

Il restera cette relation trouble constituée de violence et d’humiliation, cette attirance de l’occident pour l’orient mais aussi presque sexuelle d’une femme pour une autre dans un cadre très feutré ou aucun mot ne doit dépasser l’autre.

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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 19:12

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Lire Sartre m’a redonné envie de relire « La peste » d’Albert Camus que j’avais lue dans ma jeunesse dans le cadre de lectures imposées à l’école mais dont je n’avais pas retenu grand chose si ce n’est l’atrocité de son contexte.

« La peste » raconte l’histoire cauchemardesque de la résurgence de cette maladie qu’on pensait éradiquée dans la ville d’Oran, alors faisant partie de l’Algérie française.

Oran est décrite comme une ville portuaire dynamique dont la principale activité est le commerce maritime, ou il règne une chaleur accablante la journée et ou les gens sortent la nuit dans les cinéma ou discuter tard dans les cafés.

La  soudaine recrudescence de rats agonisants venant mourir par dizaines puis par centaines et par milliers aux pieds des hommes n’inquiètent que modérément les pouvoirs publics et la population qui ne voient au début qu’une gêne de courte durée.

Mais cette mystérieuse épidémie vient ensuite frapper les hommes eux mêmes, qui meurent sous l’effet de fortes fièvres, le corps vidé et couvert de ganglions purulents.

Malgré l’incrédulité des populations et des autorités, il faut pourtant se rentre à l’évidence, le mal dont souffre Oran est bel est bien la peste.

La richesse du roman de Camus tient en premier lieu à sa remarquable construction avec l’instauration progressive d’une menace qui met longtemps à se préciser, puis en second lieu à la finesse de  l’approche psychologique des personnages pris dans cette tourmente.

Le héros principal est le docteur Rieux, jeune médecin courageux, dévoué, anti clérical et altruiste qui lutte de toutes ses forces contre la maladie.

Son ami Tarrou est plutôt déroutant.

Camus le décrit comme le chroniqueur de cette histoire et dit tenir son récit de ses notes.

Tarrou est un idéaliste, un fils de procureur révolté contre l’injustice.

Aux cotés de ses deux figures principales on retrouve une galerie de personnages secondaires comme Rambert un jeune journaliste parisien qui s’ingénie pendant la plupart du roman à fuir la ville pour retrouver son amie mais qui finalement y renonce pour se joindre à la lutte aux cotés de Rieux, Grand, modeste fonctionnaire obsédé par la littérature sans avoir le talent pour écrire, Cottard, mystérieux intriguant profitant de la situation pour faire du marché noir et surtout le Père Paneloux, prêtre à l’élocution redoutable représentant pour Camus la puissance de la religion chrétienne.

Rapidement l’épidémie prend des proportions terribles, les hommes meurent pas centaines dans d’atroces souffrances, la ville se trouve coupée du monde, les marchandises se raréfient, le chômage augmente, le marché noir se développe, les gens se terrent chez eux, d’autres cherchent à fuir par tous les moyens.

La médecine paraissant impuissante à juguler ce terrible fléau, la religion tente sous les traits du Père Paneloux de reprendre son influence sur des populations qu’elle estime toujours coupables par leurs péchés d’avoir provoquer ce terrible châtiment.

Les divergences de positions entre Rieux et Paneloux qui luttent pourtant tous les deux pour l’Homme sont passionnantes.

L’effondrement moral puis la  mort  de ce dernier après avoir assisté à la longue agonie d’un enfant innocent peut être vue comme une érosion de la puissance de la foi devant l’inhumanité de certaines situations insupportables.

Toute la force du roman de Camus s’exprime lorsque l’épidémie s’arrête aussi mystérieusement qu’elle a démarré avec sans doute des conditions climatiques moins favorables à sa propagation, laissant une ville exsangue et traumatisée mais néanmoins capable de célébrer sa "libération".

La mort de Tarrou, emporté avec le flot des dernières victimes est le moment le plus émouvant du livre.

« La peste » est un roman effrayant et d’une force inouïe.

Bien sur, il existe un deuxième niveau de lecture, la maladie étant une métaphore du nazisme, appelé aussi « peste brune » qui vient de  ravager le monde et en particulier la France au moment ou Camus écrit ce livre mais je préfère voir ce livre comme une remarquable étude sociale, psychologique et philosophique de l’être humain face à des fléaux qui dépassent sa mesure et contre lesquels il ne peut rien faire d'autre que se battre ou se résigner.

La conclusion de Camus semble plutôt optimiste avec la foi non pas en la religion mais en l’homme, majoritairement bon et capable de se révéler altruiste au plus fort de la tourmente.

Aujourd’hui notre monde hyper médiatisé fait que des maladies comme la grippe A ou la grippe aviaire qui auront fait un nombre ridicule de victimes sont capables de provoquer la peur chez nos concitoyens.

On pourrait alors se demander alors ce qui arriverait si un véritable fléau aussi redoutable que la peste (qui a décimé des millions de personnes au Moyen Age) refaisait son apparition.

Sans doute aiguillonné par des média, le monde basculerait il dans la folie et l’anarchie la plus complète et certaines industries essaieraient de saisir l’occasion pour en profiter.

Je ne suis pas sur que comme Camus, l’altruisme soit encore une valeur très répandue  au XXIéme siècle …


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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 19:50


J’ai lu « Les paradis artificiels » de Charles Baudelaire sur les conseils d’une amie à laquelle je tiens beaucoup.

L’édition proposée présente en guise d’amuse gueule de luxe trois courts textes de Théophile Gautier, ami poète de Baudelaire qui s’était lui même également intéressé au sujet sulfureux de la consommation de drogues.

Dans « La pipe d’opium », « Le hachich » ou « Le club des hachichins », Gautier raconte ses expériences de consommateur d’opium et de hachich.

Il décrit le processus de fabrication, d’ingestion puis les formidables voyages accomplis sous la forme  de délires hallucinatoires mélangeant créatures imaginaires et réalité déformée sous l’angle de l’espace et du temps.

« Le club des hachichins » s’intéresse à l’origine de cette drogue qui se perd dans une vielle légende arabe ou un vieux cheikh  asservissait ses hommes en leur faisant consommer à leur insu du hachich afin d’en faire des assassins dociles.

Cette nouvelle pousse le délire hallucinatoire à son paroxysme et les descriptions d’êtres mythologiques, surnaturels ou purement imaginaires abondent pour notre plus grand plaisir.

La partie consacrée à Baudelaire commence par « Du vin et du hachich » une intéressante étude comparative entre ces deux drogues.

La langue utilisée est superbe, mettant en avant le rôle de ces deux substances pour révéler et exalter la nature profonde d’un homme, un homme brillant voyant son champs de perception décuplé, un homme médiocre devenant encore plus mauvais.

Baudelaire décrit longuement les differents états par lesquels on passe après l’ingestion de hachich, notamment la phase d’agitation et de rire incoercible, celle de froid et d’anéantissement avant de subir plusieurs montées et descentes de sensations exacerbées et d’atteindre finalement un sentiment de plénitude appelé le kief ou l’homme se prend pour un dieu.

L’après hachich laisse généralement dans un état de grande faiblesse physique et mentale.

Baudelaire insiste sur le coté social du vin qui fortifie, incite à l’action et montre les dangers du hachich qui annihile plus qu’autre chose le consommateur et le rend impropre à tout acte.

La pièce principale de ce recueil est « Les paradis artificiels » divisée en « Le poème du hachich » et « Le mangeur d’opium ».

« Le poème du hachich » comporte une étude détaillée sur le hachich, son origine, sa fabrication, des recommandations pour son ingestion, et plusieurs exemples de ses effets sur des personnalités differentes incluant l’auteur lui même.

Baudelaire décrit une drogue déformant la réalité, décuplant les sens et la perception de son environnement, exaltant les sentiments humains positifs ou négatifs, ce qui fait qu’il ne faut pas pour lui prendre du hachich lorsqu’on n’est pas dans des conditions favorables.

Le haschich agissant sur l’imagination peut donc être utile pour le créatif ou l’intellectuel cherchant un surplus d’inspiration.

Mais le fait d’arriver au kief, de se prendre pour un dieu aboutit à une lourde descente le lendemain qui semble demeurer un prix trop lourd à payer pour le poète.

En outre, la consommation de hachich si elle décuple l’inspiration rend impropre à la réalisation et bien souvent les rêves partent en fumée faute d’avoir pu être retranscrit.

Baudelaire termine donc ce qui aurait pu être considéré comme une apologie par une note morale, en disant que le philosophe ou le poète ne doit compter que son travail pour développer sa pensée.

« Le mangeur d’opium » est un long commentaire sur les écrits de Thomas de Quincey, écrivain britannique qui a écrit sur sa dépendance à l’opium.

Baudelaire décrit la vie de cet homme qui semble se confondre avec la sienne, enfance aisée au milieu de femmes, précocité intellectuelle puis pauvreté, angoisses, douleurs physiques et mentales mènent de Quincey à la consommation de laudanum puis à la dépendance pure et simple à l’opium.

Il ironise sur la guérison supposée de Quincey qui lui semble totalement artificielle.

Le récit termine sur l’idée très forte que l’opium permet d’atteindre un niveau de conscience supérieur mettant en relation avec des pensées enfouies au plus profond de nous ou bien des divinités responsable des larmes, des soupirs et de la douleur qui nous forgent l’ame.

En conclusion « Les paradis artificiels » est malgré son thème sulfureux une saine lecture ou les auteurs que ce soit Gautier ou Baudelaire donnent libre cours à leur imagination débridée tout en n’oubliant pas une condamnation morale bien mince pour ce dernier.

Mais Baudelaire va plus loin que Gautier dans son analyse, dépassant les pléthoriques descriptions des effets des drogues, son étude de fond menée autour de la personnalité de Quincey met en lumière tout ce qui peut conduire un esprit brillant et sensible à sombrer dans l’opium.

Pour ma part, bien que non consommateur de drogue, je pense qu’il sera toujours dans la nature profonde de l’homme de  trouver des stimulants pour élever son ame et oublier une réalité bien souvent terne et sans relief truffée d’éternelles contrariétés et de problèmes à résoudre.

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