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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 22:49

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5

 

 

Il y a quelques temps que je voulais chroniquer le multi césarisé « Mr Klein » de Joseph Losey, sorti en 1976.

« Mr Klein » raconte dans le Paris occupé par les troupes allemandes en 1942, l’incroyable histoire de Robert Klein (Alain Delon) , homme d’affaire alsacien acquéreur d’objets d’art, qui va à la suite d’un quiproquo surréaliste se révéler être l’homonyme d’un juif recherché par la préfecture de police.

Losey nous brosse le portrait d’un homme assez riche, intelligent, sur de lui, séducteur mais aussi égoïste qui n’hésite pas à profiter de la détresse ses juifs pour acquérir leurs objets d’art à bas cout.

Fréquentant les cercles de la bourgeoisie parisienne, Klein ne souffre pas de l’occupation allemande et mène une vie facile sans trop se poser de questions entre conquêtes féminines manipulées comme la pauvre Jeanine (Juliette Berto) et soirées mondaines chez son ami avocat Charles (Massimo Girotti).

La méprise dont il fait l’objet va le propulser dans un univers de paranoïa intense en lui ouvrant progressivement les yeux sur le fonctionnement de la police française recensant et traquant les juifs sous l’Occupation.

Combattif et sur de sa valeur, Klein va essayer de se sortir seul de ce piège en enquêtant sur ses origines alsaciennes puis remontant lui-même la piste de son double, jusqu’à son appartement en apparence désert à Pigalle ou il trouvera de précieux indices.

Plus Klein cherche à trouver la vérité, plus les scènes étranges se multiplient, jetant un trouble croissant auprès du spectateur pris lui aussi malgré lui dans les mailles de ce terrible piège qu'est la machine a broyer administrative.

Le summum du bizarre est atteint lors d’une mystérieuse invitation dans un château situé en banlieue parisienne, ou une riche assemblée accueille Klein alors qu’ils attendaient son double.

Malgré ses interrogations plus menaçantes auprès de la maitresse de maison Florence (Jeanne Moreau) , Klein n’aura que des réponses évasives entretenant toujours plus le mystère.

Alors que l’étau se referme sur la communauté juive dont il fait par la force des choses partie, Klein se voit confisquer ses biens.

Contraint de vendre son appartement, Klein se voit proposer une fausse identité par son ami Charles afin de quitter la France.

Mais il ne peut s’y résoudre et rebrousse finalement chemin après la curieuse rencontre d’une ancienne maitresse de son double dans le compartiment du train.

Le contact téléphonique établi avec son double se cachant à Pigalle ne parvient pas à éclaircir la situation et Klein est victime de la rafle du Vel d’Hiv.


Alors que Charles lui apporte les certificats prouvant sa non judéité, Klein est pris dans le tumulte des départ pour les camps de concentration.

Assez mystérieusement il refuse de saisir sa chance d’échapper à la déportation et retrouve dans le train, l’homme à qui il avait acheté un tableau au début du film en profitant de sa détresse.

En conclusion, « Mr Klein » est peut être mon film français préféré.

Le scenario, kafkaïen en diable est génialement machiavélique, propulsant un homme d’affaire dur et insensible dans la tourmente d’une histoire qui fait vaciller toutes ses certitudes.

Cette atmosphère de cauchemar étrange vient en permanence tourmenter le spectateur l’enveloppant dans une brume sinistre et glacée dont il ne peut s’échapper.

Outre ce pur aspect artistique et l’incroyable qualité des acteurs avec un Alain Delon époustouflant de justesse, de classe et de sobriété, « Mr Klein » donne par son contexte dramatique historique une terrible leçon d’humanité.

Car finalement ce juif si horriblement caricaturé dans les cabarets de l’époque, ou examiné comme une bête par les médecins complaisants, ce juif est finalement un autre nous même sans que nous ne le sachions.

Quand Delon remonte sur les traces de ses ancêtres, il s’interroge sur ses origines et se met en situation de possible empathie avec cette race dite maudite à l’époque ce qui fait qu’on peut considérer son départ pour les camps de concentration comme un partage volontaire du martyr des juifs.

Au final, « Mr Klein » surpasse artistiquement de la tête et des épaules le très didactiques « La liste de Schindler » de Spielberg ou le vulgaire « Inglorious bastards » de Tarantino, prouvant que dans ce domaine la classe et la subtilité sont les meilleurs armes pour faire réfléchir.

« Mr Klein » est donc un chef d’œuvre du cinéma sur le fond et la forme, un film mystérieux, fascinant, envoutant qui vous bouleverse, vous révolte et vous change à jamais en provoquant chez vous de nombreuses interrogations.

Sans nul doute le meilleur rôle d’Alain Delon qui a également produit le film.

Quand au fameux « plus jamais ça » entonné par les intellectuels, il ne fait aucune illusion que tout ceci pourrait à nouveau arriver, l’être humain étant par nature inconstant, lâche et prompt à oublier ses nobles principes de papier devant une force supérieure qui viendrait trop fortement menacer sa propre sécurité.

 

D'une certaine manière nous sommes tous pour moi des Robert Klein ...

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 20:26

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3

 

 

En littérature mes gouts penchent nettement vers le classicisme aussi est-ce avec un vif plaisir que j’ai retrouvé Honoré de Balzac avec « Le médecin de campagne ».

Publié en 1829 soit avant les grandes œuvres de la Comédie humaine, « Le médecin de campagne » est un singulier roman prenant place dans le monde rural du XIX iéme siècle.

Nous sommes en 1829 et Genestas, un ancien capitaine ayant participé à toutes les campagnes napoléoniennes s’arrête dans un village du Dauphiné situé prêt de la montagne de la grande Chartreuse.

Il y rencontre le médecin du village devenu maire, un dénommé Benassis, présenté comme le bienfaiteur de la région.

Les deux hommes sympathisent assez vite et Benassis sans doute mis en confiance par l’allure martiale du visiteur, se montre extraordinairement ouvert à son égard.

Balzac raconte donc dans toute la première partie du roman toute l’évolution de ce village passant d’un état de misère absolue à celui de prospérité économique importante.

Benassis explique à Genestas comment il a modelé le village, changé les mentalités des gens, en améliorant l’agriculture, en développant l’artisanat et le commerce avec la ville de Grenoble.

C’est le miracle économique, le bond en avant vers la prospérité qui a sorti la population rurale de la misère et du crétinisme autrefois héréditaire dans cette région isolée.

La religion certes respectée est malgré tout présentée comme moteur inefficace comparée à la fibre individualiste et mercantile de l’homme.

Puis le roman oscille entre plusieurs directions, avec la narration de la grande ère napoléonienne racontée par la bouche de l’ancien grognard Goguelat et la confession de Benassis, qui révèle à Genestas la raison de sa philanthropie.

Ancien parisien mondain et frivole, Benassis a décidé après plusieurs échecs amoureux de se retirer dans la solitude de la campagne pour se consacrer à son prochain.

Homme d’honneur, Genestas fond devant cette confession à cœur ouvert et confie à son tour à son hôte la véritable raison de sa venue, faire soigner son fils malade adoptif Adrien, né d’une femme juive polonaise qu’il a aimée lors de la retraite de Russie.

Doté d’une faible complexion, Adrien est remis sur pieds en quelques mois tandis que Genestas est réaffecté à Poitiers.

Quand l’officier apprend la mort de Benassis par courrier, il retourne au bourg chercher son fils rendu meilleur par la vie à la campagne et les beaux principes du maire, et promet d’imiter l’exemple du défunt à la fin de sa carrière.

En conclusion, « Le médecin de campagne » est un livre surprenant voir déroutant.

On ne retrouve pas le Balzac à la plume acérée et féroce de la Comédie humaine, mais plutot une vision incroyablement optimiste voir idéalisée de la société rurale du XIX iéme siècle.

La plupart en effet des personnages du roman sont pétris de noblesse et d’une grandeur d’âme, que ce soient les anciens soldats gouvernés par un fort code de l’honneur, le médecin en quête de rédemption devenu un saint ou la jeune marginale du lieu la Fosseuse prise sous la protection de Benassis.

Même Butifer le braconnier au fond n’est pas au fond un mauvais bougre et son enrôlement final dans l’armée achève de le mettre sur le droit chemin (!)

Napoléon est absolument déifié et le récit des batailles du conquérant assoiffé de pouvoir sans nuance.

Les valeurs dominantes ici sont donc le travail, le libéralisme, les vertus militaires et enfin la religion, inculquées par un seul homme d’exception capable de faire tendre une population passive et grégaire vers un semblant d'élévation sociale.

Difficile donc de se retrouver dans le portrait de cette société présentée comme idéale.

Mais bien entendu, Balzac reste Balzac et son style exceptionnel demeure tout particulièrement dans les descriptions des grands parcours romanesques des protagonistes même si ceux si sont trop souvent inutilement à mon gout mélangés aux récits des batailles bonapartistes.

Une curiosité donc mais nullement le chef d’œuvre escompté.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:32

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En 2003, le cinéaste français Alain Corneau adapte le roman à succés d’Amélie Nothomb dans le film « Stupeur et tremblements ».

L’histoire est quasiment calquée sur celle du livre et raconte les difficultés d’Amélie (Sylvie Testud) , une jeune belge née au Japon désireuse dans les années 90 de retourner travailler dans son pays d’origine.

Parlant couramment japonais, Amélie est engagée dans la société Yumimoto, multi nationale de l’import-export.

Mais la jeune belge va rapidement perdre ses illusions et se heurter à tous les écueils de la complexe société japonaise, dont les codes sociaux vont lui demeurer complètement impénétrables.

Travaillant sous les ordres de Monsieur Saito (Taro Suwa) un chef qui l’humilie sans explication en lui confiant des taches toujours plus stupides, Amélie va vite se retrouver sans travail si ce n’est distribuer les cafés, changer les dates des calendrier ou faire et refaire un avilissant travail de photocopie.

Impossible dans ce monde codifié ou la hiérarchie est sacralisée de se rebeller ou d’avoir une discussion ouverte avec un supérieur.

Le supérieur de Saito, Monsieur Omochi (Bison Katayama) étant un terrifiant obèse brutal et vulgaire, Amélie va se confier à sa supérieure directe la belle célibataire Fubuki (Kaori Tsuji).

Mais alors qu’elle la croyait son alliée, Fubuki va se révéler dangereusement fourbe, perverse et manipulatrice en dénonçant une initiative prise par Amélie avec un des rares japonais sympathiques de la société.

Dés lors entre les deux femmes une guerre d’usure va s’instaurer avec une trouble relation de sado-masochisme ou Amélie la victime fascinée par la beauté épurée de son bourreau va endurer les pires dégradations avec un certain plaisir de dépassement de soi.

Le summum du non sens est atteint lorsque Amélie se trouve responsable du nettoyage des toilettes pour hommes et passe ses journées dans les W.C

Puis comme toute chose, le contrat d’Amélie va arriver à son terme, la libérant d’une situation intenable tout en lui épargnant l’humiliation de la démission.

En conclusion, bien que fidèle et bien réalisé, ce « Stupeur et tremblements » trop plat et lisse n’apportera rien de plus par rapport au livre.

Peu d’action également dans ce film ou une certaine monotonie plus supportable dans un livre devient plus pénible sur un écran.

Le choix de Sylvie Testud actrice au physique quelconque voir ingrat n’amène pas beaucoup de charisme à un film se déroulant tout le temps dans l’atmosphère confinée et impersonnelles des bureaux des cols blancs japonais.

Pour autant « Stupeur et tremblements » peut considérer une intéressante porte d’entrée pour élaborer une réflexion à propos des différences dans le monde du travail entre la culture occidentale et la culture japonaise.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 22:20

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Difficile de s’attaquer à un tel monument de la littérature française comme le « Germinal » d’Emile Zola.

L’histoire raconte dans le Nord de la France, la révolte de mineurs du XIX ieme siècle, qui poussés par l’idéologie socialiste émergente vont se dresser contre la direction de la compagnie qui les emploie.

Le personnage principal du roman est Etienne Lantier, jeune ouvrier mécanicien qui cherchant du travail après s’être fait licencier pour insubordination arrive aux mines de Montsou et découvre l’horreur des conditions de vies des mineurs effectuant un travail exténuant et dangereux dans les profondeurs de la terre pour ramener les précieux morceaux de houille servant à fabriquer le charbon nécessaire aux industries pour produire leur énergie.

Mais frappée durement par la crise industrielle, la compagnie des mines de Mr Hennebeau décide de moins payer ses ouvriers et de durcir leurs conditions de vies déjà restreintes à la plus stricte survivance au sein des fameux corons.

Par nature insoumis et attiré par les thèses socialistes révolutionnaires émergentes propagées en France par un certain Pluchart, Etienne va alors peu à peu insuffler le vent de la révolte aux mineurs de Montsou qui vont déclencher une grève généralisée et tenir tête à la direction au cours d’un bras de fer on ne peut plus musclé.

Outre sa forte connotation sociale, le roman de Zola brosse le portrait saisissant des ses hommes et ses femmes prolétaires à travers des personnages marquant comme la nombreuse famille Maheu chez qui séjourne Etienne.

Cette famille est composée de la mère  l’énergique Maheude, du vieux grand père Bonnemort au physique abîmé par la mine, des fils Jeanlin et Zacharie ou encore de Catherine amoureuse d’un homme brutal nommé Antoine Chaval.

Amoureux de la même femme, Etienne et Antoine vont se livrer une lutte sans merci qui ira jusqu’au drame ultime.

Au fil des événements, Etienne prend de l’assurance et goûte au sentiment de puissance que lui procure le fait de devenir un leader politique.

Il lit beaucoup et tente de s’inspirer des philosophes socialistes comme Marx et Proudhon.

Il a pour ami le réfugié russe nihiliste Souvarine, adepte lui d’une révolution plus extrémiste ou les nations seraient détruites par la violence et le sang.

Bien entendu Monsieur Hennebeau fait appel aux autorités pour briser la grève et l’affrontement terrible entre mineurs et soldats se solde par un bain de sang et la mort de nombreux mineurs dont certains de la famille Maheu.

Meme si les mineurs sont vaincus, les bourgeois ont eu très peur de la violence de la révolte ouvrière et le premier sang a coulé.

Résolu à mettre en application ses théories extrémistes, Souvarine provoque l’effondrement de la mine et l’ensevelissement de certains mineurs dont Etienne, Catherine et Antoine.

Pendant les périlleux travaux destinés à les sortir de cet enfer sous terrain, Etienne et Antoine règlent leur différent de la manière la plus radicale qui soit dans un bain de sang fatal pour Antoine.

Catherine ne survit pas à cette épreuve et seul Etienne parvient à être secouru.

Le livre se termine sur le départ du héros qui quitte la région.

L’ordre est certes revenu dans les mines et le travail a repris mais les germes de la révolution ont été semés.

Les mineurs ont enfin appris à sortir de leur passivité séculaire de bêtes de somme pour s’organiser et lutter contre le patronat qui les exploitent et les réduit à des conditions de vie indécentes.

En conclusion, « Germinal » est le roman naturaliste de gauche par excellence.

Zola dépeint un monde aujourd’hui disparu, celui des mineurs de fond qui compensent leur dénuement matériel par l’alcool et le sexe quelques fois pratiqués à outrance pour oublier leurs souffrances.

Il prend clairement parti pour le petit peuple des opprimés contre les richissimes capitalistes qui vivent dans une opulence scandaleuse tandis que leurs employés peinent à se nourrir et à se chauffer.

Les ingénieurs comme Négrel, certes bourgeois mais prompts à endurer les même peines que leurs ouvriers si les circonstances l’exigent obtiennent plus de grâce à ses yeux.

Meme si le communisme et de manière générale les mouvements de gauche n’ont jamais réellement pris le pouvoir en France pour mettre en application leurs théories révolutionnaires, et si aujourd’hui la classe ouvrière fortement diminuée en nombre a en partie délaissé ces idéaux, « Germinal » contribue a décrire le fondement d’une certaine culture française, celle du mouvement populaire d’envergure pour s’opposer à ses dirigeants.

Et les grandes vagues de manifestations et de grèves qui sévissent à pratiquement chaque automne et secouent l’Hexagone appartiennent pour moi à cette culture typiquement française.

Mais plus qu’un roman naturaliste ou politique, « Germinal » et aussi une grande fresque épique avec des personnages aux motivations puissantes s’entrechoquant sur les chemins de destins bien souvent dramatiques.


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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 19:55

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Après Balzac, voici un autre géant de la littérature française en la personne de Guy de Maupassant avec ici son « Bel-Ami ».

Nous sommes encore ici au XIX iéme siècle, vers 1885, date de la publication du roman.

« Bel-Ami » conte la folle ascension de George Duroy, fils de modestes paysans normands, qui après une carrière ratée en tant qu’officier de l’armée française en Algérie, décide de réussir par tous les moyens à Paris.

Dépensier, peu travailleur ni particulièrement doué, George Duroy mise avant tout sur son physique plutôt avantageux qui lui confère un  certain succès auprès des femmes.

Après quelques temps de vaches maigres, la chance lui sourit puisqu’il rencontre par hasard Forestier un ancien camarade de l’armée, qui a depuis réussi une fort belle carrière dans la presse écrite.

Rédacteur politique à « La Vie Française » , Forestier est un homme influent qui a ses entrées dans les milieux politiques et intellectuels parisiens.

Bien que malade et diminué physiquement, Forestier donne sa chance à son ami en lui demandant de rédiger ses souvenirs d’Afrique du Nord.

Duroy se rend vite compte de ses piètres qualités de journaliste, mais il en profite pour faire la connaissance de Madeleine la femme de Forestier qui est en réalité son nègre secret et la principale ame littéraire du journal.

Profitant des relations de son ami, Duroy fréquente les soirées mondaines et les lieux nocturnes parisiens.

Il teste son aura sur Rachel une prostituée des Folies-Bergères qu’il parvient à séduire puis s’enhardit en devenant l’amant de Madame de Marelle, riche et belle épouse d’un ami de Forestier.

Après avoir échappé de peu à la mort au cours d’un duel, Duroy s’arrange pour apprendre les ficelles de son métier, joue sur plusieurs tableaux en emprutant au culot de l’argent à ses relations et en se rapprochant de Madeleine.

Il réussit un coup de maître en anoblissant son nom et en l’épousant après la mort de son mari à Cannes.

Devenu à son tour rédacteur en chef, il profite à temps plein des talents aguisés de sa femme pour se faire une solide réputation dans les milieux journalistico-politiques.

Duroy s’enrichit en volant à sa propre femme la moitié d’un héritage qu’un de ses anciens amants lui avait légué à sa mort.

Mais ivre de pouvoir et d’argent, il devient insatiable, cherchant à séduire Madame Walter la femme de son patron le richissime Walter.

Plus âgée que lui elle ne tarde pas à tomber sous son emprise.

Duroy la manipule à loisir parvenant du même coup à se rapprocher de sa fille la jeune Suzanne dont il parvient à gagner la confiance.

Dans le même temps il continue à fréquenter sa maîtresse originelle Madame de Marelle auprès de laquelle il éprouve une véritable passion charnelle.

Duroy réussit un autre tour de force en surprenant sa propre femme en délit d’adultère avec le ministre des affaire étrangères Laroche-Mathieu dont il jalousait le succès.

Il brise du même coup la carrière d’un rival et se débarrasse de sa femme dont il estime avoir tiré l’essentiel.

Dés lors il jette toute ses forces pour enlever Suzanne Walter et contraindre ses parents paralysés par le deshonneur à lui donner en mariage.

Le roman se termine en apothéose avec le triomphe du parvenu après un mariage retentissant avec la fille de l’un des hommes les plus riches de France.

En conclusion, « Bel-Ami » est un roman passionnant qui tient en haleine du début à la fin.

Le style de Maupassant est limpide, fluide, agréable plonge dans l'atmopshére ultra réaliste du Paris mondain du XIX iéme siécle mais c’est surtout la construction complètement amorale du roman qui fascine.

L’auteur renverse ici les stéréotypes de l’époque qui voulaient qu’une femme réussisse par son physique avantageux et ses mariages, en dépeignant le portrait d’un homme médiocre mais manipulateur et sans état d’ame qui utilise les femmes comme marchepied vers sa propre gloire.

Derrière le parcours de ce brillant gigolo, certaines pages abordent cependant des thèmes plus profonds comme la tirade du poète Norbert de Varenne qui révèle le pensée intime et plus pessimiste de l’auteur par rapport à la vieillesse, la déchéance et la mort.

Sulfureux, dérangeant et brillant « Bel-Ami »  est donc un succulent roman d’époque dont on ne se lassera vraisemblablement jamais.


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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 14:19

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C’est fort logiquement après la lecture du « Père Goriot » que j’ai enchaîné avec « Eugénie Grandet » autre grand classique d’Honoré de Balzac.

Se déroulant sensiblement à la même époque (vers 1820), « Eugénie Grandet » a la particularité d’avoir pour cadre la Province et en particulier la ville de Saumur.

Félix Grandet dit le « Père Grandet »  est un vieil homme, habile vigneron qui a su faire fortune, acheter des terres et devenir un des notables les plus influents et craints de Saumur dont il a été maire.

Véritable terreur du monde des affaires, Grandet règne en patriarche absolu sur sa famille composée de sa femme, de sa fille Eugénie et de sa servante Nanon à qui il impose une régime d’une grande austérité.

Balzac décrit en effet un homme richissime gouverné par une avarice maladive et un amour quasi pathologique de l’argent.

Compte tenu de la popularité de l’homme, la fortune de Grandet est convoitée par deux familles de notables de Saumur, les Cruchots et les Des Grassins, qui cherchent chacun à s’attirer ses bonnes grâces pour qu’un de leurs fils épouse Eugénie et hérite ainsi de tous les biens du vieux vigneron.

Pourtant cette lutte féroce dans un microsome va être perturbée par l’arrivée inattendue de Charles Grandet, fils du frère de Félix Grandet.

Son père s’étant suicidé aprés avoir contracté de terribles dettes, Charles est en quelque sorte confié à son oncle.

Parisien, élégant et mondain, Charles va vite dénoter au sein de ce petit monde provincial prêt de ses sous, mais va pourtant parvenir à séduire malgré lui Eugénie qui va prendre fait et cause pour le jeune homme.

Attendrie par le chagrin du jeune homme suite à la mort de son père, Eugénie va ensuite tomber amoureuse de lui, amour que saura lui rendre Charles.

Cet amour enfantin, pur, innocent et bien naïf va inculquer une force hors du commun à Eugénie qui va dés lors défier l’autorité de son propre père avec la complicité de sa Mère et de Nanon.

Eugénie va prêter une forte somme d’argent à Charles pour lui permettre de partir chercher fortune aux Indes avec en échange la vague promesse que Charles l’épouse à son retour.

Acte généreux, magnifique, désintéressé ou stupide diront certains.

Charles parti, Grandet est soulagé se croyant débarrassé à moindre frais d’un encombrant problème et consacre toutes ses forces et son habileté  pour ne pas avoir à payer les dettes de son neveu à ses créanciers de Paris.

Dans cet exercice Grandet se montre redoutable dans l’art de la manipulation et de la négociation allant jusqu’à feindre le bégaiement et l’imbécillité pour ne pas être pris au sérieux par ses adversaires.

Mais il découvre finalement la « faute » d’Eugénie et la famille Grandet explose alors sous la colère du patriarche.

Aveuglée par son amour, Eugénie tient tête malgré la quasi réclusion que lui impose son père.

Entre temps Charles fait fortune dans le commerce de négriers, oublie sa promesse dans les bras d'autres femmes, et finit par demander la main d'une marquise pour satisfaire ses ambitions.

Il écrit une lettre de rupture à Eugénie qui prend avec beaucoup de grandeur d’ame cette trahison et songe même à se retirer dans les ordres ce que lui interdit le prêtre à qui elle demande conseil.

Madame Grandet déjà de santé fragile ne support pas ce conflit et décède, laissant Eugénie en droit de d’exercer son droit de succession.

Attaqué sur le seul point ou il est vulnérable, Grandet est contraint d’adoucir sa position pour spolier sa propre fille …

Mais son méfait ne lui porte pas chance puisqu’il meurt étouffé par ses terribles penchants.

Eugénie devient donc propriétaire d’une colossale fortune et va jusqu'à éponger les dettes de Charles pour permettre son mariage.

En conclusion, malgré le style de Balzac toujours méticuleux et avide de descriptions à surdétaillées, « Eugénie Grandet » est un formidable roman d’une audace folle pour son époque.

Balzac y tire en effet à boulets rouges sur la petite bourgeoisie de province, ses notables, ses codes, son monde clos, son refus de l’ostentation allié à une avarice prononcée.

La religion y est également taillée en pièces car elle aussi soumise aux terribles lois de l’argent.

Le personnage du père Grandet est atroce, monstrueux et sans limite pour assouvir sa folle addiction de l’argent.

Dans ce monde putride, le personnage d’Eugénie Grandet expose quasiment toute la noblesse et la pureté d’une authentique sainte.

Ame pure, désintéressée, puisant dans l’amour l’énergie de se rebeller contre les traditions et l’autorité d’un despote, Eugénie est la vraie héroïne de ce roman majeur.

On peut voir « Eugénie Grandet » comme un roman féministe rendant hommage aux femmes du XIX ieme siècle qui tentaient de bousculer les conventions alors en vigueur mais surtout comme une formidable auscultation d’une époque, d’un société et des "comédiens humains" qui y gravitaient.


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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 20:40

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De part son statut de classique français, « Le Père Goriot » d’Honoré de Balzac est tout à fait le genre de livre qu’on étudie de force au cours de sa scolarité.

Goutant modérement cet auteur dans ma jeunesse, j’avais jusqu’alors échappé à sa lecture.

Le cadre du roman se situe à Paris au début du XIX ieme siècle, en 1819 pour être précis.

Balzac décrit les habitants d’une pension sordide tenue par une veuve Madame Vauquer rue Neuve-Sainte–Geneviève.

Parmi les personnages principaux se trouve Eugène Rastignac, jeune provincial fils de vignerons venu étudier le droit à Paris.

Issu d'une famille noble destituée, ambitieux, fasciné par le luxe et la vie facile de la petite aristocratie parisienne, Rastignac est prêt à beaucoup de compromis pour accéder à ce monde, y compris mentir pour soutirer de l’argent à sa famille.

Puis on trouve Vautrin, mystérieux quadragénaire semblant avoir eu mille vies.

Sur de lui, cynique, beau parleur, Vautrin sert de mentor à Rastignac afin de lui faire gravir les marches de la société sans s’embarrasser de considérations morales.

Sa dangerosité sera confirmée par la suite lorsqu’on apprendra qu’il est en réalité un ancien bagnard de Toulon et est le gestionnaire de l’argent de ses camarades emprisonnés.

Puis vient le Père Goriot, ancien commerçant ayant fait fortune dans la vente de farine, aujourd’hui à la retraite  et étrangement retiré dans cette pension modeste ou il vit chichement.

Goriot est un homme bon, généreux qui a une faiblesse majeure, l’adoration quasi obsessionnelle qu’il voue à ses deux filles, Delphine et Anastasie, respectivement mariées au baron de Nucingen et au comte Restaud.

Coupé de ses filles par ses gendres devenus tyranniques une fois les mariages célébrés, Goriot vit un véritable drame personnel qui sera le principe moteur du roman.

En manque affectif, le vieil homme va dépenser ses dernières économies pour venir en aide à Anastasie dont l’amant a contracté de fortes dettes au jeu.

Contre toute attente, Rastignac va montrer au cours du roman malgré son féroce arrivisme une grande tendresse et humanité avec le Père Goriot dont la fragilité parviendra à l’émouvoir.

Une fois introduit dans les cercles de la petite noblesse parisienne, il va jouer les entre metteurs et tout faire pour remettre en relation le Père et ses filles qui de surcroît sont brouillées entre elles.

Mais ne pouvant que constater son impuissance face au pouvoir de leurs maris respectifs, Goriot va brusquement flancher et mourir après une longue agonie.

La dernière partie du roman, la plus cruelle, montre toute la douleur d’un homme délaissé par ses propres filles qui préfèrent aller aux spectacles plutôt que de venir au chevet de leur père.

Le destin, impitoyable fait mourir le vieil homme si généreux pour ses enfants dans un dénuement complet et dans l’indifférence quasi générale de ses compagnons de pension à l’exception de Rastignac et de son ami Bianchon, qui pourvoient à ses derniers besoins jusqu’à assurer par leurs maigres bourses le financement de son enterrement.

En conclusion, « Le Père Goriot » s’inscrit comme une pièce maîtresse dans l’œuvre de Balzac appelée la Comédie humaine.

On retrouve le style riche de l’écrivain qui m’avait tant marqué dans ma jeunesse, avec ses longues descriptions fourmillantes de détails.

Mais plus que la forme, c’est la justesse du fond qui touche dans cet ouvrage.

La  déchéance de la vieillesse, le manque de reconnaissance de sa progéniture, l’injustice, l’amour filial démesuré d’un homme ne désirant que trop ardemment le bien de ses enfants, le pouvoir de l’argent qui corrompt les ames et avilit les hommes, ne sont que des sujets aussi intemporels qu’universels.

Dans cet univers féroce et sans pitié, le jeune Rastignac est l’heureuse surprise révélant des qualités morales insoupçonnées chez lui.

Pour sa grande richesse et subtilité, « Le Père Goriot » mérite assurément son statut d’œuvre majeure de la littérature.

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 19:46

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Quand on s’attaque à  « La condition humaine » d’André Malraux on a l’impression de se confronter à un monument de la culture française d’ou le léger sentiment d’écrasement qu’on peut ressentir à sa lecture.

« La condition humaine » est un roman à forte teneur historique centré sur un événement précis, la tentative de révolution communiste à Shanghai en 1927 et son échec se soldant par un terrible massacre.

Les personnages centraux, principalement des révolutionnaires communistes sont tous profondément ancrés dans cette réalité historique ce qui rend le roman incompréhensible sans un rappel préalable sur la complexité de la situation en Chine à cette époque.

En 1927, Shanghai est encore une enclave occidentale depuis le traité de Nankin, le reste du pays étant dominé par le Kuomintang, fragile union des nationalistes et des communistes chinois.

Mais ces derniers pilotés par les communistes russes du Komintern veulent prendre le pouvoir et éliminer le leader nationaliste du Kuomintang, Tchang Kai Check.

Dans le même temps le pouvoir colonial symbolisé par Ferral, un français directeur d’un consortium occidental, essaie de s’allier avec Tchang Kai Check dans l’espoir d’enrayer un avénement communiste qui maquerait la fin d’un système économique rentable.

Les héros du roman de Malraux sont les membres d’un petit groupe de communistes révolutionnaires participant à la révolte de Shanghai.

Il y a la Kyo Gisors, métis japonais et occidental, leader spirituel du groupe, sa compagne May et son père Gisors, ancien professeur et intellectuel marxiste qui s’est retiré de la lutte armée et médite de manière philosophique entre deux rêveries d’opium.

Les autres membres sont Katow, un vétéran de la révolution russe qui a connu la déportation en Sibérie, Hemmelrich ouvrier brisé par sa propre misère et Tchen terroriste chinois hanté par sa fascination du suicide.

A ce groupe on rajoutera le Baron Clappique, ancien marchand d’art français, électron libre, insaisissable excentrique et mythomane noctambule qui joue le rôle d’entremetteur dans la récupération de pistolets pour armer la révolution communistes.

Pas à pas nous suivons les préparatifs de l’insurrection, découvrant chacune des facettes des personnalités des acteurs de ce drame jusqu’à la réalisation de l’acte en lui même et le déchaînement de violence qui s’ensuit.

Mais par un retournement de jeux de pouvoirs, la tentative avorte et les troupes révolutionnaires reprennent le contrôle de la ville, arrêtant et massacrant les insurgés communistes.

La dernière partie du roman consiste donc en la déchéance des héros.

En conclusion j’ai pour ma part été assez peu réceptif à ce roman.

J’avoue avoir été gêné par le contexte historique que je connaissais mal, jugeant de surcroît les événements (une révolte chinoise qui échoue) assez peu passionnants.

Lire aujourd’hui des histoires de communisme relève presque pour moi de la science fiction tant ses derniers représentants semblent  plus tenir des dinosaures de Jurrassic Park que d’une réelle force de progrès promesse d’un monde meilleur.

Peu d’intérêt pour le cadre donc, un peu plus pour le destin individuel des personnages, chacun vivant sa condition humaine à sa manière dans ce contexte d’action politique, avec Gisors en vieux sage contemplatif dispensant ses leçons de sagesse tel un vieux philosophe omniscient et détaché de tout.

Je dois également reconnaître ne pas avoir été franchement séduit par le style de Malraux.

A la lecture de ce livre étant donné le fort parti pris pour les travailleurs opprimés retrouvant leur dignité dans l’idéologie communiste, on pourrait penser Malraux en tant qu’auteur d’extrême gauche mais l’histoire montrera bien évidemment le contraire.


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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 21:18

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Voyage dans l’atypique et le décalé avec « Mammuth » film français de Gustave Kerven et de Benoît Delepine sorti en avril 2010.

Je connaissais les deux compères par leur humour très trash et quelques fois lourd de l’émission « Groland » tous les samedi soirs sur Canal +.

Je connaissais également leur premier film « Michael Kael contre la World Compagny » que j’avais trouvé nullissime mais c’est ici la présence de Gérard Depardieu qui m’a incité à aller voir leur dernière production.

L’histoire est celle de Serge Pillardosse (Gérard Depardieu), ouvrier dans une usine à découper les porcs qui apprend à 60 ans que pour lui l’heure de la retraite a sonné.

Après un hilarant pot de départ à basse de mastication intensive de chips et d'offrande de puzzle comme cadeau de départ, Serge rejoint son épouse Catherine (Yolande Moreau) qui elle continue de travailler comme caissière de supermarché.

Cheveux longs, silhouette massive (il pèse au moins 140 kilos !) et air en permanence égaré, Serge se montre assez rapidement en complet en décalage avec le monde moderne.

Mais le couple s’aperçoit qu’il manque quelques fiches de paye à Serge pour pouvoir bénéficier du taux plein de sa retraite aussi le jeune retraité se voit il dans l’obligation d’entamer un périple pour retrouver les entreprises pour lesquelles il a travaillé dans sa jeunesse durant les années 70.

Serge enfourche alors sa vieille moto Mammuth des années 70 et se lance sur les routes de la campagne charentaise à la recherche d’un passé révolu.

Au cours de cette version moderne et sociale de l’Odyssée ( !) , il fera des rencontres de personnages décalés, marginaux comme lui quelques fois inquiétants mais le plus souvent hilarants.

On trouvera donc dans cette belle galerie de « freaks » grolandais, une belle escroqueuse (Maria Mougladis) qui feint le handicap pour l’amadouer et le voler, un fantastique maniaque du détecteur de métaux (Benoît Poelvoorde dans un rôle sur mesure) , une cousine artiste semi dérangée (Miss Ming) qui écrit des poèmes et décore sa maison de poupées amputées.

Dans ce monde moderne ou il n’a plus sa place, Serge aura les plus grandes peines à réunir les précieux documents.

Hanté et guidé par le souvenir son amour de jeunesse, la belle Isabelle Adjiani, morte d’un accident sur sa propre moto, Serge finira par prendre la décision la plus sage et finira par abandonner cette quête vide de sens.

En conclusion, je me suis demandé si « Mammuth » n’avait pas accordé le meilleur rôle de sa carrière à Gérard Depardieu.

Il campe ici une force de la nature, pure, généreuse, naïve et sensible qui avance dans le monde moderne qui lui ne lui fait pas de cadeaux.

Sur un fond social, celui des petites gens qu’affectionnent tant Delepine et Kerven, « Mammuth » développe une belle poésie autour de l’exploration du passé, de la nostalgie du temps qui passe mais aussi de la nécessité de vivre l’instant présent, dans la nature, la simplicité contre la folie d’un monde stupide et souvent déshumanisé.

A mon sens les gens comme Serge qui ne peuvent ou ne veulent se conformer à la norme sont les authentiques héros rebelles de notre époque beaucoup plus que les rappeurs capitalistes ou les rockeurs au train de vie de multi millionnaires.

On rit souvent dans « Mammuth » mais le plus important est qu’on est surtout touché en plein cœur par le parcours d’un homme simple, bon et authentique.

Un « The Wrestler » à la française en quelque sorte, ni plus ni moins.

Je ne regarderai plus jamais Groland de la même manière.


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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 19:59

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« Stupeur et tremblements » est le premier roman de cette « best-selleuse » d’Amélie Nothomb que je lis.

Ce roman, apparemment assez auto biographique, raconte au début des années 90, l’expérience professionnelle d’Amélie, jeune belge née en Japon et parlant couramment le japonais, dans une grande entreprise japonaise du nom de  Yumimoto.

Fascinée par le Japon, Amélie comptait mettre sa double culture en avant pour travailler comme interprète dans cette grande société spécialisée dans l’import export mais les choses ne vont pas exactement se passer comme elle le souhaitait, la jeune femme allant de désillusions en déboires au cours de son contrat d’une année.

Amélie va subir le grand choc culturel de différence de mentalité entre occidentaux et asiatiques, et tout particulièrement l’exacerbation du sens de la hiérarchie et des convenances qui existe chez les Japonais.

Accumulant les gaffes et les initiatives malheureuses, Amélie va s’attirer les foudres de sa hiérarchie et devenir la souffre douleur de sa supérieur directe la superbe Mori Fubuki.

Entre les deux jeunes femmes une curieuse relation sado masochiste de type victime à bourreau va s’instaurer.

Amélie est fascinée par la beauté et la grâce de Fubuki mais également par sa manière de l’humilier en la rétrogradant de taches de plus en plus subalterne pour démontrer à chaque fois sa criante incompétence et même le mot n’est pas trop fort son imbécillité mentale.

Passant de secrétaire à comptable avant de terminer dame pipi, Amélie va toucher chaque fois plus le fond en tenant bon et éprouvant même un certain plaisir à aller jusqu’au bout de sa dégradante expérience professionnelle nipponne qu’elle devait inconsciemment savoir limitée dans le temps.

« Stupeur et tremblements » est un roman facile à lire, agréable, léger, ou l’humour et l’auto dérision abondent.

Ce style est pour moi une des raisons de son colossal succès.

Le monde l’entreprise japonaise est décrit ici de manière effrayante, avec une hiérarchie écrasante et souvent humiliante  (symbolisée par l’horrible patron obèse Omochi) usant de codes et de pratiques liberticides propres à faire démissionner ou entrer en dépression nerveuse n’importe quel employé occidental.

Si une part de réalité doit sans doute exister dans ce monde oppressant vidant l’individu de sa substantifique moelle dans une vie d’abrutissement total par le travail, ce constat doit être relativisé par l’époque ou le roman a été écrit.

Le Japon de 2010 n’est plus celui de 1990, la mentalité japonaise s’est sans doute ouverte et certains japonais refusent ce monde très codifié …

Il restera cette relation trouble constituée de violence et d’humiliation, cette attirance de l’occident pour l’orient mais aussi presque sexuelle d’une femme pour une autre dans un cadre très feutré ou aucun mot ne doit dépasser l’autre.

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