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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 20:11

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Paru en 1997, « L’amour dure trois ans » est une œuvre de jeunesse de Fréderic Beigbeder.

L’écrivain qui n’a pas encore connu la consécration avec « 99 francs » y raconte en effet ses déboires amoureux avec comme thèse principale le fait que biologiquement deux êtres humains ne peuvent s’aimer plus de trois ans.

L’élément déclencheur de l’écriture de ce livre est son divorce avec sa femme Anne, épousée selon lui bien trop tôt aux alentours de vingt ans.

Aprés son divorce,  âgé de trente ans, Beigbeder se retrouve donc seul, sans enfant et a aimer Alice, une femme mariée qui le fuit.

Cette fois ci le tourbillon fou des soirées nocturnes, mondaines, de la drogue et de l’alcool ne parviendront pas à enrayer le mal sournois qui le gagne.

Le réveil est plutôt brutal, acide et le ton du roman très amère et pessimiste.

Beigbeder passe en effet la majorité son temps à s’apitoyer sur lui-même et à s’auto flageller.

Le coté délirant et humoristique de ses plus belles réussites (comme « Nouvelles sous ecstasy » ) est atrophié au profit d’états d’âmes dépressifs d’enfant gâté ne croyant plus en rien.

Pourtant à travers ce torrent de pessimisme, Beigbeder parvient parfois à s’auto analyser de manière lucide, en mettant en avant son caractère insatisfait, passionné et instable, son gout pour la nouveauté, sa répulsion de la routine et de l’ennui.

Dans cet exercice l’homme devient touchant et finit par entrevoir un espoir suffisamment fort pour lui faire croire à nouveau en un amour durable au delà de barrière fatidique des trois ans.

En conclusion, « L’amour dure trois ans » est le livre idéal pour les gens venant de se faire larguer après une histoire d’amour douloureuse.

Ils pourront y trouver un écho réconfortant et des théories orientées leur permettant de se sentir moins seul et d’adoucir quelque peu leur propre douleur.

Personnage haut en couleur perpétuellement angoissé et insatisfait, Beigbeder est excessif non seulement dans ses moments forts mais également dans ses périodes de doutes qui le plongent dans un abime de dépression.

Si l’amour est vraisemblablement une utopie, cette invention reste néanmoins l’un des seuls remèdes pour nous accrocher à notre vaine existence terrestre.

Le conserver dans un état de stabilité tient pour moi essentiellement à la personnalité des amants et non à une prétendue limite biologique.

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 19:23

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3

 

 

La littérature de Fréderic Beigbeder toujours avec « Windows on the world » paru en 2003 alors que l’auteur était déjà devenu avec son « 99F » polémique un authentique auteur de best sellers francophones.

Cette fois ci cet auteur qualifié par beaucoup de futile s’attaque à un sujet sérieux, les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center.

Beigbeder effectue un travail de romancier en racontant le drame du point de vue de Carthew Yorstoun un père de famille texan prisonnier des tours en flammes avec ses deux garçons de sept et neuf ans.

Mais le processus narratif établit un parallèle avec une analyse plus froide de l’écrivain lui-même, qui travaillant au sommet de la Tour Montparnasse, alterne stricts énoncés de faits avec point de vue plus personnels notamment sur sa relation avec les Etats Unis.

« Windows on the world » effectue donc un constant mouvement de balancier entre brulante intensité d’un drame dépassant le cadre humain et froide introspection comparant le New York nocturne de sa jeunesse d’enfant gâté et la ville traumatisée pansant ses blessures après le choc.

Mais Beigbeder brouille aussi les pistes tant ce Carthew tient de lui dans l’échec de son mariage et ses tentatives maladroites pour rattraper le temps perdu avec ses enfants.

Acculé à une fin proche, Carthew est forcé de faire le bilan de sa vie, un bilan courageux et lucide qui ne l’ épargne pas.

Le résultat est un roman plutôt déroutant ou Beigbeder tente plus d’exorciser le choc que lui infligea cet évènement dramatique que de répondre aux énigmes quasi insolubles du déroulement des évènements.

On saluera pourtant le courage et la subtilité de l’auteur sur un sujet très délicat, sa sincérité touchante devant l’horreur du drame et ses analyse brillantes sur l’évolution du monde post 11 Septembre.

J’ai donc globalement apprécié ce « Windows on the world » plus adulte, atténuant les errements nombrilistes d’un riche jeune homme mal dans sa peau pour canaliser ce brillant talent d’écriture sur un sujet digne d’intérêt pour un romancier.

Je partage également le point de vue de l’auteur sur la profondeur des liens historiques unissant la France aux Etats Unis, rejetant l’anti américanisme primaire issu d’une jalousie inconsciente,  en ajoutant que ce pays tout imparfait qu’il soit demeure un pays libre et démocratique digne du plus grand respect.

Alors que la commémoration des dix ans des attentats s’est achevée il y a quelques semaines et que les Etats Unis toujours soucieux de montrer une image forte et conquérante au monde s’apprête à reléguer définitivement l’évènement dans les livres d’histoires, « Windows on the world » est un roman essentiel parvenant à réveiller la part d’humanité la plus enfouie en nous.

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 22:08

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A l’instar de Houellebecq ou Nothomb, Fréderic Beigbeider est l’un des auteurs français les plus lus mais aussi les plus hais, tant  le personnage médiatique peut hérisser par instant même si de mon point de vue son talent est réel.

Publié en 1999, « Nouvelles sous ecstasy » est une des œuvres de jeunesse du trublion qui compile quelques textes parus dans divers magazines (Max, Teknikart ...)  dont le point commun affiché est d’avoir été composé sous l’influence de la drogue appelée ecstasy.

Le ton est résolument décalé, parfois complètement délirant avec un mélange de fantasmes trash et de pensées plus profondes assénées avec un talent explosif et jubilatoire.

Le format très court des nouvelles se prête il est vrai parfaitement bien à ce type d'écriture complètement déjantée..

Eternel écorché vif, Beigbeder y parle du monde de la nuit, de la sexualité, décrit brillamment sa première expérience avec l’ecstasy mais se livre aussi plus personnellement sur ses complexes de jeunesse (autour de la belle explication de texte de la chanson « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin) ou sur le manque de sens de la vie et l’impossibilité de l’amour.

Derrière le personnage de noctambule, de fêtard extraverti en quête d’expériences on comprend en effet que se cache un homme solitaire et mélancolique jusqu’au nihilisme.

En conclusion, j’ai plutôt apprécié  le coté simple, fou, rock‘n‘ roll de « Nouvelles sous ecstasy » .

Bien entendu le contenu de ces nouvelles est assez mince, mais le style brillant, drôle et incisif de Beigbeder fait souvent mouche et se montre très agréable à déguster.

Au delà de la forme assez spectaculaire, le lecteur attentif pourra découvrir les prémisses d’un mal être profond par rapport aux relations humaines et à la vacuité de la société de consommation s’appuyant sur ses valeurs pivots (sexe, argent, pouvoir) pour régir le monde actuel.

A lire donc pour découvrir en mode léger l’univers de l’écrivain.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:17

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Il manquait assurément en ces colonnes celui qui est considéré (à tort ou à raison) comme l’écrivain français le plus connu, Victor Hugo.

Cet oubli est espérons le oublié avec « Notre-Dame de Paris » classique de la littérature française que je n’avais curieusement jamais lu.

Publié en 1831, « Notre-Dame de Paris » est une œuvre romanesque fictivement située dans le coeur du vieux Paris historique du XV iéme siècle.

Dans ce cadre sombre et dangereux, Hugo imagine une histoire d’amour complexe et impossible, de trois hommes amoureux de la même femme, une jeune bohémienne d’origine supposée égyptienne appelée Esméralda.

A ces trois hommes on pourra rajouter un quatrième (secondaire) , Pierre Gringoire, poète raté qui par la force des choses sera marié à la belle et deviendra truand.

Orpheline, Esméralda vit dans le quartier de la Cour des Miracles véritable zone de non droit ou se massent tous les infirmes, mendiants, prostituées, voleurs et tueurs de Paris.

Pour gagner sa pitance, elle danse divinement bien sur le parvis de Notre-Dame et effectue des tours de magie avec une chèvre dressée pour compter, dire l’heure et se dresser sur ses pattes arrières.

La beauté orientale d’Esméralda  fascine trois hommes.

Dans ses filets tomberont l’archidiacre Claude Frollo, homme brillant à la morale rigide, obsédé par l’accumulation de savoir théoriques, son fils adoptif le bossu difforme et sourd, sonneur des cloches de Notre Dame, Quasimodo puis le capitaine Phoebus de Chateaupers, archétype de l’homme viril et courageux.

Esméralda  rendra son amour à Phoebus mais celui-ci ne pourra jamais être tenu pour officiel compte tenu des convenances de l’époque, ce qui entrainera de grandes souffrances pour la jeune femme.

Mais des trois hommes celui qui souffrira le plus de sa passion interdite sera Frollo, homme torturé qui cherchera dans l’alchimie et la sorcellerie de biens vains remèdes pour combattre l’attraction de la chair pour la bohémienne.

N’acceptant pas de devoir être tenté, le prêtre mettra tout en œuvre pour posséder Esméralda quitte à la faire accuser à sa place d’avoir poignardé Phoebus lors d’un rendez vous galant.

Condamnée à mort pour cet acte, Esméralda sera sauvée par Quasimodo, brute difforme rejetée de tous mais émue par la générosité de la belle qui seule lui avait portée à boire lors d’une bastonnade publique.

Tel King Kong, Quasimodo emmènera Esméralda  à Notre-Dame pour y faire valoir le droit d’asile en vigueur dans toutes les églises.

Mais le bossu en profitera également pour avoir à lui seule son égérie et vivre par procuration lui aussi sa dévorante passion.

Malgré une tentative des brigands de la Cour des miracles pour la libérer et la soustraire à un prochain arrêté du roi menant à la violation du droit d’asile, rejetée par Phoebus sera tout de même arrêtée et exécutée sous l’œil fasciné et fou de Frollo.

Ce sera Quasimodo ivre de chagrin qui jouera le rôle du vengeur, de la Némésis tuant le prêtre maléfique et allant rejoindre dans la tombe le seul amour de sa vie.

En conclusion, « Notre-Dame de Paris » est un chef d’œuvre, un livre fabuleux sur le fond et la forme.

Hugo recrée minutieusement par la force de sa pensée le Paris du Moyen-âge, en en retraçant les principales évolutions architecturales au fil des époques.

Il justifie le cadre de son roman par le fait qu’avant l’apparition de l’imprimerie, toute la force et le beauté des arts étaient contenue dans l’architecture et tout particulièrement les lieux de culte ce qui explique que depuis la Renaissance, cet art soit devenu un métier et ait perdu en beauté, en puissance.

L’aspect romanesque est bien entendu superbe et comment ne pas tomber sous le charme de cette belle, jeune, généreuse et pure âme de gitane persécutée par les mœurs obscurantistes de son époque ?

Si le personnage de Frollo en prêtre diabolique est purement génial dans ses souffrances intérieures avec ce désir incoercible qui vient submerger ses défenses et sa maitrise de soi pour le rendre fou, c’est assurément vers Quasimodo, le monstre banni et moqué de tous que notre sympathie va.

Lui qui n’a jamais connu l’amour va préférer sacrifier son existence pour vivre quelques instants de douceur et tenter maladroitement de lui aussi, une seule fois se faire aimer dans sa vie.

Les dernières pages du livres, magnifiques de romantisme gothique avec cet amour qui perdure au delà de la mort, sont à pleurer de beauté et vous bouleverse.

Si on ajoute à cela que le style d’Hugo, riche, émouvant et brillant rend la lecture parfaitement fluide, on ne pourra que constater la pure merveille de littérature crée par le génie français.

Une envie me taraude à présent, voir le film de 1956 avec Anthony Quinn et Gina Lollobrigida.

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 22:49

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Il y a quelques temps que je voulais chroniquer le multi césarisé « Mr Klein » de Joseph Losey, sorti en 1976.

« Mr Klein » raconte dans le Paris occupé par les troupes allemandes en 1942, l’incroyable histoire de Robert Klein (Alain Delon) , homme d’affaire alsacien acquéreur d’objets d’art, qui va à la suite d’un quiproquo surréaliste se révéler être l’homonyme d’un juif recherché par la préfecture de police.

Losey nous brosse le portrait d’un homme assez riche, intelligent, sur de lui, séducteur mais aussi égoïste qui n’hésite pas à profiter de la détresse ses juifs pour acquérir leurs objets d’art à bas cout.

Fréquentant les cercles de la bourgeoisie parisienne, Klein ne souffre pas de l’occupation allemande et mène une vie facile sans trop se poser de questions entre conquêtes féminines manipulées comme la pauvre Jeanine (Juliette Berto) et soirées mondaines chez son ami avocat Charles (Massimo Girotti).

La méprise dont il fait l’objet va le propulser dans un univers de paranoïa intense en lui ouvrant progressivement les yeux sur le fonctionnement de la police française recensant et traquant les juifs sous l’Occupation.

Combattif et sur de sa valeur, Klein va essayer de se sortir seul de ce piège en enquêtant sur ses origines alsaciennes puis remontant lui-même la piste de son double, jusqu’à son appartement en apparence désert à Pigalle ou il trouvera de précieux indices.

Plus Klein cherche à trouver la vérité, plus les scènes étranges se multiplient, jetant un trouble croissant auprès du spectateur pris lui aussi malgré lui dans les mailles de ce terrible piège qu'est la machine a broyer administrative.

Le summum du bizarre est atteint lors d’une mystérieuse invitation dans un château situé en banlieue parisienne, ou une riche assemblée accueille Klein alors qu’ils attendaient son double.

Malgré ses interrogations plus menaçantes auprès de la maitresse de maison Florence (Jeanne Moreau) , Klein n’aura que des réponses évasives entretenant toujours plus le mystère.

Alors que l’étau se referme sur la communauté juive dont il fait par la force des choses partie, Klein se voit confisquer ses biens.

Contraint de vendre son appartement, Klein se voit proposer une fausse identité par son ami Charles afin de quitter la France.

Mais il ne peut s’y résoudre et rebrousse finalement chemin après la curieuse rencontre d’une ancienne maitresse de son double dans le compartiment du train.

Le contact téléphonique établi avec son double se cachant à Pigalle ne parvient pas à éclaircir la situation et Klein est victime de la rafle du Vel d’Hiv.


Alors que Charles lui apporte les certificats prouvant sa non judéité, Klein est pris dans le tumulte des départ pour les camps de concentration.

Assez mystérieusement il refuse de saisir sa chance d’échapper à la déportation et retrouve dans le train, l’homme à qui il avait acheté un tableau au début du film en profitant de sa détresse.

En conclusion, « Mr Klein » est peut être mon film français préféré.

Le scenario, kafkaïen en diable est génialement machiavélique, propulsant un homme d’affaire dur et insensible dans la tourmente d’une histoire qui fait vaciller toutes ses certitudes.

Cette atmosphère de cauchemar étrange vient en permanence tourmenter le spectateur l’enveloppant dans une brume sinistre et glacée dont il ne peut s’échapper.

Outre ce pur aspect artistique et l’incroyable qualité des acteurs avec un Alain Delon époustouflant de justesse, de classe et de sobriété, « Mr Klein » donne par son contexte dramatique historique une terrible leçon d’humanité.

Car finalement ce juif si horriblement caricaturé dans les cabarets de l’époque, ou examiné comme une bête par les médecins complaisants, ce juif est finalement un autre nous même sans que nous ne le sachions.

Quand Delon remonte sur les traces de ses ancêtres, il s’interroge sur ses origines et se met en situation de possible empathie avec cette race dite maudite à l’époque ce qui fait qu’on peut considérer son départ pour les camps de concentration comme un partage volontaire du martyr des juifs.

Au final, « Mr Klein » surpasse artistiquement de la tête et des épaules le très didactiques « La liste de Schindler » de Spielberg ou le vulgaire « Inglorious bastards » de Tarantino, prouvant que dans ce domaine la classe et la subtilité sont les meilleurs armes pour faire réfléchir.

« Mr Klein » est donc un chef d’œuvre du cinéma sur le fond et la forme, un film mystérieux, fascinant, envoutant qui vous bouleverse, vous révolte et vous change à jamais en provoquant chez vous de nombreuses interrogations.

Sans nul doute le meilleur rôle d’Alain Delon qui a également produit le film.

Quand au fameux « plus jamais ça » entonné par les intellectuels, il ne fait aucune illusion que tout ceci pourrait à nouveau arriver, l’être humain étant par nature inconstant, lâche et prompt à oublier ses nobles principes de papier devant une force supérieure qui viendrait trop fortement menacer sa propre sécurité.

 

D'une certaine manière nous sommes tous pour moi des Robert Klein ...

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 20:26

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En littérature mes gouts penchent nettement vers le classicisme aussi est-ce avec un vif plaisir que j’ai retrouvé Honoré de Balzac avec « Le médecin de campagne ».

Publié en 1829 soit avant les grandes œuvres de la Comédie humaine, « Le médecin de campagne » est un singulier roman prenant place dans le monde rural du XIX iéme siècle.

Nous sommes en 1829 et Genestas, un ancien capitaine ayant participé à toutes les campagnes napoléoniennes s’arrête dans un village du Dauphiné situé prêt de la montagne de la grande Chartreuse.

Il y rencontre le médecin du village devenu maire, un dénommé Benassis, présenté comme le bienfaiteur de la région.

Les deux hommes sympathisent assez vite et Benassis sans doute mis en confiance par l’allure martiale du visiteur, se montre extraordinairement ouvert à son égard.

Balzac raconte donc dans toute la première partie du roman toute l’évolution de ce village passant d’un état de misère absolue à celui de prospérité économique importante.

Benassis explique à Genestas comment il a modelé le village, changé les mentalités des gens, en améliorant l’agriculture, en développant l’artisanat et le commerce avec la ville de Grenoble.

C’est le miracle économique, le bond en avant vers la prospérité qui a sorti la population rurale de la misère et du crétinisme autrefois héréditaire dans cette région isolée.

La religion certes respectée est malgré tout présentée comme moteur inefficace comparée à la fibre individualiste et mercantile de l’homme.

Puis le roman oscille entre plusieurs directions, avec la narration de la grande ère napoléonienne racontée par la bouche de l’ancien grognard Goguelat et la confession de Benassis, qui révèle à Genestas la raison de sa philanthropie.

Ancien parisien mondain et frivole, Benassis a décidé après plusieurs échecs amoureux de se retirer dans la solitude de la campagne pour se consacrer à son prochain.

Homme d’honneur, Genestas fond devant cette confession à cœur ouvert et confie à son tour à son hôte la véritable raison de sa venue, faire soigner son fils malade adoptif Adrien, né d’une femme juive polonaise qu’il a aimée lors de la retraite de Russie.

Doté d’une faible complexion, Adrien est remis sur pieds en quelques mois tandis que Genestas est réaffecté à Poitiers.

Quand l’officier apprend la mort de Benassis par courrier, il retourne au bourg chercher son fils rendu meilleur par la vie à la campagne et les beaux principes du maire, et promet d’imiter l’exemple du défunt à la fin de sa carrière.

En conclusion, « Le médecin de campagne » est un livre surprenant voir déroutant.

On ne retrouve pas le Balzac à la plume acérée et féroce de la Comédie humaine, mais plutot une vision incroyablement optimiste voir idéalisée de la société rurale du XIX iéme siècle.

La plupart en effet des personnages du roman sont pétris de noblesse et d’une grandeur d’âme, que ce soient les anciens soldats gouvernés par un fort code de l’honneur, le médecin en quête de rédemption devenu un saint ou la jeune marginale du lieu la Fosseuse prise sous la protection de Benassis.

Même Butifer le braconnier au fond n’est pas au fond un mauvais bougre et son enrôlement final dans l’armée achève de le mettre sur le droit chemin (!)

Napoléon est absolument déifié et le récit des batailles du conquérant assoiffé de pouvoir sans nuance.

Les valeurs dominantes ici sont donc le travail, le libéralisme, les vertus militaires et enfin la religion, inculquées par un seul homme d’exception capable de faire tendre une population passive et grégaire vers un semblant d'élévation sociale.

Difficile donc de se retrouver dans le portrait de cette société présentée comme idéale.

Mais bien entendu, Balzac reste Balzac et son style exceptionnel demeure tout particulièrement dans les descriptions des grands parcours romanesques des protagonistes même si ceux si sont trop souvent inutilement à mon gout mélangés aux récits des batailles bonapartistes.

Une curiosité donc mais nullement le chef d’œuvre escompté.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:32

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En 2003, le cinéaste français Alain Corneau adapte le roman à succés d’Amélie Nothomb dans le film « Stupeur et tremblements ».

L’histoire est quasiment calquée sur celle du livre et raconte les difficultés d’Amélie (Sylvie Testud) , une jeune belge née au Japon désireuse dans les années 90 de retourner travailler dans son pays d’origine.

Parlant couramment japonais, Amélie est engagée dans la société Yumimoto, multi nationale de l’import-export.

Mais la jeune belge va rapidement perdre ses illusions et se heurter à tous les écueils de la complexe société japonaise, dont les codes sociaux vont lui demeurer complètement impénétrables.

Travaillant sous les ordres de Monsieur Saito (Taro Suwa) un chef qui l’humilie sans explication en lui confiant des taches toujours plus stupides, Amélie va vite se retrouver sans travail si ce n’est distribuer les cafés, changer les dates des calendrier ou faire et refaire un avilissant travail de photocopie.

Impossible dans ce monde codifié ou la hiérarchie est sacralisée de se rebeller ou d’avoir une discussion ouverte avec un supérieur.

Le supérieur de Saito, Monsieur Omochi (Bison Katayama) étant un terrifiant obèse brutal et vulgaire, Amélie va se confier à sa supérieure directe la belle célibataire Fubuki (Kaori Tsuji).

Mais alors qu’elle la croyait son alliée, Fubuki va se révéler dangereusement fourbe, perverse et manipulatrice en dénonçant une initiative prise par Amélie avec un des rares japonais sympathiques de la société.

Dés lors entre les deux femmes une guerre d’usure va s’instaurer avec une trouble relation de sado-masochisme ou Amélie la victime fascinée par la beauté épurée de son bourreau va endurer les pires dégradations avec un certain plaisir de dépassement de soi.

Le summum du non sens est atteint lorsque Amélie se trouve responsable du nettoyage des toilettes pour hommes et passe ses journées dans les W.C

Puis comme toute chose, le contrat d’Amélie va arriver à son terme, la libérant d’une situation intenable tout en lui épargnant l’humiliation de la démission.

En conclusion, bien que fidèle et bien réalisé, ce « Stupeur et tremblements » trop plat et lisse n’apportera rien de plus par rapport au livre.

Peu d’action également dans ce film ou une certaine monotonie plus supportable dans un livre devient plus pénible sur un écran.

Le choix de Sylvie Testud actrice au physique quelconque voir ingrat n’amène pas beaucoup de charisme à un film se déroulant tout le temps dans l’atmosphère confinée et impersonnelles des bureaux des cols blancs japonais.

Pour autant « Stupeur et tremblements » peut considérer une intéressante porte d’entrée pour élaborer une réflexion à propos des différences dans le monde du travail entre la culture occidentale et la culture japonaise.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 22:20

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Difficile de s’attaquer à un tel monument de la littérature française comme le « Germinal » d’Emile Zola.

L’histoire raconte dans le Nord de la France, la révolte de mineurs du XIX ieme siècle, qui poussés par l’idéologie socialiste émergente vont se dresser contre la direction de la compagnie qui les emploie.

Le personnage principal du roman est Etienne Lantier, jeune ouvrier mécanicien qui cherchant du travail après s’être fait licencier pour insubordination arrive aux mines de Montsou et découvre l’horreur des conditions de vies des mineurs effectuant un travail exténuant et dangereux dans les profondeurs de la terre pour ramener les précieux morceaux de houille servant à fabriquer le charbon nécessaire aux industries pour produire leur énergie.

Mais frappée durement par la crise industrielle, la compagnie des mines de Mr Hennebeau décide de moins payer ses ouvriers et de durcir leurs conditions de vies déjà restreintes à la plus stricte survivance au sein des fameux corons.

Par nature insoumis et attiré par les thèses socialistes révolutionnaires émergentes propagées en France par un certain Pluchart, Etienne va alors peu à peu insuffler le vent de la révolte aux mineurs de Montsou qui vont déclencher une grève généralisée et tenir tête à la direction au cours d’un bras de fer on ne peut plus musclé.

Outre sa forte connotation sociale, le roman de Zola brosse le portrait saisissant des ses hommes et ses femmes prolétaires à travers des personnages marquant comme la nombreuse famille Maheu chez qui séjourne Etienne.

Cette famille est composée de la mère  l’énergique Maheude, du vieux grand père Bonnemort au physique abîmé par la mine, des fils Jeanlin et Zacharie ou encore de Catherine amoureuse d’un homme brutal nommé Antoine Chaval.

Amoureux de la même femme, Etienne et Antoine vont se livrer une lutte sans merci qui ira jusqu’au drame ultime.

Au fil des événements, Etienne prend de l’assurance et goûte au sentiment de puissance que lui procure le fait de devenir un leader politique.

Il lit beaucoup et tente de s’inspirer des philosophes socialistes comme Marx et Proudhon.

Il a pour ami le réfugié russe nihiliste Souvarine, adepte lui d’une révolution plus extrémiste ou les nations seraient détruites par la violence et le sang.

Bien entendu Monsieur Hennebeau fait appel aux autorités pour briser la grève et l’affrontement terrible entre mineurs et soldats se solde par un bain de sang et la mort de nombreux mineurs dont certains de la famille Maheu.

Meme si les mineurs sont vaincus, les bourgeois ont eu très peur de la violence de la révolte ouvrière et le premier sang a coulé.

Résolu à mettre en application ses théories extrémistes, Souvarine provoque l’effondrement de la mine et l’ensevelissement de certains mineurs dont Etienne, Catherine et Antoine.

Pendant les périlleux travaux destinés à les sortir de cet enfer sous terrain, Etienne et Antoine règlent leur différent de la manière la plus radicale qui soit dans un bain de sang fatal pour Antoine.

Catherine ne survit pas à cette épreuve et seul Etienne parvient à être secouru.

Le livre se termine sur le départ du héros qui quitte la région.

L’ordre est certes revenu dans les mines et le travail a repris mais les germes de la révolution ont été semés.

Les mineurs ont enfin appris à sortir de leur passivité séculaire de bêtes de somme pour s’organiser et lutter contre le patronat qui les exploitent et les réduit à des conditions de vie indécentes.

En conclusion, « Germinal » est le roman naturaliste de gauche par excellence.

Zola dépeint un monde aujourd’hui disparu, celui des mineurs de fond qui compensent leur dénuement matériel par l’alcool et le sexe quelques fois pratiqués à outrance pour oublier leurs souffrances.

Il prend clairement parti pour le petit peuple des opprimés contre les richissimes capitalistes qui vivent dans une opulence scandaleuse tandis que leurs employés peinent à se nourrir et à se chauffer.

Les ingénieurs comme Négrel, certes bourgeois mais prompts à endurer les même peines que leurs ouvriers si les circonstances l’exigent obtiennent plus de grâce à ses yeux.

Meme si le communisme et de manière générale les mouvements de gauche n’ont jamais réellement pris le pouvoir en France pour mettre en application leurs théories révolutionnaires, et si aujourd’hui la classe ouvrière fortement diminuée en nombre a en partie délaissé ces idéaux, « Germinal » contribue a décrire le fondement d’une certaine culture française, celle du mouvement populaire d’envergure pour s’opposer à ses dirigeants.

Et les grandes vagues de manifestations et de grèves qui sévissent à pratiquement chaque automne et secouent l’Hexagone appartiennent pour moi à cette culture typiquement française.

Mais plus qu’un roman naturaliste ou politique, « Germinal » et aussi une grande fresque épique avec des personnages aux motivations puissantes s’entrechoquant sur les chemins de destins bien souvent dramatiques.


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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 19:55

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Après Balzac, voici un autre géant de la littérature française en la personne de Guy de Maupassant avec ici son « Bel-Ami ».

Nous sommes encore ici au XIX iéme siècle, vers 1885, date de la publication du roman.

« Bel-Ami » conte la folle ascension de George Duroy, fils de modestes paysans normands, qui après une carrière ratée en tant qu’officier de l’armée française en Algérie, décide de réussir par tous les moyens à Paris.

Dépensier, peu travailleur ni particulièrement doué, George Duroy mise avant tout sur son physique plutôt avantageux qui lui confère un  certain succès auprès des femmes.

Après quelques temps de vaches maigres, la chance lui sourit puisqu’il rencontre par hasard Forestier un ancien camarade de l’armée, qui a depuis réussi une fort belle carrière dans la presse écrite.

Rédacteur politique à « La Vie Française » , Forestier est un homme influent qui a ses entrées dans les milieux politiques et intellectuels parisiens.

Bien que malade et diminué physiquement, Forestier donne sa chance à son ami en lui demandant de rédiger ses souvenirs d’Afrique du Nord.

Duroy se rend vite compte de ses piètres qualités de journaliste, mais il en profite pour faire la connaissance de Madeleine la femme de Forestier qui est en réalité son nègre secret et la principale ame littéraire du journal.

Profitant des relations de son ami, Duroy fréquente les soirées mondaines et les lieux nocturnes parisiens.

Il teste son aura sur Rachel une prostituée des Folies-Bergères qu’il parvient à séduire puis s’enhardit en devenant l’amant de Madame de Marelle, riche et belle épouse d’un ami de Forestier.

Après avoir échappé de peu à la mort au cours d’un duel, Duroy s’arrange pour apprendre les ficelles de son métier, joue sur plusieurs tableaux en emprutant au culot de l’argent à ses relations et en se rapprochant de Madeleine.

Il réussit un coup de maître en anoblissant son nom et en l’épousant après la mort de son mari à Cannes.

Devenu à son tour rédacteur en chef, il profite à temps plein des talents aguisés de sa femme pour se faire une solide réputation dans les milieux journalistico-politiques.

Duroy s’enrichit en volant à sa propre femme la moitié d’un héritage qu’un de ses anciens amants lui avait légué à sa mort.

Mais ivre de pouvoir et d’argent, il devient insatiable, cherchant à séduire Madame Walter la femme de son patron le richissime Walter.

Plus âgée que lui elle ne tarde pas à tomber sous son emprise.

Duroy la manipule à loisir parvenant du même coup à se rapprocher de sa fille la jeune Suzanne dont il parvient à gagner la confiance.

Dans le même temps il continue à fréquenter sa maîtresse originelle Madame de Marelle auprès de laquelle il éprouve une véritable passion charnelle.

Duroy réussit un autre tour de force en surprenant sa propre femme en délit d’adultère avec le ministre des affaire étrangères Laroche-Mathieu dont il jalousait le succès.

Il brise du même coup la carrière d’un rival et se débarrasse de sa femme dont il estime avoir tiré l’essentiel.

Dés lors il jette toute ses forces pour enlever Suzanne Walter et contraindre ses parents paralysés par le deshonneur à lui donner en mariage.

Le roman se termine en apothéose avec le triomphe du parvenu après un mariage retentissant avec la fille de l’un des hommes les plus riches de France.

En conclusion, « Bel-Ami » est un roman passionnant qui tient en haleine du début à la fin.

Le style de Maupassant est limpide, fluide, agréable plonge dans l'atmopshére ultra réaliste du Paris mondain du XIX iéme siécle mais c’est surtout la construction complètement amorale du roman qui fascine.

L’auteur renverse ici les stéréotypes de l’époque qui voulaient qu’une femme réussisse par son physique avantageux et ses mariages, en dépeignant le portrait d’un homme médiocre mais manipulateur et sans état d’ame qui utilise les femmes comme marchepied vers sa propre gloire.

Derrière le parcours de ce brillant gigolo, certaines pages abordent cependant des thèmes plus profonds comme la tirade du poète Norbert de Varenne qui révèle le pensée intime et plus pessimiste de l’auteur par rapport à la vieillesse, la déchéance et la mort.

Sulfureux, dérangeant et brillant « Bel-Ami »  est donc un succulent roman d’époque dont on ne se lassera vraisemblablement jamais.


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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 14:19

Eugenie_grandet.jpg

4

 

C’est fort logiquement après la lecture du « Père Goriot » que j’ai enchaîné avec « Eugénie Grandet » autre grand classique d’Honoré de Balzac.

Se déroulant sensiblement à la même époque (vers 1820), « Eugénie Grandet » a la particularité d’avoir pour cadre la Province et en particulier la ville de Saumur.

Félix Grandet dit le « Père Grandet »  est un vieil homme, habile vigneron qui a su faire fortune, acheter des terres et devenir un des notables les plus influents et craints de Saumur dont il a été maire.

Véritable terreur du monde des affaires, Grandet règne en patriarche absolu sur sa famille composée de sa femme, de sa fille Eugénie et de sa servante Nanon à qui il impose une régime d’une grande austérité.

Balzac décrit en effet un homme richissime gouverné par une avarice maladive et un amour quasi pathologique de l’argent.

Compte tenu de la popularité de l’homme, la fortune de Grandet est convoitée par deux familles de notables de Saumur, les Cruchots et les Des Grassins, qui cherchent chacun à s’attirer ses bonnes grâces pour qu’un de leurs fils épouse Eugénie et hérite ainsi de tous les biens du vieux vigneron.

Pourtant cette lutte féroce dans un microsome va être perturbée par l’arrivée inattendue de Charles Grandet, fils du frère de Félix Grandet.

Son père s’étant suicidé aprés avoir contracté de terribles dettes, Charles est en quelque sorte confié à son oncle.

Parisien, élégant et mondain, Charles va vite dénoter au sein de ce petit monde provincial prêt de ses sous, mais va pourtant parvenir à séduire malgré lui Eugénie qui va prendre fait et cause pour le jeune homme.

Attendrie par le chagrin du jeune homme suite à la mort de son père, Eugénie va ensuite tomber amoureuse de lui, amour que saura lui rendre Charles.

Cet amour enfantin, pur, innocent et bien naïf va inculquer une force hors du commun à Eugénie qui va dés lors défier l’autorité de son propre père avec la complicité de sa Mère et de Nanon.

Eugénie va prêter une forte somme d’argent à Charles pour lui permettre de partir chercher fortune aux Indes avec en échange la vague promesse que Charles l’épouse à son retour.

Acte généreux, magnifique, désintéressé ou stupide diront certains.

Charles parti, Grandet est soulagé se croyant débarrassé à moindre frais d’un encombrant problème et consacre toutes ses forces et son habileté  pour ne pas avoir à payer les dettes de son neveu à ses créanciers de Paris.

Dans cet exercice Grandet se montre redoutable dans l’art de la manipulation et de la négociation allant jusqu’à feindre le bégaiement et l’imbécillité pour ne pas être pris au sérieux par ses adversaires.

Mais il découvre finalement la « faute » d’Eugénie et la famille Grandet explose alors sous la colère du patriarche.

Aveuglée par son amour, Eugénie tient tête malgré la quasi réclusion que lui impose son père.

Entre temps Charles fait fortune dans le commerce de négriers, oublie sa promesse dans les bras d'autres femmes, et finit par demander la main d'une marquise pour satisfaire ses ambitions.

Il écrit une lettre de rupture à Eugénie qui prend avec beaucoup de grandeur d’ame cette trahison et songe même à se retirer dans les ordres ce que lui interdit le prêtre à qui elle demande conseil.

Madame Grandet déjà de santé fragile ne support pas ce conflit et décède, laissant Eugénie en droit de d’exercer son droit de succession.

Attaqué sur le seul point ou il est vulnérable, Grandet est contraint d’adoucir sa position pour spolier sa propre fille …

Mais son méfait ne lui porte pas chance puisqu’il meurt étouffé par ses terribles penchants.

Eugénie devient donc propriétaire d’une colossale fortune et va jusqu'à éponger les dettes de Charles pour permettre son mariage.

En conclusion, malgré le style de Balzac toujours méticuleux et avide de descriptions à surdétaillées, « Eugénie Grandet » est un formidable roman d’une audace folle pour son époque.

Balzac y tire en effet à boulets rouges sur la petite bourgeoisie de province, ses notables, ses codes, son monde clos, son refus de l’ostentation allié à une avarice prononcée.

La religion y est également taillée en pièces car elle aussi soumise aux terribles lois de l’argent.

Le personnage du père Grandet est atroce, monstrueux et sans limite pour assouvir sa folle addiction de l’argent.

Dans ce monde putride, le personnage d’Eugénie Grandet expose quasiment toute la noblesse et la pureté d’une authentique sainte.

Ame pure, désintéressée, puisant dans l’amour l’énergie de se rebeller contre les traditions et l’autorité d’un despote, Eugénie est la vraie héroïne de ce roman majeur.

On peut voir « Eugénie Grandet » comme un roman féministe rendant hommage aux femmes du XIX ieme siècle qui tentaient de bousculer les conventions alors en vigueur mais surtout comme une formidable auscultation d’une époque, d’un société et des "comédiens humains" qui y gravitaient.


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