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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 19:24

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Poursuite de l’œuvre de Balzac avec « La vieille fille ».

Publié en 1836, ce roman prend place à Alençon, petite ville de basse Normandie, traumatisée comme la plupart des villes de Province par les effets dévastateurs de la Révolution française puis du règne de Napoléon.

Dans cet univers confiné, âpre au gain et assez étriqué, Balzac raconte les rivalités masculines autour de Rose Cormon, vieille fille de quarante ans dotée d’une grande fortune principalement composée d’une superbe maison bourgeoise ou se réunissent périodiquement tous les notables de la ville.

Comme beaucoup de femmes, Rose s’est montrée durant sa jeunesse trop exigeante avec ses prétendants, laissant filer ses plus belles années et se réveillant trop tard alors que les guerres napoléoniennes ont décimés la plupart des beaux partis aristocratiques et crée une pénurie d’hommes.

Tourmentée par son célibat et l’attrait de la chair, Rose s’est alors réfugiée dans une pratique stricte de la religion avec l’aide de son oncle abbé qui règne en maitre sur la maison.

Pourtant deux hommes ne sont pas encore découragés par les outrages du temps.

Il y a d’abord le chevalier de Valois, noble vieillissant et quasi ruiné, personnalité publique des plus apprécié de la ville en raison de sa sociabilité et de ses manières de séducteurs puis Du Bousquier, riche spéculateur revenu en Province après avoir subi une disgrâce impériale et qui malgré un premier refus de mariage persévère dans ses tentatives de séduction.

Entre le Noble et le Libéral, la rivalité est exacerbée et tous les coups sont permis.

A ces deux sérieux prétendants vient s’ajouter Athanase Granson, jeune homme sensible doué de dons artistiques qui est le seul à aimer Rose pour elle-même et non pour son argent.

Mais Athanase sera jusqu’au bout maudit et malheureux tant la borné et relativement peu intelligente, Rose ignorera de bout en bout ses approches amoureuses.

Au cours du roman, Balzac introduira astucieusement une quatrième élément en la personne du Vicomte de Troisville, très bel homme revenu de Russie pour s’établir à Alençon.

La déception de Rose quand elle découvrira que ce si beau parti est un homme marié sera l’un des passages les plus cruels et drôles du récit.

Ce sera finalement Du Bousquier qui bénéficiera de la lassitude et du désespoir de Rose et parviendra à l’épouser.

Cette perte provoquera la destruction des deux autres prétendants, le Chevalier de Valois se laissant dépérir et plus grave encore, Athanase incompris dans une ville trop étroite pour ses aspirations, finira par se tuer de désespoir quand il apprendra le mariage de sa belle.

La mort déchirante d’Athanase, la chagrin de sa mère et de Suzanne, belle ouvrière ambitieuse devenue courtisane à Paris constitue l’un des moments les plus forts du roman.

En définitif, Rose sauvera les apparences mais conclura en un mariage triste avec un homme avide et dominateur qui lui prendra ses biens et dont elle n’eu jamais d’enfants.

En conclusion, « La vieille fille » est un excellent roman ou se révèle tout le génie de Balzac.

L’écrivain découpe en effet au scalpel les mœurs d’une petit ville de Province, ou la les rumeurs vous rongent sournoisement un homme, ou la nouvelles bourgeoisie d’arrivistes sans élégance ni scrupules prend le dessus sur une noblesse exsangue et dépassée en efficacité.

On comprend le drame social de cette fille de quarante ans, la terrible pression qui s’exerce sur elle et la conduit au désespoir.

On est touché par le destin tragique d’Athanase, seul être pur mais trop fragile dans ce monde de requins.

Très bien construit, le roman passionne par la richesse de ses rebondissements et par l’épaisseur de ses personnages.

Encore une fois un classique qui plaira aux amateurs de « Eugénie Grandet » ou autre « Père Goriot ».

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 19:38

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Marcel Aymé est un écrivain que j’aime beaucoup et pas seulement parce qu’il est originaire du Jura, région à laquelle appartient la moitié de ma famille.

Publié en 1933, « La jument verte » raconte l’histoire à la fin du XIX iéme siècle d’une féroce rivalité entre deux familles de cultivateurs, les Maloret les Hadouin, habitant toutes deux un petit village Franc Comtois appelé Claquebue.

La première famille mise en lumière est la famille Hadouin, qui profite d’un événement inattendu (la naissance d’une jument de couleur verte) pour étendre sa popularité, s’enrichir à peu de frais et appartenir à la classe des notables.

A la mort du père, les trois frères se partagent l’héritage conséquent.

 

Ferdinand, devenu vétérinaire, obtient quelques prés, le cadet Honoré la ferme et les prés, tandis que l’ainé Alphonse, ex militaire revenu boiteux et alcoolique de la guerre est payé en espèces.

Honoré et Ferdinand sont très dissemblables de caractère, et si Honoré entretient une haine farouche des Maloret en souvenir du viol de sa mère par les soldats Prussiens renseignés par le fils Zèphe, Ferdinand, désireux de maintenir son amitié avec le préfet de la région est partisan de conclure une alliance avec Zephe qui est fortement pressenti pour le poste de maire du village.

Le nœud principal de l’intrigue est l’égarement présumé d’une lettre de Ferdinand à son frère relatant le viol subi par leur mère et soupçonnée d'etre récupérée par la famille Maloret.

Cette fameuse lettre sert de fil conducteur à l’intrigue meme si son importance est au final relativement minime.

Tout au long du roman, Aymé décrit en effet avec talent et minutie, du point de vue d’un tableau de la jument, les mœurs d’un village du XIX iéme siècle, en insistant sur la sexualité des campagnards et leurs relations toutes particulières avec la religion symbolisée par le curé qui tente difficilement de garder son contrôle ses ouailles.

Ferdinand semble être un refoulé sexuel tiraillé entre ses tentations et le couvercle des interdits religieux et moraux à tel point qu’il persécute ses enfants dés qu’il soupçonne de leur part le moindre écart à la bienséance.

Honoré est plus libéré avec sa femme la très peu attirante Adelaïde mais aussi sa propre fille de seize ans Juliette avec qui il entretient des relations ambigües.

L’inceste est en effet souvent évoqué dans le roman, notamment du coté de chez les Maloret, ce qui entretient le coté sulfureux de ce clan.

Les petits enfants ne partagent pas forcément cette animosité et Juliette est très attiré par Noel Maloret au grand désespoir de ses parents.

Autre facteur de trouble, Marguerite, la fille des Maloret, devenu courtisane à la ville et favorite du préfet, qui revient dans le village scandaliser les mentalités par son sex appeal et ses mœurs dissolues.


Au final, « La jument verte » apparait comme un livre certes audacieux dans son propos, très finement écrit mais d’une construction quelque peu biscornue.

Tout se mélange en effet dans cette intrigue, politique, sexe, relations familiales sans que toute la tension en résultant n’aboutisse jamais à rien.

Alors que le lecteur pense qu’il va assister à des drames, des règlements de comptes, des meurtres ou des viols, le soufflet retombe mollement et le laisse finalement sur sa faim.

Malgré quelques fulgurances et un style impeccable tout en sensualité, « La jument verte » laisse donc un fort gout d’inachevé.

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 20:52

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4

 

 

Honoré de Balzac toujours avec « Modeste Mignon » publié 1844.

« Modeste Mignon » raconte l’histoire d’une jeune fille de bonne famille du Havre dont le père Charles ex colonel est parti faire fortune dans le commerce avec les Indes, abandonnant une femme diminuée physiquement par une cécité et deux filles à la garde de Dumay, son ancien lieutenant pendant les guerres napoléoniennes.

Après la mort dramatique de l’ainée qui avait fugué pour vivre une folle histoire d’amour, Dumay impose une surveillance de fer à Modeste qui ne doit pas fréquenter d’hommes et se réserver pour le parti que lui fera prendre la raison en la personne d’un notable de la région.

Mais le parti des Mignon, ruinés par une faillite rapide, n’intéresse plus grand monde et les prétendants se détournent de la jeune Modeste à la beauté angélique.

Se réfugiant dans la littérature et la poésie, Modeste cultive une âme indépendante, romantique, rêveuse et se prend de passion pour les hommes d’exception comme les artistes.

Ainsi va-t-elle très audacieusement pour l’époque écrire à un poète nommé Melchior Canalis également haut fonctionnaire à Paris.

Vaniteux et pédant, Canalis va charger son secrétaire Ernest De la Brière de répondre à l’audacieuse et entre les deux va se développer d’intenses échanges épistolaires ou l’amour ne va pas tarder à se dessiner.

De la Brière est un homme timide, bon, généreux mais simplement trop modeste pour partager les vues arrivistes de son patron quand à Modeste, elle vit dans le fantasme de parler à un grand poète et s’enivre des échanges avec celui qu’elle prend pour le grand Canalis.

Après un jeu amoureux à distance aussi charmant que désuet, les deux amants se voient pour la première fois.

Pourtant Dumay aidé par la sagacité du clerc de notaire Jean Butscha, petit homme bossu vivant par procuration sa passion sans espoir pour Modeste, finit par découvrir la passion secrète de la fille de son ami et la rapporte à Charles revenu des Indes en ayant amassé une somme considérable.

Le retour d’un Charles riche et que la rumeur désigne comme millionnaire change la donne et aiguise la cupidité d’un Canalis.

Désireux de donner sa chance à l’un comme à l’autre des prétendants, Charles invite Canalis et De la Brière au Havre pour que sa fille fasse son choix.

Un troisième prétendant vient se joindre à eux, le duc d’Hérouville, dont l’ascendance noble de premier rang ne peut totalement compenser un physique des plus ingrats.

D’Hérouville est en réalité lui aussi tenté par les millions de Modeste pour réaliser un couteux projet de travaux publics.

Entre ses trois hommes habités de motivations et de personnalités bien distinctes va s’instaurer une lutte à distance captivante que la redoutable Modeste va  par ses multiples revirements à contribuer à rendre vicieuse et terriblement indécise.

Comme personnages secondaire mais néanmoins essentiels on trouvera le rusé Butscha et la duchesse de Chaulieu, femme d’âge mure retenant son amant Canalis par sa protection et son argent.

Balzac joue en maestro de ce supplice infernal, avec un Canalis beau parleur qui perd peu à peu tout son crédit pour se voir révéler ses basses considérations matérielles et un De la Brière tout d’abord maltraitée par Modeste en raison de son mensonge initial puis revenu finalement en grâce par la pureté des ses sentiments désintéressés.

Une fois n’est pas coutume, la fin sera heureuse et le noble mais effacé gentil l’emportera sur le hâbleur vaniteux.

En conclusion, « Modeste Mignon » est un livre remarquable dans la plus grand tradition du roman romantique avec des personnages masculin complexes luttant pour conquérir une belle jeune femme.

Mais la ou Balzac étonne réellement c’est par le coté indépendant, voir rebelle du personnage féminin qui entend choisir son mari par ses gouts personnels assez atypiques et à contre courant d’un choix rationnels prompt à contenter les prétentions d’une famille de riches bourgeois de province.

Bien entendu l’argent est toujours présent, faisant ressortir les aspects les moins reluisants de l’âme humaine mais c’est finalement l’âme la plus vertueuse qui triomphe du luxe, de la vanité et du faux talent du poète.

Cette fin morale et cette belle histoire d’amour à distance propre au romantisme touchera à n’en pas douter le lectorat féminin qui appréciera avec raison ce petit bijou de littérature du XIX ième siècle.

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 21:59

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3

 

 

Publié en 1837,  « César Birotteau » est un des nombreux classiques d’Honoré de Balzac prenant place à Paris en 1818 pendant l’époque de la Restauration.

Le personnage principal est César Birotteau, provincial venu de Tours sans un sou ayant réussi dans le commerce de la parfumerie à la force de son travail et de sa ténacité.

Grisé par sa propre réussite et par son poste d‘adjoint au maire du deuxième arrondissement de Paris, l’honnête Birotteau devenu un florissant bourgeois perd peu à peu pied et se laisse entrainer dans un train de vie excessif par rapport à sa richesse réelle.

Dupé par ses relations notamment le notaire Roguin criblé de dettes, Birotteau se laisse convaincre d’engager toutes ses économies sans aucune garantie dans une affaire de spéculation immobilière autour de terrains près de la Madeleine.

Dans cette ténébreuse affaire, se lient également  Du Tillet son ancien commis renvoyé pour vol devenu un banquier influent et son homme de paille Claparon, escroc se faisant passer pour un banquier.

Inconscient du péril qui le guette, Birotteau aidé par le chimiste Vauquelin décide de lancer une huile révolutionnaire pour soigner le cuir chevelu et charge son commis Popinot d’ouvrir un deuxième magasin.

Honnête, intelligent, travailleur et espérant obtenir par sa réussite la main de Césarine la fille de son patron, Popinot accepte cette offre.

Au zénith de sa confiance, Birotteau décide de donner un bal fastueux pour célébrer l’attribution de sa légion d’honneur, et engage architectes, peintres et maçons qui devront créer un somptueux décor dans un appartement loué à Molineux, un détestable propriétaire avide au gain.

Ce bal donné devant les notables et certains membres de la petite noblesse marque l’apogée de la carrière commerciale de Birotteau sur lequel l’abominable piège financier se referme après la fuite de Roguin avec l’argent qui lui avait été confié.

Ruiné et choqué psychologiquement par la trahison de celui qu’il estimait comme un ami, Birotteau devient alors un gros gibier traqué par ses créanciers Du Tillet, Claparon, Moulineux et Grindoit.

Ses tentatives d’obtenir le rachat de ses dettes par les affreux banquiers Keller et Nucingen se soldent par d’horribles humiliations qui le font déchoir du rang qu’il occupait quelques semaines auparavant.

Son ennemi le plus implacable reste Du Tillet, qui mu par une haine viscérale contre l’homme qui le prit en flagrant délit de lâcheté et de convoitise pour sa femme Constance, s’ingénie à torturer lentement son ancien patron en ruinant tous ses efforts auprès des financiers.

Alors que Birotteau  se voit contraint de déposer le bilan et de passer devant le Tribunal de la Chambre de Commerce, plusieurs personnages vont contribuer à son salut.

L’ancien commerçant Pillerault, oncle de Constance, va aider de ses conseils avisés César à user du droit pour gagner son procès contre ses créanciers et se rétablir auprès du Tribunal puis la bonne âme Popinot, enrichi par le succès phénoménal de l’huile pour cheveux, acceptera contre la promesse de la main de Césarine de renflouer une partie de ses dettes.

Le sauvetage de Birotteau sera enfin parfaitement complet avec l’intervention de Louis XVIII eu personne qui l’aidera financièrement en raison de son passé de royaliste.

En conclusion, « César Birotteau » est l’archétypique du roman Balzacien construit autour de personnages vertueux, purs, simples et innocents manipulés par une multitude de créatures amorales mues par le vice et l’appat du gain.

Les trois quarts du roman narrant la mise en place de l’affreux piége puis l’atroce calvaire du commerçant sont en réalité bien pénibles à endurer psychologiquement et pris dans pareil gouffre de noirceur, on est au final surpris de cette subite issue heureuse.

C’est sans doute cette fin heureuse et le fait que César ne s’est pas perdu par ses sentiments mais par sa propre vanité qui font de « César Birotteau » une œuvre moins puissante à mes yeux que « Le Père Goriot » .

Autre écueil de taille pour apprécier le roman, le jargon du monde bancaire de l’époque qui rendent les complexes manipulations financières assez impénétrables pour le profane que je suis.

Malgré ces quelques critiques, « César Birotteau » reste un puissant drame pscychologique ou éclate tout le talent de Balzac pour dépeindre la cruauté des mœurs des bourgeois de son époque.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 20:11

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Paru en 1997, « L’amour dure trois ans » est une œuvre de jeunesse de Fréderic Beigbeder.

L’écrivain qui n’a pas encore connu la consécration avec « 99 francs » y raconte en effet ses déboires amoureux avec comme thèse principale le fait que biologiquement deux êtres humains ne peuvent s’aimer plus de trois ans.

L’élément déclencheur de l’écriture de ce livre est son divorce avec sa femme Anne, épousée selon lui bien trop tôt aux alentours de vingt ans.

Aprés son divorce,  âgé de trente ans, Beigbeder se retrouve donc seul, sans enfant et a aimer Alice, une femme mariée qui le fuit.

Cette fois ci le tourbillon fou des soirées nocturnes, mondaines, de la drogue et de l’alcool ne parviendront pas à enrayer le mal sournois qui le gagne.

Le réveil est plutôt brutal, acide et le ton du roman très amère et pessimiste.

Beigbeder passe en effet la majorité son temps à s’apitoyer sur lui-même et à s’auto flageller.

Le coté délirant et humoristique de ses plus belles réussites (comme « Nouvelles sous ecstasy » ) est atrophié au profit d’états d’âmes dépressifs d’enfant gâté ne croyant plus en rien.

Pourtant à travers ce torrent de pessimisme, Beigbeder parvient parfois à s’auto analyser de manière lucide, en mettant en avant son caractère insatisfait, passionné et instable, son gout pour la nouveauté, sa répulsion de la routine et de l’ennui.

Dans cet exercice l’homme devient touchant et finit par entrevoir un espoir suffisamment fort pour lui faire croire à nouveau en un amour durable au delà de barrière fatidique des trois ans.

En conclusion, « L’amour dure trois ans » est le livre idéal pour les gens venant de se faire larguer après une histoire d’amour douloureuse.

Ils pourront y trouver un écho réconfortant et des théories orientées leur permettant de se sentir moins seul et d’adoucir quelque peu leur propre douleur.

Personnage haut en couleur perpétuellement angoissé et insatisfait, Beigbeder est excessif non seulement dans ses moments forts mais également dans ses périodes de doutes qui le plongent dans un abime de dépression.

Si l’amour est vraisemblablement une utopie, cette invention reste néanmoins l’un des seuls remèdes pour nous accrocher à notre vaine existence terrestre.

Le conserver dans un état de stabilité tient pour moi essentiellement à la personnalité des amants et non à une prétendue limite biologique.

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 19:23

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3

 

 

La littérature de Fréderic Beigbeder toujours avec « Windows on the world » paru en 2003 alors que l’auteur était déjà devenu avec son « 99F » polémique un authentique auteur de best sellers francophones.

Cette fois ci cet auteur qualifié par beaucoup de futile s’attaque à un sujet sérieux, les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center.

Beigbeder effectue un travail de romancier en racontant le drame du point de vue de Carthew Yorstoun un père de famille texan prisonnier des tours en flammes avec ses deux garçons de sept et neuf ans.

Mais le processus narratif établit un parallèle avec une analyse plus froide de l’écrivain lui-même, qui travaillant au sommet de la Tour Montparnasse, alterne stricts énoncés de faits avec point de vue plus personnels notamment sur sa relation avec les Etats Unis.

« Windows on the world » effectue donc un constant mouvement de balancier entre brulante intensité d’un drame dépassant le cadre humain et froide introspection comparant le New York nocturne de sa jeunesse d’enfant gâté et la ville traumatisée pansant ses blessures après le choc.

Mais Beigbeder brouille aussi les pistes tant ce Carthew tient de lui dans l’échec de son mariage et ses tentatives maladroites pour rattraper le temps perdu avec ses enfants.

Acculé à une fin proche, Carthew est forcé de faire le bilan de sa vie, un bilan courageux et lucide qui ne l’ épargne pas.

Le résultat est un roman plutôt déroutant ou Beigbeder tente plus d’exorciser le choc que lui infligea cet évènement dramatique que de répondre aux énigmes quasi insolubles du déroulement des évènements.

On saluera pourtant le courage et la subtilité de l’auteur sur un sujet très délicat, sa sincérité touchante devant l’horreur du drame et ses analyse brillantes sur l’évolution du monde post 11 Septembre.

J’ai donc globalement apprécié ce « Windows on the world » plus adulte, atténuant les errements nombrilistes d’un riche jeune homme mal dans sa peau pour canaliser ce brillant talent d’écriture sur un sujet digne d’intérêt pour un romancier.

Je partage également le point de vue de l’auteur sur la profondeur des liens historiques unissant la France aux Etats Unis, rejetant l’anti américanisme primaire issu d’une jalousie inconsciente,  en ajoutant que ce pays tout imparfait qu’il soit demeure un pays libre et démocratique digne du plus grand respect.

Alors que la commémoration des dix ans des attentats s’est achevée il y a quelques semaines et que les Etats Unis toujours soucieux de montrer une image forte et conquérante au monde s’apprête à reléguer définitivement l’évènement dans les livres d’histoires, « Windows on the world » est un roman essentiel parvenant à réveiller la part d’humanité la plus enfouie en nous.

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 22:08

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A l’instar de Houellebecq ou Nothomb, Fréderic Beigbeider est l’un des auteurs français les plus lus mais aussi les plus hais, tant  le personnage médiatique peut hérisser par instant même si de mon point de vue son talent est réel.

Publié en 1999, « Nouvelles sous ecstasy » est une des œuvres de jeunesse du trublion qui compile quelques textes parus dans divers magazines (Max, Teknikart ...)  dont le point commun affiché est d’avoir été composé sous l’influence de la drogue appelée ecstasy.

Le ton est résolument décalé, parfois complètement délirant avec un mélange de fantasmes trash et de pensées plus profondes assénées avec un talent explosif et jubilatoire.

Le format très court des nouvelles se prête il est vrai parfaitement bien à ce type d'écriture complètement déjantée..

Eternel écorché vif, Beigbeder y parle du monde de la nuit, de la sexualité, décrit brillamment sa première expérience avec l’ecstasy mais se livre aussi plus personnellement sur ses complexes de jeunesse (autour de la belle explication de texte de la chanson « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin) ou sur le manque de sens de la vie et l’impossibilité de l’amour.

Derrière le personnage de noctambule, de fêtard extraverti en quête d’expériences on comprend en effet que se cache un homme solitaire et mélancolique jusqu’au nihilisme.

En conclusion, j’ai plutôt apprécié  le coté simple, fou, rock‘n‘ roll de « Nouvelles sous ecstasy » .

Bien entendu le contenu de ces nouvelles est assez mince, mais le style brillant, drôle et incisif de Beigbeder fait souvent mouche et se montre très agréable à déguster.

Au delà de la forme assez spectaculaire, le lecteur attentif pourra découvrir les prémisses d’un mal être profond par rapport aux relations humaines et à la vacuité de la société de consommation s’appuyant sur ses valeurs pivots (sexe, argent, pouvoir) pour régir le monde actuel.

A lire donc pour découvrir en mode léger l’univers de l’écrivain.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:17

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Il manquait assurément en ces colonnes celui qui est considéré (à tort ou à raison) comme l’écrivain français le plus connu, Victor Hugo.

Cet oubli est espérons le oublié avec « Notre-Dame de Paris » classique de la littérature française que je n’avais curieusement jamais lu.

Publié en 1831, « Notre-Dame de Paris » est une œuvre romanesque fictivement située dans le coeur du vieux Paris historique du XV iéme siècle.

Dans ce cadre sombre et dangereux, Hugo imagine une histoire d’amour complexe et impossible, de trois hommes amoureux de la même femme, une jeune bohémienne d’origine supposée égyptienne appelée Esméralda.

A ces trois hommes on pourra rajouter un quatrième (secondaire) , Pierre Gringoire, poète raté qui par la force des choses sera marié à la belle et deviendra truand.

Orpheline, Esméralda vit dans le quartier de la Cour des Miracles véritable zone de non droit ou se massent tous les infirmes, mendiants, prostituées, voleurs et tueurs de Paris.

Pour gagner sa pitance, elle danse divinement bien sur le parvis de Notre-Dame et effectue des tours de magie avec une chèvre dressée pour compter, dire l’heure et se dresser sur ses pattes arrières.

La beauté orientale d’Esméralda  fascine trois hommes.

Dans ses filets tomberont l’archidiacre Claude Frollo, homme brillant à la morale rigide, obsédé par l’accumulation de savoir théoriques, son fils adoptif le bossu difforme et sourd, sonneur des cloches de Notre Dame, Quasimodo puis le capitaine Phoebus de Chateaupers, archétype de l’homme viril et courageux.

Esméralda  rendra son amour à Phoebus mais celui-ci ne pourra jamais être tenu pour officiel compte tenu des convenances de l’époque, ce qui entrainera de grandes souffrances pour la jeune femme.

Mais des trois hommes celui qui souffrira le plus de sa passion interdite sera Frollo, homme torturé qui cherchera dans l’alchimie et la sorcellerie de biens vains remèdes pour combattre l’attraction de la chair pour la bohémienne.

N’acceptant pas de devoir être tenté, le prêtre mettra tout en œuvre pour posséder Esméralda quitte à la faire accuser à sa place d’avoir poignardé Phoebus lors d’un rendez vous galant.

Condamnée à mort pour cet acte, Esméralda sera sauvée par Quasimodo, brute difforme rejetée de tous mais émue par la générosité de la belle qui seule lui avait portée à boire lors d’une bastonnade publique.

Tel King Kong, Quasimodo emmènera Esméralda  à Notre-Dame pour y faire valoir le droit d’asile en vigueur dans toutes les églises.

Mais le bossu en profitera également pour avoir à lui seule son égérie et vivre par procuration lui aussi sa dévorante passion.

Malgré une tentative des brigands de la Cour des miracles pour la libérer et la soustraire à un prochain arrêté du roi menant à la violation du droit d’asile, rejetée par Phoebus sera tout de même arrêtée et exécutée sous l’œil fasciné et fou de Frollo.

Ce sera Quasimodo ivre de chagrin qui jouera le rôle du vengeur, de la Némésis tuant le prêtre maléfique et allant rejoindre dans la tombe le seul amour de sa vie.

En conclusion, « Notre-Dame de Paris » est un chef d’œuvre, un livre fabuleux sur le fond et la forme.

Hugo recrée minutieusement par la force de sa pensée le Paris du Moyen-âge, en en retraçant les principales évolutions architecturales au fil des époques.

Il justifie le cadre de son roman par le fait qu’avant l’apparition de l’imprimerie, toute la force et le beauté des arts étaient contenue dans l’architecture et tout particulièrement les lieux de culte ce qui explique que depuis la Renaissance, cet art soit devenu un métier et ait perdu en beauté, en puissance.

L’aspect romanesque est bien entendu superbe et comment ne pas tomber sous le charme de cette belle, jeune, généreuse et pure âme de gitane persécutée par les mœurs obscurantistes de son époque ?

Si le personnage de Frollo en prêtre diabolique est purement génial dans ses souffrances intérieures avec ce désir incoercible qui vient submerger ses défenses et sa maitrise de soi pour le rendre fou, c’est assurément vers Quasimodo, le monstre banni et moqué de tous que notre sympathie va.

Lui qui n’a jamais connu l’amour va préférer sacrifier son existence pour vivre quelques instants de douceur et tenter maladroitement de lui aussi, une seule fois se faire aimer dans sa vie.

Les dernières pages du livres, magnifiques de romantisme gothique avec cet amour qui perdure au delà de la mort, sont à pleurer de beauté et vous bouleverse.

Si on ajoute à cela que le style d’Hugo, riche, émouvant et brillant rend la lecture parfaitement fluide, on ne pourra que constater la pure merveille de littérature crée par le génie français.

Une envie me taraude à présent, voir le film de 1956 avec Anthony Quinn et Gina Lollobrigida.

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 22:49

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Il y a quelques temps que je voulais chroniquer le multi césarisé « Mr Klein » de Joseph Losey, sorti en 1976.

« Mr Klein » raconte dans le Paris occupé par les troupes allemandes en 1942, l’incroyable histoire de Robert Klein (Alain Delon) , homme d’affaire alsacien acquéreur d’objets d’art, qui va à la suite d’un quiproquo surréaliste se révéler être l’homonyme d’un juif recherché par la préfecture de police.

Losey nous brosse le portrait d’un homme assez riche, intelligent, sur de lui, séducteur mais aussi égoïste qui n’hésite pas à profiter de la détresse ses juifs pour acquérir leurs objets d’art à bas cout.

Fréquentant les cercles de la bourgeoisie parisienne, Klein ne souffre pas de l’occupation allemande et mène une vie facile sans trop se poser de questions entre conquêtes féminines manipulées comme la pauvre Jeanine (Juliette Berto) et soirées mondaines chez son ami avocat Charles (Massimo Girotti).

La méprise dont il fait l’objet va le propulser dans un univers de paranoïa intense en lui ouvrant progressivement les yeux sur le fonctionnement de la police française recensant et traquant les juifs sous l’Occupation.

Combattif et sur de sa valeur, Klein va essayer de se sortir seul de ce piège en enquêtant sur ses origines alsaciennes puis remontant lui-même la piste de son double, jusqu’à son appartement en apparence désert à Pigalle ou il trouvera de précieux indices.

Plus Klein cherche à trouver la vérité, plus les scènes étranges se multiplient, jetant un trouble croissant auprès du spectateur pris lui aussi malgré lui dans les mailles de ce terrible piège qu'est la machine a broyer administrative.

Le summum du bizarre est atteint lors d’une mystérieuse invitation dans un château situé en banlieue parisienne, ou une riche assemblée accueille Klein alors qu’ils attendaient son double.

Malgré ses interrogations plus menaçantes auprès de la maitresse de maison Florence (Jeanne Moreau) , Klein n’aura que des réponses évasives entretenant toujours plus le mystère.

Alors que l’étau se referme sur la communauté juive dont il fait par la force des choses partie, Klein se voit confisquer ses biens.

Contraint de vendre son appartement, Klein se voit proposer une fausse identité par son ami Charles afin de quitter la France.

Mais il ne peut s’y résoudre et rebrousse finalement chemin après la curieuse rencontre d’une ancienne maitresse de son double dans le compartiment du train.

Le contact téléphonique établi avec son double se cachant à Pigalle ne parvient pas à éclaircir la situation et Klein est victime de la rafle du Vel d’Hiv.


Alors que Charles lui apporte les certificats prouvant sa non judéité, Klein est pris dans le tumulte des départ pour les camps de concentration.

Assez mystérieusement il refuse de saisir sa chance d’échapper à la déportation et retrouve dans le train, l’homme à qui il avait acheté un tableau au début du film en profitant de sa détresse.

En conclusion, « Mr Klein » est peut être mon film français préféré.

Le scenario, kafkaïen en diable est génialement machiavélique, propulsant un homme d’affaire dur et insensible dans la tourmente d’une histoire qui fait vaciller toutes ses certitudes.

Cette atmosphère de cauchemar étrange vient en permanence tourmenter le spectateur l’enveloppant dans une brume sinistre et glacée dont il ne peut s’échapper.

Outre ce pur aspect artistique et l’incroyable qualité des acteurs avec un Alain Delon époustouflant de justesse, de classe et de sobriété, « Mr Klein » donne par son contexte dramatique historique une terrible leçon d’humanité.

Car finalement ce juif si horriblement caricaturé dans les cabarets de l’époque, ou examiné comme une bête par les médecins complaisants, ce juif est finalement un autre nous même sans que nous ne le sachions.

Quand Delon remonte sur les traces de ses ancêtres, il s’interroge sur ses origines et se met en situation de possible empathie avec cette race dite maudite à l’époque ce qui fait qu’on peut considérer son départ pour les camps de concentration comme un partage volontaire du martyr des juifs.

Au final, « Mr Klein » surpasse artistiquement de la tête et des épaules le très didactiques « La liste de Schindler » de Spielberg ou le vulgaire « Inglorious bastards » de Tarantino, prouvant que dans ce domaine la classe et la subtilité sont les meilleurs armes pour faire réfléchir.

« Mr Klein » est donc un chef d’œuvre du cinéma sur le fond et la forme, un film mystérieux, fascinant, envoutant qui vous bouleverse, vous révolte et vous change à jamais en provoquant chez vous de nombreuses interrogations.

Sans nul doute le meilleur rôle d’Alain Delon qui a également produit le film.

Quand au fameux « plus jamais ça » entonné par les intellectuels, il ne fait aucune illusion que tout ceci pourrait à nouveau arriver, l’être humain étant par nature inconstant, lâche et prompt à oublier ses nobles principes de papier devant une force supérieure qui viendrait trop fortement menacer sa propre sécurité.

 

D'une certaine manière nous sommes tous pour moi des Robert Klein ...

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 20:26

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3

 

 

En littérature mes gouts penchent nettement vers le classicisme aussi est-ce avec un vif plaisir que j’ai retrouvé Honoré de Balzac avec « Le médecin de campagne ».

Publié en 1829 soit avant les grandes œuvres de la Comédie humaine, « Le médecin de campagne » est un singulier roman prenant place dans le monde rural du XIX iéme siècle.

Nous sommes en 1829 et Genestas, un ancien capitaine ayant participé à toutes les campagnes napoléoniennes s’arrête dans un village du Dauphiné situé prêt de la montagne de la grande Chartreuse.

Il y rencontre le médecin du village devenu maire, un dénommé Benassis, présenté comme le bienfaiteur de la région.

Les deux hommes sympathisent assez vite et Benassis sans doute mis en confiance par l’allure martiale du visiteur, se montre extraordinairement ouvert à son égard.

Balzac raconte donc dans toute la première partie du roman toute l’évolution de ce village passant d’un état de misère absolue à celui de prospérité économique importante.

Benassis explique à Genestas comment il a modelé le village, changé les mentalités des gens, en améliorant l’agriculture, en développant l’artisanat et le commerce avec la ville de Grenoble.

C’est le miracle économique, le bond en avant vers la prospérité qui a sorti la population rurale de la misère et du crétinisme autrefois héréditaire dans cette région isolée.

La religion certes respectée est malgré tout présentée comme moteur inefficace comparée à la fibre individualiste et mercantile de l’homme.

Puis le roman oscille entre plusieurs directions, avec la narration de la grande ère napoléonienne racontée par la bouche de l’ancien grognard Goguelat et la confession de Benassis, qui révèle à Genestas la raison de sa philanthropie.

Ancien parisien mondain et frivole, Benassis a décidé après plusieurs échecs amoureux de se retirer dans la solitude de la campagne pour se consacrer à son prochain.

Homme d’honneur, Genestas fond devant cette confession à cœur ouvert et confie à son tour à son hôte la véritable raison de sa venue, faire soigner son fils malade adoptif Adrien, né d’une femme juive polonaise qu’il a aimée lors de la retraite de Russie.

Doté d’une faible complexion, Adrien est remis sur pieds en quelques mois tandis que Genestas est réaffecté à Poitiers.

Quand l’officier apprend la mort de Benassis par courrier, il retourne au bourg chercher son fils rendu meilleur par la vie à la campagne et les beaux principes du maire, et promet d’imiter l’exemple du défunt à la fin de sa carrière.

En conclusion, « Le médecin de campagne » est un livre surprenant voir déroutant.

On ne retrouve pas le Balzac à la plume acérée et féroce de la Comédie humaine, mais plutot une vision incroyablement optimiste voir idéalisée de la société rurale du XIX iéme siècle.

La plupart en effet des personnages du roman sont pétris de noblesse et d’une grandeur d’âme, que ce soient les anciens soldats gouvernés par un fort code de l’honneur, le médecin en quête de rédemption devenu un saint ou la jeune marginale du lieu la Fosseuse prise sous la protection de Benassis.

Même Butifer le braconnier au fond n’est pas au fond un mauvais bougre et son enrôlement final dans l’armée achève de le mettre sur le droit chemin (!)

Napoléon est absolument déifié et le récit des batailles du conquérant assoiffé de pouvoir sans nuance.

Les valeurs dominantes ici sont donc le travail, le libéralisme, les vertus militaires et enfin la religion, inculquées par un seul homme d’exception capable de faire tendre une population passive et grégaire vers un semblant d'élévation sociale.

Difficile donc de se retrouver dans le portrait de cette société présentée comme idéale.

Mais bien entendu, Balzac reste Balzac et son style exceptionnel demeure tout particulièrement dans les descriptions des grands parcours romanesques des protagonistes même si ceux si sont trop souvent inutilement à mon gout mélangés aux récits des batailles bonapartistes.

Une curiosité donc mais nullement le chef d’œuvre escompté.

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