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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 09:30

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J’avais déjà été très impressionné par « Bel ami » de Guy de Maupassant et c’est donc fort logiquement que je me suis rué sur « Pierre et Jean », quatrième roman de l’écrivain paru en 1887.

Court ouvrage naturaliste régulièrement étudié dans les lycées, « Pierre et Jean » raconte l’histoire de deux frères du Havre au physique et au caractères diamétralement opposés.

Alors que Pierre Roland l’ainé, est un jeune homme brun, sec, nerveux au tempérament fougueux et instable, Jean le second est un blond bien en chair, calme effacé et timoré.

Professionnellement Pierre est un médecin sans le sou tâtonnant dans la vie et cherchant à s’établir tandis que Jean vient d’être licencié en droit faisant la fierté de ses parents, Monsieur Roland bijoutier à la retraite passionné de pêche et sa femme Louise.

Déjà en concurrence pour savoir qui épouserait la jeune, belle et riche veuve Madame de Rosémilly, les deux hommes vont s’entre déchirer lorsque la famille Roland va apprendre qu’un ami de la famille appelé Monsieur Maréchal va léguer toute sa fortune à Jean.

Bien entendu, cette manne tombé du ciel va fortement perturber Pierre qui va se torturer l’esprit pour enfin comprendre l’évidence :  Maréchal a été pendant des années l’amant de sa mère et Jean est son fils naturel.

Alors que Jean triomphe en apparence, demandant en mariage Madame de Rosémilly et établissant son cabinet d’avocat dans le bel appartement que convoitait son frère, un intense et cruel jeu psychologique va s’établir entre Pierre et sa mère.

A force d’insinuations fielleuses, Pierre parvient à pousser sa mère à bout et à la faire craquer, la forçant à révéler le terrible secret de sa double vie, ignorée par son stupide mari.

Louise trouve refuge auprès de Jean qu’elle met également dans la confidence.

Le timide jeune homme se trouve à son tour tiraillé par sa conscience mais choisit de garder l’héritage de son père naturel et de tenir à tête à son frère.

Tout le monde est bien entendu très éprouvé par cette affaire et le climat du Havre devient alors étouffant pour la famille Roland.

La seule issue honorable pour tous est le départ de Pierre, devenu le gêneur de cette belle hypocrisie bourgeoise.

Aidé par les relations de Jean, il saisit sa chance en se faisant engager comme médecin sur un paquebot transatlantique préservant les apparences et laissant la place libre à son faux frère.

En conclusion, « Pierre et Jean » est un exceptionnel roman d’un finesse psychologique hors normes.

Maupassant raconte fort bien les déchirements de famille dans le milieu de la bourgeoisie de province du XIX iéme siècle ou la réputation était essentielle.

Si l’adultère et la double vie sont hélas des classiques de la vie, les relations complexes et souvent difficiles entre deux frères dissemblables sont merveilleusement brossées par l’écrivain dans une langue accessible mais d’une puissance inouïe.

Sur le plan de la forme tout est également en place, avec l’ambiance maritime du riche port du Havre devenue trop étouffante pour Pierre rongé par la jalousie et les tourments intérieurs.

Combien de non dits, combien d’histoires troubles, de mensonges et de secrets gardés dans les familles pour la prétendue sauvegarde des apparences ?

Toute cette hypocrisie sociale dans laquelle nous vivons tous avec nos yeux complaisamment fermés pour ne pas être perturbés dans nos fragiles certitudes sans voir la souffrance qu'elle nous occasionne.

Le sujet est en apparence inépuisable et Maupassant a écrit pour moi un des chefs d’œuvres du genre.


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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 11:31

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Comme beaucoup, j’ai connu Bernard Lavilliers à la fin des années 80 avec la chanson « On the road again » sans nul doute son tube le plus connu que j'écoutais à l'époque sur mon premier walkman en revant du haut des mes 13 ans.

Sorti en 1988, « If .. » et sa pochette extrêmement sobre est donc pour cette raison un album charnière dans la carrière du stéphanois bourlingueur.

Après avoir mis en musique un texte de l’écrivain Rudyard Kipling en guise de prologue de luxe, l’album débute réellement avec « Santiago » morceau intense et majestueux ou s’exprime toute la sensibilité de l’artiste.

Puis arrive la superbe ballade « On the road again », qui plus de vingt ans après me fait encore frissonner par l’envoutement de sa douce mélodie et la puissance de ses paroles contant la mélancolie du voyageur amoureux.

Fidèle à ses bonnes habitudes de l’époque, Lavilliers glisse ensuite « Bad side » un très bon titre heavy rock avant un nouveau crochet vers la poésie sur « Promesses d’un visage » douce, sensuelle et exotique adaptation d’un texte de Charles Baudelaire.

Le niveau est toujours incroyablement élevé sur « Nicaragua » rendu grand par ses alternances incessantes de passages à la lourdeur menaçante et de plages plus mélodiques.

Influences plus world music sur « Haïti couleurs » et « Nord-Sud » au tempo tres reggae boosté par des refrains aux chœurs surpuissants.

Même « Petit » pourtant très lourdingue sur l’enfance brisée dans les pays en guerre finit par bien passer enrobé par le talent du chanteur aux biscottos gonflés.

La littérature est remise à l’honneur avec « Tu es plus belle que le ciel et la mer »  court texte sensuel de Blaise Cendars.

« R&B » en fait en revanche beaucoup trop avec ses gros refrains gospels pompeux et son coté générique TV, quand à « Citizen Kane » on peut lui décerner une certaine originalité malgré l’emploi de cuivres groovy et de claviers très datés années 80.

L’album se termine en douceur avec « Cri d’alarme » trop pesante et larmoyante à mon gout.

En conclusion, malgré une durée sans doute trop longue et une dernière partie pour moi bien en dessous, « If … » est un indubitablement un grand album présentant un Bernard Lavilliers très inspiré et au zénith de son talent.

Véritable caméléon musical, l’artiste pioche de style en style en trouvant un très bon équilibre qui rend cet album varié et agréable à l’écoute.

Et puis « On the road again » reste pour moi l’une des plus belles chansons de variété française.

Un classique donc malgré le poids des ans.

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 16:12

clairs_obscurs.jpg2

 

 

Arrivé à maturité, dans les années 90, Bernard Lavilliers tourne au rythme de croisière de un album tous les trois ans.

C’est dans ce cycle que sort « Clair-obscur » à la pochette étrange montrant le chanteur seul pensif un brin perdu dans un restaurant.

Après un « Préface » parlé plus que chanté assez lourdingue sur des mots de son mentor Leo Ferré, Lavilliers balance un swing posé sur « Audit » traversé de refrains soignés.

On retrouve la verve colorée et métissée du stéphanois avec « Venin » influencé par le groove jamaïcain.

L’ambiance est plus feutrée, détachée et jazzy sur « Capitaine des sables » trop lent à mon gout avant un « Exil » en forme de superbe déclaration d’amour au voyage maritime.

Nouveau mélange musical latino-américain avec « Romeo Machado » bien entendu beaucoup plus rythmé et dansant.

Puis le chanteur se fait plus virulent avec  « La machine » plus brutale et animale avec un texte aux relents pornographiques et « Chiens de gardes » au beat ample et lourd.

La qualité est également présente sur « Vou embora » nimbé de chaleur, de sensualité mais également de mélancolie.

On termine par un « Road movie »  qui après des débuts en apesanteur verse dans un rock plombé assez surprenant dans ce cadre.

En conclusion, malgré ses qualités « Clair-obscur » est un album de plus dans la carrière de Bernard Lavilliers sans se distinguer fortement du style habituel du chanteur baroudeur.

La belle voix grave s’exprime sur des textes comme souvent soignés, mais on reste à vrai dire sur sa faim sur les mélodies.

L’aspect exotique et métissée apparait par instant mais de manière plus ténue comme mis en sourdine.

Le tout produit du Lavilliers de bon niveau mais quelque peu en pilotage automatique.

Un peu juste pour me faire basculer.

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 14:28

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En 1986, Bernard Lavilliers sort son déjà douzième album intitulé « Voleur de feu ».

Pochette sobre, sans esbroufe mais suffisamment guerrière pour marquer, « Voleur de feu » débute par un « Tango » intense, sensuel et élégant magnifiant l’attraction envers la gente féminine.

Seul le sonorités parfois encombrantes des claviers viennent nous rappeler que cet album a été composé dans les années 80.

Ambiance plus calme et sobre avec « La frontière » qui fait néanmoins passer un message fort sur la condition des immigrés africains prenant tous les risques pour quitter leur pays.

Le chanteur semble tout miser sur sa belle voix grave sur « Voleur de feu » au demeurant plutôt mou et monocorde.

On assiste ensuite au retour des influences latino-américaines sur « East side story » teinté de salsa ensoleillée et vivante.

Décidément protéiforme, Lavilliers nous plonge ensuite dans une ambiance heavy rock électrique et violente sur l’excellent « Midnight shadows ».

Vient ensuite le tour de « Noir et blanc » morceau engagé en faveur des opposants à l’apartheid.

Souvent moqué par son coté naïf et plein de bon sentiment, « Noir et blanc » est néanmoins servi par des mélodies efficaces et par un texte fort se voulant universel.

Dédié aux noctambules, « Extérieur nuit » compense le  manque d’énergie d’une fin de nuit blanche par l’apport massif de cuivres.

Lavilliers s’amuse sur « Funambule » léger et agréable bien que légitimant sur le fond le vol.

On s’ennuie poliment sur le lent et long « Gentilshommes de fortune » avant la nouvelle incursion salsa « Borinqueno»

La  dernière ligne droite de l’album se compose de « La haine » tourmenté, violent et profond, et de « Seigneurs de guerre » morceau rock intense réhaussé du puissant martèlement de tambours.

En conclusion, malgré un son très années 80 « Voleur de feu » est un album mature, dense et très abouti.

La musique ici proposée est riche, variée, passant du rock à la salsa avec toujours des textes forts portés par la belle voix grave et sensuelle du chanteur.

« Voleur de feu » est donc pour moi un grand cru de Bernard Lavilliers, personnage atypique, poète aux gros bras sensible au monde des ouvriers, à celui de la nuit peuplé de femmes fatales et de voyous mais surtout amoureux fou de voyages et de métissages musicaux ce qui a très certainement contribué à éveiller sa conscience politique internationale.

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 12:51

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Envie de découvrir plus en avant la riche discographie de Bernard Lavilliers.

Paru en 1981, « Nuit d’amour » et sa pochette digne des polars américains délaisse quelque peu les influences métissées et colorées du chanteur pour offrir un univers inspiré par l’atmosphère nocturne et dangereuse des Etats-Unis.

Le titre introductif, « Night bird » s’appuie sur des rythmes électroniques froids pour dérouler une atmosphère sinueuse un brin déroutante ou le musculeux chanteur conte son obsession amoureuse pour une femme de la nuit.

Malgré sa longueur et sa froideur, « Night bird » demeure intéressant par son approche littéraire et ses refrains aériens.

On bascule ensuite sur un beat pseudo reggae avec « Changement de main, changement de vilain » agréable et planant.

Le tempo ralentit ensuite avec « Eldorado » long morceau calme assez plat encore une fois influencé par le Brésil.

Lavilliers décide alors de réveiller l’auditeur un peu assoupi par « C’est du rock n’ roll » rock puissant et intense aux guitares hurlantes avant de réenclencher la musique à reggae pour parler de manière décalée de « Pigalle la blanche ».

L’aspect poétique du chanteur se fait sentir avec « Betty » déclaration d’amour jouée en acoustique.

Tout est calme également avec « Nuit d’amour » au groove gentiment funky précédant le nouveau coup d’accélérateur de « Les barbares » reprise d’un morceau composé en 1976.

L’album se termine par « La malédiction du voyageur » épilogue un peu mou et pleurnichard à mon gout.

En conclusion, « Nuit d’amour » est un album solide hésitant entre ambiance urbaine nocturne ouest américaine et relents d‘influences jamaico-brésiliennes passés.

La présence de quelques titres forts (« Night bird », « C’est du rock n’ roll » voir « Changement de main, changement de vilain ») ne masque pas tout à fait un coté global assez convenu dans le registre de l’aventurier poète conteur d’histoires.

En effet, Lavilliers cède parfois trop pour moi à ses penchants littéraires au détriment de l'intensité et de l'originalité de sa musique.

 

Pas déplaisant donc, mais pas transcendant non plus.

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 20:02

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Après le livre de Marcel Aymé, j’ai voulu logiquement visionner « La traversée de Paris » l’adaptation de Claude Autant-Lara parue en 1957.

Grand classique du cinéma français, « La traversée de Paris » raconte les mésaventures de Marcel Martin (Bourvil), chauffeur de taxi au chômage qui se livre au trafic de marché noir pour survivre dans le Paris occupé de la Seconde guerre mondiale.

Privé de son associé habituel, Martin décide après une scène de ménage avec sa femme de proposer à un inconnu rencontré dans un bar de faire équipe avec lui pour convoyer 100 kilos de cochon à pieds dans Paris.

Mais devant le propriétaire du cochon, un certain Jambier (Louis de Funès), l’associé du nom de Grandgil (Jean Gabin) se fait soudainement menaçant, exigeant de faire monter son salaire de manière astronomique en exerçant un odieux chantage.

Soucieux de sa sécurité, Jambier finit par céder malgré les remontrance de Martin, excédé par le comportement de son partenaire d’un soir.

Les deux hommes se mettent donc en marche pour aller faire leur livraison jusqu’à Montmartre.

La traversée nocturne pendant le couvre feu est périlleuse.

Outre les brigades de policiers et les patrouilles allemandes, les deux hommes doivent se défaire de chiens attirés par l’odeur de viande et de français envieux prêt à les livrer aux autorités.

Mais à chaque fois, la force et les intimidations de Grandgil leur permettent de se tirer d’embarras.

Après que celui ait assommé un policier trop curieux, le duo est obligé de se cacher chez Grandgil qui révèle à Martin qu’il est un artiste peintre plutôt coté qui s’est lancé dans cette aventure au bluff par curiosité et gout du risque.

Martin est heurté dans sa fierté d’avoir été trompé et s’en prend violemment à Grandgil qui reste de toute façon physiquement le plus fort.

Lors de l’ultime étape de leur livraison, les nerfs de Matin lâchent et le raffut qu’il commet fait arrêter le duo.

Transféré chez les Allemands, Grandgil bénéficie d’un traitement de faveur en raison de son statut de peintre et évite d’être emmené dans un camion comme Martin.

Heureusement le film se conclut par un happy end après la libération, et par une retrouvaille impromptue entre les deux hommes.

En conclusion, « La traversée de Paris » est un solide film populaire brillant surtout par la qualité de ses acteurs exceptionnels.
Le film de Autant-Lara prend quelques libertés avec le livre de Marcel Aymé, notamment une fin moins sombre, puisque Martin ne tue pas Grandgil.

Dans ce grand numéro d’acteurs, Gabin se taille la place du lion en raison de son formidable abattage physique et de son coté gros dur.

Bourvil est parfait en français moyen plutôt lâche et faible, quand à Louis de Funès il débute déjà de manière convaincante dans l’un de ses tous premiers rôles.

Bien entendu, le film a fortement vieilli et fait son époque très franchouillarde, mais permet tout de même de passer un moment agréable.

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 22:23

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Retour à ce cher Honoré de Balzac avec l’un des ses romans les plus connus mais également les plus volumineux « Splendeur et misère des courtisanes » que l’auteur mis neuf ans à écrire entre 1837 et 1848.

L’histoire se situe dans la tranche historique habituelle de Balzac, dans le Paris de la Restauration peu après l’ère Napoléonienne.

Le protagoniste principal de cette histoire complexe et retorse est Lucien de Rubempré petit noble désargenté d’Angoulême, qui s’est brulé les ailes au contact de la vie parisienne en voulant suivre sa vocation littéraire.

Même si le jeune homme est perclus de dettes, sa grande beauté lui a néanmoins permis de réussir de prestigieuses conquêtes féminines comme le duchesse Anne de Maufrigneuse ou la comtesse de Sérisy.

Lucien a également trouvé à Paris un mentor en la personne d’un forçat évadé du nom de Jacques Vautrin qui se fait passer pour un abbé espagnol répondant au nom de Carlos Herrera.

Intelligent, déterminé et d’une force physique prodigieuse, Vautrin est considéré comme un grand caïd de la pègre mais fait preuve d’un fort attachement quasi paternel envers Lucien.

Vautrin va donc utiliser les talents de séducteur de son protégé pour piéger les femmes, notamment Clotilde de Grandlieu, fille d’un riche noble qu’il désire faire épouser à Lucien pour le renflouer.

Mais c’est surtout le puissance de l’amour d’une belle courtisane, Esther que va exploiter le forçat pour manipuler la jeune femme afin de la pousser à séduire un vieux banquier juif alsacien le baron de Nucingen.

Esther accepte par amour pour Lucien de se laisser acheter par Nucingen et lui soutire d’immenses sommes d’argent.

Habile stratège, Vautrin place ses pions pour arriver à ses fins et utilise deux femmes dévouées, Europe et sa tante Asie experte dans l’art du déguisement pour s’assurer de la solidité de ses prises.

Mais il se heurte à Corentin, l’un des plus redoutables espions de Paris, mandaté par le duc de Grandlieu pour découvrir la vérité sur les intentions de son futur gendre.

La lutte à distance entre Corentin et Vautrin aidés de leurs auxiliaires, servira de toile de fond à une bonne partie du roman et le premier semblera prendre le dessus en brulant la couverture de Lucien et en faisant capoter son lucratif projet de mariage.

L’intrigue finira par se dénouer lorsque la pauvre Esther, consumée par son amour impossible pour son ancien amant et incapable de se donner physiquement au vieux banquier se suicidera, ce qui aboutira à l’arrestation du tandem Lucien-Vautrin.

Ce suicide sera d’autant plus cruel à accepter que peu après sa mort, on apprendra que Esther était l’héritière d’une riche famille hollandaise, les Gobseck.

En détention, Lucien s’effondre psychologiquement et se suicide également en apprenant l’acte désespérée de son ancienne amante.

Il restera alors Vautrin à qui est consacré la dernière partie du roman.

L’homme révèle alors une force morale incroyable, capable de le faire résister à l’univers carcéral, de garder son ascendant sur les voyous chargés de l’éliminer par son rival Bibi-Lupin mais aussi de lui faire tenir son rôle de prêtre malgré le feu roulant des questions de ses adversaires le juge Camusot et le procureur général Granville.

Homme fin et pragmatique, Granville accepte de négocier avec le redoutable chef de gang en lui accordant la grâce d’un de ses amis condamné à mort en échange de la remise des correspondances compromettantes de Mesdames de Grandlieu, de Sérisy et de Maufrigneuse.

Après que chacun des deux hommes ait honoré son marché, que Vautrin ait conclu un pacte de neutralité avec le terrible Corentin, Granville accepte de le nommer chef de la sureté à la place de son ennemi juré Bibi-Lupin.

En conclusion, « Splendeurs et misères des courtisanes » condense à lui seul tout l’univers Balzacien avec ses qualités mais aussi ses défauts.

Avec Balzac, les provinciaux ambitieux et naïfs se brulent les ailes à Paris,  les relations amoureuse ne sont que mues par l’intérêt financier ou se concluent tragiquement lorsqu’elles reposent sur la pureté des sentiments.

L’écrivain accorde une place prédominante aux femmes mondaines, tirant les ficelles en faveur de leurs amants ou des leurs maris, mais en les décrivant sous des aspects assez répugnants : calculatrices, vénales, superficielles et sans morale.

J’ai trouvé ce tortueux monde de mensonges et d’argent peu attractif et n’ai pas gouté l’admiration presque béate de l’auteur devant Vautrin, véritable surhomme capable de se sortir par la force ou la ruse de toute situation au point de tenir tête à lui tout seul à toute la justice.

Sur la forme, le style de Balzac est ici particulièrement pesant avec des descriptions à rallonges de lieus et de personnages.

Le monde judiciaire est également longuement et soigneusement décrit alors que ce souci du détail n’apporte pas grand-chose à l’intrigue.

Aussi bien sur le fond que sur la forme, « Splendeurs et misères des courtisanes » m’a été bien délicat à apprécier.

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 22:31

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Les habitués de ce blog seront sans doute surpris de découvrir une chronique d’un album de Bernard Lavilliers en ces colonnes.

Pourtant même sans être un fan de sa musique, l’homme ne m’a à vrai dire jamais laissé indifférent.

Aussi est-ce avec un grand esprit de découverte que j’ai écouté son dix septième album « Arrêt sur image » sorti en 2001.

Avec sa belle pochette colorée comme une invitation au  voyage maritime, « Arrêt sur image » débute par « L’or des fous » rendu élégant et très mélancolique par l’emploi d’un accordéon et d’un violon.

La voix est posée, charismatique, les textes comme souvent impeccables et la coloration musicale assurément sud américaine.

Cette coloration se confirme avec « Iracema » très belle déclaration d’amour à une brésilienne inconnue du Nordeste.

Le rythme est lent, nonchalant, sensuel comme le balancement d’une belle brune sur un hamac par un après midi écrasé de soleil au bord de la mer.

Retour à une veine plus réaliste et politique avec « Les mains d’or » rendant hommages aux ouvriers de la sidérurgie.

On notera le remarquable travail de Marco Papazian dont le son de guitare clair et lumineux porte cette chanson lancinante du début à la fin.

Malgré son ambiance hypnotique et poétique, « Fleur pourpre » est rendu plus pénible en raison de son chant mollasson et de l’emploi de synthétiseurs décalés.

Nouvel hommage au Brésil avec « Saudade » douce ode à ce sentiment mélancolique inspirateur de bien des créations artistiques.

« L’empire du milieu » brille par la qualité des textes décrivant une nostalgie pour le passé de voyou du chanteur, par sa puissance contenue et par un son de guitare proprement prodigieux.

Dans la même veine, on notera  « Délinquance » surprenant de tolérance à l’égard des voyous de banlieue dans lequel le chanteur se reconnait surement.

Mais à vrai dire le morceau recèle une ambiance trop relax par rapport à la violence du sujet traité.

Lavilliers s’en prend ensuite avec talent aux hommes d’affaires de ce monde avec « Les tricheurs » agrémenté de bruitages électroniques des plus étranges.

Chanté à moitié en anglais  avec une chanteuse américaine envahissante, « Octobre à New-York » a moins d’impact.

Lavilliers se surpasse sur « La dernière femme » merveilleuse déclaration d’amour au texte ciselé et à la mélodie sublime grimpant progressivement en puissance.

La fin de l’album se profile donc avec « Solidaritude » un peu tristounet et par une version cubaine très vivante de « Les feuilles mortes » de Jacques Prévert.

En conclusion, pour une découverte, « Arrêt sur image » s’est avéré une formidable expérience.

La voix de Bernard Lavilliers est plaisante, ses textes sont superbes, pétris d’intelligence, de poésie et de rébellion.

Bien entendu le ton est plutôt calme, relax, intimiste et n’a absolument rien à voir avec les déchainements de décibels dont je fais ici souvent l’éloge mais le son de guitare de Papazian clair et puissant est un véritable régal.

On peut donc imaginer déguster « Arrêt sur image » seul dans une chambre d’hôtel dans un silence absolu pour virer à la plus totale introspection ou alors dans une ambiance de vacances au bord d’une mer chaude.

Un album mature et digne d’un grand cru de la chanson française.

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 12:42

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Très médiatique prix Gouncourt 2009, « Trois femmes puissantes » de Marie Ndiaye fait parti de ce que j’appelle la littérature grand public.

« Trois femmes puissantes »  raconte trois histoires indépendantes de femmes africaines, Norah, Fanta et Khady.

Dans la première d’entre elle, Norah, métisse française de père sénégalais, retourne voir son père en Afrique et découvre un homme vieilli, diminué physiquement.

Norah appréhende cette rencontre avec un homme fier, dur, volontiers blessant avec elle et à la vie privée tumultueuse après son remariage.

Le récit suit le déchirement de la jeune femme envahie de sentiments contradictoires, entre compassion, revanche et frustration autour d’une vie personnelle qui lui échappe.

Mais le choc majeur de ces retrouvailles est la découverte du destin de son frère Sony, incarcéré pour le meurtre de sa belle mère avec qui il entretenait une liaison amoureuse.

Norah rend visite à Sony à la prison et découvre un jeune homme amaigri, cassé par la vie carcérale, qui lui révèle qu’il est allé en prison à la place de son père, trop âgé.

La jeune femme quitte la prison en se promettant de s’occuper de son frère.

La seconde histoire met en scène un homme nommé Rudy Descas, qui a plus de quarante ans est empêtré dans de gros problèmes personnels.

Ancien enseignant français vivant avec une africaine nommé Fanta dont il a un fils appelé Djibril, Rudy a un passé lourd puisque son père a tué son associé en Afrique et s’est ensuite suicidé.

Poursuivi par ce drame, il a un jour frappé des élèves qui lui rappelait cette histoire ce qui a conduit à sa radiation de l’enseignement.

Depuis, l’homme erre, entre une relation problématique avec Fanta et un travail alimentaire de vendeur de cuisine pour un dénommé Manille, ancien ami d’enfance devenu son patron.

Taraudé par un sentiment d’échec, Rudy jalouse son patron, est habité de pulsions violentes lui donnant des envies de meurtres et se sent poursuivi par un rapace le jugeant impitoyablement.

Finalement Rudy jugule ses pensées de meurtre, essaie de renouer avec son fils Djibril et tue l’oiseau de malheur, ce qui semble donner plus d’espoir à sa vie.

La dernier récit, sans nul doute le plus intense est celui de Khady, jeune sénégalaise incapable de tomber enceinte qui a de plus la malchance de voir son mari décéder prématurément.

Dés lors, pauvre et seule, elle se retrouve hébergée temporairement chez la belle famille puis contrainte à partir pour l’Europe.

Le voyage est horriblement éprouvant et la jeune femme renonce à s’embarquer dans les bateaux de fortunes surchargés tentant de traverser l’océan.

Blessée au mollet et rejetée sur une plage, Khady rencontre un jeune appelé Lamine avec qui elle va vivre mille aventures la conduisant dans un désert aride puis dans une ville perdue ou elle sera obligée de se prostituer pour se survivre.

Après avoir été séparé de Lamine, Khady vivra dans un campement de fortune de sénégalais déterminés à franchir un haut mur de barbelé pour passer la frontière menant vers l’Europe.

Elle sera tuée au cours d’un tentative de passage et son esprit viendra hanter l’âme de Lamine seul survivant de cette folle équipée.

En conclusion, « Trois femmes puissantes » ne m’a pas emballé outre mesure.

Les deux premières histoires racontent les tournements intérieurs de personnages poursuivis par leur passé.

Le rythme est lent, le style peu percutant et l’intrigue assez pauvre.

La dernières histoires est plus haletante, plus dramatique aussi et contient une fin particulièrement marquante.

Mis à part donc dans la dernière partie du récit, je n’ai pas trouvé la puissance tant escomptée du destin des ses femmes, la seconde d’entre elle Fanta, obtenant même un rôle particulièrement secondaire dans l’intrigue.

A l’instar des écrivains « à prix » contemporains, comme Le Clézio ou dans une moindre mesure Beigbeder, Marie Ndiaye ne m’a donc pas charmé.

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 16:25

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Prolongement logique du roman de Marcel Aymé, « La Vouivre » de Georges Wilson sort en 1989.

L’adaptation de Wilson, met en scène Arsène Muselier (Lambert Wilson) un ancien soldat de la guerre de 1914-1918 qui revient dans son village natal du Jura après avoir été blessé à la tête durant les combats contre les Allemands.

La famille Muselier est la rivale des Mindeur, a qui elle voue une haine ancestrale.

Le comportement d’Arsène apparait tout de suite comme étrange, le jeune homme parait absent et a du mal à se plier aux obligations du travail dans les champs au coté du clan Muselier composé du vieux serviteur Urbain (Jacques Dufilho), du frère ainé Victor (Jean-Jacques Moreau) dirigé d’une main de fer par la mère Louise (Suzanne Flon).

Arsène semble toujours avoir de la tendresse pour la jeune servante appelée Belette (Paola Lanzi) et traine avec le vieux fossoyeur Requiem (Jean Carmet) alcoolique et gouailleur qui lui parle le premier de la légende d’une belle jeune femme se baignant nue dans les étangs en laissant sur la berge un beau diamant.

Cette femme serait en réalité la créature légendaire appelée la Vouivre et aurait le pouvoir de commander aux serpent de la foret, gardien du diamant qui tuerait quiconque chercherait à s’en emparer.

Meme si les dires de Requiem sont peu crus au sein du village avec un curé cherchant à combattre toute forme de superstition qu’il attribue à des principes sataniques, ils sont suffisant pour intriguer Arsène qui se rend dans la zone des étangs.

Il y rencontre la Vouivre (Laurence Treil) et tombe sous son charme après avoir tenté de lui dérober son diamant.

Dés lors, Arsène va devenir obséder par ses rencontre nocturnes avec la créature, qui va rapidement lui faire comprendre que du fait de son immortalité, leur liaison est par avance vouée à l’échec.

Troublé par cette révélation, Arsène va dés lors avoir un comportement de plus en plus incompréhensible pour ses proches, notamment sa Mère qui comptait bien le marier à Juliette (Laurence Masliah) la fille des Mindeur.

Après avoir fait ses adieux à Requiem, plus délirant que jamais dans ses projets de richesse et de recherche de sa concubine et au vieil Urbain pour qui il construit une maison en une nuit pour ses vieux jours, Arsène a la désagréable surprise de surprendre Victor et Belette enlacés.

Les dégâts provoqué par cette découverte sont terribles pour tout le monde et la Belette prise de remord va dérober le diamant de la Vouivre ce qui oblige Arséne à s’interposer devant les serpents en furie.

L’histoire se termine tristement par la mort de ce couple étrange, tué par les crocs des serpents.

En conclusion, Georges Wilson a assurément pris bon nombres de libertés avec le roman de Marcel Aymé et sa version de « La Vouivre » demeure assez personnelle, car mettant sous le compte d’une blessure à la guerre, le comportement erratique d’Arsène.

Malgré ces quelques entorses au livre, des moyens assez limités (les pouvoirs surnaturels de la Vouivre et les attaques de serpents sont assez peu impressionnantes) , « La Vouivre » demeure une ouvre intéressante restituant assez bien le climat de moiteur sensuelle d’un été près des lacs jurassiens avec cette impression de calme, de plénitude et de nature en éveil.

L’interprétation des acteurs adoptant l’accent franc comtois est aussi étonnante avec un Lambert Wilson dont la beauté juvénile se marie à merveille avec le physique envoutant de Laurence Treil.

« La Vouivre » n’est donc pas un chef d’œuvre du cinéma mais vaut assurément le détour ne serait ce que pour gouter son ambiance moite et puissante de campagne française.

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