Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 22:34

femme_chambre.jpg4

 

 

Retour à la littérature française avec « Le journal d’une femme de chambre » roman d’Octave Mirbeau publié en 1900.

Rendu célèbre par les multiples adaptations théâtrales et par le film de Luis Buñuel en 1964, « Le journal d’une femme de chambre » raconte par le biais d’un journal intime de Célestine une jeune employée de maison, la vie de domestiques français du XIX ième siècle.

Placée dans une maison de la bourgeoisie normande chez les Lanlaire, Célestine raconte avec beaucoup de franchise et de lucidité son quotidien mais fait également appel à ses souvenirs pour décrire sa vie auprès de ses anciens maitres pour l’essentiel parisiens.

On découvre l’envers du décor des Lanlaire, avec une maitresse dominatrice, acariâtre et avare au possible qui impose une véritable dictature à son mari et aux employés de la maison, qui outre Célestine, sont la cuisinière Marianne et le jardinier Joseph.

Fière et indépendante, Célestine regrette la vie parisienne et lutte de toutes ses forces pour ne pas trop exprimer ouvertement ses pensées profondes à Madame Lanlaire, qu’elle exècre au possible.

Par comparaison, Monsieur Lanlaire apparait comme un homme de forte stature, mais plutôt timide et faible, préférant la fuite dans de longues marches solitaires dans les campagnes plutôt que de tenir tête à sa femme.

L’énigmatique Joseph fascine d’emblée Célestine, par la terrible impression de force physique du jardinier mais également par son coté secret et potentiellement dangereux.

Prise dans ce quotidien difficile, Célestine écrit beaucoup mais se remémore également ses anciennes places parisiennes, chez des maitres beaucoup plus chics que les Lanlaire.

On découvre le quotidien des maisons bourgeoises, ou les maitres derrière les apparences de bonne tenue en société, se comportent souvent de manière mesquines et tyranniques pour leurs employés.

Habile, Célestine pénètre l’intimité des femmes et s’arrange pour devenir rapidement leur confidente.

Elle décrit la peur de vieillir qui habite les femmes d’âge mur, leurs artifices et leurs mensonges pour se rassurer, mais également leur vie dissolue à courir des amants parfois beaucoup plus jeunes qu’elles et dont-elles n’hésitent pas à payer pour conserver leurs services.

Les maris sont sans doute moins durs que les femmes, mais se sentent presque tous le droit de coucher avec leurs femmes de chambre, aussi est il très difficile de résister aux avances des maitres, capables également de viol pour les plus violents.

Et même les soi disant philosophes comme Le Bourget, aussi brillants soient ils dans leurs écrits, n’échappent  pas à la médiocrité confondante de leur vie intime.

Les anecdotes affluent donc, souvent dures et cruelles, parfois drôles.

Personnage sensible, entier et parfois rebelle, Célestine finit par perdre immanquablement son sang froid et à se brouiller avec ses maitres, même lorsque ceci sont particulièrement généreux et agréables.

Les retours au sein des maisons de placement bénéficient d’une large exposition.

Célestine les compare à l’antichambre de la prostitution, avec une sorte de marché aux esclaves ou les femmes, jeunes, fragiles et naïves venant souvent de province, sont exploitées par des maitres se sentant supérieurs de par leur position sociale plus aisée.

La concurrence est également féroce entre les domestiques, qui luttent pour obtenir les meilleurs places et les faveurs des maitres.

Deux mondes cohabitent donc sans réellement se toucher, celui des maitres et celui plus sous terrain des domestiques.

De retour dans le présent, Célestine est bouleversée par le meurtre d’une petite fille dans la campagne normande.

Elle suspecte Joseph, dont le comportement étrange et les réponses évasives l’intriguent mais ne parviendra jamais à connaitre le fin mot de l’histoire.

Finalement Célestine devra se résigner à voir le crime impuni mais cette affaire ne fera qu’accroitre son attraction pour le jardinier.

Cette attraction sera réciproque puisque Joseph lui proposera de l’accompagner à Cherbourg pour tenir avec lui un bar à marins.

Malgré quelques réticences devant la personnalité trouble de Joseph et la peur de devenir une prostituée à marins, Célestine finit par succomber au charme viril de cet homme mystérieux et accepte de le suivre dans ses rêves d’émancipation.

Ce rêve se réalisera finalement après que les Lanlaire ait été mystérieusement punis de leur avarice en voyant la majeure partie de leurs bien dérobés une nuit.

En conclusion, « Le journal d’une femme de chambre » est une œuvre délicieusement corrosive et d’une force cinglante pour les bienséances de son époque.

En donnant la parole à une sans grande, représentant toute une classe invisible, oubliée, vicieusement coincées entre les classes populaires dont elle est issue et celles de la bourgeoisie dont elle ne peut que saliver devant l’aisance matérielle, Mirbeau accomplit un tour de force littéraire d’une grande utilité sociale.

Difficile en effet de ne pas être touché par la personnalité attachante de cette femme honnête, indépendante, sensible et courageuse qui dévoile en quelques pages des états d’âmes touchants.

Dans cet ouvrage majeur, Mirbeau égratigne donc une large part de la société de son époque, que ce soit l’hypocrisie des bourgeois ou la stupidité des domestiques qui la servent.

Et même la religion en prend pour son grade, dans l’épisode abjecte du refuge tenu par des religieuses exploitant dans des travaux sous payés les pauvres femmes en détresse et fermant les yeux par intérêt sur leurs pratiques homosexuelles nocturnes.

« Le journal d’une femme de chambre » ou un grand classique de la littérature engagée à recommander à tout un chacun.

Repost 0
30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 12:19

ibrahim.jpg3

 

 

Changement quasi radical de registre avec un beau film français de François Dupeyron, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ».

Adapté d’une roman d’Eric Emmanuel Schmidt, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » voit le jour en 2004.

L’histoire se déroule durant les années 60 dans un quartier populaire de Paris ou se situe une rue imaginaire appelée la rue bleue.

Moise (Jérôme Boulanger) un adolescent juif est élevé seul par son père (Gilbert Melki), un homme taciturne et malade qui se remet mal du départ de sa femme.

A peine sorti de la puberté, le jeune homme est fasciné par la sexualité exubérante des prostituées sur lequel donne son appartement de la rue bleue.

Il met de coté l’argent que lui donne son père pour les courses dans l’espoir d’en réunir assez pour s’offrir sa première femme.

A chacun de ses passages quotidiens chez l’épicier arabe du coin, Moise dit Momo, échange quelques mots avec Monsieur Ibrahim (Omar Sharif), vieil homme calme et généreux qui le conseille sur le choix des meilleurs produits alimentaires quitte à tricher avec ceux apportés à son père (nourriture pour chats, mauvais vin).

Ibrahim ferme aussi les yeux sur les petits vols que commet Momo, dans la mesure ou ils sont commis par nécessité.

Arrive ensuite le jour J ou Momo a assez de courage et d’argent pour aborder une prostituée.

Après plusieurs échecs, l’une d’entre elle Sylvie (Anne Suarez), une plantureuse blonde accepte de le déniaiser dans une petite chambre.

Mais son père se doute que Momo met de l’argent de coté pour voir les filles et lui sert les finances.

Plus grave, l’homme rabaisse continuellement son fils par rapport à son frère parti avec sa mère, oublie de lui fêter son anniversaire.

Momo continue de s’émanciper, s’offre Fatou (Mata Gabin) une jolie prostituée noire et se lie d’amitié avec Monsieur Ibrahim, qui lui apprend qu’il est d’une région comprise entre la Turquie est l’Iran.

Le vieil homme lui cite souvent le Coran mais fait preuve de beaucoup de tolérance envers la judaïté de Moise.

Cette complicité prend une ampleur supérieure lorsqu’une star de cinéma (Isabelle Adjani) met le quartier en émoi en faisant une courte apparition pour le tournage d’un film.

Mais un jour, le père de Momo le quitte en lui laissant quelques économies.

Livré à lui-même, le jeune hommes est pris sous son aile par Ibrahim lui aussi seul et en manque d’affection.

Cet état est aggravé par l’annonce de la mort de son père, jeté sous un train et par le refus de Momo d’être reconnu par sa mère, qui ne le reconnait pas après toutes ses années d’absence.

Par compensation, un lien quasi filial se tisse alors avec Ibrahim qui décide d’acheter une voiture décapotable pour entreprendre avec lui un voyage de retour vers sa terre natale.

Après avoir passé le permis, Ibrahim part avec Momo dans un long voyage via l’Europe du Sud-est.

Il fait découvrir la Grèce et Istanbul à Momo et arrive ensuite jusqu’à son village natale de Cappadoce.

Laissé temporairement sur le bas coté de la route, Momo apprend que Ibrahim a eu un terrible accident de voiture.

Il se rend donc au chevet du vieil homme qui lui transmet son amour et son fameux Coran au moment de mourir.

Momo découvre alors le secret d’Ibrahim, une fleur cachée dans les pages du livre.

Héritant du magasin du vieil homme et de tous ses biens, Momo reprend le commerce et devient le successeur de son père spirituel.

En conclusion, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », est une œuvre belle et simple reposant sur un mécanisme éprouvé depuis longtemps entre un vieil homme et un adolescent tous deux esseulés et meurtris par la vie.

L’aspect religieux est à peine esquissé, pour justement transcender les différences entre judaïsme et islam, pour toucher aux valeurs essentielles de l’humanisme.

Le césar du meilleur acteur est mérité pour un Omar Sharif alors âgé de plus de 70 ans mais semblant lorgner déjà vers les 80 ans.

Je retiens du film la dignité d’un vieil homme de au moment de tirer sa révérence au monde, se rapprocher de la quintessence de l’existence comme apprécier la beauté des choses naturelles, faire preuve de générosité, de grandeur et transmettre ses richesses matérielles et spirituelles le moment venu.

Rien que pour cela, ce petit film un brin gentillet, mérite du respect et de l’attention.

Repost 0
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:57

nana-copie-2.jpg4

 

 

Après « Germinal », voici « Nana » second livre de Emile Zola auquel je me suis attaqué dans le cadre ces colonnes.

Je connaissais déjà un peu l’histoire en raison du téléfilm de Maurice Cazeneuve réalisé dans les années 80 avec une Véronique Genest dans le rôle de la sulfureuse prostituée.

« Nana » se déroule à la fin du  XIX ième siècle dans la France de l’empereur Napoélon III.

Prostituée issue des bas quartiers de Paris, Nana gravit en raison de son physique avantageux de blonde plantureuse et de son charisme exceptionnel, les échelons nécessaires pour l’amener auprès des théâtres parisiens des grands boulevards ou elle tente sans succès une carrière d’actrice.

Malgré son manque de talent patent, Nana connait un fort succès populaire et devient la maitresse de plusieurs messieurs d’age mur fortunés, comme le banquier juif Steiner ou le comte Muffat, chambellan à la cours de l’Empereur.

Utilisant toutes les ficelles du métier de courtisane, Nana va s’arranger pour se faire entretenir par l’un et l’autre, tout en s’arrogeant le droit d’avoir d’autres amants plus jeunes pour la satisfaire comme le jeune George Hugon, tombé lui aussi sous son charme.

Elle pourra ainsi habiter un vaste appartement du boulevard Haussmann et se faire construire une maison à la campagne près d’Orléans.

Très dépensière et mondaine, Nana adore recevoir chez elle une société bigarrée composée d’artistes comme le journaliste à la plume acérée Fauchery, l’acteur Fontan et des jeunes nobles de province comme la Valoire ou Vandeuvres, venus dilapider leur fortune personnelle dans un tourbillon de plaisirs parisiens.

Dans ces soirées alcoolisées et légères, les femmes sont également présentes, de nombreuses collègues prostituées de Nana mais aussi sa rivale Rose Mignon, qui plus talentueuse et mieux appuyée par son mari, lui ravit fréquemment la vedette.

La première partie du roman consiste en une exposition plus longue et ennuyeuse des personnages évoluant dans le tourbillon des soirées mondaines ou des virées à la campagne ou le jeune George, oubliant toutes les recommandation de sa mère, devient l’amant de Nana.

Le premier tournant notable du roman survient quand Nana, étranglé par son train de vie dispendieux, cède son appartement du boulevard Haussmann pour emménager à Montmartre avec Fontan dont elle est tombé sous le charme.

Mais après un court état de grâce, l’acteur révèle vite un tempérament tyrannique qui l’amène à la frapper, à la tromper et à lui subtiliser toutes ses sources de revenues.

Dominée et réduite à survivre par ses propres moyens, Nana retrouve vite ses réflexes de prostituée et bat à nouveau le pavé pour débaucher des hommes.

Trainant de bars en bars, elle retrouve son amie Satin, qui l’initie au milieu lesbien du quartier.

Nana a également une relation homosexuelle avec Satin mais souffre d’une grande jalousie en raison du comportement volage et imprévisible de la jeune femme.

Un jour pourtant, Nana ne peut plus supporter cette vie et décide de renouer avec Muffat pour s’établir avec lui.

Le vieux chancelier, mortellement épris de la courtisane, perd alors les pédales et quitte sa femme pour offrir à Nana un superbe hôtel particulier près du parc Monceau.

Commence alors la grande vie pour Nana, qui vit comme une princesse avec domestiques, fournisseurs, architectes et exigences toujours plus démesurées.

Complètement sous la coupe de cette femme, Muffat cède à tous les caprices et s’abaisse toujours davantage, allant même jusqu’à fermer les yeux quand l’incontrôlable Satin vient s’établir chez eux ou quand Nana reçoit ses amants comme Huron ou Vandeuvres.

Pire que tout, Nana semble exercer une puissante influence sur tous les hommes qui la côtoient de près et attire même dans le cercle de ses amants, le militaire Philippe Huron, frère de Georges, venu pour extirper son frère des griffes de la diablesse.

Muffat se voit contraint d’user de toute son influence pour forcer Fauchery et le metteur en scène Bordenave à donner un rôle principal à Nana, en désistant au passage Rose Mignon folle de jalousie.

L’échec de la pièce avec Nana, ne la refreine pas dans sa folie dépensière qui l’amène à rendre fou les hommes, comme Vandeuvres qui à la suite d’un pari illégal et hasardeux au cours d’un trophée hippique gagné par son cheval « Nana » se suicide après sa ruine, ou Steiner et Philippe Huron essorés par leurs dettes abyssales contractées auprès de la belle dévoreuse.

Incapable de supporter la liaison de son frère avec sa maitresse, George Huron se plante des ciseaux dans la cœur et décède.

Et même le pantin Muffat, rabaissé au rang d’animal domestique, se voit contraint par une lettre anonyme le menaçant d’un scandale public de retourner vivre avec sa femme en se raccrochant de tout son être à la religion, seule faible bouée de sauvetage dans sa vie.

Rattrapée par ses dettes, Nana disparait subitement de Paris et ne fait parler d’elle qu’une fois revenue malade de Russie alors que la France entre en guerre contre la Prusse de Bismarck.

Ayant perdu son fils et défigurée par la petite vérole, Nana décède dans un hôtel de luxe parisien dans lequel sa rivale Rose l’avait charitablement transportée.

Même ses anciens amants, gênés par la contagion possible de la maladie, honoreront sa dépouille du bout des lèvres.

La vie donc de la dévoreuse d’hommes se termine donc dans la maladie et la vermine.

En conclusion, malgré une mise en route difficile, « Nana » est évidemment un roman fantastique constituant le pendant féminin du « Bel ami » de Guy de Maupassant.

Ecrivain de gauche, Zola délaisse le monde inhumain des mineurs du nord de la France, pour s’intéresser à celui en apparence plus clinquant des mondains parisiens du second empire.

Dans cet univers vain et superficiel, Nana représente le virus fatal aboutissant à sa destruction par le canal irrésistible du sex-appeal.

Sans autres atouts que son physique, sa détermination et son absence de moralité, Nana utilise les hommes pour l’argent jusqu’à les détruire soit financièrement soit physiquement.

Ces rapports humains malsains sont souvent cruels et montrent à travers le jeune romantique George et le vieux désespéré Muffat, la même souffrance psychique due à une terrible dépendance à l’égard d’une être humain profondément manipulateur.

Aujourd’hui des Nanas existent toujours, elles prennent la forme d’escort girls, de starlettes du porno ou de jeux de télé réalité avec un but analogue, sortir des classes populaires pour gouter à l’aisance matérielle tant vantée par la société de consommation.

Dans ce roman audacieux et dérangeant, Zola a su formidablement décrire ce type de personnes dangereuses et arrivistes, capables de piéger à peu près n’importe qui en usant du registre affectif et physique.

Avec ou sans Veronique Genest, « Nana » reste donc un grand monument de la littérature française à lire absolument une fois dans sa vie.

Repost 0
24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 21:45

3 manon_sources.jpg

 

 

Flash back atour d’un classique du cinéma français « Manon des sources » de Claude Berri, deuxième volet cinématographiques après « Jean de Florette » adapté de l’œuvre de Marcel Pagnol, « L’eau des collines ».

Sorti en 1986 dans la foulée du premier opus, « Manon des sources » reprend l’histoire dans les années 30 d’une puissante famille d’un petit village près d’Aubagne, les Soubeyran.

Réduits à deux personnes, le jeune Ugolin (Daniel Auteuil) et son oncle le vieux César dit le Papet (Yves Montand), les Soubeyran sont parvenus après une ruse sournoise à déposséder un citadin bossu venu cultiver la terre en lui dissimulant une source d’eau indispensable pour la réussite de son projet.

Mort de chagrin après l’échec de son entreprise, l’homme appelé Jean de Florette a laissé une fille Manon (Emmanuelle Béart) aussi sauvage que belle, vivant seule avec ses brebis dans les collines du village.

Après avoir récupéré la terre de Florette et rétabli le système d‘irrigation, Ugolin est devenu un cultivateur prospère dans la culture d’œillets.

Pourtant au cours d’une des ses maraudes de chasseur, Ugolin tombe sur Manon qui se baigne nue dans les sources et tombe instantanément amoureux de la belle sauvage.

Il en devient obsédé, l’épiant la journée dans le plus grand secret et nourrissant une sombre jalousie pour un instituteur qui la courtise également.

Poussé par César qui lui conseille de trouver une femme pour assurer la descendance de la famille, Ugolin tente une approche d’une maladresse confondante et ne réussit qu’à l’effaroucher davantage.

Pourtant Ugolin ignore que l’énigmatique jeune femme ne désire que venger son père en asséchant l’unique source d’eau alimentant le village et ainsi le placer dans un état extrêmement critique.

Privés d’eau pour vivre et cultiver leurs terres, les villageois sont vite exaspérés d’autant plus que les réponses apportées par les pouvoirs publics se montrent inadaptées et exaspérantes.

Alors le prêtre organise une procession afin de revenir l’eau qui est en réalité rétablie par le jeune instituteur qui a obtenu les faveurs de Manon et qui l’épouse l’élevant au rang de notable du village.

Cette préférence ajoutée aux accusations publiques de Manon contre Ugolin et César, le plonge dans le désespoir.

Rongé par le sentiment d’avoir perdu l’élue de son cœur, Ugolin se pend.

Seul survivant des Soubeyran décimés, César comprend tardivement que Jean de Florette était son fils et meurt en léguant à Manon tous ses biens.

En conclusion, bien que ultra classique et rabâché dans les lycées, « Manon des sources » demeure malgré le poids des ans un film toujours plaisant à regarder.

Le spectateur est happé dans ce drame provençal ou les mauvaises actions des protagonistes du premier volet finissent par les rattraper et à provoquer un châtiment à effet retard.

Bien entendu les acteurs sont bons avec un travail amusant sur l’accent du Sud totalement artificiel chez Daniel Auteuil, impressionnant dans son obsession maladive pour une femme inaccessible pour lui.

Idéal donc pour un visionnage grand public, même si tout ceci reste comme la plupart des films français finalement très convenu et sans grande surprise cinématographiquement parlant.

Repost 0
13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 08:56

5 une_vie.jpg

 

 

Paru en 1883, « Une vie » est le premier roman de Guy de Maupassant.

Il raconte l’histoire de Jeanne Saint-Jacques, fille de barons normands plutôt riches car propriétaires de plusieurs domaines en Normandie, depuis son adolescence jusqu’à sa vieillesse.

Elevée dans un couvent du XIX ième siècle jusqu’à sa majorité en raison d’un père aimant mais soucieux de lui inculquer la meilleur éducation possible, Jeanne rejoint à sa sortie la belle propriété familiale appelée les Peuples située face à la mer.

Avec ses parents chaleureux (comme sa tante la vieille fille Lison), des domestiques dévoués (comme la bonne Rosalie) et même un curé bienveillant (Picot), Jeanne vit des premiers temps heureux, en aspirant avec bonheur sa liberté retrouvée.

L’amour pourtant ne tarde pas à frapper à sa porte sous les traits d’un jeune noble appelé Julien de Lamare qui la séduit rapidement.

Brulant d’un amour nouveau, Jeanne cède au charme de Julien et ne tarde pas sous l’œil bienveillant des parents à l’épouser.

Mais lors de leur superbe voyage de noces dans des régions reculées et sauvages de Corse, la belle façade de gendre idéal de Julien commence à se lézarder révélant un homme égoïste, parfois brutal et horriblement radin.

Malgré l’émerveillement des paysages montagneux et ensoleillés, Jeanne revient passablement ébranlée de son voyage.

De retour en Normandie, Julien prend le contrôle des affaires des Saint Jacques, réduisant de manière drastique leur train de vie à raison d’économies de bouts de chandelle.

Il se montre brutal avec les domestiques qu’il n’hésite pas à frapper ou à licensier.

Intéressé non seulement par l’argent, Julien l’est aussi par le paraitre, aussi s’attache t il à fréquenter les autres nobles du voisinage, même si ceux-ci vivent dans une misère à peine déguisée.

Avec pareil tyran domestique, la qualité de vie de Jeanne se dégrade rapidement.

Le premier drame survient avec la grossesse de Rosalie qui enrage inexplicablement Julien.

Après de multiples cachotteries, Jeanne comprend que Julien est le père de l’enfant.

Choquée par l’adultère jusqu‘à vouloir se jeter du haut d‘une falaise, elle tente de se séparer de son mari, mais le poids des convenances relayées par le rôle de l’église finissent par l’obliger à rester sous le même toit.

Rosalie est certes renvoyée mais les Saint-Jacques lui assurent contre l’avis de Julien un mari et une rente confortable pour pallier aux besoins de son enfant.

Un autre évènement retient Jeanne au foyer, la naissance de son premier enfant, Paul, fils de Julien.

Comme beaucoup de femmes, Jeanne va déplacer tout son amour et sa frustration d’épouse vers cet enfant qu’elle va chérir jusqu’à le surprotéger.

Malgré le désintérêt de Julien pour son fils, le couple va se maintenir dans un pseudo statut quo de plusieurs années, juste émaillé de la mort de la mère de Jeanne, dont la découverte après son décès d’une liaison adultère viendra écorner l’image de bonne mère au foyer.

Découvrant une autre liaison de Julien avec la comtesse de Fourville, Jeanne se réfugie dans la religion dispensé par un nouvel ecclésiastique de la région, le père Tolbiac.

Dur et intransigeant avec les mœurs relâchées des paysans, le père Tolbiac s’attire les animosités des locaux.

Entré en conflit avec les Saint-Jacques, le père Tolbiac se venge de Julien en le dénonçant au comte de Fourville, véritable colosse sentimental qui pris d’une folie passionnelle tue sa femme et son amant.

Devenue veuve, Jeanne n’est pourtant pas au bout de ses peines en découvrant que son fils Paul, mis en pension au Havre, ne va plus à l’école et dépense sans compter pour une prostituée.

Commence alors un véritable cauchemar encore pire que la pseudo liaison avec Julien.

Perclus de dettes, Paul quitte la France pour s’établir en Angleterre ou il se lance dans des affaires douteuses qui font toutes faillites.

Il utilise la fibre maternelle pour réclamer à distance toujours davantage d’argent, assurant en contre partie son retour prochain, tout en ne tenant jamais sa parole.

Trop bons, les Saint-Jacques dilapident leur patrimoine pour ce fils inconséquent et le baron en meurt d’apoplexie, laissant Jeanne seule et démunie.

Alors qu’elle s’enfonce dans la vieillesse, les dettes et la dépression, Jeanne reçoit l’aide de Rosalie qui a fait sa vie grâce au pécule laissé par sa maitresse.

Bonne fille, pragmatique, énergique et reconnaissante, Rosalie encadre et conseille la pauvre Jeanne malade et parvient à éviter la banqueroute en vendant la belle propriété des Peuples.

Le départ de la maison familial est un déchirement pour Jeanne qui tente une ultime fois (sans succès) de voir son fils à Paris.

Comprenant qu’elle l’a perdu à tout jamais, Jeanne se replie sur sa nouvelle demeure en attendant de mourir pitoyablement comme son vieux chien Massacre.

Mais une heureuse nouvelles vient pourtant à elle, son fils Paul, perclus de dettes et ayant perdu sa compagne, lui demande d’élever sa fille.

Un espoir renait donc lorsque Jeanne reçoit un nouveau bébé à élever.

En conclusion, même pour son premier roman, écrit certes à une âge déjà mur, Guy de Maupassant écrit un véritable chef d’œuvre, peut être pour moi son livre le plus touchant.

Je ne peux que recommander la lecture de « Une vie » à toutes les femmes, qui se reconnaitront ou reconnaitront le destin d’une de leur proche même sans le verni de la petite noblesse de province.

Tout y est en effet, l’innocence et la naïveté de la jeunesse lorsque nourri de force et de confiance, on se laisse aveugler par ses sentiments pour foncer tête la première dans l’existence, puis vient le temps de la vie de couple, de certaines désillusions lorsque le masque du conjoint idéal idéalisé en Prince charmant se lézarde.

Alors souvent la maternité devient un refuge, quelque fois excessif puisqu’il polarise toute l’attention d’une mère.

Et même ceci n’est point durable dans l’existence puisque les enfants désireux de tracer leur propre route peuvent décevoir leurs parents.

Dans le cas de « Une vie » la relation entre Paul et Jeanne est tellement diabolique, cauchemardesque que je ne la souhaite pour personne.

Mais, le mal et la désillusion ne règnent pas pour autant en absolu, et certaines surprises viennent heureusement équilibrer un tant soit peu les choses, comme l’apport inespéré d’un ami fidèle ou l’éducation d’un autre enfant.

« Une vie » raconte l’histoire d’une femme, mais pourrait également raconter l’histoire de toutes les femmes.

Emouvant, brillant et profond, il vous remuera l’âme et vous marquera au fer au rouge comme il m’a moi-même marqué, me rappelant des vestiges de mon passé.

Repost 0
7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 20:40

5 fort_mort.jpg

 

 

Paru en 1889, « Fort comme la mort » est le dernier des six romans majeurs de Guy de Maupassant.

Ecrit quelques années avant la mort de l’écrivain, « Fort comme la mort » raconte une histoire d’amour d’une intensité inouïe entre un peintre à succès Olivier Bertin et une bourgeoise mal mariée à un député versé dans l'agriculture, Anne de Guilleroy.

Résidant à Paris, Olivier est un célibataire d’âge mur, un artiste reconnu ayant pignon sur rue, qui entretient une relation de longue date avec Anne qu’il a aimé passionnément depuis sa jeunesse lorsqu’elle posait pour lui.

Bien que s’étant muée en amour plus raisonnable et pragmatique, cette passion de jeunesse est complètement partagée par Anne et les vies des deux amants sont si imbriquées qu’il ne se passe pas une seule journée ou une rencontre n’ait lieu.

Pourtant, l’arrivée à maturité d’Annette, la fille de Anne va peu à peu bouleverser ce bonheur puissant et paisible.

En effet, avec le temps, Olivier va de plus en plus se sentir attiré par Annette en raison de l’incroyable mimétisme physique avec sa mère.

Le peintre alors vieillissant,  voit surgir devant lui l’incarnation de la jeunesse perdue de son amante et ne peut réprimer le développement d’une attirance purement irrépressible.

Bien entendu, Anne comme toutes les femmes amoureuses perçoit ses petits changements dans le comportement de son mari et va elle aussi comprendre peu à peu l'impitoyable vérité.

Peinée par une jalousie contre laquelle elle ne peut rien, elle va se lancer dans une course contre le temps qui passe en voulant par de multiples artifices (jeux de lumières, régimes, maquillage et tenues sophistiqués) retenir la marche inexorable du temps.

Mais Anne ne sera pas la seule à endurer les affres de la jalousie, puisque Olivier va également perdre l’esprit en découvrant que Annette fréquente le jeune marquis de Farandal, beau parti qui lui est destiné par sa famille.

 

Le point culminant de cette jalousie sera la représentation de l'opéra Faust, ou Olivier ne supporte pas l'engouement de la jeune fille pour un jeune ténor chantant la recherche de la jeunesse éternelle.

Maupassant tisse donc une toile diabolique avec un homme d’âge mur obsédé par l’image rajeunie de son amante, courant après un songe inaccessible et s’enfonçant toujours plus dans les tourments de la jalousie et une amante délaissée, elle aussi obsédée par un sentiment de déchéance ravivé par le détournement de son amant.

Il est donc logique que dans un tel contexte, le dénouement ne fut que tragique pour ce pauvre Bertin, qui se jeta de dépit sous un fiacre en apprenant le mariage imminent d’Annette et après avoir subi une attaque contre son art, jugé démodé.

Mais Maupassant sublime la fin de l’histoire en provoquant un ultime rapprochement avec la vieille maitresse fidèle, venue sur le lit de mort de son amant, l’accompagner dans son dernier voyage poignant vers l’au-delà.

En conclusion, « Fort comme la mort », est une nouvelle fois un roman d’une intensité dramatique folle.

Le style si sobre et puissant de Maupassant, est mis au service d’une histoire incroyablement émouvante sur le temps qui passe, provoquant la fissuration des physiques les plus beaux et les plus forts et les tourments psychologiques de ceux qui les subissent.

Par delà les ravages du temps et l’obsession universelle pour la jeunesse, subsiste l’amour qui sous de multiples formes relie les êtres humains de manièreintime, étroite et complexe.

Bertin et Anne forment un tout indissociable, une association symbiotique, qui même mise à mal par les événements, survit jusqu’à la fin avec la disparition d’un des deux êtres entrainant probablement celle du second.

Avec ce roman sombre et puissant, Maupassant touche une nouvelle fois l’essentialité de l’humanité se composant de l’amour et de la mort.

Un chef d’œuvre a déguster avec une certaine maturité.

Repost 0
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 19:27

5 notre-coeur.jpg

 

 

Paru en 1889, « Notre cœur » est l’un des romans les plus connus de Guy de Maupassant, loin derrière toutefois les classiques que sont « Bel ami » ou « Pierre et Jean ».

« Notre cœur » est une délicieuse histoire d’amour ou plutôt de dépendance amoureuse d’un jeune homme appelé André Mariolle, à l’égard d’une belle, jeune mondaine parisienne Madame de Burne.

Jeune veuve, Madame de Burne est en effet le pole d’attraction d’une petite cours masculine composée d’écrivains (Lamarthe), de musiciens (Massival) , philosophe (De Maltry) ou de simple bourgeois papillonnant (le gros Fresnel) autour de la belle dans l’espoir de toucher ses bonnes grâces et de décrocher un beau mariage.

Mais traumatisée par son premier mari, brutal et rustre, Madame de Burne a décidé de jouir de son indépendance de femme moderne, et manœuvre assez égoïstement et diaboliquement les hommes gravitant dans son entourage.

Faible, oisif et sans attache, Mariolle tombe immédiatement sous le charme perverse de la belle et devient rapidement esclave d’un amour malheureusement à sens unique.

Rendu de plus en plus passionné par les atermoiements ambigus de sa dulcinée, Mariolle perd tout sens de la mesure, multipliant les déclarations d’amour orales et par lettres enflammées qui ne font que flatter l’égo déjà surdimensionné de sa cible.

Par son obstination, Mariolle parvient à obtenir une positions plus privilégiée que ses rivaux, devenant en quelque sorte un amant régulier lors de rendez vous clandestins dans une maison du bois de Boulogne louée par ses soins.

Mais jamais Madame de Burne ne s’abandonne complètement à cet amant, soufflant le chaud et le froid pour conserver son indépendance, ses papillonnages masculins tout en gardant sa proie dans son cercle d’influence.

Mariolle ne parvient pas à briser le sortilège infernal et devient le jouet de la veuve, allant de rendez vous en rendez vous (même en Province), attendant fiévreusement les réponses écrites ou les promesses de nouveaux rendez vous.

La souffrance du jeune homme atteint son paroxysme quand il apprend que Madame de Burne s’est entiché d’un bel aristocrate autrichien le comte de Bernhaus proche de l’ambassadrice d’Autriche.

Sentant son amour se dérober et le fuir, Mariolle se consume de la jalousie, cherchant dans une retraite à Fontainebleau l’oubli salvateur.

Mais même dans la solitude et le calme de la splendide nature, Mariolle reste taraudé par le souvenir de sa maitresse, luttant corps et âme pour ne pas s’abimer dans la mélancolie la plus noire.

Pourtant un espoir survient lorsque Mariolle rencontre Elisabeth Ledru, une jeune serveuse de la région, qui par sa douceur, sa fraicheur et son dévouement, parvient à atténuer ses souffrances.

Mariolle prend Elisabeth comme femme de chambre et devient son amant.

Mais il cède pourtant à ses anciennes pulsions, écrivant à son ancienne égérie qui s’empresse de se rendre dans sa demeure pour réactiver cette relation de proie à prédateur.

La fin du roman est assez déroutante, car si Mariolle cède en apparence en revenant à Paris aux cotés de Madame de Brune, il emmène néanmoins avec lui Elisabeth comme un antidote au poison.

En conclusion, pour quiconque a vécu les tourments d’un amour puissant mais non partagé, « Notre cœur » est un pur chef d’œuvre.

Chef d’œuvre d’analyse psychologique d’abord, avec toute la force et le perversité d’une belle femme préférant manipuler des hommes au profil psychologique correspondant à un statut de victime.

La douleur d’un Mariolle incarnant un amant prêt à s’abaisser plus bas que terre est particulièrement poignante, avec des attentes interminables dans des endroits glacés, des lettres qu’on guette pendant des jours avec une impatience folle et surtout des échafaudages sans fin de l’esprit autour de situations passées ou présentes déchainant la jalousie la plus brulante.

On pourrait penser que le passé difficile de Madame de Burne atténue quelque peu sa nature de prédatrice, qu’elle justifie d’ailleurs en prétendant préférer une relation épisodiques, sans engagement mais plus durable dans le temps à une passion se consumant à brève échéance.

Pour ma part, je ne crois pas à cette théorie.

Seule la fin intrigue, avec un homme ayant trouvé en apparence un remède décisif mais replongeant à la première occasion dans son tourment masochiste.

Mis à part le formidable travail de Maupassant, génial analyste de l’âme humaine et de ses tourments, « Notre cœur » brille pas une prose limpide, vivante et puissante, magnifiant de son éclat le récit.

Rien à dire, une nouvelle fois Maupassant éblouit de sa classe …

Et si au final c’était lui le plus grand écrivain français toutes époques confondues ?

Pour ma part je n’en connais pas de meilleur.

Repost 0
14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 10:33

2

  femmes_fatales.jpg

 

Détour vers une littérature plus classique avec « Toutes les femmes sont fatales » de Claude Mauriac.

Publié en 1957, ce roman autobiographique est une réflexion sur le parcours amoureux de l’auteur depuis ses plus jeunes années jusqu’à l’âge mur, la quarantaine approchée puis dépassée.

Mauriac situe l’action dans plusieurs lieux (Paris, Rio de Janeiro, New-York) et mêle continuellement présent et passé pour mettre en perspectives ses relations du moment avec ses souvenirs.

Avec pareil procédé narratif, il est donc difficile de suivre le déroulement non linéaire du roman.

L’auteur apparait comme un être instable sentimentalement, un passionné du corps et de la chair, un chasseur et collectionneur compulsif épris de sa propre liberté et incapable d’attachement dans la durée.

Le lecteur se voir donc infligé la longue litanie des conquêtes féminines, avec malgré tout une poignée de femmes qu’on pourrait qualifier de déterminantes dans le roman comme la française Marie-Prune, blonde au visage asiatique que l’auteur a failli épouser, la jolie brésilienne Amelinha rencontrée à Rio avec qui il refusa de s’engager dans la durée ou encore Leslie, une jeune américaine rousse, qui malgré la fugacité de leur liaison le fit beaucoup souffrir durant une période de sa vie.

Mais en réalité, pas plus Marie-Prune que toutes les autres (Christiane, Pauline, Pascale …) ne semble avoir été réellement en mesure d’attacher l’auteur, hédoniste sans attache fuyant tout forme d’engagement dans la durée.

Bien entendu, Mauriac se place d’un point de vue supérieur, presque métaphysique, en expliquant que en vieillissant il a voulu fuir l’idée de sa mort en poursuivant inlassablement des femmes au physique juvénile.

On comprend donc en effet que derrière le masque du séducteur se cache une véritable angoisse métaphysique avec une conscience aigue de sa propre fin et du long processus de déchéance.

Cette conscience est ici accentuée par l’ordre de mobilisation générale pour le conflit de la Seconde Guerre Mondiale, que l’auteur assez ironiquement vivra assez paisiblement à Paris loin du choc du front.

En conclusion, malgré un style élégant et soigné bien au dessus de la moyenne, « Toutes les femmes sont fatales » est un ouvrage au final assez décevant.

Avec son télescopage quasi permanent de regrets du passé et d’indécisions du présent, le roman irrite, montrant un homme d’un orgueil insensé,  aussi complaisant avec lui-même qu‘exigeant avec les femmes.

L’érotisme est ici tellement intellectualisé qu’il perd de sa force, reléguant le corps de la femme au rang d’un outil qu’on repose après son utilisation.

On comprend la psychologie du séducteur, du perpétuel insatisfait avide d’une perfection, d’une jeunesse par essence inatteignables.
On comprend également la solitude et la souffrance de ce type d’hommes, plus centrés vers eux-mêmes que sur autrui.

Enfin alors qu’on pourrait s’attendre à rêver avec Rio de Janeiro et New-York, la description de ces villes fait plus part d’une grande déception, les plages de Rio étant au final assez quelconques et l’architecture de New York passablement démodée.

« Toutes les femmes sont fatales » me donne simplement envie de dire à tous ces hommes-paons en quête de prestige, à tous ces théoriciens de l’amour prétendant avoir fait le tour des relations hommes-femmes qu‘ils n‘ont en réalité fait qu‘effleurer, de penser un peu moins à eux et à se tourner vers les autres pour retirer la quintessence véritable de la vie.

Repost 0
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 20:22

3

  homme_femmes.jpg

 

Voici assez exceptionnellement un film de François Truffaut sur ce blog, cinéaste français dont la réputation d’élitisme me refroidit je l’avoue.

Les film en question est  « L’homme qui aimait les femmes » sorti en 1977.

« L’homme qui aimait les femmes » raconte l’histoire de Bertrand Morane (Charles Denner) un quadragénaire ténébreux, ingénieur d’essais en mécanique des fluides, qui raconte son obsession dévorante pour les jeunes femmes, et tout particulièrement leurs jambes qu’il compare assez poétiquement à des compas arpentant le monde et lui conférant son équilibre.

Résidant à Montpellier, Morane est un chasseur, arpentant les rues à la recherches d’inconnues qu’il peut suivre avec une détermination farouche comme la jeune Martine Desdoits (Nathalie Baye) qu’il poursuit jusqu’à Bézier en inventant une sombre histoire d’accident de voiture, pour s’apercevoir après coup qu’il l’a confondue avec sa cousine repartie vivre au Canada.

Solitaire, obsessionnel mais assumant presque sans honte son penchant, Morane entretient de multiples relations féminines, tout en refusant de s’attacher le moins du monde sentimentalement.

Sa seule confidente est Hélène (Geneviève Fontanel) patronne du boutique de lingerie féminine, qui l’alimente en nouveautés tout en partageant avec lui son gout pour les hommes jeunes (moins de 30 ans).

Bien entendu quelques fois, Morane rencontre des complications comme avec Delphine Grezel (Nelly Borgeaud) femme mariée au comportement étrange, qui déstabilisée par cette relation adultère puissante et charnelle, finit par tuer son mari.

Un jour, las de débiter ses réflexions pseudo philosophiques sur les relations hommes-femmes, Morane décide d’écrire un roman racontant ses aventures.

Excitant, troublant et assez lucide envers lui-même, son roman finit par attirer l’attention de l’éditrice Geneviève Bigey (Brigitte Fossey) qui lui propose une publication.

Touchée par le personnage, Geneviève va plus loin que l’autorise le simple professionnalisme et développe une relation de type amoureuse avec Morane.

Malheureusement ceci n’éteint en rien les penchants irrépressible de ce collectionneur qui finit par obtenir son châtiment, être tué par une voiture en poursuivant une proie potentielle.

En conclusion, « L’homme qui aimait les femmes » est un film atypique, décalé, sauvé de la vulgarité par la classe et le feeling de Charles Denner, acteur mince, élégant, à la voix grave et à la mine toujours triste.

Le ton de la narration est bien entendu très littéraire et un brin intello.


Truffaut dépeint assez bien une forme de déviance, de maladie, qui consiste à obéir à des pulsions insatiables ne menant pas à un acte de violence mais à des tentatives de voyeurisme compulsives accompagnées par instant d’autres tentatives de séduction.

L’ambiance du film très année 70 montre à l’instar de la splendide Brigitte Fossey éclatante de jeunesse des femmes belles, très libérées et prenant presque toutes favorablement les tentatives de cet homme fétichiste.

Il va sans dire qu’aujourd’hui avec la psychose sur le harcèlement sexuel, un tel homme serait assurément considéré comme un pervers voir un dangereux délinquant sexuel, meme si la morale est au final sauve puisque le collectionneur est puni par la ou il avait péché.

M’ayant fait penser au roman « Le voyeur » de Joël Houssin dans un registre plus intellectuel, « L’homme qui aimait les femmes » est un film élégant et plaisant, qui comblera d’aise les amateurs de l’immense acteur qu’était Charles Denner disparu trop tôt d’un cancer de la gorge.

Repost 0
22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 16:59

4

  belle_jour_2.jpg

 

 Il me semblait logique après avoir lu « Belle de jour » le roman de Joseph Kessel de reboucler la boucle en chroniquant  le non moins célèbre film de Luis Buñuel réalisé en 1967.

« Belle de jour » raconte la dérive de Séverine Sérirzy (Catherine Deneuve), une jeune et belle bourgeoise que le mariage avec Pierre (Jean Sorel) un beau et riche médecin, rend profondément insatisfaite.

Séverine est en effet habitée par de troubles mais néanmoins puissants fantasmes sado masochistes qui l’amènent à se plonger dans d’intenses rêveries ou elle se trouve punie et humiliée par son mari ou ses domestiques.

Après une discussion avec Henri Husson (Michel Piccoli) ami sulfureux de son mari, Séverine obéit à ses profondes pulsions intérieures et se rend dans un maison close ou après quelques hésitations bien compréhensibles elle offre ses services à la patronne Madame Anaïs (Geneviève Page) pour devenir prostituée d’après midi.

Surnommée Belle de jour en raison de ses impératifs horaires, Séverine entre donc de son plein gré dans le monde de la prostituée de luxe, ou elle vend son corps dans un désir d’humiliation à un clientèle assez bourgeoise composée d’hommes d’affaires vulgaires comme le gros Monsieur Adolphe (Francis Blanche) et ses blagues douteuses, ou d’hommes d’âge murs désireux de réaliser des fantasmes inavouables dans leur foyer comme cet étrange japonais se présentant avec une mystérieuse boite, un ce sadomasochiste (François Maistre) désireux d’être traité en domestique.

Séverine va donc mener pendant plusieurs mois une double vie parfaite, dupant son entourage dans sa vie de tous les jours et réalisant en secret ses fantasmes de dépravation.

Deux événements vont pourtant venir briser cet équilibre qu’on devine bien fragile.

Le premier est la rencontre avec Husson, client de chez Anaïs, rencontre qui viendra compromettre la discrétion de Séverine.

Le second est  Marcel (Pierre Clémenti) redoutable jeune voyou dont la brutalité et les mauvaises manières aux antipodes de son délicat et prévenant mari vont attirer Séverine dans un dangereux engrenage.

Jaloux et instable, Marcel va exiger toujours plus de Séverine et va faire irruption jusque dans son foyer ou il blessera grièvement Pierre avant d’être abattu par la police.

Pierre survivra mais restera muet et paralysé sur un fauteuil, tout en étant suprême torture parfaitement conscient de la trahison de sa femme, obligée par les événements de vivre à son chevet.

C’est sur cette tragique et cruelle conclusion que s’achève « Belle de jour ».

Buñuel livre une interprétation toute personnelle du livre de Kessel, en accentuant le coté onirique et dérangeant d’un personnage dévoré par ses démons intérieurs.

Les fantasmes de Séverine sont ainsi mis en images avec des scènes rêvées terriblement perverses à la limite de l’érotisme soft.

Tout juste est il suggéré un traumatisme de l’enfance (attouchements), même si à mon sens cette scène ne s’imposait pas.

Ce film constitue un des rôles clés de la carrière de Deneuve, dont la beauté froide de bourgeoise blonde constituera pour des générations entières d’homme un éternel fantasme féminin.

Buñuel réussit donc un film troublant, dérangeant car remuant au sein de nos plus profonds fantasmes inconscients mais aussi jouissif dans le mesure ou les puissantes pulsions d’une femme viennent faire voler en éclat les pénibles conventions de la vie de bourgeoise oisive pratiquant équitation, ski et tennis avec un mari aussi beau que lisse.

A réserver néanmoins à un public averti, le même qui a sans doute apprécié le livre.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Seth
  • : Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires
  • Contact

Recherche

Pages

Liens