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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 20:23

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Nous nous replongeons à présent dans les profondeurs de la carrière de Bernard Lavilliers avec « O gringo » premier de ses albums métissés à connaitre un fort succès commercial.

Revenu d’un voyage aux Amériques (du Nord, Centrale et du Sud), Lavilliers s’entoure de musiciens de studio pour son déjà sixième déjà album.

Sorti en 1980, « O gringo » et sa pochette estampillée 100% baroude et aventure, débute par un titre rapide et dur « Rock city » hommage un peu trop ânonné à la froide dureté de New-York.

Comme son nom l’indique, « La salsa » embraye directement sur les rythmes salsa cubains et porto ricains, bien sur plus sensuels et ensoleillés.

Nanard bande à nouveau ses muscles tatoués pour délivrer un nouveau titre rock avec « Traffic » beaucoup plus électrique et puissant puis se mue à nouveau en bellâtre bronzé et caressant sur le rythme bossa nova de « O gringo » voir nonchalant sur le « Sertao » texte trop froidement déclamé sur la musique du nordeste brésilien.

Une ballade « Attention fragile » pénible comme la pluie incessante de ce mois de mai vite balayée par « Pierrot la lame » nouvelle ondoyante à la salsa.

Mangeant à tous les râteliers, Lavilliers verse ensuite dans le reggae jamaican avec « Stand the ghetto » assurément l’une de ses meilleurs réussites bercée par un groove hypnotique et enfumé, enchainé d’un « Kingston » coloré et vivant.

L’album se termine sur « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » plus centré sur le charme des textes/voix du chanteur que sur une recherche musicale poussée.

En conclusion, on comprend à son écoute que « O gringo » fut un grand succès.

En habile voyageur, Bernard Lavilliers est revenu de ses périples lointains en capturant les sons des Amériques, aussi bien du nord (avec le rock) que du sud (salsa, bossa nova, forro) avec un inévitable crochet vers l’ile jamaïcaine et son universel reggae.

L’usage qu’il en fait est astucieux et produit un résultat varié, exotique et multicolore, parfois trop serait on tenté de dire.

En effet, avec ce caméléon musical sautant d’une ambiance à l’autre, il est parfois difficile de savoir sur quel pied danser.

Même si les rythmes l’emportent ici souvent sur les textes, « O gringo » demeure à écouter pour ses deux tubes « Stand the ghetto » et le moins connu « Traffic ».

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 20:20

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En 2012, Iggy pop sort dans la plus parfaite continuité de « Préliminaires » « Après » un pur album de reprises piochant majoritairement dans le répertoire de la chanson française.

L’Iguane  tout de blancheur immaculée vêtu, s’entoure ici d’un groupe de musiciens à géométrie variable avec Steven Ulrich à la guitare électrique, Hal Cragin à la basse et plusieurs batteurs (Kevin Hupp, Jerry Marotta, Ben Perowsky) et musiciens additionnels.

Iggy s’attaque tout d’abord à un monument de chanson française le « Et si tu n’existais pas » de Joe « fuckin » Dassin, dans une version douce, fluide et éthérée ou la voix du maitre se fait caressante et sensuelle.

La mue du lézard habituellement griffant et tortillant sa queue pleine d’épines est aussi surprenante qu’impressionnante.

« La javanaise » de Serge Gainsbourg est habité d’un feeling analogue auquel l’accent si ricain du chanteur confère une légère touche d’exotisme.

On délaisse la langue de Molière pour retourner aux racines de la musique pop US en rendre hommage à « Everybody’s talkin » de Harry Nilsson  ballade élégante magnifiée par la belle voix caverneuse du véritable King of Pop.

Comment résister à  la reprise de « I’m going away smiling » de Yoko Ono, d’une profondeur et d’une tristesse prompte à fissurer votre âme en millions de petits éclats ?

Retour au patrimoine français avec l’inévitable Edith Piaf et sa « Vie en rose » ralentie à l’extrême, titre toujours difficile pour moi à entendre surtout dans la bouche d’un punk-rocker de la trempe d’Iggy.

Moins connu vient « Les passantes » de Georges Brassens plombé par l’absence total de groove et part le fort accent du chanteur qui rend à peine audible les paroles.

Iggy n’oublie pas non plus Henri Salvador et rend un hommage feutré et élégant à son « Syracuse » déjà particulièrement poétique et émouvant.

La page française se tourne alors définitivement et Iggy s’attaque ensuite aux standards de la musique US avec « What is this thing called love ? » du jazzman Cole Porter dans une version d’une extrême lenteur et sensibilité,  « Michelle » la ballade des Beatles avec quelques jolis  refrains en français et enfin pour finir « Only the lonely » du maitre Frank Sinatra beaucoup trop statique.

En conclusion, « Après » bien que moins poignant et plus bigarré que « Préliminaires » est cependant un disque de haute qualité méritant le plus grand respect.

Arrivé à son âge avancé, Iggy se fait plaisir et nous donne un immense plaisir en délaissant sa carapace de reptile clouté, pour s’aventurer sur des territoires moins balisées ou ses gouts personnels peuvent sans doute mieux s’exprimer.

Intime, doux, chaud et sensuel, « Après » ne fonctionne sans doute que parce que le chanteur est Iggy pop et que sa belle voix grave sait à merveille caresser un auditeur plus habitué à se faire malmener.

Les standard US et français se mélangent ici harmonieusement dans un cadre feutré, doux et romantique ou les guitares furieuses et les tempo frénétiques sont envoyés au vestiaire.

J’apprécie pour ma part beaucoup les incursions d’Iggy pop dans ce domaine plus cérébral, apaisé et mature.

Les fans de rock punkoide et d’excès de décibels seront sans doute furieux et n’auront qu’une seule envie : détruire ce disque.

Qu’ils se rassurent : Iggy revient en 2013 leur livrer une nouvelle galette des Stooges, donc forcémment beaucoup plus rock ‘n’ roll.

Pour ma part, avec ce disque magnifque et adulte, Iggy prouve qu’il est toujours le plus grand.

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 13:54

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Changeons complètement de cadre à présent pour nous aventurer au royaume tant redouté de la Chanson française avec souvent tout ce que cela comporte comme prétention et ennui de mon point de vue.

Chanteuse apparue sur le devant de la scène au début des années 90, Juliette est une personnalité atypique, décalée, perpétuant une tradition volontairement désuète de la chanson à l’ancienne, avec de beaux textes et des accompagnements minimalistes.

En 2005, elle sort « Mutatis mutandis » à ce jour son plus grand succès commercial.

Cet album au nom latin débute avec « Le sort de Circé » morceau lent et glacé à l’atmosphère de sorcellerie inquiétante allant croissante.

Le texte, superbe fait clairement référence à la magicienne de l’Odyssée d’Homère qui transformait les compagnons d’Ulysse en cochons.

La transition avec le vivant « Les garçons de mon quartier » est surprenante tant ce titre en forme d’ode aux voyous est parcouru d’influences de tango.

A ce stade, l’auditeur déjà accroché se laisse entrainer avec plaisir dans la ronde infernale de « Maudite Clochette », qui pourrait faire écho au « Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, avec le point de vue d’une domestique harcelée par sa patronne et qui finit par la supprimer.

L’ambiance est plus légère, enfantine et polissonne avec « Le congrès des chérubins » mélangeant allégrement piano classique, chant lyrique et refrains de samba !

Juliette retrouve son coté inquiétant sur « Il s’est passé quelque chose » lent,  mystérieux mais aussi un peu répétitif également.

Séquence émotion avec le duo avec Guillaume Depardieu qui prête sa voix tremblotante et faiblarde sur « Une lettre oubliée », morceau comptant une correspondance épistolaire entre un soldat du front désespéré et une femme qui l’a malheureusement oublié.

L’orient fait ensuite irruption sur « L’ivresse de d’Abhu Nawas » aux mélodies sensuelles.

On peut ensuite parler de la première véritable baisse de régime du disque avec l’enchainement de « La braise » plat et rétro et de « Mémère dans les orties » pénible duo calypso avec François Morel.

L’album se termine heureusement en force par une leçon de latin « Fransiscae meae laudes » à la riche mélodie épique et l’exceptionnel « Fantaise héroïque » ou la chanteuse s’immerge avec génie dans l’univers de l’héroïque fantasy des jeux vidéo ou elle accomplit des prouesses virtuelles avant d’être brutalement rappelée à la réalité par sa chef de bureau.

En conclusion, « Mutatis mutandis » est un contre toute attente un album de très haut niveau.

Intelligente et cultivée, Juliette colle des textes souvent magnifiques sur une musique de chanson française incorporant et c’est sans doute ce qui fait sa force, de multiples influences étrangères pour la rendre incroyablement riche, plaisante et agréable à l’écoute.

Bien entendu, il serait inutile ici de chercher des riffs de guitares électriques ou des tempo de batterie soutenus, mais « Mutatis mutandis » souvent triste, émouvant et sombre ou plus léger et drôle, démontre que la musique inspirée et réalisée avec talent peut toujours toucher le plus grand nombre.

Respect donc pour Juliette.

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 21:32

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Le cinéma avec « Cyrano de Bergerac » de Jean-Paul Rappeneau.

Multi récompensé notamment par le césar du meilleur acteur décerné à Gérard Depardieu en 1990, « Cyrano de Bergerac » prend l’ambitieux pari d’adapter le classique d’Edmond Rostand, connu de quasiment tous les petits écoliers français.

L’histoire se déroule dans le Paris du XVII ième siècle sous le règne de Louis XIII.

L’intrigue se développe extrêmement rapidement à partir d’une pièce de théâtre ou un homme doté d’un aplomb invraisemblable, Cyrano (Gérard Depardieu) interrompt la déclamation pompeuse de l’acteur principal au seul motif qu’il le trouve affreusement mauvais.

Le Cyrano en question appartient à la troupe des redoutables cadets de Gascogne et double d’une forte prestance physique des talents innés de poète.

Devant la vigueur de l’attaque, la représentation est annulée et le ton monte rapidement entre Cyrano et le vicomte de Valvert (Philippe Volter) qui le défie impunément tout d’abord verbalement puis physiquement en un duel à l’épée.

Sans se départir de sa formidable répartie, Cyrano croise le fer avec l’impudent et l’humilie doublement, en le battant à l’épée et en le ridiculisant par le verbe, avec notamment la fameuse tirade sur son nez proéminent qui rend son visage disgracieux.

Mais de Valvert étant le protégé du puissant comte de Guiche (Jacques Weber), Cyrano se fait du même coup un ennemi dangereux.

Redevenu à plus de calme, il se rapproche de sa cousine Roxane (Anne Brochet) dont il est secrètement amoureux.

Séduite par le courage de son cousin qui a osé s’opposer à Valvert, Roxane lui révèle que de Guiche est amoureux d’elle et souhaite la forcer à épouser le vicomte pour mieux jouir d’elle.

Elle pousse même ses confidences plus loin en lui révélant qu’elle est amoureuse d’un cadet, le jeune et beau Christian de Neuvillette (Vincent Perez), fraichement affecté dans la compagnie de Cyrano.

Malgré son immense déception amoureuse, Cyrano accepte la mort dans l’âme de protéger Christian par amour pour Roxane.

Après une curieuse prise à partie de Christian en salle d’armes, Cyrano étrangement passif face aux insultes, partage également en secret l’amour de Christian et accepte de mettre sa plume au service du soupirant.

Le jeune homme se rend donc sous les balcons de la belle pour déclamer les vers que lui souffle le poète, qui la font se pâmer de plaisir.

Le petit manège dure un certain temps avant qu’un nouvel accrochage se produise avec de Guiche empêché par Cyrano d’assassiner un de ses amis poète qui avait déplu.

Fou de rage, de Guiche débarque avec ses hommes dans le camp des Gascons pour en découdre mais finit devant la solidarité de ce corps militaire d’élite, par renoncer non sans lancer de lourdes menaces.

Comprenant qu’il ne faut pas prendre ces paroles à la légère, Cyrano décide de forcer le mariage de Christian et de Roxane, au nez et à la barbe de de Guiche, qui une nouvelle fois contre carré par son audacieux adversaire, use de se appuis politiques pour déployer le corps entier des Gascons sur le front face aux soldats espagnols.

Dépités, Cyrano et Christian obéissent en militaire.

Sur le front, malgré la dureté des conditions de vie, Cyrano continue sous le nom de Christian de tenir une abondante correspondance avec Roxane.

Le duo apprend pourtant de la bouche de de Guiche qu’ils seront livrés en pâture aux soldats espagnols estimés 100 fois plus nombreux.

Refusant de céder au désespoir, Cyrano continue de motiver ses hommes affamés et démoralisés, et après une razzia nocturne dans le camps espagnol pour trouver des vivres, met la main sur Roxane, imprudemment venue sur la ligne de front à la rencontre de son amant.

Sur place, Christian très affaibli avoue à Cyrano son fort tourment intérieur et son intention de révéler à Roxane qui est le véritable auteur des lettres, qu’elle dit pouvoir aimer même si il était laid.

Mais au moment de l’aveu fatidique, Cyrano apprend que Christian jeté par désespoir imprudemment dans la mêlée a été mortellement blessé par les espagnols.

Roxane et Cyrano se rendent alors au chevet du mourant et le poète se montre devant la gravité de la situation incapable de révéler la réalité à sa cousine.

Eperdue de chagrin, Roxane se retire au couvent.

Les années passent, les tensions s’apaisent, de Guiche s’adoucit au point d’essayer de faire prévenir son vieil ennemi pauvre et vieillissant d’une probable tentative d’assassinat contre lui.

Mais le messager arrive trop tard et Cyrano reçoit une pierre sur la tête alors qu’il se rendait comme chaque semaine au couvent voir Roxane.

Cette force de la nature parvient cependant à rejoindre Roxane et vacillant, trouve la force de lui parler.

Peu avant la mort de Cyrano, Roxane comprend dramatiquement tardivement qu’il était le véritable auteur des lettres et donc son véritable amour …

En conclusion, le succès artistique et commercial de « Cyrano de Bergerac » est mille, dix mille fois mérité.

Rappeneau réussit un véritable tour de force en mettant en images les formidables vers de de Rostand et produit un fantastique film de cape et d’épée, nous emmenant au temps des mousquetaires et des intrigues romantiques.

L’Œuvre ne perd donc en rien de son universalité, avec cet amour impossible pour un homme laid doté pourtant de tout l’esprit et de la sensibilité du monde supplanté par un rival certes beau, mais conservant assez de noblesse et de moralité pour se trouver embarrassé de la situation au point de céder son amour au profit du plus naturel : la communion des âmes.

La finesse de de Rostand consiste à montrer la dualité entre l’esprit chevaleresque et romantique qui séduira toujours les femmes, et la pure beauté physique, plus visible mais également plus superficielle et passagère.

Les acteurs à vrai dire sont bons, mais Depardieu mince et athlétique,  illumine de toute sa classe l’œuvre théâtrale.

Face à lui, Pérez parait bien fadasse et seul Weber conserve assez de prestance pour ne pas disparaitre totalement face au monstre sacré de charisme.

Pour toutes ses raisons, « Cyrano de Bergerac » est pour moi l’un des meilleurs films français que j’ai vu de toute ma vie !

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 20:24

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Crochet bienvenu chez Guy de Maupassant avec « L’inutile beauté », recueil de onze contes paru en 1890, soit quelques années avant sa mort.

Le premier d’entre eux, « L’inutile beauté » commence par une histoire de couple déchirante, chez les Mascaret, dont la femme Gabrielle, encore superbe à trente ans malgré ses six enfants accouchés en onze ans de vie commune, se rebelle contre la vie que son mari lui a imposé.

Gabrielle lui fait brutalement savoir tout son ressentiment d’avoir été acheté contre son gré et d’avoir été cantonné à un rôle de reproductrice qui ne lui seyait pas.

En guise de représailles, la cruelle lui annonce qu’un de ses six enfants n’est pas de lui.

Miné de l’intérieur par cette terrible révélation, le comte de Mascaret prend la décision de quitter sa femme et va alors mener une vie de célibataire accumulant sorties et conquêtes nocturnes.

Les deux époux s’éloignent pendant six ans avant que le mari demande finalement à sa femme lequel de ses enfants n’est pas de lui.

Sa femme se rétracte alors et lui avoue qu’elle a inventé ce mensonge pour pouvoir briser ce cycle destructeur pour elle d’enfantements successifs et vivre en femme libre.

Vient ensuite « Le château des oliviers » avec la vie de l’abbé Villbois, entré en religion près de Toulon à la suite d’une violente dispute avec une femme de Paris, qu’il a aimé passionnément et quitté lorsqu’elle lui a annoncé sa grossesse.

Convaincu que l’enfant n’était pas de lui, l’abbé s’est exilé dans l’arrière pays varois ou il mène une vie d’ascète épris d’exercices physiques mais a le profond déplaisir de voir un jour revenir son fils appelé Philippe-Auguste.

Mué en vagabond, le jeune homme parvient à émouvoir et à convaincre son père de l’accueillir mais lorsqu’il lui révèle qu’il haïssait sa mère jusqu’à sa mort et a tué son beau père, l’abbé se rétracte et lui demande de partir.

S’ensuit une violente lutte qui coute la vie à l’abbé.

Mais Maupassant laisse à entendre que l’abbé aurait profité de la confusion pour se donner de la mort.

L’ambiance se fait sans doute encore plus sombre avec « Mouche », ou l’histoire d’une jeune femme accompagnant un groupe d’amis sportifs pratiquants d’aviron sur la Seine.

Le groupe vit en clan au sein duquel Mouche s’épanouit dans une sorte de liberté sexuelle.

Cette joyeuse insouciance est brisée par l’annonce de la grossesse de Mouche et sa conclusion tragique par la perte de l’enfant après un accident de navigation.

Puis « Le noyé » raconte une histoire de femme de marin se vengeant des violences subies en tuant un perroquet ayant eu le malheur de parler comme son mari disparu en mer.

« L’épreuve » renoue avec les disputes conjugales et les tourments d’un homme marié convaincu que sa femme le trompe puis « Le masque » raconte la quête pathétique d’un vieillard séducteur refusant de voir la vérité en face et courant les bals parisiens ou affublé d’un masque il tente vainement d’égaler les danseurs plus jeunes.

Les courtes nouvelles se succèdent, « Un portrait » assez étrange établissant le lien entre le pouvoir de séduction d’un homme et la disparition prématurée tragique de sa mère.

Plus touchante « L’infirme » dépeint la vie d’un ancien officier amputé des deux pieds à la guerre et ayant par grandeur d’âme accepté de laisser sa fiancée épouser son ami plutôt que de lui imposer une vie au chevet d’un handicapé obèse.

On sourit avec « Les vingt cinq francs de la supérieure » ou le destin d’un paysan appelé Pavilly disposant d’un tempérament fantasque provoquant partout il passe le rire.

Pour terminer, « Un cas de divorce » reprend les obsessions d’un homme délaissant sa femme pour son amour immodéré des fleurs et « Qui sait ? » une histoire fantastiques de meubles se déplaçant tous seuls.

En conclusion, « L’inutile beauté » est évidemment un recueil de nouvel plaisant mais assez hétérogène.

Tout le talent de Maupassant s’exprime dans ces nouvelles puissantes, émouvantes qui prennent le lecteur aux tripes.

On pourra néanmoins rester sur sa faim avec le format très court adopté et trouver que les quelques œuvres fantastiques  présentes ici sont décalées par rapport au reste des nouvelles de l’écrivain.

Mineur sans doute, mais néanmoins intéressant comme tout production de Maupassant.

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 21:38

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Il était logique de compléter l’œuvre de Claude Berri par « Jean de Florette » première partie de son diptyque cinématographique consacré à Marcel Pagnol.

Sorti en 1986, « Jean de Florette » raconte dans les années 20 dans un petit village de Provence près d'Aubagne, la lutte farouche de la famille Souberyan pour faire l’acquisition d’une ferme située sur une source d’eau jugée indispensable pour le développement d’une culture/agriculture rentable.

Le jeune Ugolin (Daniel Auteuil) est l’élément moteur de ce projet mais son vieil oncle César (Yves Montand) marque rapidement son ascendant sur lui pour lui souffler des méthodes peu reluisantes.

En effet, Piquebouffique le propriétaire de la ferme en question située sur le domaine des « Romarins », ennemi viscéral des Souberyan, se refusant à leur vendre sa propriété est finalement brutalement éliminé.

Sentant arriver la question des héritiers, César et Ugolin décident de boucher la source de la ferme pour lui faire perdre de sa valeur et l’acquérir pour un prix dérisoire.

Mais prenant tout le monde à contrepied, arrive un héritier de la ville, Jean Cadoret (Gérard Depardieu) qui délaisse ses activités de percepteur, pour s’implanter aux Romarins avec tout sa famille : Aimée (Elisabeth Depardieu) et la jeune Manon (Ernestine Mazurnova).

Cadoret est un exalté avec des projets plein la tête qu’il a minutieusement préparés en se documentant.

Il se lance dans le projet fou d’élever des lapins d’Australie à la reproductivité foudroyante tout en cultivant en parallèle ses légumes.

Habile, Ugolin se positionne en voisin chaleureux et fait mine de l’aider pour mieux surveiller ces activités.

En réalité, il rend compte à César et le duo machiavélique manœuvre pour détruire les projets du citadin exilé et lui rendre la vie impossible dans le village.

Dans les faits, l’énergie et l’obstination de Cadoret impressionnent Ugolin dont la mentalité campagnarde est plus pragmatique et étriquée.

Pourtant, lorsque les premiers jours de sécheresse de l’été arrive, le travail de sape des Souberyan commence à payer et Cadoret se trouve vite à cours d’eau.

Pour survivre, il doit donc entreprendre des harassantes allées et venues dans les collines pour ramener des l’eau à dos de mulet et d’homme.

Rapidement ruiné, Cadoret ne peut faire face malgré le courageux soutien de sa femme.

Il décide alors en désespoir de cause de creuser un puits et d’utiliser de la dynamite pour briser les épaisses roches lui barrant l’accès à l’eau.

C’est au cours d’une de ces dangereuses manœuvres qu’il est frappé par des projections et perd la vie.

Malgré les remords sincère d’Ugolin, finalement pris de pitié pour cet homme courageux, franc et naïf, César triomphe et pousse son neveu à acquérir la demeure.

Seule reste Manon, qui malgré son jeune âge a conscience de tout …

En conclusion, « Jean de Florette » est un film intéressant montrant toute le coté machiavélique, dur, sournois et cruel de certaines familles de propriétaires terriens prêtes à tout par ambition.

Le rythme du film est assez lent, comme ralenti par la chaleur écrasante du Midi.

Mais malgré la qualité des écrits de Pagnol, « Jean de Florette » serait peu de choses sans la qualité de ses acteurs.

En jeune paysan faible et peu malin, Auteuil obtient un rôle fantastique, pourtant il ne peut que s’effacer devant la performance « larger than life » de Depardieu, rêveur outrancier animé d’un amour passionnel qui causera son aveuglement puis sa perte.

 

Du cinéma français traditionnel sans doute, mais de qualité.

 

Une valeure sure ...

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 22:34

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Retour à la littérature française avec « Le journal d’une femme de chambre » roman d’Octave Mirbeau publié en 1900.

Rendu célèbre par les multiples adaptations théâtrales et par le film de Luis Buñuel en 1964, « Le journal d’une femme de chambre » raconte par le biais d’un journal intime de Célestine une jeune employée de maison, la vie de domestiques français du XIX ième siècle.

Placée dans une maison de la bourgeoisie normande chez les Lanlaire, Célestine raconte avec beaucoup de franchise et de lucidité son quotidien mais fait également appel à ses souvenirs pour décrire sa vie auprès de ses anciens maitres pour l’essentiel parisiens.

On découvre l’envers du décor des Lanlaire, avec une maitresse dominatrice, acariâtre et avare au possible qui impose une véritable dictature à son mari et aux employés de la maison, qui outre Célestine, sont la cuisinière Marianne et le jardinier Joseph.

Fière et indépendante, Célestine regrette la vie parisienne et lutte de toutes ses forces pour ne pas trop exprimer ouvertement ses pensées profondes à Madame Lanlaire, qu’elle exècre au possible.

Par comparaison, Monsieur Lanlaire apparait comme un homme de forte stature, mais plutôt timide et faible, préférant la fuite dans de longues marches solitaires dans les campagnes plutôt que de tenir tête à sa femme.

L’énigmatique Joseph fascine d’emblée Célestine, par la terrible impression de force physique du jardinier mais également par son coté secret et potentiellement dangereux.

Prise dans ce quotidien difficile, Célestine écrit beaucoup mais se remémore également ses anciennes places parisiennes, chez des maitres beaucoup plus chics que les Lanlaire.

On découvre le quotidien des maisons bourgeoises, ou les maitres derrière les apparences de bonne tenue en société, se comportent souvent de manière mesquines et tyranniques pour leurs employés.

Habile, Célestine pénètre l’intimité des femmes et s’arrange pour devenir rapidement leur confidente.

Elle décrit la peur de vieillir qui habite les femmes d’âge mur, leurs artifices et leurs mensonges pour se rassurer, mais également leur vie dissolue à courir des amants parfois beaucoup plus jeunes qu’elles et dont-elles n’hésitent pas à payer pour conserver leurs services.

Les maris sont sans doute moins durs que les femmes, mais se sentent presque tous le droit de coucher avec leurs femmes de chambre, aussi est il très difficile de résister aux avances des maitres, capables également de viol pour les plus violents.

Et même les soi disant philosophes comme Le Bourget, aussi brillants soient ils dans leurs écrits, n’échappent  pas à la médiocrité confondante de leur vie intime.

Les anecdotes affluent donc, souvent dures et cruelles, parfois drôles.

Personnage sensible, entier et parfois rebelle, Célestine finit par perdre immanquablement son sang froid et à se brouiller avec ses maitres, même lorsque ceci sont particulièrement généreux et agréables.

Les retours au sein des maisons de placement bénéficient d’une large exposition.

Célestine les compare à l’antichambre de la prostitution, avec une sorte de marché aux esclaves ou les femmes, jeunes, fragiles et naïves venant souvent de province, sont exploitées par des maitres se sentant supérieurs de par leur position sociale plus aisée.

La concurrence est également féroce entre les domestiques, qui luttent pour obtenir les meilleurs places et les faveurs des maitres.

Deux mondes cohabitent donc sans réellement se toucher, celui des maitres et celui plus sous terrain des domestiques.

De retour dans le présent, Célestine est bouleversée par le meurtre d’une petite fille dans la campagne normande.

Elle suspecte Joseph, dont le comportement étrange et les réponses évasives l’intriguent mais ne parviendra jamais à connaitre le fin mot de l’histoire.

Finalement Célestine devra se résigner à voir le crime impuni mais cette affaire ne fera qu’accroitre son attraction pour le jardinier.

Cette attraction sera réciproque puisque Joseph lui proposera de l’accompagner à Cherbourg pour tenir avec lui un bar à marins.

Malgré quelques réticences devant la personnalité trouble de Joseph et la peur de devenir une prostituée à marins, Célestine finit par succomber au charme viril de cet homme mystérieux et accepte de le suivre dans ses rêves d’émancipation.

Ce rêve se réalisera finalement après que les Lanlaire ait été mystérieusement punis de leur avarice en voyant la majeure partie de leurs bien dérobés une nuit.

En conclusion, « Le journal d’une femme de chambre » est une œuvre délicieusement corrosive et d’une force cinglante pour les bienséances de son époque.

En donnant la parole à une sans grande, représentant toute une classe invisible, oubliée, vicieusement coincées entre les classes populaires dont elle est issue et celles de la bourgeoisie dont elle ne peut que saliver devant l’aisance matérielle, Mirbeau accomplit un tour de force littéraire d’une grande utilité sociale.

Difficile en effet de ne pas être touché par la personnalité attachante de cette femme honnête, indépendante, sensible et courageuse qui dévoile en quelques pages des états d’âmes touchants.

Dans cet ouvrage majeur, Mirbeau égratigne donc une large part de la société de son époque, que ce soit l’hypocrisie des bourgeois ou la stupidité des domestiques qui la servent.

Et même la religion en prend pour son grade, dans l’épisode abjecte du refuge tenu par des religieuses exploitant dans des travaux sous payés les pauvres femmes en détresse et fermant les yeux par intérêt sur leurs pratiques homosexuelles nocturnes.

« Le journal d’une femme de chambre » ou un grand classique de la littérature engagée à recommander à tout un chacun.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 12:19

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Changement quasi radical de registre avec un beau film français de François Dupeyron, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ».

Adapté d’une roman d’Eric Emmanuel Schmidt, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » voit le jour en 2004.

L’histoire se déroule durant les années 60 dans un quartier populaire de Paris ou se situe une rue imaginaire appelée la rue bleue.

Moise (Jérôme Boulanger) un adolescent juif est élevé seul par son père (Gilbert Melki), un homme taciturne et malade qui se remet mal du départ de sa femme.

A peine sorti de la puberté, le jeune homme est fasciné par la sexualité exubérante des prostituées sur lequel donne son appartement de la rue bleue.

Il met de coté l’argent que lui donne son père pour les courses dans l’espoir d’en réunir assez pour s’offrir sa première femme.

A chacun de ses passages quotidiens chez l’épicier arabe du coin, Moise dit Momo, échange quelques mots avec Monsieur Ibrahim (Omar Sharif), vieil homme calme et généreux qui le conseille sur le choix des meilleurs produits alimentaires quitte à tricher avec ceux apportés à son père (nourriture pour chats, mauvais vin).

Ibrahim ferme aussi les yeux sur les petits vols que commet Momo, dans la mesure ou ils sont commis par nécessité.

Arrive ensuite le jour J ou Momo a assez de courage et d’argent pour aborder une prostituée.

Après plusieurs échecs, l’une d’entre elle Sylvie (Anne Suarez), une plantureuse blonde accepte de le déniaiser dans une petite chambre.

Mais son père se doute que Momo met de l’argent de coté pour voir les filles et lui sert les finances.

Plus grave, l’homme rabaisse continuellement son fils par rapport à son frère parti avec sa mère, oublie de lui fêter son anniversaire.

Momo continue de s’émanciper, s’offre Fatou (Mata Gabin) une jolie prostituée noire et se lie d’amitié avec Monsieur Ibrahim, qui lui apprend qu’il est d’une région comprise entre la Turquie est l’Iran.

Le vieil homme lui cite souvent le Coran mais fait preuve de beaucoup de tolérance envers la judaïté de Moise.

Cette complicité prend une ampleur supérieure lorsqu’une star de cinéma (Isabelle Adjani) met le quartier en émoi en faisant une courte apparition pour le tournage d’un film.

Mais un jour, le père de Momo le quitte en lui laissant quelques économies.

Livré à lui-même, le jeune hommes est pris sous son aile par Ibrahim lui aussi seul et en manque d’affection.

Cet état est aggravé par l’annonce de la mort de son père, jeté sous un train et par le refus de Momo d’être reconnu par sa mère, qui ne le reconnait pas après toutes ses années d’absence.

Par compensation, un lien quasi filial se tisse alors avec Ibrahim qui décide d’acheter une voiture décapotable pour entreprendre avec lui un voyage de retour vers sa terre natale.

Après avoir passé le permis, Ibrahim part avec Momo dans un long voyage via l’Europe du Sud-est.

Il fait découvrir la Grèce et Istanbul à Momo et arrive ensuite jusqu’à son village natale de Cappadoce.

Laissé temporairement sur le bas coté de la route, Momo apprend que Ibrahim a eu un terrible accident de voiture.

Il se rend donc au chevet du vieil homme qui lui transmet son amour et son fameux Coran au moment de mourir.

Momo découvre alors le secret d’Ibrahim, une fleur cachée dans les pages du livre.

Héritant du magasin du vieil homme et de tous ses biens, Momo reprend le commerce et devient le successeur de son père spirituel.

En conclusion, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », est une œuvre belle et simple reposant sur un mécanisme éprouvé depuis longtemps entre un vieil homme et un adolescent tous deux esseulés et meurtris par la vie.

L’aspect religieux est à peine esquissé, pour justement transcender les différences entre judaïsme et islam, pour toucher aux valeurs essentielles de l’humanisme.

Le césar du meilleur acteur est mérité pour un Omar Sharif alors âgé de plus de 70 ans mais semblant lorgner déjà vers les 80 ans.

Je retiens du film la dignité d’un vieil homme de au moment de tirer sa révérence au monde, se rapprocher de la quintessence de l’existence comme apprécier la beauté des choses naturelles, faire preuve de générosité, de grandeur et transmettre ses richesses matérielles et spirituelles le moment venu.

Rien que pour cela, ce petit film un brin gentillet, mérite du respect et de l’attention.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:57

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Après « Germinal », voici « Nana » second livre de Emile Zola auquel je me suis attaqué dans le cadre ces colonnes.

Je connaissais déjà un peu l’histoire en raison du téléfilm de Maurice Cazeneuve réalisé dans les années 80 avec une Véronique Genest dans le rôle de la sulfureuse prostituée.

« Nana » se déroule à la fin du  XIX ième siècle dans la France de l’empereur Napoélon III.

Prostituée issue des bas quartiers de Paris, Nana gravit en raison de son physique avantageux de blonde plantureuse et de son charisme exceptionnel, les échelons nécessaires pour l’amener auprès des théâtres parisiens des grands boulevards ou elle tente sans succès une carrière d’actrice.

Malgré son manque de talent patent, Nana connait un fort succès populaire et devient la maitresse de plusieurs messieurs d’age mur fortunés, comme le banquier juif Steiner ou le comte Muffat, chambellan à la cours de l’Empereur.

Utilisant toutes les ficelles du métier de courtisane, Nana va s’arranger pour se faire entretenir par l’un et l’autre, tout en s’arrogeant le droit d’avoir d’autres amants plus jeunes pour la satisfaire comme le jeune George Hugon, tombé lui aussi sous son charme.

Elle pourra ainsi habiter un vaste appartement du boulevard Haussmann et se faire construire une maison à la campagne près d’Orléans.

Très dépensière et mondaine, Nana adore recevoir chez elle une société bigarrée composée d’artistes comme le journaliste à la plume acérée Fauchery, l’acteur Fontan et des jeunes nobles de province comme la Valoire ou Vandeuvres, venus dilapider leur fortune personnelle dans un tourbillon de plaisirs parisiens.

Dans ces soirées alcoolisées et légères, les femmes sont également présentes, de nombreuses collègues prostituées de Nana mais aussi sa rivale Rose Mignon, qui plus talentueuse et mieux appuyée par son mari, lui ravit fréquemment la vedette.

La première partie du roman consiste en une exposition plus longue et ennuyeuse des personnages évoluant dans le tourbillon des soirées mondaines ou des virées à la campagne ou le jeune George, oubliant toutes les recommandation de sa mère, devient l’amant de Nana.

Le premier tournant notable du roman survient quand Nana, étranglé par son train de vie dispendieux, cède son appartement du boulevard Haussmann pour emménager à Montmartre avec Fontan dont elle est tombé sous le charme.

Mais après un court état de grâce, l’acteur révèle vite un tempérament tyrannique qui l’amène à la frapper, à la tromper et à lui subtiliser toutes ses sources de revenues.

Dominée et réduite à survivre par ses propres moyens, Nana retrouve vite ses réflexes de prostituée et bat à nouveau le pavé pour débaucher des hommes.

Trainant de bars en bars, elle retrouve son amie Satin, qui l’initie au milieu lesbien du quartier.

Nana a également une relation homosexuelle avec Satin mais souffre d’une grande jalousie en raison du comportement volage et imprévisible de la jeune femme.

Un jour pourtant, Nana ne peut plus supporter cette vie et décide de renouer avec Muffat pour s’établir avec lui.

Le vieux chancelier, mortellement épris de la courtisane, perd alors les pédales et quitte sa femme pour offrir à Nana un superbe hôtel particulier près du parc Monceau.

Commence alors la grande vie pour Nana, qui vit comme une princesse avec domestiques, fournisseurs, architectes et exigences toujours plus démesurées.

Complètement sous la coupe de cette femme, Muffat cède à tous les caprices et s’abaisse toujours davantage, allant même jusqu’à fermer les yeux quand l’incontrôlable Satin vient s’établir chez eux ou quand Nana reçoit ses amants comme Huron ou Vandeuvres.

Pire que tout, Nana semble exercer une puissante influence sur tous les hommes qui la côtoient de près et attire même dans le cercle de ses amants, le militaire Philippe Huron, frère de Georges, venu pour extirper son frère des griffes de la diablesse.

Muffat se voit contraint d’user de toute son influence pour forcer Fauchery et le metteur en scène Bordenave à donner un rôle principal à Nana, en désistant au passage Rose Mignon folle de jalousie.

L’échec de la pièce avec Nana, ne la refreine pas dans sa folie dépensière qui l’amène à rendre fou les hommes, comme Vandeuvres qui à la suite d’un pari illégal et hasardeux au cours d’un trophée hippique gagné par son cheval « Nana » se suicide après sa ruine, ou Steiner et Philippe Huron essorés par leurs dettes abyssales contractées auprès de la belle dévoreuse.

Incapable de supporter la liaison de son frère avec sa maitresse, George Huron se plante des ciseaux dans la cœur et décède.

Et même le pantin Muffat, rabaissé au rang d’animal domestique, se voit contraint par une lettre anonyme le menaçant d’un scandale public de retourner vivre avec sa femme en se raccrochant de tout son être à la religion, seule faible bouée de sauvetage dans sa vie.

Rattrapée par ses dettes, Nana disparait subitement de Paris et ne fait parler d’elle qu’une fois revenue malade de Russie alors que la France entre en guerre contre la Prusse de Bismarck.

Ayant perdu son fils et défigurée par la petite vérole, Nana décède dans un hôtel de luxe parisien dans lequel sa rivale Rose l’avait charitablement transportée.

Même ses anciens amants, gênés par la contagion possible de la maladie, honoreront sa dépouille du bout des lèvres.

La vie donc de la dévoreuse d’hommes se termine donc dans la maladie et la vermine.

En conclusion, malgré une mise en route difficile, « Nana » est évidemment un roman fantastique constituant le pendant féminin du « Bel ami » de Guy de Maupassant.

Ecrivain de gauche, Zola délaisse le monde inhumain des mineurs du nord de la France, pour s’intéresser à celui en apparence plus clinquant des mondains parisiens du second empire.

Dans cet univers vain et superficiel, Nana représente le virus fatal aboutissant à sa destruction par le canal irrésistible du sex-appeal.

Sans autres atouts que son physique, sa détermination et son absence de moralité, Nana utilise les hommes pour l’argent jusqu’à les détruire soit financièrement soit physiquement.

Ces rapports humains malsains sont souvent cruels et montrent à travers le jeune romantique George et le vieux désespéré Muffat, la même souffrance psychique due à une terrible dépendance à l’égard d’une être humain profondément manipulateur.

Aujourd’hui des Nanas existent toujours, elles prennent la forme d’escort girls, de starlettes du porno ou de jeux de télé réalité avec un but analogue, sortir des classes populaires pour gouter à l’aisance matérielle tant vantée par la société de consommation.

Dans ce roman audacieux et dérangeant, Zola a su formidablement décrire ce type de personnes dangereuses et arrivistes, capables de piéger à peu près n’importe qui en usant du registre affectif et physique.

Avec ou sans Veronique Genest, « Nana » reste donc un grand monument de la littérature française à lire absolument une fois dans sa vie.

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 21:45

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Flash back atour d’un classique du cinéma français « Manon des sources » de Claude Berri, deuxième volet cinématographiques après « Jean de Florette » adapté de l’œuvre de Marcel Pagnol, « L’eau des collines ».

Sorti en 1986 dans la foulée du premier opus, « Manon des sources » reprend l’histoire dans les années 30 d’une puissante famille d’un petit village près d’Aubagne, les Soubeyran.

Réduits à deux personnes, le jeune Ugolin (Daniel Auteuil) et son oncle le vieux César dit le Papet (Yves Montand), les Soubeyran sont parvenus après une ruse sournoise à déposséder un citadin bossu venu cultiver la terre en lui dissimulant une source d’eau indispensable pour la réussite de son projet.

Mort de chagrin après l’échec de son entreprise, l’homme appelé Jean de Florette a laissé une fille Manon (Emmanuelle Béart) aussi sauvage que belle, vivant seule avec ses brebis dans les collines du village.

Après avoir récupéré la terre de Florette et rétabli le système d‘irrigation, Ugolin est devenu un cultivateur prospère dans la culture d’œillets.

Pourtant au cours d’une des ses maraudes de chasseur, Ugolin tombe sur Manon qui se baigne nue dans les sources et tombe instantanément amoureux de la belle sauvage.

Il en devient obsédé, l’épiant la journée dans le plus grand secret et nourrissant une sombre jalousie pour un instituteur qui la courtise également.

Poussé par César qui lui conseille de trouver une femme pour assurer la descendance de la famille, Ugolin tente une approche d’une maladresse confondante et ne réussit qu’à l’effaroucher davantage.

Pourtant Ugolin ignore que l’énigmatique jeune femme ne désire que venger son père en asséchant l’unique source d’eau alimentant le village et ainsi le placer dans un état extrêmement critique.

Privés d’eau pour vivre et cultiver leurs terres, les villageois sont vite exaspérés d’autant plus que les réponses apportées par les pouvoirs publics se montrent inadaptées et exaspérantes.

Alors le prêtre organise une procession afin de revenir l’eau qui est en réalité rétablie par le jeune instituteur qui a obtenu les faveurs de Manon et qui l’épouse l’élevant au rang de notable du village.

Cette préférence ajoutée aux accusations publiques de Manon contre Ugolin et César, le plonge dans le désespoir.

Rongé par le sentiment d’avoir perdu l’élue de son cœur, Ugolin se pend.

Seul survivant des Soubeyran décimés, César comprend tardivement que Jean de Florette était son fils et meurt en léguant à Manon tous ses biens.

En conclusion, bien que ultra classique et rabâché dans les lycées, « Manon des sources » demeure malgré le poids des ans un film toujours plaisant à regarder.

Le spectateur est happé dans ce drame provençal ou les mauvaises actions des protagonistes du premier volet finissent par les rattraper et à provoquer un châtiment à effet retard.

Bien entendu les acteurs sont bons avec un travail amusant sur l’accent du Sud totalement artificiel chez Daniel Auteuil, impressionnant dans son obsession maladive pour une femme inaccessible pour lui.

Idéal donc pour un visionnage grand public, même si tout ceci reste comme la plupart des films français finalement très convenu et sans grande surprise cinématographiquement parlant.

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