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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 10:15
Paris (Cédric Klapisch)

Toujours en délicatesse avec Cédric Klapisch et le cinéma français en général, j’ai néanmoins regardé « Paris ».

Avec ce film au titre sobre sorti en 2008, Klapisch peint en plein hiver parisien le quotidien de plusieurs personnages gravitant dans la capitale française en se centrant sur Pierre (Romain Duris), jeune homme dont la carrière de danseur au Moulin rouge prend un tournant inattendu lorsqu’il apprend qu’il souffre d’une maladie du cœur en apparence incurable.

Ebranlé, le jeune homme qui se sait à plus ou moins courte échéance condamné, se replie sur lui-même dans son petit appartement parisien non loin du cimetière du Père Lachaise qui lui rappelle chaque jour l’issue un peu plus proche.

Il reçoit néanmoins le soutien de sa sœur ainée Elise (Juliette Binoche), qui n’hésite pas à demander de lever le pied avec son métier d’assistante sociale, pour s’installer chez lui avec ses deux enfants.

Jeune quadragénaire divorcée, Elise connait elle aussi une période de flottement dans sa vie.

Tandis que Pierre observe les gens vivre du haut de sa fenêtre, notamment sa jeune et belle voisine étudiante Laetitia (Mélanie Laurent), Elise fait le marché et côtoie une communauté de marchands gravitant autour du marché de Rungis.

On retrouve ainsi le fruitier Jean (Albert Dupontel), qui vit mal le comportement excentrique de son ex femme Caroline (Julie Ferrier) et son rapprochement avec le lourdingue Franky (Gilles Lellouche) le poissonnier.

On termine avec les commerçants par la boulangère (Karin Viard), aigrie, dure et pétrie d’a priori qui consent néanmoins à faire travailler une jeune femme d’origine maghrébine Khadija (Sabrina Ouazani).

Du coté des sphères plus « bobo » de la capitale, l’action se centre sur l’historien Roland Verneuil (Fabrice Lucchini) spécialiste de Paris, en pleine dépression après la mort de son père qui entretient des rapports conflictuel avec son frère Philippe (François Cluzet), architecte à succès dont la vie apparait en comparaison plus rangée avec femme et enfant.

Roland s’éprend de Laetitia qui est son élève à la Sorbonne, lui envoie des texto anonyme, finit par coucher avec elle, même si la jeune femme préfère Rémy (Joffrey Platel) un bel étudiant dans ses âges.

Le couple Pierre-Elise passe du temps ensemble, en sortant leurs vielles photos de famille ou en écoutant leurs vieux vinyles.

Malgré la peur, Pierre semble accepter plutôt sereinement son destin.

Après avoir constaté que la jolie voisine avait un petit amie, Pierre tente avec l’aide de sa sœur d’avoir une dernière fois des rapports sexuels avec une collègue de travail mais la manœuvre trop artificielle échoue.

Du coté des marchands, les débordements dus à l’alcool entrainent des scènes tordues comme l’humiliation de Caroline par Franky qui l’utilise comme une brouette.
Alors que ce couple hors norme tend à se rapprocher, Caroline décède brutalement dans un accident de moto.

Ivre de chagrin, Jean disperse ses cendres en haut de la Tour Montparnasse.

La fin du film est consacrée à la fête, avec deux soirées quasiment en parallèle, une organisée par Elise pour son frère diminué, l’autre entre filles à Rungis avec à la clé, exploration des immenses entrepôts du « Ventre de Paris ».

Au final, Elise repousse les avances d’un jeune homme noir (Marco Prince) et tombe par hasard sur Jean au marché.

Les deux quadra brisés finissement par devenir amants.

Pour finir, Pierre reçoit l’annonce de la disponibilité d’un donneur pour tenter une transplantation cardiaque.

Courageusement il accepte de tenter l’aventure et prononce un adieu à sa sœur, simple et en forme de « Merci ».

Il se laisse ensuite conduire en taxi jusqu’à l’hôpital, regardant peut être une dernière fois la beauté de la ville.

En conclusion, « Paris » est un film particulièrement profond et remuant qui traite de sujets tabous comme la mort ou plus précisément la brièveté de la vie comme l’avaient déjà remarqué des philosophes comme Sénèque.

Klapisch s’en sort à merveille avec ses acteurs fétiches comme Romain Duris, impressionnant de sobriété et de subtilité, les autres officiant dans des registres plus convenus.

La partie consacrée aux derniers instants d’un jeune homme se sachant condamné avec en appui sa sœur soudainement redevenue proche et les chassé croisés au cœur de la ville sont pour moi les parties les plus réussies.

Pour le reste les histoires de prof bobo se tapant leurs étudiantes, des gros beaufs de Rungis carburant au litron de rouge, les remarques racistes des boulangères ou la volonté d’Africains désireux de venir sur place, ne pèsent au final par bien lourd dans le propos final.

Autre point fort, cette fois visuel, l’hommage rendu à Paris qui peut être magique lorsque la luminosité (ne été ou hiver) vient sublimer la beauté de ses monuments.

On notera également la scène de dispersion de cendres en haut de la Tour Montparnasse, également forte et à contrepied des habituels clichés « nature » du genre.

Malgré donc les quelques habituels défauts du metteur en scène, « Paris » demeure une belle œuvre qui comblera sans doute sur le fond et la forme les amateurs de cinéma dit « intelligent ».

Paris (Cédric Klapisch)
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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 23:02
Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet)

En 2009, Jean-Pierre Jeunet est assurément au sommet de son art, encore sur la lancée de l’immense succès mondial de son « Amélie Poulain » et l’ouverture sur le monde que son style graphique unique lui a apportée.

C’est à cette instant que sort « Micmacs à tire-larigot » qui derrière ce titre improbable cache une histoire elle aussi improbable d’un homme appelé Bazil (Dany Boon), petit employé d’un magasin de location de Dvd, qui prend un soir par un concours de circonstances malheureux une balle dans la tête.

Bazil survit assez miraculeusement a cet incident met perd son travail et apprend qu’il va devoir vivre avec cette balle dans le crane.

Livré à lui-même et dormant dans la rue, Bazil reçoit l’aide d’une société de marginaux ferrailleurs dirigée par Placard (Jean-Pierre Marielle).

Il est rapidement adopté par tout cet ensemble de personnalités extravagantes comme Remington (Omar Sy) un lettré ne parlant que par expressions désuètes, Fracasse (Dominique Pinon), petit et fier homme canon, Petit Pierre (Michel Crémadès) génial bricoleur d’automates mécaniques, Calculette (Julie Baup) expert en calcul mental mais surtout Caoutchouc (Julie Ferrier) jolie contortistioniste dont il tombe immédiatement sous le charme.

En utilisant leurs étonnantes particularités et des stratagèmes farfelues, cette improbable équipe va aider Bazil dont le père à sauté sur une mine au Sahara dans les années 70, à prendre sa revanche sur les marchands d’armes accentuant la rivalité entre les deux principales sociétés parisiennes, les arsenaux d’Aubervilliers dirigée par Nicolas Thibault de Fenouillet (Marc Dussolier) et la Vigilante de l’armement dirigée par François Marconi (Nicolas Marié).

En jeu un gros contrat particulièrement trouble pour le compte de rebelles Africains agité comme gigantesque hameçon pour les deux industriels voraces.

Manipulés par Bazil et sa bande qui usent de déguisements et d’inventivité pour les espionner, Fenouillet qui a comme curieuse manie/faiblesse de collectionner les organes de personnalités mortes et Marconi qui est un coureur de jupons vont se livrer une guerre sans merci aboutissant à des menaces et à destruction d’armes des deux sociétés.

De plus en plus mécontents, les dissidents africains tentent de régler leurs comptes avec Marconi mais sont abattus par un commando envoyé par Fenouillet.

Capturé par les deux Pdg qui se sont aperçus de la machination, Bazil est miraculeusement secouru par ses amis qui aimantent la voiture le conduisant et réalise une grosse mise en scène visant à les amener à rendre des comptes face aux populations civiles africaines ou arabes exposées à leurs grenades, balles ou mines.

La vidéo des deux Pdg terrorisés avouant leur cynisme est ensuite diffusée sur Internet pour discréditer leurs sociétés tandis que Bazil file le parfait amour avec Caoutchouc.

En conclusion, tourné majoritairement dans les anciens locaux de la Direction Générale de l’Armement dans le quinzième arrondissement de Paris, « Micmacs à tire-larigot » contient tous les défauts et qualité d’un film de base de Jeunet : esthétisme unique, créatif avec un mélange d’ancien, de branlant mais poétique et charmant, mais à contrario intrigue de fond simpliste voir débile.

Les riches et cyniques industriels de l’armement sont caricaturés avec un naïveté confondante, avec une diabolisation bien commode face à des pauvres gens bons et simples appartenant au camps des gentils.

On peut donc adorer ou détester le film, et à mon sens la construction d’un univers visuel créatif et séduisant ne peut suffir à combler les lacunes d’un scénario en dessous du niveau de l’amer.

Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet)
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 09:50
Au Bonheur des Dames (Emile Zola)

Lire du Emile Zola constituant un grand bonheur, je me suis attelé cette semaine « Au bonheur des dames » paru en 1883.

Suite logique de la série des Rougon-Macquart, « Au bonheur des dames » est un roman contant à la fin du XIX ième siècle dans un Paris en pleine mutation en raison des travaux dirigé par le baron Hausmann, l’ascension des grands magasins au détriment des petits commerces de quartier.

Certains de ces grands magasins sont encore connus aujourd’hui : les galeries Lafayette, le Bon marché, le Printemps ou un peu plus loin de nous la Samaritaine, véritables temples de la grande distribution.

Le personnage principal est ici Denis Baudu, jeune provinciale venue de Valognes (Normandie) avec ces deux frères, Jean jeune homme volage et inconséquent et Pépé, alors petit garçon.

Dans une situation précaire depuis la mort de son père, Denis est venue à Paris chez son oncle Baudu propriétaire d’un magasin appelé le Viel Elbeuf.

Mais l’accueil réservé par le vieil homme n’est pas à la hauteur des espérances de Denise et si il trouve un hébergement pour les deux frères, il n’est compte tenu de la mauvaise situation de ses affaires pas capable de fournir une place de vendeuse à Denise.

Ayant un besoin aigu de travailler pour subvenir aux besoins de la famille, Denise tente alors de se faire embaucher au Bonheur des dames, grand magasin du centre de Paris (Place Gaillon) tenu par le provençal Octave Mouret dont la réussite fulgurante fait plus qu’inquiéter les commerces plus modestes aux alentours.

Malgré sa timidité et son manque d’expérience, Denise parvient à se faire embaucher comme vendeuse et découvre alors de l’intérieur la redoutable machinerie du magasin.

La réussite de Mouret s’explique par une politique commerciale extrêmement agressive, avec une variété quasiment infinie d’articles et des prix volontairement bas afin d’attirer la clientèle et de la pousser à acheter beaucoup et souvent.

Utilisant la publicité au moyen de voitures sillonnant la ville, Mouret se montre redoutable psychologue dont le but est de générer une certaine addiction chez les femmes en flattant leur propension à la coquetterie et si besoin à utiliser la faiblesse de leur fibre maternelle en proposant également de nombreux articles pour enfants.

Ambitieux, l’homme est également introduit dans les cercles bourgeois par sa maitresse Henriette Desforges, plus âgée et folle amoureuse de lui, qui lui permet d’approcher le fameux baron Hartmann responsable des grands travaux de rénovation de Paris dans le but d’agrandir toujours plus son établissement.

Cette volonté d’expansion est la source principale des affrontements avec les autres commerces plus traditionnels de quartier comme ceux des Baudu ou Bourras, vieux fabricant de cannes à la boutique mitoyenne au Bonheur des dames, qui a fait vœux de lutter jusqu’à la mort pour ne pas céder son commerce.
Denise découvre un monde très concurrentiel et hiérarchisé, une pyramide de vendeuses ou l’ancienneté prime et ou il est difficile de faire sa place lorsqu’on est chétive, timide et provinciale.

Prise en grippe par les autres vendeuses, Denise devient le souffre douleur du magasin qui lui soufflent les bonnes clientes et doit de surcroit vivre dans un grand dénuement dans une petite chambre de bonne sans chauffage.

Surmontant sa douleur et son humiliation, Denise tient bon notamment grâce à Pauline Cugnot, une autre vendeuse qui la soutient moralement.

Si la concurrence est présente chez les vendeuses du Bonheur, elle l’est également chez les vendeurs, avec de véritables luttes de pouvoir pour les meilleurs places aboutissant parfois à la disgrâce et au licenciement de cadres comme le chef de rayon Robineau, miné par un complot de l’intérieur fomenté par deux vendeurs arrivistes Hutin et Favier.

La sexualité est également présente au Bonheur, les cadres piochant allégrement dans le vivier des vendeuses pour assouvir leurs envies sexuelles.

Il est également courant que les vendeuses vivant sans cesse dans la peur du licenciement aient des amants qu’elles voient le weekend end afin d’améliorer leur train de vie.

Malgré les sollicitations de Pauline, la pure et naïve Denise tient bon, résiste à la tentation et repousse les avances de prétendants comme Deloche, vendeur embauché en même temps qu’elle.

Se sentant troublé par Mouret, Denise se trouve néanmoins écartelée entre la lutte commerciale entre Baudu et Mouret autour de la baisse continuelle des prix.

Cependant le courage voir l’entêtement de Baudu ainsi que ses quelques alliés dans le métier ne suffisent pas pour tenir la distance avec un magasin aussi grand et puissant que le Bonheur des dames et peu à peu le vieil homme s’épuise, s’endette, mettant dangereusement en péril son propre commerce.

Impossible en effet de lutter face à un génie commercial comme Mouret dont les méthodes en avance sur son temps dévastent le petit commerce et dont les appuis politico-financiers permettent de dévorer peu à peu le territoire autour de lui.

Cette lutte laisse des traces, les hommes s’usant la santé dans ces querelles d’affaires.

La mort de Geneviève Baudu amoureuse d’un homme qui ne l’aimait pas puis de sa mère, finit de faire péricliter l’affaire de la famille Baudu, déjà par ailleurs contrainte de vendre sa belle propriété de Rambouillet à une famille de vendeurs … du Bonheur des dames et même le vieux Bourras finit par voir sa maison détruite après avoir obstinément refusé de la vendre à prix d’or à Mouret.

Parmi les concurrents de Mouret, Robineau mort la poussière, se trouve ruiné et tente de suicider en se jetant sous un fiacre, tandis que Bouthemont plus avisé parvient à établir durablement ses Quatre Saisons malgré quelques coups durs comme l’incendie de son magasin.

Denise qui a connu la disgrâce du licenciement pour avoir refusé les avances du pervers Jouve le responsable de la sécurité, survivant un temps chez Bourras, est finalement reprise par Mouret, secrètement amoureux d’elle.

Malgré son attachement amical et familial aux gens du petit commerce, elle adhère aux valeurs de progrès véhiculés par le Bonheur des dames, capable de diffuser des produits de masse à bas cout à la population.

Sans le savoir, Denise va en se refusant sexuellement à Mouret qu’elle aime aussi au fond d’elle-même, prendre peu à peu l’ascendant sur son patron, devenu fou d’amour pour elle.

Mouret va favoriser son ascension, ce qui va lui permettre d’exercer sa finesse de jugement, son sens aigu du commerce et de mettre en place des mesures permettant d’améliorer les conditions de vie des employés.

Denise va même déboulonner Madame Desforges, vieille maitresse ivre de jalousie après un face à face terrible ou cette dernière cherchera à l’humilier et à la faire chasser par Mouret.

Elle gagnera peu à peu le respect des autres cadres, comme Madame Aurélie, austère première vendeuse et Boudoncle le bras droit de Mouret, qui malgré sa forte animosité finira par se ranger à la supériorité de la favorite du patron.

Après de multiples rebondissements dans cet amour inassouvi, Denise finira par céder à Mouret et à accepter de l’épouser, ce qui conduira à une sorte d’happy end.

En conclusion, « Au bonheur des dames » n’est curieusement pas le roman de Zola que j’ai préféré et constitue même une relative déception.

Bien entendu, le style de Zola est toujours présent et celui-ci s’exprime dans des descriptions pléthoriques des étalages des grands magasins afin de démontrer leur puissance souveraine mais finit par lasser par une certaine répétitivité.

On appréciera l’analyse fine des rouages du commerce de masse, de l’extrême précarité de la vie des vendeurs mais aussi de la violence de la concurrence externe avec comme armes la baisse des prix et le marketing (avant l’heure !) qui préfigurent ce qu’est devenu aujourd’hui la grande distribution actuelle, étranglant impitoyablement ce qu’on appelle le petit commerce spécialisé, de meilleur qualité mais aussi plus cher et avec moins d’éventail de choix.

J’ai moins apprécié la partie la plus fleur bleue du roman avec cette histoire d’amour assez improbable entre la jeune, fine, pure provinciale et l’homme d’affaires parvenu, trouvant qu’elle trainait trop en longueur et en sentimentalisme exacerbé.

Donc bien sur, « Au bonheur des dames » est un livre intéressant et bien écrit, mais n’est pas à mettre au même niveau que les plus grands chefs d’œuvres de Zola.

Au Bonheur des Dames (Emile Zola)
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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 19:03
La bête humaine (Emile Zola)

Après un roman de la qualité de « L’Assomoir » j’avais une forte envie de poursuivre la découverte de l’œuvre d’Emile Zola.

Sorti en 1890, « La bête humaine » brillamment adapté au cinéma par Renoir en 1939 est un roman prenant place dans le monde des cheminots du Second empire.

Roubaud est un bon sous chef de la gare du Havre, qui doit sa réussite professionnelle autant à ses capacités personnelles qu’à l’appui du président de la compagnie de chemin de fer, Monsieur Grandmorin protecteur attitré de son couple et en particulier de sa jeune épouse Séverine qui était sa fille de lait.

Un jour pourtant la vie bien rangée des Roubaud bascule lorsque le mari découvre par hasard que sa femme a été en réalité la maitresse de Grandmorin, dès l’âge de seize ans ce qui explique les nombreuses faveurs dont le couple à pu bénéficier.

Le bonhomme se trouve être un jaloux violent, ulcéré par le coté sordide à la limite d la pédophilie de l’infidélité de sa femme et après avoir roué de coups la fautive, entreprend d’attirer l’amant pour l’éliminer dans un train circulant entre Paris et le Havre.

Contrainte par son mari à participer au crime, Séverine se rend complice de l’assassinat, que seul Jacques Lantier un conducteur de train alors de passage dans la petite commune de la Croix de Maufras, aperçoit sans pouvoir identifier formellement les auteurs.

Beau jeune homme solitaire, Lantier est lui-même victime d’une terrible malédiction qui lui insuffle de violentes pulsions de meurtres envers la gente féminine comme sa cousine Flore, jeune et athlétique garde barrière de la famille Lantier.

De retour au Havre, les Roubaud guettent dans l’angoisse la découverte du crime et l’inévitable enquête en découlant, enquête menée par le juge d’instruction Denizet.

L’enquête est une épreuve usante pour les nerfs et même si de forts soupçons désignent les Roubaud, Denizet est orienté par sa hiérarchie Mr Camy-Lamotte pour minimiser le scandale et tenter d’accuser une brute de la commune, le terrassier Cabuche, coupable idéal en raison de ses antécédents qui est d’ailleurs relaxé faute de preuves tangibles.

Alors que le meurtre de Grandmorin parait insoluble à tout jamais, le comportement de Roubaud change, l’homme se met à devenir joueur, à s’endetter et à délaisser sa femme qui prend comme amant Lantier.

Séverine finit par avouer le crime à Lantier qui du reste l’avait deviné et entre les deux amants se noue alors une fascination malsaine autour de la violence.

Roubaud s’enfonce dans son nouveau vice, n’hésitant pas à utiliser l’argent du mort, qu’il s’était jusqu’alors refusé à utiliser pour une question d’honneur et fermant complaisamment les yeux sur la liaison de sa femme.

Mais Séverine ne supporte plus son mari et parvient à faire germer dans l’esprit de Lantier le projet de l’éliminer pour toucher le coquet héritage de la maison de Croix de Maufras léguée par Grandmorin et ainsi pouvoir tenter fortune aux Etats-Unis.

Le conducteur de train pourtant s’avère incapable de passer aux actes, son corps se dérobant au moment de tuer Roubaud en pleine ronde de nuit.

Un évènement inattendu manque de briser définitivement le couple, l’acte insensé de Flore, ivre de jalousie contre Séverine et qui n’hésite pas à faire dérailler la Lison, la locomotive de Jacques pour punir le couple.

Contre toute attente, le couple survit à l’effroyable catastrophe qui fait une bonne dizaine de morts et blessés, ce qui pousse Flore désespérée à se suicider en se jetant également sous un train.

Jacques se remet miraculeusement de ses blessures avec Séverine à ses cotés.

Resserré par l’épreuve, le couple entreprend d’attirer Roubaud dans la maison de Croix de Maufras afin de l’éliminer définitivement.

Un nouveau coup de théâtre survient pourtant lorsque Lantier cède à une de ses pulsions de mort et poignarde à mort Séverine.

Ce bon vieux Cabuche, lui aussi secrètement amoureux de Séverine prend une nouvelle fois tout le crime pour lui, mais cette fois le féroce Denizet arrête également Roubaud qu’il soupçonne d’avoir fait tuer Grandmorin et sa femme pour un motif purement financier.

Les dénégations énergiques du sous chef de gare diminué par les épreuves, ne changeront rien à la donne, il est broyé par la machine judiciaire comme son complice présumé Cabuche malgré les profonds doutes de Camy-Lamotte, détenteur d’une lettre de Séverine l’impliquant dans le meurtre du président, qu’il finit pourtant par détruire.

Lantier qu’on aurait pourtant pu penser sauf dans l’horrible morale de cette histoire connait également une fin tragique et meurt broyé par sa propre machine, dans une lutte stupide avec un rival amoureux.

En conclusion, « La bête humaine » est un roman fantastique, trouble et d’une grande noirceur jusqu’à en être effrayant.

Zola sonde profondément les profondeurs de l’être humain pour atteindre les pulsions les plus obscures qui poussent les hommes à tuer, ici la jalousie, ici quelque chose de plus profond et animal confinant à la dérive psychopathique pour Lantier, incapable de réfréner son gout implacable pour le sang des femmes.

Derrière le drame des hommes, Zola offre également une place de choix aux trains à vapeur, magnifiée comme de superbes machines technologiques alliant puissance, vitesse et dangerosité animales.
Moins pittoresque et riche que « L’Assommoir », « La bête humaine » se dévore tout du moins d’une traite, en savourant son charme vénéneux et sa langue toujours belle et forte.

La bête humaine (Emile Zola)
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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 14:16

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Je connais comme tout le monde le cinéma de Bertrand Blier et ai revu récemment « Les valseuses ».

Sorti en 1974, « Les valseuses » est un classique du cinéma français et un film réputé pour beaucoup culte en raison de son aspect très provocateur.

Nous sommes en 1970, la France de cette époque n’a pas grand-chose à voir avec la notre, les voitures sont incroyablement primitives (DS, 2 CV), les grands ensembles HLM en béton grignotent peu à peu les campagnes françaises encore rapidement visibles à la sortie des villes avant que les zones industrielles borgnes ne viennent achever le processus de deshumanisation totale du paysage.

Dans ce monde aujourd’hui presque irréel, Jean-Claude (Gérard) et Pierrot (Patrick Dewaere) sont deux petits voyous qui vivent de petits larcins dans les supermarchés et terrorisent les bourgeois par leurs provocations.

Un soir de désœuvrement, ils s’offrent une virée en DS « empruntée »
, sans se douter que le propriétaire de la  voiture, le patron d’un salon de coiffure, les attend à leur retour avec un pistolet.

Profitant d’un moment de distraction, le duo prend la fuite dans la voiture en embarquant avec lui Marie-Ange (Miou-Miou), shampooineuse dans le salon.

Pierrot est blessé par un tir dans la région des testicules et saigne abondamment.

Après avoir mis Marie-Ange en sécurité chez Carnot (Gérard Boucaron) un ami garagiste des plus douteux, Jean-Claude force un médecin à soigner son ami heureusement blessé de manière superficielle et en profite pour lui dérober une grosse somme d’argent en menaçant ses enfants.

De retour, le duo découvre la frigidité de Marie-Ange, qui se laisse faire l’amour par les hommes sans manifester la moindre émotion.

Furieux de sa blessure, Pierrot fait cisailler la roue avant de la DS avant de la rétrocéder au propriétaire en même temps que Marie-Ange passive et blasée de tout.

Renfloué, le duo part en vadrouille pour échapper à la police, multipliant les vols et incidents, comme la provocation d’un vigile de supermarché, la visite d’une maison de bord de mer ou il renifle des dessous d’adolescente puis agression d’une jeune mère de famille dans un train (Brigitte Fossey), que Jean-Claude force à donner le sein à Pierrot en échange d’une belle somme d’argent destinée à la faire louer une chambre d’hôtel pour faire l’amour avec son mari revenant du service militaire.

Le spectateur suit médusé les dérives vicieuses et absurdes des deux hommes et assiste à une scène homosexuelle ou Jean-Claude sodomise Pierrot pourtant à la base réticent.

Sur un coup de tête, les deux hommes reviennent voir Marie-Ange et tente de comprendre son problème sexuel.

Mais malgré leurs efforts aucun d’entre eux ne parvient à donner du plaisir à la shampooineuse, qui finit par les écœurer par sa passivité.

Marie-Ange accepte pourtant de les suivre dans leur virée absurde, les aidant même à cambrioler le salon de coiffure de son patron-amant.

L’aventure reprend cette fois à trois, le trio s’établissant à la campagne pour plus de tranquillité.

Jean-Claude et Pierrot lassés de femmes fades, décident d’attendre une femme à la sortie de prison pour connaitre la véritable passion physique.

Leur dévolu se porte sur une femme mure, Jeanne (Jeanne Moreau), qu’ils suivent, prennent en charge en lui offrant de bons restaurants, avant de gagner suffisamment sa confiance pour qu’elle accepte de faire l’amour avec eux.

Malheureusement, Jeanne se suicide peu après leur nuit d’amour, en se tirant une balle dans le vagin.

Désespérés les deux hommes reviennent voir Marie-Ange pour pleurer.

Par respect pour Jeanne, ils viennent chercher son fils Jacques (Jacques Chailleux) également à la sortie de prison.

Ils mentent au jeune homme sur la situation de sa mère, et l’invitent dans leur maison à la campagne, lui offrant, gite, couvert et Marie-Ange qui découvre finalement son premier orgasme avec ce jeune homme fin et timide, dont c’était la première fois.

Assommés par cette découverte, Jean-Claude et Pierrot acceptent pourtant la réalité et suivent même Jacques pour un cambriolage dit facile, s’avérant en fait le meurtre de son surveillant de prison.

Soupçonnés cette fois de meurtre, le duo prend la fuite à toute allure, emmenant avec eux Marie-Ange puis Jacqueline (Isabelle Huppert) une adolescente de 16 ans en révolte contre ses parents bourgeois et qui réalise sa première fois avec eux.

Le film s’achève sur la descente débridée d’une route de montagne, encore une fois sans but précis si ce n’est l’errance, l’instinct et le plaisir de la liberté.

En conclusion, « Les valseuses » est sans doute l’un des films les plus rock n’ roll des années 70, avec un gout très prononcé pour le scandale.

On hésite entre la peur, le malaise et une certaine forme de tendresse pour ces deux antihéros pas bien malins, naïfs, vicieux et rebelles.

La charge est clairement contre la petite bourgeoisie française que le réalisateur semble exécrer avec son petit confort médiocre et lui préférer les voyous vivants  sans attaches au jour le jour.
Même 40 ans après, certaines scènes restent nauséabondes voir franchement stupides dans leur révolte puérile.

« Les valseuses » est aussi servie par la crème du cinéma français avec en tête un Depardieu mince, athlétique chef de bande, un Dewaere plus fragile parfait second couteau et toute une galerie de rôles féminins très osées comme Miou-Miou nue dans une bonne moitié du film, Moreau parfaite de dignité désespérée et Fossey parfaite en bourgeoise outrée.

Même si je n’apprécie pas le cinéma outrancier de Blier, le rythme, les péripéties et la qualité des acteurs font de « Les valseuses » un film vivant, franchouilard et réussi, cadrant une certaine époque de voyous blousons noirs aujourd’hui bien révolue.

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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 11:11

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Après « Nana » et le très engagé « Germinal », « L’Assommoir » est le troisième livre d’Emile Zola chroniqué en ces colonnes.

Publié en 1876, « L’Assommoir » est une grande fresque du monde ouvrier et populaire du XIX ième siècle racontant par l’intermédiaire de ces protagonistes la vie d’un quartier du XVIII ième arrondissement de Paris cantonné à quelques rues et boulevards encore célèbre aujourd’hui : la Goutte d’Or, la Chapelle, Marcadet, Ornano (devenu Barbès), Poissonniers et Rochechouart.

Le personnage principal, Gervaise Macquart est une jeune femme qui a quitté son village natal du Sud de la France, pour échapper aux brutalités de son père et à la honte de deux enfants conçu hors mariage avec Etienne Lantier, lui aussi méditerranéen.

Monté à Paris avec ses deux enfants, le couple déchante vite, car Etienne se montre un homme oisif plus enclin à courir les femmes et à parler politique dans les bistrots qu’à gagner de quoi nourrir sa famille.

Nourrissant de vagues projets pour s’établir comme chapelier dans le XIII ième arrondissement, Etienne fait en réalité vivre un enfer à Gervaise en la trompant et découchant de l’appartement conjugal.

Un jour que celle-ci se rend à la laverie du quartier, une esclandre éclate avec Virginie Poisson, la sœur d’Adèle, la maitresse de Lantier, qui vient provoquer Gervaise.

Les deux femmes en viennent aux mains et une lutte d’une grande violence éclate alors, se soldant par une fessée humiliante administrée par Gervaise à Virginie à l’aide d’un puissant battoir.

Mais Gervaise ne jouit pas longtemps de son triomphe puisque Etienne la quitte pour s’enfuir avec Adèle.

Livrée à elle-même, elle gagne sa vie comme blanchisseuse et se rapproche de Coupeau, son voisin ouvrier zingueur, jeune homme doux, sobre et bien élevé, qui par sa grande détermination à lui faire la cour, la convainc de l’épouser et de vivre en ménage.

Malgré la présence des Lorilleux, sœur et beau frère de Coupeau, couple d’ouvrier travaillant l’or, patibulaire et radin, qui a rapidement pris en grippe Gervaise parce qu’elle les privait des visites régulières de Coupeau et des quelques argent qu’il leur rapportait, le récit de la noce est un des moments forts du roman, avec une journée épique se déroulant dans les bistrots du XVIII ième arrondissement et une longue visite au Louvre.

Un enfant appelé Nana, nait de cette union.

Tout se déroule donc pour le mieux dans la vie du couple qui gagne de mieux en mieux sa vie, et qui par l’aide généreuse de gentils voisins, les Goujet peut même louer un local commercial à la Goutte d’or, pour que Gervaise s’établisse à son compte comme blanchisseuse.

En réalité, Goujet, un colosse blond forgeron, est secrètement amoureux de Gervaise et influe sur sa mère pour la décider à prêter de l’argent à Gervaise.

Les affaires marchent tout d’abord très bien à la blanchisserie et Gervaise peut embaucher plusieurs employées.

Elle devient une figure de la rue, bien connue des habitants, clients ou commerçants avec qui elle travaille.

Femme de cœur, Gervaise va jusqu’à recueillir Madame Coupeau, vieille femme démunie que les Lorilleux laissient mourir de faim par avarice.

La prise en charge de la vieille femme provoque l’ire des Lorilleux qui répandent quantité de rumeurs visant à ternir sans succès le prestige de Gervaise.

La prospérité de Gervaise culmine avec un formidable repas qu’elle organise pour humilier les Lorilleux et auquel les employés, voisins, amis participent.

Mais un évènement dramatique va venir bousculer ce bonheur, la chute de Coupeau d’un toit, alors qu’il saluait sa fille.

Lourdement blessé, Coupeau survit néanmoins et est soigné avec dévouement et à ses frais par Gervaise, qui ne souhaite pas l’envoyer à l’hôpital.

La convalescence de Coupeau est cependant longue et pénible, et l’ouvrier commence durant celle-ci à fréquenter les bistrots, s’adonnant à un penchant de plus en plus marqué pour la boisson.

Devenu un habitué de l’Assommoir, un bistrot vendant des alcools forts comme la célèbre absinthe, réputée détruire les hommes, Coupeau change du tout au tout, devenant menteur et paresseux.

Même si Goujet, toujours noble de cœur, accepte de prendre son fils Etienne comme apprenti forgeron et l’envoi ensuite en formation à Lille pour devenir mécanicien, Gervaise refuse de voir la vérité en face et accumule progressivement les dettes.

Le retour progressif dans le quartier de Virginie, qui se rabiboche étrangement avec Gervaise se montre également inquiétant.

En effet, Virginie parle peu à peu à Gervaise d’Etienne, son premier amant, lui aussi de retour dans le XVIII ième après l’échec de son couple avec Adèle dans le XIII ième arrondissement.

Etienne réapparait dans la vie de Gervaise, et n’a aucun mal à gagner la confiance de Coupeau, devenu un ivrogne.

Celui-ci réintroduit de lui-même Etienne face à Gervaise et lui propose une chambre dans leur local.

Agé de 30 ans, portant beau et légèrement épaissi, Lantier n’a rien perdu de son bagout, et parvient à force de mensonges à embobiner tout le monde.

Il mène une vie de parasite, ne payant rien, trainant dans les rues et utilisant Coupeau dévoré par son nouveau vice.

Peu à peu il tisse sa toile, se rendant sympathique, impressionnant par ses beaux discours, et attire de nouveau la pauvre Gervaise dans son lit.

Un ménage à trois s’établit bientôt, faisant jaser toutes les langues de la rue mais plus grave choquant le brave Goujet, toujours amoureux de Gervaise et la privant bientôt du soutien financier des Goujet.

La mort de Madame Coupeau est également un grand choc pour la famille et son enterrement un moment fort du roman.

Le dépensier Lantier précipite la chute du commerce et permet en plus à la sournoise Virginie de le racheter à une Gervaise aux abois ayant également dans un moment de désespoir gouté aux alcools forts.

Le couple Coupeau rétrograde alors dans la chaine sociale, et se voit réduit à habiter une petite chambre froide de l’immeuble que Gervaise redevenue simple ouvrière, peine à payer seule.

La vie dans l’immeuble promet également son lot d’évènement, avec la montée en puissance de Nana, qui à quinze ans est déjà devenue une femme opulente et dévergondée, trainant dans les rues, et aimant à provoquer le désir des hommes.

Nana choque le quartier en cédant aux avances d’un homme mur, puis en abandonnant son métier de fleuriste pour mener une vie de danseuse de charme dans les bals et cabarets du XVIII ième dont certains noms sont encore connus : l’Elysée Montmartre, la Boule noire …

Malgré les colères et les punitions des Coupeau, rien ne semble arrêter la destinée de filles des rues de Nana, qui rompt définitivement avec des parents dont elle méprise la lente dégradation sociale.

Le destin de Lalie, voisine des Coupeau a également de quoi horrifier et bouleverser, car la jeune enfant martyr, meurt sous les tortures vicieuses et les mauvais traitements de son père, un serrurier rendu psychopathe par l’alcool.

Minée elle aussi par l’alcool, Gervaise s’enfonce alors inéluctablement dans une spirale désespérée : elle perd son travail d’ouvrière, en est réduite à faire le ménage pour Virginie qui jouit de sa revanche, puis rongée par la faim à écumer le quartier pour se nourrir de restes ou de tenter vainement de se prostituer.

Goujet est le seul à la prendre une dernière fois en pitié en lui offrant à manger, mais son amour a bel et bien disparut.

Rendu fou par l’absinthe, Coupeau est interné à Saint Anne ou il y meurt, victime d’hallucinations et le corps parcouru de tremblements incoercibles.

Et si l’affreux Lantier, surpris par le mari de Virginie, un sergent de police avec sa femme, termine sa carrière de parasite professionnel, Gervaise n’en meurt pas moins seule et misérable, terminant ainsi cette chronique du XVIII ième arrondissement.

En conclusion, « L’Assommoir » est un formidable roman, dont le style puissant, truculent même, coloré et vif, ne pourra pas laisser indifférent.

On comprend mieux à sa lecture, tout le génie de Zola, qui a su dépeindre avec force et véracité, le quotidien d’un quartier encore ouvrier de Paris, déjà connu pour ses bistrots et sa vie nocturne.

Dans une langue truffé de termes argotiques des faubourgs parisiens, Zola parvient à nous transmettre sa fascination du monde ouvrier, avec cette vie harassante mais noble de travailleur manuel, que ce soit zingueur, blanchisseuse ou encore mieux forgeron avec le récit magnifique d’un défi entre Goujet et un rival pour réaliser un travail mêlant force et précision afin d’impressionner Gervaise.

Mais ce XVIII ième arrondissement en pleine mutation puisque rénové par les travaux de Haussmann demandé par Napoléon III, est aussi un quartier de misère et de violence.

L’alcool, très différent du vin réputé fortifier, donner du courage aux ouvriers, celui des distilleries comme l’Assommoir, y fait des ravages et détruit la vie des plus faibles comme Coupeau ou Gervaise.

Le roman de Zola est donc globalement noir, avec le destin tragique d’une pauvre femme ballotée par les évènements, manquant de chance, de discernement ou tout simplement de force de caractère, incapable de saisir les opportunités de sorties comme Goujet qui comme Coupeau présentait tout à fait bien au départ de leur relation.

Si certains passages de « L’Assommoir » sont des merveilles d’écriture, avec le récit de la noce, du repas monumental de quartier, du duel de forgerons, d’autres déchirent l’âme, comme l’agonie de la petite Lalie, ou le lent naufrage de Mr Bru, peintre solitaire relégué à la misère par sa vieillesse.

« L’Assommoir » est aussi le roman de la crapule de Lantier, personnage nuisible et dangereux, symbolisant le faux ouvrier rêvant d’ascension bourgeoise et manipulant les autres par la force des mots.

La sulfureuse Nana, y fait une apparition remarquée, montrant ainsi un fort désir d’échapper au destin éprouvant et misérable d’ouvrier de ses parents, en devenant une prostituée.

De part la précision de son témoignage, sa puissance et sa force vitale d‘œuvre noire, « L’Assommoir » mérite donc pour moi le statut d’œuvre majeure de la littérature.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 22:56

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Abordons maintenant la littérature plus grand public avec « Incidences » de l’auteur à succès Philippe Djian.

Sorti en 2010, « Incidences » raconte le curieux parcours de Marc, professeur de littérature dans une université française, qui ayant la fâcheuse manie de coucher avec ses étudiantes en âge d’être sa fille, découvre un beau matin, que l’une d’entre elles appelée Barbara est morte après avoir eu un rapport sexuel avec lui.

Malgré son expérience, le professeur chevronné panique, prend sa vieille Fiat 500 et se débarrasse du corps de Barbara en le jetant dans un profond gouffre caché aux regards des curieux par une grotte.

Peu expérimenté, il manque cependant de se tuer dans la manœuvre délicate.

Marc fait ensuite preuve de sang froid et se compose un personnage d’innocent pour faire bonne figure auprès de sa sœur Marianne avec qui il vit seul dans une grande maison perdue dans la foret et surtout à l’université, ou son supérieur hiérarchique, le teigneux Richard, l’a dans le collimateur.

Malgré la présence d’un inspecteur de police dans l‘enceinte de l‘établissement, Marc parvient à donner le change et va même jusqu’à rencontrer Myriam, la propre mère de Barbara, légitimement inquiète pour sa fille mystérieusement disparue.

Marc tombe sous le charme de Myriam, et une trouble attirance sexuelle réciproque va alors les emmener dans une liaison charnelle passionnée.

Amoureux pour la première fois d’une femme de son âge, Marc délaisse ses habituels instincts de prédateur sexuel, ce qui gêne considérablement Annie Eggbaum, une de ses jeunes étudiantes, fermement décidée à coucher avec son professeur.

Marc a beaucoup de difficultés à résister aux avances d’Annie, surtout lorsque son père, un puissant maffieux local, le fait passer à tabac pour le persuader de donner des cours particuliers à sa fille.

La relation avec Marianne parait également complexe, avec la vie en quasi autarcie avec cette sœur possessive jalouse des aventures de son frère et qui de surcroit entretient une liaison avec Richard, l’ennemi juré de Marc.

Les affaires de Marc ne s’arrangent guère lorsqu’un policer chargé de le contrôler tombe raide mort devant lui, ce qui l’oblige à se débarrasser également du corps dans le gouffre, non sans cette fois un certain savoir faire.

Tout tourbillonne dans sa tête, la peur d’être finalement découvert et d’aller croupir en prison avec une accusation de double meurtre, un sentiment de décadence due à la vieillesse, de traumatisme lié à la mort de ses parents, la passion avec Myriam dont le mari est dit elle militaire en Afghanistan, la haine de Richard et la trouble relation sexuelle incestueuse occasionnelle avec Marianne.

Ce ne sont pas les longues ballades nocturnes en foret ni les quantités astronomiques de cigarettes fumées qui parviendront à tout à fait dompter les démons intérieurs du vieux professeur.

Au final, Annie finit par collaborer avec lui et lui révéler que Myriam est en réalité un officier de police.

Alors Marc prend la décision radicale d’un suicide par le gaz, emportant avec lui son amante.

En conclusion, « Incidences » est un livre prodigieusement irritant, qui trimballe le lecteur au milieu des états d’âme d’un vieux prof imbu de pouvoir sexuel, pour l’amener vers nulle part si ce n’est un néant terminal sans aucun intérêt.

Plus que cette histoire incroyablement vicieuse et remplie de trous béants, le plus irritant chez Djian semble être ce coté donneur de leçons qui se veulent définitives sur la difficulté de devenir écrivain et la pauvreté du style de la plupart des auteurs.

Ces réflexions sont d’autant plus insupportables que lui-même ne parvient qu’à raser le lecteur avec son style narratif mou et froid.

« Incidences » est donc une très mauvaise expérience donc pour moi et aura agi comme un véritable repoussoir pour la découverte de cet auteur par trop surestimé.

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 10:13

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Détour périlleux vers le cinéma français avec la bien connue « L’auberge espagnole » de Cédric Klapisch.

Sorti en 2002, fortement récompensé par le succès populaire et de la profession, « L’auberge espagnole » raconte l’aventure de Xavier (Romain Duris) qui part pour un an peaufiner ses études à Barcelone avant de se destiner à une carrière de fonctionnaire au Ministère des Finances.

En réalité, Xavier se cherche profondément, hésitant entre une carrière d’écrivain et une plus stable de fonctionnaire.

Après quelques tracasseries administratives et l’incompréhension de son amie Martine (Audrey Tautou), Xavier part avec le programme Erasmus, laissant au passage sa mère envahissante à Paris.

A Barcelone, il prend la décision d’être plus indépendant et opte pour la vie en collocation avec d’autres étudiants de presque toutes les nationalités d’Europe : Wendy (Kelly Reilly) l’anglaise sensible et portée sur l’hygiène, Soledad (Cristina Brondo) la seule espagnole du lot, Tobias (Barnaby Metshcurat) l’allemand sérieux et travailleur, Lars (Christian Pagh) le danois sympathique et relax et enfin Alessandro (Frederico d’Anna) italien volubile.

Entre ces cours et la vie agitée en collocation entre jeunes, Xavier fréquente malgré lui un couple rencontré à l’aéroport, Jean-Michel (Xavier de Guillebon) neurochirurgien imbu de lui-même et sa femme Anne-Sophie (Judith Godrèche) esseulée à Barcelone tandis que son mari travaille énormément.

Jean-Michel demande à Xavier de sortir de sa femme durant son temps libre et le jeune homme tombe progressivement amoureux de cette jeune trentenaire.

Une relation adultère ne tarde pas à s’établir dans le dos du mari qui obnubilé par son travail ne se doute de rien.

Avec les femmes, Xavier bénéficie des conseils de Isabelle (Cécile de France), colocataire belge lesbienne qui devient sa confidente.

Bien entendu selon l’adage loin des yeux loin du cœur, la relation entre Xavier et la trop coincée Martine se délite.

L’arrivée de William (Kevin Bishop) le frère de Wendy met encore plus d’animation dans la colocation, mais ce frangin peu fin et perclus de clichés, embarrasse plus qu’il ne réjouit avec ses blagues caricaturales sur les différentes nationalités.

William se rendra pourtant utile lorsqu’il sauvera la mise à sa sœur, au lit avec un amant américain alors que son petit ami anglais Alistair (Iddo Goldberg) débarquait sans prévenir.

Devant l’urgence de la situation il n’hésitera pas à se mettre au lit avec l’américain en se faisant passer pour homosexuel.

Au final, Jean-Michel apprend pour la relation entre Thérèse et Xavier et y met fin brutalement.

L’heure des adieux approche inexorablement et Xavier dit au revoir à ses amis d’une année, le cœur gonflé d’émotion.

Le retour à Paris est difficile, le jeune homme étant forcément changé par son expérience espagnole.

Il comprend que sa vie n’est pas celle à laquelle il aspire.

Exit donc Martine et le poste au Ministère des Finances duquel il part en courant.

Place à une vie plus bohème d’écrivain mais sans doute conforme à ses aspirations profondes.

En conclusion, « L’auberge espagnole » est sans doute un film culte pour bon nombre d’étudiants ou d‘anciens étudiants, qui se seront reconnus dans le parcours du jeune Duris.

En effet, le voyage à l’étranger est jugé pour beaucoup comme un passage initiatique important pour se former avant une retour sans doute trop prévisible à la « normalité » d’une vie plus rangée et monotone.

Mis à part ce petit coté nostalgique donc d’une jeunesse envolée, d’émotions et d’amis fugitifs qu’on ne reverra sans doute jamais, « L’auberge espagnole » souffre d’une durée excessive, d’un rythme lent et d’une certaine platitude des situations.

Tout parait convenu, y compris les échanges entre les différents étudiants aux personnalités assez superficielles, mis à part peut être l’anglaise Wendy.

Même la relation adultère est assez peu excitante.

Pour contre balancer ce coté gentillet et fade, on pourra se laisser entrainer par le chaleur ensoleillée de Barcelone et par quelques vrais moments d’émotions, surtout à la fin du film, ou le héros trouve finalement sa voie en s’extirpant de ses doutes personnels ce qui confère au film une force finale assez inattendue.

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 20:23

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Nous nous replongeons à présent dans les profondeurs de la carrière de Bernard Lavilliers avec « O gringo » premier de ses albums métissés à connaitre un fort succès commercial.

Revenu d’un voyage aux Amériques (du Nord, Centrale et du Sud), Lavilliers s’entoure de musiciens de studio pour son déjà sixième déjà album.

Sorti en 1980, « O gringo » et sa pochette estampillée 100% baroude et aventure, débute par un titre rapide et dur « Rock city » hommage un peu trop ânonné à la froide dureté de New-York.

Comme son nom l’indique, « La salsa » embraye directement sur les rythmes salsa cubains et porto ricains, bien sur plus sensuels et ensoleillés.

Nanard bande à nouveau ses muscles tatoués pour délivrer un nouveau titre rock avec « Traffic » beaucoup plus électrique et puissant puis se mue à nouveau en bellâtre bronzé et caressant sur le rythme bossa nova de « O gringo » voir nonchalant sur le « Sertao » texte trop froidement déclamé sur la musique du nordeste brésilien.

Une ballade « Attention fragile » pénible comme la pluie incessante de ce mois de mai vite balayée par « Pierrot la lame » nouvelle ondoyante à la salsa.

Mangeant à tous les râteliers, Lavilliers verse ensuite dans le reggae jamaican avec « Stand the ghetto » assurément l’une de ses meilleurs réussites bercée par un groove hypnotique et enfumé, enchainé d’un « Kingston » coloré et vivant.

L’album se termine sur « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » plus centré sur le charme des textes/voix du chanteur que sur une recherche musicale poussée.

En conclusion, on comprend à son écoute que « O gringo » fut un grand succès.

En habile voyageur, Bernard Lavilliers est revenu de ses périples lointains en capturant les sons des Amériques, aussi bien du nord (avec le rock) que du sud (salsa, bossa nova, forro) avec un inévitable crochet vers l’ile jamaïcaine et son universel reggae.

L’usage qu’il en fait est astucieux et produit un résultat varié, exotique et multicolore, parfois trop serait on tenté de dire.

En effet, avec ce caméléon musical sautant d’une ambiance à l’autre, il est parfois difficile de savoir sur quel pied danser.

Même si les rythmes l’emportent ici souvent sur les textes, « O gringo » demeure à écouter pour ses deux tubes « Stand the ghetto » et le moins connu « Traffic ».

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 20:20

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En 2012, Iggy pop sort dans la plus parfaite continuité de « Préliminaires » « Après » un pur album de reprises piochant majoritairement dans le répertoire de la chanson française.

L’Iguane  tout de blancheur immaculée vêtu, s’entoure ici d’un groupe de musiciens à géométrie variable avec Steven Ulrich à la guitare électrique, Hal Cragin à la basse et plusieurs batteurs (Kevin Hupp, Jerry Marotta, Ben Perowsky) et musiciens additionnels.

Iggy s’attaque tout d’abord à un monument de chanson française le « Et si tu n’existais pas » de Joe « fuckin » Dassin, dans une version douce, fluide et éthérée ou la voix du maitre se fait caressante et sensuelle.

La mue du lézard habituellement griffant et tortillant sa queue pleine d’épines est aussi surprenante qu’impressionnante.

« La javanaise » de Serge Gainsbourg est habité d’un feeling analogue auquel l’accent si ricain du chanteur confère une légère touche d’exotisme.

On délaisse la langue de Molière pour retourner aux racines de la musique pop US en rendre hommage à « Everybody’s talkin » de Harry Nilsson  ballade élégante magnifiée par la belle voix caverneuse du véritable King of Pop.

Comment résister à  la reprise de « I’m going away smiling » de Yoko Ono, d’une profondeur et d’une tristesse prompte à fissurer votre âme en millions de petits éclats ?

Retour au patrimoine français avec l’inévitable Edith Piaf et sa « Vie en rose » ralentie à l’extrême, titre toujours difficile pour moi à entendre surtout dans la bouche d’un punk-rocker de la trempe d’Iggy.

Moins connu vient « Les passantes » de Georges Brassens plombé par l’absence total de groove et part le fort accent du chanteur qui rend à peine audible les paroles.

Iggy n’oublie pas non plus Henri Salvador et rend un hommage feutré et élégant à son « Syracuse » déjà particulièrement poétique et émouvant.

La page française se tourne alors définitivement et Iggy s’attaque ensuite aux standards de la musique US avec « What is this thing called love ? » du jazzman Cole Porter dans une version d’une extrême lenteur et sensibilité,  « Michelle » la ballade des Beatles avec quelques jolis  refrains en français et enfin pour finir « Only the lonely » du maitre Frank Sinatra beaucoup trop statique.

En conclusion, « Après » bien que moins poignant et plus bigarré que « Préliminaires » est cependant un disque de haute qualité méritant le plus grand respect.

Arrivé à son âge avancé, Iggy se fait plaisir et nous donne un immense plaisir en délaissant sa carapace de reptile clouté, pour s’aventurer sur des territoires moins balisées ou ses gouts personnels peuvent sans doute mieux s’exprimer.

Intime, doux, chaud et sensuel, « Après » ne fonctionne sans doute que parce que le chanteur est Iggy pop et que sa belle voix grave sait à merveille caresser un auditeur plus habitué à se faire malmener.

Les standard US et français se mélangent ici harmonieusement dans un cadre feutré, doux et romantique ou les guitares furieuses et les tempo frénétiques sont envoyés au vestiaire.

J’apprécie pour ma part beaucoup les incursions d’Iggy pop dans ce domaine plus cérébral, apaisé et mature.

Les fans de rock punkoide et d’excès de décibels seront sans doute furieux et n’auront qu’une seule envie : détruire ce disque.

Qu’ils se rassurent : Iggy revient en 2013 leur livrer une nouvelle galette des Stooges, donc forcémment beaucoup plus rock ‘n’ roll.

Pour ma part, avec ce disque magnifque et adulte, Iggy prouve qu’il est toujours le plus grand.

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