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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 21:38
Celui qui voulait voir la mer (Bernard Clavel)

Un an après « La maison des autres » sort la seconde partie de « La grande patience » en 1963 : « Celui qui voulait voir la mer » de Bernard Clavel.

Rentré chez ses parents à Lons-le-Saulnier, le jeune Julien Dubois aspire à une forte indépendance après son expérience d’apprenti pâtissier à Dole et décide de se faire embaucher comme responsable de supervision d’une usine à Lyon appartenant à un certain Monsieur Martin.

Cette nouvelle bouleverse sa mère qui espérait le retenir au foyer familial et lui faire reprendre des études, comme l’indiquent ses démarches auprès de l’ex instituteur de Julien, Mr Gruat, qui se montre sceptique sur ses réelles capacités artistiques.

Acceptant mal de vieillir, Madame Dubois se dispute continuellement avec son mari Gaston, un ex boulanger affaibli par des maladies pulmonaires chroniques.

Mais à l’été 1939, la situation internationale devient explosive et la guerre semble inévitable avec l’Allemagne nazi.

Les Dubois apprennent le licenciement de Julien qui a plus mené une vie de bohème et d’étudiant aux Beaux Arts à Lyon qu’une vie de travailleur consciencieux.

Le retour du fils est finalement plutôt bien perçu mais l’invasion de la Hollande et de la Belgique par l’Allemagne est le signal déclencheur du conflit tant redouté.

Pressé par sa femme, Gaston accepte à contre cœur qu’on creuse un tranchée dans son jardin pour se protéger d’éventuels bombardements.

Entre rester pour défendre ses biens face aux pillages ou de quitter Lons pour échapper aux Allemands, un violent dilemme agite la famille Dubois.

Finalement, les parents acceptent que Julien fuie à vélo vers le Sud.

Guillemin un déserteur de l’armée hébergé temporairement dans la maison familiale, apporte des nouvelles du Nord ou la déroute française s’avère totale.

Les Dubois cachent Guillemin tandis que les Allemands arrivent à Lons-le-Saulnier.

Piqué au vif par une demande insistante du conseiller municipal Vintrenier, Gaston accepte de refaire du pain aidé de Guillemin afin de nourrir les habitants qui commencent à manquer de biens essentiels.

Contre toute attente, les Dubois sont obligés de nourrir aussi les Allemands qui se montrent du reste très civilisés pour une armée d’occupation.

Une fois l’armistice signée, Guillemin trouve le courage de rentrer chez lui à Villefranche-sur-Saône et fait ses adieux à ses bienfaiteurs.

A mesure que les jeunes hommes reviennent à la ville, la mère Dubois s’inquiètent de plus en plus pour son Julien qu’elle imagine mort.

Julien tarde effectivement à rentrer et les semaines passent, augmentant l’inquiétude de ses parents d’autant plus qu’un soldat leur rapporte la mort du fils Butillon, une forte tête tuée pour indiscipline.

Mais finalement Julien revient et avoue être allé jusqu’à Toulouse et avoir trainé par le Midi pour voir la mer avant de retrouver les siens.

La désinvolture du fils est finalement pardonnée, la joie de le retrouver intact l’emportant sur le ressentiment de son absence.

En conclusion, après la puissante évocation naturaliste de « La maison des autres » « Celui qui voulait voir la mer » est une déception par sa suite trop convenue basée sur une intrigue faible sous exploitant la puissance dramatique de l’invasion allemande de la Seconde guerre mondiale.

Ouvrage de transition narrant les tourments d’une mère s’inquiétant légitimement pour l’avenir de son jeune fils aux vocations artistiques incongrues dans une période troublée, « Celui qui voulait voir la mer » manque cruellement d’originalité et ne contient aucun élément particulièrement marquant méritant de s’y attarder.

J’attends donc avec impatience la troisième partie de « La grande patience » pour me forger une opinion plus nette de l’œuvre de Clavel.

Celui qui voulait voir la mer (Bernard Clavel)
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 21:28
La maison des autres (Bernard Clavel)

En cet hiver 2016 l’envie m’est venue de lire naturellement Bernard Clavel, auteur jurassien à l’abondante production qui nous quitta récemment en 2010.

Sorti en 1962, « La maison des autres » est le premier roman d’une série de quatre appelée « La grande patience ».

L’histoire prend place dans le Jura en 1937 ou Julien Dubois un adolescent de quatorze ans quitte l’école contre l’avis de ses parents pour partir en apprentissage en pâtisserie dans la ville de Dole.

Julien qui est hébergé chez son oncle Pierre et sa tante les Dantin, dans un petit village près de Lons le Saulnier les quitte donc pour aller s’établir chez le couple de patrons qui l’emploie, les Petiot.

A Dole, il découvre la rudesse de la vie d’apprenti, avec le réveil aux aurores pour faire chauffer le four, aider le chef à faire les croissants, les courses périlleuses en vélo aux quatre coins de la ville avant de terminer par d’harassantes corvées de plonge et de nettoyage.

Les premiers jours sont difficiles à supporter pour Julien d’autant plus qu’il est piqué la nuit par de vicieuses punaises mais le jeune garçon s’accroche, aidé en cela par la solidarité avec les autres employés : Maurice Laurent, la vendeuse Colette Parisot, le second Victor Bressaud et le Chef André, un homme exigeant mais généreux.

Avec le temps, Julien découvre la véritable personnalité de son patron, M Petiot, un ex combattant de 1914-1918, qui ne cache pas sa haine des hommes politiques, mouvements de gauche et exploite sans vergogne ses employés.

Lorsque durant ses rares jours de congés, Julien revient voir son oncle et sa tante, son état de fatigue les inquiètent.

Ex fonctionnaire et homme de gauche convaincu, Pierre Dantin estime que Julien ne devrait pas accepter les conditions abusives de son apprentissage mais ne parvient pas à le convaincre de se rebeller ou de quitter Petiot.

Serrant les dents, Julien continue par défi personnel, acceptant sans regimber les conditions difficiles imposées par ses patrons.

Le travail manuel auquel s’ajoutent des séances de boxe nocturnes avec les autres apprentis de la ville développent ses muscles et lui donnent une aisance corporelle le faisant paraitre plus mature.

Mais après quelques incidents, Petiot prend progressivement en grippe Julien avant que la guerre entre les deux hommes ne se déclare franchement lorsque le patron reçoit la visite de Pierre Dantin qui tente de le rappeler à l’ordre.

Soupçonnant Julien d’être un agitateur de la C.G.T après qu’il ait pris sa carte en suivant l’exemple de Colette, Petiot laisse éclater sa haine contre ce jeune homme rebelle qui accomplit néanmoins sa tache quotidienne sans se plaindre.
Entre insultes, menaces de licenciement et coups mal ajustés, Petiot sait pertinemment qu’il a trop besoin de son apprenti pour aller trop loin.

Malgré ce climat de tension, Julien laisse transparaitre son tempérament artistique par des dessins d’une belle femme sosie de Marlène Dietrich qu’il observe passer chaque jour ou par des poèmes qu’il écrit pour cette muse en apparence aussi inaccessible que l’actrice américano-allemande.

Il fantasme également sur une carrière de boxeur à la Joe Louis, le champion noir américain de l’époque et de conduite de voiture de sports aux États-Unis.

Un tournant a lieu lorsque son oncle aimé meurt d‘une crise d‘apoplexie, ce qui ravage le cœur de Julien.

Après le choc de l’enterrement et le départ de sa tante, Julien se rend souvent sur sa tombe avec sa chienne, confiée à un vieux voisin.

Le vivant et fantasque Victor quitte la pâtisserie pour le service militaire et Edouard Cornut un nouvel ouvrier arrive chez Petiot, devenant vite un indicateur sournois à la solde de Petiot.

Julien parvient cependant à connaitre l’amour dans les bras d’une femme de chambre d’un hôtel mais paye cher sa folle nuit blanche lorsque dormant debout, il chute dans le canal du Doubs perdant par la même occasion son vélo et la précieuse pièce montée qu’il devait livrer pour un mariage.

Dénoncé par Cornut, Julien évite de peu le combat de trop face à Petiot et reçoit toute la solidarité de ses collègues qui attirent le dénonciateur dans un guet apens pour le frapper et l’humilier.

Mais en 1939, le Chef est mobilisé à son tour et doit quitter la pâtisserie, laissant ses outils de travail à Julien dans un émouvant adieu.

Son contrat s’achevant, Julien quitte non sans soulagement la pâtisserie, sous l’œil scandalisé de Petiot, en grande difficulté depuis le départ du Chef.

Il retourne grandi, apaisé et nourri d’une nouvelle expérience chez ses parents à Lons-le-Saulnier dans un climat menaçant de Seconde guerre mondiale après l’attaque de la Pologne par l’Allemagne…

En conclusion, roman largement autobiographique, « La maison des autres » se révèle une découverte réellement plaisante.

Sur un sujet en apparence peu attractif pour moi, Clavel réussit à maintenir l’intérêt du récit avec notamment quelques pages sublimes d’émotion comme lors de l’enterrement de l’oncle.

La rudesse mais aussi la noblesse des métiers manuels sont remarquablement mis en valeur, ainsi que la vie d’un adolescent rêveur des années 30 en Franche Comté.

Derrière ce récit plein de vie, pointent les grands enjeux de l’époque en France, le Front populaire, la montée des grands mouvements syndicalistes et l’angoissante approche de la Seconde guerre mondiale…

Un première expérience très plaisante donc qui me pousse à lire prochainement la suite de « La grande patience ».

La maison des autres (Bernard Clavel)
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 19:19
Grand central (Rebecca Zlotowski)

Rien de tel qu’un peu de cinéma pour changer d’atmosphère, aussi voici « Grand central » de Rebecca Zlotowski.

Sorti en 2013, « Grand central » raconte la vie de Gary (Tahar Rahim), un jeune ouvrier précaire sans qualification qui un peu perdu dans sa vie, s’adresse à une agence d’intérim pour travailler dans une des centrales nucléaires de la région lyonnaise.

Il est accompagné de Tcherno (Johan Libéreau) lui aussi chercheur d’emploi mais au tempérament de délinquant, qui exerce toute sorte de trafics avec des gitans vivant à proximité.

Après une courte formation théoriques, les deux hommes rencontrent les anciens de la centrale et sont briefés par Gilles (Olivier Gourmet), un rugueux chef d’équipe qui leur apprend à acquérir les mécanismes des taches qu’ils auront à accomplir ainsi qu’à surveiller en permanence la dose de radiation qu’ils emmagasineront à chaque intervention.

Gary découvre la vie en collectivité dans des baraquements sommaires et des interventions difficiles en scaphandre dans des zones contaminées.

Au détour d’une soirée arrosée, il tombe sous le charme de Karole (Léa Seydoux) la compagne de Toni (Denis Ménochet) lui aussi ouvrier expérimenté et proche de Gilles.

Sensuelle et libre, Karole couche avec lui naturellement dans les forets avoisinantes tout en restant en apparence fidèle à Toni.

Le jeune homme s’offre des virées avec Tcherno et Isaac (Nahuel Perez Biscayart) après l’achat d’une voiture aux performances gonflés par le génie mécanique des gitans.

Les incidents à la centrale sont fréquents et Gary est souvent exposé aux radiations.

Au cours de l’un d’entre eux il sauve la vie de Tony en train d’étouffer dans sa combinaison mais est sévèrement irradié aux mains.

Ebranlé par l’incident, Olivier dont la vi privée est un naufrage prend la décision de tout arrêter et quitte l’équipe.

Désireux de rester, il tient tête à Morali (Marie Berto) responsable de la santé des hommes qui a découvert qu’il trichait aux tests de radioactivité et lui promet de disparaitre une fois la fin de l’arrêt de la tranche effectué.

La raison de son entêtement est en réalité Karole qui enceinte de lui, a finalement tout avoué du bout des lèvres à Tony.

Ceci ne déstabilise pas le rude ouvrier qui en retour la demande en mariage.

Après le mariage, la soirée dégénère et une lutte éclate entre Tony et Gary.

Jeté à terre et sévèrement tabassé, Gary quitte les lieux mais est finalement rejoint par Karole…

En conclusion, « Grand centrale » est un film naturaliste dont le principal intérêt est décrire un monde relativement méconnu, celui des ouvriers du secteur nucléaire, notamment tous ces intérimaires jonglant avec leur santé dans l’espoir d’un meilleur salaire.

Dans ce monde précaire de brutes portées sur l’alcool et la nourriture, le sexe prend une place inattendue et une véritable histoire d’amour se noue entre deux des acteurs les plus en vue du cinéma français, le fragile Tahar Rahim et la bombe sensuelle Léa Seydoux dont le visage énigmatique, les longues jambes et les seins haut perchés crèvent l’écran.

Tout en appréciant la justesse et la finesse du propos, on reprochera au film son atmosphère sinistre, glacée et son rythme un tantinet lent et contemplatif.

Malgré cela, « Grand centrale » se situe dans la (bonne) moyenne du cinéma français.

Grand central (Rebecca Zlotowski)
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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 21:29
Jeune et jolie (François Ozon)

Cinéma français avec « Jeune et jolie » de François Ozon.

Sorti en 2013, « Jeune et jolie » est un film étrange abordant un sujet sensible, la prostitution de jeunes filles, qu’elles soient étudiantes ou lycéennes donc mineures.

Isabelle (Marine Vacth) a dix sept ans et sent son corps à la faveur d’un été dans le Sud de la France entre plage et mer, tenaillé par le désir sexuel.

Avec la complicité de son petit frère Victor (Fantin Ravat), Isabelle cède aux avances d’un beau jeune allemand appelé Félix (Lucas Prisor) et a son premier rapport sexuel sur la plage.

Sa réaction très froide, est étrange et lui fait mettre instantanément beaucoup de distance avec le jeune homme qui ne comprend pas ce brusque revirement.

De retour à Paris, Isabelle change brutalement de vie, met une annonce sur Internet et se prostitue dans des hôtels parisiens ou elle rencontre des hommes plus âgés.

Usant de stratagèmes pour cacher à ses parents ses tenues, son maquillage et son argent, Isabelle fréquente plus assidument Georges (Johan Leysen) un client âgé mais doux et correct qu’elle aperçoit même par hasard au théâtre.

Avec le temps, une relation se noue…

Bien entendu tous les clients ne sont pas aussi agréables que Georges et Isabelle rencontre souvent des rustres qui l‘insulte ou la dominent dans des voitures, ce qui ne la rebute pas plus que cela.

La jeune femme semble accro au sexe tarifé, incapable de contenir cette envie qui lui dévore le corps.

Elle a du mal à soutenir son attention dans ses études dans le très bourgeois lycée Henry IV et se dispute souvent avec sa mère Sylvie (Géraldine Pailhas).

Mais un jour un drame survient, Georges qui prend du viagra pour faire l’amour perd connaissance et meurt, victime d’un malaise cardiaque.

Paniquée, Isabelle tente sans succès un massage cardiaque, se blesse au front et quitte l’hôtel sans alerter quiconque.

Bien entendue la police retrouve sa trace et contacte ses parents.

Sylvie est anéantie, son beau père Patrick ( Frédéric Pierrot) sans beaucoup d’autorité.

Après une altercation, elle prive sa fille de sortie et la traine devant un psychiatre.

Isabelle fait front, n’expliquant ni n’exprimant aucun remord quand à sa conduite, qu’elle justifie vaguement par un désir d’expériences fortes, d’imaginaire et d’inconnu.
Elle semble rentrer dans le droit chemin troquant prostitution contre baby sitting et fréquentant des jeunes de son âge comme Alex (Laurent Delbecque) qu’elle rencontre a une soirée et avec qui elle couche.

Ce revirement apparent rassure Sylvie mais Isabelle conserve une grande froideur à l’égard des hommes, rejetant brutalement son jeune amant après la première fois.

Alors qu’elle rallume le portable qui lui servait à faire des passes, elle tombe sur un message d’Alice (Charlotte Rampling) la veuve de Georges qui lui donne rendez vous dans l’hôtel ou son mari est mort.

Un échange pacifique s’instaure entre les deux femmes, Alice voulant simplement obtenir des informations sur les derniers instants de son mari puis la quitte.

En conclusion « Jeune et jolie » est un film dérangeant rappelant à bien des égards le « Belle de jour » de Luis Buñuel, la magie du réalisateur et la blondeur glacée de Deneuve en moins.

Le processus est pourtant identique, une jeune fille d’un milieu bourgeois parisien, se lance dans une spirale sans fin de sexe non pour l’argent mais pour donner de l’excitation à une vie monotone.

Comme Buñuel, Ozon n’explique pas car les pulsion ne s’expliquent pas, surtout lorsqu’elles sont plus fortes que les règles morale de la société.

Le résultat est un film aussi froid et nauséeux que son héroïne, la maigre et blafarde Marine Vacth qui s’accouple mécaniquement avec des hommes de l’âge de son père ou plus.

Pour autant la réalisation habile d’Ozon parvient à atténuer un peu la minceur du scénario et le peu de charisme d’acteurs incroyablement communs de bourgeois français.

Sans grand intérêt au final donc comme la plupart de la production dite "française"…

Jeune et jolie (François Ozon)
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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 21:36
Mariage à Mendoza (Edouard Deluc)

Plus de légèreté avec « Mariage à Mendoza » d’Edouard Deluc.

Sorti récemment en 2013, ce petit film raconte le périple de deux frères issus de pères différents, Antoine (Nicolas Duvauchelle) et Marcus (Philippe Rebbot) aussi dissemblables physiquement que mentalement qui se rendent en Argentine pour le mariage de leur cousin à Mendoza.

A Buenos Aires, Marcus joue le rôle de l’échalas bout en train, cherchant à égayer son frère mutique et déprimé par une récente rupture d’avec sa femme.

En baragouinant un espagno-franco-anglais de cuisine, le duo sort, discute avec des filles dans un bar, erre dans les rues puis se rend dans un bordel, sans toutefois conclure avec les prostituées présentes.

Marcus sympathise avec Gonzalo (Gustavo Kamentzky) le gérant de l’hôtel qui a lui aussi connu des peines de cœur et qui accepte de leur servir de guide dans le vignoble argentin.

Après avoir loué une vieille Cadillac, le trio s’engage sur les routes poussiéreuses et après quelques haltes dégustatives, échoue chez Emilio (Cesar Bordon), un viticulteur, mais surtout compagnon de l’ex femme de Gonzalo.

Malgré la présence de la sympathique Gabriela (Paloma Contreras) jeune et belle serveuse francophone, la soirée ne tarde pas à dégénérer lorsque Gonzalo assomme son rival et Antoine enfin ranimé lui dérobe quelques bouteilles de vins.

La réaction d’Emilio est terrible et se solde par une salve de chevrotine qui blesse Antoine au ventre et oblige le trio à fuir avec dans la confusion, Gabriela à leurs cotés.

C’est donc à quatre que l’aventure continue, mais la jeune fille bien qu’aimable remet Marcus à sa place dans ses tentatives d’approches.

Finalement Antoine, plus jeune, est le seul à obtenir les grâces de Gabriela.

Après le vol de leur voiture, heureusement récupérée après avoir menacé les gamins l’ayant dérobée, se révèle la maladie de Marcus, dépressif et suivi depuis six mois.

Victime de malaise, l’homme parait fragile et réellement souffrir.

Il est finalement soutenu par ses amis et en particulier Antoine qui profite de cette aventure pour se rapprocher de son frère.

Finalement arrivé à Mendoza, les deux frères retrouvent Xavier (Benjamin Biolay) qui épouse une native du village.

La fête, arrosée de cocaïne, bat son plein et soude les trois hommes …

En conclusion, « Mariage à Mendoza » a tous les attributs du road movie parsemé de rencontres fortuites et d’aventures.
Malgré ce postulat sympathique, le résultat est gâché par le jeu horripilant des acteurs, en particulier Duvauchelle, parfaite tête à claques même si Rebbot, sorte de vieux échalas déplumé est également pathétique dans son rôle de dragueur paumé.

Accumulant les clichés de franchouillards à l’étranger, « Mariage à Mendoza » est un parfait film pour bobos débiles se voulant supérieurement intelligents.

A fuir de toute urgence donc !

Mariage à Mendoza (Edouard Deluc)
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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 21:23
Le ventre de Paris (Emile Zola)

Retour avec plaisir à la littérature française avec « Le ventre de Paris » roman d’Emile Zola.

Paru en 1837, « Le ventre de Paris » a pour scène principale les Halles de Paris, devenus au milieu du XIX ième siècle, une énorme plaque tournante ou les agriculteurs et maraichers des zones encore rurales de ce qui deviendra la banlieue parisienne, viennent vendre leurs marchandises.

Le héros du roman est Florent Quenu, ex professeur arrêté dans la confusion du coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte, qui revient d’une audacieuse évasion au bagne de Cayenne.

Épuisé après une longue cavale, Florent rejoint Paris ou il détient encore des racines familiales par l’intermédiaire de son demi frère Quenu, qui conserve en souvenir de leur enfance une véritable affection à son égard.

Propriétaire d’une prospère charcuterie aux Halles, Quenu accepte de loger Florent chez lui, sa femme la pulpeuse Lisa se proposant même malgré une gène évidente de son mari de lui restituer sa part du conséquent héritage paternel.

Mais revenu en apparence blasé de tout, Florent décline poliment l’offre mais accepte malgré tout le logement au dessus de l’enseigne qui tourne à plein régime.

Pourtant, dans le microcosme des commerçants de Halles tout se sait très vite notamment par le commérage de la vieille fille mademoiselle Saget, aussi Lisa pousse t elle son désœuvré beau frère plus enclin à trainer avec le peintre Claude dans ses pérégrinations, à remplacer un inspecteur de marée à la santé déclinante, Verlaque.

Après de nombreuses hésitations relatives à la peur d‘être signalé à la préfecture, Florent accepte sous la pression, le poste et prend ensuite place au cœur des Halles.

Le métier est difficile et consiste la plupart du temps à arbitrer en tant que juge de paix, les conflits entre poissonnières rivales et clients mécontents.

Mince et peu sur de lui, Florent a toutes les peines du monde à se faire respecter notamment par la famille Mehudin dont la fille appelée la Belle Normande est la rivale en beauté de Lisa.

Malgré cela, Florent finit par gagner les bonnes grâces de Claire un des filles Mehudin mais surtout de Lisa en donnant des cours particuliers à son fils le garnement Muche.

Florent est pourtant habité par de profondes pensées révolutionnaires et se met à fréquenter un groupe de dissidents politiques se réunissant chez Monsieur Gavard.

Dans ces réunions, le passé de bagnard de Florent ressurgit, lui assurant un prestige certain dont il use pour prendre le dessus sur les purs théoriciens comme.

Les bruits bruissent, enflent et courent dans les Halles, alertant Lisa qui s’inquiète des dangereuses activités de son beau frère, des risques pour son mari, son commerce et sa réputation.

Finalement, Florent est un beau jour découvert par Mademoiselle Saget et trahi par Lisa qui trouvant des éléments tangibles montrant qu’il prépare une insurrection avec ses amis, le dénonce à la police.

Une descente de police a donc lieu chez les Quenu puis chez les révolutionnaires qui sont un à un arrêtés.

Seule Claire reste fidèle jusqu’au bout à son cher Florent, la Belle Normande retournant finalement sous la pression de sa Mère sa sympathie pour lâcher le jeune homme, condamné à nouveau au bagne et se ruer sur le magot de Gradelle, un des conjurés.

On comprend donc que considéré comme un intrus et un menace dans le monde des Halles, Florent qui incarnait la figure du révolutionnaire, ne pouvait qu’être éliminé.

En conclusion, « Le ventre de Paris » est un roman à l’intrigue assez mince, brillant essentiellement par son incroyable puissance naturaliste et les innombrables descriptions des Halles que ce soit par son architecture massive, monstrueuse ou par la vie de ses habitants commerçants de viandes, poissons, fruits et légume ou fleurs.

Zola réalise donc un impressionnant travail descriptif transcendant la vitalité de ce quartier du Paris du XIX ième siècle avant qu’il ne soit déplacé à Rungis.

Dans ce monde ou règne le désir de réussite sur fond de rivalité acharnée, la figure du dangereux idéaliste ayant des velléités de bouleversement de l’ordre établi, ne peut survivre et est irrémédiablement condamnée à la destruction par une communauté partageant des buts matérialistes identiques.

Pas le plus grand roman de Zola donc, mais demeure malgré tout digne d’intérêt.

Le ventre de Paris (Emile Zola)
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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 10:15
Paris (Cédric Klapisch)

Toujours en délicatesse avec Cédric Klapisch et le cinéma français en général, j’ai néanmoins regardé « Paris ».

Avec ce film au titre sobre sorti en 2008, Klapisch peint en plein hiver parisien le quotidien de plusieurs personnages gravitant dans la capitale française en se centrant sur Pierre (Romain Duris), jeune homme dont la carrière de danseur au Moulin rouge prend un tournant inattendu lorsqu’il apprend qu’il souffre d’une maladie du cœur en apparence incurable.

Ebranlé, le jeune homme qui se sait à plus ou moins courte échéance condamné, se replie sur lui-même dans son petit appartement parisien non loin du cimetière du Père Lachaise qui lui rappelle chaque jour l’issue un peu plus proche.

Il reçoit néanmoins le soutien de sa sœur ainée Elise (Juliette Binoche), qui n’hésite pas à demander de lever le pied avec son métier d’assistante sociale, pour s’installer chez lui avec ses deux enfants.

Jeune quadragénaire divorcée, Elise connait elle aussi une période de flottement dans sa vie.

Tandis que Pierre observe les gens vivre du haut de sa fenêtre, notamment sa jeune et belle voisine étudiante Laetitia (Mélanie Laurent), Elise fait le marché et côtoie une communauté de marchands gravitant autour du marché de Rungis.

On retrouve ainsi le fruitier Jean (Albert Dupontel), qui vit mal le comportement excentrique de son ex femme Caroline (Julie Ferrier) et son rapprochement avec le lourdingue Franky (Gilles Lellouche) le poissonnier.

On termine avec les commerçants par la boulangère (Karin Viard), aigrie, dure et pétrie d’a priori qui consent néanmoins à faire travailler une jeune femme d’origine maghrébine Khadija (Sabrina Ouazani).

Du coté des sphères plus « bobo » de la capitale, l’action se centre sur l’historien Roland Verneuil (Fabrice Lucchini) spécialiste de Paris, en pleine dépression après la mort de son père qui entretient des rapports conflictuel avec son frère Philippe (François Cluzet), architecte à succès dont la vie apparait en comparaison plus rangée avec femme et enfant.

Roland s’éprend de Laetitia qui est son élève à la Sorbonne, lui envoie des texto anonyme, finit par coucher avec elle, même si la jeune femme préfère Rémy (Joffrey Platel) un bel étudiant dans ses âges.

Le couple Pierre-Elise passe du temps ensemble, en sortant leurs vielles photos de famille ou en écoutant leurs vieux vinyles.

Malgré la peur, Pierre semble accepter plutôt sereinement son destin.

Après avoir constaté que la jolie voisine avait un petit amie, Pierre tente avec l’aide de sa sœur d’avoir une dernière fois des rapports sexuels avec une collègue de travail mais la manœuvre trop artificielle échoue.

Du coté des marchands, les débordements dus à l’alcool entrainent des scènes tordues comme l’humiliation de Caroline par Franky qui l’utilise comme une brouette.
Alors que ce couple hors norme tend à se rapprocher, Caroline décède brutalement dans un accident de moto.

Ivre de chagrin, Jean disperse ses cendres en haut de la Tour Montparnasse.

La fin du film est consacrée à la fête, avec deux soirées quasiment en parallèle, une organisée par Elise pour son frère diminué, l’autre entre filles à Rungis avec à la clé, exploration des immenses entrepôts du « Ventre de Paris ».

Au final, Elise repousse les avances d’un jeune homme noir (Marco Prince) et tombe par hasard sur Jean au marché.

Les deux quadra brisés finissement par devenir amants.

Pour finir, Pierre reçoit l’annonce de la disponibilité d’un donneur pour tenter une transplantation cardiaque.

Courageusement il accepte de tenter l’aventure et prononce un adieu à sa sœur, simple et en forme de « Merci ».

Il se laisse ensuite conduire en taxi jusqu’à l’hôpital, regardant peut être une dernière fois la beauté de la ville.

En conclusion, « Paris » est un film particulièrement profond et remuant qui traite de sujets tabous comme la mort ou plus précisément la brièveté de la vie comme l’avaient déjà remarqué des philosophes comme Sénèque.

Klapisch s’en sort à merveille avec ses acteurs fétiches comme Romain Duris, impressionnant de sobriété et de subtilité, les autres officiant dans des registres plus convenus.

La partie consacrée aux derniers instants d’un jeune homme se sachant condamné avec en appui sa sœur soudainement redevenue proche et les chassé croisés au cœur de la ville sont pour moi les parties les plus réussies.

Pour le reste les histoires de prof bobo se tapant leurs étudiantes, des gros beaufs de Rungis carburant au litron de rouge, les remarques racistes des boulangères ou la volonté d’Africains désireux de venir sur place, ne pèsent au final par bien lourd dans le propos final.

Autre point fort, cette fois visuel, l’hommage rendu à Paris qui peut être magique lorsque la luminosité (ne été ou hiver) vient sublimer la beauté de ses monuments.

On notera également la scène de dispersion de cendres en haut de la Tour Montparnasse, également forte et à contrepied des habituels clichés « nature » du genre.

Malgré donc les quelques habituels défauts du metteur en scène, « Paris » demeure une belle œuvre qui comblera sans doute sur le fond et la forme les amateurs de cinéma dit « intelligent ».

Paris (Cédric Klapisch)
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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 23:02
Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet)

En 2009, Jean-Pierre Jeunet est assurément au sommet de son art, encore sur la lancée de l’immense succès mondial de son « Amélie Poulain » et l’ouverture sur le monde que son style graphique unique lui a apportée.

C’est à cette instant que sort « Micmacs à tire-larigot » qui derrière ce titre improbable cache une histoire elle aussi improbable d’un homme appelé Bazil (Dany Boon), petit employé d’un magasin de location de Dvd, qui prend un soir par un concours de circonstances malheureux une balle dans la tête.

Bazil survit assez miraculeusement a cet incident met perd son travail et apprend qu’il va devoir vivre avec cette balle dans le crane.

Livré à lui-même et dormant dans la rue, Bazil reçoit l’aide d’une société de marginaux ferrailleurs dirigée par Placard (Jean-Pierre Marielle).

Il est rapidement adopté par tout cet ensemble de personnalités extravagantes comme Remington (Omar Sy) un lettré ne parlant que par expressions désuètes, Fracasse (Dominique Pinon), petit et fier homme canon, Petit Pierre (Michel Crémadès) génial bricoleur d’automates mécaniques, Calculette (Julie Baup) expert en calcul mental mais surtout Caoutchouc (Julie Ferrier) jolie contortistioniste dont il tombe immédiatement sous le charme.

En utilisant leurs étonnantes particularités et des stratagèmes farfelues, cette improbable équipe va aider Bazil dont le père à sauté sur une mine au Sahara dans les années 70, à prendre sa revanche sur les marchands d’armes accentuant la rivalité entre les deux principales sociétés parisiennes, les arsenaux d’Aubervilliers dirigée par Nicolas Thibault de Fenouillet (Marc Dussolier) et la Vigilante de l’armement dirigée par François Marconi (Nicolas Marié).

En jeu un gros contrat particulièrement trouble pour le compte de rebelles Africains agité comme gigantesque hameçon pour les deux industriels voraces.

Manipulés par Bazil et sa bande qui usent de déguisements et d’inventivité pour les espionner, Fenouillet qui a comme curieuse manie/faiblesse de collectionner les organes de personnalités mortes et Marconi qui est un coureur de jupons vont se livrer une guerre sans merci aboutissant à des menaces et à destruction d’armes des deux sociétés.

De plus en plus mécontents, les dissidents africains tentent de régler leurs comptes avec Marconi mais sont abattus par un commando envoyé par Fenouillet.

Capturé par les deux Pdg qui se sont aperçus de la machination, Bazil est miraculeusement secouru par ses amis qui aimantent la voiture le conduisant et réalise une grosse mise en scène visant à les amener à rendre des comptes face aux populations civiles africaines ou arabes exposées à leurs grenades, balles ou mines.

La vidéo des deux Pdg terrorisés avouant leur cynisme est ensuite diffusée sur Internet pour discréditer leurs sociétés tandis que Bazil file le parfait amour avec Caoutchouc.

En conclusion, tourné majoritairement dans les anciens locaux de la Direction Générale de l’Armement dans le quinzième arrondissement de Paris, « Micmacs à tire-larigot » contient tous les défauts et qualité d’un film de base de Jeunet : esthétisme unique, créatif avec un mélange d’ancien, de branlant mais poétique et charmant, mais à contrario intrigue de fond simpliste voir débile.

Les riches et cyniques industriels de l’armement sont caricaturés avec un naïveté confondante, avec une diabolisation bien commode face à des pauvres gens bons et simples appartenant au camps des gentils.

On peut donc adorer ou détester le film, et à mon sens la construction d’un univers visuel créatif et séduisant ne peut suffir à combler les lacunes d’un scénario en dessous du niveau de l’amer.

Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet)
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 09:50
Au Bonheur des Dames (Emile Zola)

Lire du Emile Zola constituant un grand bonheur, je me suis attelé cette semaine « Au bonheur des dames » paru en 1883.

Suite logique de la série des Rougon-Macquart, « Au bonheur des dames » est un roman contant à la fin du XIX ième siècle dans un Paris en pleine mutation en raison des travaux dirigé par le baron Hausmann, l’ascension des grands magasins au détriment des petits commerces de quartier.

Certains de ces grands magasins sont encore connus aujourd’hui : les galeries Lafayette, le Bon marché, le Printemps ou un peu plus loin de nous la Samaritaine, véritables temples de la grande distribution.

Le personnage principal est ici Denis Baudu, jeune provinciale venue de Valognes (Normandie) avec ces deux frères, Jean jeune homme volage et inconséquent et Pépé, alors petit garçon.

Dans une situation précaire depuis la mort de son père, Denis est venue à Paris chez son oncle Baudu propriétaire d’un magasin appelé le Viel Elbeuf.

Mais l’accueil réservé par le vieil homme n’est pas à la hauteur des espérances de Denise et si il trouve un hébergement pour les deux frères, il n’est compte tenu de la mauvaise situation de ses affaires pas capable de fournir une place de vendeuse à Denise.

Ayant un besoin aigu de travailler pour subvenir aux besoins de la famille, Denise tente alors de se faire embaucher au Bonheur des dames, grand magasin du centre de Paris (Place Gaillon) tenu par le provençal Octave Mouret dont la réussite fulgurante fait plus qu’inquiéter les commerces plus modestes aux alentours.

Malgré sa timidité et son manque d’expérience, Denise parvient à se faire embaucher comme vendeuse et découvre alors de l’intérieur la redoutable machinerie du magasin.

La réussite de Mouret s’explique par une politique commerciale extrêmement agressive, avec une variété quasiment infinie d’articles et des prix volontairement bas afin d’attirer la clientèle et de la pousser à acheter beaucoup et souvent.

Utilisant la publicité au moyen de voitures sillonnant la ville, Mouret se montre redoutable psychologue dont le but est de générer une certaine addiction chez les femmes en flattant leur propension à la coquetterie et si besoin à utiliser la faiblesse de leur fibre maternelle en proposant également de nombreux articles pour enfants.

Ambitieux, l’homme est également introduit dans les cercles bourgeois par sa maitresse Henriette Desforges, plus âgée et folle amoureuse de lui, qui lui permet d’approcher le fameux baron Hartmann responsable des grands travaux de rénovation de Paris dans le but d’agrandir toujours plus son établissement.

Cette volonté d’expansion est la source principale des affrontements avec les autres commerces plus traditionnels de quartier comme ceux des Baudu ou Bourras, vieux fabricant de cannes à la boutique mitoyenne au Bonheur des dames, qui a fait vœux de lutter jusqu’à la mort pour ne pas céder son commerce.
Denise découvre un monde très concurrentiel et hiérarchisé, une pyramide de vendeuses ou l’ancienneté prime et ou il est difficile de faire sa place lorsqu’on est chétive, timide et provinciale.

Prise en grippe par les autres vendeuses, Denise devient le souffre douleur du magasin qui lui soufflent les bonnes clientes et doit de surcroit vivre dans un grand dénuement dans une petite chambre de bonne sans chauffage.

Surmontant sa douleur et son humiliation, Denise tient bon notamment grâce à Pauline Cugnot, une autre vendeuse qui la soutient moralement.

Si la concurrence est présente chez les vendeuses du Bonheur, elle l’est également chez les vendeurs, avec de véritables luttes de pouvoir pour les meilleurs places aboutissant parfois à la disgrâce et au licenciement de cadres comme le chef de rayon Robineau, miné par un complot de l’intérieur fomenté par deux vendeurs arrivistes Hutin et Favier.

La sexualité est également présente au Bonheur, les cadres piochant allégrement dans le vivier des vendeuses pour assouvir leurs envies sexuelles.

Il est également courant que les vendeuses vivant sans cesse dans la peur du licenciement aient des amants qu’elles voient le weekend end afin d’améliorer leur train de vie.

Malgré les sollicitations de Pauline, la pure et naïve Denise tient bon, résiste à la tentation et repousse les avances de prétendants comme Deloche, vendeur embauché en même temps qu’elle.

Se sentant troublé par Mouret, Denise se trouve néanmoins écartelée entre la lutte commerciale entre Baudu et Mouret autour de la baisse continuelle des prix.

Cependant le courage voir l’entêtement de Baudu ainsi que ses quelques alliés dans le métier ne suffisent pas pour tenir la distance avec un magasin aussi grand et puissant que le Bonheur des dames et peu à peu le vieil homme s’épuise, s’endette, mettant dangereusement en péril son propre commerce.

Impossible en effet de lutter face à un génie commercial comme Mouret dont les méthodes en avance sur son temps dévastent le petit commerce et dont les appuis politico-financiers permettent de dévorer peu à peu le territoire autour de lui.

Cette lutte laisse des traces, les hommes s’usant la santé dans ces querelles d’affaires.

La mort de Geneviève Baudu amoureuse d’un homme qui ne l’aimait pas puis de sa mère, finit de faire péricliter l’affaire de la famille Baudu, déjà par ailleurs contrainte de vendre sa belle propriété de Rambouillet à une famille de vendeurs … du Bonheur des dames et même le vieux Bourras finit par voir sa maison détruite après avoir obstinément refusé de la vendre à prix d’or à Mouret.

Parmi les concurrents de Mouret, Robineau mort la poussière, se trouve ruiné et tente de suicider en se jetant sous un fiacre, tandis que Bouthemont plus avisé parvient à établir durablement ses Quatre Saisons malgré quelques coups durs comme l’incendie de son magasin.

Denise qui a connu la disgrâce du licenciement pour avoir refusé les avances du pervers Jouve le responsable de la sécurité, survivant un temps chez Bourras, est finalement reprise par Mouret, secrètement amoureux d’elle.

Malgré son attachement amical et familial aux gens du petit commerce, elle adhère aux valeurs de progrès véhiculés par le Bonheur des dames, capable de diffuser des produits de masse à bas cout à la population.

Sans le savoir, Denise va en se refusant sexuellement à Mouret qu’elle aime aussi au fond d’elle-même, prendre peu à peu l’ascendant sur son patron, devenu fou d’amour pour elle.

Mouret va favoriser son ascension, ce qui va lui permettre d’exercer sa finesse de jugement, son sens aigu du commerce et de mettre en place des mesures permettant d’améliorer les conditions de vie des employés.

Denise va même déboulonner Madame Desforges, vieille maitresse ivre de jalousie après un face à face terrible ou cette dernière cherchera à l’humilier et à la faire chasser par Mouret.

Elle gagnera peu à peu le respect des autres cadres, comme Madame Aurélie, austère première vendeuse et Boudoncle le bras droit de Mouret, qui malgré sa forte animosité finira par se ranger à la supériorité de la favorite du patron.

Après de multiples rebondissements dans cet amour inassouvi, Denise finira par céder à Mouret et à accepter de l’épouser, ce qui conduira à une sorte d’happy end.

En conclusion, « Au bonheur des dames » n’est curieusement pas le roman de Zola que j’ai préféré et constitue même une relative déception.

Bien entendu, le style de Zola est toujours présent et celui-ci s’exprime dans des descriptions pléthoriques des étalages des grands magasins afin de démontrer leur puissance souveraine mais finit par lasser par une certaine répétitivité.

On appréciera l’analyse fine des rouages du commerce de masse, de l’extrême précarité de la vie des vendeurs mais aussi de la violence de la concurrence externe avec comme armes la baisse des prix et le marketing (avant l’heure !) qui préfigurent ce qu’est devenu aujourd’hui la grande distribution actuelle, étranglant impitoyablement ce qu’on appelle le petit commerce spécialisé, de meilleur qualité mais aussi plus cher et avec moins d’éventail de choix.

J’ai moins apprécié la partie la plus fleur bleue du roman avec cette histoire d’amour assez improbable entre la jeune, fine, pure provinciale et l’homme d’affaires parvenu, trouvant qu’elle trainait trop en longueur et en sentimentalisme exacerbé.

Donc bien sur, « Au bonheur des dames » est un livre intéressant et bien écrit, mais n’est pas à mettre au même niveau que les plus grands chefs d’œuvres de Zola.

Au Bonheur des Dames (Emile Zola)
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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 19:03
La bête humaine (Emile Zola)

Après un roman de la qualité de « L’Assomoir » j’avais une forte envie de poursuivre la découverte de l’œuvre d’Emile Zola.

Sorti en 1890, « La bête humaine » brillamment adapté au cinéma par Renoir en 1939 est un roman prenant place dans le monde des cheminots du Second empire.

Roubaud est un bon sous chef de la gare du Havre, qui doit sa réussite professionnelle autant à ses capacités personnelles qu’à l’appui du président de la compagnie de chemin de fer, Monsieur Grandmorin protecteur attitré de son couple et en particulier de sa jeune épouse Séverine qui était sa fille de lait.

Un jour pourtant la vie bien rangée des Roubaud bascule lorsque le mari découvre par hasard que sa femme a été en réalité la maitresse de Grandmorin, dès l’âge de seize ans ce qui explique les nombreuses faveurs dont le couple à pu bénéficier.

Le bonhomme se trouve être un jaloux violent, ulcéré par le coté sordide à la limite d la pédophilie de l’infidélité de sa femme et après avoir roué de coups la fautive, entreprend d’attirer l’amant pour l’éliminer dans un train circulant entre Paris et le Havre.

Contrainte par son mari à participer au crime, Séverine se rend complice de l’assassinat, que seul Jacques Lantier un conducteur de train alors de passage dans la petite commune de la Croix de Maufras, aperçoit sans pouvoir identifier formellement les auteurs.

Beau jeune homme solitaire, Lantier est lui-même victime d’une terrible malédiction qui lui insuffle de violentes pulsions de meurtres envers la gente féminine comme sa cousine Flore, jeune et athlétique garde barrière de la famille Lantier.

De retour au Havre, les Roubaud guettent dans l’angoisse la découverte du crime et l’inévitable enquête en découlant, enquête menée par le juge d’instruction Denizet.

L’enquête est une épreuve usante pour les nerfs et même si de forts soupçons désignent les Roubaud, Denizet est orienté par sa hiérarchie Mr Camy-Lamotte pour minimiser le scandale et tenter d’accuser une brute de la commune, le terrassier Cabuche, coupable idéal en raison de ses antécédents qui est d’ailleurs relaxé faute de preuves tangibles.

Alors que le meurtre de Grandmorin parait insoluble à tout jamais, le comportement de Roubaud change, l’homme se met à devenir joueur, à s’endetter et à délaisser sa femme qui prend comme amant Lantier.

Séverine finit par avouer le crime à Lantier qui du reste l’avait deviné et entre les deux amants se noue alors une fascination malsaine autour de la violence.

Roubaud s’enfonce dans son nouveau vice, n’hésitant pas à utiliser l’argent du mort, qu’il s’était jusqu’alors refusé à utiliser pour une question d’honneur et fermant complaisamment les yeux sur la liaison de sa femme.

Mais Séverine ne supporte plus son mari et parvient à faire germer dans l’esprit de Lantier le projet de l’éliminer pour toucher le coquet héritage de la maison de Croix de Maufras léguée par Grandmorin et ainsi pouvoir tenter fortune aux Etats-Unis.

Le conducteur de train pourtant s’avère incapable de passer aux actes, son corps se dérobant au moment de tuer Roubaud en pleine ronde de nuit.

Un évènement inattendu manque de briser définitivement le couple, l’acte insensé de Flore, ivre de jalousie contre Séverine et qui n’hésite pas à faire dérailler la Lison, la locomotive de Jacques pour punir le couple.

Contre toute attente, le couple survit à l’effroyable catastrophe qui fait une bonne dizaine de morts et blessés, ce qui pousse Flore désespérée à se suicider en se jetant également sous un train.

Jacques se remet miraculeusement de ses blessures avec Séverine à ses cotés.

Resserré par l’épreuve, le couple entreprend d’attirer Roubaud dans la maison de Croix de Maufras afin de l’éliminer définitivement.

Un nouveau coup de théâtre survient pourtant lorsque Lantier cède à une de ses pulsions de mort et poignarde à mort Séverine.

Ce bon vieux Cabuche, lui aussi secrètement amoureux de Séverine prend une nouvelle fois tout le crime pour lui, mais cette fois le féroce Denizet arrête également Roubaud qu’il soupçonne d’avoir fait tuer Grandmorin et sa femme pour un motif purement financier.

Les dénégations énergiques du sous chef de gare diminué par les épreuves, ne changeront rien à la donne, il est broyé par la machine judiciaire comme son complice présumé Cabuche malgré les profonds doutes de Camy-Lamotte, détenteur d’une lettre de Séverine l’impliquant dans le meurtre du président, qu’il finit pourtant par détruire.

Lantier qu’on aurait pourtant pu penser sauf dans l’horrible morale de cette histoire connait également une fin tragique et meurt broyé par sa propre machine, dans une lutte stupide avec un rival amoureux.

En conclusion, « La bête humaine » est un roman fantastique, trouble et d’une grande noirceur jusqu’à en être effrayant.

Zola sonde profondément les profondeurs de l’être humain pour atteindre les pulsions les plus obscures qui poussent les hommes à tuer, ici la jalousie, ici quelque chose de plus profond et animal confinant à la dérive psychopathique pour Lantier, incapable de réfréner son gout implacable pour le sang des femmes.

Derrière le drame des hommes, Zola offre également une place de choix aux trains à vapeur, magnifiée comme de superbes machines technologiques alliant puissance, vitesse et dangerosité animales.
Moins pittoresque et riche que « L’Assommoir », « La bête humaine » se dévore tout du moins d’une traite, en savourant son charme vénéneux et sa langue toujours belle et forte.

La bête humaine (Emile Zola)
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