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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 19:40

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Paru en 2001, « Avril brisé » est une adaptation d’un roman de l’écrivain albanais Ismail Kadaré par le brésilien Walter Salles déjà reconnu internationalement par le films  « Central do Brasil » .

Situé en début du XX ième siècle au Nordeste du Brésil dans une région reculée particulièrement aride, « Avril brisé » raconte une sombre histoire de vendetta que doit accomplir un jeune homme nommé Tonho (Rodrigo Santoro) pour tuer l’assassin de son frère.

Vivant dans un petit clan familial décimé par la misère et le cycle infernal des vengeances, Tonho hésite à accomplir son sanglant destin mais finit sous la pression de son père (José Dumont) et de sa mère (Rita Assemany) à commettre le meurtre rituel chez la famille rivale.

Mais il apprend de la bouche du patriarche ennemi un vieil homme aveugle (Everaldo Pontes) que ses jours sont à présent comptés et que dés que le sang sur la chemise du tué aura séché au soleil, il sera à son tour condamné à mort.

Tonho prend alors brutalement conscience de l’absurdité de sa vie et décide de gouter à plus de joie.

Il rencontre Clara (Flavia Marco Antonio) une jeune artiste de cirque qui mène une vie itinérante avec Salustiano ( Luiz Carlos Vasconcelos).

Il est frappé par la beauté, la fraicheur et la liberté de cette jeune femme, tout comme son jeune frère Pacu (Ravi Ramos Lacerda) qui rêve autour d’un livre de contes que lui a donné Clara.

Très complices, Tonho et Pacu désobéissent à leur père pour aller au spectacle de cirque de Clara et Salustiano à la ville.

Tonho et Clara tombent amoureux et entrevoient des projets de fuite pour une nouvelle vie ailleurs.

Mais la réalité rattrape les tourtereaux et Tonho regagne le foyer familial.

Alors que son ennemi Matheus (Wagner Moura) le guette pour l’assassiner au petit matin, Tonho est sauvé par Pacu qui se fait passer pour lui.

Pacu a en effet été touché par la relation charnelle entre Clara et son frère et a préféré se sacrifier pour lui offrir une vie meilleure.

La mort de Pacu est un drame pour le clan de Tonho.

Sa mère se dresse à son tour contre le père et accepte le départ de son fils …

En conclusion, avec beaucoup d’élégance, Salles transpose la brutalité du code de l’honneur albanais dans un cadre plus tropical mais tout aussi rude du Nordeste du Brésil des années 1900.
Son film décrit un monde désespérant de misère, de désolation, de souffrance, de violence et aussi de stupidité.

Privées de tout sauf de quelques bêtes de sommes qui les aident à cultiver péniblement la canne à sucre, ces familles rurales ne trouvent rien de mieux que de s’entre exterminer en invoquant un code de l’honneur absurde.

L’interprétation est aussi contemplative et aride que le décor et n’incite pas vraiment au plaisir.

Seule la fin, poignante avec le sacrifice de l’enfant touché par une sorte de grâce poétique parvient à submerger le spectateur.

« Avril brisé » est donc pour moi un film d’auteur élégant mais un brin étouffant, dont le principal mérite est de montrer une facette plus ignorée du Brésil, loin des cartes postales habituelles.

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 22:34

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Aussi fou que cela puisse paraitre je n’avais jamais vu autre chose que des bribes du fameux « Titanic » de James Cameron.

On peut y voir un certain esprit de rébellion contre ce film multi oscarisé qui resta longtemps comme le plus gros succès de l’histoire au box office avant d’être détrôné par un autre film de James Cameron « Avatar ».

J’ai en effet du mal à lire ou aller voir les best sellers mais essaie néanmoins de me soigner.

Sorti originellement en 1997 puis ressorti en 2012 pour profiter de l’avancée technologique du 3D, « Titanic » se présente comme une reconstitution romancée du naufrage du célèbre paquebot de luxe qui fit naufrage en 1912 lors de sa première traversée Angleterre-Etats Unis et qui couta la vie à 1500 personnes.

Assez habilement, Cameron tisse une histoire d’amour autour de ce drame historique en racontant l’histoire de Rose Dewitt Bukater (Kate Winslet) qui à plus de 90 ans se retrouve à livrer ses souvenirs de rescapée à une équipe américano-russe à la recherche des trésors engloutis du paquebot.

A l’époque, jeune femme, Rose était une noble désargentée regagnant les Etats Unis avec son richissime fiancé Caledon Hockley (Billy Zane) pour effectuer un mariage d’intérêt.

Malgré un physique avenant, Hockley se montre comme un personnage antipathique, dur et machiste avec sa Rose dont le caractère indépendant souffre de la situation.

Alors que la jeune femme  désespérée s’apprête à se jeter par-dessus bord pour mettre fin à ses tourments, un jeune homme Jack Dawson (Leonard Di Caprio) lui sauve la vie.

Jeune et intrépide, Dawson est un passager pauvre (de 3iéme classe) et s’est embarqué avec deux amis à l’aventure après une bref vie de peintre à Paris.

Un charme opère bien vite entre les jeunes gens, malgré la différence de classe et l’hostilité du futur mari.

Dawson entraine Rose dans un monde de charme, d’aventures loin des ennuyeuses conventions des riches passagers.

Les deux jeunes gens tombent amoureux et font l’amour malgré la vigilance du domestique de Hockley les traquant dans les immenses recoins du navire.

Fou de rage, Hockley fait accuser son rival du vol d’un superbe diamant ayant appartenu à Louis XVI, le cœur des océans.

Dawson est donc bouclé sous le pont en attendant son jugement mais un drame inattendu va bouleverser le déroulement des opérations.

Le monstrueux paquebot réputé insubmersible et dont la puissance fait la fierté de son concepteur l’ingénieur Thomas Andrews (Victor Garber) percute une nuit un iceberg et endommage sa coque.

Rapidement l’eau envahit les compartiments et la situation se dégrade.

Le commandant Edward John Smith (Bernard Hill) comprend très vite que la situation va rapidement devenir désespérée d’autant plus qu’il n’y sait qu’il n’y a pas assez de chaloupe pour tous les passagers.

Commence alors l’effroyable naufrage avec un sentiment de panique générale allant en croissant.

Les passagers sont évacués en premier mais peu à peu les troubles éclatent notamment parmi les passagers de 3iéme classe enfermés sous le pont par des grilles en attendant que les classes supérieures évacuent.

Oubliant sa peur et les menaces de son mari égoïste et lâche, Rose brave tous les dangers d’un bateau prenant l’eau pour retrouver et libérer le pauvre Jack.

Les deux amant parviennent à se retrouver mais le Titanic se fend en deux, provoquant alors la fin irrémédiable tant redoutée.

Jack permet à Rose de survivre dans l’océan glacé et se sacrifie pour la mettre hors de portée du froid.

La jeune femme ne doit son salut qu’à un seul canot de rescapé revenu chercher des survivants.

Le film se clôt sur ce récit émouvant et sur l’acte de la vieille femme ému de jeter le diamant qu’elle avait gardé jusqu’alors par-dessus bord.

En conclusion, « Titanic » est une grande fresque d’époque reconstituant minutieusement un acte dramatique qui marqua l’histoire.

L’ambiance de la traversée sur un paquebot à vapeur du début du XX iéme siècle est à vrai dire assez prenante et ce en raison de la qualité du jeu des acteurs, même si pour être franc le charme de boys band de Di Caprio et la beauté anglaise de Kate Winslet me laissent complètement froid.

Puis la tension s’installe progressivement au fur et à mesure de la progression du sinistre pour aboutir à des situations véritablement effrayante rappelant le 11 Septembre ou plus près de nous le naufrage du Concordia en Italie.

L’horreur est en effet bel et bien présente et vient se superposer à l’exaltation romantique de cet amour impossible.

Le succès du film tient donc pour moi surtout à la force de cette histoire d’amour à la Roméo et Juliette marquée par le sacrifice des amants.

Outre par beauté visuelle et son sens de la reconstitution, « Titanic » toucha donc de manière universelle les sentiments humains rêvant d’amour absolu, irraisonné, pur et faisant fi de tous les obstacles.

De manière plus dépassionnée, on peut également y voir un témoignage de la folie des hommes, espérant avec orgueil que la technologie les mettrait à l’abri des forces de la nature.

Vous l’aurez compris « Titanic » n’est pas mon James Cameron favori mais il demeure à voir une fois dans sa vie et à mon sens plus intéressant sur le fond que le surgonflé « Avatar ».

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 08:19

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La filmographie de Marlon Brando est riche et il est souvent aisé de passer à coté d’un film moins connu que les chefs d’œuvres dans lesquels il a joué.

Ainsi, « La poursuite impitoyable » d’Arthur Penn, rentre pour moi dans cette catégorie de films un peu oublié réunissant pourtant une pléiade de stars du cinéma comme Robert Redford ou Jane Fonda.

Sorti en 1966, « La poursuite impitoyable »  raconte l’émoi d’une petite ville du Texas mis par l’évasion d’un jeune prisonnier du coin appelé Bubber Reeves (Robert Redford) accusé à tort de meurtre pendant sa fuite.

Dans cette ville, le richissime industriel pétrolier Val Rogers (EG Marshall) règne d’une main de maitre, organisant des soirées mondaines ou se débauche les notables.

Sa puissance est telle qu’il tient sous sa coupe le sheriff Calder (Marlon Brando) tiraillé entre sa fierté de pauvre et l’attrait du pouvoir que représente Rogers.

Du coté de la vie privée de la famille, les choses vont moins bien, puisque le patriarche a beaucoup de difficultés relationnelles avec son fils Jake (Jason Fox) qui supporte mal l’autorité paternelle et a un fort penchant pour l’alcool.

Pour couronner le tout Jake fréquente Anna (Jane Fonda) la propre femme de Reeves dont il est tombé amoureux.

La majeure partie du film est consacrée à l’exposition des relations complexes entre les personnages de cette bourgeoisie texane, avec le développement d’histoires d’adultères comme celle que subit Edwin Stewart (Robert Duvall avec des cheveux !), régulièrement trompé par sa femme volage Emily (Janice Rule).

Ces notables aiment les soirées arrosées, les armes à feu que les lois autorisent à posséder et sont toujours habités par un fort sentiment de racisme envers les Noirs, qui pourtant ne se laissent pas faire.

Calder gravite dans ce micro monde dans lequel il n’a pas sa place et tente tant bien que mal de se faire respecter.

Puis Reeves fait de nouveau parler de lui et cherche à entrer en contact avec sa femme.

Quand Val Rogers apprend que son fils à une liaison avec la femme d’un détenu il voit rouge et ses relations sont alors chargées d’éliminer le fugitif.

Calder s’aperçoit donc que son autorité est bafouée quand il est passé à tabac par trois hommes pour l’empêcher d’intervenir.

L’intrigue culmine dans une casse automobile, ou Reeves a donné rendez vous à sa femme et ou arrive également Jake.

Le jeune homme est alors pris à parti par une foule surexcitée qui désire le lyncher.

Il échappe de peu à un incendie et ne doit la vie sauve qu’à Calder, qui sanguinolent et tuméfié, s’interpose entre les bourreaux et la victime.

Malheureusement, la fin du film est plus tragique puisque Reeves est tout de même abattu sur les marches qui l’emmènent au tribunal.

En conclusion, malgré ses intentions louables, « La poursuite impitoyable » est un film décevant qui pèche pour moi par un manque cruel de rythme.

Malgré la qualité des acteurs, l’exposition des personnages est trop longue et les histoires de fêtes, d’adultères de ces riches texans assez peu palpitantes.

Quand au message social du film, dénoncer les mœurs dépravées et le racisme des villes du Sud des Etats Unis dans les années 60 relève pour moi de l’enfonçage de portes ouvertes.

Robert Redford avec sa jeunesse, sa blondeur et sa beauté angélique est assez peu crédible en criminel et son rôle de bon petit gars victime de la société est pour moi très mineur.

Bien sur il reste Brando, qui dans ce rôle taillé sur mesure fait exactement ce qu’on attendait de lui, en policier intègre, minable, rebelle et torturé qui finalement trouve en lui le courage nécessaire pour s’opposer à de plus puissants que lui.

Mais la prestation de Brando ne suffit pas à faire réellement décoller ce film long, ennuyeux et très moralisateur.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 21:36

autant_le_vent.jpg3

 

 

Adapté d’un roman de Margaret Mitchell, « Autant en emporte le vent » de Victor Fleming est considéré avec ses huit oscars comme un classique du cinéma et un des films les plus vus au monde.

Colorisé depuis sa sortie en 1939, le film brosse en prêt de quatre heures une grande fresque épique narrant les aventures amoureuses d’un séduisant aventurier viril et machiste, Rhett Butler (Clarck Gable) et d’une belle capricieuse fille de bonne famille sudiste, Scarlett O’hara (Vivien Leigh) sur fond de guerre de Sécession.

Aimant jouer de sa beauté pour manipuler les hommes, Scarlett a néanmoins le cœur brisé lorsqu’elle apprend que l’homme qu’elle aime, le riche et séduisant Ashley Wilkes (Leslie Howard) va épouser sa cousine Melanie Hamilton ( Olivia de Havilland).

Elle épouse par dépit le frère d’Ashley qui meurt prématurément au front et se montre à Atlanta une veuve peu affectée par cette perte.

La vie de Scarlett bascule lorsqu’elle rencontre Rhett Butler qui malgré son attirance n’hésite pas à lui tenir tête et à se moquer cruellement d’elle.

Mais les armées sudistes finissent par perdre la guerre et les Yankees déferlent sur Atlanta obligeant Scarlett à  rester pour secourir Melanie enceinte de Ashley parti au front.

N’écoutant que son courage après que Rhett l’ait laissé une nouvelle fois choir pour lui aussi s’engager tardivement dans l’armée sudiste, Scarlett regagne sa ferme natale à Tara pour reconstruire l’empire familial ravagé par les Nordistes.

Malgré les écrasants impôts imposés par les vainqueurs, Scarlett devenue chef de famille retrousse ses manches, recultive le coton et épouse le riche négociant Franck Kennedy (Carroll Nye) afin de redonner prospérité à sa famille.

Mais les évènements basculent de nouveau lorsque Kennedy est tué lors d’une expédition punitive.

A nouveau veuve, Scarlett découvre que Rhett est devenu riche après qu’il ait récupéré un trésor de guerre.

Même si Scarlett aime toujours Ashley revenu de la guerre, elle accepte néanmoins d’épouser Rhett qui la demande en mariage de manière plutôt brutale.

La passion entre les deux amants sera orageuses de bout en bout, surtout après la mort de leur fille tuée lors d’un exercice de poney.

La mort soudaine de Melanie après une deuxième grossesse difficile, lui laisse à présent le champs libre pour épouser Ashley mais lui fait également réaliser qu’elle aime en vérité Rhett.

Le film se termine assez étrangement par une rebuffade essuyée par Scarlett auprés de son mari fermement déterminé à la séparation.

En conclusion, « Autant en emporte le vent » est certes un film daté mais contient tous les ingrédients pour un grand mélodrame.

Outre l’histoire d’amour, finalement assez complexe entre deux personnes au caractères diamétralement opposés se repoussant et s’attirant simultanément, le film a pour lui l’ampleur d’une grande fresque familiale haute en couleur ou les personnages sont ballotés par des événements historiques exceptionnels.

La guerre de Sécession est un effet la force principale venant tout bouleverser, réduisant à néant la puissance des grandes familles du Sud.

Mais à la famille O’Hara se caractérise par la relative humanité avec laquelle elle traite ses esclaves, notamment Mamma (Hattie Mc Daniel) gouvernante de Scarlett qu’elle traite comme sa propre mère.

Les acteurs sont bien entendus remarquables, que ce soit Clarck Gable et son irrésistible sourire charmeur, son coté mauvais garçon également ou bien Vivien Leigh, qui passe de la petite peste superficielle à une femme mure, réfléchie et travailleuse acceptant de prendre ses responsabilités.

On pourra certes reprocher un manque de réalisme au film et une atmosphère assez ampoulée avec ses grands décors et ses envolées musicales, mais la portée de son histoire et la qualité des acteurs en font un classique du cinéma.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 20:06

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Littérature orientale avec « De Niro’s game » premier roman du libanais Rawi Hage publié en 2006

« De Niro’s game » se situe dans les années 80  à Beyrouth en pleine guerre civile entre milices chrétiennes et arabes.

Deux amis d’enfance chrétiens, Georges surnommé De Niro et Bassam, survivent comme ils peuvent en pratiquant le vol en plus de leurs activités respectives de gérant de casino et d’operateur portuaire.

Les deux semi voyous vivent dans l’enfer des bombardements qui ont emporté le père de Bassam mais rêvent malgré tout d’un avenir meilleur.

Ils ont alors l’idée de détourner une partie de l’argent des machines à sous dont s’occupe Georges à leur profit personnel, au risque de s’aliéner le redoutable Abou Nahra chef de la milice chrétienne qui perçoit des prélèvements sur les recettes du casino.

Des deux hommes, Bassam semble avoir le plan le plus abouti, quitter avec sa petite copine Rana le Liban pour fuir vers l’Europe et en particulier la ville de Rome qui le fascine.

Quand à Georges, fils d’un français l’ayant abandonné à sa naissance, il apparait plus instable que son ami.

Pour arriver à ses fins, le duo n’hésite pas à éliminer le milicien Khalil qui les faisaient chanter en échange de sa part du butin.

La mort de la mère de Bassam accélère son désir de fuite mais il apprend que Georges a fini par rejoindre la milice d’Abou Nahra pour combattre les musulmans.

Au contact des soldats, Georges change, il s’endurcit, consomme de la cocaïne et part subir un entrainement militaire poussé en Israël qui soutient les chrétiens par opposition aux Palestiniens pro-musulmans.

Mais malgré son nouvel engagement, il continue de fermer les yeux sur le trafic de son ami qui ne tarde pas à avoir pourtant des problèmes avec Najib le propre cousin de Georges qui le fait également chanter pour le casino.

La tension monte et Bassam se trouve embringué dans une succession de situations périlleuses entre trafic de whisky, menaces de Najib puis plus grave encore le meurtre d’un vieil homme nommé Laurent, propriétaire de diamants ramenés d’Afrique.

Avide de richesses, Abou-Nahra fait torturer Bassam par son homme de main surnommé Rambo dans l’espoir de lui faire dire ou il a caché les diamants.

Innocent, Bassam ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de Nabila la tante de Georges qui profite de son influence d’ex maitresse d’Abou-Nahra pour le faire relâcher en piteux état.

Les Israéliens envahissent le Sud Liban, provoquant le repli des forces arabes.

Les milices chrétiennes se déchainent et commettent d’horribles massacres en toute impunité dont ceux tristement célèbres de Sabra et Chatila.

Acculé au désespoir après la perte de Rana promise à un autre, Bassam rassemble ses dernières forces, dévalise le casino pour obtenir l’argent nécessaire afin d’embarquer illégalement dans un bateau pour la France.

Avant de partir il exécute son ex bourreau Rambo et bénéficie de la clémence de Georges qui le laisse partir au nom de leur vieille amitié malgré des directives d’Abou-Nahra.

La dernière partie du roman narre la vie de Bassam à Paris chez Rhéa la  demi sœur de George élevée en France, qui ignorant tout des activités de son frère devient l’amante de Bassam.

Outre la découverte assez froidement racontée d’un Paris jusque la simplement imaginé, les fils de l’intrigue se nouent alors de manière complexe, révélant que Georges est un agent double du Mossad contrôlé par Roland, un ex ami de son père.

Bassam échappe de justesse à un piège qui devait se refermer sur lui à l’aéroport ou il devait embarquer pour refaire légalement sa vie au Canada à l’aide de faux papiers, parvient à échapper à la surveillance de Roland désireux de l’interroger et finit par révéler à Rhéa toutes les atrocités commises par son frère dans les milices chrétiennes.

Le roman se termine sur la terrible révélation de la mort de celui-ci après avoir imité l’acteur Robert de Niro dans un dangereux jeu de roulette russe dans la voiture avec Bassam.

En conclusion, compte tenu de son sujet « De Niro’s game » est un roman dur, âpre et violent, une histoire d’amitié fragile corrompue à jamais par les circonstances.

Les héros ne sont pas des anges mais des jeunes chiens sauvages maigres et durs, habitués à l’usage des armes et de la violence par des années d’une guerre civile abjecte.

Hage révèle toute l’horreur de la vie à Beyrouth avec les pénuries, les peurs des bombes et le règne des milices toutes puissantes composées de brutes complètement droguées et désinhibées.

Si la fin du roman installe un climat relativement plus apaisant dans le cadre rassurant d‘un Paris plus familier, on est surtout frappé par l’incroyable dureté de la première partie, avec pour seul moment doux les quelques étreintes entre Bassam et Rana.

Le style de Hage n’est ni très élaboré, ni très raffiné, ses tentatives de métaphores tombent souvent à plat et on ressort traumatisé de la lecture de ce livre, écœuré par tout ce que l’homme peut dans ses pires moments peut être amené à devenir.

Mais pour ce coté édifiant sur une guerre assez méconnue en France mais terriblement longue et meurtrière, « De Niro’s game » mérite d’être lu.

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 22:09

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5

 

 

La lecture récente de la biographie de Marlon Brando m’a assurément donné envie de redécouvrir la filmographie de cet immense acteur.

Alors pourquoi ne pas commencer par le film qui lui donna son premier oscar, « Sur les quais » de son mentor Elia Kazan en 1954 ?

Réalisé en noir en blanc, « Sur les quais » décrit le monde des dockers de New York dans les années 50, un monde dur, masculin mais surtout gangrené par le chef mafieux Johnny Friendly (Lee J Cobb) qui impose ses règles, détourne des marchandises et déclenche des grèves pour faire pression sur les armateurs pris à la gorge.

Terry Malloy (Marlon Brando) , ex boxeur prometteur ayant arrêté sa carrière prématurément pour tomber sous la coupe de Friendly est impliqué dans le meurtre de Doyle, un docker qui s’apprêtait à dénoncer le mafieux à la police.

De plus, son propre frère Charley (Rod Steiger) est un avocat véreux travaillant pour le mafieux.

Ebranlé par la gravité de son acte, Terry est rongé par un sentiment de culpabilité qui se manifeste par un rapprochement avec la sœur du défunt  la belle Edie Doyle (Eva Marie Saint) qui suit des études d’institutrice pour tenter d’échapper à la pauvreté et à la violence du monde des dockers.

Un trouble jeu de séduction va s’instaurer entre eux et Edie va peu à peu ouvrir les yeux de Terry sur la mauvaise voie qu’il a choisie.

Terry est également influencé par le père Barry (Karl Malden) qui pousse les dockers à dénoncer le système mafieux de Friendly à la police.

Mais Friendly est prêt à tout et n’hésite pas à user de violence pour éliminer les candidats au témoignage comme le costaud et courageux Dugan (Pat Henning).

Cité à comparaitre par la police pour le meurtre de Doyle, Terry accepte de se rendre à la convocation malgré les pressions du gang de Friendly.

Charley tente de dissuader son frère de témoigner pour lui éviter d’être assassiné mais devant son refus de plier, il ne trouve pas le courage de le livrer aux tueurs de Friendly, acte qu’il parait de sa vie.

Ivre de rage, Terry prend une arme et décide d’éliminer lui-même Friendly mais Barry le dissuade in extremis, lui intimant d’user de la voix légale.

Après la comparution, Friendly furieux fait mettre Terry au banc des dockers et le prive de travail.

Terry s’en prend alors physiquement au mafieux devant des dockers pétrifiés qui laissent ses gardes du corps frapper durement le rebelle.

Puis touchés par le courage du jeune homme, ils prennent alors la décision de ne reprendre le travail qu’une fois Terry réintégré.

Le film s’achève sur la foule des dockers bousculant un Friendly impuissant pour suivre un Terry ensanglanté reprenant le chemin du travail.

En conclusion, « Sur les quais »  est un film magnifique, dur, viril mais passionnant sur un monde relativement méconnu et à vrai dire plutôt effrayant.

Le coté « travailleur manuel américain » rappelle par instant le monde décrit par Huber Shelby JR  dans « Last exit to Brooklyn » la défonce en moins.

Marlon Brando alors au zénith de sa beauté et de sa prestance est bien entendu magnifique en petite frappe en quête de rédemption, devenant une sorte d’élu osant prendre tous les risques pour briser la corruption du système.

Sa relation amoureuse avec Eva Marie Saint est complexe, trouble et sensuelle mais à vrai dire tous les acteurs sont formidables de charisme en particulier Karl Malden en prêtre humaniste et Lee J Cobb en chef mafieux aussi séduisant que brutal.

« Sur les quais » vous prend aux tripes dès sa première scène, le jeu des acteurs fait ensuite le reste pour vous emporter dans un univers puissant ou les émotions sont magnifiées.

Elia Kazan transcende son sujet pour révéler la beauté de l’humanité se terrant sous le verni de la bassesse, de la lâcheté et de la médiocrité.

Un grand et beau film qui vous donne envie d’aimer le cinéma.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 17:21

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3

 

 

Passage dans la littérature étrangère avec « Le ventre de l’Atlantique » de l’écrivain franco sénégalaise Fatou Diome.

Publié en 2003, ce court roman majoritairement autobiographique raconte les aventures de Sallie une jeune sénégalaise exilée à Strasbourg après un mariage ratée avec un Français.

Originaire de Niodor, une petite ile pauvre du Sénégal ne vivant que de la pêche, Sallie a toujours été en marge, fille illégitime sans père et désireuse d’apprendre très tôt le français auprès de son professeur Ndétare qui lui a fait découvrir les grands auteurs français et donné le gout des lettres.

Vivant en France relativement confortablement, Sallie a gardé des racines à Niodor et notamment son demi frère Madické, fou de football et en particulier du footballeur italien Paolo Maldini qui symbolise pour lui la réussite éclatante en Europe.

A ses yeux, Madické représente bien la fascination aveugle d’une jeunesse sénégalaise prête à prendre tous les risques pour rejoindre l’eldorado français ou européen.

Les grandes compétitions de football de 2000-2002, coupe d’Europe et coupe du monde seront donc un des puissants fils conducteurs guidant le cheminement du récit.

L’essentiel du roman consiste à faire lucidement la part des choses en Occident et Afrique, à essayer d’ouvrir les yeux aux candidats à l’émigration devant la dureté de la vie en France lorsqu’on est étranger, noir, sans diplôme et sans papier.

Mais les conditions de misère et les risques encourus sont bien souvent considérés comme acceptables dans l’espoir de revenir au pays enrichi et auréolé d’un prestige qu’on s’invente comme le fait l’homme de Barbés qui s’invente un personnage pour jouir d’une certaine aura à son retour au village.

Et même les footballeurs prometteurs peuvent aussi connaitre de terribles désillusions comme Moussa qui échoua en France, revint au pays misérable et finit par se suicider de honte.

Mais Diome ne parle pas que d’émigration et de relations franco-sénégalaises, elle décrit aussi la vie à Niodor avec le poids écrasant des traditions, des clans, des mariages arrangés, de la polygamie et du destin abrutissant des femmes uniquement valorisées dans leur rôle de reproductrices et de maitresse de maison.

Le rôle des marabouts abusant de la crédulité des gens est également évoqué dans un épisode d’agression sexuelle particulièrement traumatisant.

En conclusion, « Le ventre de l’Atlantique » est un roman au style plaisant, riche, amusant et parfois mordant qui le rend agréable à la lecture.

Diome exprime avec subtilité son écartèlement, de son incapacité à retourner vivre en Afrique malgré quelques inévitables moments de nostalgie à la découverte de la froide solitude et de l’individualisme européen.

On comprend mieux le sentiment de culpabilité que peut ressentir l’émigré sénégalais, avec ce devoir de réussir, d’envoyer de l’argent ou de rapporter des cadeaux pour ceux moins chanceux ou moins aventureux restés au pays.

Il permet également de comprendre le fonctionnement d’une société traditionnelle sénégalaise, avec tout le dénuement matériel et  fossé culturel qui la sépare de l’Europe, ce fossé se ressentant surtout dans le rôle des femmes considérablement moins émancipées.

On ressort de sa lecture un peu plus informé sans pour autant être ébranlé dans sa vision du monde ou ses certitudes.

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 22:08

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Après « L’immeuble Yacoubian » , le best seller de Alaa El Aswany chroniqué ici même, je me devais de boucler la boucle en voyant et chroniquant le film de Marwan Hamed sorti en 2006.

Bien entendu le film est fidèle au livre et a l’immense mérite de mettre des visages, des formes et des couleurs à un récit certes passionnant mais difficile parfois à imaginer pour quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds au Caire.

Le principe de la multiplicité des personnages vivant au milieu des années 90 dans un bel immeuble colonial du Caire est ici repris avec une bonne représentation des strates de la société égyptienne même si les classes aisées sont tout de même très mises à l’honneur.

Ainsi, le pacha Zaki El Dessouki (Adel Imam), vieil homme politique solitaire déclinant physiquement, tente pathétiquement de se raccrocher à sa jeunesse en écumant les bars à la recherche de jeunes femmes et tel un vieux lion isolé se retrouve attaqué de toute part, que ce soit par sa sœur une abominable harpie ou le tailleur Malak (Ahmed Bedeir) qui convoitent tous les deux son spacieux appartement et sa fortune.

Dans le monde des élites, on suit également Haj Azzam (Nour El Sherif) député ambitieux contraint de sombrer dans la corruption lorsqu’il se lance dans le monde des affaires avec l’importation de voitures japonaises en Egypte.

Sans scrupule jusque dans sa vie privée, Azzam aura également une deuxième épouse clandestine Soad (Somaya El Kashab) qu’il répudiera après l’avoir forcée à avorter.

Le journaliste Hatem Rachid (Khaled El Sawi) vient compléter ce tableau des mœurs avec une intéressante exposition de la vie d’un homosexuel aisé qui achète par son argent les services d’un jeune soldat issue d’un milieu paysan modeste.

Dans le monde plus modeste des pauvres vivant dans des cabanes sur les toits des immeubles vient la jeune et belle Bothayana  (Hend Sabri) qui va de galères en galères à la recherche d’un emploi de vendeuse sans être trop déshonorée par ses patrons concupiscents.

Elle est fréquente le jeune Taha (Mohamed Iman) qui cherche à intégrer l’école de police mais dont l’échec en raison de son origine modeste le fera glisser lentement mais surement dans les griffes du terrorisme islamique.

Les histoires ne se mélangent pas nécessairement, seule Bothayana et Zaki se croisent puisque la jeune femme entre au service du vieux politicien.

Renonçant à rouler le vieil homme, Bothayana sera séduite par son érudition, sa gentillesses, ses mœurs à l’occidentale et finira par l’épouser.

En conclusion, bien que moins prenante que le livre, la version cinématographique de « L’immeuble Yacoubian » est néanmoins une œuvre forte au contenu social magnifié par la qualité des acteurs capable d’incarner des personnages à la fois représentatifs de la société égyptienne mais aussi marginaux dans la mesure ou il paraissent tous plutôt émancipés et maitres de leurs destins.

Les femmes surtout dans le film apparaissent très libérées pour un pays certes non fondamentaliste mais ou les traditions de l’Islam ont bien entendu encore du poids.

C’est donc à une vision à plutôt moderne de la société égyptienne qu’on assiste au final sans que l’on sache dans quelle mesure elle correspond à la réalité.

De manière assez amusante, quelques clins d’œil sont fait à la culture française avec le fantasme de Paris et l’indécrottable cliché des chansons d’Edith Piaf présents sans nul doute dans le monde entier.

Les principaux reproches qu’on pourrait faire au film de Hamed sont une trop grande longueur et un manque de rythme qui font qu’on trouve parfois le temps long.

Le message corrosif qu’il véhicule et la grande fresque de destinées de personnages n’en demeurent pas moins bels et bien présents.

A la lumière de la révolution égyptienne du printemps 2011 aboutissant à la chute d’Hosni Moubarak, le message social véhiculé par le film prend une toute autre dimension et donne quelques clés pour essayer de comprendre quel sera le devenir de ce pays complexe tiraillé entre influences européenne et arabe.

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 21:01

minuit paris4

 

Bien il fallait bien que cela m’arrive un jour, aller voir le week end dernier mon premier Woody Allen avec « Minuit à Paris » sur les écrans en ce beau printemps 2011.

J’étais il est vrai pétri d’a priori sur ce cinéaste qualifié d’intello et n’y suis allé qu’en trainant assez piteusement des pieds.

« Minuit à Paris » commence comme un classieux spot de pub commandé par la ville de Paris.

Puis on entre dans l’histoire avec Gil (Owen Wilson) et Inez (Rachel Mc Adams) jeune couple américain en visite à Paris avant leur proche mariage.

Honnête scénariste à Hollywood, Gil s’est lancé dans l’écriture d’un livre basé sur la nostalgie et éprouve les pires doutes quand à sa légitimité artistique dans l’aboutissement d’un tel projet.

Ses doutes sont accrus par Inez, personne pragmatique et superficielle à l’opposée du coté rêveur de son compagnon.

Pour accroitre le tout, ses futurs beaux parents, républicains conservateurs sont du voyage ainsi que Paul  (Michael Sheen) , professeur de lettres, véritable puits de culture et de pédantisme, que Inez idolâtre stupidement.

Asphyxié par cet entourage oppressant, Gil va éprouver de s’évader et de se perdre seul la nuit dans les rues de Paris.

Lors de sa virée nocturne il est pris en stop par un taxi et se retrouve propulsé dans le Paris des années 20 sur lequel il fantasme en tant qu’artiste.

Il y rencontre ses idoles, Ernest Hemingway (Corey Stoll) et son éditrice Gertrude Stein (Katy Bates), Scott et Zelda Fitzgerald (Tom Hiddleston et Alison Pill), croise Pablo Picasso (Marcial di Fonzo Bo) et sa maitresse Adriana (Marion Cotillard) étudiante en stylisme chez Channel dont il tombe sous le charme troublant.

Eberlué, Gil se laisse enivrer par ce monde féérique et a même la chance inouïe de faire relire son manuscrit à Stein.

De retour dans le présent, bien entendu tout le monde le croit dérangé.

Tandis que son futur beau père méfiant le fait suivre par un détective privé et que sa femme se rapproche dangereusement de Paul, Gil n’a alors de cesse de retourner dans le Paris des années 20 pour retrouver Hemingway, Stein et Adriana.

Woody Allen se fait plaisir et va en provoquant des rencontres en apparence fortuites avec les artistes surréalistes Salvador Dali (Adrian Brody), Luis Buñuel (Adrian de Van)  puis Toulouse Lautrec.

Gil vit une liaison platonique avec Adriana et s’aperçoit que les habitants du Paris des années 20 fantasmaient sur la Belle Epoque alors que ces derniers ne rêvait que la Renaissance.

Il comprend alors que le cercle de la nostalgie est sans fin et que cet amour d’un passé fantasmé n’est qu’une fuite éperdue d’un présent décevant et trop lourd à affronter.

Décidant de prendre sa vie en main, il s’arrache à sa destinée, rompt avec cette femme auquel rien ne le relie et décide de vivre la vie qu’il désire à Paris.

En conclusion, balayant tous mes stupides a priori, « Minuit à Paris » est un film remarquable, beaucoup plus profond que ce à quoi je m’attendais.

Le sentiment de nostalgie me parait inévitable au fur et à mesure que l’on vieillit et j’en suis moi-même atteint.

Le fameux « C’était mieux avant » certes fallacieux nous réconforte dans son illusion idéalisée par nos esprits humains en quête d’absolu.

Mais l’être humain a justement besoin de se nourrir de rêves, de fantasmes pour survivre et enjoliver une réalité souvent décevante ou terriblement banale.

La nostalgie n’est donc pas pour moi un mal si on conserve sa lucidité.

En écrivain paumé, émerveillé et sympathique, Owen Wilson est formidablement attachant.

Avec ses belles images idéalisant le Paris de l’histoire des arts et des lettres, « Minuit à Paris » recèle une dimension poétique indéniable qui donne envie de se replonger dans un intense bain de culture des grands artistes de référence qui le traversent.

Je ne pense pas qu’il faille par contre s’éterniser sur la performance d’actrice de Carla Bruni, purement anecdotique dans le film ni sur le jeu d’actrice de vamp des années folles de Marion Cotillard.

« Minuit à Paris » devrait à mon sens fort logiquement doper les visites de touristes en quête de romantisme au moins l’été prochain.

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 22:20


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En 2007, le film « Persepolis » de Marjane Satrapi crée la surprise en obtenant un succès inattendu (prix du jury à Cannes puis César du meilleur film).
La bande dessinée composée de quatre volumineuses parties parues entre 2000 et 2003.
L’auteur y décrit dans un style très personnel toute sa vie de femme iranienne depuis sa naissance en 1970 jusqu’à sa vie de jeune adulte en 1994.
C’est donc vingt quatre ans de vie que parcourt cette œuvre.
On découvre alors la vie à Téhéran dans les années 70, avec la dictature du Shah soutenu par les pays occidentaux pour son pétrole et la relative liberté pour les femmes à l’époque.
Certes les opposants majoritairement communistes étaient sévèrement réprimés mais la petite Marjane issue d’une famille très progressiste put étudier dans les écoles françaises et s’ouvrir au monde.
Marjane est également fortement influencée par sa grand-mère, esprit indépendant qu’elle vénère plus que tout.
La révolution islamique fit basculer l’Iran dans un pays de dictature ou une interprétation rigoriste des textes islamiques fut appliquée avec de nombreuses interdictions imposées aux populations dont la plus visible est le port du voile pour les femmes.
Satrapi décrit un régime de terreur et de violence, enfermant les gens dans un carcan et interdisant toute forme d’ouverture au monde, tout particulièrement à un Occident régulièrement diabolisé.
La jeune femme, rebelle par nature a bien du mal à se plier à ses nouvelles règles qu’elle juge absurdes et brave souvent les interdits en courant de relativement graves dangers.
Cette révolte se traduit par exemple par l’importation de casettes de musique occidentales comme le groupe de heavy metal Iron Maiden ou la chanteuse de pop anglaise Kim Wilde.
En 1980, la sanglante guerre contre l’Irak de Saddam Hussein vient encore bouleverser la donne.
Soumis à une agression extérieure d’un pays belliqueux, surarmé par l’Occident, l’Iran n’a pas d’autre choix que de faire bloc et d’envoyer des soldats martyrs se sacrifier pour la patrie.
L’évocation du climat de cette guerre monstrueuse qui dura huit ans et fit un million de morts constitue assurément l’un des moments forts du livre avec les pénuries (alimentaires, carburants) et l’angoisse des bombardements vécues par les populations civiles.
Envoyée par sa famille en Europe, Marjane découvre l’Autriche dans une pension de sœurs chrétiennes et vit un véritable choc culturel.
En pleine puberté et crise adolescente, elle fréquent des punks, des anarchistes, prend beaucoup de drogues.
Elle a également ses premières expériences sexuelles notamment avec un certain Markus qui abuse de ses rêves de jeune fille pour la manipuler
Marjane vit une période très difficile ballotée de foyers en foyers et finit quasiment sans domicile fixe.
Pour la jeune femme en perdition, le désir de revoir sa famille devient alors plus fort que tout.
Mais le retour au pays après la fin de la guerre est également difficile et la réadaptation aux mœurs religieuses très pénibles car Marjane a toujours au fond d’elle son esprit frondeur.
Néanmoins Marjane parvient à trouver l’amour et se marie avec Reza un jeune homme moderne, sage et rangé.
Mais l’indépendante Marjane déchante vite et découvre qu’elle n’est sans doute pas faite pour le mariage.
Dans un pays aussi traditionnaliste que l’Iran, le divorce reste délicat.
Marjane prend donc la décision de retourner en Autriche, laissant derrière elle une nouvelle fois sa famille.
En conclusion, « Persepolis » est une œuvre attachante et personnelle.
L’auteur décrit une période extrêmement troublée et difficile avec le basculement d’un pays dans la dictature puis une dans une horrible guerre défensive ou le sacrifice pour la partie fut élevé au rang de devoir religieux.
La force de « Persepolis »  est de montrer le courage de certaines femmes iraniennes qui luttent à leur manière pour leur liberté.
La jeunesse la plus émancipée vit donc une double vie, organisant des soirées dansantes rythmées par  la musique occidentale et l’ingestion de fortes quantités d’alcool.
Cette bande dessinée trouvera à mon sens un fort écho auprès des émigrés partis en Europe chercher une meilleur vie économique ou fuir une situation intenable pour eux.
Soumis aux préjugés et à une indéfectible nostalgie pour une terre natale souvent par contraste idéalisée par rapport à un quotidien sordide, ils auront besoin de toute leur force pour refaire leur vie et avancer.
Un mot sur le style de Satrapi, d’un noir et blanc très sobre évoquant par instant le dessinateur du Monde Serguei.
C’est pour moi le principal reproche du livre, ce trait simple et austère sans réel panache graphique.

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