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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 21:39

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On reste dans le domaine de l’excellence mais cette fois littéraire avec « Le tumulte des flots » de l’inévitable écrivain japonais Yukio Mishima.

Publié en 1954, ce roman raconte une belle histoire d’amour entre deux jeunes japonais résidant sur une petite ile appelée Utajima prêt de Tokyo, dans le Japon pensant encore ses blessures de la Seconde guerre mondiale.

A Utajima, la vie est dure, simple, les femmes ramassent des algues en plongeant sous la mer, quand aux hommes ils sont pécheurs à leur compte ou s’engagent dans la Marine.

Les visites auprès des villes mégalopoles continentales comme Tokyo ou Osaka sont rares et prennent l’allure de voyages dangereux et exotiques.

Shinji, le jeune homme amoureux, est un pécheur pauvre, honnête et vigoureux, travaillant dur pour nourrir sa mère veuve et son petit frère Hiroshi.

Hatsue, est elle la fille d’un puissant armateur de l’ile Miyata Terukuchi,  qui malgré son âgé avancé est craint par son caractère brutal et autoritaire.

Rappelée par son père du continent pour accompagner ses vieux jours après la mort de sa femme, Hatsue également plongeuse, attire rapidement les convoitises des hommes de l’ile en raison de son incroyable beauté.

Dans cet espace confiné, les ragots vont bon train et le fourbe Kawamoto Yasuo, fils d’un notable de l’ile, fait rapidement savoir ses prétentions pour posséder la jeune fille.

Une idylle va pourtant naitre entre Shinji et Hatsue, la première pour les deux jeunes gens encore vierge des vertiges de l’amour.

Le cœur simple et droit de Shinji émeut la jeune fille et les rendez vous clandestins commencent alors.

Mais le couple illégitime s’attire la jalousie de Chiyoko, fille d’un gardien de phare, revenue elle aussi du continent avec une éducation poussée et des rêves d’amour puissamment romantique.

Heurtée par l’indifférence polie de Shinji, Chiyoko va propager la rumeur de la liaison sexuelle entre Shinji et Hatsue, ce dont va profiter Yasuo pour prendre l’ascendant sur son rival et tenter d'obtenir les faveurs sexuelles de Hatsue en vue ensuite de la contraindre à l’épouser ce qui sera évité d'extreme justesse.

La colère de Terukuchi sera terrible lorsqu’il apprendra les rumeurs portant sur sa fille en sortant d’un bain public.

Le vieil homme interdira à sa fille de voir Shinji ce qui ne l’empêchera pas de communiquer avec lui par lettres interposées.

L’intervention de la mère de Shinji ne fera qu’envenimer les choses avec un terrible humiliation lorsque Terukuchi refusera de la recevoir pour plaider la cause de son fils.

Heureusement, la jeune Hatsue reparera l’affront en offrant un sac à la mère après avoir remporté une compétition de plongée.

Bien que semblant en apparence préférer le riche Yasuo ou pauvre Shinji, Terukuchi mettra tout de même les deux garçons à l’épreuve en leur proposant d’embarquer comme matelots sur un de ses cargos.

Au cours de la longue traversée pour acheminer du bois, Yasuo révélera un caractère paresseux, manipulateur et lâche, tandis que Shinji révélera son courage inouïe en plongeant dans un mère déchainée afin de tirer un câble de secours pour empêcher le cargo d’être emporté par un typhon déchainé.

Sorti grandi de l’épreuve et réhabilité par les remords tardifs de Chiyoko rentrée sur le continent, Shinji finira par séduire le redoutable Terukuchi et obtenir la main de sa fille.

Une fois n’est pas coutume, l’histoire se termine de manière heureuse dans ce roman de Mishima.

En conclusion, considérée sans doute comme une œuvre mineure de Mishima, « Le tumulte des flots » est en réalité une formidable ode à l’amour, à la pureté et la noblesse des sentiments qui peuvent habités deux jeunes êtres.

Il n’est point ici question d’idéologie politique douteuse, de nostalgie de grandeur impériale ou de profondes pulsions de mort, mais d’une œuvre simple, belle et puissante.

Point fort du livre, le style léger et poétique de l’écrivain, rendant hommage à la beauté des iles japonaises et à l’érotisme puissant de jeunes corps découvrant peu les inépuisables ressorts du désir émergent.

Les corps nus, fermes et bronzés des plongeuses, leur absence de pudeur avec cette vie d’insulaire habitués à vivre peu vêtus, au contact de la mer, du soleil et du vent, sont pour moi de magnifiques vecteurs érotiques.

Pour toutes ces raisons, « Le tumulte des flots » est pour moi à déguster sans réserve au bord d’une plage isolée et ensoleillée.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 23:41

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Après le très dispensable à mes yeux « Ce que les hommes appellent amour » de Joaquim Maria Machado de Assis, j’ai persévéré dans la lecture de son œuvre avec « Dom Casmurro » , l’une de ses livres les plus célèbres publié en 1900.

« Dom Casmurro » raconte l’histoire d’amour entre deux enfants voisins de Matacavalos une petite ville du Brésil, Bentinho et Capitou, qui vont très jeunes se faire un serment de fidélité.

Bentinho, en réalité le narrateur lui-même devra faire preuve de subtilité et de tact pour contrer les volontés de sa mère, la veuve Dona Gloria, qui à décidé par piété religieuse de faire de lui un prêtre.

Dans ce combat, Bentinho est aidé par la rusée Capitou qui lui apprend à feindre l’indifférence quand à la véritable nature de leurs sentiments et à accepter en apparence de suivre les vœux de sa mère, mais aussi par José Dias, ex guérisseur adopté par la famille de Bentinho et devenu un proche confident.

En réalité, les motivations de l’orgueilleux Dias sont tout autre, et il désire surtout que Bentinho quitte rapidement le séminaire pour pouvoir l’accompagner en Europe lors de ses études de droit.

Cédant donc en apparence, Bentinho accepte de partir au séminaire de Sao José et parvient à négocier avec le pro notaire Cabral, une année ou sa foi serait mise à l’épreuve pour décider si oui ou non il a en lui la vocation d’être prêtre.

Sur place, Bentinho se lie d’amitié avec un autre jeune séminariste, Ezechiel de Sousa Escobar à qui il confie son amour secret pour Capitou et qui le rejoint dans son désir d’échapper à une carrière religieuse.

Pendant la durée de l’inévitable séparation, Bentinho ne va voir Capitou que par intermittence et développer à son égard un sentiment aigu de jalousie.

Finalement le stratagème fonctionne et après l’intervention de Cabral pour libérer Bentinho de ses obligations, Dona Gloria qui aimait de toute façon passionnément son fils unique, accepte de se laisser fléchir d’autant plus que Capitou est devenue une de ses proches et que l’adoption d’un enfant rend possible l’exaucement des vœux.

Bentinho part donc étudier le droit, devient avocat et retourne ensuite à Matacavalos pour demander en mariage la belle Capitou qui lui est en apparence restée fidèle.

Bien que heureux, le mariage peine dans un premier temps à donner une descendance avant que Capitou ne tombe finalement enceinte d’un petit garçon nommé Ezechiel.

Mais à mesure que Ezechiel grandit, Bentinho a la désagréable impression de retrouver en lui des ressemblances physiques et comportementales d’avec son ami Escobar qu’il fréquente également depuis qu’il est sorti du séminaire pour devenir homme d’affaires.

Cette impression troublante va réveiller les démons de la jalousie de Bentinho qui soupçonne de la malice dans les fameux « yeux de ressac » de sa femme.

La mort de Escobar, noyé après une baignade imprudente va accentuer le malaise de Bentinho lorsqu’il verra son fils progressivement prendre la place de son ami défunt.

Rongé par la jalousie, Bentinho va songer successivement à empoisonner son fils puis à se suicider, en renonçant in extremis à son projet en raison de l’amour que Ezechiel lui porte.

La séparation avec Capitou est alors inévitable et interviendra d’un commun accord, lorsque celle s’exilera en Suisse ou elle mourra.

Les années vont passer, Dona Gloria et José Dias mourir, ce dernier finalement sans jamais connaitre l’Europe, privilège que connaitra lui Ezechiel, qui deviendra un véritable passionné d‘architecture.

Cette passion lui coutera pourtant la vie, lorsqu’il mourra prématurément de maladie lors d’une expéditions au Moyen Orient.

Au final, Bentinho se retrouve seul et laisse le lecteur devant un dilemme autour de la question de la jalousie, prétendue responsable de l’adultère de Capitou.

En conclusion, « Don Casmurro » est un livre remplis de faux semblants et rendu étrange par la style décidément difficile à appréhender de Machado de Assis avec ce mélange de froideur analytique, d’orgueil et ce jeu fréquent d’interpellation du lecteur qui m’insupporte.

La quasi-totalité du livre est assez ennuyeuse et monotone avec le déroulement d’une love story ultra classique avant de basculer dans une atmosphère beaucoup plus noire et angoissante.

Sur le thème de la jalousie dévorante, Machado de Assis fait le parallèle avec la tragédie de Shakespeare « Othello » et finit par délivrer in extremis une œuvre plus intéressante et tourmentée qu’au premier abord.

Mais ce revirement arrive pour moi trop tard dans l’histoire et le style de l’auteur continue de me déplaire ce qui rend ce « Don Casmurro » inférieur à son immense réputation.

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 10:12

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Poursuite logique de la tétralogie de la « Mer de la fertilité » de Yukio Mishima avec le tome numéro deux  intitulé « Chevaux échappés ».

Nous sommes maintenant en 1932, vingt ans après la tragédie de la mort de Kiyoaki Mastugae tué par son amour dévorant et impossible envers Satoko Ayakura retirée dans un monastère bouddhique.

Son ami d’enfance, Shigekuni Honda a trente huit ans et est maintenant un juge respecté du tribunal d’Osaka.

Devant se soumettre à une obligation protocolaire, Honda se rend un jour voir une compétition de sabre japonais (kendo) ou il découvre que le gagnant du tournoi n’est autre que Isao Iinuma le fils du précepteur de Kiyoaki, devenu par la suite un journaliste d’une revue de droite nationaliste.

Honda est rapidement fasciné par le jeune athlète dans lequel il semble revoir son ami mort prématurément.

Cette prémonition se vérifie lorsqu’il découvre les même grains de beauté que ceux de Kiyoaki sur le corps de Isao alors qu’il se baigne sous une cascade, ce qui semble vérifier les derniers mots de son ami mourant qui lui avait promis des retrouvailles sous une cascade.

De son coté, Isao bien que moins beau que Kiyoaki, semble plus viril et résolu.

Il a en tête une idéologie bien précise inspirée par l’acte de samouraï de la Société du Vent Divin, qui sous l’ère Meiji, attaquèrent au sabre une garnison de l’armée afin de sauver un Japon perdant ses traditions impériales pour s’occidentaliser.

Les samouraï furent tués mais bon nombre d’entre eux accomplirent le seppuku, le suicide rituel en se plongeant un couteau dans le ventre une fois leur acte spectaculaire accompli.

Isao adhère fortement à cette idéologie et fonde une secte équivalente formé de jeunes étudiants, près à accomplir des assassinats ciblés d’hommes d’affaires japonais qui par la puissance de l’argent ont corrompu les politiciens, délestant l’empereur de ses pouvoirs divins.

La secte cherche des appuis auprès de certains militaire comme le lieutenant Hori, sympathisant d’extrême droite, qui va jouer le rôle de conseiller pour Isao.

Bien que répugnant à utiliser des armes à feu, la secte désire que les militaires leur permettre de bombarder par avion quelques points stratégiques et de lancer ensuite des tracts pour inviter la population à un sursaut.

Bien entendu, cet acte est sans retour et ne peut atteindre la pureté divine que par le suicide rituel une fois accompli, comme si la vie des samouraï sacrifiés devait servir à purifier la société avilie.

La situation économique désastreuse du Japon, l’extrême misère de certaine zones rurales et l’insolence des dirigeants corrompus aident beaucoup Isao qui peut ainsi recruter une trentaine de candidats motivés.

Autour du manuscrit du récit de la Société du Vent Divin, Isao s’entretient avec Honda, Hori puis le prince Touin lui-même qui décèle une grande dévotion pour le pouvoir impérial et en même temps une inébranlable volonté d’agir.

Isao est d’une telle fermeté que même son père Iinuma ne peut le raisonner lorsqu’il s’agit de la Société du Vent Divin.

Malgré certains évènements de la vie de jeune homme comme sa rencontre avec Makiko, fille d’un général poète à ses heures, Isao ne renonce pas à son acte et prépare activement son coup consistant à une attaque simultanée contre la banque du Japon, une centrale électrique et l’assassinat de politiciens, homme d’affaires jugés responsables de la situation actuelle.

Même si Isao est troublé par les révélation de son domestique Sawa lui-même sympathisant à la cause, qui lui révèle que son père est lié avec le puissant homme d’affaire Kuruhara qui figure comme cible de choix, le jeune homme parvient à trouver assez de force intérieure pour maintenir le cap.

Bien entendu, les choses ne se passent pas comme prévu, les militaires comme le lieutenant Hori font défection et beaucoup de jeunes hommes reculent in extremis une fois le moment venu des actes.

A la tête d’un groupe à présent clairsemé mais formant un noyau très cimenté, Isao ne peut pourtant pas aller jusqu’à l’accomplissement de son acte puisqu’il est arrêté par la police sur dénonciation.

Mis en prison, il attend son procès.

Lorsque la nouvelle éclate, le choc est rude pour Honda et le Prince Touin.

Honda démissionne de la magistrature, se lance dans une carrière d’avocat et offre gratuitement ses service à Iinuma pour défendre son fils ainsi que ses associés.

Le procès commence alors, le jeune homme assumant parfaitement ses actes malgré le faux témoignage de Makiko tombée amoureuse de lui, qui tente en divulguant un journal intime factice d’atténuer la fermeté des ses intentions criminelles.

Au cours de l’audition d’un témoin, le vieil homme tenant la pension militaire ou vivait Hori reconnait Isao puis fait le lien avec Kiyoaki, dont il hébergeait les rencontres clandestines avec Satoko vingt ans auparavant.

Seul Honda ne rit pas du parallèle et comprend que Isao est le réincarnation au sens du bouddhisme de son ami.

A l’issue du procès, le jeune âge des prévenus, leur dévouement  aveugle à l’empereur et une adhésion populaire marquée, provoque la clémence du jury.

Isao est relâché et découvre que son propre père bien que lui aussi partageant ses idées d’extrême droite, l’a dénoncé à la police pour le préserver afin de prendre part au Japon de demain.

De manière ambigüe, Iinuma soutient son fils mais lui révèle que son journal a touché beaucoup d’argent de Kuruhara pour l’épargner.

Isao ne partage pas cette vision salie de son idéal et entreprend alors une action solitaire consistant à aller lui-même assassiner Kuruhara dans sa résidence de bord de mer.

Une fois l’acte accompli en pleine nuit au poignard, Isao se suicide en regardant la nuit et la mer, accomplissant ainsi son idéal.

En conclusion, « La mer de la fertilité 2, cheveaux échappés » est assez différent des « Neiges du printemps ».

Son contenu est nettement moins introspectif moins contemplatif et philosophique mais revêt une idéologie plus militante poussant à une action violente et immédiate.

Par l’intermédiaire de son héros passionné de Kendo, Mishima parait complètement obsédé par l’idée de pureté d’un Japon ancestral ou l’éthique du samouraï soumis à un empereur régnant par ses pouvoirs divins, prévalait sur les doctrines politiques du capitalisme ou du communisme.

Il parait impossible de ne pas faire le parallèle avec la propre fin de vie de Mishima, qui se soldera elle-même par un acte de violence désespéré contre le pouvoir en place et par un suicide accompli dans la foulée, sans que l’impact escompté sur la société ne porte ses effets.

Peu de romance complexe ici, des personnages féminins un peu étouffés dans cet univers nihiliste de males virils et surtout la présence obsédante de la mort, semblant attirer comme un aimant le héros pour accéder à une sorte de paradis divin en commettant une acte jugé héroïque.

Réincarnation, pureté et mort sont donc les ingrédients de ce roman sulfureux et nihiliste, étiré en longueur, à ne pas mettre entre toutes les mains.

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 22:44

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Ecrite sur six ans entre 1964 et 1970, la tétralogie de « La mer de la fertilité » est la dernière grande œuvre de Yukio Mishima avant son suicide par seppuku en 1970.

Dans ce premier volet « La mer de la fertilité, neige de printemps », Mishima décrit dans le japon du débit du siècle peu après la guerre russo-japonaise de 1905, une complexe et tortueuse histoire d’amour entre aristocrates avec Kiyoaki Mastugae, un jeune homme d’une beauté stupéfiante fils d’un marquis et Satoko Ayakura, une jeune et belle fille d’un comte.

Le personnage central de cette intrigue est assurément Kiyoaki qui très fier de son ascendance samouraï et à contre courant des idées de son époque qu’il juge décadentes car à l’image de son père trop occidentalisées, se veut en apparence insensible à tout forme de sentiment.

Cette dureté le pousse à une conduite difficile à l’égard de Iinuma, son précepteur, dont il met un malin plaisir à ébranler la conduite en apparence pure et religieuse en mettant à nue sa liaison avec une servante de la maison.

Le scandale qui manque de rejaillir sur la maison Mastugae pousse le marquis a se séparer du jeune homme qui rejoint un journal nationaliste.

Malgré cette façade imperturbable et le prétendu contrôle de ces nerfs, Kiyoaki est pourtant sensible à son corps défendant à l’attraction qu’exerce sur lui Satoko qui s’amuse à le perturber en soufflant le chaud et le froid dans leur relation bâtie depuis leur plus tendre enfance puisque les deux familles ont toujours été historiquement très proches.

L’affrontement d’égo est tel que Kiyoaki par sa froideur et sa fierté, repousse les tentatives de fiançailles évoquées par les familles et laisse finalement, une demande en mariage de la famille impériale venir bouleverser le cous des événements.

Flattée d’un tel honneur, la famille Ayakura ne peut qu’accéder à la requête de la famille impériale, aussi les préparatifs s’enclenchent inéluctablement pour préparer les noces de Satoko et le prince Harunori Toin.

C’est alors que comprenant qu’il a perdu pour de bon Satoko, Kiyoaki découvre qu’il est fou amoureux d’elle.

Commence alors une quête passionnée et éperdue à laquelle la jeune fille également amoureuse de Kiyoaki finit par répondre en dépit des conventions et surtout des risques gigantesques encourus par les deux familles.

La froideur de Kiyoaki fond alors comme neige au soleil et les rendez vous clandestins se multiplient avec la complicité de Tadeshina, la servante de Satoko, plus ou moins contraintes de collaborer.

Kiyoaki se confie à son seul et unique ami Shigekuni Honda bon élève se prédestinant à une brillante carrière dans la magistrature, ce qui cimente davantage la relation bâtie sur une mise à l’écart vis-à-vis de la norme des autres élèves et de l’éducation militaire dispensée.

Honda est en effet une des rares personnes à comprendre le fonctionnement intime de Kiyoaki dont les intenses passions qui le traversent ne laissent pas de le fasciner.

Le pire arrive lorsque Satoko tombe enceinte, ce qui contraint la liaison illégitime à s’ébruiter dans le cercle restreint des deux familles respectives et Tadeshina a tenter de se suicider.

De peur du scandale, Satoko est conduite dans le plus grand secret à Osaka pour avorter mais la jeune fille déterminée à échapper aux noces impériales, choisit de rentrer dans un temple bouddhique pour se faire nonne.

Ainsi protégée par la papesse de Gesshu, Satoko résiste à toutes les tentatives familiales pour l’extraire de ce cocon isolant, ce qui contraint les Ayakura a annuler les fiançailles en prétextant une dépression nerveuse incurable.

Bien qu’ébranlés, les Ayakura et les Mastugae échappent de justesse au scandale mais Kiyoaki décidément prêt à consumer sa vie pour sa passion, déploie toute son énergie pour revoir Satoko avant un départ prochaine pour l’Europe.

Le jeune homme est tellement obstiné qu’il se ruine la santé devant une succession d’essais infructueux qui se heurtent à la fermeté religieuse et finit par mourir dans les bras de son ami Honda venu pour l’aider une ultime fois.

Le beau Kiyoaki meurt donc à vingt ans dans les bras de son ami en lui promettant de le revoir un jour sous un cascade …

En conclusion, « La mer de la fertilité, neige de printemps » contient tous les ingrédients d’une grande fresque romantique s’appuyant sur un amour impossible.

Pourtant, ce roman déroute par la personnalité complexe et énigmatique de son héros, Kiyoaki, qui pèche à mon sens par son orgueil démesuré dans la première partie du roman en s’imaginant au dessus du sentiment amoureux avant de basculer dans l’excès inverse une fois la situation réellement sans issue.

Rebelle, romantique, extrémiste, rejetant un japon dont l’élite est affaiblie et corrompue par les mœurs occidentales et surtout déjà obsédé par l’idée de sa mort future, Kiyoaki incarne pour moi parfaitement la pensée de Mishima.

Mais cette fois, malgré sa complexité, l’intrigue manque pour moi de piquant et de ce coté délicieusement pervers qui donne un cachet supplémentaire aux trames les plus réussies des œuvres de Mishima.

Du coté de la forme, si le style de l’écrivain est toujours aussi éblouissant dans ses descriptions de paysages ou de scènes érotiques tout en retenue, le rythme de l’histoire assez lent et les longues digressions autour de la pensée bouddhique provoquent un engourdissement général notable.

Pas le meilleur Mishima donc, malgré les qualités habituelles de l’écrivain.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 10:05

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Après « Le pays du carnaval », « Gabriela, girofle et cannelle » est le deuxième livre de Jorge Amado que je lis.

Ecrit en 1958 puis adapté dans une « novela » à succès brésilienne dans les années 70, « Gabriella, girofle et cannelle » est une grande fresque épique racontant le destin au début du XX ième siècle de Gabriela, paysanne du Nordeste du Brésil, qui poussée par la misère de sa région désertique, va tenter sa chance à Ilhéus, ville de l’état de Bahia, vivant une étonnante prospérité économique en raison de la culture du cacao.

Après un épuisant et dangereux exode à pied, Gabriela protégée par deux compagnons d’infortune, Clemente et le noir Fagundes, parvient à son but.

Malgré la jalousie de Clemente qui a été son amant, Gabriella laisse ses amis tenter leur chance dans les fazendas (exploitations cacaotières) des terres pour se faire embaucher dans la ville même.

Le destin veut qu’elle croise la route de Nacib, brésilien d’origine syrienne, propriétaire d’un restaurant et désespérément à la recherche d’une cuisinière.

Embauchée par Nacib, Gabriela ne va pas tarder à conquérir le cœur de son patron en raison de ses étonnants dons de cuisinière et de sa grande beauté de mulâtresse.

Mais malgré son attachement à Nacib, Gabriela reste une femme sauvage, libre, indépendante et très courtisée par les clients du restaurant ce qui aiguise la jalousie de Nacib et le pousse à l’épouser pour assoir sa respectabilité.

Malheureusement, le mariage n’arrange pas les choses, Gabriela restant par nature trop libre et la découverte d’une liaison avec Tonico Bastos, le fils du puissant gouverneur, pousse Nacib à se séparer de Gabriela.

En toile de fond de cette idylle tumultueuse, Amado décrit la lutte pour le contrôle de la ville entre Mundinho Falcao exportateur de cacao venu de Rio pour s’implanter à Ilhéus et le vieux colonel Ramiro Bastos gouverneur représentant le pouvoir ancien des fazendeiros, ces riches propriétaires terriens ayant conquis leur empire par la violence et la corruption.

Bien que considéré comme un « étranger » à Ilhéus, Falcao obtient par son charisme et ses idées progressives de nombreux appuis, que ce soit le patron de presse Costa qui fait écrire des articles en sa faveur, d’ennemis héréditaire de Bastos comme l’homme qu’on appelle le Capitaine et même de puissants colonels comme Aristoteles, ancien allié de Bastos.

L’atout maitre de Falcao est de proposer d’élargir le trop étroit chenal fluvial d’Ilhéus pour permettre aux gros cargo étrangers de se ravitailler sur place au lieu de passer par Bahia.

Il désire également améliorer la desserte de la ville par voie routière, en assurant un service d’autocar.

Ces idées révolutionnaires sont dans l’ère du temps d’une ville qui adoucit peu à peu ses mœurs brutales, qui assuraient par exemple l’impunité à un mari trompé ayant assassiné sa femme.

A travers des personnages influents comme Falcao, son ami Nacib ou Bastos, Amado décrit en profondeur la société de la ville, avec le règne tout puissant des brutaux colonels fazendeiros, faisant la pluie et le beau temps politiquement pour élire leur gouverneur, généralement le plus puissant d’entre eux.

Ces colonels encadrés de redoutables hommes de mains appelés jagunços faisaient trimer leurs ouvriers agricoles dans leurs plantations et allaient ensuite dépenser leur argent à la ville avec de jeunes prostituées.

Il arrivait très fréquemment qu’un colonel arrache une fille du bordel et l’entretienne en la rendant exclusivement dédiée à son plaisir.

Ces femmes généralement jeunes et d’une grande beauté, se trouvaient donc dans des prisons dorées, comme la superbe Gloria, protégée du colonel Coriolano, dont personne n’ose s’approcher par peur des représailles.

Amado n’oublie donc pas donc le registre plus léger des passions amoureuses, avec l’histoire tumultueuse de Malvina, fille du rude colonel Melk, qui décide de fréquenter un ingénieur extérieur à la ville puis devant la colère de son père, de s’enfuir à Sao Paulo pour vivre émancipée, ce qui pousse son soupirant le professeur Josué à courtiser Gloria dans une dangereuse relation adultère.

Le roman s’écoule donc incroyablement vivant et foisonnant, puis gagne en intensité au fur et à mesure que le vieux Bastos décide d’user de violence pour éliminer ses opposants.

Bastos paye le jeune Fagundes pour assassiner Aristoteles, mais le noir échoue de justesse, échappant par l’intervention miraculeuse de Gabriela à la traque mortelle de ses ennemis.

En plein milieu de la tourmente, la santé de Bastos défaille et le vieux colonel expire, obligeant ainsi ses dangereux associés comme Amancio Leal, fidèle par tradition à abandonner la lutte armée.

Ayant le champs libre, Falcao s’impose et se fait élire gouverneur, accentuant le mouvement pour le développement économique et social de la ville avec la construction d’un port agrandi, d’écoles et stades.

Du coté de Nacib, si la société d’Ilhéus loue sa réaction d’homme modéré ne désirant pas laver son honneur par le meurtre, la séparation de Gabriela est en réalité insupportable et met de surcroit en péril l’avenir du restaurant.

Par un heureux concours de circonstance et la disparition suspecte du cuisinier remplaçant la belle, Nacib réembauche Gabriela qui accepte avec plaisir de le retrouver.

Délivrées du poids du couple et de la jalousie de Nacib, leur relations reprennent donc en pleine harmonie sous la protection bienveillante de Falcao.

En conclusion, « Gabriela, girofle et cannelle » est un merveilleux roman, incroyablement riche, instructif et plaisant.

Le style d’Amado est pour beaucoup dans cette chronique vivante et colorée d’une ville cacaotière de l’état de Bahia, située à un point charnière de son existence, avec l’abandon du règne du Far West brésilien, avec règlements de comptes, dettes d’honneurs et crimes sanglants impunis pour l’accession vers un monde plus tolérant, prospère et civilisé, laissant plus de liberté aux femmes.

Derrière la merveilleuse chronique de la ville, se tapit une puissante histoire d’amour entre une pauvre mais ensorcelante cuisinière du Sertao et un patron de bar arabe plus âgé.

Par sa beauté, sa fraicheur mais aussi son naturel indomptable, Gabriela fait penser à une Esméralda brésilienne faisant tourner la tête des hommes.

Assez intelligemment Nacib accepte sa dépendance et finit par mettre son orgueil de coté pour renoncer à mettre l’oiseau en cage, et continuer à faire prospérer sa vie affective et professionnelle.

Même si le dénouement et la disparition subite des tourments de Nacib peut laisser sceptique, il me parait impossible de ne pas succomber au charme de ce roman puissant, sensuel et envoutant, comme des rayons de lune venant lécher la jambe d’une belle mulâtresse assoupie …

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 08:51

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Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre de Yukio Mishima, aussi me suis-je jeté avec délectation sur « Le marin rejeté par la mer » nouvelle publiée en 1963.

« Le marin rejeté par la mer » est un histoire trouble se déroulant dans le Yokohama d’après guerre.

Noboru Kuroda est un adolescent de treize ans qui vit seul avec sa mère Fusako devenue une jeune et séduisante veuve de trente trois ans après la mort de son mari.

Belle et indépendante, Fusako a repris la direction de l’entreprise d’import export de son mari et possède un mode de vie très occidentalisé.

Un jour Fusako fait la connaissance d’un officier de la marine marchande, Ryuji Tsukazaki dont le cargo fait escale à Yokohama pendant quelques jours.

Bel homme bronzé et musclé, Ryuji cache derrière sa prestance d’officier un tempérament solitaire, tourmenté, désireux de fuir en mer une vie terrestre douloureuse.

Pris par une grande passion réciproque, Fusako et Ryuji deviennent amants mais le couple ignore que Noboru les observe clandestinement de sa chambre à l’aide d’un trou réalisé dans le mur.

A vif et déstabilisé par la perte du père, le jeune homme est en quête du modèle masculin représenté par le marin : force, virilité, gout de l’aventure, détachement des sentiments.

Mais ce fantasme ne colle pas avec la réalité qu’il découvre avec Ryuji, homme qui s’avère plutôt banal, conciliant et amical avec lui, ce qu’il ne supporte pas.

Alors Ryuji va se réfugier dans son groupe d’amis composé d’adolescents pareils à lui, totalement révoltés par le monde des adultes.

Le groupe se réunie clandestinement, développe une théorie étrange et malsaine prônant le dégout de la vie et le rejet de l’éducation centrée autour du rôle du père.

Plus grave, sous l’impulsion du chef, les adolescents tuent et éviscèrent un chat pour se familiariser avec la mort.

Pris par ses obligations de marin, Ryuji quitte Yokohama en laissant une femme très amoureuse.

Puis fatigué par cette vie errante et tenaillé par l’amour de Fusako, il revient finalement à Yokohama avec l’intention d’officialiser les choses.

Plutôt riche et honnête dans ses sentiments, Ryuji ne tarde pas à convaincre Fusako de l’épouser mais l’idée d’avoir un nouveau père est insupportable pour Noboru.

De plus en plus sournois et manipulateur, Noboru est surpris par Ryuji alors qu’il les espionnait.

Le jeune homme méprise la clémence dont fait preuve à son égard le marin et décide de soumettre sa « condamnation à mort » à son groupe de dangereux amis.

Bien entendu, le chef du groupe est ravi de pouvoir trouver une cible à ses penchants sadiques et sous le prétexte que la loi japonaise protège les moins de quatorze ans, il échafaude un plan machiavélique pour que chaque membre du groupe participe à l’assassinat de Ryuji.

Noboru sera l’appât qui viendra attirer son beau père dans un endroit reculé de la ville, repéré par les soins des petits monstres.

Sous le prétexte d’entendre ses récits de marin, Ryuji est attiré par le groupe d’enfants et ne se méfie pas du tour étrange que prend cette simple ballade.

Le livre se termine de manière brutale avec le marin buvant la tasse empoisonnée que lui ont préparé les adolescents avant de l’assassiner.

Dans un dernier songe, Ryuji pense à la mort glorieuse et spectaculaire qu’il aurait aimé connaitre …

En conclusion, « Le marin rejeté par la mer » est encore une fois un livre étrange et incroyablement pervers de Mishima.

L’auteur y développe sa philosophie particulière de l’existence qu’on retrouve chez Noboru, foncièrement Nietzschéen (la vie n’a pas de sens, seuls les forts triomphent) mais aussi sans doute chez Ryuji homme en fuite permanente cherchant quelque chose qu’il ne trouve pas et rencontrant finalement son destin lorsqu’il arrête sa course folle autour du monde.

Bien entendu, la morale de l’histoire est affreusement choquante, surtout lorsque l’écrivain insère dans le cœur d’enfants des velléités de tueurs sadiques désireux de se venger sur les adultes des persécutions qu’ils jugent subir.

Mais avec que le fond très dérangeant, vient la forme toujours aussi brillante chez Mishima avec ce style sobre, puissant, épuré comme un kata d’art martial.

Le thème maritime est bien entendu très présent avec de superbes descriptions du monde portuaire, de la vie sur un cargo mais l’érotisme, la sensualité perverse trouvent également leur place dans ce récit difficile à ne pas mettre dans toutes les mains.

Encore une fois, un grand livre, décalé et unique.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 21:58

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« Fenêtre sur cour » est seulement le troisième film d’Alfred Hitchcock chroniqué en ces colonnes, aussi compte tenu de mes gouts personnels ai-je décidé d’étoffer quelque peu les articles sur la riche filmographie du maitre britannique.

Sorti en 1954 d‘après une nouvelle de William Irish, « Fenêtre sur cour » est dans le top 5 des plus grands succès d’Hitchcock.

L’histoire assez peu banale, met en scène Jeff Jeffries (James Stewart) un photographe qui handicapé par une jambe plâtrée passe toutes ses journées à la fenêtre de son appartement donnant sur une cour intérieur d’un immeuble populaire de New-York.

Les journées sont bien longues pour Jeffries dans la fournaise d’un été caniculaire, alors qu’il est plus habitué à un style de vie de baroudeur traqueur d’images chocs à vendre à son journal.

Parmi les « habitués » de ses visions, figurent une magnifique ballerine collectionneuse d’amants dans le dos de son militaire de mari, une célibataire dépressive rongée par sa solitude et deux couples de disputant fréquemment comme les Thorwald.

Jeffries reçoit les visites de son infirmière Stella (Thelma Ritter) femme d’âge mur pleine de bon sens et surtout la belle Lisa Carol Fremont (Grace Kelly) qui le poursuit de ses assiduités pour stabiliser leur relation.

Assez étrangement en effet, Jeffries est désagréable avec Lisa en prétextant une incompatibilité de leur mode de vie, entre celui mondain, citadin et aisé de la belle, et celui plus mobile et aventureux du photographe.

Mais cette attitude cynique et hostile ne suffit pas à décourager Lisa qui poursuit son entreprise de conquête.

Un soir d‘insomnies, Jeffries observe un étrange va et viens dans l’appartement de son voisin d’en face Lars Thorwald (Raymond Burr) qui semble avoir assassiné sa femme et fait disparaitre le corps en l’enterrant dans le jardin.

Très excité, Jeffries sollicite l’aide d’un ami détective privé le lieutenant Thomas Doyle (Wendell Corey) pour enquêter discrètement sur les agissement de Thorwald.

Malgré son professionnalisme, Doyle ne trouve rien de probant et suspecte simplement Mrs Thorwald d’être partie en voyage.

Mais la précieuse intuition féminine de Lisa et sa curiosité vont apporter une aide décisive à Jeffries qui va comprendre que les effets personnels (dont les bijoux) sont restés en possession de Thorwald ce qui met sérieusement à mal la thèse du départ en voyage.

Dés lors, le duo (puis trio avec la sympathique Stella) va s’employer à accumuler les preuves pour confondre le criminel, en allant jusqu’à décrocher des coups de fils anonyme pour l’amener à sortir de chez lui et permettre à l’audacieuse Lisa d’inspecter son appartement.

Au cours d’une manœuvre particulièrement osée, Thorwald surprend Lisa chez lui et s’en prend physiquement à elle, ce qui oblige Jeffries à appeler la police pour provoquer une confusion et faire embarquer Lisa en lieu sur.
Mais Thorwald en profite pour découvrir l’identité de son observateur et décide de le mettre hors d’état de nuire.

L’attaque du robuste et inquiétant Thorwald sur le frêle et vulnérable Jeffries est le point culminant du suspens avec une défense désespérée mais au final efficace de l’handicapé arrosant son ennemi de puissants flashs lumineux afin de le désorienter et d’alerter les autres voisins.

Jeffries est finalement sauvé in extremis et s’en tire par miracle avec une deuxième jambe cassée, tandis que Thorwald est appréhendé, avouant finalement son meurtre.

Lisa emménage finalement chez son ami, assez ironiquement doublement paralysé à présent et se résignant à accepter la jeune femme compte tenu de son courage et de ses qualités humaines exceptionnelles.

En conclusion, « Fenêtre sur cour » est sans doute le classiques d’Hitchcock qui me plait relativement le moins, même si ce film regorge dans l’absolu de qualités.

Parmi elle, l’originalité du scénario bien pervers car basé sur les instincts de voyeurs tapis au fond de nous, qui en effet n’a jamais même fugacement épié ses voisins pour percer leur intimité  ?

Cette perversité est augmentée par le handicap de l’acteur cloué sur une chaise roulante et contraint à un rôle de voyeur passif devant des évènements gravissimes sur lesquels il ne peut pas agir directement.

Autre qualité majeure, l’interprétation sans faille des acteurs en particulier Grace Kelly éblouissante de beauté et de sensualité alliées à un tempérament inattendu absolument attachant d’aventurière.

Bien entendu, la maestria de la réalisation d’Hitchcock est perceptible dans le développement d’une ambiance brulante à l’esthétique soignée, reposant sur des saynètes de la vie quotidienne des foyers américains traversées de bouffées d’humour d’érotisme ou de violence (disputes, tentative de suicide, meurtre).

Mais au rayon des critiques, le film se déroule sur un rythme très lent et recèle au final assez peu de surprises en comparaison des autres grands chef  d’œuvres du maitre.

Si le personnage de Kelly est incroyablement séduisant, celui de Stewart en vieux célibataire acariâtre boudant son bonheur est assez insupportable.

Pour toutes ces raisons, « Fenêtre sur cour » demeure un classique un tantinet surestimé à mes yeux.

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 20:42

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Fondateur de l’académie brésilienne des lettres à la fin du XIX ième siècle, Joaquim Maria Machado de Assis est l’un des écrivains brésiliens les plus réputés, notamment en raison de son œuvre majeure « Don Casmuro ».

Sa dernière œuvre, parue au seuil de la fin de sa vie en 1908 est « Ce que les hommes appellent amour ».

De format assez court, « Ce que les hommes appellent amour » se présente sous la forme d’une auto fiction ou le narrateur, raconte à la manière d’un journal intime, ses observations concernant le cercle huppé de la haute bourgeoise brésilienne.

Ancien diplomate fraichement rentré d’Europe dans son pays d’origine, l’auteur, un homme de plus de soixante ans, retrouve sa sœur Rita avec qui il entretient une grande complicité.

L’auteur tombe rapidement sous le charme d’une belle veuve aperçue dans un cimetière, Fidélia Noronha fille d’un puissant propriétaire terrien de Petrópolis, qui était le rival politique du père de son défunt mari.

Malgré son austérité, il fait le pari avec sa sœur qu’elle se remariera bientôt et de préférence avec lui.

L’essentiel du roman tient donc dans les tentatives d’approches de l’auteur mais surtout dans ses observations subtiles du petit monde gravitant autour de la belle veuve, comme les époux Aguiar, dont la femme Don Carmo, présentée comme de grande valeur a accueilli Fidélia avec toute la bonté dont elle était capable.

Machado de Assis s’attarde longuement sur les relations entre Don Carmo et son fils adoptif Tristan, parti faire des études en Europe, ce qui provoqua un drame pour cette femme sans enfant ayant reporté toute son amour maternel sur le jeune homme.

Cette relation complexe entre un couple cherchant à retenir au Brésil celui qu’il considère comme son fils et un jeune homme plein d’ambition, désireux d’embrasser une carrière politique au Portugal, viendra briser les visées de conquêtes amoureuses de l’auteur puisque Tristan finira par épouser Fidélia.

En conclusion, « Ce que les hommes appellent amour » est une œuvre contemplative d’un auteur en fin de vie qui ne m’a pas passionné.

Machado de Assis ne semble pas croire lui-même à ses chances de séduction et se place plus comme observateur surplombant les relations humains dans cet étroit cercle de la bourgeoisie brésilienne.

Ce cercle est si étroit que l’affranchissement des esclaves brésilien est presque relaté de manière anecdotiques, l’auteur préférant se centrer sur ses propres émotions et réflexions.

Les personnages décrits sont trop lisses pour moi avec une veuve complètement idéalisée, exprimant par l’art (piano, peinture) des sentiments de douleur intime assez aseptisés.

Mais plus que le fond, c’est le style de Machado de Assis qui m’a déplut, avec toutes ses facilités, ses jeux avec le lecteur et ce coté par moment je m’en foutiste.

La renommée de cet auteur me fait penser que je n’ai peut être pas choisi son meilleur ouvrage pour le découvrir.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 19:36

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Sorti en 2000, « Malena » est un film assez peu connu d’un cinéaste pourtant très renommé Giuseppe Tornatore, oscarisé en 1990 pour son « Cinema paradisio ».

« Malena » raconte l’histoire d’une femme, Malena Scordia (Monica Belucci), dont la beauté stupéfiante déchaina les passions dans une ville du sud de l’Italie (Castello di Cisterna) en pleine montée du fascisme Mussolinien.

Fille d’un vieux professeur de latin sourd, Malena est précocement veuve après l’annonce de la mort de son mari tué à la guerre, ce qui démultiplie les convoitises masculines autour de sa possession.

Renato Amoroso (Giuseppe Sulfaro) un jeune garçon de Castello, est hypnotisé par la beauté de Malena et va en devenir complètement obsédé en l’épiant, la suivant mais aussi en défendant son honneur régulièrement bafoué par la jalousie des femmes et par l’avidité salace des hommes.

Très perturbé, Renato essuie les foudres de son père, suit les démêlées de la belle avec la justice lorsque deux de ses amants, un militaire et un pharmacien se battent sur le pas de sa porte.

Bien qu’innocentée, Malena doit subir les assauts de son propre avocat, également surexcité par sa position de dominance sur la jeune femme.

Mais la situation internationale évolue, les puissances de l’Axe perdent du terrain devant la poussée des Alliés et Malena perd son père dans un bombardement.

Jetée à la rue et ruinée, Malena n’a pas d’autre choix que de devenir une prostituée de luxe.

Elle fréquente donc les officiers allemands et affiche un train de vie tapageur fait de luxe et de frasques sexuelles qui lui valent l’inimité des habitants de la ville.

Lors de la prise de la ville par les Américains, Malena est tondue et battue par les femmes qui expriment toutes les frustrations de l’Occupation.

Meurtrie et humiliée, elle n’a d’autres choix que de quitter la ville sous les yeux emplie de larmes de Renato.

Le retour imprévu de son mari, bien vivant mais manchot, change la donne.

L’homme, amaigri et perdu, erre dans la ville à sa recherche ignorant tout de la situation.

Renato intervient donc, permettant à l’aide d’une lettre anonyme au mari de retrouver sa femme et de rétablir son honneur dans la ville.

Le couple se réimplante, Malena fait profil bas, les blessures de la guerre se referment peu à peu et un nouveau départ s’établit sous l’œil bienveillant de son ange gardien inconnu.

En conclusion, « Malena » est un film prenant et intense, une ode à toutes les femmes fatales :  belle, mystérieuse, sensuelle et distante qu’on peut croiser dans sa vie.

Puisant dans ses souvenirs d’enfance, Tornatore exprime les tiraillements de l’adolescence avec une sexualité alors encore bredouillante, s’exprimant autour de fantasmes encore mal canalisés.

Monica Belucci parcours le film comme une apparition irréelle, un fantasme masculin absolu, échauffant les esprits et rendant fous les hommes qui lui font payer cher son anormalité en désirant ardemment la salir, la punir.

Situé dans un contexte difficile (le fascisme et la seconde guerre mondiale), le film est beau mais véhicule également un fort sentiment de dégout devant la bêtise humaine et devant toute cette tension sexuelle accompagnant la frustration masculine , qui m’a personnellement dérangé.

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:42

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Sorti en 1958, « Sueurs froides » ou « Vertigo » d’Alfred Hitchcock est considéré comme l’un de ses chefs d’œuvre aux cotés de « Psychose » ou « La mort aux trousses ».

L’histoire inspiré de "Entre les morts", un roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac est comme souvent chez le maitre du suspens il est vrai particulièrement tortueuse et plonge initialement le spectateur dans un dédale mystérieux de fausses pistes autour du comportement étrange d’une belle jeune femme blonde Madeleine Elster (Kim Novak) que le mari Gavin (Tom Helmore) un riche armateur de San Francisco estime envouté par l’esprit d’une de ses ancêtres morte tragiquement au XIX ième siècle.

Inquiet, Gavin demande à un ancien ami John Ferguson (James Stewart) qui vient de quitter la police en raison de crises de vertiges persistantes, de suivre sa femme pour savoir ce qu’elle fait de ses journées passées en solitaire.

Bon prince, Ferguson accepte le service et commence par filer la belle dont le comportement semble effectivement corroborer les craintes du mari avec des visites sur la tombe de son ancêtre, sur son lieu d’existence transformé en hôtel et enfin dans le musée de la ville elle contemple pendant des heures un de ses portraits d’époque.

Pourtant les choses basculent lorsque Ferguson empêche une tentative de suicide de Madeleine qui s’était jeté à l’eau sous le Golden Gate.

Il la ramène chez lui pour la réconforter et tombe sous son charme mystérieux.

L’attraction est réciproque et un jeu de séduction s’instaure entre eux au fil des rendez vous et des confidences de plus en plus intimes.

Amoureux, Ferguson ignore les tentatives désespérées de son ex fiancée Marjorie Woods  (Barbara Bel Geddes) entre en empathie avec Madeleine et entreprend de la protéger de ses démons intérieurs.

Mais il échoue lorsque sa belle se rend dans un monastère éloigné pour se jeter du haut du clocher.

Cloué dans les escaliers par son vertige, Ferguson est incapable de réagir et échappe de peu à une condamnation lors de son procès.

Après une longue période de dépression, il reprend pourtant une vie à peu prêt normale mais devient obsédé par le souvenir de Madeleine.

Cette obsession se cristallise autour d’une inconnue dont la silhouette ressemble vaguement à celle de la défunte.

Poussé par son obsession, Ferguson entre en contact avec la jeune femme nommée Judy Barton et entreprend de la séduire.

La tentative finit par réussir mais Ferguson va encore plus loin en demandant à Judy de s’habiller et de se coiffer comme Madeleine.
Malgré son trouble, la jeune femme accepte de rentrer dans ce jeu malsain.

Pourtant, Ferguson est alerté par un médaillon qui appartenait à Madeleine et portée par Judy.

Ses sens de policier entrent alors en éveil et il parvient à confondre Judy en lui faisant avouer sous la pression la vérité.

La jeune femme a en effet été payé par Gavin pour jouer et un rôle et permettre au mari d’éliminer sa femme en profitant de la faiblesse du policier confronté à une situation en altitude.

Le mobile du crime apparait être l’immense fortune du père de Madeleine.

Si l’amertume de Ferguson est atténuée par les regrets sincère de Judy qui lui avoue être tombée amoureuse de lui et être revenue vers lui après le meurtre par amour, cela ne suffit pas à empêcher Judy de basculer dans le vide du haut du même clocher du monastère ou a été jeté Madeleine.

En conclusion, « Sueurs froides » est un film d’une construction parfaite se déroulant particulièrement dans une ambiance mystérieuse, élégante et sensuelle.

Hitchcock instaure tout d’abord le trouble chez le spectateur en le mettant mal à l’aise dans un climat flirtant avec le surnaturel avant d’introduire tous les ingrédients d’une superbe histoire d’amour tordue et romantique (car impossible).

Le dénouement façon polar machiavélique vient enfin clouer le spectateur après une phase particulièrement intéressante ou Stewart développe tous les symptômes d’une dérive psychotique de nature obsessionnelle ou au choix une volonté romantique de vaincre la mort en faisant revivre un erzatz de son amour perdu..

A ce stade de perfection, il parait presque superflu de louer la qualité des acteurs, Stewart comme toujours très bon et Nowak parfaite dans le rôle de la bombe sexuelle au charme vénéneux et glacé.

Bien que n’étant pas mon Hitchcock préféré en raison d'une certaine fadeur de Stewart, « Sueurs froides » peut par la formidable richesse de ses multiples histoires enchevêtrées être rangé au rayon des meilleurs films du Maitre Britannique.

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