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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 08:51

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Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu un livre de Yukio Mishima, aussi me suis-je jeté avec délectation sur « Le marin rejeté par la mer » nouvelle publiée en 1963.

« Le marin rejeté par la mer » est un histoire trouble se déroulant dans le Yokohama d’après guerre.

Noboru Kuroda est un adolescent de treize ans qui vit seul avec sa mère Fusako devenue une jeune et séduisante veuve de trente trois ans après la mort de son mari.

Belle et indépendante, Fusako a repris la direction de l’entreprise d’import export de son mari et possède un mode de vie très occidentalisé.

Un jour Fusako fait la connaissance d’un officier de la marine marchande, Ryuji Tsukazaki dont le cargo fait escale à Yokohama pendant quelques jours.

Bel homme bronzé et musclé, Ryuji cache derrière sa prestance d’officier un tempérament solitaire, tourmenté, désireux de fuir en mer une vie terrestre douloureuse.

Pris par une grande passion réciproque, Fusako et Ryuji deviennent amants mais le couple ignore que Noboru les observe clandestinement de sa chambre à l’aide d’un trou réalisé dans le mur.

A vif et déstabilisé par la perte du père, le jeune homme est en quête du modèle masculin représenté par le marin : force, virilité, gout de l’aventure, détachement des sentiments.

Mais ce fantasme ne colle pas avec la réalité qu’il découvre avec Ryuji, homme qui s’avère plutôt banal, conciliant et amical avec lui, ce qu’il ne supporte pas.

Alors Ryuji va se réfugier dans son groupe d’amis composé d’adolescents pareils à lui, totalement révoltés par le monde des adultes.

Le groupe se réunie clandestinement, développe une théorie étrange et malsaine prônant le dégout de la vie et le rejet de l’éducation centrée autour du rôle du père.

Plus grave, sous l’impulsion du chef, les adolescents tuent et éviscèrent un chat pour se familiariser avec la mort.

Pris par ses obligations de marin, Ryuji quitte Yokohama en laissant une femme très amoureuse.

Puis fatigué par cette vie errante et tenaillé par l’amour de Fusako, il revient finalement à Yokohama avec l’intention d’officialiser les choses.

Plutôt riche et honnête dans ses sentiments, Ryuji ne tarde pas à convaincre Fusako de l’épouser mais l’idée d’avoir un nouveau père est insupportable pour Noboru.

De plus en plus sournois et manipulateur, Noboru est surpris par Ryuji alors qu’il les espionnait.

Le jeune homme méprise la clémence dont fait preuve à son égard le marin et décide de soumettre sa « condamnation à mort » à son groupe de dangereux amis.

Bien entendu, le chef du groupe est ravi de pouvoir trouver une cible à ses penchants sadiques et sous le prétexte que la loi japonaise protège les moins de quatorze ans, il échafaude un plan machiavélique pour que chaque membre du groupe participe à l’assassinat de Ryuji.

Noboru sera l’appât qui viendra attirer son beau père dans un endroit reculé de la ville, repéré par les soins des petits monstres.

Sous le prétexte d’entendre ses récits de marin, Ryuji est attiré par le groupe d’enfants et ne se méfie pas du tour étrange que prend cette simple ballade.

Le livre se termine de manière brutale avec le marin buvant la tasse empoisonnée que lui ont préparé les adolescents avant de l’assassiner.

Dans un dernier songe, Ryuji pense à la mort glorieuse et spectaculaire qu’il aurait aimé connaitre …

En conclusion, « Le marin rejeté par la mer » est encore une fois un livre étrange et incroyablement pervers de Mishima.

L’auteur y développe sa philosophie particulière de l’existence qu’on retrouve chez Noboru, foncièrement Nietzschéen (la vie n’a pas de sens, seuls les forts triomphent) mais aussi sans doute chez Ryuji homme en fuite permanente cherchant quelque chose qu’il ne trouve pas et rencontrant finalement son destin lorsqu’il arrête sa course folle autour du monde.

Bien entendu, la morale de l’histoire est affreusement choquante, surtout lorsque l’écrivain insère dans le cœur d’enfants des velléités de tueurs sadiques désireux de se venger sur les adultes des persécutions qu’ils jugent subir.

Mais avec que le fond très dérangeant, vient la forme toujours aussi brillante chez Mishima avec ce style sobre, puissant, épuré comme un kata d’art martial.

Le thème maritime est bien entendu très présent avec de superbes descriptions du monde portuaire, de la vie sur un cargo mais l’érotisme, la sensualité perverse trouvent également leur place dans ce récit difficile à ne pas mettre dans toutes les mains.

Encore une fois, un grand livre, décalé et unique.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 21:58

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« Fenêtre sur cour » est seulement le troisième film d’Alfred Hitchcock chroniqué en ces colonnes, aussi compte tenu de mes gouts personnels ai-je décidé d’étoffer quelque peu les articles sur la riche filmographie du maitre britannique.

Sorti en 1954 d‘après une nouvelle de William Irish, « Fenêtre sur cour » est dans le top 5 des plus grands succès d’Hitchcock.

L’histoire assez peu banale, met en scène Jeff Jeffries (James Stewart) un photographe qui handicapé par une jambe plâtrée passe toutes ses journées à la fenêtre de son appartement donnant sur une cour intérieur d’un immeuble populaire de New-York.

Les journées sont bien longues pour Jeffries dans la fournaise d’un été caniculaire, alors qu’il est plus habitué à un style de vie de baroudeur traqueur d’images chocs à vendre à son journal.

Parmi les « habitués » de ses visions, figurent une magnifique ballerine collectionneuse d’amants dans le dos de son militaire de mari, une célibataire dépressive rongée par sa solitude et deux couples de disputant fréquemment comme les Thorwald.

Jeffries reçoit les visites de son infirmière Stella (Thelma Ritter) femme d’âge mur pleine de bon sens et surtout la belle Lisa Carol Fremont (Grace Kelly) qui le poursuit de ses assiduités pour stabiliser leur relation.

Assez étrangement en effet, Jeffries est désagréable avec Lisa en prétextant une incompatibilité de leur mode de vie, entre celui mondain, citadin et aisé de la belle, et celui plus mobile et aventureux du photographe.

Mais cette attitude cynique et hostile ne suffit pas à décourager Lisa qui poursuit son entreprise de conquête.

Un soir d‘insomnies, Jeffries observe un étrange va et viens dans l’appartement de son voisin d’en face Lars Thorwald (Raymond Burr) qui semble avoir assassiné sa femme et fait disparaitre le corps en l’enterrant dans le jardin.

Très excité, Jeffries sollicite l’aide d’un ami détective privé le lieutenant Thomas Doyle (Wendell Corey) pour enquêter discrètement sur les agissement de Thorwald.

Malgré son professionnalisme, Doyle ne trouve rien de probant et suspecte simplement Mrs Thorwald d’être partie en voyage.

Mais la précieuse intuition féminine de Lisa et sa curiosité vont apporter une aide décisive à Jeffries qui va comprendre que les effets personnels (dont les bijoux) sont restés en possession de Thorwald ce qui met sérieusement à mal la thèse du départ en voyage.

Dés lors, le duo (puis trio avec la sympathique Stella) va s’employer à accumuler les preuves pour confondre le criminel, en allant jusqu’à décrocher des coups de fils anonyme pour l’amener à sortir de chez lui et permettre à l’audacieuse Lisa d’inspecter son appartement.

Au cours d’une manœuvre particulièrement osée, Thorwald surprend Lisa chez lui et s’en prend physiquement à elle, ce qui oblige Jeffries à appeler la police pour provoquer une confusion et faire embarquer Lisa en lieu sur.
Mais Thorwald en profite pour découvrir l’identité de son observateur et décide de le mettre hors d’état de nuire.

L’attaque du robuste et inquiétant Thorwald sur le frêle et vulnérable Jeffries est le point culminant du suspens avec une défense désespérée mais au final efficace de l’handicapé arrosant son ennemi de puissants flashs lumineux afin de le désorienter et d’alerter les autres voisins.

Jeffries est finalement sauvé in extremis et s’en tire par miracle avec une deuxième jambe cassée, tandis que Thorwald est appréhendé, avouant finalement son meurtre.

Lisa emménage finalement chez son ami, assez ironiquement doublement paralysé à présent et se résignant à accepter la jeune femme compte tenu de son courage et de ses qualités humaines exceptionnelles.

En conclusion, « Fenêtre sur cour » est sans doute le classiques d’Hitchcock qui me plait relativement le moins, même si ce film regorge dans l’absolu de qualités.

Parmi elle, l’originalité du scénario bien pervers car basé sur les instincts de voyeurs tapis au fond de nous, qui en effet n’a jamais même fugacement épié ses voisins pour percer leur intimité  ?

Cette perversité est augmentée par le handicap de l’acteur cloué sur une chaise roulante et contraint à un rôle de voyeur passif devant des évènements gravissimes sur lesquels il ne peut pas agir directement.

Autre qualité majeure, l’interprétation sans faille des acteurs en particulier Grace Kelly éblouissante de beauté et de sensualité alliées à un tempérament inattendu absolument attachant d’aventurière.

Bien entendu, la maestria de la réalisation d’Hitchcock est perceptible dans le développement d’une ambiance brulante à l’esthétique soignée, reposant sur des saynètes de la vie quotidienne des foyers américains traversées de bouffées d’humour d’érotisme ou de violence (disputes, tentative de suicide, meurtre).

Mais au rayon des critiques, le film se déroule sur un rythme très lent et recèle au final assez peu de surprises en comparaison des autres grands chef  d’œuvres du maitre.

Si le personnage de Kelly est incroyablement séduisant, celui de Stewart en vieux célibataire acariâtre boudant son bonheur est assez insupportable.

Pour toutes ces raisons, « Fenêtre sur cour » demeure un classique un tantinet surestimé à mes yeux.

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 20:42

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Fondateur de l’académie brésilienne des lettres à la fin du XIX ième siècle, Joaquim Maria Machado de Assis est l’un des écrivains brésiliens les plus réputés, notamment en raison de son œuvre majeure « Don Casmuro ».

Sa dernière œuvre, parue au seuil de la fin de sa vie en 1908 est « Ce que les hommes appellent amour ».

De format assez court, « Ce que les hommes appellent amour » se présente sous la forme d’une auto fiction ou le narrateur, raconte à la manière d’un journal intime, ses observations concernant le cercle huppé de la haute bourgeoise brésilienne.

Ancien diplomate fraichement rentré d’Europe dans son pays d’origine, l’auteur, un homme de plus de soixante ans, retrouve sa sœur Rita avec qui il entretient une grande complicité.

L’auteur tombe rapidement sous le charme d’une belle veuve aperçue dans un cimetière, Fidélia Noronha fille d’un puissant propriétaire terrien de Petrópolis, qui était le rival politique du père de son défunt mari.

Malgré son austérité, il fait le pari avec sa sœur qu’elle se remariera bientôt et de préférence avec lui.

L’essentiel du roman tient donc dans les tentatives d’approches de l’auteur mais surtout dans ses observations subtiles du petit monde gravitant autour de la belle veuve, comme les époux Aguiar, dont la femme Don Carmo, présentée comme de grande valeur a accueilli Fidélia avec toute la bonté dont elle était capable.

Machado de Assis s’attarde longuement sur les relations entre Don Carmo et son fils adoptif Tristan, parti faire des études en Europe, ce qui provoqua un drame pour cette femme sans enfant ayant reporté toute son amour maternel sur le jeune homme.

Cette relation complexe entre un couple cherchant à retenir au Brésil celui qu’il considère comme son fils et un jeune homme plein d’ambition, désireux d’embrasser une carrière politique au Portugal, viendra briser les visées de conquêtes amoureuses de l’auteur puisque Tristan finira par épouser Fidélia.

En conclusion, « Ce que les hommes appellent amour » est une œuvre contemplative d’un auteur en fin de vie qui ne m’a pas passionné.

Machado de Assis ne semble pas croire lui-même à ses chances de séduction et se place plus comme observateur surplombant les relations humains dans cet étroit cercle de la bourgeoisie brésilienne.

Ce cercle est si étroit que l’affranchissement des esclaves brésilien est presque relaté de manière anecdotiques, l’auteur préférant se centrer sur ses propres émotions et réflexions.

Les personnages décrits sont trop lisses pour moi avec une veuve complètement idéalisée, exprimant par l’art (piano, peinture) des sentiments de douleur intime assez aseptisés.

Mais plus que le fond, c’est le style de Machado de Assis qui m’a déplut, avec toutes ses facilités, ses jeux avec le lecteur et ce coté par moment je m’en foutiste.

La renommée de cet auteur me fait penser que je n’ai peut être pas choisi son meilleur ouvrage pour le découvrir.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 19:36

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Sorti en 2000, « Malena » est un film assez peu connu d’un cinéaste pourtant très renommé Giuseppe Tornatore, oscarisé en 1990 pour son « Cinema paradisio ».

« Malena » raconte l’histoire d’une femme, Malena Scordia (Monica Belucci), dont la beauté stupéfiante déchaina les passions dans une ville du sud de l’Italie (Castello di Cisterna) en pleine montée du fascisme Mussolinien.

Fille d’un vieux professeur de latin sourd, Malena est précocement veuve après l’annonce de la mort de son mari tué à la guerre, ce qui démultiplie les convoitises masculines autour de sa possession.

Renato Amoroso (Giuseppe Sulfaro) un jeune garçon de Castello, est hypnotisé par la beauté de Malena et va en devenir complètement obsédé en l’épiant, la suivant mais aussi en défendant son honneur régulièrement bafoué par la jalousie des femmes et par l’avidité salace des hommes.

Très perturbé, Renato essuie les foudres de son père, suit les démêlées de la belle avec la justice lorsque deux de ses amants, un militaire et un pharmacien se battent sur le pas de sa porte.

Bien qu’innocentée, Malena doit subir les assauts de son propre avocat, également surexcité par sa position de dominance sur la jeune femme.

Mais la situation internationale évolue, les puissances de l’Axe perdent du terrain devant la poussée des Alliés et Malena perd son père dans un bombardement.

Jetée à la rue et ruinée, Malena n’a pas d’autre choix que de devenir une prostituée de luxe.

Elle fréquente donc les officiers allemands et affiche un train de vie tapageur fait de luxe et de frasques sexuelles qui lui valent l’inimité des habitants de la ville.

Lors de la prise de la ville par les Américains, Malena est tondue et battue par les femmes qui expriment toutes les frustrations de l’Occupation.

Meurtrie et humiliée, elle n’a d’autres choix que de quitter la ville sous les yeux emplie de larmes de Renato.

Le retour imprévu de son mari, bien vivant mais manchot, change la donne.

L’homme, amaigri et perdu, erre dans la ville à sa recherche ignorant tout de la situation.

Renato intervient donc, permettant à l’aide d’une lettre anonyme au mari de retrouver sa femme et de rétablir son honneur dans la ville.

Le couple se réimplante, Malena fait profil bas, les blessures de la guerre se referment peu à peu et un nouveau départ s’établit sous l’œil bienveillant de son ange gardien inconnu.

En conclusion, « Malena » est un film prenant et intense, une ode à toutes les femmes fatales :  belle, mystérieuse, sensuelle et distante qu’on peut croiser dans sa vie.

Puisant dans ses souvenirs d’enfance, Tornatore exprime les tiraillements de l’adolescence avec une sexualité alors encore bredouillante, s’exprimant autour de fantasmes encore mal canalisés.

Monica Belucci parcours le film comme une apparition irréelle, un fantasme masculin absolu, échauffant les esprits et rendant fous les hommes qui lui font payer cher son anormalité en désirant ardemment la salir, la punir.

Situé dans un contexte difficile (le fascisme et la seconde guerre mondiale), le film est beau mais véhicule également un fort sentiment de dégout devant la bêtise humaine et devant toute cette tension sexuelle accompagnant la frustration masculine , qui m’a personnellement dérangé.

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:42

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Sorti en 1958, « Sueurs froides » ou « Vertigo » d’Alfred Hitchcock est considéré comme l’un de ses chefs d’œuvre aux cotés de « Psychose » ou « La mort aux trousses ».

L’histoire inspiré de "Entre les morts", un roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac est comme souvent chez le maitre du suspens il est vrai particulièrement tortueuse et plonge initialement le spectateur dans un dédale mystérieux de fausses pistes autour du comportement étrange d’une belle jeune femme blonde Madeleine Elster (Kim Novak) que le mari Gavin (Tom Helmore) un riche armateur de San Francisco estime envouté par l’esprit d’une de ses ancêtres morte tragiquement au XIX ième siècle.

Inquiet, Gavin demande à un ancien ami John Ferguson (James Stewart) qui vient de quitter la police en raison de crises de vertiges persistantes, de suivre sa femme pour savoir ce qu’elle fait de ses journées passées en solitaire.

Bon prince, Ferguson accepte le service et commence par filer la belle dont le comportement semble effectivement corroborer les craintes du mari avec des visites sur la tombe de son ancêtre, sur son lieu d’existence transformé en hôtel et enfin dans le musée de la ville elle contemple pendant des heures un de ses portraits d’époque.

Pourtant les choses basculent lorsque Ferguson empêche une tentative de suicide de Madeleine qui s’était jeté à l’eau sous le Golden Gate.

Il la ramène chez lui pour la réconforter et tombe sous son charme mystérieux.

L’attraction est réciproque et un jeu de séduction s’instaure entre eux au fil des rendez vous et des confidences de plus en plus intimes.

Amoureux, Ferguson ignore les tentatives désespérées de son ex fiancée Marjorie Woods  (Barbara Bel Geddes) entre en empathie avec Madeleine et entreprend de la protéger de ses démons intérieurs.

Mais il échoue lorsque sa belle se rend dans un monastère éloigné pour se jeter du haut du clocher.

Cloué dans les escaliers par son vertige, Ferguson est incapable de réagir et échappe de peu à une condamnation lors de son procès.

Après une longue période de dépression, il reprend pourtant une vie à peu prêt normale mais devient obsédé par le souvenir de Madeleine.

Cette obsession se cristallise autour d’une inconnue dont la silhouette ressemble vaguement à celle de la défunte.

Poussé par son obsession, Ferguson entre en contact avec la jeune femme nommée Judy Barton et entreprend de la séduire.

La tentative finit par réussir mais Ferguson va encore plus loin en demandant à Judy de s’habiller et de se coiffer comme Madeleine.
Malgré son trouble, la jeune femme accepte de rentrer dans ce jeu malsain.

Pourtant, Ferguson est alerté par un médaillon qui appartenait à Madeleine et portée par Judy.

Ses sens de policier entrent alors en éveil et il parvient à confondre Judy en lui faisant avouer sous la pression la vérité.

La jeune femme a en effet été payé par Gavin pour jouer et un rôle et permettre au mari d’éliminer sa femme en profitant de la faiblesse du policier confronté à une situation en altitude.

Le mobile du crime apparait être l’immense fortune du père de Madeleine.

Si l’amertume de Ferguson est atténuée par les regrets sincère de Judy qui lui avoue être tombée amoureuse de lui et être revenue vers lui après le meurtre par amour, cela ne suffit pas à empêcher Judy de basculer dans le vide du haut du même clocher du monastère ou a été jeté Madeleine.

En conclusion, « Sueurs froides » est un film d’une construction parfaite se déroulant particulièrement dans une ambiance mystérieuse, élégante et sensuelle.

Hitchcock instaure tout d’abord le trouble chez le spectateur en le mettant mal à l’aise dans un climat flirtant avec le surnaturel avant d’introduire tous les ingrédients d’une superbe histoire d’amour tordue et romantique (car impossible).

Le dénouement façon polar machiavélique vient enfin clouer le spectateur après une phase particulièrement intéressante ou Stewart développe tous les symptômes d’une dérive psychotique de nature obsessionnelle ou au choix une volonté romantique de vaincre la mort en faisant revivre un erzatz de son amour perdu..

A ce stade de perfection, il parait presque superflu de louer la qualité des acteurs, Stewart comme toujours très bon et Nowak parfaite dans le rôle de la bombe sexuelle au charme vénéneux et glacé.

Bien que n’étant pas mon Hitchcock préféré en raison d'une certaine fadeur de Stewart, « Sueurs froides » peut par la formidable richesse de ses multiples histoires enchevêtrées être rangé au rayon des meilleurs films du Maitre Britannique.

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 19:40

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Paru en 2001, « Avril brisé » est une adaptation d’un roman de l’écrivain albanais Ismail Kadaré par le brésilien Walter Salles déjà reconnu internationalement par le films  « Central do Brasil » .

Situé en début du XX ième siècle au Nordeste du Brésil dans une région reculée particulièrement aride, « Avril brisé » raconte une sombre histoire de vendetta que doit accomplir un jeune homme nommé Tonho (Rodrigo Santoro) pour tuer l’assassin de son frère.

Vivant dans un petit clan familial décimé par la misère et le cycle infernal des vengeances, Tonho hésite à accomplir son sanglant destin mais finit sous la pression de son père (José Dumont) et de sa mère (Rita Assemany) à commettre le meurtre rituel chez la famille rivale.

Mais il apprend de la bouche du patriarche ennemi un vieil homme aveugle (Everaldo Pontes) que ses jours sont à présent comptés et que dés que le sang sur la chemise du tué aura séché au soleil, il sera à son tour condamné à mort.

Tonho prend alors brutalement conscience de l’absurdité de sa vie et décide de gouter à plus de joie.

Il rencontre Clara (Flavia Marco Antonio) une jeune artiste de cirque qui mène une vie itinérante avec Salustiano ( Luiz Carlos Vasconcelos).

Il est frappé par la beauté, la fraicheur et la liberté de cette jeune femme, tout comme son jeune frère Pacu (Ravi Ramos Lacerda) qui rêve autour d’un livre de contes que lui a donné Clara.

Très complices, Tonho et Pacu désobéissent à leur père pour aller au spectacle de cirque de Clara et Salustiano à la ville.

Tonho et Clara tombent amoureux et entrevoient des projets de fuite pour une nouvelle vie ailleurs.

Mais la réalité rattrape les tourtereaux et Tonho regagne le foyer familial.

Alors que son ennemi Matheus (Wagner Moura) le guette pour l’assassiner au petit matin, Tonho est sauvé par Pacu qui se fait passer pour lui.

Pacu a en effet été touché par la relation charnelle entre Clara et son frère et a préféré se sacrifier pour lui offrir une vie meilleure.

La mort de Pacu est un drame pour le clan de Tonho.

Sa mère se dresse à son tour contre le père et accepte le départ de son fils …

En conclusion, avec beaucoup d’élégance, Salles transpose la brutalité du code de l’honneur albanais dans un cadre plus tropical mais tout aussi rude du Nordeste du Brésil des années 1900.
Son film décrit un monde désespérant de misère, de désolation, de souffrance, de violence et aussi de stupidité.

Privées de tout sauf de quelques bêtes de sommes qui les aident à cultiver péniblement la canne à sucre, ces familles rurales ne trouvent rien de mieux que de s’entre exterminer en invoquant un code de l’honneur absurde.

L’interprétation est aussi contemplative et aride que le décor et n’incite pas vraiment au plaisir.

Seule la fin, poignante avec le sacrifice de l’enfant touché par une sorte de grâce poétique parvient à submerger le spectateur.

« Avril brisé » est donc pour moi un film d’auteur élégant mais un brin étouffant, dont le principal mérite est de montrer une facette plus ignorée du Brésil, loin des cartes postales habituelles.

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 22:34

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Aussi fou que cela puisse paraitre je n’avais jamais vu autre chose que des bribes du fameux « Titanic » de James Cameron.

On peut y voir un certain esprit de rébellion contre ce film multi oscarisé qui resta longtemps comme le plus gros succès de l’histoire au box office avant d’être détrôné par un autre film de James Cameron « Avatar ».

J’ai en effet du mal à lire ou aller voir les best sellers mais essaie néanmoins de me soigner.

Sorti originellement en 1997 puis ressorti en 2012 pour profiter de l’avancée technologique du 3D, « Titanic » se présente comme une reconstitution romancée du naufrage du célèbre paquebot de luxe qui fit naufrage en 1912 lors de sa première traversée Angleterre-Etats Unis et qui couta la vie à 1500 personnes.

Assez habilement, Cameron tisse une histoire d’amour autour de ce drame historique en racontant l’histoire de Rose Dewitt Bukater (Kate Winslet) qui à plus de 90 ans se retrouve à livrer ses souvenirs de rescapée à une équipe américano-russe à la recherche des trésors engloutis du paquebot.

A l’époque, jeune femme, Rose était une noble désargentée regagnant les Etats Unis avec son richissime fiancé Caledon Hockley (Billy Zane) pour effectuer un mariage d’intérêt.

Malgré un physique avenant, Hockley se montre comme un personnage antipathique, dur et machiste avec sa Rose dont le caractère indépendant souffre de la situation.

Alors que la jeune femme  désespérée s’apprête à se jeter par-dessus bord pour mettre fin à ses tourments, un jeune homme Jack Dawson (Leonard Di Caprio) lui sauve la vie.

Jeune et intrépide, Dawson est un passager pauvre (de 3iéme classe) et s’est embarqué avec deux amis à l’aventure après une bref vie de peintre à Paris.

Un charme opère bien vite entre les jeunes gens, malgré la différence de classe et l’hostilité du futur mari.

Dawson entraine Rose dans un monde de charme, d’aventures loin des ennuyeuses conventions des riches passagers.

Les deux jeunes gens tombent amoureux et font l’amour malgré la vigilance du domestique de Hockley les traquant dans les immenses recoins du navire.

Fou de rage, Hockley fait accuser son rival du vol d’un superbe diamant ayant appartenu à Louis XVI, le cœur des océans.

Dawson est donc bouclé sous le pont en attendant son jugement mais un drame inattendu va bouleverser le déroulement des opérations.

Le monstrueux paquebot réputé insubmersible et dont la puissance fait la fierté de son concepteur l’ingénieur Thomas Andrews (Victor Garber) percute une nuit un iceberg et endommage sa coque.

Rapidement l’eau envahit les compartiments et la situation se dégrade.

Le commandant Edward John Smith (Bernard Hill) comprend très vite que la situation va rapidement devenir désespérée d’autant plus qu’il n’y sait qu’il n’y a pas assez de chaloupe pour tous les passagers.

Commence alors l’effroyable naufrage avec un sentiment de panique générale allant en croissant.

Les passagers sont évacués en premier mais peu à peu les troubles éclatent notamment parmi les passagers de 3iéme classe enfermés sous le pont par des grilles en attendant que les classes supérieures évacuent.

Oubliant sa peur et les menaces de son mari égoïste et lâche, Rose brave tous les dangers d’un bateau prenant l’eau pour retrouver et libérer le pauvre Jack.

Les deux amant parviennent à se retrouver mais le Titanic se fend en deux, provoquant alors la fin irrémédiable tant redoutée.

Jack permet à Rose de survivre dans l’océan glacé et se sacrifie pour la mettre hors de portée du froid.

La jeune femme ne doit son salut qu’à un seul canot de rescapé revenu chercher des survivants.

Le film se clôt sur ce récit émouvant et sur l’acte de la vieille femme ému de jeter le diamant qu’elle avait gardé jusqu’alors par-dessus bord.

En conclusion, « Titanic » est une grande fresque d’époque reconstituant minutieusement un acte dramatique qui marqua l’histoire.

L’ambiance de la traversée sur un paquebot à vapeur du début du XX iéme siècle est à vrai dire assez prenante et ce en raison de la qualité du jeu des acteurs, même si pour être franc le charme de boys band de Di Caprio et la beauté anglaise de Kate Winslet me laissent complètement froid.

Puis la tension s’installe progressivement au fur et à mesure de la progression du sinistre pour aboutir à des situations véritablement effrayante rappelant le 11 Septembre ou plus près de nous le naufrage du Concordia en Italie.

L’horreur est en effet bel et bien présente et vient se superposer à l’exaltation romantique de cet amour impossible.

Le succès du film tient donc pour moi surtout à la force de cette histoire d’amour à la Roméo et Juliette marquée par le sacrifice des amants.

Outre par beauté visuelle et son sens de la reconstitution, « Titanic » toucha donc de manière universelle les sentiments humains rêvant d’amour absolu, irraisonné, pur et faisant fi de tous les obstacles.

De manière plus dépassionnée, on peut également y voir un témoignage de la folie des hommes, espérant avec orgueil que la technologie les mettrait à l’abri des forces de la nature.

Vous l’aurez compris « Titanic » n’est pas mon James Cameron favori mais il demeure à voir une fois dans sa vie et à mon sens plus intéressant sur le fond que le surgonflé « Avatar ».

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 08:19

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La filmographie de Marlon Brando est riche et il est souvent aisé de passer à coté d’un film moins connu que les chefs d’œuvres dans lesquels il a joué.

Ainsi, « La poursuite impitoyable » d’Arthur Penn, rentre pour moi dans cette catégorie de films un peu oublié réunissant pourtant une pléiade de stars du cinéma comme Robert Redford ou Jane Fonda.

Sorti en 1966, « La poursuite impitoyable »  raconte l’émoi d’une petite ville du Texas mis par l’évasion d’un jeune prisonnier du coin appelé Bubber Reeves (Robert Redford) accusé à tort de meurtre pendant sa fuite.

Dans cette ville, le richissime industriel pétrolier Val Rogers (EG Marshall) règne d’une main de maitre, organisant des soirées mondaines ou se débauche les notables.

Sa puissance est telle qu’il tient sous sa coupe le sheriff Calder (Marlon Brando) tiraillé entre sa fierté de pauvre et l’attrait du pouvoir que représente Rogers.

Du coté de la vie privée de la famille, les choses vont moins bien, puisque le patriarche a beaucoup de difficultés relationnelles avec son fils Jake (Jason Fox) qui supporte mal l’autorité paternelle et a un fort penchant pour l’alcool.

Pour couronner le tout Jake fréquente Anna (Jane Fonda) la propre femme de Reeves dont il est tombé amoureux.

La majeure partie du film est consacrée à l’exposition des relations complexes entre les personnages de cette bourgeoisie texane, avec le développement d’histoires d’adultères comme celle que subit Edwin Stewart (Robert Duvall avec des cheveux !), régulièrement trompé par sa femme volage Emily (Janice Rule).

Ces notables aiment les soirées arrosées, les armes à feu que les lois autorisent à posséder et sont toujours habités par un fort sentiment de racisme envers les Noirs, qui pourtant ne se laissent pas faire.

Calder gravite dans ce micro monde dans lequel il n’a pas sa place et tente tant bien que mal de se faire respecter.

Puis Reeves fait de nouveau parler de lui et cherche à entrer en contact avec sa femme.

Quand Val Rogers apprend que son fils à une liaison avec la femme d’un détenu il voit rouge et ses relations sont alors chargées d’éliminer le fugitif.

Calder s’aperçoit donc que son autorité est bafouée quand il est passé à tabac par trois hommes pour l’empêcher d’intervenir.

L’intrigue culmine dans une casse automobile, ou Reeves a donné rendez vous à sa femme et ou arrive également Jake.

Le jeune homme est alors pris à parti par une foule surexcitée qui désire le lyncher.

Il échappe de peu à un incendie et ne doit la vie sauve qu’à Calder, qui sanguinolent et tuméfié, s’interpose entre les bourreaux et la victime.

Malheureusement, la fin du film est plus tragique puisque Reeves est tout de même abattu sur les marches qui l’emmènent au tribunal.

En conclusion, malgré ses intentions louables, « La poursuite impitoyable » est un film décevant qui pèche pour moi par un manque cruel de rythme.

Malgré la qualité des acteurs, l’exposition des personnages est trop longue et les histoires de fêtes, d’adultères de ces riches texans assez peu palpitantes.

Quand au message social du film, dénoncer les mœurs dépravées et le racisme des villes du Sud des Etats Unis dans les années 60 relève pour moi de l’enfonçage de portes ouvertes.

Robert Redford avec sa jeunesse, sa blondeur et sa beauté angélique est assez peu crédible en criminel et son rôle de bon petit gars victime de la société est pour moi très mineur.

Bien sur il reste Brando, qui dans ce rôle taillé sur mesure fait exactement ce qu’on attendait de lui, en policier intègre, minable, rebelle et torturé qui finalement trouve en lui le courage nécessaire pour s’opposer à de plus puissants que lui.

Mais la prestation de Brando ne suffit pas à faire réellement décoller ce film long, ennuyeux et très moralisateur.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 21:36

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Adapté d’un roman de Margaret Mitchell, « Autant en emporte le vent » de Victor Fleming est considéré avec ses huit oscars comme un classique du cinéma et un des films les plus vus au monde.

Colorisé depuis sa sortie en 1939, le film brosse en prêt de quatre heures une grande fresque épique narrant les aventures amoureuses d’un séduisant aventurier viril et machiste, Rhett Butler (Clarck Gable) et d’une belle capricieuse fille de bonne famille sudiste, Scarlett O’hara (Vivien Leigh) sur fond de guerre de Sécession.

Aimant jouer de sa beauté pour manipuler les hommes, Scarlett a néanmoins le cœur brisé lorsqu’elle apprend que l’homme qu’elle aime, le riche et séduisant Ashley Wilkes (Leslie Howard) va épouser sa cousine Melanie Hamilton ( Olivia de Havilland).

Elle épouse par dépit le frère d’Ashley qui meurt prématurément au front et se montre à Atlanta une veuve peu affectée par cette perte.

La vie de Scarlett bascule lorsqu’elle rencontre Rhett Butler qui malgré son attirance n’hésite pas à lui tenir tête et à se moquer cruellement d’elle.

Mais les armées sudistes finissent par perdre la guerre et les Yankees déferlent sur Atlanta obligeant Scarlett à  rester pour secourir Melanie enceinte de Ashley parti au front.

N’écoutant que son courage après que Rhett l’ait laissé une nouvelle fois choir pour lui aussi s’engager tardivement dans l’armée sudiste, Scarlett regagne sa ferme natale à Tara pour reconstruire l’empire familial ravagé par les Nordistes.

Malgré les écrasants impôts imposés par les vainqueurs, Scarlett devenue chef de famille retrousse ses manches, recultive le coton et épouse le riche négociant Franck Kennedy (Carroll Nye) afin de redonner prospérité à sa famille.

Mais les évènements basculent de nouveau lorsque Kennedy est tué lors d’une expédition punitive.

A nouveau veuve, Scarlett découvre que Rhett est devenu riche après qu’il ait récupéré un trésor de guerre.

Même si Scarlett aime toujours Ashley revenu de la guerre, elle accepte néanmoins d’épouser Rhett qui la demande en mariage de manière plutôt brutale.

La passion entre les deux amants sera orageuses de bout en bout, surtout après la mort de leur fille tuée lors d’un exercice de poney.

La mort soudaine de Melanie après une deuxième grossesse difficile, lui laisse à présent le champs libre pour épouser Ashley mais lui fait également réaliser qu’elle aime en vérité Rhett.

Le film se termine assez étrangement par une rebuffade essuyée par Scarlett auprés de son mari fermement déterminé à la séparation.

En conclusion, « Autant en emporte le vent » est certes un film daté mais contient tous les ingrédients pour un grand mélodrame.

Outre l’histoire d’amour, finalement assez complexe entre deux personnes au caractères diamétralement opposés se repoussant et s’attirant simultanément, le film a pour lui l’ampleur d’une grande fresque familiale haute en couleur ou les personnages sont ballotés par des événements historiques exceptionnels.

La guerre de Sécession est un effet la force principale venant tout bouleverser, réduisant à néant la puissance des grandes familles du Sud.

Mais à la famille O’Hara se caractérise par la relative humanité avec laquelle elle traite ses esclaves, notamment Mamma (Hattie Mc Daniel) gouvernante de Scarlett qu’elle traite comme sa propre mère.

Les acteurs sont bien entendus remarquables, que ce soit Clarck Gable et son irrésistible sourire charmeur, son coté mauvais garçon également ou bien Vivien Leigh, qui passe de la petite peste superficielle à une femme mure, réfléchie et travailleuse acceptant de prendre ses responsabilités.

On pourra certes reprocher un manque de réalisme au film et une atmosphère assez ampoulée avec ses grands décors et ses envolées musicales, mais la portée de son histoire et la qualité des acteurs en font un classique du cinéma.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 20:06

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Littérature orientale avec « De Niro’s game » premier roman du libanais Rawi Hage publié en 2006

« De Niro’s game » se situe dans les années 80  à Beyrouth en pleine guerre civile entre milices chrétiennes et arabes.

Deux amis d’enfance chrétiens, Georges surnommé De Niro et Bassam, survivent comme ils peuvent en pratiquant le vol en plus de leurs activités respectives de gérant de casino et d’operateur portuaire.

Les deux semi voyous vivent dans l’enfer des bombardements qui ont emporté le père de Bassam mais rêvent malgré tout d’un avenir meilleur.

Ils ont alors l’idée de détourner une partie de l’argent des machines à sous dont s’occupe Georges à leur profit personnel, au risque de s’aliéner le redoutable Abou Nahra chef de la milice chrétienne qui perçoit des prélèvements sur les recettes du casino.

Des deux hommes, Bassam semble avoir le plan le plus abouti, quitter avec sa petite copine Rana le Liban pour fuir vers l’Europe et en particulier la ville de Rome qui le fascine.

Quand à Georges, fils d’un français l’ayant abandonné à sa naissance, il apparait plus instable que son ami.

Pour arriver à ses fins, le duo n’hésite pas à éliminer le milicien Khalil qui les faisaient chanter en échange de sa part du butin.

La mort de la mère de Bassam accélère son désir de fuite mais il apprend que Georges a fini par rejoindre la milice d’Abou Nahra pour combattre les musulmans.

Au contact des soldats, Georges change, il s’endurcit, consomme de la cocaïne et part subir un entrainement militaire poussé en Israël qui soutient les chrétiens par opposition aux Palestiniens pro-musulmans.

Mais malgré son nouvel engagement, il continue de fermer les yeux sur le trafic de son ami qui ne tarde pas à avoir pourtant des problèmes avec Najib le propre cousin de Georges qui le fait également chanter pour le casino.

La tension monte et Bassam se trouve embringué dans une succession de situations périlleuses entre trafic de whisky, menaces de Najib puis plus grave encore le meurtre d’un vieil homme nommé Laurent, propriétaire de diamants ramenés d’Afrique.

Avide de richesses, Abou-Nahra fait torturer Bassam par son homme de main surnommé Rambo dans l’espoir de lui faire dire ou il a caché les diamants.

Innocent, Bassam ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de Nabila la tante de Georges qui profite de son influence d’ex maitresse d’Abou-Nahra pour le faire relâcher en piteux état.

Les Israéliens envahissent le Sud Liban, provoquant le repli des forces arabes.

Les milices chrétiennes se déchainent et commettent d’horribles massacres en toute impunité dont ceux tristement célèbres de Sabra et Chatila.

Acculé au désespoir après la perte de Rana promise à un autre, Bassam rassemble ses dernières forces, dévalise le casino pour obtenir l’argent nécessaire afin d’embarquer illégalement dans un bateau pour la France.

Avant de partir il exécute son ex bourreau Rambo et bénéficie de la clémence de Georges qui le laisse partir au nom de leur vieille amitié malgré des directives d’Abou-Nahra.

La dernière partie du roman narre la vie de Bassam à Paris chez Rhéa la  demi sœur de George élevée en France, qui ignorant tout des activités de son frère devient l’amante de Bassam.

Outre la découverte assez froidement racontée d’un Paris jusque la simplement imaginé, les fils de l’intrigue se nouent alors de manière complexe, révélant que Georges est un agent double du Mossad contrôlé par Roland, un ex ami de son père.

Bassam échappe de justesse à un piège qui devait se refermer sur lui à l’aéroport ou il devait embarquer pour refaire légalement sa vie au Canada à l’aide de faux papiers, parvient à échapper à la surveillance de Roland désireux de l’interroger et finit par révéler à Rhéa toutes les atrocités commises par son frère dans les milices chrétiennes.

Le roman se termine sur la terrible révélation de la mort de celui-ci après avoir imité l’acteur Robert de Niro dans un dangereux jeu de roulette russe dans la voiture avec Bassam.

En conclusion, compte tenu de son sujet « De Niro’s game » est un roman dur, âpre et violent, une histoire d’amitié fragile corrompue à jamais par les circonstances.

Les héros ne sont pas des anges mais des jeunes chiens sauvages maigres et durs, habitués à l’usage des armes et de la violence par des années d’une guerre civile abjecte.

Hage révèle toute l’horreur de la vie à Beyrouth avec les pénuries, les peurs des bombes et le règne des milices toutes puissantes composées de brutes complètement droguées et désinhibées.

Si la fin du roman installe un climat relativement plus apaisant dans le cadre rassurant d‘un Paris plus familier, on est surtout frappé par l’incroyable dureté de la première partie, avec pour seul moment doux les quelques étreintes entre Bassam et Rana.

Le style de Hage n’est ni très élaboré, ni très raffiné, ses tentatives de métaphores tombent souvent à plat et on ressort traumatisé de la lecture de ce livre, écœuré par tout ce que l’homme peut dans ses pires moments peut être amené à devenir.

Mais pour ce coté édifiant sur une guerre assez méconnue en France mais terriblement longue et meurtrière, « De Niro’s game » mérite d’être lu.

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