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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 20:10

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Une envie de renouer avec Yasmina Khadra auteur que j’apprécie depuis de nombreuses années.

Paru en 2002, « Les hirondelles de Kaboul » est le premier ouvrage de Khadra s’écartant de son Algérie natale pour s’aventurer vers le lointain Afghanistan.

« Les hirondelles de Kaboul » tente de décrire à travers le destin de quelques personnages, la vie quotidienne dans la capitale afghane alors occupée par les talibans, ces « étudiants » islamiques transformés en machines de guerres fanatiques suite à l’invasion soviétique du pays à la fin des années 80.

Le personnage principal est Atiq Shaukat, vétéran de la guerre contre les russes, reconverti par contrainte en geôlier de la prison de Kaboul, qui abrite le condamnés à mort avant leurs exécutions publiques dans le grand stade de football de la ville.

Bien qu’accomplissant sérieusement sa tache, Atiq est dévoré par un conflit intérieur, la maladie incurable de sa femme Mussarat, qui dépérit lentement de jour en jour.

Dans le monde hyper machiste et impitoyable des talibans, Atiq devrait sachant sa femme malade se délester de sa femme mais il demeure attaché à celle qui lui a sauvé la vie pendant la guerre et incapable de l’abandonner.

Le climat familial reste néanmoins très lourd avec beaucoup de frustration et de douleurs larvées.

Les autres protagonistes du récit sont un jeune couple d’afghans, Mohsen et Zunaira, dont les projets de prospérité et de vie aisée ont été anéanti par la guerre civile et le règne de la terreur islamique.

Les femmes sont en effet considérées comme des citoyennes de seconde zones, doivent porter le tchadri en public et rester dans l’ombre de leurs maris dans une vie de fantômes domestiques.

Mais l’oppression des talibans s’exerce également sur toutes les couches de la population, avec tout un lot d’interdictions sévères comme le fait d’écouter de la musique ou de se soustraire aux prêches d’imams fanatisés par des rêves de guerre sainte.

Toute la population vit donc dans la peur avec ses vieux moudjahiddines amputés et à demi fous radotant sans cesse d‘improbables récits de guerres et ses enfants nés dans la misère et la violence se rassemblant par meutes sauvages pour envahir les ruelles.

Un jour que le couple décide de sortir dans la rue, un incident conduit Zunaira à se tenir seule en plein soleil dans l’attente de son mari forcé d’assister à un prêché enflammé.

Cet incident est la goutte d’eau de trop pour la belle et indépendante Zunaira qui se braque ensuite contre son mari et finit par le tuer après une querelle d’amoureux.

Zunaira est donc jugée expéditivement et condamnée à mort.

Elle échoue dans la prison de Atiq qui est subjugué par sa beauté et sa dignité.

Atiq perd de son austérité et commence à prendre en pitié Zunaira accusée pour lui à tort.

Il se confie à Mussarat qui se montre ravie de cet attendrissement.

Comprenant que son supérieur hiérarchique, Quassim Abdul Jabbar demeurera inflexible dans la condamnation de la jeune femme, Atiq prend tous les risques pour lui offrir de se sauver.

Trop fière Zunaira refuge mais Mussarat intervient alors, parvenant à décider son mari de la laisser remplacer la condamnée pour lui offrir l’amour d’une nouvelle femme.

Mais cet acte d’amour d’une noblesse et d’une grandeur incommensurables n’est pas récompensé puisque le jour de l’exécution, Quassim Abdul Jabbar découvre d’instinct la supercherie et fait tuer les deux femmes.

S’en est trop pour Atiq qui perd la tête, se rue au cimetière puis déambule dans les rues en arrachant les tchadri des femmes jusqu’à se faire lyncher par une foule hostile….

En conclusion, couronné de prix et adapté au théâtre dans de nombreux pays, « Les hirondelles de Kaboul » est un livre courageux et engagé au sens le plus noble du terme.

Le sujet choisi est pour beaucoup dans son rayonnement international, avec une description puis une révolte contre le régime hyper totalitaire, rivalisant sans doute dans son absurdité avec les pires délires nazis ou soviétiques.

La folie, le dégout et l’horreur ne peuvent en effet que submerger le lecteur moyen à la découverte de ce quotidien régenté par la violence et l’obscurantisme.

Mais une fois ce constat dépassé, Khadra montre les soubresauts invincibles de la vie qui subsistent encore par delà les coups et les menaces de ce monde artificiellement crée par la folie humaine.

Malgré cela l’écrivain ne peut se permettre le luxe de verser dans un optimisme béat et opte pour un livre foncièrement pessimiste, assez en accord je pense avec la réalité assez décourageante de ce pays.

Bien entendu, il semble difficile de ne pas aimer « Les hirondelles de Kaboul » mais je reproche un certain manque d’ampleur à cette œuvre qui ne se centre que sur la vie à Kaboul de quelques personnages assez esseulés alors que ce vaste pays contient de nombreuses particularités qu’il aurait été intéressant d’explorer.

Khadra peine donc ici à égaler la puissance et la profondeur des ses romans algériens, ce qui n’empêche pas « Les hirondelles de Kaboul » de demeurer un livre intéressant.

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 21:47

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C’est toujours un réel plaisir d’aborder à nouveau la filmographie d’Alfred Hitchcock.

Sorti en 1941, « Soupçons » et son image noire et blanc, n’est pas l’un des films les plus connus du grand réalisateur.

L’histoire démarre de manière on ne peut plus classique avec une rencontre fortuite et pleine de charme dans un train américain, chose qui avouons le n’arrive que dans les films.

Cette rencontre voit le très séduisant et hâbleur Johnnie Aysgarth (Cary Grant) marquer une jeune femme appelée Linda Mec Kinlow (Joan Fontaine).

Evoluant tous les deux dans le monde de la haute bourgeoisie, les deux soupirants se revoient rapidement et Johnnie déploie alors son puissant pouvoir de séduction pour ravir le cœur de Linda.

Avec une telle passion, le mariage arrive très vite et le couple emménage dans la foulée.

Pourtant Linda s’aperçoit que Johnnie est contre toute apparence criblé de dettes qu’il a contracté au jeu.

Son ami Gordan ’Beaky’ Twaithe (Nigel Bruce) confirme la réputation exécrable de Johnnie, menteur et joueur pathologique.

Linda est très déçue et demande des explications à son mari quand elle comprend qu’il a vendu deux belles chaises familiales pour pouvoir joueur.

Malgré les cadeaux de compensation dont les couvre Johnnie, Linda est de plus en plus mal à l’aise avec son mari, surtout lorsqu’elle découvre qu’il a également menti sur le fait qu’il était sans emploi.

Elle pense alors à le quitter mais l’annonce brutale de la mort de son père vient bouleverser la donne.

En mourant celui-ci ne lui lègue rien qu’un portrait de lui, ce qui exaspère Johnnie, visiblement en attente de fortes rentrées d’argent.

Pire, Johnnie annonce à Linda son intention de se lancer dans l’achat de terrains en bord de mer, afin de réaliser une plus value immobilière avec son ami Beaky.

L’entreprise parait hasardeuse à Linda mais Johnnie se montre si farouchement déterminé que celle-ci ne peut que capituler.

Le choses se compliquent davantage lorsque Beacky est assassiné par empoisonnement à Paris.

Immédiatement, Johnnie est suspecté par Linda mais également par la police.

Il faut dire que le comportement étrange de Johnnie ne plaide pas pour sa défense, avec notamment la lecture intense de romans policiers de l’écrivain Madame Newsham (Isabel Jeans) et le développement de curieuses conversations autour du thème récurrent chez Hitchcock du meurtre parfait.

L’angoisse se met à envahir Linda, qui après avoir intercepté une lettre de son mari, réclamant une forte somme d’argent, se met à imaginer qu’il veut l’assassiner.

Après avoir suspecté une empoisonnement lent, Linda atteint le paroxysme de la peur lorsque Johnnie l’emmène dans une ballade en voiture le long d’une corniche escarpée.

Le couple frôle l’accident mais Johnnie révèle qu’il a plutôt voulu protéger sa femme.

Linda comprend alors qu’elle a eu une image déformée de son mari, qui malgré ses défauts, n’a jamais eu de pulsions meurtrières.

Le film se conclut donc assez ironiquement sur un happy end …

En conclusions, « Soupçons » m’a globalement déçu.

Hitchcock joue certes habilement avec le spectateur et se fait un plaisir de briser après coup le solide édifice qu’il avait soigneusement et vicieusement bâti pour mieux le leurrer.

Mais malgré tout, ce renversement de dernière minute se montre trop brusque pour être pleinement convaincant et ne saurait dissiper tous les lourds doutes qui pèsent sur lui.

Un mot sur les acteurs, efficaces dans leurs prestations mais sans réelle prouesse d’interprétation malgré l’oscar remporté par Joan Fontaine.

Hitchcock améliorera largement sa formule au fil des ans pour produire ses plus grands chefs d’œuvres dans les années 60/70.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 23:13

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Après le livre de Jorge Amado, je me devais forcément de voir le film de Bruno Barreto consacré à « Dona Flor et ses deux maris ».

Sorti en 1976, cette adoption cinématographique reprend de manière simplifiée le roman fleuve d’Amado pour se concentrer sur les évènements les plus marquants.

L’histoire se déroule en 1943 dans la ville de Bahia.

Dona Flor Guimarães (Sonia Braga) apprend la mort foudroyante de son mari Vadinho (José Wilker) un mulâtre aux cheveux blond en plein carnaval de Bahia.

La vie de Donar Flor bascule alors dans un veuvage imprévu en raison de sa relative jeunesse, à peine 30 ans.

Les cours de cuisine qu’elle dispense ne suffisent pas à effacer le souvenir de Vadinho, amant sensuel mais également séducteur et joueur invétéré, passant la plupart de ses nuits dans les casinos, bars ou bordels.

Malgré ses infidélités, son égoïsme et parfois une certaine violence quand on lui refusait une avance pour éponger ses innombrables dettes, Vadinho le bon vivant avait beaucoup d’amis et est très regretté à Bahia.

Conseillée par sa mère, la rigide Rozilda (Dinorah Brillanti) qui haïssait son gendre et par ses amies Norminha (Haydil Linhares) et Dinorah (Nilda Spencer), Dona Flor entreprend de rompre son veuvage.

En effet, privée de toute relation charnelle depuis la mort de Vadinho, Flor souffre d’un cruel manque.

La chance lui surgit alors en la personne du pharmacien Teodoro Madureira (Mauro Mendoça) quadragénaire timide, organisé, travailleur et honnête, dont les sentiments pour Flor sont bel et bien réels.

Flor accepte d’épouser cet homme passionné de basson et mène alors une vie plus rangée, dans une certaine opulence matérielle.

Mais le sort semble se jouer d’elle lorsque Vadinho refait surface sous la forme d’un fantôme (nu !) qu’elle seule semble voir.

Très insistant, Vadinho finit par avoir raison de la faible résistance morale de se femme qui succombe à son charme sensuel.

Mais le polisson d’outre tombe ne s’arrête pas là et intervient dans les tripots pour favoriser de sa main invisible ses anciens camarades de jeu Miranda (Nelson Xavier) et Arigof (Mario Gusmao) qui gagne par son aide de fortes sommes au nez et à la barbe de la mafia locale.

Finalement incapable de trancher, Donar Flor accepte de vivre avec ses deux maris, le très sage et rangé Teodoro et le fougueux polisson Vadinho.

En conclusion, après le livre,  « Donar Flor et ses deux maris » m’a un peu déçu.

Malgré ses deux heures, l’œuvre de Barreto est considérablement plus pauvre que le livre d’Amado.

On perd donc beaucoup dans ce transfert, notamment la découverte de toute la vie pittoresque des habitants pauvres ou fortunés de Bahia.

Si le film reste très audacieux en raison de sa morale tendancieuse et de certaines scènes érotiques soft, le spectateur reste un peu sur sa faim devant la fadeur des acteurs à l’exception notable de José Wilker qui rappelle de loin le comédien français Patrick Dewaere.

Sonia Braga, réputée sex symbol brésilien des années 70 est plutôt décevante dans ce film et ne réveille pas franchement les fantasmes du spectateur.

Une adaptation que je ne considère donc pas comme indispensable pour qui a préalablement gouté au livre.

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 11:22

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« Dona Flor et ses deux maris » est le troisième livre de Jorge Amado chroniqué ici.

Paru en 1968, « Dona Flor et ses deux maris » est un roman fleuve racontant dans le Bahia des années 40, la vie hors normes d’une femme appelé Dona Floripides.

L'histoire de Dona Flor se découpe en deux parties bien distinctes.

Tout d’abord la jeunesse et comme l’exigeait la tradition à l’époque un mariage précoce avec un homme, même si celui-ci ne correspondait pas aux désirs de sa mère, Dona Rozilda, femme à poigne, nourrissant depuis la mort de son mari un modeste commerçant, de puissant désirs d’ascension sociale en mariant ses filles à de riches partis.

Mais la jeune Flor est une femme têtue, très indépendante pour l’époque et surtout amoureuse d’un jeune homme drôle et beau parleur Vadinho Guimarães qui se présente à la famille comme un haut fonctionnaire, alors qu’il n’est qu’un petit fonctionnaire responsable des jardins publics.

Lorsque le voile se déchire et que la vérité éclate au grand jour, l’amour de Flor pour Vadinho va se révéler plus fort que la volonté de la terrible Rozilda et le couple va s’installer à Bahia loin de la mère restée à Rio de Janeiro.

Dona Flor va donc épouser Vadinho et découvrir la véritable nature de son mari, un drogué aux jeux (tri-trac, bichot, poker ..) qui passe toutes ses nuits dans les casinos et les bars ou il dilapide consciencieusement l’argent du ménage.

Pire, Vadinho flanqué de son ami Mirandao, se révèle un grand fêtard, buveur et collectionneur de femmes.

De son coté, Flor incapable biologiquement d’avoir des enfants, devient une professeur de cuisine bahianaise réputée et donne à son domicile des cours collectifs ce qui lui permet de gagner son propre argent qu’elle doit pourtant défendre âprement contre la voracité insatiable de son mari, toujours en quête de ressources pour vivre son vice.

Sept années difficiles s’écoulent et un jour de Carnaval, Vadinho déguisé en femme s’écroule et meurt brutalement, le cœur épuisé par son mode de vie.

Devenue veuve, Flor revit ses années de mariage et s’aperçoit que malgré les infidélités et le comportement parfois violent de son mari quand elle lui refusait de lui donner de l’argent, elle aimait Vadinho, qui exerçait sur elle son invincible pouvoir de séduction.

Ce pouvoir s’exerçait non seulement sur les femmes qu’il séduisait mais également sur tous ses créanciers, qu’il baratinait avec un talent inouï pour obtenir à l’arraché des nouveaux prêts qu’il ne remboursait quasiment jamais.

Dona Flor se retrouve seule et encore très belle femme à trente ans.

Elle se retranche tout d’abord dans une attitude de veuve sérieuse, menant une vie austère et solitaire qui décourage toute tentative de futurs prétendants.

Les femmes de son entourage (Dona Norma, Dona Dinora ..) se lient alors pour former une association de commères destinée à lui trouver le meilleur parti.

Don Flor se montre plutôt réticente et difficile, mais à l’intérieur d’elle se réveille secrètement un brasier rendu ardent par le manque de sexualité et l’absence d’un amant de la qualité de ce diable de Vadinho.

Tenaillée la nuit par ses désirs, Dona Flor rêve beaucoup et dort peu.

Elle manque de se jeter dans les bras d’un jeune séducteur de veuves, dangereux prédateur dépouillant les femmes seules et vulnérables et est sauvée in extremis par ses ami(e)s.

Finalement alors que la solitude de Dona Flor finit par exaspérer tout le monde y compris ses nombreux prétendants, le hasard met sur sa route le pharmacien Teodoro Madureira, grand et bel homme de quarante ans, ayant fait vœu de célibat pour s’occuper de sa mère paraplégique.

Malgré sa belle prestance et sa position sociale plus qu’intéressante, Teodoro a été oublié par les commères en raison de sa discrétion.

Pourtant le timide pharmacien aime en secret Dona Flor qui est une de ses clientes.

La belle finit cependant par ouvrir les yeux et un rapprochement se fait alors par l’intermédiaire d’amis interposés.

Afin de ne pas heurter les convenances, le rapprochement de Flor et Teodoro se fait par étapes très codifiées, ce qui colle parfaitement avec le tempérament calme et mesuré du pharmacien.

Séduite par cet homme attirant et stable, Dona Flor s’abandonne et se marie finalement avec Teodoro.

Le couple s’installe dans sa maison et mène une vie, prospère et bien réglée, ou même les rapports sexuels sont prévus à l’avance.

Pour ne pas dépendre financièrement totalement de son mari, Dona Flor continue d’exercer son métier de professeur de cuisine.

Teodoro a pour principal loisir la musique et joue du basson dans un orchestre amateur formé des notables de la ville.

Les répétitions et concerts donnent l’occasion à Dona Flor de côtoyer la haute société de la ville, en plus des congrès pharmaceutiques de son mari.

Ces réunions entre mondains et superficiels ne constituent pas pour moi la partie la plus intéressante du roman.

Un jour pourtant, un évènement étrange se produit et Vadinho réapparait dans la vie de Flor sous la forme d’un spectre que elle seule peut voir.

Même dans l’au-delà, le caractère de Vadinho n’est pas modifié pour autant.

Pire, il use et abuse de sa condition de fantôme pour harceler Dona Flor et réclamer d’elle des faveurs sexuelles.

Soucieuse de préserver sa vertu de femme mariée, Flor résiste à Vadinho et se retrouve confronté à un éternel dilemme : rester fidèle à la raison, la morale de Teodoro ou succomber à l’attraction du désir, de la passion sensuelle.

Vadinho ne se contente pas de harceler les femmes mais favorise ses anciens camarade de jeu en intervenant dans les casino pour les favoriser.

Ainsi Mirandao, le noir Arigof et le vieux Anacreon, se retrouvent ils à gagner des sommes astronomiques.

Ces incroyables coups du sort inquiète le propriétaire des casinos, le puissant mafieux d’origine italienne Pelancchi qui incapable de comprendre par la voie logique le phénomène, a recours à tout un florilège de sorciers bahianais qui mélangeant candomblé et charlatanisme, tirent profit de son désarroi pour lui extorquer davantage d’argent.

De son coté, Dona Flor a maintenant deux maris, l’un pour le plaisir sexuel et l’amusement, l’autre pour une vie stable et saine.

Mais le remord à l’égard de Teodoro est le plus fort et Flor fait également appel à un sorcier qui sans doute plus efficace, parvient à bannir Vadinho de la surface de la Terre.

Dans les dernière pages du roman, les divinités africaines du candomblé s’en mêlent et s’affrontent pour la question de la moralité des hommes, le dieu Exu défendant Vadinho, tandis que la déesse Yansa prend le parti adverse.

L’issue du combat est assez confuse et si on peut penser que Vadinho et son dieu sont défaits, l’ultime page du roman montre une Dona Flor plus épanouie que jamais, marchand dans la rue avec Teodoro tandis que Vadinho la caresse secrètement.

En conclusion, « Dona Flor et ses deux maris » est un roman formidable rivalisant sans peine avec le déjà excellent « Gabriella ».

Dans un style finalement très brésilien car vivant, coloré et très sensuel, Amado conte une histoire passionnante qui parvient à tenir en haleine du début à la fin.

La description de la vie à Bahia dans les années 40 est exceptionnelle avec une immense galerie de personnages allant du riche propriétaire terrien de passage, à la belle prostituée mulâtresse, en passant par l’émigré argentin ou la brésilienne d’origine américaine.

L’humour est également présent, un humour subtil et franchement hilarant dans les scènes de charlatanisme ou un homme appelé Cardoso e Sa se faisant appeler le Maitre de l’absurde embobine Pelancchi pour lui laisser profiter de sa maitresse, la sculpturale mulâtresse Zulmira.

Sur le fond, le roman est forcément provocateur et exprime clairement que les femmes (comme les hommes) ne peuvent se contenter d’une vie rythmée par l’intelligence, la morale et la raison mais que le sexe, la passion, la folie et l’instabilité sont aussi nécessaires à leur épanouissement.

Cet écartèlement entre le corps et l’esprit se matérialise sur Dona Flor, victime finalement consentante de son premier mari séducteur et volage.

En grand écrivain, Amado se fait fin psychologue, parvenant à pénétrer la subtile psychologie humaine et tout particulièrement féminine tapie derrière de vastes pans d’hypocrisie.

Le résultat est particulièrement détonnant, balayant à plate couture le froid, long et pénible « Idiot » de Dostoïevski lu dernièrement dans la douleur.

Et si « Dona Flor et ses deux maris » incarnait tout simplement la vie ?

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 19:25

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Profitant de longues vacances, je me suis attelé à un ouvrage long, complexe et réputé avec « L’idiot » de Fiodor Dostoïevski.

Paru en 1869, « L’idiot » raconte dans la Russie socialiste, l’histoire d’un homme étrange, Lev Nikolaivétich Mychkine, d’ascendance noble puisque Prince, qui revient dans son pays d’origine après avoir subi un long traitement en Suisse.

Epileptique et fragile, Mychkine rentre en effet à Saint Petersbourg après le décès de son protecteur Pavlitchev.

En chemin, il rencontre dans un train deux hommes, un jeune riche et puissant bourgeois nommé Rogojine et un fonctionnaire roublard nommé Lébédev.

Les trois hommes se lient d’amitié et le Prince se livre à ces deux parfaits inconnus en toute innocence.

Une fois à Saint Petersbourg, le Prince entre en contact avec une parente, la générale Lisaveta Prokoviefna Epantchine, qui après quelques hésitations devant l’accoutrement déguenillé et les propos déroutants du jeune homme, finit par le recommander à fonctionnaire nommé Gania Ardalionovitch, qui l’héberge dans sa demeure avec sa famille notamment son père le vieux général mythomane Ivolguine.

Mais la cohabitation avec Gania est plus difficile que prévue, car sous des dehors respectueux se cache un homme ambitieux qui convoite la même femme que Rogojine, la belle et dangereuse Nastassia Philipovna.

Instable et imprévisible, Nastassia est pratiquement « achetée » par Rogojine qui tente un coup de force à l’aide d’hommes de mains, le soir même de son anniversaire devant le Prince lui-même qui tente de s’interposer.

La jeune femme résiste et tient tête à Rogojine en jetant l’argent qu’il a mis sur la table pour l’épouser au feu.

Seul Gania est assez courageux (ou fou) pour le récupérer l’argent non consumé dans les flammes.

Le Prince est touché par la situation tragique et par la détresse de Nastassia, et en tombe immédiatement amoureux.

Il lui propose derechef de l’épouser pour la sortir de ce mauvais pas mais la belle décidément imprévisible renonce pour aller vivre avec Rogojine que pourtant elle n’aime pas et dont l’amour est si passionnel qu’il dit vouloir lui trancher la gorge.

Nastassia se dit pourtant amoureuse de la noblesse et la pureté d’âme du Prince mais ne souhaite point le corrompre.

C’est alors que Rogojine, ivre de jalousie devant ce rival qui se dresse contre lui, tente de l’assassiner à coup de couteau, mais une crise d’épilepsie le sauve in extremis de la mort.

Lorsqu’on apprend que Pavlitchev lui a légué une forte somme d’argent, le Prince est alors traité différemment et devient sans le savoir un « bon parti » susceptible de convenir à l’une de nombreuses filles des Epantchine comme Aglaia Ivanovna.

Mais cette brusque annonce ne change rien aux manières du Prince qui se fait berner à Moscou par des faux créanciers de Pavlitchev et perd par sa naïveté une partie de son pécule.

L’action se transpose alors dans la ville de Pavlosk ou tout les acteurs du récit se retrouvent dans un cadre plus bourgeois et champêtre.

La bàs, le Prince parvient à oublier la scandaleuse Nastassia et se rapproche de la jeune Aglaia dont l’esprit indépendant et rebelle est séduit par la bonté désintéressé de cet homme hors normes.

Le Prince n’a pas que des amis et son honnêteté, ses hautes théories spirituelles désireuses de rétablir le pouvoir du véritable Christ en Russie, lui valent des animosités comme celle de la générale, réticente à un éventuel mariage de sa fille avec un hurluberlu aussi noble soit il.

Il doit également subir la pression d’un certain Bourdovski qui se dit fils de Pavlitchev et réclame l’héritage à l’aide d’hommes de main, dont Hippolyte Térentiev le neveu phtisique de Lébédev qui se permet toutes les excentricités en raison de sa mort prochaine.

Cette fois, ce sera Gavla rangé du coté du Prince qui parviendra à démasquer la supercherie.

Après tous ses scandales et ses émotions, le Prince parvient à gagner la confiance de la famille Epantchine et c’est alors que l’idée d’un mariage avec Aglaia se profile sérieusement.

Malheureusement, le Prince s’enflamme lors d’une soirée mondaine destinée à lui faire passer un test de bonne société, se montrant maladroit, ridicule, exalté et faisant preuves de sentiments (joie, peur) disproportionnés qui mettent mal à l’aise la haute société à qui il était présenté.

Ceci n’enlève en rien l’amour que lui porte Aglaia fascinée par ce « chevalier pauvre » expression recueillie d’une poésie de Pouchkine pour l’accoler à l’élu de son cœur.

Ce sera pourtant une ultime confrontation avec la rivale de toujours Nastassia qui provoquera un drame irréparable, en montrant que le Prince est encore attaché à cette femme scandaleuse.

Blessée dans son amour propre Aglaia laissera le Prince à sa rivale, avec un nouveau mariage en ligne de mire.

Ce mariage bien entendu ne se fera jamais, puisque Nastassia se dérobera au dernier moment, enlevée par son amant infernal Rogojine, qui finira par réellement l’assassiner.

Après plusieurs jours de recherches angoissées, le Prince finira par retrouver le meurtrier mais basculera à nouveau dans la maladie par la découverte du crime.

Au final, Rogojine est condamné au bagne et le Prince retournera en traitement de longue durée en Suisse.

En conclusion, la lecture de « L’idiot » a été une véritable épreuve.

Bien entendu sur sa durée, le roman contient quelques passages intéressants, comme les envolées du Prince, sorte de messie chrétien russe incompris par la société aristocrato-bourgeoise qui a plus à perdre qu’à gagner en l’écoutant, ou lors des délires pathétiques du général déchu Ivolguine ou encore des folies de Hippolyte qui n’en finit pas de mourir ou de vouloir se suicider mais l’œuvre est dans son ensemble prodigieusement assommante.

En cause, le style de Dostoïevski, surabondant dans des dialogues ou des digressions interminables ou l’action piétine allégrement.

Les événements marquants sont relativement peu nombreux dans un roman aussi long et la multiplicité des personnages dont l’auteur tient à minima à développer la personnalité nuisent à la dynamique du récit.

Recherchant une certaine simplicité voir épure apparente, je n’ai donc pas apprécié les délayages quasi permanents de l’auteur et ce personnage faible, inadapté et indécis.

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 19:06

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Etant un fervent admirateur de Marlon Brando et de films anciens, j’ai fort logiquement regardé « La comtesse de Hong-Kong » de Charlie Chaplin.

Sorti en 1965, ce film se déroule comme son nom l’inique à Hong-Kong, ou Ogden Mears (Marlon Brando), fils d’une riche famille pétrolière américaine, vient d’apprendre sa nomination au poste d’ambassadeur en Arabie saoudite.

Lors de sa dernière soirée en ville, Ogden alors en pleine instance de divorce, sort flanqué de son ami Harvey Crothers (Sydney Chaplin) et fait la connaissance d’une belle escort girl appelée Natascha Alexandroff (Sophia Loren).

D’origine russe, Natascha est en réalité une ancienne comtesse ayant fuit les persécutions communiste pour échouer comme prostituée à Hong-Kong.

Ogden passe une belle soirée avec Natascha mais a la désagréable surprise de la trouver le lendemain cachée dans la cabine du paquebot qui l’emmène aux Etats-Unis.

Natascha lui révèle son souhait d’immigrer sans papiers aux Etats-Unis, ce qui stresse fortement le nouvel ambassadeur.

Pris au piège, Ogden, tempête, hésite et finit bon gré mal gré par cacher la comtesse dans sa cabine.

Mais ces nouvelles fonctions le soumettent à d’incessantes sollicitations qu’il a bien du mal compte tenu de la situation à honorer dignement.

Les relations avec Natascha sont passionnelles, orageuses, et la détermination de la jeune femme semble prendre le dessus sur la répulsion de Ogden.

Harvey découvre la jeune femme et entre alors dans la confidence du secret.

Les choses se gâtent lorsque Natascha s’enhardit et se rend à un bal ou elle rencontre un de ses anciens clients, qui la croyant encore en activité, la poursuit des ses assiduités.

Harvey et Ogden doivent donc déployer des trésors d’inventivité et d’habilité pour éconduire le lourdaud et préserver Natascha d’une situation dangereuse pour tout le monde.

Natascha révèle que pour échapper aux services d’immigration américains, elle est prête à sauter du bateau à Hawaï à la manière des polynésiens.

Les deux hommes tentent de l’en dissuader en organisant un mariage blanc avec leur employé Hudson (Patrick Cargill) homme d’âge mur maladroit et peu séduisant que Natascha a bien du mal à épouser.

Puis l’arrivée soudaine de Martha (Tippi Hedren) la femme de Ogden vient brouiller les cartes.

Profitant de la fraiche nomination de son mari à un poste à haute responsabilité, la jeune femme ne souhaite plus divorcer.

Ogden se trouve donc pris entre deux femmes et doit jouer de finesse pour préserver les apparences.

C’est encore une fois Natascha qui débloque la situation en plongeant du bateau à Hawaï.

La belle tient promesse et bénéficie de l’aide des habitants pour se rendre à Honolulu sur la plage de Waikiki.

Après un moment de flottement à bord, Harvey comprend la situation et va retrouver Natascha sur la plage.

Il la loge dans un hôtel prestigieux et l’a fait passer pour sa femme devant Martha et Ogden venus un peu plus tard.

Mais Martha n’est pas dupe et reconnait tout de suite l’ex prostituée.

En réalité, cette découverte n’a que peu d’impact puisque profitant de son statut de femme mariée avec Hudson, Natascha est finalement admise aux Etats-Unis.

Alors que l’histoire pourrait s’arrêter là entre Natascha et Ogden, ce dernier, atteint par le virus de l’amour, renonce à sa belle carrière, à sa femme pour rester avec la femme qu’il aime.

En conclusion, ancêtre de « Pretty woman », « La comtesse de Hong-Kong » n’est pour moi rien d’autre qu’une comédie romantique de plus qui pourrait passer complètement inaperçue sans la présence de ses deux, voir trois stars.

Le film est construit à la manière d’une pièce de théâtre et tourné pratiquement tout le temps en vase clos, avec très peu de plans extérieurs et rien sur la Chine et le Japon pourtant traversés.

Les quiproquos théâtraux s’enchainent de manière peu originale, lassante, et le spectateur ne peut pour se distraire que se contenter d’admirer les plastiques parfaites de la sensuelle Sophia Laurent et du viril Marlon Brando.

A voir donc uniquement pour les amateurs de deux monstres sacrés du cinéma, sur lesquels repose l’essentiel du film car mis à part cela, « La comtesse de Hong-Kong » est bien creux.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 16:21

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Yukio Mishima toujours avec « Le temple de l‘aube » troisième volet de la tétralogie de la « Mer de la fertilité ».

Nous sommes en 1939, à l’orée de la seconde guerre mondiale dans un Japon occupé, Shigekuni Honda a maintenant 57 ans et est un avocat à présent vieillissant se déplaçant à Bangkok pour défendre un de ses clients japonais en litige dans une affaire d‘import export.

Chaperonné par un représentant local de son client, Honda peut à loisir découvrir les meilleurs aspects de la capitale de la Thaïlande comme le fameux templede l'aube bouddhique et a accès par son cercle de relations privilégiées à la princesse Ying Chan, jeune descendante du royaume du Siam.

Au cours d’une entrevue avec Ying Chan, Honda est frappé par cette enfant qui tient des propos en apparence incohérents sur sa nature japonaise et reconnait en elle une nouvelle réincarnation de son ami Kiyoaki Matsugae, mort précocement et tragiquement.

Pour ajouter à son trouble, l’enfant semble irrésistiblement attiré par lui.

Après avoir offert à la princesse une superbe bague d’émeraude volée au Japon ayant appartenu à son père, Honda règle rapidement ses affaires juridiques et décide de profiter d’une gracieuse invitation de son client pour visiter l’Inde.

L’homme est en réalité en proie à un intense processus d’introspection.

Mal marié à Rié, sa femme stérile, malade des reins, qu’il a laissé au Japon sans grand regret, Honda est hanté par le souvenir de Kiyoaki et de sa réincarnation Isao, jeunes hommes ayant payé de leur vie leur attachement à des idéaux profondément ancrés en eux.

Honda se pose des questions sur les processus de réincarnation et cherche des réponses dans la philosophie grecque (Pythagore, Héraclite) avant de s’orienter vers la religion bouddhique  appelée bouddhisme theravada.

Avec pareil état d’esprit, son voyage en Inde prend des allures de pèlerinage spirituel.

Il est estomaqué par les temples hindous de Calcutta dédiés à la déesse sanguinaire Kali, mais encore plus par ceux de Bénarès dédia à son époux Siva ou il assiste à un rituel de crémation des morts.

La description de l’Inde est à la fois effrayante et fascinante, avec une intense élévation spirituelle noyée dans un océan intolérable de misère, de maladie et de souffrances.

Mishima fait sentir la puissance de l’émerveillement de Honda, qui étudie de manière très poussée les courants hindouiste, avec le processus de transmigration des renaissance successives appelé samsara, et l’influence du karma, somme des actions passées, présente et futures sur celle-ci.

Ce long passage est le plus complexe à comprendre, car faisant appel à des notions de philosophie orientales relativement peu répandues en Occident.

De retour dans son Japon meurtri par la guerre, la défaite et l‘occupation américaine, Honda profite d’une redistribution des terres par l’état pour s’établir avec sa femme Rié, dans une belle et grande maison de Tokyo avant de déménager à Goma, proche de la splendeur du mont Fuji.

Il sympathise avec Keiko Isamatsu, une japonaise fortunée et divorcée d’âge mur, aux mœurs particulièrement libérées qui l’amènent à fréquenter de jeunes officiers américains.

Mais Honda reste obsédé par Ying Chan et décide de l’inviter au Japon à l’occasion d’une grande réception, à laquelle participent des notables et artistes du la société japonaise comme l’écrivain Imanishi , chantre d’une société utopique dédiée au culte de la beauté, de la jeunesse afin de de mieux la détruire pour la faire accéder au statut de divinité martyre.

Volontairement choquant et anticonformiste, Imanishi  séduit madame Tsubakihara, la mère éplorée d’un jeune homme mort prématurément.

Cette réception permet aussi à Honda de revoir Makiko, l’amie de jeunesse du défunt Isao, devenue aujourd’hui une poétesse réputée au Japon et mentor artistique de Tsubakihara.

Malgré la jalousie dévorante de Rié qui sent l’attraction de son mari pour la jeune adolescente, Honda fait venir Ying Chan à Goma et est subjugué par la perfection de sa jeune beauté thaïlandaise.

Keiko joue ici le brillant rôle d’intermédiaire, à la fois complice de Honda et régulatrice de Rié dont elle calme les crises de jalousie.

Mais incapable de surmonter le tabou de l’immense différence d’âge, Honda ne peut passer à l’acte et se cantonne dans les plaisir pervers du voyeur, imaginant sans cesse le corps dénudé brun et ferme de Ying Chan.

Séducteur et prévenant, il lui offre néanmoins un parchemin contenant une soutra bouddhique appelée la soutra du grand paon doré et sensée la protéger contre toute forme de maladies.

Passivement il assiste aux tentatives de Keiko pour placer son jeune neveu falot, Katsumi comme prétendant pour Ying Chan.

Piégée dans la demeure de Goma, Ying Chan doit en principe subir les assauts de Katsumi tandis que Honda observe à travers un trou placé dans le mur de la chambre.

Mais Ying Chan se rebelle, éconduit sèchement le jeune idiot et le stratagème échoue.

Honda perd alors pour de bon l’estime de la belle dont il a trahi la confiance et reçoit en retour la bague d’émeraude qu’il lui avait offert.

Souffrant immensément du rejet et de la distance qu’elle instaure entre elle et lui, Honda doit finalement mettre sa fierté de coté pour demander à Keiko qui a recueilli la jeune femme, d’organiser d’autres rendez vous.

En parvenant une ultime fois à attirer Ying Chan à , Honda la surprend au lit en plein ébats lesbiens avec Keiko.

Le choc est immense pour lui, d’autant plus que sa femme Rié assiste elle aussi à la scène de débauche nocturne à laquelle se livre les deux femmes.

Assez étrangement, le lendemain matin un incendie ravage la maison tuant accidentellement Imanishi et Tsubakihara,  et achève symboliquement le cycle liant Honda à Ying Chan.

Plus tard, en 1967, un Honda encore plus âgé, apprendra la mort de la belle en Thaïlande, piquée par un serpent alors qu’elle avait rejeté le parchemin chargé de la soutra magique sensée la protéger …

En conclusion, « Le temple de l’aube » est un pur chef d’œuvre balayant instantanément toutes les réticences que j’ai pu exprimer pour les deux premiers tomes de « La mer de la fertilité ».

Très différents des deux premiers volumes, notamment du second nationaliste et morbide, « Le temple de l’aube » élève incroyablement les débats pour développer une réflexion philosophique ultra poussée sur les théories hindouiste liée à la réincarnation.

Cette partie riche et métaphysique est néanmoins la plus ardue à décrypter mais bénéficie des descriptions hallucinantes du voyage de Honda en Inde et de l’éveil spirituel qui en découle.

Mais « Le temple de l’aube » n’est pas qu’un livre introspectif sur le bouddhisme hindoue, il contient plusieurs niveaux de lectures, notamment la poursuite obsessionnelle d’un homme vieillissant découvrant une passion dévorante pour une jeune adolescente de noble nature, et par essence inaccessible.

Face à ce mur naturel et social, le vieil homme va développer un monde intérieur de fantasmes et de pulsions voyeuristes qui contribuera du fait de sa quête sans fin à le tenir en éveil.

Fantastique sur le fond, « Le temple de l’aube » l’est également dans la forme, avec la beauté colorée et misérable de l’Inde ou à un niveau moindre de la Thaïlande mais également par son incroyable teneur érotique.

Bien que homosexuel, Mishima décrit à la perfection les fantasmes pulsionnels d’un homme autour d’une jeune femme à la peau bistrée et au corps parfait.

Difficile, riche, complexe et divin sur le plan du style, « Le temple de l’aube » est un monument de la littérature et sans doute l’un des meilleurs livres de Mishima.

 

Il sera sans doute difficile de faire mieux voir aussi bien ...

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 10:19

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Après avoir lu l’œuvre d’Arthur Miller, j’ai complété avec le film en noir et blanc de John Huston appelé « Les désaxés ».

Sorti en 1961, « Les désaxés » colle sans surprise au script de Miller, avec dans la moiteur de Reno (Nevada) la rencontre fortuite entre un mécanicien automobile Guido (Eli Wallach) et une jeune et belle divorcée un peu perdue Roslyn (Marylin Monroe) accompagnée de sa logeuse d’un certain âge Isabelle (Thelma Ritter).

Subjugué par la beauté de Roslyn qui se rend du tribunal, Guido ne peut résister à l’envie de l’inviter avec sa logeuse à passer quelques jours dans sa maison isolée située hors de la ville.

En chemin, le trio fait la connaissance de Gay Langland (Clark Gable), un ami cow boy coureur de jupons de Guido, qui lui aussi tombe sous le charme de Roslyn.

Tout ce beau monde se rend chez Guido, qui vit seul dans une grande maison plus ou moins bien entretenue depuis la mort de sa femme, décédée enceinte dans des circonstances tragiques.

A l’intérieur de la maison une compétition de séduction s’engage autour de la danse entre Guido et Gay pour séduire Roslyn, ce dernier remportant finalement l’avantage tandis que le premier nommé effectue de grand raids à bord de son petit avion personnel.

Le trio se rend ensuite à un rodéo pour recruter un troisième homme Perce Howland (Montgomery Clift) jeune casse cou n’hésitant pas à braver chevaux et taureaux pour gagner sa vie.

Roslyn a du mal a supporter les risques pris par Perce, qui se montre également séduit à sa manière frustre par les charmes de la nouvelle arrivante.

Après une compétition de racket ball endiablée dans un bar ou Roslyn épate la galerie masculine par son adresse et ses formes se balançant en cadence, le trio regagne Reno.

Les homme souhaitent partir pour capturer des mustangs afin de les vendre à la ville.

Quand Roslyn comprend que les mustangs seront tués et transformés en nourriture pour chien, elle s’y oppose de toutes ses forces, ce qui provoque une violente dispute avec Gay qui voit cela comme un gagne pain lucratif.

Profitant de l’avion de Guido qui rabat un groupe de six chevaux dans la plaine, le quatuor part en chasse sur un pickup équipé pour l’occasion.

La poursuite est ardue et malgré les réticences de Roslyn, les trois hommes capturent après une haute lutte un étalon nerveux, une vieille pouliche et son petit.

Mais Gay s’aperçoit qu’il a changé et sans doute adouci par sa nouvelle relation, décide de relâcher les chevaux pour mener une nouvelle vie.

Le couple part donc sur la route, délaissant Guido et Perce.

En conclusion, « Les désaxés » ne m’ont pas davantage séduit que le livre de Miller.

L’histoire  des ses pseudo paumés est aussi plate et ennuyeuse sur grand écran avec cet univers de brutes viriles et de femmes objets jouant les potiches sexy.

Car Houston utilise à ravir la plastique de Marylin Monroe, n’hésitant pas à produire des plans rapprochés sur ses fesses lorsqu’elle chevauche au galop ou lorsqu’elle ondule du bassin dans cette scandaleuse partie de racket ball.

Une autre scène pseudo érotique se produit lorsque Monroe sort d’un lac en bikini en courant honorant le divin principe mécanique qui veut que les formes remuent lorsque elle sont mises en mouvement.

Pour le reste, malgré ces petits émois, le film est bien décevant, avec un Gable usé et fatigué (qui mourra peu après la fin du film), un Clift limité en jeune bouseux mal dégrossi et un Wallach toujours à son aise dans un rôle secondaire.

Les scènes de chasse des mustangs auraient pu s’avérer éblouissantes dans les plaines désertiques du Nevada, mais l’absence de couleur nuit à leur impact.

Sans doute aventureux à son époque en décrivant un mode de vie pseudo marginal de ses protagonistes, « Les désaxés » parait aujourd’hui si on fait abstraction de la présence de ses stars, bien anodin.

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 08:51

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« Les désaxés » est un film de 1961 de John Huston rendu célèbre par la présence de Marylin Monroe et Clark Gable.

« Les misfits » est le livre d’Arthur Miller qui servit de script pour le film.

L’histoire se déroule à Reno (Nevada) ou Roslyn belle femme fraichement divorcée se rendant au tribunal pour résoudre les dernières formalités juridique, fait la connaissance d’un réparateur de voiture appelé Guido.

L’homme un peu rustre mais entreprenant parvient à retenir son attention juste assez pour lui présenter Gay, son ami cow boy coureur de jupons, qui en revanche l’attire beaucoup plus.

Le contact passe si bien que Roslyn accepte une invitation pour se rendre avec son amie de soixante ans Isabelle dans la maison de Guido, située en plein désert.

La elle apprend à mieux connaitre le passé des deux hommes, notamment la mort de la femme de Guido.

Assez naturellement, une compétition masculine pour séduire Roslyn s’établit et à ce petit jeu c’est Gay qui en sort vainqueur.

Bon an mal an, Guido accepte sa défaite et compense sa relative déception en effectuant de long vols sur son petit avion personnel sur lequel il abat occasionnellement des aigles pour arrondir ses fins de mois.

Ce triangle amoureux n’altère pas les relations amicales entre les deux hommes et toute l’équipe se rend à un rodéo pour reprendre contact avec leur ami Perce, qui monte des chevaux sauvages et des taureaux furieux pour gagner sa vie.

Véritable tête brulée, Perce semble insensible au danger et ne recule pas devant les innombrables blessures de cette pratique ce qui effraie Roslyn.

Egalement sensible au charme de Roslyn, Perce se joint au groupe qui se fait remarquer dans les bars de la ville ou Roslyn remporte une belle somme d’argent en faisant une démonstration de jeu de raquette.

Puis on revient vers la maison de Guido et le véritable dessin de l’association se dessine alors, chasser les mustangs dans les zones montagneuses non pas pour simplement les capturer mais pour les tuer afin de vendre la viande de cheval.

Amoureuse des bêtes, Roslyn est scandalisée de cette révélation et fait tout pour dissuader Gay de se joindre à l’expédition.

Pourtant l’attrait de la rentabilité se montre supérieur et la chasse au mustang, tout d’abord en avion puis en pickup se met en place.

Malgré les supplications de Roslyn, les trois hommes capturent alors un étalon, une jument et son poulain.

Mais après la périlleuse et très technique capture, Gay touché par les arguments de Roslyn éprouve des remords et relâche les chevaux.

Il entreprend alors de suivre Roslyn pour mener une nouvelle vie de couple, plus stable.

En conclusion, sans avoir jamais vue le film, « Les misfits » m’a grandement déçu.

Le coté désaxé ou marginal apparait de manière peu évidente, et le trio ne connait rien d’une dérive criminelle à laquelle aurait pu faire penser le titre.

Peu d’action donc, une histoire sans réel intérêt (cow boy et rodéo chez les males virils du Nevada) et même le potentiel triangle amoureux susceptible de déboucher sur un éventuel drame s’écroule pratiquement de lui-même dès les premières pages.

Un livre donc qui ne m’a guère captivé et auquel j’ai du mal à trouver quelques qualités.

Peut être le film de Huston et la présence solaire de Marylin Monroe, me feront-t-il changer d’avis …

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 21:45

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Poursuite de la découverte de l’œuvre de Yukio Mishima avec « Confession d’un masque ».

Publié en 1949, « Confession d’un masque » est un récit largement autobiographique traitant assez courageusement de l’homosexualité de l’auteur, homosexualité qu’il s’ingénia à essayer cacher dans le Japon des années 30-40.

Issu d’une famille bourgeoise mais désargentée par un train de vie dispendieux, le héros vit avec sa famille dans une modeste maison à Tokyo.

Très jeune, il prend conscience de ses forts penchants homosexuels avec une attirance morbide pour les jeunes hommes de type soldats ou chevalier mourant au de manière tragique tués sur un champs de bataille ou face à des monstres.

Ces curieux fantasmes de beauté classique grecque sont nourris par d’abondantes lectures de contes, légendes, récits historiques majoritairement européens.

Mishima apparait hanté par la peinture de San Sebastian par Benozzo Gozzoli représentant un jeune et beau martyr chrétien au corps percé de flèches par les soldats Romains.

Pourtant, Mishima n’est pas sensible à l’intellect d’un homme mais recherche la jeunesse, la virilité voir l’animalité qui est en l’homme ce qui pousse ses désirs vers les marins, soldats ou voyous comme son camarade de classe le jeune marginal Omi dont il admire l’assurance et la forte corpulence physique.

Cette contradiction prend tout son sens lorsqu’on découvre qu’il est complexé par sa constitution chétive et sa forte propension à tomber malade.

Mishima comprend néanmoins l’importance du jeu social et apprend à se composer un masque de normalité pour tenter de se fondre dans la société.

Comme tout être humain, il s’adapte à son environnement et acquiert des comportements automatiques afin de donner le change quand à ses préférences sexuelles mais ce jeu de travestissement est en réalité un véritable écartèlement pour sa nature profonde.

Torturé intérieurement et profondément malheureux, Mishima se force malgré sa répugnance à fréquenter sans grand succès des femmes en parallèle de laborieuses études de droit.

La Seconde guerre mondiale arrive et Mishima déjà hanté par ses fantasmes de mort violente (sur un champs de bataille ou lors d’un bombardement américain) a la grande désillusion de se voir recaler de l’armée en raison de sa constitution chétive.

Il est néanmoins astreint à un emploi de bureau dans une usine de fabrication de pièces d’aéronautiques.

Le temps passe et Mishima fit ainsi la connaissance de Sonoko, la sœur de Kusano camarade de classe mobilisé comme soldat.

La relation entre Mishima et Sonoko est extrêmement complexe, et même si le jeune n’a aucune attirance physique, il est néanmoins sensible à la délicatesse et au charme de la jeune fille.

Les choses vont si loin que après un baiser, Sonoko espère que Mishima va la demander en mariage.

C’est à ce moment que pris de cours, Mishima ne peut que faire machine arrière devant la totale impossibilité de se marier avec une femme.

Il en éprouve une forme de déchirement intérieur, ce qui accentue ses tourments.

Malgré ce refus et le mariage de Sonoko, Mishima restera étonnement proche de la jeune fille en entretenant jusqu’au bout une relation ambigüe …

En conclusion, « Confession d’un masque » n’est pas un livre qui m’a particulièrement intéressé en raison de son sujet (l’homosexualité cachée) et du caractère trop introspectif du style de Mishima.

On sent donc beaucoup de souffrance et d’errements dans la personnalité de l’écrivain et on est juste horrifié par ses fantasmes de tortures sur de jeunes corps masculins.

Au vue du récit apporté, Mishima était assurément 110% homosexuel et n’a fréquenté les femmes que de manière platonique sans doute par convention sociale à tel point qu’on peut même douter de la profondeur de ses sentiments à l’égard de Sonoko.

Peu de poésie donc ou de splendides descriptions mais plutôt une ambiance de gymnases, de casernes et de dortoirs d’adolescents cherchant maladroitement leur sexualité.

Et bien entendu, la mort planant déjà au dessus de tout, comme une délivrance au fardeau de l’existence trop lourd à porter pour un homme tourmenté et seul.

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