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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 17:20

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Retour à la littérature la plus classique qui soit avec « Les Hauts du Hurle-Vent », unique roman de la cadette des sœurs Brontë, Emily.

Sorti en 1847, « Les Hauts du Hurle-Vent » se déroule dans l’ambiance particulièrement inquiétante des landes désertiques du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre du XIX ième siècle ou vient s’établir un gentilhomme épris de solitude appelé Mr Lockwood.

Lockwood loue une maison à Thrushcross grange, non loin des Hurle-Vent, la demeure de son propriétaire un certain Heathcliff Earnshaw qui vit avec son fils Hareton, son vieux domestique idiot Joseph et sa belle fille Catherine plus amène que les hommes majoritairement bourrus voir hostiles.

D’entrée, Lockwood est mis mal à l’aise par cet homme sombre, peu aimable et aux manières rustres mais il tient bon non sans un certain courage.

Ce malaise s’accroit après une première nuit passée aux Hurle-Vent, ou Lockwood s’endort sur ce qui ressemble au journal intime d’une Catherine Linton et croit alors lui parler en rêve.

Revenu chez lui après ce premier contact difficile qui a  bien failli tourner au drame puisque personne ne l’a aidé à trouver son chemin dans ce pays glacial, venteux et dévasté, Lockwood interroge sa domestique, Nelly Dean qui va lui raconter pendant la quasi-totalité du roman l’histoire des Earnshaw et des Linton.

Tout commence lorsque Mr Earnshaw, le père de Catherine et de Hindley, adopte un troisième enfant quasi mort de faim et le nomme Heathcliff.

Traité singulièrement malgré l’amour de son père, Heathcliff ne va pas tarder à développer un caractères beaucoup plus dur et rétif que les autres enfants de la maison, s’opposant en cela à Hindley mais se rapprochant de Catherine, avec qui il va nouer une relation d’amour passionnel.

Lorsque Hindley devient le chef de famille, il prend une femme qui lui donne un enfant, Hareton mais qui meurt prématurément.

Hindley commence alors à boire, à jouer plus que de raison et à devenir particulièrement menaçant avec toute sa famille et tout particulièrement Heathcliff qu’il hait.

Pour le protéger, Catherine tente alors une manœuvre audacieuse, se marie avec un magistrat fortuné, Edgar Linton et part vivre avec son mari, sa sœur Isabelle et Nelly à Thrushcross grange.

Ce mariage est un drame pour Heathcliff qui s’enfuit et réparait ensuite, se montrant de plus en plus agressif avec Edgar, qui a bien du mal à empêcher sa femme de revoir en cachette son demi frère.

Il est pour cela grandement aidé par Nelly qui a pris fait et cause contre Heathcliff et Catherine, mais son caractère timoré et doux, le fait toujours céder face aux deux monstres.


Heathcliff qui a profité de la faiblesse de Hindley pour prendre le contrôle des Hauts de Hurlevent, passe à son tour à l’offensive et séduit Isabelle pour l’amener à l’épouser contre l’avis de son frère Edgar.

Ceci est également un choc pour Catherine qui tombe à son tour malade et meurt peu après avoir donné naissance à une fille, également appelée Catherine.

Cette mort va déchainer les instincts les plus féroces de Heathcliff.

En effet, passés les premiers émerveillements de l’amour, Isabelle découvre la véritable nature brutale, sauvage et sans états d’âme de Heathcliff et déchante.

Mais il est trop tard pour elle et elle est contrainte de vivre dans l’ambiance étouffante des Hauts de hurlevent, avec son mari qui a fini par mortellement blesser l’incontrôlable Hindley, Hareton qui a grandi comme un demi sauvage et les domestiques semi abrutis.

Elle donnera néanmoins un fils à cet homme démon, Linton avec lequel elle s’enfuit et à qui elle permet de grandir loin de l’influence néfaste de son père.

Ceci fait bien sur enrager Heathcliff qui désire remettre la main sur Linton et le faire épouser Catherine, afin de devenir l’unique propriétaire des deux domaines.

La mort d’Isabelle fait revenir le jeune Linton auprès de son père à Hurle vent, et plonge ainsi ce jeune homme des villes frêle et bien éduqué dans l’enfer des landes.

Heathcliff profite de la maladie d’Edgar, pour créer une correspondance amoureuse artificielle entre Linton et Catherine avant que Nelly ne parvienne à contrer temporairement ses plans en dévoilant tout à son maitre.

Mais à la mort d’Edgar, Heathcliff s’arrange pour attirer Catherine aux Hauts du hurle vent et la contraindre à épouser Linton qui de constitution faible décède peu après.

Dépossédée de ses biens et sans aucune protection, Catherine se résigne à vivre sous la coupe de Heathcliff et finit par s’accommoder de cette vie à la dure.

S’endurcissant, elle finit par nouer une relation amoureuse avec Hareton, qui vit toujours complexé par son manque d’instruction.

Prenant de plus en plus confiance en lui, Hareton s’érige en rempart pour protéger Catherine de la violence de Heathcliff.

C’est cette configuration qu’a trouvé Lockwood lors de sa venue dans les Hauts, puis l’homme doit s’absenter plusieurs mois de la lande et revient après pour apprendre le dénouement de l’histoire de la bouche de Nelly.

La domestique lui raconte que Heathcliff s’est isolé de plus en plus, refusait de s’alimenter et tenait des propos de plus en plus incohérent sur sa demi sœur Catherine, dont le souvenir le hante en permanence.

Rongé par le remord et la mélancolie, Heathcliff finit par s’éteindre mystérieusement en devenant lui aussi un spectre hantant la lande tandis que Hareton et Catherine se mariaient.

En conclusion, « Les Hauts du Hurle-vent » est un roman ultra dense, une grande tragédie familiale parfois difficile à suivre dans ses méandres tortueux, mais qui recèle par sa noirceur, sa violence, sa dureté et sa pincée de fantastique, un caractère éminemment fascinant.

On est surpris de ressentir tout la puissance, la rage sourde même d’une jeune femme de bonne famille de 29 ans qui décèdera l’année d’après.

Le statut de classique mais également d’œuvre hors normes et à contre courant peut évidemment être attribué à ce roman atypique idéal pour bousculer le lecteur dans ses certitudes.

Essentielle donc, comme toute singularité sortant de la masse.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 11:56

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Changement radical de registre avec le cinéma d’auteur de Hou Hsiao-Hsien.

Sorti en 2001, « Millennium mambo » raconte l’histoire d’une jeune femme, Vicky (Shu Qi) se débattant à Taiwan dans une relation désastreuse avec son compagnon Hao Hao (Tuan Chun-Hao), drogué et oisif.

Vicky fréquente le milieu de la nuit ou elle travaille, mais son salaire et la plupart de ses dépenses sont surveillés par Hao Hao qui lui ne travaille pas.

Le couple vit dans une minuscule appartement ou les scènes de ménage sont fréquentes.

Vicky sait pertinemment que cette relation ne la mène à rien, car Hao Hao ne pense qu’à se détruire peu à peu, mais demeure incapable comme beaucoup de gens de s’en extraire.

Le spectateur croit à une vague intrigue criminelle lorsque la police vient perquisitionner à leur domicile pour retrouver la Rolex volée du père de Hao Hao, mais cette piste s’écroule assez vite pour proposer une grande rêverie nocturne ou le temps semble s’étirer à l’infini.

Dans le monde de la nuit, Vicky fait la connaissance de Jack (Jack Kao), petit trafiquant des boites de nuit qui lui dit aller périodiquement voir sa famille au Japon.

Elle est attirée par cet homme calme et posée mais demeure sous la joug tyrannique de Hao Hao, jaloux et possessif, qui continue d’exercer sur elle une profonde attraction.

Après l’avoir quitté puis être revenue auprès de lui, Vicky est la cible d’une irruption de son amant dans une boite de nuit.

Le ton monte entre Hao Hao et Jack et une bagarre éclate.

Vicky perd connaissance et lorsqu’elle se réveille, elle est à Tokyo (Japon) et comprend enfin que Jack lui a donné la chance de fuir son amant diabolique.

En conclusion, « Millenium mambo » est un film réputé par une certaine élite journalistique mais juste irregardable en pratique.

Le film se déroule dans sa quasi-totalité dans la nuit, entre appartement minable et boites de nuit dites branchées ou de jeunes corps de déhanchent mollement sur une musique techno deshumanisante.

Mais plus que son ambiance glauque, c’est la réalisation insupportablement statique et contemplative de Hsiao-Hsien qui finit par rapidement irriter.

En réalité, il ne se passe pas grand-chose dans ce film ou les personnages incarnant une jeunesse à la dérive glissent en continu.

Consommation astronomique de cigarettes (est on vraiment plus cool avec une clope à la main ou à la bouche ? ), de drogues, plans désespérément fixes, dialogues minimalistes forment une absence totale de vie.

Un film désincarné à fuir donc, si on appartient pas à l’intelligentsia cinématographique.

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 15:39

thelma_louise.jpg3

 

 

Ridley Scott toujours avec un de ses films les plus célèbres « Thelma et Louise ».

Sorti en 1991, « Thelma et Louise » est un road movie racontant la virée de Thelma Dickinson (Geena Davis) une femme au foyer de l’Arkansas vivant une relation conjugale minable avec son mari Darryl (Christopher Mc Donald), entrainée par son amie Louise Sawyer (Susan Sarandon) elle aussi en couple avec Jimmy (Michael Madsen) mais plus épanouie et indépendante.

Thelma et Louise s’embarquent dans une voiture décapotable pour un week end à la montagne entre copines.

En chemin, les deux amies s’arrêtent dans une boite de nuit fréquentée majoritairement par des camionneurs.

Désireuse de s’émanciper, Thelma abuse de la boisson et accepte de flirter avec un inconnu se faisant appeler Harlan (Timothy Carhart).

Après avoir bu et dansé, Thelma est entrainée par Harlan sur le parking qui devient de plus en plus entreprenant.

Malgré sa résistance, il tente de la violer mais il est alors braqué par Louise qui a emporté un pistolet pour leur défense personnelle.

Devant les provocations haineuses de Harlan, Louise ouvre le feu et le tue.

On comprendra par la suite la réaction de Louise, qui a été violée par un homme au Texas.

Paniquées, les deux femmes prennent la fuite, tout en sachant très bien que les circonstances dans cette affaire ne leur sont extérieurement pas forcément favorables.

Cette épreuve soude leur complicité et les poussent à partir en cavale pour rejoindre le Mexique.

Louise demande à Jimmy de lui virer une forte somme d’argent pour faciliter leur fuite à travers le pays.

En se rendant à Oklahoma pour le retrouver sur place, les deux femmes rencontrent un jeune et séduisant autostoppeur appelé JD (Brad Pitt).

Se disant étudiant, JD tape dans l’œil de Thelma qui lie connaissance avec lui.

Entre temps, Louise doit contenir les interrogations de Jimmy, qui finit après quelques heurts par accepter de donner l’argent sans chercher à en savoir plus.

Après qu’elle ait refusé une bague de mariage, Louise fait ses adieux à Jimmy qui accepte les choses bon gré mal gré.

Mais JD qui finit par coucher avec Thelma dans une nuit d’amour débridée, dérobe l’argent et se volatilise.

Les deux femmes se trouvent donc démunies avec un policier appelé Hal Slocombe (Harvey Keitel) à leurs trousses.

Slocombe coince JD, en réalité un minable voyou et parvient à obtenir des informations supplémentaires sur les fuyards.

Poussées à bout, les deux femmes se radicalisent, en particulier Thelma qui braque une station service pour un peu d’argent.

Pire, elles braquent un policier isolé qui les avaient arrêtées pour excès de vitesse et l’enferment dans le coffre de sa voiture.

Mais le piège policier ne peut que se refermer sur elles à proximité du Grand canyon.

Assaillies par de dizaines de voitures, les deux jeunes femmes décident de rester soudées jusqu’à la mort, refusant de se rendre à la police malgré les injonction de Hal, et se jettent ensemble dans le ravin du Grand canyon …

En conclusion, véritable ode au féminisme et à la liberté, « Thelma et Louise » est un film atypique et terriblement audacieux.

Au cours de leur périple à travers le sud-ouest des Etats-Unis, ces deux américaines de la classe moyenne, engoncées dans des jobs et des relations minables, parviennent à briser le carcan qui les écrasent, et accèdent à une liberté chèrement gagnée.

Bien entendu, la violence est présente dans le film mais à la manière sotte, sanglante et provocatrice de « Tueurs nés » et plutôt utilisée à bon escient.

Malgré la force  du propos, plusieurs choses m’ont gêné, tout d’abords les seconds rôles masculins sans intérêt voir irritants comme Madsen ridicule en balourd pleurnichard ou Pitt en minet pour dames, mais également l’ambiance générale du film, plutôt country-beauf bas du front et déprimante.

D’ailleurs la bande son demeure pour moi assez insupportable.

Ces réticences ne constituent une limitation pour apprécier le film mais n’empêchent pas de lui reconnaitre son statut culte, et pas seulement pour le public féminin.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 22:15

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Peu de raisons de ne pas continuer à explorer l’œuvre de Yasmina Khadra, aussi est-ce avec un intense plaisir que « Les sirènes de Bagdad » vont trouver leur place dans ces chroniques.

Paru en 2006, « Les sirènes de Bagdad » appartient à la même veine internationale que ces prédécesseurs « Les hirondelles de Kaboul » et « L’attentat » qui eux aussi délaissent l’Algérie natale de Khadra pour s’aventurer en Afghanistan et en Israël.

Cette fois, l’action se déroule dans les années 2000 en Irak, en plein milieu de la guerre que mènent seuls les Etats-Unis de George W Bush contre le régime de Saddam Hussein.

Mais Khadra surprend en plaçant d’entrée son personnage principal, un jeune fils de puisatier misérable de Kafr Karam village perdu dans le désert, dans le cadre inhabituel de Beyrouth ou il se sent peu à son aise et dialogue avec Jalal, un vieux docteur en religion.

Puis il remonte le temps et retrace l’itinéraire du jeune homme en consacrant une bonne moitié du roman à la description de la vie à Kafr Karam, dans un environnement pauvre ou les traditions bédouines pèsent davantage que la situation globale du pays.

Pourtant la réalité de la guerre finit par rattraper les habitants de Kafr Karam, lorsque Souleyman, un adolescent handicapé devant être amené en urgence dans un dispensaire est abattu à un checkpoint par des soldats américains.

Le drame secoue le village, échauffant les esprits des plus jeunes comme le belliqueux Yacine et dès lors le conflit s’inscrit progressivement dans le quotidien des habitants avec la frappe d’un missile sur les convives d’un mariage et l’irruption de GI dans les maisonnées.

Au cours de l’une d’entre elles, le père du héros est molesté et humilié sous ses yeux.

L’affront est trop fort pour le jeune homme qui décide de suivre la tradition bédouine de vengeance.

Dès lors, il délaisse son ami musicien Kadem pour se lancer dans un périple hasardeux pour arriver jusqu’à Bagdad ou il espère entrer dans la résistance irakienne qui lutte de manière désespérée contre les GI sur armés.

Le voyage dans un pays rendu sauvage et incertain par les conflits est long et semé d’embuches.

Tenu par une détermination implacable, le héros tient pourtant le coup et arrive jusqu’à la capitale certes toujours envoutante mais devenue en raison de la guerre, une ville dangereuse pour un jeune homme seul.

Agressé et dépouillé, il finit par mener une vie d’errance dont il ne sort que par la rencontre fortuite avec Omar, une connaissance du village, qui le prend sur son aile en lui assurant un gite et un couvert, certes misérables.

Mais Omar est soumis à la pression de son colocataire qu’on devine assez rapidement être son amant et prend la pénible décision de le remettre à son ennemi Sayed, un autre ancien du village, qui a connu une réussite certaine à Bagdad.

Sayed accueille généreusement le jeune homme et le loge dans son magasin de téléviseurs qui n’est en réalité qu’une couverture pour ses véritables activités : chef d’une cellule de terroristes islamiques poseurs de bombes.

Le héros comprend à qui il a affaire et montre une grande motivation pour s’intégrer à la cellule terroriste afin d’accomplir sa vengeance.

Mais les terroristes étant par nécessité des gens prudents, le processus d’intégration prend beaucoup de temps, le héros devant à son grand dam ronger son frein dans l’inactivité et les taches subalternes.

Une descente de policier irakiens corrompus tentant de racketter Sayed tourne mal et oblige le réseau à liquider les policiers, ce qui accélère l’intégration du bédouin, témoin malgré lui du meurtre.

Après un nouvel assaut de policiers, la cellule parvient à s’échapper et Sayed convaincu que le jeune bédouin l’a trahi, le contraint sous la torture à livrer un nom : celui d’Omar.

Impitoyable, Sayed égorge le malheureux qui en réalité n’était pour rien dans l’attaque des policiers.

Malgré son remord, le bédouin va jusqu’au bout de son engagement et accepte l’inconcevable, se faire injecter un virus par un médecin terroriste et contaminer la ville de Londres.

Aidé par la puissante logistique des réseaux terroristes, il traverse la Jordanie pour se retrouver au point de départ du roman, à Beyrouth ou il doit prendre un avion pour Londres.

En attendant son heure, le jeune homme discute avec le docteur Jalal, intellectuel autrefois proche des pays occidentaux et critique vis-à-vis de l’islamisme avant d’opérer un volte face fracassant en comprenant le mépris des occidentaux pour les arabes, qu’ils soient intellectuels ou non.

Jalal, détecte les intentions criminelles du jeune homme et malgré son revirement islamiste, décide devant l’horreur de ses intentions, de l’en dissuader.

Les choses tournent mal, Jalal est durement agressé et enlevé par les gardes de Sayed, ce qui laisse la voie libre au bédouin infecté.

Mais au moment de prendre l’avion, le bédouin se montre incapable d’aller au bout de son acte en comprenant in extremis sa vacuité.

Il comparait alors finalement devant ses anciens maitres, pour un jugement qu’il sait sans appel.

En conclusion, « Les sirènes de Bagdad » est un roman d’une très grande force montrant un Khadra au sommet de son art.

Dans celui-ci, l’écrivain décrit en effet le parcours individuel d’un jeune homme du désert qui touché par les effets de bord de la brutalité de la guerre USA-Irak, s’engage alors par désir de vengeance dans le Jihad, avant de se raviser in extremis au seuil de commettre un attentat bactériologique d’envergure encore inédite.

A travers ce jeune homme qu’on devine assez proche ethniquement de lui, Khadra joue parfaitement son rôle de passeur/médiateur entre le monde occidental et arabe.

Tout en condamnant la brutalité des soldats américains envahisseurs (mais en réalité il n’existe pour moi aucun soldat particulièrement tendre en période de guerre), Khadra rappelle les horreurs du régime de Saddam Hussein et tente de rétablir un équilibre entre la culture arabe, aux richesses méconnues et celle réputée supérieure de l’Occident mais en réalité dévoyée par l’absence de spiritualité, l’individualisme et le pouvoir de l’argent.

Cette tentative se matérialise clairement lors du dialogue agité entre Jalal intellectuel déçu par les lumières de l’Occident et son ami écrivain Mohamed Seen, fidèle lui à une vision progressiste  des choses.

Servi par une langue toujours d’une grande splendeur, « Les sirènes de Bagdad » se dévore d’une traite et constitue l’un des meilleurs romans non algériens du talentueux écrivain.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 18:33

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Sorti en 1999, « Coup de foudre à Notting hill » est un film de Roger Michell.

Etabli dans le quartier de Notting hill, William Thacker (Hugh Grant) est un trentenaire fraichement divorcé, qui vivote de son métier de libraire dans le quartier de Notting hill connu pour son grand marché et sa fréquentation de célébrités.

Fragile et peu sur de lui, William vit en colocation avec un artiste complètement déjanté répondant au nom de Spike (Rhys Ifans).

Un jour le hasard lui sourit et une belle jeune femme pousse la porte de sa librairie pour chercher un livre sur la Turquie.

Visiblement un charme s’installe entre eux et la jeune femme est touchée par le charme malhabile du libraire qui l’invite à se changer chez lui après avoir malencontreusement renversé du jus d’orange sur sa veste.

Après avoir échangé un baiser fugace, William ne reconnait qu’après coup la star de cinéma Anna Scott (Julia Roberts).

Le fait que William la traite comme une femme normale et ne soit pas bêlant d’admiration devant le personnage public touche assurément Anna qui finit par le recontacter discrètement pour organiser une rendez vous dans un prestigieux hôtel londonien.

William se rend au rendez vous et tombe dans une grande campagne de promotion pour la sortie du film de la belle.

Il est alors contraint de se faire passer pour un journaliste de « chasse et tradition » pour approcher Anna et discuter avec elle.

Malgré quelques interruptions, le courant passe si bien que le couple décide de sortir ensemble.

Anna est alors présentée aux amis de William au cours d’un diner Bella (Gina Mc Kee) et Max (Tim Mc Innerny) Bernie (Hugh Bonneville) sa sœur Honey (Emma Chambers) , et sa simplicité finit par triompher des inévitables préjugés entourant son métier d’actrice à renom.

Pourtant fréquenter une star comporte des inconvénients et William tombe sur Jeff King (Alec Baldwin) le petit ami américain acteur de Anna qui le confond avec un garçon d’étage.

Par contraste avec William, Jeff apparait comme rustre, viril et grossier.

Pour ne pas embarrasser Anna, William joue le jeu du garçon d’étage et encaisse sans broncher les humiliations.

Après la révélation de quelques clichés compromettant, Anna décide de s’éloigner de King et vient se réfugier chez William auprès duquel elle espère trouver un anonymat protecteur vis-à-vis des paparazzi encombrants.

La cohabitation avec le terrible Spike ne manque pas de piquant mais Anna finit par succomber au charme de William et couche avec lui.

Mais le compte de fée tourne court lorsque Anna est vendue par Spike aux paparazzi qui viennent assiéger la demeure de William.

Prise au piège et stressée, la jeune femme se révolte et abandonne son amant.

William accepte de manière fataliste la séparation et retourne en souffrant à sa vie de tous les jours.

Plusieurs années passent, Anna continue sa brillante carrière et reprend finalement contact avec William, qui trop fier, la repousse.

Après mure réflexion, il se ravise et court désespérément la ville de Londres aidé par tous ses amis pour déclarer ses sentiments à Anna avant son départ à l’étranger.

La déclaration a finalement lieu dans une nouvelle conférence de presse et  le couple peut alors enfin se réunir.

En conclusion, « Coup de foudre à Notting hill » a tous les ingrédients du conte de fée inversé ou le rôle de la femme est ici astucieusement joué par un homme.

Inutile donc de chercher plus loin les raisons de son colossal succès, tant la trame choisie colle ici profondément à l’imagerie populaire féminine.

Une fois le cadre clairement posé, on saluera le jeu des acteurs et en particulier celui de Hugh Grant, dont la dégaine de beau gosse timide, délicat, drôle et charmant a tout pour déchainer des torrents de passion romantique féminine.

Pour le reste, une galerie de seconds rôles typiquement british (et donc un tantinet barrés) viennent composer une représentation de la société londonienne avec le courtier, l’artiste, la célibataire branchée ou le couple vivant un drame du handicap.

Tout ce décorum à l’eau de rose ne nous emmène donc pas très loin et sera sans doute plus amène de séduire un public essentiellement féminin auquel je n’appartiens malheureusement pas.

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 20:10

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Une envie de renouer avec Yasmina Khadra auteur que j’apprécie depuis de nombreuses années.

Paru en 2002, « Les hirondelles de Kaboul » est le premier ouvrage de Khadra s’écartant de son Algérie natale pour s’aventurer vers le lointain Afghanistan.

« Les hirondelles de Kaboul » tente de décrire à travers le destin de quelques personnages, la vie quotidienne dans la capitale afghane alors occupée par les talibans, ces « étudiants » islamiques transformés en machines de guerres fanatiques suite à l’invasion soviétique du pays à la fin des années 80.

Le personnage principal est Atiq Shaukat, vétéran de la guerre contre les russes, reconverti par contrainte en geôlier de la prison de Kaboul, qui abrite le condamnés à mort avant leurs exécutions publiques dans le grand stade de football de la ville.

Bien qu’accomplissant sérieusement sa tache, Atiq est dévoré par un conflit intérieur, la maladie incurable de sa femme Mussarat, qui dépérit lentement de jour en jour.

Dans le monde hyper machiste et impitoyable des talibans, Atiq devrait sachant sa femme malade se délester de sa femme mais il demeure attaché à celle qui lui a sauvé la vie pendant la guerre et incapable de l’abandonner.

Le climat familial reste néanmoins très lourd avec beaucoup de frustration et de douleurs larvées.

Les autres protagonistes du récit sont un jeune couple d’afghans, Mohsen et Zunaira, dont les projets de prospérité et de vie aisée ont été anéanti par la guerre civile et le règne de la terreur islamique.

Les femmes sont en effet considérées comme des citoyennes de seconde zones, doivent porter le tchadri en public et rester dans l’ombre de leurs maris dans une vie de fantômes domestiques.

Mais l’oppression des talibans s’exerce également sur toutes les couches de la population, avec tout un lot d’interdictions sévères comme le fait d’écouter de la musique ou de se soustraire aux prêches d’imams fanatisés par des rêves de guerre sainte.

Toute la population vit donc dans la peur avec ses vieux moudjahiddines amputés et à demi fous radotant sans cesse d‘improbables récits de guerres et ses enfants nés dans la misère et la violence se rassemblant par meutes sauvages pour envahir les ruelles.

Un jour que le couple décide de sortir dans la rue, un incident conduit Zunaira à se tenir seule en plein soleil dans l’attente de son mari forcé d’assister à un prêché enflammé.

Cet incident est la goutte d’eau de trop pour la belle et indépendante Zunaira qui se braque ensuite contre son mari et finit par le tuer après une querelle d’amoureux.

Zunaira est donc jugée expéditivement et condamnée à mort.

Elle échoue dans la prison de Atiq qui est subjugué par sa beauté et sa dignité.

Atiq perd de son austérité et commence à prendre en pitié Zunaira accusée pour lui à tort.

Il se confie à Mussarat qui se montre ravie de cet attendrissement.

Comprenant que son supérieur hiérarchique, Quassim Abdul Jabbar demeurera inflexible dans la condamnation de la jeune femme, Atiq prend tous les risques pour lui offrir de se sauver.

Trop fière Zunaira refuge mais Mussarat intervient alors, parvenant à décider son mari de la laisser remplacer la condamnée pour lui offrir l’amour d’une nouvelle femme.

Mais cet acte d’amour d’une noblesse et d’une grandeur incommensurables n’est pas récompensé puisque le jour de l’exécution, Quassim Abdul Jabbar découvre d’instinct la supercherie et fait tuer les deux femmes.

S’en est trop pour Atiq qui perd la tête, se rue au cimetière puis déambule dans les rues en arrachant les tchadri des femmes jusqu’à se faire lyncher par une foule hostile….

En conclusion, couronné de prix et adapté au théâtre dans de nombreux pays, « Les hirondelles de Kaboul » est un livre courageux et engagé au sens le plus noble du terme.

Le sujet choisi est pour beaucoup dans son rayonnement international, avec une description puis une révolte contre le régime hyper totalitaire, rivalisant sans doute dans son absurdité avec les pires délires nazis ou soviétiques.

La folie, le dégout et l’horreur ne peuvent en effet que submerger le lecteur moyen à la découverte de ce quotidien régenté par la violence et l’obscurantisme.

Mais une fois ce constat dépassé, Khadra montre les soubresauts invincibles de la vie qui subsistent encore par delà les coups et les menaces de ce monde artificiellement crée par la folie humaine.

Malgré cela l’écrivain ne peut se permettre le luxe de verser dans un optimisme béat et opte pour un livre foncièrement pessimiste, assez en accord je pense avec la réalité assez décourageante de ce pays.

Bien entendu, il semble difficile de ne pas aimer « Les hirondelles de Kaboul » mais je reproche un certain manque d’ampleur à cette œuvre qui ne se centre que sur la vie à Kaboul de quelques personnages assez esseulés alors que ce vaste pays contient de nombreuses particularités qu’il aurait été intéressant d’explorer.

Khadra peine donc ici à égaler la puissance et la profondeur des ses romans algériens, ce qui n’empêche pas « Les hirondelles de Kaboul » de demeurer un livre intéressant.

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 21:47

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C’est toujours un réel plaisir d’aborder à nouveau la filmographie d’Alfred Hitchcock.

Sorti en 1941, « Soupçons » et son image noire et blanc, n’est pas l’un des films les plus connus du grand réalisateur.

L’histoire démarre de manière on ne peut plus classique avec une rencontre fortuite et pleine de charme dans un train américain, chose qui avouons le n’arrive que dans les films.

Cette rencontre voit le très séduisant et hâbleur Johnnie Aysgarth (Cary Grant) marquer une jeune femme appelée Linda Mec Kinlow (Joan Fontaine).

Evoluant tous les deux dans le monde de la haute bourgeoisie, les deux soupirants se revoient rapidement et Johnnie déploie alors son puissant pouvoir de séduction pour ravir le cœur de Linda.

Avec une telle passion, le mariage arrive très vite et le couple emménage dans la foulée.

Pourtant Linda s’aperçoit que Johnnie est contre toute apparence criblé de dettes qu’il a contracté au jeu.

Son ami Gordan ’Beaky’ Twaithe (Nigel Bruce) confirme la réputation exécrable de Johnnie, menteur et joueur pathologique.

Linda est très déçue et demande des explications à son mari quand elle comprend qu’il a vendu deux belles chaises familiales pour pouvoir joueur.

Malgré les cadeaux de compensation dont les couvre Johnnie, Linda est de plus en plus mal à l’aise avec son mari, surtout lorsqu’elle découvre qu’il a également menti sur le fait qu’il était sans emploi.

Elle pense alors à le quitter mais l’annonce brutale de la mort de son père vient bouleverser la donne.

En mourant celui-ci ne lui lègue rien qu’un portrait de lui, ce qui exaspère Johnnie, visiblement en attente de fortes rentrées d’argent.

Pire, Johnnie annonce à Linda son intention de se lancer dans l’achat de terrains en bord de mer, afin de réaliser une plus value immobilière avec son ami Beaky.

L’entreprise parait hasardeuse à Linda mais Johnnie se montre si farouchement déterminé que celle-ci ne peut que capituler.

Le choses se compliquent davantage lorsque Beacky est assassiné par empoisonnement à Paris.

Immédiatement, Johnnie est suspecté par Linda mais également par la police.

Il faut dire que le comportement étrange de Johnnie ne plaide pas pour sa défense, avec notamment la lecture intense de romans policiers de l’écrivain Madame Newsham (Isabel Jeans) et le développement de curieuses conversations autour du thème récurrent chez Hitchcock du meurtre parfait.

L’angoisse se met à envahir Linda, qui après avoir intercepté une lettre de son mari, réclamant une forte somme d’argent, se met à imaginer qu’il veut l’assassiner.

Après avoir suspecté une empoisonnement lent, Linda atteint le paroxysme de la peur lorsque Johnnie l’emmène dans une ballade en voiture le long d’une corniche escarpée.

Le couple frôle l’accident mais Johnnie révèle qu’il a plutôt voulu protéger sa femme.

Linda comprend alors qu’elle a eu une image déformée de son mari, qui malgré ses défauts, n’a jamais eu de pulsions meurtrières.

Le film se conclut donc assez ironiquement sur un happy end …

En conclusions, « Soupçons » m’a globalement déçu.

Hitchcock joue certes habilement avec le spectateur et se fait un plaisir de briser après coup le solide édifice qu’il avait soigneusement et vicieusement bâti pour mieux le leurrer.

Mais malgré tout, ce renversement de dernière minute se montre trop brusque pour être pleinement convaincant et ne saurait dissiper tous les lourds doutes qui pèsent sur lui.

Un mot sur les acteurs, efficaces dans leurs prestations mais sans réelle prouesse d’interprétation malgré l’oscar remporté par Joan Fontaine.

Hitchcock améliorera largement sa formule au fil des ans pour produire ses plus grands chefs d’œuvres dans les années 60/70.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 23:13

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Après le livre de Jorge Amado, je me devais forcément de voir le film de Bruno Barreto consacré à « Dona Flor et ses deux maris ».

Sorti en 1976, cette adoption cinématographique reprend de manière simplifiée le roman fleuve d’Amado pour se concentrer sur les évènements les plus marquants.

L’histoire se déroule en 1943 dans la ville de Bahia.

Dona Flor Guimarães (Sonia Braga) apprend la mort foudroyante de son mari Vadinho (José Wilker) un mulâtre aux cheveux blond en plein carnaval de Bahia.

La vie de Donar Flor bascule alors dans un veuvage imprévu en raison de sa relative jeunesse, à peine 30 ans.

Les cours de cuisine qu’elle dispense ne suffisent pas à effacer le souvenir de Vadinho, amant sensuel mais également séducteur et joueur invétéré, passant la plupart de ses nuits dans les casinos, bars ou bordels.

Malgré ses infidélités, son égoïsme et parfois une certaine violence quand on lui refusait une avance pour éponger ses innombrables dettes, Vadinho le bon vivant avait beaucoup d’amis et est très regretté à Bahia.

Conseillée par sa mère, la rigide Rozilda (Dinorah Brillanti) qui haïssait son gendre et par ses amies Norminha (Haydil Linhares) et Dinorah (Nilda Spencer), Dona Flor entreprend de rompre son veuvage.

En effet, privée de toute relation charnelle depuis la mort de Vadinho, Flor souffre d’un cruel manque.

La chance lui surgit alors en la personne du pharmacien Teodoro Madureira (Mauro Mendoça) quadragénaire timide, organisé, travailleur et honnête, dont les sentiments pour Flor sont bel et bien réels.

Flor accepte d’épouser cet homme passionné de basson et mène alors une vie plus rangée, dans une certaine opulence matérielle.

Mais le sort semble se jouer d’elle lorsque Vadinho refait surface sous la forme d’un fantôme (nu !) qu’elle seule semble voir.

Très insistant, Vadinho finit par avoir raison de la faible résistance morale de se femme qui succombe à son charme sensuel.

Mais le polisson d’outre tombe ne s’arrête pas là et intervient dans les tripots pour favoriser de sa main invisible ses anciens camarades de jeu Miranda (Nelson Xavier) et Arigof (Mario Gusmao) qui gagne par son aide de fortes sommes au nez et à la barbe de la mafia locale.

Finalement incapable de trancher, Donar Flor accepte de vivre avec ses deux maris, le très sage et rangé Teodoro et le fougueux polisson Vadinho.

En conclusion, après le livre,  « Donar Flor et ses deux maris » m’a un peu déçu.

Malgré ses deux heures, l’œuvre de Barreto est considérablement plus pauvre que le livre d’Amado.

On perd donc beaucoup dans ce transfert, notamment la découverte de toute la vie pittoresque des habitants pauvres ou fortunés de Bahia.

Si le film reste très audacieux en raison de sa morale tendancieuse et de certaines scènes érotiques soft, le spectateur reste un peu sur sa faim devant la fadeur des acteurs à l’exception notable de José Wilker qui rappelle de loin le comédien français Patrick Dewaere.

Sonia Braga, réputée sex symbol brésilien des années 70 est plutôt décevante dans ce film et ne réveille pas franchement les fantasmes du spectateur.

Une adaptation que je ne considère donc pas comme indispensable pour qui a préalablement gouté au livre.

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 11:22

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« Dona Flor et ses deux maris » est le troisième livre de Jorge Amado chroniqué ici.

Paru en 1968, « Dona Flor et ses deux maris » est un roman fleuve racontant dans le Bahia des années 40, la vie hors normes d’une femme appelé Dona Floripides.

L'histoire de Dona Flor se découpe en deux parties bien distinctes.

Tout d’abord la jeunesse et comme l’exigeait la tradition à l’époque un mariage précoce avec un homme, même si celui-ci ne correspondait pas aux désirs de sa mère, Dona Rozilda, femme à poigne, nourrissant depuis la mort de son mari un modeste commerçant, de puissant désirs d’ascension sociale en mariant ses filles à de riches partis.

Mais la jeune Flor est une femme têtue, très indépendante pour l’époque et surtout amoureuse d’un jeune homme drôle et beau parleur Vadinho Guimarães qui se présente à la famille comme un haut fonctionnaire, alors qu’il n’est qu’un petit fonctionnaire responsable des jardins publics.

Lorsque le voile se déchire et que la vérité éclate au grand jour, l’amour de Flor pour Vadinho va se révéler plus fort que la volonté de la terrible Rozilda et le couple va s’installer à Bahia loin de la mère restée à Rio de Janeiro.

Dona Flor va donc épouser Vadinho et découvrir la véritable nature de son mari, un drogué aux jeux (tri-trac, bichot, poker ..) qui passe toutes ses nuits dans les casinos et les bars ou il dilapide consciencieusement l’argent du ménage.

Pire, Vadinho flanqué de son ami Mirandao, se révèle un grand fêtard, buveur et collectionneur de femmes.

De son coté, Flor incapable biologiquement d’avoir des enfants, devient une professeur de cuisine bahianaise réputée et donne à son domicile des cours collectifs ce qui lui permet de gagner son propre argent qu’elle doit pourtant défendre âprement contre la voracité insatiable de son mari, toujours en quête de ressources pour vivre son vice.

Sept années difficiles s’écoulent et un jour de Carnaval, Vadinho déguisé en femme s’écroule et meurt brutalement, le cœur épuisé par son mode de vie.

Devenue veuve, Flor revit ses années de mariage et s’aperçoit que malgré les infidélités et le comportement parfois violent de son mari quand elle lui refusait de lui donner de l’argent, elle aimait Vadinho, qui exerçait sur elle son invincible pouvoir de séduction.

Ce pouvoir s’exerçait non seulement sur les femmes qu’il séduisait mais également sur tous ses créanciers, qu’il baratinait avec un talent inouï pour obtenir à l’arraché des nouveaux prêts qu’il ne remboursait quasiment jamais.

Dona Flor se retrouve seule et encore très belle femme à trente ans.

Elle se retranche tout d’abord dans une attitude de veuve sérieuse, menant une vie austère et solitaire qui décourage toute tentative de futurs prétendants.

Les femmes de son entourage (Dona Norma, Dona Dinora ..) se lient alors pour former une association de commères destinée à lui trouver le meilleur parti.

Don Flor se montre plutôt réticente et difficile, mais à l’intérieur d’elle se réveille secrètement un brasier rendu ardent par le manque de sexualité et l’absence d’un amant de la qualité de ce diable de Vadinho.

Tenaillée la nuit par ses désirs, Dona Flor rêve beaucoup et dort peu.

Elle manque de se jeter dans les bras d’un jeune séducteur de veuves, dangereux prédateur dépouillant les femmes seules et vulnérables et est sauvée in extremis par ses ami(e)s.

Finalement alors que la solitude de Dona Flor finit par exaspérer tout le monde y compris ses nombreux prétendants, le hasard met sur sa route le pharmacien Teodoro Madureira, grand et bel homme de quarante ans, ayant fait vœu de célibat pour s’occuper de sa mère paraplégique.

Malgré sa belle prestance et sa position sociale plus qu’intéressante, Teodoro a été oublié par les commères en raison de sa discrétion.

Pourtant le timide pharmacien aime en secret Dona Flor qui est une de ses clientes.

La belle finit cependant par ouvrir les yeux et un rapprochement se fait alors par l’intermédiaire d’amis interposés.

Afin de ne pas heurter les convenances, le rapprochement de Flor et Teodoro se fait par étapes très codifiées, ce qui colle parfaitement avec le tempérament calme et mesuré du pharmacien.

Séduite par cet homme attirant et stable, Dona Flor s’abandonne et se marie finalement avec Teodoro.

Le couple s’installe dans sa maison et mène une vie, prospère et bien réglée, ou même les rapports sexuels sont prévus à l’avance.

Pour ne pas dépendre financièrement totalement de son mari, Dona Flor continue d’exercer son métier de professeur de cuisine.

Teodoro a pour principal loisir la musique et joue du basson dans un orchestre amateur formé des notables de la ville.

Les répétitions et concerts donnent l’occasion à Dona Flor de côtoyer la haute société de la ville, en plus des congrès pharmaceutiques de son mari.

Ces réunions entre mondains et superficiels ne constituent pas pour moi la partie la plus intéressante du roman.

Un jour pourtant, un évènement étrange se produit et Vadinho réapparait dans la vie de Flor sous la forme d’un spectre que elle seule peut voir.

Même dans l’au-delà, le caractère de Vadinho n’est pas modifié pour autant.

Pire, il use et abuse de sa condition de fantôme pour harceler Dona Flor et réclamer d’elle des faveurs sexuelles.

Soucieuse de préserver sa vertu de femme mariée, Flor résiste à Vadinho et se retrouve confronté à un éternel dilemme : rester fidèle à la raison, la morale de Teodoro ou succomber à l’attraction du désir, de la passion sensuelle.

Vadinho ne se contente pas de harceler les femmes mais favorise ses anciens camarade de jeu en intervenant dans les casino pour les favoriser.

Ainsi Mirandao, le noir Arigof et le vieux Anacreon, se retrouvent ils à gagner des sommes astronomiques.

Ces incroyables coups du sort inquiète le propriétaire des casinos, le puissant mafieux d’origine italienne Pelancchi qui incapable de comprendre par la voie logique le phénomène, a recours à tout un florilège de sorciers bahianais qui mélangeant candomblé et charlatanisme, tirent profit de son désarroi pour lui extorquer davantage d’argent.

De son coté, Dona Flor a maintenant deux maris, l’un pour le plaisir sexuel et l’amusement, l’autre pour une vie stable et saine.

Mais le remord à l’égard de Teodoro est le plus fort et Flor fait également appel à un sorcier qui sans doute plus efficace, parvient à bannir Vadinho de la surface de la Terre.

Dans les dernière pages du roman, les divinités africaines du candomblé s’en mêlent et s’affrontent pour la question de la moralité des hommes, le dieu Exu défendant Vadinho, tandis que la déesse Yansa prend le parti adverse.

L’issue du combat est assez confuse et si on peut penser que Vadinho et son dieu sont défaits, l’ultime page du roman montre une Dona Flor plus épanouie que jamais, marchand dans la rue avec Teodoro tandis que Vadinho la caresse secrètement.

En conclusion, « Dona Flor et ses deux maris » est un roman formidable rivalisant sans peine avec le déjà excellent « Gabriella ».

Dans un style finalement très brésilien car vivant, coloré et très sensuel, Amado conte une histoire passionnante qui parvient à tenir en haleine du début à la fin.

La description de la vie à Bahia dans les années 40 est exceptionnelle avec une immense galerie de personnages allant du riche propriétaire terrien de passage, à la belle prostituée mulâtresse, en passant par l’émigré argentin ou la brésilienne d’origine américaine.

L’humour est également présent, un humour subtil et franchement hilarant dans les scènes de charlatanisme ou un homme appelé Cardoso e Sa se faisant appeler le Maitre de l’absurde embobine Pelancchi pour lui laisser profiter de sa maitresse, la sculpturale mulâtresse Zulmira.

Sur le fond, le roman est forcément provocateur et exprime clairement que les femmes (comme les hommes) ne peuvent se contenter d’une vie rythmée par l’intelligence, la morale et la raison mais que le sexe, la passion, la folie et l’instabilité sont aussi nécessaires à leur épanouissement.

Cet écartèlement entre le corps et l’esprit se matérialise sur Dona Flor, victime finalement consentante de son premier mari séducteur et volage.

En grand écrivain, Amado se fait fin psychologue, parvenant à pénétrer la subtile psychologie humaine et tout particulièrement féminine tapie derrière de vastes pans d’hypocrisie.

Le résultat est particulièrement détonnant, balayant à plate couture le froid, long et pénible « Idiot » de Dostoïevski lu dernièrement dans la douleur.

Et si « Dona Flor et ses deux maris » incarnait tout simplement la vie ?

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 19:25

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Profitant de longues vacances, je me suis attelé à un ouvrage long, complexe et réputé avec « L’idiot » de Fiodor Dostoïevski.

Paru en 1869, « L’idiot » raconte dans la Russie socialiste, l’histoire d’un homme étrange, Lev Nikolaivétich Mychkine, d’ascendance noble puisque Prince, qui revient dans son pays d’origine après avoir subi un long traitement en Suisse.

Epileptique et fragile, Mychkine rentre en effet à Saint Petersbourg après le décès de son protecteur Pavlitchev.

En chemin, il rencontre dans un train deux hommes, un jeune riche et puissant bourgeois nommé Rogojine et un fonctionnaire roublard nommé Lébédev.

Les trois hommes se lient d’amitié et le Prince se livre à ces deux parfaits inconnus en toute innocence.

Une fois à Saint Petersbourg, le Prince entre en contact avec une parente, la générale Lisaveta Prokoviefna Epantchine, qui après quelques hésitations devant l’accoutrement déguenillé et les propos déroutants du jeune homme, finit par le recommander à fonctionnaire nommé Gania Ardalionovitch, qui l’héberge dans sa demeure avec sa famille notamment son père le vieux général mythomane Ivolguine.

Mais la cohabitation avec Gania est plus difficile que prévue, car sous des dehors respectueux se cache un homme ambitieux qui convoite la même femme que Rogojine, la belle et dangereuse Nastassia Philipovna.

Instable et imprévisible, Nastassia est pratiquement « achetée » par Rogojine qui tente un coup de force à l’aide d’hommes de mains, le soir même de son anniversaire devant le Prince lui-même qui tente de s’interposer.

La jeune femme résiste et tient tête à Rogojine en jetant l’argent qu’il a mis sur la table pour l’épouser au feu.

Seul Gania est assez courageux (ou fou) pour le récupérer l’argent non consumé dans les flammes.

Le Prince est touché par la situation tragique et par la détresse de Nastassia, et en tombe immédiatement amoureux.

Il lui propose derechef de l’épouser pour la sortir de ce mauvais pas mais la belle décidément imprévisible renonce pour aller vivre avec Rogojine que pourtant elle n’aime pas et dont l’amour est si passionnel qu’il dit vouloir lui trancher la gorge.

Nastassia se dit pourtant amoureuse de la noblesse et la pureté d’âme du Prince mais ne souhaite point le corrompre.

C’est alors que Rogojine, ivre de jalousie devant ce rival qui se dresse contre lui, tente de l’assassiner à coup de couteau, mais une crise d’épilepsie le sauve in extremis de la mort.

Lorsqu’on apprend que Pavlitchev lui a légué une forte somme d’argent, le Prince est alors traité différemment et devient sans le savoir un « bon parti » susceptible de convenir à l’une de nombreuses filles des Epantchine comme Aglaia Ivanovna.

Mais cette brusque annonce ne change rien aux manières du Prince qui se fait berner à Moscou par des faux créanciers de Pavlitchev et perd par sa naïveté une partie de son pécule.

L’action se transpose alors dans la ville de Pavlosk ou tout les acteurs du récit se retrouvent dans un cadre plus bourgeois et champêtre.

La bàs, le Prince parvient à oublier la scandaleuse Nastassia et se rapproche de la jeune Aglaia dont l’esprit indépendant et rebelle est séduit par la bonté désintéressé de cet homme hors normes.

Le Prince n’a pas que des amis et son honnêteté, ses hautes théories spirituelles désireuses de rétablir le pouvoir du véritable Christ en Russie, lui valent des animosités comme celle de la générale, réticente à un éventuel mariage de sa fille avec un hurluberlu aussi noble soit il.

Il doit également subir la pression d’un certain Bourdovski qui se dit fils de Pavlitchev et réclame l’héritage à l’aide d’hommes de main, dont Hippolyte Térentiev le neveu phtisique de Lébédev qui se permet toutes les excentricités en raison de sa mort prochaine.

Cette fois, ce sera Gavla rangé du coté du Prince qui parviendra à démasquer la supercherie.

Après tous ses scandales et ses émotions, le Prince parvient à gagner la confiance de la famille Epantchine et c’est alors que l’idée d’un mariage avec Aglaia se profile sérieusement.

Malheureusement, le Prince s’enflamme lors d’une soirée mondaine destinée à lui faire passer un test de bonne société, se montrant maladroit, ridicule, exalté et faisant preuves de sentiments (joie, peur) disproportionnés qui mettent mal à l’aise la haute société à qui il était présenté.

Ceci n’enlève en rien l’amour que lui porte Aglaia fascinée par ce « chevalier pauvre » expression recueillie d’une poésie de Pouchkine pour l’accoler à l’élu de son cœur.

Ce sera pourtant une ultime confrontation avec la rivale de toujours Nastassia qui provoquera un drame irréparable, en montrant que le Prince est encore attaché à cette femme scandaleuse.

Blessée dans son amour propre Aglaia laissera le Prince à sa rivale, avec un nouveau mariage en ligne de mire.

Ce mariage bien entendu ne se fera jamais, puisque Nastassia se dérobera au dernier moment, enlevée par son amant infernal Rogojine, qui finira par réellement l’assassiner.

Après plusieurs jours de recherches angoissées, le Prince finira par retrouver le meurtrier mais basculera à nouveau dans la maladie par la découverte du crime.

Au final, Rogojine est condamné au bagne et le Prince retournera en traitement de longue durée en Suisse.

En conclusion, la lecture de « L’idiot » a été une véritable épreuve.

Bien entendu sur sa durée, le roman contient quelques passages intéressants, comme les envolées du Prince, sorte de messie chrétien russe incompris par la société aristocrato-bourgeoise qui a plus à perdre qu’à gagner en l’écoutant, ou lors des délires pathétiques du général déchu Ivolguine ou encore des folies de Hippolyte qui n’en finit pas de mourir ou de vouloir se suicider mais l’œuvre est dans son ensemble prodigieusement assommante.

En cause, le style de Dostoïevski, surabondant dans des dialogues ou des digressions interminables ou l’action piétine allégrement.

Les événements marquants sont relativement peu nombreux dans un roman aussi long et la multiplicité des personnages dont l’auteur tient à minima à développer la personnalité nuisent à la dynamique du récit.

Recherchant une certaine simplicité voir épure apparente, je n’ai donc pas apprécié les délayages quasi permanents de l’auteur et ce personnage faible, inadapté et indécis.

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