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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 21:09
Trilogie sale de la Havane (Pedro Juan Gutierrez)

Poursuite de la découverte de la littérature cubaine avec « Trilogie sale de la Havane » premier roman de Pedro Juan Gutierrez.

Sorti en 2000, « Trilogie sale de la Havane » est en réalité une succession de courtes chroniques interchangeables vaguement découpées en trois parties d’un peu plus de cent pages.

Ancien journaliste international tombé dans la déchéance après avoir perdu son emploi, Gutierrez y décrit le quotidien de la Havane des années 90 avec les terribles conditions de vie imposées par l’embargo américain.

Dans son style court, direct et explosif, Gutierrez évoque des tranches de sa propre vie ou de la vie de personnages de son entourage cherchant à survivre près du Malecon, le grand boulevard près de la mer, lieu de toutes les rencontres et trafics en tout genre.

L’homme décrit la vie dans un immeuble croulant sous le manque d’entretien, les toilettes collectives, les odeurs pestilentielles, les coupures d’eau, la saleté des occupants s’entassant par dizaines dans des lieux exigus ou élevant des animaux dans leurs appartements pour tenter d’améliorer leur quotidien.

Fauché, Pedro vit de petits boulots harassants et mal payés dans des usines ou dégradants de vendeur de rue avec la crainte permanente des rafles des policiers.

Pour tuer le temps et oublier le quotidien, il y a le rhum et le haschisch qu’il consomme comme la plupart des pauvres mais l’activité principale de Pedro reste le sexe, qui confine chez lui à l’obsession.

Cubain blanc et pauvre, Pedro vit dans un monde composé majoritairement de Noires et de Mulâtresses, dont il goute particulièrement les corps fermement sculptés.

Ses aventures sont innombrables, l’homme se refusant à tomber amoureux pour ne pas souffrir.

Mais la plupart de ces Cubaines pauvres, jeunes et jolies préfèrent chasser le touriste sur le Malecon, pour facilement vivre de leurs charmes ou simplement améliorer leur quotidien.

Pedro sait d’instinct qu’il ne peut lutter contre le pouvoir souverain du dollar et accepte de composer avec cette réalité sordide.

Les descriptions des actes sexuels sont particulièrement crues voir dégoutantes, l’écrivain y injectant une bonne dose de ses fantasmes, qui donnent l’impression que les Cubaines sont des filles faciles, volages et de véritables nymphomanes une fois au lit.

Témoins de cette exacerbation des désirs : les sexes de Noirs, atteignant souvent des proportions gigantesques et comblant de plaisir des femmes prises souvent directement à la faveur d’une zone obscure du Malecon.

L’homosexualité qu’elle soit féminine ou masculine n’est pas évacuée, mais constitue pour Pedro malgré sa détresse une limite infranchissable, le fier et machiste Cubain préférant faire le gigolo pour les vieilles et riches touristes de passage.

Inévitablement, Pedro effectue de courts séjours en prison pour ces menues incartades dans le domaine hors la loi.

Dans cet univers de pauvreté absolue, la violence est bien entendu présente et s’exprime souvent par le biais d’hommes noirs ou mulâtres colossaux résolvant leurs différents à coups de poings ou de couteaux.

Certaine scènes sont d’une brutalité insoutenable, comme le viol d’une femme ou l’agression d’un vieil homosexuel par des bandes de voyous noirs prêts à tout pour satisfaire leurs bas instincts.

En conclusion, « Trilogie sale de la Havane » constitue ce qu’on pourrait appeler un livre coup de poing qui peut choquer ou rebuter par son extrême crudité.

Gutierrez prend le parti d’une littérature sans filtre ou mensonge pour décrire le quotidien des couches sociales les plus basses de la Havane, ravagées par la misère, la violence et la dureté de la répression policière.

Incapable de sortir de sa déchéance, l’écrivain semble expier ses péchés dans cet univers reléguant les êtres humains au rang d’animaux mus par leur instinct de survie.

Excessif, brutal, écœurant par sa répététivité, « Trilogie sale de la Havane » n’en est pas moins une œuvre puissante qui bousculera un lecteur ravi de gouter au monde sous terrain de la Havane des années 90.

Trilogie sale de la Havane (Pedro Juan Gutierrez)
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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 10:55
Mère Cuba (Wendy Guerra)

Littérature d’Amérique latine avec « Mère Cuba » de Wendy Guerra.

Née en 1970, cet écrivain et poète cubaine nous propose par ce livre sorti en 2008 de comprendre à travers son histoire personnelle, une facette de la vie à Cuba.

L’auteur, appelée Nadia dans ce livre est l’animatrice d’une émission de radio libre à Cuba, ou elle donne la parole aux auditeurs et lit des poèmes parfois contestataires.

Par son action, Nadia ne fait que prolonger une tradition familiale d’artistes avec un père réalisateur dont les films sont surtout connus en Europe et une mère également animatrice de radio et écrivain sans jamais avoir rien publié.

La mère justement, Albis Torres est le personnage principal du livre puisque insaisissable et recherchée obsessionnellement par sa fille.

Inquiétée à Cuba en raison de ses activités, Nadia va donc mener un véritable jeu de pistes, utilisant les anciens amants et connaissance de Albis pour quitter son ile et se lancer à la recherche.

Lors d’un court séjour à Paris, elle a pour amant un espagnol Saul et retrouve la trace de Paulo, un ancien amant journaliste de sa Mère qui lui indique qu’elle se trouve à présent à Moscou avec un mari russe.

Nadia se rend sur place, découvre ce pays frère de Cuba dont elle connait déjà certains codes culturels et retrouve sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade déjà avancée.

Après une nouvelle escale à Paris, Nadia couche avec Paulo dans une quête malsaine d’identification puis revient à Cuba pour s’occuper de sa Mère finalement rapatriée pour raisons de santé.

A Cuba son père décède et Nadia se rapproche de Lujo son amant de longue date.

Tout se mélange donc dans l’esprit de Nadia, drames personnels et souvenirs de Cuba ou le culte des héros révolutionnaires comme Che Guevara, Fidel Castro et Celia Sanchez est porté à son paroxysme, ou la vie est continuellement rationnée en raison de l’embargo américain et ou la censure s’exerce à tous les niveaux.

Elle découvre dans les archives de sa mère sa proximité avec Maria Sanchez, la compagne de Fidel et l’une des grandes dames de la Révolution cubaine.

La mort viendra finalement prendre sa mère sous la forme d’un suicide par noyade dans la mer.

Dévastée, Nadia trouvera un peu de réconfort avec Diego son amant d’enfance et terminera son voyage initiatique dans sa famille de Miami, seconde patrie de la communauté cubaine qui y a reproduit une partie de l’ambiance de la Havane.

En conclusion, « Mère Cuba » est un roman douloureux sur la quête d’une fille très influencée par l’ombre écrasante et insaisissable d’une mère par nature libre et instable.

Outre cet exercice cathartique souvent pénible, Guerra mélange pratiquement continuellement vie personnelle et histoire cubaine, ce qui sans connaissances préalables de la seconde partie rend parfois difficile la compréhension de la fine frontière entre Histoire et fiction notamment pour les longs passages consacrés à Celia Sanchez, devenue par la grâce de la littérature une quasi intime.

Plus intéressante car moins pesante est l’ode à Cuba, aux sensations, atmosphères, architecture, nourriture, musique … qui on le comprendra aisément voyagent partout avec l’écrivain lorsqu’elle se trouve à Paris, Moscou ou Miami.

Œuvre intime, parfois sensuelle, au rythme lent sinueux, « Mère Cuba » reste néanmoins trop profondément triste pour m’enchanter et me charmer.

Mère Cuba (Wendy Guerra)
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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 22:29
Blow out (Brian de Palma)

Brian de Palma a déjà eu les honneurs de ce blog avec des fortunes diverses, mais « Blow out » constitue assurément un de ses films les plus marquants.

Sorti en 1981, « Blow out » est un classique du thriller que j’ai vu et revu un nombre incalculable de fois depuis ma prime jeunesse.

Jack Terry (John Travolta) travaille à Philadelphie comme technicien bruitage pour des films d’horreurs fauchés et est témoin d’un accident de voiture étrange alors qu’il effectue des prises de son en pleine nuit.

N’écoutant que son courage, il se jette dans l’eau d’une rivière et repêche in extremis la passagère de la voiture, alors que le conducteur décède noyé.

A l’hôpital, Jack est irrité par l’interrogatoire de police qui a tendance à minimiser l’affaire mais comprend en voyant l’affluence des journalistes que la victime était le gouverneur Ryan, sérieux candidat aux élections présidentielles.

Jack se rapproche de la fille, Sally (Nancy Allen) et tombant sous son charme, parvient à décrocher un rendez vous.

Perdue et choquée, Sally accepte le soutien de Jack qui en écoutant la bande son enregistrée la nuit de l’accident, se persuade qu’il y a bien eu un tir de fusil.

La police souhaite classer l’affaire pour éviter le scandale d’une liaison du gouverneur et le témoignage du photographe Karp (Dennis Franz) curieusement présent sur les lieux le soir du drame, vient accréditer la thèse de l’accident.

Mais Jack s’obstine, allant jusqu’à superposer photos et son pour accréditer sa thèse.

Il ignore que le meurtrier, un certain Burke (l’imposant John Lightgow) a clairement outrepassé les consignes de ses commanditaires qui souhaitaient uniquement discréditer Ryan et a réglé le problème définitivement.

Ingérable, Burke a également décidé de son propre chef d’éliminer les témoins de la scène en commençant par l’encombrante Sally.

Maladroit, il confond la jeune femme avec une inconnue rencontrée dans un centre commercial et la tue dans un terrain vague.

Il maquille ensuite son meurtre en crime sexuel et persévère en tuant ensuite une prostituée à la gare de Philadelphie.

De son coté, Jack comprend que Sally n’est pas qu’une simple maquilleuse mais qu’elle travaillait en réalité avec le repoussant Karp pour piéger des hommes mariés et les faire chanter ou abattre leur réputation.

Bien que déçu, Jack conserve son attirance pour la fraicheur de la jeune femme et lui révèle ses propres échecs notamment lorsqu’il travaillait pour la police et quand une négligence de sa part à causé la mort d’un agent infiltré.
L’ignoble Karp trouve la mort en voulant faire chanter Sally mais Burke resserre sa pression, piratant la ligne téléphonique de Jack et se faisant passer pour le journaliste Frank Donahue (Curt May) pour attirer Sally dans un piège.

La jeune femme se rend au rendez vous surveillée à distance par Jack au moyen d’un micro placée sur son corps.

La rencontre se déroule en pleine fête de la Liberté, dans une ambiance de kermesse à Philadelphie.

Sally est entrainée dans le métro par le redoutable tueur et Jack perd leur trace.

Prenant tous les risques, il fonce avec sa jeep au milieu de la foule, n’hésitant pas à forcer les barrières de sécurité et défoncer la vitrine d’un magasin dans sa course folle pour sauver Sally.

Ces péripéties le ralentissent et le font arriver trop tard pour Sally qui est égorgée par Burke.

Jack poignarde le tueur mais ne peut que constater la mort de son amour.

La bande magnétique détruite, Sally morte, Jack reste seul avec son désespoir, écoutant et réécoutant sans cesse la bande son fatale dans laquelle il entend pour la dernière fois son amour s’exprimer.

En conclusion, malgré quelques longueurs « Blow out » n’est pas loin pour moi de constituer un véritable chef d’œuvre noir.

L’ambiance vintage des années de la fin des années 70 se marie à merveille avec l’atmosphère de froid et de nuit crée par de Palma.

Les acteurs sont excellents, Travolta au fait de sa gloire parfait en technicien persévérant et soucieux du moindre détail, Allen magnifiquement touchante dans son numéro de fille perdue et fragile sans oublier les méchants Franz, minable photographe vénal et Lightgow inquiétant par sa carrure et sa froide détermination.

Porté par une maestria technique fulgurante dans la mise en scène et par une fin non heureuse déchirante, « Blow out » est pour moi le meilleur film de Brian de Palma et mérite à ce titre d’être vu et revu tout au long d’une vie.

Blow out (Brian de Palma)
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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 10:03
Boxcar Bertha (Martin Scorcese)

Sorti en 1972, « Boxcar Bertha » est le second film de Martin Scorcese et sans nul doute l’un des plus méconnus.

L’histoire inspirée d’un roman de Ben Reitman prend place dans le Sud des Etats-Unis dans les années 30, en pleine Dépression.

Bertha Thomson (Barbara Hershey) est une jeune femme dont le père pilote d’avion pour le compte d’une compagnie de chemin de fer dirigée par Sartoris (John Carradine), meurt dans un accident.

Révoltée et sans famille, Bertha s’enfuit et passe de train en train, rencontrant finalement Bill Shelly (David Carradine), ouvrier de Sartoris mais surtout syndicaliste virulent.

Plus expérimenté, Shelly initie Bertha au sexe puis la laisse reprendre ses vagabondages

Bertha sympathise avec Rake Brown (Barry Primus) un homme du Nord venu chercher du travail dans le Sud.

Cet homme bien mis n’est pas un ouvrier mais plutôt un joueur/tricheur professionnel qui entraine sa compagne dans ses magouilles.

Pris sur le fait, Rake est menacé au pistolet par un notable arnaqué et dans la confusion, Bertha utilise un pistolet pour protéger son amant.

A présent coupable d’homicide, le duo fuit toujours par les trains, retrouvant Bill qui reprend ses droits sur Bertha.

Coffrés par les policiers, Bill et Rake se retrouvent en prison ou ils font la connaissance de Von Morton (Bernie Casey) un noir imposant, ex mécanicien du père de Bertha.

Morton est molesté par les gardiens en raison de sa couleur de peau, ce qui provoque une vive réaction de Bill et une bagarre générale se soldant par des morts.

Condamnés au travaux forcés, les trois hommes sont finalement secourus par une ruse de Bertha qui séduit un gardien.

Le quatuor verse ensuite dans la criminalité en attaquant et détroussant les trains de Sartoris.

Bill a beaucoup de mal à cacher sa répugnance pour ces actes et verse son butin à son Syndicat qui embarrassé le licencie.

Dès lors le combat entre Sartoris et la bande s’intensifie, et le patron est braqué dans sa propre maison pourtant bien gardée lors d’une soirée mondaine.


Pourtant les gardes de Sartoris retournent la situation, tuant Rake, capturant Morton, Shelly tandis que Bertha parvient à s’enfuir.

Esseulée, la jeune femme ne tarde pas à échouer dans un bordel, mais retrouve par hasard Morton dans un club black qui lui permet de retrouver Shelly qui se cache dans une maison.

Malgré de chaudes retrouvailles, le couple est rattrapé par son passé et sauvagement agressé par les hommes de Sartoris.

Morton intervient, tuant la plupart des hommes de main, mais il est trop tard pour Shelly, cruellement crucifié à un train.

Le film se termine sur Bertha courant désespérément derrière le train et son amant agonisant.

En conclusion, tiré d’une histoire vraie à la Bonnie and Clyde, source de fantasmes de beaucoup d’artistes, « Boxcar Bertha » est un film de cavale type aux influences libertaires et contestataires très marquées par les années 70.

Etant complètement insensible au romantisme des voyous, j’ai eu du mal à adhérer sur le fond et de prendre le parti des laissés pour compte : ouvriers, noirs, femmes seules face aux affreux industriels et policiers forcément inhumains.

Mais « Boxcar Bertha » est également intéressant pour ses acteurs, David Carradine, pas réellement une star (mais pas loin) qui décrocha ici un vrai premier rôle et Hershey, dont la jeunesse et le sex appeal de paysanne séduiront peut être les plus roots d’entre vous.

Daté très années 70 et donc parfois irritant notamment par sa musique country, « Boxcar Bertha » reste une curiosité, une petit film de jeunesse de la part d’un réalisateur qui fera ensuite beaucoup mieux dans des œuvres plus ambitieuses.

Boxcar Bertha (Martin Scorcese)
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 12:51
Gilda (Charles Vidor)

Plongée dans l’histoire du cinéma avec « Gilda » vieille pièce de musée en noir et blanc de 1946.

Réalisé par Charles Vidor, « Gilda » raconte en Argentine (même si on ne voit pas une seule image de ce pays), la rencontre entre Johnny Farrell (Glenn Ford) un joueur/tricheur professionnel et Ballin Mundson (George McReady), le propriétaire d’un casino de Buenos Aires.

Pris sur le vif par Mundson en train de tricher, Farell accepte finalement de travailler pour lui et devenir en quelque sorte son associé.

Il côtoie alors la belle Gilda (Rita Hayworth), la femme de son patron qui était en réalité son ancienne fiancée.

Johnny retombe instantanément sous le charme de cette rousse aussi flamboyante que son mari est dur et sinistre.

Cruelle, Gilda va s’ingénier à provoquer Johnny tiraillé entre son désir et la fidélité à son patron.

Ce ballet amoureux passe surtout par la danse, Johnny se montrant férocement jaloux des autres hommes dansant avec la belle et prétextant sa protection pour la mettre sous cloche.

Le spectacle est plutôt pénible pour ce pauvre Johnny, bien malmené par les extravagances d’une femme superbe, bonne danseuse et chanteuse, et que tous les hommes convoitent dans l’ambiance nocturne du casino.

Mais l’ambitieux Mundson nourrit en réalité le désir de prendre le monopole du marché du tungstène et s’associe avec d’autres hommes d’affaires aussi véreux que lui.

Après avoir tué un des envoyés d’un rival visant à l’abattre, Mundson est contraint de disparaitre en se faisant passer pour mort après un crash d’avion.

Johnny saute alors sur l’occasion, prenant la direction de la suite de son ex patron qui l’a nommé du reste exécuteur testamentaire.

Il reprend la casino, tient tête aux associés pour le contrôle du tungstène et épouse Gilda.

Ceci ne suffit pourtant pas à la volage jeune femme dont les formidables prestations au casino continuent de faire tourner les têtes.

Même les multiples hommes de main de Johnny et sa nouvelle puissance, ne suffisent pas à endiguer l’envie d’indépendance et de plaisir de la volage Gilda qui quitte Buenos Aires pour Montevideo afin de suivre un avocat lui faisant la cour.

Johnny est pourtant toujours là et l’avocat travaillant en réalité pour lui, ne fait rien d’autre que la livrer à son patron.
Les scènes se multiplient entre eux mais le mariage résiste.

Le retour impromptu de Mundson change pourtant la donne.

Fou de rage, l’ex patron désire reprendre ses biens, notamment sa femme (!) et menace devant leur résistance de tuer Farrell.

Mundson est finalement abattu par un ami de Gilda, le vieux croupier Pio (Steven Geray) à l’aide de son propre parapluie-couteau.

Les deux amants finissent donc seul en un happy end.

En conclusion, « Gilda » est un cinéma d’un autre âge que d’aucuns considéreraient comme désuet aujourd’hui.

L’histoire de triangle amoureux est classique, les décors extérieurs réduits à néant et tout ou presque repose sur le jeu des acteurs.

Bien entendu, « Gilda » ne serait sans doute rien sans Rita Hayworth, plus belle femme de son époque, au corps et à la chevelure parfaites, dont la sensualité et les numéros de danse feront d’elle LA femme fatale par excellence, le fantasme de tous les hommes et sans doute d’une partie des femmes.

Mis à part le respect qu’on peut avoir pour son âge vénérable, « Gilda » ne vaut le coup d’œil que pour mesurer le sex appeal de l’une des plus belles femmes ayant foulé la Terre.

Gilda (Charles Vidor)
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 21:37
After hours (Martin Scorcese)

Malgré son immense carrière, Martin Scorcese n'a en ces colonnes curieusement que peu d’articles consacrés à son abondante filmographie.

En 1985, le réalisateur est déjà au firmament avec des chefs d’œuvre comme « Taxi driver « et « Raging bull » et sort « After hours ».

Film habile et original, « After hours » raconte l’histoire de Paul Hackett (Griffin Dunne) informaticien à New-York qui ayant rencontré Marcy Franklin (Rosanna Arquette) une jeune femme dans un snack, décide sur un coup de tête de lui rendre visite à près de minuit.

Paul se rend donc dans Soho chez Kiki Bridges (Linda Fiorentino) la colocatrice de Marcy, une artiste spécialisée dans la sculpture à base de papiers.

Aussi sexy qu’excentrique, Kiki trouble l’informaticien qui se sent puissamment attiré par elle, avant que Marty revienne finalement.

Mais la jeune femme se montre déroutante jusqu’au bout et refuse de coucher avec lui, ce qui irrite Paul qui quitte finalement l’appartement.

Dans la rue, une pluie battante l’assaille et comble de malchance, Paul n’ayant pas assez d’argent sur lui pour prendre le métro, se heurte à la bêtise d’un employé zélé.

Trempé et désorienté, il trouve refuge dans un bar ou végète June (Verna Bloom) une serveuse entre deux âges, désespérée de sa vie.

Tom (John Shord) le barman, se montre plutôt sympathique et bienveillant, acceptant Paul sans le sou et lui propose même d’aller vérifier l’alarme chez lui en raison des cambrioleurs qui rodent dans le quartier.

Paul accepte l’offre et lui remet ses clés en guise de gage.

En chemin, il croise Neil (Cheech Marine) et Pepe (Tommy Chong) et , les deux cambrioleurs qui tournent dans le quartier dans leur vieille camionnette.

Après avoir rempli sa mission et s’être justifié auprès des voisins de Tom qui le prennent pour le cambrioleur, Paul retourne au loft de Kiki et la trouve en pleine séance sado-maso avec Horst (Will Patton).

Kiki et Horst lui font la morale puis quittent l’appartement, laissant Paul seul avec Marcy, dont le corps git inanimé après un suicide.

Paniqué, Paul appelle la police puis quitte lui aussi l’appartement pour récupérer ses clés chez Tom malheureusement absent.

Il recroise June qui décidément entichée de lui ou désespérée, l’invite chez elle.

Paul accepte par politesse mais ne sent aucunement attiré par June, un peu simplette et finit par négocier de la quitter en échange de la vague promesse de la revoir.
Malheureusement les choses ne s’arrangent pas pour Paul qui est cette fois bel et bien pris pour le voleur du quartier.

Paniqué, Paul tente de retrouver Julie et Horst et entre dans une boite de nuit punk ou il manque de se faire raser la tête.

Alors qu’il tente sans succès de prendre un taxi pour rentrer chez lui, Paul est blessé superficiellement par Gail (Catherine O‘Hara) une vendeuse de glace qui descend du taxi.

Cette femme également étrange insiste pour l’inviter chez elle pour le soigner, mais rameute en réalité tout le quartier pour le lyncher.

Traqué, Paul retourne dans la boite punk déserte et trouve asile auprès d’une autre artiste Julie (Teri Gar), qui le transforme en statue de papier pour le dissimuler de la colère de la foule.

Embarqué par Neil et Pepe qui le prennent pour un objet de valeur, Paul finit par tomber devant son entreprise d’informatique et embauche directement le corps couvert de résidus de papier mâché.

En conclusion, « After hours » est un film bâti sur une idée originale qui repose sur la maestria de scénariste et de réalisateur de Scorcese.

Usant de quiproquos et de l’effarement de son héros Mr tout le monde qui s’enfonce à chaque étape un peu plus dans la folie d’une situation inextricable, Scorcese construit un film habile en frome d’ode au New-York des années 80 et à la vie nocturne du quartier de Soho.

Par sa construction et la qualité de ses acteurs, « After hours » rappellera à certains noctambules les galères invraisemblables qui peuvent survenir dans ce type de virées.

Même si il n’est donc pas le plus connu, le plus spectaculaire ou violent des Scorcese, il n’en reste pas moins tout à fait digne d’estime.

After hours (Martin Scorcese)
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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 10:05
Le dernier tango à Paris (Bernardo Bertollucci)

Film à scandales, « Le dernier tango à Paris » de Bernardo Bertollucci fut lors de sa sortie en 1972 censuré à peu prêt dans tous les pays et garde encore maintenant un fort parfum vénéneux.

L’histoire est pourtant sur le papier belle et forte, Paul (Marlon Brando), un américain d’âge mur venant de perdre brutalement sa femme Rosa (Veronica Lazar) suicidée dans son bain, erre brisé par le chagrin dans le XVI ième arrondissement de Paris.

Ancien baroudeur, tour à tout boxeur, acteur et journaliste, Paul rencontre par hasard une jeune femme, Jeanne (Maria Schneider) elle aussi actrice, qui cherche comme lui à louer un appartement prêt du Pont de Bir-Hakeim.

Une brusque passion charnelle nait alors dans cet appartement vide et dégradé entre Jeanne et Paul, ce dernier cherchant un oubli absolu et à ne rien savoir sur cette inconnue.

Le couple prend la décision de louer cet appartement pour entretenir cette relation secrète et sans tabou.

En parallèle, la vie dite « normale » doit suivre son cours, Jeanne tourne un film pseudo artistique sur l’histoire de sa vie avec Tom (Jean-Pierre Léaud) qui est aussi son petit ami.

On y découvre son enfance bourgeoise regrettée dans la banlieue parisienne, son père militaire et sa mère (Gitt Magrini) vivant à Paris.

De son coté, Paul doit remplir les formalités pour le décès de sa femme mais n’est pas dans un état psychologique très stable ce qui occasionne une violente dispute avec sa belle mère (Maria Michi).

Lorsqu’il rencontre Marcel (Massimo Girotti), l’amant de sa femme, en réalité leur voisin de pallier, Paul reste en apparence très froid, très poli et garde sa haine à l’intérieur devant l’insensibilité et le narcissisme stupide de l’homme.

Paul se réfugie dans sa passion avec Jeanne et le couple fait l’amour de manière étrange, en imitant par exemple des bruits d’animaux ou dans une scène plus choquante de sodomie sur fond de blasphème.

Toujours tourmenté, Paul insulte sa femme sur son lit de mort pour lui avoir menti, et va boxer un client de l’hôtel qu’elle possédait lorsqu’il découvre qu’il servait de maison de passes pour prostituées du boulevard Montparnasse.

Mais la vie suit son cours et Jeanne finalement demandé en mariage par son Tom accepte sur un coup de tête.

Elle ne peut cependant l’avouer à Paul et une violente scène mêlant rupture simulée et passion intensive éclate alors dans l’appartement.

Finalement Paul semble s’échapper mais reste finalement à Paris, retrouvant Jeanne pour l’inviter une dernière fois dans un dancing parisien ou le couple fortement alcoolisé assiste à une compétition de tango.

C’est semble t il au tour de Paul d’être violemment attaché à Jeanne et à lui demander de vivre avec lui.

Celle-ci refuse tout en désirant vivre avec Tom dans le bel appartement du XVI ième, mais Paul la poursuit jusque chez sa mère.

Après une nouvelle dispute, Jeanne apeuré par la violence de son ex amant lui tire dessus avec le pistolet de son père.

Paul s’écroule sur le balcon et regardant une dernière fois le toits de Paris.

En conclusion, certes « Le dernier tango à Paris » est un film quelques fois choquant, mais surtout très intense, narrant la rencontre entre deux mal êtres profonds, parvenant le temps de quelques étreintes désespérées à se rejoindre.

Brando est malgré la controverse génial, en homme tourmenté, malheureux, errant dans un Paris alors en pleine mutation comme le montre la construction assez étonnante des grandes construction des années 70 que ce soit Beaugrenelle ou les alentours de la Tour Montparnasse.

Son association avec Maria Schneider alors débutante est détonante.

Même si le film fut renié par les acteurs et choqua les prudes mentalités, il contient néanmoins tous les ingrédients d’une passion impossible, de la souffrance intérieure qui peut parfois rassembler deux êtres.

Sa fin dramatique, intense avec la compétition de tango puis la dernière vision d’un Paris chancelant sous le poids de l’âge et de la mort approchant est superbe.

Difficile donc d’ignorer ce film puissant qui restera pour moi comme un des meilleurs de Marlon Brando, qui demeure à mes yeux le meilleur acteur de tous les temps.

A voir également pour l’aspect vestiges d’un Paris aujourd’hui oublié, celui du début des années 70 …

Le dernier tango à Paris (Bernardo Bertollucci)
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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 10:49
A l'est d'Eden (Elia Kazan)

Nous restons dans les classiques du cinéma avec « A l’est d’Eden » célèbre film d’Elia Kazan adapté de John Steinbeck géant de la littérature américaine.

L’histoire se déroule aux Etats-Unis en 1917, dans la ville de Salinas, ou Adam Trask (Raymond Massey) dirige une grande exploitation agricole dans les si fécondes terres de Californie.

Trask a quelques tendances « geotrouvetout » et tente toujours de développer de nouvelles idées, avec fougue et maladresse comme la conservation des légumes dans des blocs de glaces.

Ses deux fils, Cal (James Dean) et Aron (Richard Davalos) l’aident dans sa tache mais sont aussi dissemblables l’un que l’autre, Aron étant posé et réfléchi tandis que Cal est un écorché vif, révolté, mal dans sa peau qui accumule les bêtises.

En réalité, Cal est obsédé par la disparition de sa mère et finit à force d’obstination à découvrir qu’elle n’était pas morte comme lui avait dit son père mais qu’elle vit à proximité, établie comme patronne de bar.

La confrontation mère-fils est douloureuse pour Cal qui comprend que sa mère Kate (Jo Van Fleet) ne supportait la vie à la ferme et le caractère chrétien paternaliste de son père.

Après un drame, elle préféra donc le quitter pour se lancer dans les affaires d’ailleurs prospères.

Cal garde donc son secret pour lui et se rapproche dangereusement de Abra (Julia Harris) la fiancée de son frère Aron, ce qui ne fait qu’envenimer leurs relations.

En réalité, Julia se montre plutôt séduite par Cal, avec qui elle partage des relations familiales explosives.

La situation se dégrade davantage avec l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Allemagne.

Albrecht (Harold Gordon) un commerçant d’origine allemande jusqu’alors sans histoire est alors pris pour cible par des manifestations hostiles.

Ami d’Albrecht, Cal intervient et une bagarre générale éclate entre défenseurs et agresseur du vieux commerçant.

L’intervention de Cal irrite Aron qui est un fervent patriote américain.

Mais malgré sa révolte, Cal aime son père et pour l’aider à éponger ses dettes décide de demander 5000 dollars à sa mère pour investir dans la plantation de tabac.

Celle-ci accepte et le jeune homme profitant alors de la mobilisation générale et de la hausse de la consommation de tabac réalise alors un joli bénéfice.

Malheureusement lorsqu’il se présente devant son père, son cadeau tombe à plat, car Aron lui annonce son mariage avec Abra, ce qui comble le vieil homme de joie.

Pire que cela, Adam refuse avec dédain l’argent de son fils, obtenu selon lui en profitant du sacrifice des soldats américains.

Le choc est terrible pour Cal, qui voit son cadeau refusé et Abra lui échapper.

Pris de colère, il propose alors à son frère de lui révéler la vérité sur la mort de sa mère.

Aron se montre moins solide psychologiquement que Cal lors du face à face avec Kate, et craque complètement face à cette révélation.

Il prend alors comme brutale de décision de ne pas épouser Abra et de s’engager volontairement dans l’armée.

A la gare, attend de folie, il percute violemment le vitre du train qui l’emmène ce qui provoque une attaque à Adam.

Laissé affaibli et mourant, le vieux patriarche pardonne Cal sur son lit de mort, et le pousse à son union avec Abra.

Malgré la tragédie, la famille parvient donc à un apaisement inespéré .

En conclusion, « A l’est d’Eden » est un classique, comme la plupart des grands films d’Elia Kazan, réalisateur surdoué qui marqua de son empreinte le cinéma.

Drame familial par excellence sur fond biblique, « A l’est d’Eden » narre la rivalité de deux frères que tout oppose, incapables de surmonter la tragédie commune de la perte de leur mère.

Bien entendu, Dean crève l’écran dans un rôle de rebelle hyper sensible en mal d’affection taillé sur mesure pour son jeu expressif mais le film se montre globalement trop long et ennuyeux pour pleinement passionner.

Se déroulant dans la beauté des paysages californiens, « A l’est d’Eden » est donc un grand film bâti sur un grand sujet, mais qui souffre d’une réalisation d’un autre temps nuisant à son dynamisme.

Une belle pièce de musée donc, qui peinera sans doute à passionner les jeunes générations.

A l'est d'Eden (Elia Kazan)
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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 21:54
Ce que le jour doit à la nuit (Yasmina Khadra)

Grand fan de Yasmina Khadra, cela faisait plusieurs années que je souhaitais lire « Ce que le jour doit à la nuit ».

Paru en 2008, ce livre fleuve s’écarte du style traditionnel plutôt policier et terroriste de Khadra pour embrasser à travers le roman l’histoire de son pays, l’Algérie.

L’histoire est celle de Younes, petit algérien né dans les années 1930, dans un milieu pauvre et rural, dont la famille se trouve ruinée après qu’elle ait vu ses champs incendiés parce qu’elle refusait de se plier à l’autorité d’un caïd local.

Le père, Issa, chef de famille, homme travailleur, dur et fier, n’a pas d’autre choix que l’exil familial à Oran, la grande ville la plus proche, même si s’arracher aux terres possédées de générations en générations s’avère un véritable crève cœur.

Younes suit donc comme tout le monde le mouvement migratoire vers Oran ou vit son oncle, pharmacien marié à une française, Germaine.

Par fierté, Issa refuse l’aide matérielle de son frère, ce qui fait échouer toute la famille à Jenane Jato, horrible quartier de bric et de broc ou s’entassent les miséreux de la ville pour vivre dans des conditions épouvantables.

Terrifié, le jeune Younes découvre la misère urbaine et la faune qui y prolifère entre véritables bandes de voyous, violences conjugales et commerces miteux.

Issa qui ne compte que sur son courage, s’absente de plus en plus souvent du domicile pour chercher des petits boulots harassants et mal payés près des docks.

La situation ne tarde pas à empirer lorsque Issa se fait berner par un escroc qui lui propose d’investir son argent dans une affaire prometteuse et agresser pour tout se faire dérober.

Battu et humilié, il disparait pour diluer sa vie dans l’alcool.

La chance sourit alors à Younes qui est placé chez son oncle dans la partie bourgeoise de la ville et reçoit une éducation française à laquelle il n’aura jamais eu accès sans cela.

Younes rebaptisé Jonas pour l’occasion demeure influencé par son oncle, un érudit sensible aux idées nationalistes algériennes mais hostile par principe à la lutte armée, ce qui lui vaut un emprisonnement de courte durée mais traumatisant pour cet homme délicat et le pousse à déménager dans une bourgade bourgeoise située à soixante kilomètres de la ville, Rio Salado.

La bas, Younes vit en pleine Seconde guerre mondiale, une jeunesse dorée, se lie d’amitié avec une bande de français, Jean-Christophe Lamy, Simon Benyamin, André Scaramoni et les frères Sosa José et André, fils d’un grand propriétaire terrien Jaime Sosa qui martyrise son employé arabe Jelloul.

Il devient pharmacien et travaille dans la pharmacie de son oncle ou il tombe sous le charme d’Emilie Cazenave, la fille d’une belle femme mystérieuse et esseulée, Madame Cazenave.

Younes obtient un temps les faveurs d’Isabelle Rucillio, le fils de José, principal producteur viticole de la Rio Salado, mais celle-ci le renie lorsqu’elle découvre son origine arabe, et jette son dévolu sur l’athlétique Jean-Christophe qui s’engage sans le savoir dans une relation tumultueuse avec l’ombrageuse jeune femme.

La guerre s’achève, les Américains présent en Algérie diffusent leur culture provoquant la fascination d’André qui décide d’ouvrir un bar-billard inspiré du style de l’Oncle Sam.

De son coté, à sa grande surprise, Younes ne peut se résoudre à avoir sa première expérience sexuelle dans un infâme bordel d’Oran ou il retrouve une des ses voisines de Jenane Jato, la belle Hadda, vit une aventure avec la belle et mystérieuse Madame Cazenave dans sa belle propriété.

Éperdu d’amour, il chute de son nuage en découvrant qu’il n’était qu’un amusement sans lendemain.

Mais l’après guerre s’avère plus douloureux que prévu et l’Algérie qui aspire à des velléités d’indépendance est soumise à une atroce répression de l’armée française.

Rio Salado semble dans un premier temps épargné par les tensions communautaires et le début de guerre civile qui déchire le pays et les histoires sentimentales vont bon train autour d’Émilie, amoureuse de Younes qui se refuse à lui céder en raison des menaces de sa mère, mais convoitée par le sentimental Fabrice aux aspirations littéraires avec Jean-Christophe en embuscade.

Ces jeux provoquent l’explosion du groupe, lorsque Fabrice comprend que Emilie se rapproche de Jean-Christophe pour rendre jaloux Younes, avant que celui n’apparaissent aux yeux de tous comme le seul favori de la belle.

Le fougueux Jean-Christophe quitte sur un coup de tête ses amis et s’engage sans explication dans l’armée, tandis que Fabrice se marie et que Emilie est livrée par sa mère à Simon qui ne demandait rien à personne.

Très ébranlé par le mariage d’Émilie, Younes en plein questionnement prend également ses distances et se rapproche de sa communauté d’origine.

Il accompagne son oncle pour un émouvant pèlerinage à Tlemcen ou repose ses ancêtres, un peu avant qu’il ne meure.

Les années 50 voient le début de la guerre civile avec son cortège d’atrocités : massacres et attentats.

Les colons français sont touchés par les maquisards du FLN et José assassiné au bar de son frère André, qui fait arrêter Jelloul en raison de son profil de parfait coupable.

Etant parvenu à se libérer sur un coup du sort, Jelloul devient un ardent partisan du FLN.

L’année 1957 voit finalement le retour de Jean-Christophe qui épouse Isabelle Rucillio mais l’épisode de l’armée le pousse à prendre ses distance avec son ami Younes dont le tort principal est d’appartenir à l’autre camp, bien qu’il soit aussi bouleversé et désemparé que les autres face à l’horreur des attentats.

La maison des Cazenave est touchée, Simon tué et Krimo le chauffeur de la famille force Younes à quitter les lieux avec interdiction formelle d’approcher Emilie qui part se réfugier à Oran.

Une nouveau traumatisme frappe Younes et Germaine, obligé sous le menace des armes de Jelloul de soigner un commandant des fellaghas blessé par balle.

Younes se sort miraculeusement indemnes de cette terrible épreuve non sans avoir subi le terrible mépris de Jelloul, mué en farouche chef de guerre, puis une arrestation accompagnée de torture de Krimo devenu lui un redoutable harki pourfendeur de rebelles.

Seule l’intervention du puissant Pépé Rucillio permet à Younes de sortir vivant des griffes de Krimo.

Mais 1962 vient tout changer et l’Algérie devient indépendante, provoquant l’exode massif des colons français appelés plus tard pieds noirs, français déracinés et à jamais nostalgiques de leur Algérie natale.

Devenu le roi de la casbah, Jelloul se fait grand seigneur et magnanime avec Younes et Jean-Christophe membre de l’OAS, finalement libéré après avoir été atrocement torturé.

L'ancien domestique devenu colonel de l'armée régulière finira pourtant assassiné.

40 années passent et Younes devenu un vieil homme se rend à Aix-en-Provence pour renouer avec Michel, le fils d’ Emilienne morte la bas.

Le recueillement sur la tombe d’Emilienne est un pur moment d’émotion que l’arrivée toujours revendicative de Krimo, ne parvient pas à gâcher.

Les retrouvailles ne sont pas pour autant terminées et Younes retrouve une partie de ses amis devenus aussi des vieillards branlant, José, André, Fabrice et même Jean-Christophe établi à Paris.

Après avoir lu une ultime lettre de pardon qu’avait laissé Emilie pour lui, Younes éprouve un grand sentiment d’apaisement et repart ému et heureux vers son Algérie.

En conclusion, après une entrée en matière longue et d’un intérêt parfois relatif, « Ce que le jour doit à la nuit » révèle ensuite sa véritable nature, celle d’une grande fresque romanesque sur fond de ni plus ni mois que l’histoire de l’Algérie de ces 80 dernières années.

Dans sa langue si belle et riche, Yasmina Khadra y décrit une adolescence miraculée hors d‘une vie de misère, proche des colons français avec le sentiment parfois troublant de ne pas être tout à fait à sa place dans une communauté qui ne peut l’accepter totalement.

L’amitié tient une place fondamentale dans le roman, mais encore moins que l’amour, forcément romantique car impossible pour une jeune française.

Pris dans ce piège infernal, mêlant communautarisme et malaise psychologique à propos d’un curieux traumatisme quasi œdipien, le héros ne peut que se débattre et subir des évènements tragiques faisant parti de l’histoire la plus délicate et sombre de la France.

Plus que l’intrigue sentimentale certes plaisante, c’est donc par le courage d’aborder le sujet sensible de la guerre d’Algérie en ne prenant aucun parti décisif entre colons et colonisés que se distingue « Ce que le jour doit à la nuit ».

Considéré comme le roman le plus abouti et ambitieux de Khadra, « Ce que le jour doit à la nuit » demeure malgré quelques longueurs, tout à fait digne de respect par sa grande puissance narrative, en attendant de voir peut être un jour le film d’Alexandre Arcady.

Ce que le jour doit à la nuit (Yasmina Khadra)
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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 22:04
La dolce vita (Frédérico Fellini)

Festival de Cannes, je me suis intéressé à « La dolce vita » classique du cinéma italien de Frédérico Fellini.

Sorti en 1960 et auréolé d’une palme d’or à Cannes, « La dolce vita » suit les pérégrinations d’un journaliste de la presse à scandales Marcello Rubin (Marcello Mastroianni), dandy évoluant dans les cercles artistico-intellectuels de Rome.

Marcello est tout d’abord entrainé par sa maitresse la scandaleuse Maddalena (Anouk Aimée) qui l’incite à embarquer une prostituée dans sa belle décapotable pour la ramener chez elle.

Excitée par ce contact avec les quartiers pauvres de la ville et ses H.L.M insalubres, Maddalena demande à Marcello de coucher avec lui dans l’appartement de la fille, ravie de cette incartade à son quotidien monotone et sordide.

Le lendemain Marcello retrouve sa fiancée Emma (Yvonne Furneaux) habitée d’une jalousie et d’une possessivité maladives.

Son travail le conduit à couvrir l’arrivée en Italie de l’actrice suédoise Sylvia (Anita Ekberg) venue à Rome pour tourner un film.

Atomique blonde au physique plantureux, l’excentrique Sylvia ne tarde pas à se faire remarquer par son appétit de vie, entrainant tout autour d’elle dans un tourbillon de musique et de danse.

Devant le comportement de son compagnon Robert (Lex Barker), ivre et odieux, Sylvia embarque Marcello dans une virée nocturne ou le couple termine tout habillé dans la fontaine de Trévi avant d’errer dans les rues de la ville à la recherche d’un peu de lait pour un chat rencontré en passage.

En état de choc après une pareille nuit, Marcello subit sans réagir la jalousie de Robert avant d’être à nouveau appelé dans le cadre de son travail à couvrir un prétendu miracle ou deux enfants des quartiers pauvres disent voir régulièrement apparaitre la Sainte Vierge.

Face à une foule hystérique croyant à un miracle et une presse avide de sensations fortes, la démonstration des enfants tourne au drame et ils sont piétinés lors d’une bousculade sous un orage.

Choqué, Marcello se rend en compagnie d’Emma à une soirée chez Steiner (Alain Cuny le nom préféré de ces dames ?) un intellectuel écrivain et musicien qui fait figure pour lui de mentor.

Après une soirée verbeuse ou Steiner expose de vagues théories philosophico-nihilistes, Marcello réalise son manque d’ambition intellectuelle et entreprend sans grande réussite de se remettre à écrire autre chose que des article pour la presse à scandale.

On bascule ensuite sur une nouvelle soirée avec le père de Marcello (Annibale Ninchi) qui sentant revivre sa jeunesse perdu entreprend de séduire Fanny (Magali Noel) une danseuse avant de faire un malaise au moment de coucher avec elle.

Au fil des rencontres, Marcello suit Nico (Nico), ex mannequin oisive dans une nouvelle soirée ou son groupe d’ami investit une belle maison de campagne romaine pour utiliser le prétexte du divorce de Nadia (Nadia Gray) pour se livrer à une nuit de débauche ou se mêlent alcool, sexe et travestis.

Après s’être de nouveau fâché avec l’orageuse Emma dont il ne supporte pas la possessivité, Marcello rejoint Maddalena et échoue à renouer avec elle.

Le film bascule avec la mort de Steiner qui a tué sa famille avant de se suicider dans un geste suprême de nihilisme désespéré.

Choqué, Marcello se rapproche de la police et finit à nouveau dans un château ou les invités se livrent à des jeux stupides mêlant masques, fantômes et séance de spiritisme.

Au petit matin, le journaliste suit les convives sur une plage ou est échoué un monstre marin.

Il observe de loin une jeune fille qu’il avait déjà croisé mais sans parvenir à la comprendre.

En conclusion, « La dolce vita » est malgré ses hautes prétentions intellectuelles et son fort symbolisme un film prodigieusement irritant par son manque de structure et le désœuvrement assumé de ses acteurs.

Le paumé Mastroianni se débat dans ce monde d’autres riches paumés meublant leur vide par des soirées décadentes ou règne la stupidité absolue.

L’hyper sexualité incarnée par Ekberg est irritante car elle réduit cette femme facile et rieuse en permanence au statut d’objet.

Si on ajoute à ce vide les 2h46 de la durée du film, « La dolce vita » devient un gros monument boursouflé sans queue ni tête, évoquant la nullité de la jeunesse dorée italienne de la fin des années 50 et laminant le téléspectateur par sa vanité intellectuelle.

Snob, intello et prodigieusement ennuyeuse, cette « Dolce vita » est sans doute réservée à une élite de cinéphiles auxquels je n’appartiens visiblement pas.

La dolce vita (Frédérico Fellini)
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