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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 21:09
Chasseur blanc, coeur noir (Clint Eastwood)

La carrière de Clint Eastwood avec « Chasseur blanc, cœur noir » réalisation toute personnelle assez peu connue sortie en 1990.
Adapté d’un roman de Peter Viertel qui parlait du tournage cauchemardesque de "African Queen" de John Huston, « Chasseur blanc, cœur noir » raconte le projet fou de John Wilson (Clint Eastwood), réalisateur américain qui décide sur un coup de tête de quitter son confortable manoir d’Angleterre, dans le but de tourner un film en Afrique.
Flanqué de son scénariste Pete Verill (Jeff Fahey), Wilson parvient à convaincre le producteur Paul Landers (George Dzundza) d’investir dans ce projet.
Excentrique et flamboyant, Wilson débarque avec son équipe au Zimbabwe avec comme autre objectif principal et moins avouable d’abattre un éléphant à l’aide des multiples fusils achetés avant de partir.
Logé dans un hôtel cossu, Wilson mène une vie confortable et oisive, se faisant remarquer par une spectaculaire sortie visant à insulter Miss Wilding (Charlotte Cornwell) sa propre secrétaire, qui tenait des propos extrémistes sur les juifs, malgré le fait que Verill lui ait signalé faire partie de cette communauté ou en se faisant rosser par le patron raciste de l’hôtel, un homme plus grand et jeune que lui (Clive Mantle ).
Remis de ses blessures, Wilson joue avec les nerfs des acteurs Kay Gibson (Marisa Berenson), Phil Duncan (Richard Vanstone) et producteurs dépêchés sur place comme Lockart (Alun Armstrong), Zibelinski (Alex Norton) pour suivre l’avancement du projet.
N’écoutant que sa curieuse passion, il prend un avion pour arriver sur les meilleurs spots de chasse à l’éléphant près du lac Victoria.
Guidé par le pisteur Kivu (Boy Mathias Chuma) il se trouve en position de tir mais est dissuadé par les autres membres du safari en raison du nombré élevé d’éléphants sur place.
Dès lors, Wilson va tout faire pour ne jamais tourner son film, invoquant prétexte sur prétexte, avant de se trouver finalement devant son éléphant et ne pas pouvoir tirer, seul le sacrifice de Kivu lui permettant d’avoir la vie sauve.
Eprouvé, Wilson comprend la vanité de sa quête et reprend sa caméra…
En conclusion, « Chasseur blanc, cœur noir » est un de ces films d’auteurs dans lesquels Eastwood pense plus à se faire plaisir qu’à faire plaisir au spectateur.
Jouant à merveille à casser son image de flic ou cow boy, l’acteur campe ici avec délectation un réalisateur fantasque prenant le dessus sur ses producteurs en leur imposant ses caprices.
Mis à part ce parti pris amusant et la beauté exotique des paysages africains, le film se traine un peu en longueur et insiste lourdement sur le racisme et l’anti sémitisme de manière peu subtile.
Un Eastwood mineur sans doute qui ne restera pas dans les annales de la longue carrière du grand Clint.

Chasseur blanc, coeur noir (Clint Eastwood)
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 12:55
Paris est une fête (Ernest Hemingway)


Ernest Hemingway est il le plus grand écrivain américain de tous les temps ?

Beaucoup le pensent sans doute ..

Pour tenter de me faire une idée je me devais de le lire un jour.

Ceci est fait avec « Paris est une fête » roman narrant le récit de la vie de l’écrivain américain à Paris dans les années 1921-1926 aux cotés de sa femme Hadley.

A cette époque, Hemingway ayant décidé de quitter le Canada, d’arrêter le journalisme et de changer de style connaît des difficultés financières car il ne parvient pas à écrire des romans et ses contes se vendent mal.

Il vit donc pauvrement à Paris, passe beaucoup de temps dans les cafés pour écrire, se promène dans le jardin du Luxembourg ou près des quais de Seine, va jouer aux courses à Longchamp non sans quelques remords.

Quand l’hiver est trop rude, il va en Autriche faire du ski.

Mais l’intérêt principal de ce livre réside dans la description d’anecdotes concernant les artistes qu’il fréquente à cette époque.

Il retrouve ceux ci souvent à la Closerie des Lilas dans le quartier du Montparnasse, célèbre pour avoir été historiquement le plus grand vivier artistique de Paris avec Montmartre.

Sont donc relatées de brèves rencontres avec des écrivains, des critiques littéraires, des poètes ou des peintres majoritairement anglo-saxons.

Ceci est donc l’occasion pour le lecteur de voir s’installer dans la vie quotidienne des Ford Madox, Ezra Pound, James Joyce, Evan Shipman que je ne connaissais pas avant d’avoir lu le livre.

Mais la personne la plus importante pour l’auteur dans ce Paris très intellectualisé est la poétesse et écrivain Gertrude Stein qui lui fait office de conseillère littéraire et de guide artistique alors qu’il traverse une période de doute et de remise en question sur son art et ses capacités.

On sent un beaucoup de respect et de tendresse pour cette femme de haut niveau intellectuel et plutôt rigide dans ses jugements.

L’autre « héros » du livre est l’écrivain Scott Fitzgerald le premier « mentor » d’Hemingway dont la présence occupe plusieurs chapitres d’un intérêt tour relatif à mes yeux.

Apparemment rien ne prouve que les deux hommes se soient côtoyés à Paris et il est du reste probable qu’Hemingway ait fantasmée certaines de ses rencontres.

« Paris est une fête » est pour moi une touchante déclaration d’amour d’un écrivain américain pour une ville qui l’a toujours inspirée par ses lieux, ses cafés, ses musées, ses monuments mais aussi par l’univers artistique foisonnant d’une époque exceptionnellement riche.

C’est aussi une belle photographie du Paris des années 20.

Paris est elle aujourd’hui toujours aussi magique ? Question à laquelle il est difficile de répondre.

Il paraît plus difficile d’y mener une vie de bohème, de vivre en se contentant de peu comme le faisait Hemingway dans ses jeunes années.

Elle s’est probablement embourgeoisée, la vie y est devenue chère, chassant sans doute quelques artistes en herbe et la plupart des Français n’apprécient plus tellement cette ville à sa juste valeur, qu’ils soient Parisiens ou Provinciaux.

Reste pourtant pour les étrangers sa légende qui n’a jamais pâli et à laquelle ce livre a certainement contribué de part le monde.

Et bien évidemment les mythiques restaurants de Montparnasse (le Dome, la Rotonde, La Closerie des Lilas) si souvent cités par Hemingway.

Pour ma part connaissant relativement bien Paris et trouvant les anecdotes trop superficielles ou trop sages, je n’ai eu qu’un intérêt modéré pour cet ouvrage.

Je n’ai pas été non plus très sensible au questionnement artistique d’Hemingway.

Je ne suis donc pas ressorti ébloui de cette lecture publiée il est vrai à titre posthume.

Paris est une fête (Ernest Hemingway)
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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 16:01
Depuis que la samba est samba (Paulo Lins)

Break autour de World War Hulk avec la littérature brésilienne de Paulo Lins.
Auteur connu mondialement après l’adaptation de son roman « La cité de Dieu » en série et film, Paulo Lins est également l’auteur de « Depuis que la samba est samba » sorti plus récemment en 2012.
« Depuis que la samba est samba » se déroule également à Rio de Janeiro, sa ville natale mais dans les années 1920 ou est née la musique samba dans les favelas juchées sur les collines (morros) de la ville.
Toute l’histoire ou presque a pour cadre de quartier de l’Estacio, situé au centre de Rio de Janeiro, près de la favela de São Carlos.
Ce quartier appelé communément la Zone dans le roman est connu pour être un haut lieu de la prostitution et dans une moindre mesure du trafic de drogue.
Les malandros, figures locales entrées depuis dans le folklore carioca en raison de leurs tenues élégantes, sont les souteneurs des prostituées et les maitres de la Zone, occupant leurs journées oisives à discuter, boire, arnaquer les gogos au jeu du bonneteau et à gérer leurs affaires.
En pareille ambiance, les rixes sont fréquentes avec les clients récalcitrants ou entre malandros et se règlent à coup de capoeira, couteaux ou pistolets.
Valdirène est la plus jolie prostituée du quartier, une déesse noire convoitée par Sodré, son client le plus assidu qui s’est mis dans l’idée de tuer son souteneur le noir Brancura.
Sodré échoue de justesse dans sa tentative et la haine devient farouche entre les deux hommes.
Lins développe ensuite ses personnages, s’intéressant tout d’abord au coté artiste de Brancura, qui sous les conseils du prêtre de candomblé Seu Tranca Rua, cherche pendant un temps à abandonner sa vie de malandro pour travailler et se consacrer à l’écriture de morceaux de samba.
Un temps docker puis contrôleur sur le port, Brancura fréquente Ismaël Silva, autre musicien du quartier à la vie plus rangée et axée sur la musique.
Pourtant Brancura n’a pas en lui la volonté de devenir musicien et ne tient pas longtemps dans ses bonnes résolutions, revenant trainer auprès des prostituées après un mariage raté avec une jeune Noire, Yvette, qu’il avait épousé après l’avoir violé.
A son retour il découvre avec stupeur que Sodré, le petit fonctionnaire portugais de la Banco do Brasil, a pris le contrôle d’une bonne partie des filles et surtout a l’exclusivité sur Valdirène, qui après avoir été abandonné par son proxénète, a bien du se trouver un autre protecteur, certes moins charmant ou charismatique, mais plus stable et déterminé.
Blanc et fonctionnaire, Sodré vit une véritable double vie, bénéficie de contacts privilégiés avec la police à qui il graisse la patte pour développer ses activités et a de plus passé des accords avec la Zwi Migdal, une organisation juive mafieuse d’Europe Centrale important des prostituées européennes au Brésil.
Après l’intervention de Félintra, sorte d’autorité supérieure dans le quartier des malandros qui instaure une sorte de trêve entre les deux hommes et redonne Valdirène à un Brancura humilié par son indifférence, la situation semble se stabiliser… en apparence.
Derrière ce triangle amoureux, autour de Silva et Brancura se regroupent d’autres musiciens du quartier comme Bide et Rafael, puisant dans les racines africaines du Brésil pour créer une musique nouvelle, destinée à danser en formation (bloco) pour honorer les Orishas, divinités importées d’Afrique par la communauté des Bahianais établis à Rio de Janeiro.
Le groupe se retrouve à l’Apollon, au Compadre ou au Kananga de tante Almeida figure locale de l’Estacio et y expérimente ses dernières trouvailles face aux réactions toujours plus enthousiastes du public.
Ce succès finit par attirer des musiciens plus confirmés et notamment le chanteur Francisco Alves, qui sous contrat avec une maison de disques, passe des accords pour récupérer les trouvailles de Bide puis Silva pour en faire des succès largement diffusés en radio.
C’est ainsi que les sambas comme « Me faz carinho »composées par les artistes noirs des quartiers pauvres furent connues du grand public par l’intermédiaire d’un artiste blanc et plus présentable pour cette époque ou la ségrégation raciale était forte.
Loin de s’en offusquer, les musiciens de l’Estacio continuent de composer contre quelques versements d’argent d’Alves et entrevoient la création d’un bloco, formation de danse pour le populaire carnaval.
Jouant avec les limites imposées par une police blanche ultra violente interdisant le culte du candomblé et les danses africaines jugées indécentes, les musiciens parviennent à imposer leur samba, qui dépouillée de ses instruments à vent, met en valeur de phénoménales percussions et le chant.
De son coté, Valdirène une nouvelle fois délaissée par un Brancura fasciné par les prostituées européennes notamment une opulente Française, couche à nouveau avec Sodré toujours fermement enamouré malgré une épouse officielle Fatima Maria qui ignore tout de ses activités de la Zone.
La soudaine grossesse de Valdirène qui a couché le même jour avec Sodré et Brancura ravive les tensions entre les deux rivaux, même si le dénouement astucieux montre la naissance de jumeaux, l’un blanc et l’autre noir, comme symbole du parfait équilibre trouvé dans un carnaval se transformant en défilé monumental sous fond des premières samba brésiliennes crées…
En conclusion, « Depuis que la samba est samba » est un roman à l’image de son auteur : vif, intelligent, coloré et plaisant.
Même si certain vocabulaire spécifique des années 20 et du portugais brésilien rendent parfois difficile la parfaite compréhension de l’œuvre, le lecteur prend un grand plaisir à découvrir les origines d’une musique connue dans le monde entier avec on pouvait s’en douter des racines africaines importée par les noirs des favelas.
La vie des proxénètes du centre de Rio, sorte de maquereaux flamboyants crée aussi une forte touche de pittoresque sur laquelle un triangle amoureux vient astucieusement se greffer.
La musique, la danse, le sexe et la violence se mêlent donc dans un condensé de Brésil carioca.
Une fort belle expérience qui donne envie de lire les autres romans de Lins !

Depuis que la samba est samba (Paulo Lins)
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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 23:52
Tereza Batista (Jorge Amado)

Rien de tel qu’un roman de Jorge Amado pour parachever trois semaines de vacances au Brésil, aussi est-ce avec un réel plaisir que « Teresa Batista » a occupé mes dernières lectures.

Publié en 1972, « Tereza Batista » s’inscrit dans la longue tradition des romans d’Amado, avec l’histoire d’une orpheline du Sergipe, cette région désertique et pauvre du Nord Est du Brésil.

Mais Amado débute son roman par une histoire d’amour, celle de Tereza Batista, alors danseuse de samba dans un cabaret d'Aracaju, qui prenant part à une rixe pour défendre une femme battue par son amant, Liborio, un voyou de la pire espèce, provoque une bagarre générale et se voit secourue par un marin noir et athlétique répondant au nom de Januario Gereba.

Tereza qui suite à un mauvais coup s’est fait posée une dent en or par un admirateur dentiste, tombe instantanément sous le charme de ce marin tendre et protecteur qui la fait rêver par ses récits emplis de poésie marine.

La belle Tereza a pourtant besoin de tout l’appui de ses admirateurs, notamment l’avocat infirme au grand cœur protecteur des pauvres Lulu Santos, car Liborio utilise ses relations dans la police pour faire traquer et enfermer Januario.

Lulu Santos fait libérer Januario et profite de l’occasion pour régler ses comptes avec Liborio qui lui a souvent échappé dans les tribunaux dans des affaires d’escroqueries et le voyou est finalement condamné après que Tereza ait appris à écrire à une pauvre veuve analphabète manipulée par l’escroc.

Malgré ce succès, Januario se refuse à Tereza en lui révélant que son coeur n’est pas libre, car pris par sa femme malade qu’il ne peut se résoudre à tromper.

La détermination de Tereza pousse tout de même le marin à flirter avec elle la nuit tombée et lorsqu’il reprend inévitablement la mer, la jeune femme fait le serment d’attendre le retour de son amour impossible.

Puis Amado fait basculer le récit autour de l’enfance de Tereza Batista, recueillie enfant par sa tante Filipa, puis remarquée par Justiniano Duarte Da Rosa dit le Capitão, un puissant fazendeiro de l’état de Bahia qui par ses relations et ses hommes de mains dévoués, parvient à assouvir ses sombres penchants pour les jeunes filles.

Avec sa réputation de dur et son argent, le Capitão n’a aucune peine à acheter Tereza à sa vénale tante au grand dam de son oncle Rosalvo, qui avait lui-même des vues sur elle et projetait de la déflorer une fois pubère tout en nourrissant des puissants fantasmes de meurtre à l’égard de sa femme.

Le fazendeiro emmène avec lui dans son domaine de Cazajeiras-du-Nord, une adolescente de moins de quinze ans en comptant la briser comme les autres, jouissant sexuellement de la terreur que sa cruauté et sa violence imposent à ses jeunes proies.
Farouche, Tereza résiste plus que les autres, rendant les coups, se refusant à son bourreau, fuguant avant de devoir céder face à la brutalité animale du Capitão qui menace de la marquer au fer à amidonner.
Chez le Capitão, Tereza apprend la soumission et devient l’esclave dévouée de son nouveau maitre, accomplissant les plus basses besognes domestiques tout en assouvissant ses désirs pervers avec le zèle demandé.
La relation d’avilissement de Tereza est longuement voir complaisamment décrite dans de nombreuses pages ou on découvre les raffinements pervers du Capitão ainsi que ses recherches obsessionnelles dans les bordels des villes avoisinantes pour trouver sans cesse de nouvelles pucelles à maltraiter.
Par sa beauté et sa sensualité, Tereza bat des records de longévité au coté du Capitão devenant sa compagne non officielle derrière Doris Curvelo, une jeune épouse laide et malade, fille de bonne famille déchue après la mort d’un père préfet, qui s’était dévouée avec une docilité maladive avant de trépasser prématurément, laissant sa mère Dona Brigida, sous la coupe financière de son mari.
Mais l’arrivée à Cazajeiras-du-Nord de Daniel Gomes Neto, fils d’un juge de Salvador de Bahia, va changer le destin sombre de la jeune fille.
Véritable Don Juan du haut de ses vingt ans, Daniel tombe sous le charme de Tereza et entreprend un jeu subtil le poussant à courtiser quatre vieilles filles voisines de la maison du Capitão pour tromper la vigilance de la brute.
Expert en séduction et en dissimulation, le beau jeune homme n’a aucun mal à ravir le cœur ensglanté de la malheureuse en lui promettant de la libérer et parvient à ses fins en profitant d’une absence du Capitão pour coucher avec elle et lui faire connaitre le véritable plaisir sexuel.
Lorsque le jeune homme devient trop audacieux dans ses visites, il se fait dénoncer par une des vieilles filles trahies et se retrouve nez à nez avec la fureur du Capitão qui le surprend en pleine action avec son jouet préféré.
Face au danger, le séducteur se dégonfle et tremblant, montrant sa vraie nature.
Alors que le Capitão lui demande de le sucer pour l’humilier, Tereza saisit l’occasion et tue son bourreau d’un coup de couteau, mettant ainsi fin à son calvaire.
L’intervention de Lulu Santos au procès lui permet d’amoindrir la peine et d’être placé dans un couvent duquel elle s’échappe facilement pour devenir une prostituée.
Dans la troisième partie du roman, Amado décrit la lutte héroïque de Tereza aux cotés des prostituées de la ville de Buquim pour libérer la population d’une épidémie de peste noire.
Face à un pouvoir corrompu, le docteur Otto Espinheira amant de Tereza et Juraci une infirmière de bonne famille plus enclins à quitter la ville pour sauver leur vie qu’à faire face à l’horrible maladie défigurant les corps couverts de pustules avant de contaminer les autres habitants, Tereza devient après la mort d’un vieux médecin courageux Mascarenhas, la seule personne acceptant de soigner les malades mis en quarantaine, de désinfecter leurs plaies, d’utiliser des techniques rudimentaires (bouses de vaches, feuilles de bananier) pour réduire la pandémie en attendant des vaccins en quantité insuffisante pour soigner un Nord Est misérable laissant le pouvoir de la capitale indifférent.
Le destin semble ensuite sourire à Tereza qui redevenue danseuse et putain, séduit Emilio Guedes, l’un des plus puissants industriels de l’état de Bahia, qui l’avait déjà remarqué lorsqu’elle appartenait au Capitão.
Dans la ville d’Estancia, Tereza vit une histoire d’amour avec cet homme de soixante ans, qui dans l’intimité tombe son masque de colonel craint et respecté, se révélant un amant tendre et passionné.
L’idylle dure six ans avec au milieu un avortement commis par amour pour le vieux maitre et la découverte des livres.
Malheureusement le puissant seigneur décède en plein acte ce qui jette un voile de malédiction sur la réputation déjà sulfureuse de Tereza.
Surpassant son chagrin, Tereza s’établit dans la capitale de l'état de Bahia, à Salvador ou du fait de son statut de danseuse et de femme éduquée, elle devient une prostituée de luxe dans un établissement du quartier du Pelourinho, ne rencontrant qu’une clientèle triée sur le volet.
Après avoir repoussé au nom de son amour toujours vivace pour Januario qu‘elle cherche vainement de quai en quai, une demande en mariage d’un gentil boulanger du nom d’Almério das Neves, elle se met à entretenir avec lui une étrange relation d’amitié.
Lorsque le gouverneur prend la décision de délocaliser tous les bordels du Pelourinho dans la ville Basse pour y construire des complexes touristiques flambant neufs et satisfaire également l’appétit de Sardine l’industriel titulaire du marché, Tereza prend la tête d’une révolte des prostituées, refusant de se rendre dans un quartier insalubre.
Par son influence auprès de Dona Paulina de Souza et Vava, principaux proxénètes de la ville qui constatent que les Orishas la soutiennent, Tereza provoque une grève générale des prostituées de la ville et tient tête aux principaux policiers corrompus, qui tablaient sur la venue de trois navires de guerre américains pour vendre préservatifs, aphrodisiaques et drogues aux 3000 marins fraichement débarqués.
Les principaux concernés, le commissaire Lobão, les inspecteurs Nicolau Ramada Junior dit le Requin et Dalmo Coca, toxicomane notoire prennent la tête d’une descente en masse de la police pour faire ouvrir de force les bordels, ce qui provoque des gigantesques bagarres de rues avec barricades et mêlées sanglantes.
La révolte acharnée des prostituées protégées par les Orishas, couplée à un énorme incendie, pousse les marins à regagner leurs navires et le Gouverneur charge son conseiller Reginaldo Pavão son Conseiller d’intervenir pour rétablir la paix sociale.
Il ordonne à tous les échelons de la police, notamment l’ambitieux commissaire en chef Hélio Cotas mariée à une Sardine, de laisser les prostituées tranquilles au Pelourinho, ruinant ainsi le juteux business des flics ripoux.
Tereza qui a payé cher son statu de meneuse en se faisant arrêter et copieusement tabassé par le Requin et ses hommes est libérée par l’intervention de l’influent Vava qui graisse les pattes de la fonctionnaires pour obtenir gain de cause.
Après avoir appris le naufrage du navire de Januario au Chili, Tereza résignée à la perte de son cher marin accepte d’épouser das Neves avant l’apparition surprise de Januario revenu d’entre les morts pour retrouver sa belle.
Devenu veuf, Januario a à présent son cœur libéré et peut donc emmener son amour devant le futur mari finalement (un peu trop) conciliant.
Après toutes ses années et aventures, Tereza peut à présent gouter à la félicité auprès de son premier amour tant attendu.
En conclusion, « Tereza Batista » est une nouvelle et colossale grande fresque du Maitre Brésilien qui nous enchante de bout en bout en décrivant le destin d’une femme hors du commun, représentant les plus basses couches sociales de son Nordeste tant aimé.
On se régale donc sous la plume sans pareille d’Amado, parfait conteur d’histoires, narrant à merveille le parcours de la jolie métisse à travers les rouages des seigneurs locaux du Nordeste, politiciens, fonctionnaires, policiers, propriétaires terriens ou industriels attirés comme la plupart de leurs semblables par le pouvoir, l’argent et le sexe.
Femme de ménage, danseuse et prostituée, Tereza traverse toutes les épreuves pour arriver au bonheur sous la forme d‘un amour idéalisé avec un beau marin, supportant même l’horrible brutalité du Capitão dans le passage le plus embarrassant et pénible du livre en raison des scènes que j’attribue à de la pédophilie sadique digne d’un psychopathe.
Ces longs passages à la « gloire » du Capitão constituent pour moi le seul point noir d’un livre globalement passionnant, qui confirme le statut de génie de la littérature de Jorge Amado.

Tereza Batista (Jorge Amado)
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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 22:10
Manhattan (Woody Allen)

J’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec Woody Allen et ne vois ces films encore aujourd’hui qu’avec beaucoup de précautions.

C’est le cas avec « Manhattan ».

Sorti en 1979, « Manhattan » est un film en noir et blanc narrant les aventures d’Isaac Davis (Woody Allen), scénariste pour la télévision d’une quarantaine d’années, qui se débat dans le cœur de New-York entre un divorce délicat avec Jill (Meryl Streep) et une relation contre nature avec Tracy (Mariel Hemingway) une étudiante de dix sept ans à peine.

Il fréquente un couple d’amis composé de Yel (Michael Murphy) et sa maitresse Mary Wilkie (Diane Keaton) eux aussi intellectuels.

Attiré par Mary, Isaac découvre peu à peu qu’elle vit mal sa liaison avec Yale, qui reste peu disponible en sa qualité d’homme marié.

La situation devient vite inextricable pour Isaac, qui peine de surcroit à écrire son prochain scénario.

Il saisit une proposition faite à Tracy pour aller étudier le théâtre à Londres pour rompre avec elle, prétextant une insurmontable différence d’âge, mais la jeune fille s’accroche à lui et vit très mal cette rupture.

En parallèle, Isaac entreprend une relation avec Mary qui finit par faire marche arrière et revenir avec Yel !

Désabusé, stressé par l’annonce du prochain livre de Jill sur leur vie de couple le dépeignant sous un jour particulièrement peu favorable, Isaac finit par se rabattre sur Tracy, qui lui fait une vague promesse tout en lui annonçant sa ferme volonté de partir à Londres.

Isaac se trouve donc seul…

Auréolé d’un césar et plus grand succès de Allen en France, « Manhattan » est l’incarnation de tout ce qui me déplait dans le cinéma de l’américain : personnages appartenant à une élite intellectuelle américaine assez insupportable de prétention, omniprésence des histoires de sexes servant à masquer un éventuel complexe d’infériorité physique du réalisateur dont le physique n’a rien d’un Don Juan, humour sarcastique et crises existentielles nombrilistes dont tout le monde se fout ou presque.

Impossible donc pour moi d’adhérer à un cinéma aussi recroqvillé sur lui-même, aussi snob et vide de tout message…

Il semble donc que mon pressentiment à l’égard d’Allen soit avéré, pas un cinéma pour votre serviteur ?

Manhattan (Woody Allen)
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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 21:33
Les bruits de Recife (Kleber Mendonça Filho)

Cinéma plus intimiste avec « Les bruits de Recife » film brésilien de Kleber Mendonça Filho.

Sorti en 2012, « Les bruits de Recife » se déroule dans la ville du même nom au nord du Brésil dans laquelle on suit la vie d’un quartier plutôt aisé du bord de mer dans lequel João (Gustavo Jahn), agent immobilier tente de savoir qui a vandalisé la voiture de sa nouvelle copine Sofia (Irma Brown).
João ne ménage pas sa peine, interrogeant les employés, son voisin Anco (Lula Terra) avant d’aller toquer chez son jeune cousin Dinho (Yuri Hollanda) connu pour ses frasques dans la rue.
Après un face à face tendu, Dinho accepte de rétrocéder un auto radio dérobé, qui s’avère ne pas être celui de Sofia.
Perpétuellement taciturne, la jeune femme se rappelle avoir vécu dans ce quartier il y a vingt ans de cela et est envahi par les souvenirs liée à son ancienne maison.
Autre personnage de la rue, Bia (Maeve Jinkings), est une mère de famille de deux enfants en apparence sans histoire, si ce n’est son obsession pour un chien du voisinage aboyant en permanence et une consommation régulière de haschisch qu’elle se fait livrer par un livreur d’eau à domicile.
Un jour João est approché par Clodoaldo (Irandhir Santos), qui se dit à la tête d’une entreprise de sécurité privée offrant ses services pour sécuriser la rue au moyen de patrouilles et d’une présence nocturne quotidienne.
Malgré la réticence de João, Clodoaldo réussit à convaincre son grand père Francisco (W J Solha) le propriétaire de la plupart des immeubles de la rue, un vieil homme riche et influent, avec la restriction concernant les bêtises de Dinho.
Clodoaldo accepte mais met la pression sur Dinho qui réagit mal, provoquant à son tour l’équipe composée de deux à trois hommes.

Peu à peu, Clodoaldo et ses hommes s’installent et prennent le contrôle de la rue, dans un climat de paranoïa nocturne latente.
Clodoaldo utilise ses accès aux propriétés pour coucher avec Luciene (Clebia Souza), la jolie bonne de Francisco.

Les vigiles aident un touriste argentin égaré à retrouver son chemin et molestent un jeune garçon sauvage passant sur les toits et les arbres afin de lui faire quitter le quartier.
Le dealer vendeur d’eau est toléré…
Les habitants continuent d’évoluer entre rêves et réalité, angoisse, passé et présent…
Francisco emmène João et Sofia visiter sa propriété à la campagne et montre une maison jadis occupée et aujourd’hui abandonnée ce qui ajoute au climat de trouble.
Après une fête de quartier, le voile se déchire lorsque Clodoaldo répond à une demande de Francisco accompagné de son frère Claudio (Sebastão Formiga) qui souhaite les engager comme gardes du corps à la suite de la mort de son homme de confiance dans sa fazenda.
Après avoir écouté la proposition du vieil homme, les deux vigiles lui annoncent être les fils d’un homme qu’il a fait tué dans le passé pour une histoire de clôture.
Francisco comprend donc, trop tard le piège de la vengeance se refermer sur lui.


En conclusion, « Les bruits de Recife » est un film brésilien atypique, original mais surtout desservi par un rythme d’une lenteur irritante.
Les acteurs trainent leur nonchalance ou leur mal être existentiel sur plus de deux heures incroyablement longues ou Filho se centre surtout sur son propre plaisir à décrire le quotidien de la classe moyenne de Recife dans un climat de sournoise paranoïa soigneusement distillée.
Surestimé, intello et prétentieux, « Les bruits de Recife » est un film que je ne recommande pas.

Les bruits de Recife (Kleber Mendonça Filho)
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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 21:01
Brésil 25, 2000-2015 (Luis Ruffato)

Sorti en 2015, « Brésil 25, 2000-2015 » représente l’occasion rêvée pour découvrir des auteurs brésiliens contemporains par l’intermédiaire de texte soigneusement compilés par Luis Ruffato.

En 25 textes donc pour 25 auteurs, on débute par « On devrait interdire » curieux extrait du « Budapest » du chanteur de Musique Populaire Brésilienne, Chico Buarque, qui raconte en quelques pages son irritant sentiment d’étranger essayant de percer une langue inconnue pour lui, le Hongrois dont les possesseurs semblent jalousement garder les secrets hermétiquement clos.

Ronaldo Correia de Brito nous perd ensuite avec « Un homme traversant des ponts » extrait de « Retratos imorais » dans les errements d’un écrivain dans les rues de Récife, qui dans ses pensées profondes pense à sa femme qui le dédaigne pour le sexe tantrique de son professeur de yoga, aux crabes hideusement entremêlés dans la boue du fleuve Capibaribe et au suicide du haut d’un pont.

Dans « Les hivers de Barbara » tiré de « A cidade ilhada » Milton Hatoum évoque le douloureux exil d’un couple d’opposants brésiliens Lazaro et Barbara, échoué à Paris pendant les années de dictature.

Dans ce milieu intellectuel un peu vain face à la puissance des militaires, la saudade de Barbara ne tarde pas à se muer en jalousie féroce.

Lorsque Lazaro disparait, Barbara décide de revenir à Rio de Janeiro et le retrouve avec une maitresse brésilienne alors qu’elle suspectait une française, Francine.

Le choc est de trop pour Barbara qui saute dans le vide de leur appartement.

Puis Cristovao Tezza nous fait découvrir « Beatriz et la vieille dame » tiré de « Beatriz » dans laquelle une jeune journaliste chargée de rédiger la biographie d’une vieille dame Dona Dolores, découvre le récit pervers de l’assassinat de son mari militaire après le choc de l’avoir surpris un jour en pleine action avec une maitresse.

Impossible de ne pas parler de Paulo Lins qui nous charme avec « Chronique de deux grandes amours » narrant la quête de baskets flashy de garçon déshérités d’une favela de Rio pour pouvoir séduire deux filles à un bal funk.

On se régale de cette entreprise de débrouille à coup de nettoyage de pare brise d’esquives de policiers et de trafiquants d’un gang d’une favela rivale pour arriver au but fixé.

Difficile de suivre l’émotion de Cintia Moscovich dans « Le toit et le violoniste » tiré de « A arquitectura do arco-iris » récit dans lequel une jeune enfant juive se prend d’affection pour une poule et lui évite de peu la casserole.

Marçal Aquino dans « Sept épitaphes pour une dame blanche » tiré de « O amor e outros objeitos pontiagudos » rend un vibrant hommage à une maitresse connue lors de la construction d’une centrale hydraulique à Tucurui à 400 kms de la ville de Belém.

Cet amour avec la femme, mariée d’un un chef de chantier irascible aura le gout sucré de l’interdit, de l’éphémère et se brisera définitivement avec l’annonce brutale d’un décès après un accident de voiture, ce qui marquera à vie l’amant.

En comparaison, malgré un sujet similaire, l’annonce à un metteur en scène de la mort de sa femme lors d’une scène ou un acteur est sensé regretté celle de sa femme, « C’est juste une répétition » de Bernardo Caravlho émeut moins, peut être parce que la passion amoureuse et l’exotisme de l’Amazonie y sont absents.

Dans « Milagres » tiré de « Domingos sem deus », l’organisateur des textes, Luiz Ruffato s’en sort bien avec une rencontre fortuite entre un père de famille perdu au fin fond du et un vieux garagiste ayant fui Minas Gérais en raison d’une paternité non désiré.

Le lecteur est transpercé par la prose de Beatriz Bracher dans « Ce qui n’existe pas » tiré de « Garimpo » texte superbe dans lequel Helena une photographe vit une expédition semi onirique matinale dans une fazenda familiale de l’état Sao Paulo, ou revivant un passé marquant ou elle assistait avec ses frères à l’abattage des bœufs, elle tente désespérément de sauver un veau pris dans la boue avant de se résigner à le faire tuer pour arrêter les horribles bêlements de sa mère.

Patricia Melo rate sa cible dans un glauque triangle amoureux de « Je t’aime » tiré de « Escrito no escuro » et Fernando Bonassi nous éclaire par la lucidité de son analyse sur la difficulté du statut d’écrivain moderne dans « Littérature contemporaine ».

La profondeur de « Condition du temps » d’Adriana Lunardi narrant une cérémonie d’enterrement du point de vue de l’esprit de la défunte émeut aux larmes, quand à Paulo Scott, il prend aux tripes en narrant dans « Amorces vers l’abime » le choc d’une femme Madalena qui n’intègre pas la mort de son mari poète Juliano qui dénonçait les crimes des favelas.

« La parasite » d’Eliane Brum raconte une incroyable histoire ou une femme dévore ses amants à la manière d’un serpent, tandis qu’Adriana Lisboa nous divertit avec « Le succès » nouvelle légère sur le quotidien de jeunes adolescentes de Rio de Janeiro influencée par les Etats-Unis.

Dans « Outsiders », José Luis Passos explore dans un style austère le douloureux passé d’un émigré Hongrois au Brésil après la Seconde guerre mondiale, puis Michel Laub s’intéresse dans « Animaux » un peu décousu à la fragilité de l’existence, que ce soit celles des animaux ou de proches.

Pas grand-chose à dire sur la courte scène de ménage de « Coexistence » de Carola Saavedra, qui précède l’énorme choc émotionnel de « Mains vides » de Rogeirio Pereira dans lequel un adolescent décrit la folie de son père ou le coté tabou de « Francisco n’a pas de conscience » de Andrea del Fuego dans laquelle une modeste employée de banque séduit un vieillard à demi paralysé pour finir par partager sa vie et s’approprier ses biens.

Paloma Vidal refait le coup du voyage aux sources en Argentine dans « Ainsi va la vie » tiré de Mais ao sul.

L’émotion est encore au rendez vous de « Temps perdu » de Tatiana Salem Levy ou Lucia met un collier dans le cercueil de son amant André avec qui elle a partagé des années de combat clandestin contre la dictature militaire.

Daniel Galera parle d’un amour d’enfance qui le poursuit à vie dans « Laila » et la jeune Luisa Geisler termine sur un irritant zapping international dans « Requiem pour un souvenir ».

En conclusion, « Brésil 25, 2000-2015 » n’échappe pas compte tenu du nombre important des auteurs, à une impression de relative inhomogénéité mais globalement la sélection de Ruffato est très bonne et permet de découvrir de nombreux talents.

Aux cotés des célèbres Paulo Lins et Milton Hatoum, d’autres belles découvertes comme Adriana Lunardi, Marçal Aquino, Beatriz Bracher, Paulo Scott, Andrea del Fuego voir Fernando Bonassi qui chacun dans leur style respectif provoquent la surprise, l’étonnement ou l’admiration.

A déguster avec avidité pour les plus curieux d’entre vous en quête de nouvelles littératures contemporaines.

Brésil 25, 2000-2015 (Luis Ruffato)
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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 18:36
While we're young (Noah Baumbach)

Changement radical d’ambiance après les flics gros bras avec « While we’re young » de Noah Baumbach.

Sorti en cet été 2015, « While we’re young » montre un couple de New-yorkais, Josh (Ben Stiller) et Cornelia Schrebnick(Naomi Watts) en pleine crise de la quarantaine alors que le premier, réalisateur de documentaire, piétine depuis huit ans à sortir son prochain film et que la seconde a semble t il tiré un trait sur toute possibilité de maternité.

En plein décalage avec Fletcher (Adam Horovitz) et Marina (Maria Dizza) qui vivent intensément la naissance de leur enfant, Josh et Cornelia font la connaissance de Jamie (Adam Driver) et Darbie Massey (Amanda Seyfried) un couple d’une vingtaine d’années par l’intermédiaire d’un cours donné par Josh.

Egalement réalisateur de documentaire, Jamie se montre un parfait admirateur du travail de de Josh et les deux couples deviennent rapidement amis.

Appréciant la fraicheur et la générosité des Massey, Josh et Cornelia se mettent à les fréquenter, se rendant dans plusieurs soirées intello-artistiques.

Ils se détachent alors de leurs amis quadragénaires et vivent alors une seconde jeunesse à coups de cours de hip hop et de séances chamaniques péruviennes.

Josh accepte d’aider Jamie et l’accompagne pour filmer ses retrouvailles avec un ami d’enfance Kent (Brady Corbet) recontacté via Facebook.

L’entretien est émouvant lorsque Jamie avoue avoir pris modèle sur Kent athlète et poète pour faire face au cancer de sa Mère puis prendre une dimension supplémentaire lorsqu’on découvre que Kent est un vétéran d’Afghanistan multi décoré ayant du mal à reprendre une vie normale dans le civil.

Alors que lui-même a les plus grande peines à boucler son film trop long et ambitieux, Josh présente Jamie à son beau père le célèbre réalisateur Leslie Breibart (Charles Grodin) tout en refusant les conseils d’un homme dont il cherche à se détacher de l’ombre trop envahissante à ses yeux.

Si on met de coté des histoires de flirts sans conséquences lors de l’étrange session chamanique, l’histoire entre Josh et Jamie prend une autre tournure lorsque ce dernier décroche un financement avec un producteur qui accepte de sortir le film.

Dévoré par la jalousie, Josh comprend que Jamie a utilisé l’appui de Leslie pour approcher un producteur mais l’a également manipulé en truquant son reportage avec Kent.

Tombant de haut, Josh se rebelle, retourne voir Kent et Darbie en passe de séparation avec l’ambitieux jeune homme pour confirmer ses craintes et accumuler des preuves.

Il se rend ensuite à une soirée d’avant première du film à laquelle assistent Cornelia et Leslie et tente de discréditer son rival, sans succès.
Se rabibochant avec Cornelia, le couple décide de tirer profit de cette expérience pour se remettre en question, reconnaitre que Josh se cache derrière un film interminable et invendable pour ne rien faire et décide de se rendre à Port au Prince pour adopter un petit Haïtien.

En conclusion, « While we’re young » emboite le pas à « Greenberg » de la même réalisatrice en 2010 en montrant un Ben Stiller dans un registre différent, plus intime et intellectuel loin des énormes blockbusters dans lequel il officie régulièrement.

Intelligent et sensible, « While we’re young » traite de la crise de la quarantaine, entre rêves de jeunesse qui s’envolent peu à peu, premiers pépins de santé et désir de ne pas laisser tout à fait filer les choses.

Face à un jeune homme ambitieux et manipulateur derrière une façade sympathique et cool, les quadragénaires n’y voient que du feu et tombent dans le panneau.

Du coté plus négatif, on reprochera au film une certaine branchitude se caractérisant par un langage crypté aux propos incompréhensibles visant à en masquer la vacuité et le jeu particulièrement agaçant et maniéré d’Adam Driver.

On trouvera donc le film un tantinet moins touchant et réussi que la précédente collaboration entre Stiller et Baumbach.

A réserver donc aux quadra en mal de repères ?

While we're young (Noah Baumbach)
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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 19:57
Lolita (Stanley Kubrick)

« Narcisa » de Jonathan Shaw ayant laissé quelques traces, je me suis logiquement dirigé vers « Lolita » l’adaptation de Stanley Kubrick du roman de Nabokov.

Sorti en 1952, « Lolita » montre un écrivain américain d’âge mur, Humbert Humbert (James Mason), faire irruption chez un réalisateur excentrique Clare Quilty (Peter Sellers) pour le menacer à l’aide d’une arme à feu.

Troublé et désespéré, Quilty cherche par tous les moyens à détourner l’attention de son agresseur à l’aide d’un verbiage permanent et de proposition loufoques : parties de ping-pong, compositions de piano… mais ceci ne détourne par Humbert de son explosive vengeance qui le fait finalement tuer le malheureux.

Puis sans le savoir le spectateur remonte le temps, retrouvant Humbert en pleine phase d’installation dans une petite ville du New Hampshire.

Malheureusement pour lui, Humbert tombe sous le charme de Lolita Haze (Sue Lyon), la fille de sa logeuse, âgée d’une quinzaine d’années.

Incapable de résister à cette attraction surpuissante soigneusement entretenue par le caractères ambigu et rebelle de la jeune fille, Humbert prend le logement et accepte d’épouser la mère, Charlotte (Shelley Winters) veuve en quête d’un nouveau mari pour briser le cercle infernale de sa solitude.

Les disputes sont continuelles entre Charlotte et Lolita qui tient tête et refuse son autorité à tel point que ceci se termine par un placement de la jeune fille en pension.

Privé de son égérie, Humbert a toutes les peines du monde à contenir ses pulsions de meurtre à l’égard de sa femme.

Le voile se déchire finalement lorsque Charlotte lit son journal intime, découvrant ses pensées profondes et les termes peu élogieux dans lesquelles il décrit sa femme.

La réaction de Charlotte est brutale et se solde par un départ précipité dans lequel elle meurt renversée par une voiture.

Tout en singeant l’affliction, Humbert manœuvre pour récupérer Lolita, lui mentir sur le sort de sa mère pour ensuite lui révéler la réalité et l’emmener dans une folle cavale d’hôtels en hôtels ou il peut ainsi devenir son amant.

Après avoir croisé Quilty dans une réception, le « couple » étrange s’établit dans une autre petite ville mais le tempérament léger et épris de liberté de Lolita s’accommode fort mal avec le désir de possession de Humbert qui lui interdit toute sortie non autorisée et de fréquenter les jeunes de son âge.

Il faut l’intervention du mystérieux prof de piano allemand de Lolita, le Docteur Zempf pour fléchir la volonté d’Humbert et laisser sa belle fille s’inscrire dans la troupe de théâtre de son école.

Mais les mensonges de Lolita irritent au plus haut point Humbert qui trop jaloux la convainc de quitter une nouvelle fois la ville pour fuir un hypothétique policier lancé à leurs trousses.

Après beaucoup d’angoisses sur la route, Lolita tombe malade et doit se faire hospitaliser.

Humbert reçoit un coup de fil anonyme très menaçant le traitant de malade mental ce qui le pousse à se ruer à l’hôpital pour découvrir que Lolita a pris la fuite avec un mystérieux « oncle ».

Désespéré, Humbert reçoit finalement une lettre de Lolita lui annonçant qu’elle était mariée avec Dick Schiller (Gary Cockrell) et avoir un grand besoin d’argent.

Lorsqu’il se rend chez le jeune couple, Humbert tente de convaincre Lolita de quitter son mari pour revenir vivre avec lui mais celle-ci refuse, en raison d’une grossesse.

L’insistance de Humbert aboutit à ce que Lolita lui annonce tout de sa relation avec Quilty, qui a profité de l’aura de sa condition de réalisateur pour la charmer, lui faire miroiter des rôles au cinéma puis abuser de sa naïveté/jeunesse.

La révélation de cet amour réel pour Quilty est un choc insupportable pour Humbert qui part le cœur brisé en ayant remis à sa douce protégée l’argent qu’elle demandait.

Pour en finir, Humbert se rend chez le réalisateur… et une voix off annonce son décès par crise cardiaque avec son procès pour meurtre.

En conclusion, « Lolita » est un vieux film au charme encore incroyablement vénéneux malgré la censure qui s’exerçait encore à l’époque.

Kubrick réussit avec brio a porter ce sujet difficile, la passion insensée d’un homme mur pour une adolescente, le décalage profond du à leur âge et la souffrance engendrée par la jalousie.

Amoral, scabreux, malsain, telle est l’histoire de « Lolita », qui à mon avis continuera d’inspirer pour longtemps les artistes en quête de tabous à briser.

Lolita (Stanley Kubrick)
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 13:51
Narcisa (Jonathan Shaw)

Le Brésil toujours mais sous un angle totalement différent avec « Narcisa » premier roman de Jonathan Shaw, ex tatoueur américain des stars du rock et du cinéma, proche notament de Johnny Depp.

Sorti en 2008, « Narcisa » est une volumineuse variation du « Lolita » de Nabokov version Rio de Janeiro.

Écrit sous la forme d’un journal, « Narcisa » raconte en 2003, la rencontre coup de foudre à Copacabana de Ignacio Valencia Lobos dit Cigano en raison des ses origines gitanes et Narcisa une adolescente de seize ans.

Âgé de plus de quarante ans, Cigano est un homme un perdu qui sort d’une prison mexicaine après avoir purgé une peine pour trafic de drogue et revient vers sa ville natale, son amour de jeunesse, Rio de Janeiro qu’il connait comme sa poche dans le but de se consacrer à l’écriture.

Bénéficiant d’un appartement en héritage d‘une tante adepte de Macumba, Cigano peut s’établir dans le quartier populaire de Catete et acheter une moto qui lui permet de se déplacer aisément en ville.

Le visage de madone, les longues jambes, la blancheur et les formes juvéniles de Narcisa frappent instantanément le vieux gitan tatoué et chevelu qui aborde fasciné la jeune créature.

D’emblée le dialogue est électrique, décousu voir complètement fou avec Narcisa, qui se déclarant comme une fille libre, sans attache, vivant ou bon lui semble, aligne sans sourciller tout un ensemble de théories mélangeant philosophie nietzschéenne, théories kabbalistiques et surtout violent rejet du monde tel qu’il lui parait.

Cigano emmène Narcisa chez lui et couche avec elle, entamant sans le savoir une relation incroyablement mouvementée.

Peu à peu Narcisa se dévoile à lui, évoquant un passé douloureux dans une petite ville de campagne de l‘état de Rio, l’absence de père, la pauvreté, la violence familiale puis une adolescence de fuyarde, partagée entre retraites mystiques dans les profondeurs de la jungle, défonces en tout genre et prostitution auprès de routiers afin de subvenir à ses besoins.

Cette histoire emplie de souffrances trouve un écho en Cigano, lui-même accidenté par la vie et hanté par une terrible malédiction s’abatant sur les gens de sa race.

Avec une incroyable tolérance, Cigano qui a décidé de ne plus prendre ni drogue ni alcool après son séjour en prison, entretient sa jeune compagne, lui fournissant de quoi s’approvisionner en drogue.

Le sexe occupe une place importante dans leur relation et rapidement, Cigano développe à ce sujet une très forte dépendance envers Narcisa.

Mais il comprend après un plan à trois avec une petite prostituée, qu’en réalité Narcisa déteste les hommes et ne les considère que comme une source d’argent.

Derrière la façade rebelle et bohème de l’adolescente se cache une réalité plus sordide, la dépendance à la drogue et la prostitution à Copacabana auprès de gringos étrangers de passage.

Un autre personnage ne tarde pas à faire son apparition dans la vie des deux amants, le dénommé Doc, mystérieux fonctionnaire bedonnant entre deux âges, se présentant comme le « tuteur » ou le « protecteur » de Narcisa.

Déjà animé par la jalousie, Cigano exige des explications mais Narcisa qui avec une répartie déroutante lui assure que sa relation avec Doc est platonique, intellectuelle, qu’elle tient le vieil homme sous sa coupe en lui sous tirant de l’argent à volonté.

Les explications tirées par les cheveux de Narcisa ajoutées à la relative apparence d’inoffensivité du Doc, qui recule vite face aux intimidations physiques, suffisent à apaiser relativement Cigano qui doit pourtant se rendre à l’évidence : sa muse est une prostituée toxicomane.

Ceci ne suffit pas à détourner Cigano de sa passion dévorante qui lui fait endurer les crises continuelles de Narcisa, capable d’insulter, provoquer des bagarres en pleine rue pour des motifs en apparence futiles, de retourner son appartement ou de voler ses affaires afin de se faire un peu d’argent.

Connaissant l’ascendant qu’elle a sur son amant plus âgé, Narcisa n’hésite pas à exercer un chantage affectif, le menaçant de le quitter ou de retourner se prostituer si il ne cède pas à ses moindres caprices.

Le lecteur suit donc cette alternance de ruptures/réconciliations chaotiques jusqu’au jour ou Narcisa disparait pour de bon, partie épouser un riche américain israélite du nom de James Gold.

Privée de son égérie, Cigano éprouve les affres du manque et tente vainement de combattre cette irrépressible sensation de dépression fréquentant les plages (Ipanema, Copacabana), les prostituées du quartier Vila Mimosa puis en voyageant un peu, sans succès loin de l’enfer urbain de Rio de Janeiro.

Puis alors qu’il ne pensait jamais revoir Narcisa, Cigano la retrouve méconnaissable dans la rue.

Elle semble amaigrie, sale et vieillie prématurément à seulement 19 ans.

Cigano reconnait toute de suite les effets du crack et vole sans hésiter au secours de sa protégée.

Peu à peu il découvre ce qui s’est passé avec Gold, le voyage en Israël pour la présenter à la famille, la vie de femme au foyer oisive à New-York pendant que Monsieur travaille, puis l’instabilité chronique de Narcisa se réveillant avec la mise en pratique des mécanismes d’emprise mentale sur le mari dépassé par la furie qu’il finit par trouver chez lui.

Malgré un début de carrière réussi dans le monde du tatouage branché de New-York, Narcisa craque une nouvelle fois, quitte son beau domicile et fréquente les franges de marginaux du Bronx et de Harlem.

Dans la rue, elle rencontre le crack et devient accro, vivant de passes en passes minables pour se procurer la prochaine dose.

Les ravages sont immédiats finit par quitter les Etats-Unis pour échouer dans l’enfer de Crackolandia à Sao Paulo, le ghetto des drogués de la ville.

Mue par un ultime réflexe de survie, elle quitte Sao Paulo pour Rio afin d’échapper aux menaces de mort des policiers payés par les commerçants pour nettoyer périodiquement la zone.

Se sentant en mission pour sa propre rédemption d’ex toxicomane, Cigano en frémissant le récit des épouvantables aventures de Narcisa au pays des Yankees et accepte une nouvelle fois de la prendre sur son aile.

Il comprend pourtant qu’il est bien démuni face aux ravages du crack et regarde impuissant son amour s’enfoncer chaque jour un peu plus dans la folie et l’auto destruction.

Le comble est atteint lorsque Cigano accepte par amour d’aller chercher de la drogue à Narcisa en s’enfonçant la peur au ventre dans les favelas de la Boca ou de Sante Teresa, ou de jeunes voyous lourdement armés exercent une loi impitoyable.

Mais Narcisa semble de plus en plus incontrôlable, rentrant et fuguant, allant se défoncer avec d’autres marginaux pseudo artistes ratés de la Casa Verde, se prostituer dans un motel de Lapa, ou n’hésitant pas à se rendre elle-même dans les favelas pour s’approvisionner en drogue.

Rongé d’inquiétude, Cigano prend lui aussi des risques et sillonne sur sa moto les rues de Rio pour retrouver sa belle dans l’espoir de la préserver un peu de cet enfer.

Narcisa a un ultime sursaut en acceptant de quitter Rio pour revenir dans son village natal de Penedo et se sevrer loin des tentations de la ville mais l’expérience tourne au fiasco intégral, l’emprise du crack s’avérant malgré tout trop forte.

De retour à Rio, Cigano doit en plus des crises toujours plus violentes de sa compagne, lutter contre le Doc, qui tente avec la complicité de sa mère de la faire interner en hôpital psychiatrique pour subir des traitements dangereux à base d’électro chocs visant à la détruire plutôt qu’à la soigner.

Cigano résiste, menace mais vit avec la peur au ventre d’une descente de police pour lui enlever Narcisa.

C’est pourtant elle qui part après une ultime dispute, d’une violence paroxysmique avec blessure superficielle au couteau et destruction de son totem, l’orisha Ogum.

Mais Cigano qui a consulté une prêtresse du Candomblé et son vieil ami Mateus Segatto, qui a connu la même situation de dépendance que lui avec une jeune putain toxicomane, a maintenant compris qu’il a accompli son destin, réalisant vers sa propre rédemption après avoir enduré l’enfer aux cotés de Narcisa.

Le vieux gitan demeure donc assez fort pour ne pas replonger une nouvelle fois et l’esprit enfin apaisé, laisse partir à tout jamais, la comète qui bouleversa sa vie pendant quelques années.

En conclusion, « Narcisa » est un chef d’œuvre contemporain, un roman d’une grande force qui parlera à tous ceux ayant été victime d’une intense passion amoureuse, capable d’engendrer des mécanismes vicieux de dépendance et d’emprise psychologique.

Le style magnifique de Shaw, à la fois fluide, puissant et vivant est pour l’essentiel dans ce résultat et porte le lecteur envouté par cette macabre danse de Salomé tropicale pendant plus de 400 pages de pure délectation.

Derrière cette histoire d’amour de marginaux cabossés par la vie, se cache la fascination d’un homme en quête de rédemption fasciné par l’intelligence, la sensibilité et la lucidité d’une femme trop libre et sauvage pour s’intégrer dans un modèle de société « normale ».

Enfin pour terminer, Shaw en bon carioca qu’il fut, excelle dans la description de l’underground de Rio de Janeiro, avec des avis captivants et sans concession sur la vie sans but dans les favelas rongées par le trafic de drogue, la poussée des églises évangélistes, les policiers violents et corrompus taxant les habitants pour les laisser tranquilles mais aussi le Carnaval de Rio transformant la ville en gigantesque bordel pour gringos du monde entier venant tout claquer en quelques jours dans les bars et les prostituées.

Même si « Narcisa » reste un roman hors norme traitant de sujets difficiles, je ne peux qu’en conseiller la lecture qui vous emportera comme un fétu de paille.

Pour moi, LA lecture de l’été…

Narcisa (Jonathan Shaw)
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