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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:52
Fin (Fernanda Torres)

Nouveau coup de projecteur sur la littérature brésilienne contemporaine avec « Fin » premier roman de l’actrice Fernanda Torres, présente au salon du livre de 2015.

Sorti en 2013, « Fin » relate le destin de cinq copains du Rio de Janeiro des années 70.

Alvaro est le premier d’entre eux a être honoré avec le portrait d’un vieil homme de 80 ans dont la vie a toujours été entaché d’un problème d’impuissance qui a conduit sa femme Irène à le tromper et le quitter avec Jairo un maitre nageur de son club de piscine.

Solitaire, amer et diminué physiquement, Alvaro finit tristement sa vie renversé par une femme en voiture à Copacabana.

Son enterrement dirigé par le père Graça, provoquent une émotion insoupçonnée chez Irène trainée presque de force par sa fille Rita.

Vient ensuite le tour de Silvio, qui a laissé tombé sa femme Norma et un confortable emploi de fonctionnaire à la Banco do Brasil, pour suivre sur un coup de tête Suzana, une jeune hippie-junky de Bauru, qu’il a ravi à son copain Ribeiro.

Silvio va vivre plusieurs mois de défonce et de liberté sexuelle en ménage à trois avec Brites, une autre jeune femme bisexuelle de Porto Alegre.

Finalement quitté par Suzana, Silvio erre seul dans le Centre de Rio avant de mourir seul d’une overdose en pleine rue.

Ribeiro, le sportif de l’équipe qui donnait des cours de gym ou de volley ball sur la plage de, aura connu un âge mur obsédé par la jeunes vierge, mourant d’une crise cardiaque occasionnée par une surdose de viagra à la veille d’un rendez vous galant avec une nymphette nommée Alda.

Contrairement à ses amis l’étalon Ribeiro est incinéré et ses cendres dispersées sur la plage de Botafogo.

Un long passage est ensuite consacré à Ruth qui fut la femme de Ciro, le beau parleur érudit et musicien de la bande, qui séduisait toutes les femmes.

Malgré la naissance d’un enfant, Ciro n’en continua pas moins sa vie de cavaleur ce qui rendit folle de jalousie Ruth.

Le Don Juan fut emporté aussi subitement que mystérieusement par une tumeur maligne extrêmement agressive et laissa Ruth dévastée s’éteindre à petits feux.

La dernière partie du livre permet cependant de réaliser que même cloué sur un lit d’hôpital après une opération de la dernière chance, Ciro réussit à convaincre une Maria Clara jeune infirmière de lui procurer quelques derniers instants de plaisir et de le débrancher pour abréger ses souffrances.

Neto le mulâtre connut lui aussi une passion pour Célia, belle mulâtresse comme lui mais ne supporta pas sa mort prématurée par rupture d’anévrisme et s’enfonça dans un cycle infernal de dépressions et de médicaments.

Pour finir le père Graça qui a supervisé les obsèques des cinq homme abandonne ses fonctions de prêtre à Rio de Janeiro et part se consacrer à une organisation écologique dans le Mato Grosso.

Au cours d’une exploration forestière il reçoit une balle et voit aussi sa dernière heure arriver.

En conclusion, « Fin » est une œuvre surprenante, profonde et puissamment écrite.

Torres nous fait vivre avec talent et maitrise le destin croisé de ces cinq copains de la même génération aussi différents les uns que les autres et parvient à nous émouvoir en nous montrant comment une vie se déroule en accélérée jusqu’au point que bien souvent personne ne veut prendre en considération : la fin, qu’elle soit brutale ou l’aboutissement d’un long processus de vieillissement.

On ressort donc charmé, bouleversé et admiratif par la qualité de ce roman hommage avec en toile de fond les beaux quartiers d’un Rio de Janeiro finalement assez discret.

Espérons donc que « Fin » ne soit que le début d’une longue œuvre littéraire !

Fin (Fernanda Torres)
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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 21:13
Invictus (Clint Eastwood)

Tous les lecteurs de ce blog connaissent mon admiration pour Clint Eastwood aussi Est-ce avec un grand plaisir que je vais m’atteler à la chronique de « Invictus ».

C’est en 2009 très peu après un « Grand Torino » crépusculaire que sort ce film dédié à l’action de Nelson Mandela lors de la Coupe du monde de rugby en 1995.

Libéré en 1990 après 27 années de captivité, Mandela (Morgan Freeman) devient président d’Afrique du sud et doit composer avec un pays divisé entre les Noirs pauvres et majoritaires et les Blancs qui détiennent encore le pouvoir économique.

Souhaitant l’unification d’un pays divisé par des années d’apartheid, Mandela va tirer profit de la Coupe du monde de rugby organisée en Afrique du Sud pour apaiser les tensions raciales.

Pour cela il commence par mixer son service de sécurité en mélangeant flics noirs géré par Jason Tshabalala (Tony Kgoroge) et forces spéciales blanches gérée par Etienne Feyder (Julian Lewis Jones), puis convoque François Pienaar (Matt Damon), le capitaine des Springboks pour un entretient particulier afin de redonner confiance à une équipe méconnaissable accumulant défaites sur défaites.

Tout en agissant sur les Boks afin de les amener à se rendre dans les townships pour faire des démonstrations auprès des jeunes Noirs, Mandela demande aux cadres de son parti de l’ANC de soutenir massivement un sport jadis réservé à l’élite blanche.

La préparation des Boks s’achève par une visite de la cellule on était détenu le président durant ses longues années de captivité.

Lors du tournoi, l’effet Mandela semble agir puisque les Boks gagnent leur match devant une foule de plus en plus unie auteur de ses champions.

Le jour de la finale face aux redoutables All Blacks qui étaient largement favoris en raison de la présence de Jonah Lomu (Zak Feau‘nati), les Boks se surpassent et arrachent la victoire face à un pays entièrement acquis à leur cause.

En conclusion, bien que filmé avec savoir faire, « Invictus » un film d’un classicisme et d’une plateur absolue.

Eastwood réalise ici en pilotage automatique autour des ses deux stars, un Freeman vieilli et un Damon alourdi pour son rôle, sans prendre un centième de risque.

Le résultat est un film affreusement politiquement correct, d’une fadeur atroce qui ne séduira que les amateurs de rugby (et encore !) en raison des phases de jeu filmées avec la classe habituelle du réalisateur.

Immense déception donc après l’enchantement d’un « Grand torino » et sans doute le plus mauvais film qui m’ait été donné de voir de toute la carrière de ce génie du cinéma qu’est le grand Clint !

Invictus (Clint Eastwood)
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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 13:20
Samba triste (Jean-Paul Delfino)

Le Brésil toujours avec « Samba triste » de Jean-Paul Delfino, écrivain marseillais mais brésilien de cœur.

Sorti en 2008, « Samba triste » évoque une période dite noire pour le Brésil, les années de dictature ou les généraux étaient au pouvoir entre les années 60 et 80.

Journaliste de Globo et opposante politique exilée à Marseille avec son jeune fils Jorge, Lucina Zumbi décide en 1972 de revenir dans sa ville à Rio de Janeiro après avoir reçu l’autorisation des autorités.

Mais dès son arrivée à l’aéroport elle est interceptée par le SNI, le Syndicat National d’Information la police secrète du gouvernement qui lui fait subir un interrogatoire afin de lui intimer de se tenir à carreau.

Tétanisée par le souvenir des séances de torture, Lucina se promet pour Jorge de rester à distance de la politique en se cantonnant à des critiques musicales pour Globo et reprend peu à peu ses habitudes à Rio auprès de son père Bartolomeu et de sa mère Eilis, personnages emplis de spiritualité de la religion du candomblé, le vaudou brésilien.

La ville qu’elle retrouve la surprend par l’explosion de la pauvreté et de la violence.

Les favelas ont poussé comme des champignons sur les morros de la ville, gangrenant la ville en charriant ses hordes de gosses des rues, les pivetes qui mendient, volent ou se prostituent pour simplement survivre ou se droguer.

Lucina fait néanmoins quelques belles rencontre, le père Thomas Fragoso qui aide les pivetes et Ze Biscate, un de ces gosses qu’elle prend en amitié.

Dans les hautes sphères du pouvoir, Haroldo de Mello tire les ficelles demandant à Paulinho Domar da Cunha, le chef du SNI et ex amant de Lucina, d’utiliser tous les moyens pour faire évacuer la favela de Catacumba et pouvoir ainsi bâtir des résidences haut de gammes pour touristes avec vue sur le Corcovado.

Mais Catacumba ne se laisse pas faire, les habitants se coalisant en associations afin de résister à l’expropriation forcée.

C’est alors que Domar entre en action, agressant ceux qui ne veulent pas se faire acheter ou céder à l’intimidation.

Bien entendu, les favelados ne pèsent pas lourd face à l’armée et les bulldozers finissent par démolir un des multiples verrues défigurant le Rio maravilhoso des cartes postales.

Muté dans le Nord du pays ou il s‘emploie à aider les classes les plus pauvres, Thomas entretient une correspondance enflammée avec Lucina, lui déclarant son amour, qui s’avère du reste réciproque.

Proche des décideurs qui ouvrent volontairement le Brésil aux capitaux étrangers pour s’enrichir, Paulinho mène en réalité un double jeu, continuant devant son père et Bartolomeu à se prétendre comme le protecteur de Lucina mais menant en secret une étroite surveillance de son ex petite amie qui se rapproche de plus en plus des mouvements d’oppositions clandestins de gauche.

Lorsque Thomas revient à Rio et mettant de coté son engagement de prêtre, pour devenir l’amant de Lucina, la jalousie de Paulinho explose et le tout puissant directeur du SNI décide en profitant du passe droit que lui offre de Mello, de faire liquider le prêtre.

Les Escadrons de la mort, groupes d’élite de la police, recruté pour leur violence et leur absence de remords, sont alors envoyés pour rafler et tuer les pivetes, déclarés « bêtes noires » par de Mello.

Lors de l’assassinat de Thomas, Dido, un pivete proche de Biscate devenu un trafiquant respecté de tous dans les favelas de Rio, voit Paulinho sur place et devient un témoin clé dans son implication.

Après quelques péripéties, Ze parvient à prévenir Lucina qui découvre horrifié les mensonges de Paulinho.

La mort Thomas et l’implication de Paulinho, sont un électrochoc pour Lucina qui décide, avec l’aide de Ze de Rio, de pénétrer dans Rocinha la plus grande favela de Rio pour observer le quotidien de misère et désespoir des habitants puis celui des pivetes opérant à Copacabana, Ipanema ou Leblon.

En 1985, sous la poussée des mouvements populaires et libertaires du Brésil, les militaires sont contraints de laisser la place à un système plus démocratiques.

Cette ouverture relâche la censure sur les médias et permet à Lucina, soutenue par la direction de Globo de publier des articles décrivant la réalité du quotidien des laissés pour compte du Brésil.

En couple à présent avec Roberto Guimarães, journaliste réputé de Globo au sein duquel travaille également Jorge également passionné à 20 ans par le journalisme, Lucina assiste au tournant décisif avec l’élection de Tancredo Neves opposant à la dictature par le congrès.

Inquiété par ce revirement les Etats-Unis de Ronald Reagan sont soupçonnés d’avoir assassiné Neves qui incarnait l’espoir de tout un peuple au profit de José Sarney, réputé plus favorable à leur régime.

La mort de Neves est une commotion nationale pour tout le Brésil mais vient télescoper celle de Eilis, parti rejoindre ses ancêtres.

Peu après, Bartolomeu part rejoindre sa chère au cours d’une belle nuit étoilée bénie par le Corcovado.

En conclusion, « Samba triste » est un roman particulièrement abouti et documenté, se penchant sur une période assez oubliée de l’histoire, celle de la dictature militaire qui enserra dans une poigne de fer la population pendant une vingtaine d’années.

On retrouve certes les clichés négatifs souvent associé au Brésil et à Rio de Janeiro en particulier, c’est-à-dire la violence, la misère et le désespoir des favelas poussant des enfants sur le chemin de la drogue, de la prostitution ou des gangs.

La corruption et la violence agite aussi les hautes sphères de la politique et de la police dont les célèbres Escadrons de la mort, tristement célèbres mis au service d’assassinat politiques ou de simples opérations de « nettoyages ».

Delfino brosse donc un portrait particulièrement sombre et déprimant de Rio de Janeiro par les yeux d’une journaliste revenant au pays pour témoigner.

Un livre intéressant donc même si souvent caricatural dans ses personnages et dans ses descriptions de Rio qui ne se limite pas au clivage Copacabana/Favelas.

Samba triste (Jean-Paul Delfino)
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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 09:56
Deux frères (Milton Hatoum)

La littérature brésilienne contemporaine avec « Deux frères » de Milton Hatoum.

Sorti en 2000, « Deux frères » raconte dans le Brésil d’après Seconde guerre mondiale, le destin de deux jumeaux Omar et Yacub, tous deux fils d’émigrés libanais vivant à Manaus capitale de l’état de l'Amazonas.

Leur père Halim est un petit commerçant qui fait vivre modestement sa famille et est fou amoureux de sa femme Zana elle aussi d‘origine libanaise, qu’il a séduit en lui déclamant un ghazal, un poème arabe qu’on ami artiste lui avait recommandé.

La relation entre Halim et Zana, est passionnée, puissamment sexuelle et a donné au couple une fille Rania après la naissance des jumeaux.

L’histoire, raconté du point de vue du fils de Domingas, une Indienne devenue la domestique du couple, met surtout en avant l’opposition entre les deux frères aussi différents de caractère qu’on puisse imaginer.

Le premier incident entre eux intervenu dans une soirée cinéma ou Omar taillade la joue de Yacub pour une histoire de jalousie à propos de Livia la fille d‘un couple d‘amis, pousse Halim a envoyer ce dernier pendant un an au Liban.

Il en reviendra changé à treize ans, distant, parlant mal portugais et découvrant qu’en son absence Omar a pris ses aises en tant que roitelet de la maison.

La rage froide de Yacub s’exerce dans les études ou ses brillantes capacités intellectuelles notamment en mathématiques le font remarquer par ses professeurs tandis que son frère se fait volontairement un cancre indiscipliné et bagarreur, passant ses jours et ses nuits à sortir plutôt qu’à étudier.

Aussi lorsque en 1949, Yacub a la possibilité de partir étudier dans une école d’ingénieur polytechnique à São Paulo, il se rue sur cette occasion de partir en mettant pratiquement devant le fait accompli ses parents.
Au sein de la mégalopole du sud du Brésil, Yacub continue son ascension sociale, se spécialisant en construction civile par la force de son travail et de sa discipline.
Souhaitant qu’Omar prennent exemple sur son frère, Halim et Zana l’envoient également étudier à São Paulo mais après voir un instant fait mine de se ranger, le jeune homme quitte la ville pour les États-Unis en volant le passeport et l’argent de Yacub.

Yacub garde sa rage pour lui mais se fait de plus en plus distant avec sa famille de Manaus.
Il se marie à São Paulo mais ne révèle pas l’identité de sa femme.
Finalement les deux frères se retrouvent une nouvelle fois dans la maison familiale de Manaus.
Omar est toujours un bon à rien fantasque, qui rentre ivre mort à l’aube de ses sorties et coucheries pour dormir dans son hamac jusqu’à midi.
Sa jalousie haineuse pour son frère est à son comble et se solde par des bagarres continuelles.
Mais Omar finit également par se révolter face à sa mère Zana, qui a toujours chassé impitoyablement toutes les « fiancées » qu’il ramène à la maison.
Après une violente altercation, Omar quitte le foyer familial et va vivre comme un vagabond avec sa dernière conquête, une belle Noire appelée Bois-mulâtre
Fous d’inquiétude, ses parents le cherchent partout dans le vaste dédales de rivières et d’iles que forment l’Amazonie.
Halim qui a embauché un vieux pisteur boiteux pour l’aider dans ses laborieuses recherches finit par le retrouver se cachant sur un petit bateau avec sa belle, passant d’ile en ile et vendant son poisson sur le marché pour survivre.
Dans un état pitoyable, Omar est finalement ramené manu militari dans le foyer familial.
La mort d’Halim ne réconcilie pas les deux frères, l’éternelle célibataire Rania se contenant de continuer à gérer seule avec un certain talent les affaires du magasin.
Mais l’arrivée d’investisseurs étrangers cherchant à prospérer dans le développement de Manaus va changer la donne, l’un d’entre eux appelé Rochiram, un Indien beau parleur réussissant à convaincre les deux frères de travailler avec lui.
Malgré sa méfiance, voulant sans doute faire plaisir à Zana qui souhaite toujours une impossible réconciliation entre les frères, Yacub accepte de participer au projet et s’investit dans les calculs des constructions.
Ceci ne plait pas à son frère qui l’agresse violemment, le laissant le visage tuméfié.
Le temps pourtant finit par rattraper la famille.
Domingas meurt paisiblement dans le hamac familial révélant à son fils peu avant sa mort le terrible secret de son viol par Omar et de cette paternité cachée.
Yacub n’est pas non plus exempt de secret, a lui de son coté épousé Livia à Sao Paulo.
Rochiram refait aussi surface, menaçant d’attaquer en justice pour des pertes financières que lui auraient fait subir Omar et Yacub.
Paniqué, Rania n’a pas d’autre solution que de faire vendre la maison familiale pour éponger les dettes supposées de ses frères.
Cette vente est un déchirement pour Zana qui se laisse mourir peu après.
Le tempérament impulsif d’Omar et son amitié avec un professeur de lettres, Antenor Laval poète à ses heures, arrêté et exécuté par la police militaire en 1964 en raison de sa proximité supposée avec l’opposition, le conduisent lui aussi en prison.
Seule Rania continue à le soutenir jusqu’à sa sortie.
Lorsqu’il refait surface après deux ans d‘emprisonnement, il apprend que Yacub a engagé des avocats pour le pourchasser et lui faire payer ses violences.
Omar n’a donc plus d’autres choix que mener une vie de fugitif.
Lorsqu’Omar repasse une dernière fois dans la maison devenue la propriété de Rochiram, il fait face à son fils, eu avec Domingas, mais préfère une nouvelle fois tourner les talons plutôt que d’avouer sa faute.
En conclusion, sur un sujet en apparence déjà brillamment traité, notamment par Guy de Maupassant dans « Pierre et Jean », « Deux frères » n’en est pas moins un ouvrage intéressant par son ambiance familiale d’une lourdeur étouffante, ses multiples rebondissements et son cadre dépaysant, l’Amazonie de l’après Seconde guerre mondiale.
Sans nul doute largement inspiré de son histoire personnelle de Brésilien descendant de Libanais, Hatoum réalise une brillante fresque familiale autour de deux jumeaux que tout oppose et parvient notamment dans la dernière partie de son roman traitant de la décadence, du vieillissement et des lourds secrets de famille refaisant finalement surface à émouvoir aux larmes.
Hatoum n’est sans doute pas Maupassant mais mérite assurément le respect pour ce type d’ouvrage. Les plus curieux d'entre vous seront heureux d'apprendre l'adaptation en mini série télévisée brésilienne de ce roman complexe et intense.

Deux frères (Milton Hatoum)
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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 17:56
La Vierge des tueurs (Barbet Schroeder)

En 2000, Barbet Schroeder adapte l’écrivain colombien Fernando Vallejo et sort « La Vierge des tueurs ».

Fernando (German Jaramillo) est un vieil écrivain à succès revenant dans sa ville natale de Medellin pour dit il y mourir.

Homosexuel assumé, il fait la connaissance au bordel d’Alexis (Anderson Ballesteros), un jeune voyou des quartiers pauvres qui se prostitue.

Tombant sous le charme du jeune homme, Fernando le prend sous son aile, l’invitant à vivre chez lui.

Amoureux, Fernando lui achète ce qu’il désire, nourriture, vêtements et chaine hi-fi sur lequel il doit endurer un éprouvant metal hardcore.

Mais Alexis qui se sait menacé de mort par un gang rival, est en permanence sur ses gardes, prêt à sortir son arme pour n’importe quelle raison.

Ce couple étrange déambule dans un Medellin changé, gangréné par une violence endémique.

Incapable de tenir sa langue, Fernando s’attire des ennuis qui dégénèrent rapidement et pousse Alexis à tuer un chauffeur de taxi, un braqueur des rues et même deux types belliqueux dans le métro.

Ecœuré par tant de violence, Fernando tente sans grande conviction de raisonner son jeune amant surtout après la mort d’un jeune batteur punk qui faisait trop de bruit la nuit en répétant.

Malgré ceci, la menace qui pèse sur les épaules d’Alexis est belle est bien réelle et oblige le jeune homme à abattre deux commandos d’assassins motorisés.

Tout en jouissant du corps juvénile du voyou, Fernando bien que non croyant écume les églises et cherche à retrouver les lieux de son enfance pour éprouver un dernier parfum de nostalgie.

Après la perte de son pistolet dans un égout ou se gémissait un chien blessé à mort, Alexis est rattrapé par son destin et abattu en protégeant de son corps Fernando.

Sa mort est un drame pour l’écrivain qui après avoir rendu visite à sa famille dans une favela misérable du nord de la ville, reséduit un autre jeune homme Wilmar (Juan David Restrepo) dans un centre commercial.

Fernando recommence le même cycle, couvrant Wilmar de cadeaux tout en profitant de sa jeunesse.

Lorsqu’il comprend que Wilmar est en réalité l’assassin d’Alexis, il pense à le tuer dans son sommeil puis se ravise, comprenant que Wilmar n’a fait qu’obéir à un infernal cycle de règlement de comptes entre bandes rivales.
Il propose alors à Wilmar à son tour menacé, de quitter la ville ce qu’accepte le jeune homme après avoir acheté et livré un frigo à sa mère qui vit dans une favela.

Mais Fernando apprend que Wilmar a été assassiné avant d’avoir pu réaliser leur projet commun.

Ébranlé, il disparait dans la nuit…

En conclusion, « La vierge des tueurs » est un film choc bousculant toutes les convenances pour livrer un désespoir brut qu’il est difficile à absorber.

Homosexualité flirtant avec la pédophilie, violence extrême dans une ville sans police ou on tue pour un oui ou un non et surtout nihilisme profond marqué par un rejet de toutes les valeurs traditionnelles : religion, politique, famille…sont les ingrédients du film d’un cinéaste habitué à sortir des sentiers battus.

On reste néanmoins choqué, écœuré et mal à l’aise sur le résultat qui offre de surcroit une image de Medellin et de la Colombie catastrophique et certainement erronée.

De mon coté, l'insupportable malaise prend donc le dessus sur la virulence du propos.

La Vierge des tueurs (Barbet Schroeder)
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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 21:09
Chasseur blanc, coeur noir (Clint Eastwood)

La carrière de Clint Eastwood avec « Chasseur blanc, cœur noir » réalisation toute personnelle assez peu connue sortie en 1990.
Adapté d’un roman de Peter Viertel qui parlait du tournage cauchemardesque de "African Queen" de John Huston, « Chasseur blanc, cœur noir » raconte le projet fou de John Wilson (Clint Eastwood), réalisateur américain qui décide sur un coup de tête de quitter son confortable manoir d’Angleterre, dans le but de tourner un film en Afrique.
Flanqué de son scénariste Pete Verill (Jeff Fahey), Wilson parvient à convaincre le producteur Paul Landers (George Dzundza) d’investir dans ce projet.
Excentrique et flamboyant, Wilson débarque avec son équipe au Zimbabwe avec comme autre objectif principal et moins avouable d’abattre un éléphant à l’aide des multiples fusils achetés avant de partir.
Logé dans un hôtel cossu, Wilson mène une vie confortable et oisive, se faisant remarquer par une spectaculaire sortie visant à insulter Miss Wilding (Charlotte Cornwell) sa propre secrétaire, qui tenait des propos extrémistes sur les juifs, malgré le fait que Verill lui ait signalé faire partie de cette communauté ou en se faisant rosser par le patron raciste de l’hôtel, un homme plus grand et jeune que lui (Clive Mantle ).
Remis de ses blessures, Wilson joue avec les nerfs des acteurs Kay Gibson (Marisa Berenson), Phil Duncan (Richard Vanstone) et producteurs dépêchés sur place comme Lockart (Alun Armstrong), Zibelinski (Alex Norton) pour suivre l’avancement du projet.
N’écoutant que sa curieuse passion, il prend un avion pour arriver sur les meilleurs spots de chasse à l’éléphant près du lac Victoria.
Guidé par le pisteur Kivu (Boy Mathias Chuma) il se trouve en position de tir mais est dissuadé par les autres membres du safari en raison du nombré élevé d’éléphants sur place.
Dès lors, Wilson va tout faire pour ne jamais tourner son film, invoquant prétexte sur prétexte, avant de se trouver finalement devant son éléphant et ne pas pouvoir tirer, seul le sacrifice de Kivu lui permettant d’avoir la vie sauve.
Eprouvé, Wilson comprend la vanité de sa quête et reprend sa caméra…
En conclusion, « Chasseur blanc, cœur noir » est un de ces films d’auteurs dans lesquels Eastwood pense plus à se faire plaisir qu’à faire plaisir au spectateur.
Jouant à merveille à casser son image de flic ou cow boy, l’acteur campe ici avec délectation un réalisateur fantasque prenant le dessus sur ses producteurs en leur imposant ses caprices.
Mis à part ce parti pris amusant et la beauté exotique des paysages africains, le film se traine un peu en longueur et insiste lourdement sur le racisme et l’anti sémitisme de manière peu subtile.
Un Eastwood mineur sans doute qui ne restera pas dans les annales de la longue carrière du grand Clint.

Chasseur blanc, coeur noir (Clint Eastwood)
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 12:55
Paris est une fête (Ernest Hemingway)


Ernest Hemingway est il le plus grand écrivain américain de tous les temps ?

Beaucoup le pensent sans doute ..

Pour tenter de me faire une idée je me devais de le lire un jour.

Ceci est fait avec « Paris est une fête » roman narrant le récit de la vie de l’écrivain américain à Paris dans les années 1921-1926 aux cotés de sa femme Hadley.

A cette époque, Hemingway ayant décidé de quitter le Canada, d’arrêter le journalisme et de changer de style connaît des difficultés financières car il ne parvient pas à écrire des romans et ses contes se vendent mal.

Il vit donc pauvrement à Paris, passe beaucoup de temps dans les cafés pour écrire, se promène dans le jardin du Luxembourg ou près des quais de Seine, va jouer aux courses à Longchamp non sans quelques remords.

Quand l’hiver est trop rude, il va en Autriche faire du ski.

Mais l’intérêt principal de ce livre réside dans la description d’anecdotes concernant les artistes qu’il fréquente à cette époque.

Il retrouve ceux ci souvent à la Closerie des Lilas dans le quartier du Montparnasse, célèbre pour avoir été historiquement le plus grand vivier artistique de Paris avec Montmartre.

Sont donc relatées de brèves rencontres avec des écrivains, des critiques littéraires, des poètes ou des peintres majoritairement anglo-saxons.

Ceci est donc l’occasion pour le lecteur de voir s’installer dans la vie quotidienne des Ford Madox, Ezra Pound, James Joyce, Evan Shipman que je ne connaissais pas avant d’avoir lu le livre.

Mais la personne la plus importante pour l’auteur dans ce Paris très intellectualisé est la poétesse et écrivain Gertrude Stein qui lui fait office de conseillère littéraire et de guide artistique alors qu’il traverse une période de doute et de remise en question sur son art et ses capacités.

On sent un beaucoup de respect et de tendresse pour cette femme de haut niveau intellectuel et plutôt rigide dans ses jugements.

L’autre « héros » du livre est l’écrivain Scott Fitzgerald le premier « mentor » d’Hemingway dont la présence occupe plusieurs chapitres d’un intérêt tour relatif à mes yeux.

Apparemment rien ne prouve que les deux hommes se soient côtoyés à Paris et il est du reste probable qu’Hemingway ait fantasmée certaines de ses rencontres.

« Paris est une fête » est pour moi une touchante déclaration d’amour d’un écrivain américain pour une ville qui l’a toujours inspirée par ses lieux, ses cafés, ses musées, ses monuments mais aussi par l’univers artistique foisonnant d’une époque exceptionnellement riche.

C’est aussi une belle photographie du Paris des années 20.

Paris est elle aujourd’hui toujours aussi magique ? Question à laquelle il est difficile de répondre.

Il paraît plus difficile d’y mener une vie de bohème, de vivre en se contentant de peu comme le faisait Hemingway dans ses jeunes années.

Elle s’est probablement embourgeoisée, la vie y est devenue chère, chassant sans doute quelques artistes en herbe et la plupart des Français n’apprécient plus tellement cette ville à sa juste valeur, qu’ils soient Parisiens ou Provinciaux.

Reste pourtant pour les étrangers sa légende qui n’a jamais pâli et à laquelle ce livre a certainement contribué de part le monde.

Et bien évidemment les mythiques restaurants de Montparnasse (le Dome, la Rotonde, La Closerie des Lilas) si souvent cités par Hemingway.

Pour ma part connaissant relativement bien Paris et trouvant les anecdotes trop superficielles ou trop sages, je n’ai eu qu’un intérêt modéré pour cet ouvrage.

Je n’ai pas été non plus très sensible au questionnement artistique d’Hemingway.

Je ne suis donc pas ressorti ébloui de cette lecture publiée il est vrai à titre posthume.

Paris est une fête (Ernest Hemingway)
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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 16:01
Depuis que la samba est samba (Paulo Lins)

Break autour de World War Hulk avec la littérature brésilienne de Paulo Lins.
Auteur connu mondialement après l’adaptation de son roman « La cité de Dieu » en série et film, Paulo Lins est également l’auteur de « Depuis que la samba est samba » sorti plus récemment en 2012.
« Depuis que la samba est samba » se déroule également à Rio de Janeiro, sa ville natale mais dans les années 1920 ou est née la musique samba dans les favelas juchées sur les collines (morros) de la ville.
Toute l’histoire ou presque a pour cadre de quartier de l’Estacio, situé au centre de Rio de Janeiro, près de la favela de São Carlos.
Ce quartier appelé communément la Zone dans le roman est connu pour être un haut lieu de la prostitution et dans une moindre mesure du trafic de drogue.
Les malandros, figures locales entrées depuis dans le folklore carioca en raison de leurs tenues élégantes, sont les souteneurs des prostituées et les maitres de la Zone, occupant leurs journées oisives à discuter, boire, arnaquer les gogos au jeu du bonneteau et à gérer leurs affaires.
En pareille ambiance, les rixes sont fréquentes avec les clients récalcitrants ou entre malandros et se règlent à coup de capoeira, couteaux ou pistolets.
Valdirène est la plus jolie prostituée du quartier, une déesse noire convoitée par Sodré, son client le plus assidu qui s’est mis dans l’idée de tuer son souteneur le noir Brancura.
Sodré échoue de justesse dans sa tentative et la haine devient farouche entre les deux hommes.
Lins développe ensuite ses personnages, s’intéressant tout d’abord au coté artiste de Brancura, qui sous les conseils du prêtre de candomblé Seu Tranca Rua, cherche pendant un temps à abandonner sa vie de malandro pour travailler et se consacrer à l’écriture de morceaux de samba.
Un temps docker puis contrôleur sur le port, Brancura fréquente Ismaël Silva, autre musicien du quartier à la vie plus rangée et axée sur la musique.
Pourtant Brancura n’a pas en lui la volonté de devenir musicien et ne tient pas longtemps dans ses bonnes résolutions, revenant trainer auprès des prostituées après un mariage raté avec une jeune Noire, Yvette, qu’il avait épousé après l’avoir violé.
A son retour il découvre avec stupeur que Sodré, le petit fonctionnaire portugais de la Banco do Brasil, a pris le contrôle d’une bonne partie des filles et surtout a l’exclusivité sur Valdirène, qui après avoir été abandonné par son proxénète, a bien du se trouver un autre protecteur, certes moins charmant ou charismatique, mais plus stable et déterminé.
Blanc et fonctionnaire, Sodré vit une véritable double vie, bénéficie de contacts privilégiés avec la police à qui il graisse la patte pour développer ses activités et a de plus passé des accords avec la Zwi Migdal, une organisation juive mafieuse d’Europe Centrale important des prostituées européennes au Brésil.
Après l’intervention de Félintra, sorte d’autorité supérieure dans le quartier des malandros qui instaure une sorte de trêve entre les deux hommes et redonne Valdirène à un Brancura humilié par son indifférence, la situation semble se stabiliser… en apparence.
Derrière ce triangle amoureux, autour de Silva et Brancura se regroupent d’autres musiciens du quartier comme Bide et Rafael, puisant dans les racines africaines du Brésil pour créer une musique nouvelle, destinée à danser en formation (bloco) pour honorer les Orishas, divinités importées d’Afrique par la communauté des Bahianais établis à Rio de Janeiro.
Le groupe se retrouve à l’Apollon, au Compadre ou au Kananga de tante Almeida figure locale de l’Estacio et y expérimente ses dernières trouvailles face aux réactions toujours plus enthousiastes du public.
Ce succès finit par attirer des musiciens plus confirmés et notamment le chanteur Francisco Alves, qui sous contrat avec une maison de disques, passe des accords pour récupérer les trouvailles de Bide puis Silva pour en faire des succès largement diffusés en radio.
C’est ainsi que les sambas comme « Me faz carinho »composées par les artistes noirs des quartiers pauvres furent connues du grand public par l’intermédiaire d’un artiste blanc et plus présentable pour cette époque ou la ségrégation raciale était forte.
Loin de s’en offusquer, les musiciens de l’Estacio continuent de composer contre quelques versements d’argent d’Alves et entrevoient la création d’un bloco, formation de danse pour le populaire carnaval.
Jouant avec les limites imposées par une police blanche ultra violente interdisant le culte du candomblé et les danses africaines jugées indécentes, les musiciens parviennent à imposer leur samba, qui dépouillée de ses instruments à vent, met en valeur de phénoménales percussions et le chant.
De son coté, Valdirène une nouvelle fois délaissée par un Brancura fasciné par les prostituées européennes notamment une opulente Française, couche à nouveau avec Sodré toujours fermement enamouré malgré une épouse officielle Fatima Maria qui ignore tout de ses activités de la Zone.
La soudaine grossesse de Valdirène qui a couché le même jour avec Sodré et Brancura ravive les tensions entre les deux rivaux, même si le dénouement astucieux montre la naissance de jumeaux, l’un blanc et l’autre noir, comme symbole du parfait équilibre trouvé dans un carnaval se transformant en défilé monumental sous fond des premières samba brésiliennes crées…
En conclusion, « Depuis que la samba est samba » est un roman à l’image de son auteur : vif, intelligent, coloré et plaisant.
Même si certain vocabulaire spécifique des années 20 et du portugais brésilien rendent parfois difficile la parfaite compréhension de l’œuvre, le lecteur prend un grand plaisir à découvrir les origines d’une musique connue dans le monde entier avec on pouvait s’en douter des racines africaines importée par les noirs des favelas.
La vie des proxénètes du centre de Rio, sorte de maquereaux flamboyants crée aussi une forte touche de pittoresque sur laquelle un triangle amoureux vient astucieusement se greffer.
La musique, la danse, le sexe et la violence se mêlent donc dans un condensé de Brésil carioca.
Une fort belle expérience qui donne envie de lire les autres romans de Lins !

Depuis que la samba est samba (Paulo Lins)
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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 23:52
Tereza Batista (Jorge Amado)

Rien de tel qu’un roman de Jorge Amado pour parachever trois semaines de vacances au Brésil, aussi est-ce avec un réel plaisir que « Teresa Batista » a occupé mes dernières lectures.

Publié en 1972, « Tereza Batista » s’inscrit dans la longue tradition des romans d’Amado, avec l’histoire d’une orpheline du Sergipe, cette région désertique et pauvre du Nord Est du Brésil.

Mais Amado débute son roman par une histoire d’amour, celle de Tereza Batista, alors danseuse de samba dans un cabaret d'Aracaju, qui prenant part à une rixe pour défendre une femme battue par son amant, Liborio, un voyou de la pire espèce, provoque une bagarre générale et se voit secourue par un marin noir et athlétique répondant au nom de Januario Gereba.

Tereza qui suite à un mauvais coup s’est fait posée une dent en or par un admirateur dentiste, tombe instantanément sous le charme de ce marin tendre et protecteur qui la fait rêver par ses récits emplis de poésie marine.

La belle Tereza a pourtant besoin de tout l’appui de ses admirateurs, notamment l’avocat infirme au grand cœur protecteur des pauvres Lulu Santos, car Liborio utilise ses relations dans la police pour faire traquer et enfermer Januario.

Lulu Santos fait libérer Januario et profite de l’occasion pour régler ses comptes avec Liborio qui lui a souvent échappé dans les tribunaux dans des affaires d’escroqueries et le voyou est finalement condamné après que Tereza ait appris à écrire à une pauvre veuve analphabète manipulée par l’escroc.

Malgré ce succès, Januario se refuse à Tereza en lui révélant que son coeur n’est pas libre, car pris par sa femme malade qu’il ne peut se résoudre à tromper.

La détermination de Tereza pousse tout de même le marin à flirter avec elle la nuit tombée et lorsqu’il reprend inévitablement la mer, la jeune femme fait le serment d’attendre le retour de son amour impossible.

Puis Amado fait basculer le récit autour de l’enfance de Tereza Batista, recueillie enfant par sa tante Filipa, puis remarquée par Justiniano Duarte Da Rosa dit le Capitão, un puissant fazendeiro de l’état de Bahia qui par ses relations et ses hommes de mains dévoués, parvient à assouvir ses sombres penchants pour les jeunes filles.

Avec sa réputation de dur et son argent, le Capitão n’a aucune peine à acheter Tereza à sa vénale tante au grand dam de son oncle Rosalvo, qui avait lui-même des vues sur elle et projetait de la déflorer une fois pubère tout en nourrissant des puissants fantasmes de meurtre à l’égard de sa femme.

Le fazendeiro emmène avec lui dans son domaine de Cazajeiras-du-Nord, une adolescente de moins de quinze ans en comptant la briser comme les autres, jouissant sexuellement de la terreur que sa cruauté et sa violence imposent à ses jeunes proies.
Farouche, Tereza résiste plus que les autres, rendant les coups, se refusant à son bourreau, fuguant avant de devoir céder face à la brutalité animale du Capitão qui menace de la marquer au fer à amidonner.
Chez le Capitão, Tereza apprend la soumission et devient l’esclave dévouée de son nouveau maitre, accomplissant les plus basses besognes domestiques tout en assouvissant ses désirs pervers avec le zèle demandé.
La relation d’avilissement de Tereza est longuement voir complaisamment décrite dans de nombreuses pages ou on découvre les raffinements pervers du Capitão ainsi que ses recherches obsessionnelles dans les bordels des villes avoisinantes pour trouver sans cesse de nouvelles pucelles à maltraiter.
Par sa beauté et sa sensualité, Tereza bat des records de longévité au coté du Capitão devenant sa compagne non officielle derrière Doris Curvelo, une jeune épouse laide et malade, fille de bonne famille déchue après la mort d’un père préfet, qui s’était dévouée avec une docilité maladive avant de trépasser prématurément, laissant sa mère Dona Brigida, sous la coupe financière de son mari.
Mais l’arrivée à Cazajeiras-du-Nord de Daniel Gomes Neto, fils d’un juge de Salvador de Bahia, va changer le destin sombre de la jeune fille.
Véritable Don Juan du haut de ses vingt ans, Daniel tombe sous le charme de Tereza et entreprend un jeu subtil le poussant à courtiser quatre vieilles filles voisines de la maison du Capitão pour tromper la vigilance de la brute.
Expert en séduction et en dissimulation, le beau jeune homme n’a aucun mal à ravir le cœur ensglanté de la malheureuse en lui promettant de la libérer et parvient à ses fins en profitant d’une absence du Capitão pour coucher avec elle et lui faire connaitre le véritable plaisir sexuel.
Lorsque le jeune homme devient trop audacieux dans ses visites, il se fait dénoncer par une des vieilles filles trahies et se retrouve nez à nez avec la fureur du Capitão qui le surprend en pleine action avec son jouet préféré.
Face au danger, le séducteur se dégonfle et tremblant, montrant sa vraie nature.
Alors que le Capitão lui demande de le sucer pour l’humilier, Tereza saisit l’occasion et tue son bourreau d’un coup de couteau, mettant ainsi fin à son calvaire.
L’intervention de Lulu Santos au procès lui permet d’amoindrir la peine et d’être placé dans un couvent duquel elle s’échappe facilement pour devenir une prostituée.
Dans la troisième partie du roman, Amado décrit la lutte héroïque de Tereza aux cotés des prostituées de la ville de Buquim pour libérer la population d’une épidémie de peste noire.
Face à un pouvoir corrompu, le docteur Otto Espinheira amant de Tereza et Juraci une infirmière de bonne famille plus enclins à quitter la ville pour sauver leur vie qu’à faire face à l’horrible maladie défigurant les corps couverts de pustules avant de contaminer les autres habitants, Tereza devient après la mort d’un vieux médecin courageux Mascarenhas, la seule personne acceptant de soigner les malades mis en quarantaine, de désinfecter leurs plaies, d’utiliser des techniques rudimentaires (bouses de vaches, feuilles de bananier) pour réduire la pandémie en attendant des vaccins en quantité insuffisante pour soigner un Nord Est misérable laissant le pouvoir de la capitale indifférent.
Le destin semble ensuite sourire à Tereza qui redevenue danseuse et putain, séduit Emilio Guedes, l’un des plus puissants industriels de l’état de Bahia, qui l’avait déjà remarqué lorsqu’elle appartenait au Capitão.
Dans la ville d’Estancia, Tereza vit une histoire d’amour avec cet homme de soixante ans, qui dans l’intimité tombe son masque de colonel craint et respecté, se révélant un amant tendre et passionné.
L’idylle dure six ans avec au milieu un avortement commis par amour pour le vieux maitre et la découverte des livres.
Malheureusement le puissant seigneur décède en plein acte ce qui jette un voile de malédiction sur la réputation déjà sulfureuse de Tereza.
Surpassant son chagrin, Tereza s’établit dans la capitale de l'état de Bahia, à Salvador ou du fait de son statut de danseuse et de femme éduquée, elle devient une prostituée de luxe dans un établissement du quartier du Pelourinho, ne rencontrant qu’une clientèle triée sur le volet.
Après avoir repoussé au nom de son amour toujours vivace pour Januario qu‘elle cherche vainement de quai en quai, une demande en mariage d’un gentil boulanger du nom d’Almério das Neves, elle se met à entretenir avec lui une étrange relation d’amitié.
Lorsque le gouverneur prend la décision de délocaliser tous les bordels du Pelourinho dans la ville Basse pour y construire des complexes touristiques flambant neufs et satisfaire également l’appétit de Sardine l’industriel titulaire du marché, Tereza prend la tête d’une révolte des prostituées, refusant de se rendre dans un quartier insalubre.
Par son influence auprès de Dona Paulina de Souza et Vava, principaux proxénètes de la ville qui constatent que les Orishas la soutiennent, Tereza provoque une grève générale des prostituées de la ville et tient tête aux principaux policiers corrompus, qui tablaient sur la venue de trois navires de guerre américains pour vendre préservatifs, aphrodisiaques et drogues aux 3000 marins fraichement débarqués.
Les principaux concernés, le commissaire Lobão, les inspecteurs Nicolau Ramada Junior dit le Requin et Dalmo Coca, toxicomane notoire prennent la tête d’une descente en masse de la police pour faire ouvrir de force les bordels, ce qui provoque des gigantesques bagarres de rues avec barricades et mêlées sanglantes.
La révolte acharnée des prostituées protégées par les Orishas, couplée à un énorme incendie, pousse les marins à regagner leurs navires et le Gouverneur charge son conseiller Reginaldo Pavão son Conseiller d’intervenir pour rétablir la paix sociale.
Il ordonne à tous les échelons de la police, notamment l’ambitieux commissaire en chef Hélio Cotas mariée à une Sardine, de laisser les prostituées tranquilles au Pelourinho, ruinant ainsi le juteux business des flics ripoux.
Tereza qui a payé cher son statu de meneuse en se faisant arrêter et copieusement tabassé par le Requin et ses hommes est libérée par l’intervention de l’influent Vava qui graisse les pattes de la fonctionnaires pour obtenir gain de cause.
Après avoir appris le naufrage du navire de Januario au Chili, Tereza résignée à la perte de son cher marin accepte d’épouser das Neves avant l’apparition surprise de Januario revenu d’entre les morts pour retrouver sa belle.
Devenu veuf, Januario a à présent son cœur libéré et peut donc emmener son amour devant le futur mari finalement (un peu trop) conciliant.
Après toutes ses années et aventures, Tereza peut à présent gouter à la félicité auprès de son premier amour tant attendu.
En conclusion, « Tereza Batista » est une nouvelle et colossale grande fresque du Maitre Brésilien qui nous enchante de bout en bout en décrivant le destin d’une femme hors du commun, représentant les plus basses couches sociales de son Nordeste tant aimé.
On se régale donc sous la plume sans pareille d’Amado, parfait conteur d’histoires, narrant à merveille le parcours de la jolie métisse à travers les rouages des seigneurs locaux du Nordeste, politiciens, fonctionnaires, policiers, propriétaires terriens ou industriels attirés comme la plupart de leurs semblables par le pouvoir, l’argent et le sexe.
Femme de ménage, danseuse et prostituée, Tereza traverse toutes les épreuves pour arriver au bonheur sous la forme d‘un amour idéalisé avec un beau marin, supportant même l’horrible brutalité du Capitão dans le passage le plus embarrassant et pénible du livre en raison des scènes que j’attribue à de la pédophilie sadique digne d’un psychopathe.
Ces longs passages à la « gloire » du Capitão constituent pour moi le seul point noir d’un livre globalement passionnant, qui confirme le statut de génie de la littérature de Jorge Amado.

Tereza Batista (Jorge Amado)
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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 22:10
Manhattan (Woody Allen)

J’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec Woody Allen et ne vois ces films encore aujourd’hui qu’avec beaucoup de précautions.

C’est le cas avec « Manhattan ».

Sorti en 1979, « Manhattan » est un film en noir et blanc narrant les aventures d’Isaac Davis (Woody Allen), scénariste pour la télévision d’une quarantaine d’années, qui se débat dans le cœur de New-York entre un divorce délicat avec Jill (Meryl Streep) et une relation contre nature avec Tracy (Mariel Hemingway) une étudiante de dix sept ans à peine.

Il fréquente un couple d’amis composé de Yel (Michael Murphy) et sa maitresse Mary Wilkie (Diane Keaton) eux aussi intellectuels.

Attiré par Mary, Isaac découvre peu à peu qu’elle vit mal sa liaison avec Yale, qui reste peu disponible en sa qualité d’homme marié.

La situation devient vite inextricable pour Isaac, qui peine de surcroit à écrire son prochain scénario.

Il saisit une proposition faite à Tracy pour aller étudier le théâtre à Londres pour rompre avec elle, prétextant une insurmontable différence d’âge, mais la jeune fille s’accroche à lui et vit très mal cette rupture.

En parallèle, Isaac entreprend une relation avec Mary qui finit par faire marche arrière et revenir avec Yel !

Désabusé, stressé par l’annonce du prochain livre de Jill sur leur vie de couple le dépeignant sous un jour particulièrement peu favorable, Isaac finit par se rabattre sur Tracy, qui lui fait une vague promesse tout en lui annonçant sa ferme volonté de partir à Londres.

Isaac se trouve donc seul…

Auréolé d’un césar et plus grand succès de Allen en France, « Manhattan » est l’incarnation de tout ce qui me déplait dans le cinéma de l’américain : personnages appartenant à une élite intellectuelle américaine assez insupportable de prétention, omniprésence des histoires de sexes servant à masquer un éventuel complexe d’infériorité physique du réalisateur dont le physique n’a rien d’un Don Juan, humour sarcastique et crises existentielles nombrilistes dont tout le monde se fout ou presque.

Impossible donc pour moi d’adhérer à un cinéma aussi recroqvillé sur lui-même, aussi snob et vide de tout message…

Il semble donc que mon pressentiment à l’égard d’Allen soit avéré, pas un cinéma pour votre serviteur ?

Manhattan (Woody Allen)
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