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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 13:57

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William S Burroughs est l’un des auteurs phares du mouvement « beat generation » des années 50 au même titre que Jack Kerouac ou Allen Ginsberg.

J’ai donc pour m’initier à son oeuvre lu « Les garçons sauvages ».

« Les garçons sauvages » est un livre profondément déroutant.

Le style d’écriture est peu linéaire, des phrases entières peuvent être composées sans la présence d’un seul verbe, d’autres s’enchaînent ou s’entremêlent sans aucune séparation.

Une multitude de personnages apparaissent ou disparaissent sans raison apparente, les chapitres n’ont pas de liens entre eux ce qui fait que le lecteur est rapidement perdu dans un maelström de création littéraire ou le mot « cohérence » n’a pas sa place.

A cette question du style et de la forme vient s’ajouter le fond.

Les lambeaux d’histoires racontées se déroulent dans plusieurs lieux, « Mexcity » au Mexique, Marrakech au Maroc, ou Saint Louis aux Etats Unis.

Beaucoup de passages ressemblent à des hallucinations provoquées par l’absorption de substances hallucinogènes.

Généralement ces passages font preuve d’une intense créativité, mêlant rêve, science fiction, violence exacerbée et délires sexuels.

A propos de délires sexuels, ce qui m’a le plus dérangé dans ce livre c’est leur contenu exclusivement homosexuel à la limite de la pédophilie, l’auteur semblant être très fortement attiré par les jeunes garçons.

Beaucoup de ces scènes sont introduites par l’intermédiaire d’un cinéma pornographique « the penny arcade peep show » qui passe ces films sur les écrans de ses cabines.

Le sentiment qui en est ressorti est surtout de la gêne voir du dégoût pour cette obsession.

Vers la fin du livre, on comprend enfin la pensée de l’auteur.

En un sursaut de cohérence, Burroughs dresse le portrait d’une révolte, celle des « garçons sauvages » des villes, ces gosses des rues du Maroc ou du Mexique, qui s’unissent en bandes armées pour combattre l’armées américaine et la CIA.

Burroughs décrit longuement cette micro société de jeunes garçons combattants,  vêtus de bleu avec pour unique uniforme un casque et un cache sexe, des armes soit sophistiquées issue de la Science Fiction comme l’usage de greffes animales, rayons lasers, ou virus mortels soit plus rudimentaires comme des haches ou des couteaux.

Visiblement fasciné, il prône la prise du pouvoir mondial par cette force de résistance ou les principes homosexuels masculins sont également dominant.

Difficile de ressortir indemne de la lecture de « Les garçons sauvages ».

Je dois avouer ne jamais avoir lu un livre aussi radical et subversif.

Les sentiments dominants sont ceux de la rébellion, du chaos, du fantasme et du délire hallucinatoire.

Meme si je comprends la démarche de l’auteur de briser les codes d’écriture, je n’ai pas été séduit par son approche, ayant été la plupart du temps dérouté, gêné voir exaspéré par son style déstructuré.

On notera aussi la très forte misogynie du livre et le rôle quasi inexistant des femmes dans le récit jusqu’au bout anti ordre établi.

Pas sur d’y revenir un jour ou tout du moins pas avant quelques temps.

Trop pour moi sans doute.

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 14:42


Poursuite de la découverte des grands classiques avec l’ « Iliade » d’Homère.

Il est amusant voir navrant de constater que j’aurais lu avant  le classique originel « Ilium » l’indigeste et inutile version de science fiction de Dan Simmons.

Certes comme pour l’ « Odyssée » l’histoire est à peu prêt connue de tous pourtant, l’ « Iliade » est assez différente de l’ « Odyssée », c’est  en effet un pur livre de guerre, beaucoup plus violent et âpre, dont l’action se situe dans un lieu fixe.

Tout le livre d’Homère décrit l’affrontement entre les Achéens (ou Grecs) venus par la mer sur leurs navires (ou nefs ), assiégeant la ville fortifiée de Troie dans le but de récupérer Hélène la femme d’Agamemnon, enlevée par Paris le troyen.

Le récit est extrêmement dense, voir minutieux, les forces en présence ainsi que les caractères des principaux belligérants étant méticuleusement décrits.

Coté Achéens, le chef des armées est incontestablement Agamemnon le roi de Mycènes qui a poussé à cette guerre pour récupérer sa femme.

Il jouit d’une autorité quasi souveraine sur le commandement de part le nombre d’hommes qui lui sont dévoués.

Le seul à s’opposer à lui est Achille, le demi dieu fils de la déesse marine Thétis.

L’objet de leur différent est une jeune et jolie Troyenne du nom de Briseis qu’Achille a enlevée et garde comme esclave.

Agamemnon qui lui aussi tient en otage la fille d’un prêtre d’Apollon, provoque la colère du dieu de la lumière qui décime les rangs de ses soldats.

Pour l’apaiser il rend la fille du prêtre mais prend en dédommagement non sans autorité la captive d’Achille, ce qui froisse grandement la fierté de ce dernier.

L’ « Iliade » commence donc par un affrontement fratricide entre les deux Grecs les plus dominateurs de l’armée.

Finalement la dispute se solde par un violent rejet d’Achille qui décidant de ne plus combattre se retire à l’écart dans sa nef avec son fidèle ami-amant le vaillant Patrocle.

Le retrait d’Achille revêt une grande importance car le demi dieu, considéré comme invincible sur un champs de bataille, inspire une immense terreur aux Troyens.

D’autres personnages importants du contingent achéen sont Ménélas le roi de Sparte et frère d’Agamemnon, le puissant Diomède roi d’Argos appelé le « dompteur de cavales », les deux Ajax, le petit aux pieds rapides et le grand, sorte de terrifiant colosse, mais aussi dans des registres plus intellectuels le rusé Ulysse et Nestor, le vieux monarque dont la sagesse et les conseils tactiques sont écoutés de tous, y compris Agamemnon et Achille.

Coté Troyen, les héros sont plus rares, le chef incontesté est Hector, fils du roi de Troie, le vieux Priam, trop âgé pour combattre.

Il y a aussi bien entendu la cause du conflit le beau Paris, plus connu pour ses dons d’amants et d’archer que pour sa vaillance au combat.

Et puis fourmille une multitude de personnages secondaires comme Glaucos, Sarpédon ou les innombrables fils de Priam.

Le point important de cette bataille est que les Dieux de l’Olympe y jouent un rôle prépondérant.

Ils n’hésitent pas à intervenir personnellement en faveur d’un camps ou l’autre, et l’enjeu entre mortels devient vite un objet d’affrontement entre Immortels.

L ‘  « Iliade » est une longue succession de batailles entre les deux camps, d’attaques et de contre attaques, chaque camps prenant alternativement l’avantage à la faveur de nombreux retournements de situations provoqués par les Dieux.

Les Achéens bénéficient du soutien d’Athéna, de Poséidon, d’Héra et Hephaistos.

Les Troyens de celui de Zeus, Apollon, Arès ou Aphrodite.

Parmi tous ces soutiens, celui de Zeus prévaut sur tous les autres.

Les luttes entres les hommes sont dures, âpres et sanglantes et les morts nombreux.

Homère décrit admirablement l’action, utilisant de nombreuses métaphores poétiques comme « l’ombre vint sur ses yeux » pour décrire la mort ou « la flèche lourde de sanglots » pour un trait fatal.

Il utilise également abondamment les comparaison avec les animaux, principalement les fauves (lions, loups, sangliers ) ou les insectes (abeilles, guêpes, sauterelles) pour dépeindre les coups d’éclats.

En réalité malgré une certaine répétitivité dans les affrontements indécis, Homère insuffle un formidable souffle de réalisme dans ces combats.

Il s’agit souvent de batailles rangées, ou les hommes fortement cuirassés, casqués, utilisent leurs longues lances de bronze pour tuer, leurs boucliers multi couches pour se protéger ou plus rarement leurs épées pour le corps à corps.

Les arcs sont utilisés pour le combat à distance, les chars pour la cavalerie.

La première partie du récit est marquée par l’aristie, la folie guerrière de Diomède, transformé en surhumaine machine à tuer par Athéna, et qui met en déroute presque à lui tout seul l’armée troyenne.

Diomède dans sa fureur va même jusqu’à blesser deux Immortels, Aphrodite et Arès, avant d’être stoppé de justesse par Apollon lui même.

Après cette première percée achéenne, les rôles s’inversent, les Troyens reprennent l’avantage grâce à Hector qui les fait pousser jusqu’au nefs des assaillants afin des les incendier.

Lors de ces assauts, Diomède, Agamemnon et Ulysse sont blessés et mis hors combat.

La Achéens se retrouvent donc à leur tour assiégés et à deux doigts de reprendre la mer pour s’enfuir du sol troyen.

A ce moment critique, les manigances des Dieux atteignent leur paroxysme.

Le tournant du conflit est la mort de Patrocle, l’ami d’Achille, tué par Hector alors que les dieux défenseurs de Troie l’avaient mis en position de faiblesse.

Cette mort douloureuse fait sortir Achille de sa réserve boudeuse et aiguillonne une soif de vengeance sans limite contre Hector et les Troyens, vengeance du reste considérée comme juste par Zeus lui même.

La dernière partie du récit est la plus passionnante avec un paroxysme d’intensité provoqué par la rage destructrice d’Achille, le plus puissants des hommes que sa mère Thétis a rendu invulnérable en lui faisant confectionner une armure indestructible par Hephaistos.

Achille fait un carnage, irrite même le dieu du fleuve Scamandre qui essaie de le tuer avant d’être dompté par les efforts conjugués d’Héra et Hephaistos.

Dans le même temps les Dieux redoublent d’intensité de part et d’autre, soutenant chacun leur camps, favorisant leurs champions.

Finalement Achille retrouve Hector et les deux hommes s’affrontent en combat singulier.

Achille venge son ami mort en tuant Hector.

Il refuse de rendre sa dépouille à Priam et traîne son corps derrière son char pour le ramener au camps achéen.

A cette époque, il était important de rendre les derniers hommages au corps des morts en les incinérant après moultes sacrifices.

Achille fait pour Patrocle les funérailles d’un roi et recueille les cendres de son ami dans une urne d’or.

Les Dieux autorise Priam a récupérer le corps de son fils et le récit se conclut sur ce status quo apparent.

En conclusion, j’ai moins légèrement moins aimé « L’Iliade » que « L’Odyssée ».

Le récit bien qu’accordant également une place non négligeable à l’irrationnel m’est apparu moins poétique et merveilleux que celui du voyage d’Ulysse.

Autre petite déception, le récit de la prise de la ville par le fameux cheval ne figure par dans l’ « Iliade », ce qui minimise quelque peu le rôle pourtant décisif d’Ulysse.

Les affrontements quasi permanents entre les deux camps créent à mon goût une certaine uniformité qui peut quelque fois lasser.

Ainsi lorsqu’un homme d’importance mineure est tué, Homère brosse à chaque fois un portrait de plusieurs ligne de la personnalité du défunt.

Malgré ces critiques mineures, la langue d’Homère m’a séduit par son inventivité et par sa richesse exceptionnelle.

A travers le récit d’un des plus vieux conflits (imaginaire ou non ) de l’histoire de l’Humanité, se dessine le portrait d’authentiques modèles, ces héros, ces demi dieux, ses surhommes aimés des dieux pour qui les notions d’honneur et de courage sont supérieurs en valeur à celle de leur propre vie.

Alors évidemment la grandeur, puis le souffle épique de l’ « Iliade » finissent par nous emporter comme le fleuve puissant emporte un rondin de bois et il est très agréable de céder à tant de majesté.

Pour toutes ces raisons, par Zeus !  L’ « Iliade » n’a pas fini de nous fasciner et de nous inspirer.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 15:52


A mes yeux l’« Odyssée » d’Homère appartient sans doute à la catégorie des livres les plus influents dans l’Histoire de l’Humanité juste après les livres des trois grandes religions monothéistes.

Son universalité et sa force épique sont il est vrai sans pareil, mais si comme chacun d’entre nous je connaissais quelques épisodes de manière souvent incomplète, je n’avais jamais pris le temps de lire le récit d’Homère.

Et je dois avouer ne pas avoir été déçu par ce voyage hors du commun.

L’ « Odyssée » prend place chronologiquement après l’  « Iliade »,  les héros grecs (dit Achéens ) viennent de prendre la ville de Troie grâce à la ruse d’Ulysse après un long et pénible conflit de plus de dix années.

Pourtant Ulysse ne revient pas dans son royaume sur l’île d’Ithaque.

Il est porté disparu ou mort et ses rivaux, les nobles issus des grandes familles des îles environnantes convoitent le trône laissé vacant.

Restée seule à attendre son cher époux, la très belle et sage Pénélope se morfond dans son palais, désespérée à l’idée de devoir épouser un des nombreux prétendants au trône.

Alors elle gagne du temps en faisant et défaisant les fils de laine de la tunique funéraire qu’elle dit tisser pour les funérailles de son mari.

Télémaque, le jeune fils d’Ulysse, désespère également du retour de son père et a bien du mal à contenir la horde de prétendants qui s’est installée au château du roi, et qui profitant de l’absence du maître de maison banquette en terrain conquis.

Aussi se lance t il dans un voyage en mer vers Pylos puis Sparte pour en savoir davantage sur ce qui a pu arriver à son père tant aimé.

C’est ainsi que de fil en aiguille le parcours d’Ulysse ou tout du moins son « odyssée » se reconstitue.

On apprend que Ulysse a offensé Zeus en refusant un sacrifice dit hécatombe après la victoire contre Troie.

Ulysse a dans un premier temps mis pied à terre sur l’île des Cyclopes, fils de Poséidon, monstrueux géants à un seul oeil et retenu prisonnier avec ses compagnons par le terrible Polyphème, n’a pas eu d’autre choix que de l’éborgner pour se sauver.

L’ennemi d’Ulysse devient donc le puissant dieu de la mer, Poséidon qui va tout faire pour contrarier la route de ce mortel audacieux ayant mutilé un de ses fils.

Heureusement Ulysse a à ses cotés la déesse Athéna qui veillera sur lui tout le long du voyage et le tirera de biens des mauvais pas.

C’est donc ainsi que la légende commence.

On redécouvre donc avec ravissement les épisodes les plus fameux de cette histoire mythologique.

Des drogues du peuple des Lotophages, des griffes de Circé la magicienne qui change les hommes en animaux ou de l’attraction mortelle du chant des sirènes, Ulysse se sort plus facilement que je ne l’aurais pensé.

Il est il est vrai à chaque fois aidé par Athéna ou Hermès.

Mes passages préférés sont multiples, il y a le terrifiant passage maritime entre Charybde et Scylla, les deux invincibles monstres divins mais surtout le voyage jusqu’au royaume d’Hadès pour interroger un devin.

Au cour de ce passage, Ulysse entre en contact avec les ombres des morts.

Ce moment fantastique devient terriblement émouvant lorsque Ulysse retrouve ses proches tombés au combat, son ami Agamemnon trahi par sa femme ou sa propre mère.

Finalement, « l’homme aux mille ruses » comme il est appelé par ses pairs, parvient à revenir en Ithaque après que Zeus l’ait arraché à la déesse Calypso qui le retenait prisonnier durant des années sur son île.

La dernière partie du récit consiste donc à la reconquête de son trône et à la vengeance contre les traîtres.

Ulysse déguisé en mendiant rentre en catimini dans son palais, seul son fils Télémaque et sa vielle nourrice l’ayant reconnu.

Il remporte un tournoi destiné à déterminer qui devait épouser Pénélope, tournoi d’adresse et de force puisqu’il est le seul à pouvoir bander son arc et à pouvoir tirer entre douze haches alignées.

Ulysse, aidé par Athéna et Télémaque se venge alors impitoyablement et massacre les prétendants ainsi que les servantes de sa femme ayant trahies.

Les retrouvailles ave Pénélope sont émouvantes, celles ave Laërte le propre père d’Ulysse également.

L’ « Odyssée » est un livre d’une richesse extraordinaire baignant constamment le lecteur dans une atmosphère poétique de magie et de merveilleux.

Ce livre rend également hommage au courage humain ainsi qu’à son ingéniosité puisque c’est à chaque fois par la ruse qu’Ulysse, simple mortel triomphe d’êtres surnaturels ou d’ennemis plus nombreux.

On peut aussi avoir un lecture romantique de ce récit, avec Pénélope la vertueuse qui ne cède pas aux pressions et reste fidèle à son mari.

Ulysse le marin , l’aventurier, le meneur d’hommes, de son coté, n’aspire au final qu’à retrouver sa femme et sa patrie tant aimées.

Meme la belle Calypso qui lui promet l’immortalité ne parvient pas à le détourner de ces nobles pensées.

L’émotion n’est donc pas absente et c’est sans doute cette fragilité du héros dans les épreuves que les Dieux mettent contre lui qui le rend si formidablement proche de nous.

Pour toutes ses raisons, l ‘ « Odyssée » , livre mystérieux écrit à une époque indéterminée par un poète dont on ne sait rien, reste un récit inoubliable dont l’influence flotte encore sur nos cultures et ce même prêt de 3000 ans après.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 22:20


De Tennessee Williams je ne connaissais que « comme tout le monde » les pièces de théâtre fantastiques comme « Un tramway nommé désir » ou « Baby Doll » toutes  deux  merveilles d’infernales tensions sexuelles, dramatiques et psychologiques.

Aussi la lecture du recueil de nouvelles « Le boxeur manchot » m’a donné envie de découvrir une autre facette de l’homme de théâtre, à savoir l’écrivain.

Et je dois avouer avoir été plutôt enchanté du voyage sous la plume de Monsieur Williams.

Tout est dit ou presque dans ce titre curieux, presque absurde, ces nouvelles ne racontent que des histoires de marginaux, de gens vivants hors des normes de la société ou des convenances mais avec un coté incroyablement émouvant.

Un jeune boxeur mutilé, devenu prostitué et paria de la société, qui s’auto détruit dans la vagabondage, la débauche et le meurtre comprend presque miraculeusement dans l’attente de son exécution qu’il existe une humanité et qu’il a laissé passer son salut …. 

Destinée déchirante que l’auteur compare à celle d’une statue d’un apollon mourant …

Mais ce n’est rien à coté de l’histoire de « Malédiction », cet ouvrier perdu dans une ville étrangère ne vivant que pour la chatte qui partage sa solitude et sa détresse … Une histoire aussi simple que belle qui m’a  purement et simplement transpercé le cœur.

Les récits du « poète » amis des enfants vivant en ermite sur une plage dans des conditions d’extrême dénuement ou « les champs des enfants bleus » magnifique allusion au remord d’une femme par rapport à un amour de jeunesse, contiennent aussi des charges émotionnelles terriblement puissantes.

Mais il y a aussi des récits plus « durs » comme cette mystérieuse et morbide relation entre un petit homme masochiste et son colossal masseur noir qui le tue davantage à chaque séance à sa propre demande dans une volonté d’expiation par la douleur … ou la féroce révolte d’Alma dans « l’oiseau jaune », devenue prostituée indépendante et heureuse pour briser le joug du fanatisme de la religion qui a entraîné la mort de sa mère condamnée pour sorcellerie sur la foi de délirant témoignages des jeunes filles de Salem.

Solitude, misère sociale et affective, personnage décalés, rebelles, inadaptés au monde, poètes ratés, boxeur déchus, vierges hystériques, amantes malheureuses à jamais composent cette bouleversante palette d’humanité ébréchée.

Avec ce recueil j’ai compris que Tennessee Williams n’excellait pas seulement dans le théâtre mais que son art était plus vaste que ce champs déjà immense.

Cet homme possédait en effet le don de raconter des histoires et de toucher directement à la substantifique moelle des êtres humains.

« Le boxeur manchot » est donc un livre merveilleux, une véritable leçon de littérature.

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 18:28


J’avais un grand père professeur d’allemand et germanophile intégriste qui érigeait Goethe au firmament de la Kultur avec un grand K.

Il était donc prévisible qu’un jour ou l’autre je vienne à tenter l’aventure germanique.

Ceci est chose faite avec « Les Souffrances du jeune Werther » roman culte en son temps (Napoléon le connaissait par cœur paraît il ! ) qui révéla au monde le talent du jeune écrivain.

« Les Souffrances du jeune Werther » s’inscrit pour moi dans la tradition d’un romantisme d’un autre temps, celui des « Liaisons dangereuses » , de « la Nouvelle Heloise » et plus généralement celui du siècle des lumières.

On peut trouver cela charmant ou parfaitement désuet et ridicule selon ses goûts.

C’est un mélange de son expérience sentimentale personnelle douloureuse et d’une tragédie survenue à l’un de ses proches qui inspira Goethe pour ce livre.

La forme utilisée est particulière puisqu’elle se présente comme un long échange épistolaire (à sens unique en fait ) entre le narrateur, le jeune Werther et un ami inconnu et factice un certain Wilhelm.

Werther y raconte longuement les tourments qui l’ont assailli, quand ayant pris du recul dans un charmant petit village de Wetzlar, il eut le malheur de tomber amoureux d’une certaine Charlotte fille d’un comte local et mariée à un certain Albert, homme de haut rang, apparemment irréprochable mais manquant de la fantaisie et de la folie de l ‘artiste.

Après une période de pleine euphorie ou Werther s’extasie sur la nature en fête, et sur l’effet bénéfique que lui procure son amour pour Charlotte, le jeune homme plonge progressivement dés l’arrivée d’Albert dans un enfer psychologique sans fin.

La situation est classique, l’infernal triangle amoureux avec une femme inaccessible ce qui ne fait sans doute qu’attiser le désir du jeune et fougueux Werther.

Ce qui ajoute au coté malsain de l’histoire c’est que Werther est régulièrement invité par le couple, Charlotte appreçiant en effet sa compagnie amicale et le mari le tolérant pour sa vivacité d’esprit.

Sentant le danger, Werther tentera bien de se faire muter dans un poste à l’ambassade mais il ne s’y sentira jamais à l’aise et pire, victime d’une rumeur nauséabonde en raison d’une liaison avec une jeune comtesse, il démissionna et revint précipitamment se jeter dans son piége tant adoré.

Au passage, les descriptions du monde de l’ambassade, de la médiocrité des employés et des cadres sont assez savoureuses, Werther y apparaissant comme un esprit libre terriblement anti conformiste et critique vis à vis de la noblesse, « race » qu’il déteste visiblement au plus haut point.

De retour à Wetzlar, la situation s’envenime et une succession de micro-drames vient exacerber la sensibilité à fleur de peau du jeune homme, l’acculant au désespoir.

L’ombre du suicide jusqu’alors esquissée se fait de plus en plus insistante.

Finalement le dénouement tragique aura lieu.

Goethe conclut donc de façon la plus dramatique cette histoire d’amour impossible et de chagrin trop lourd à supporter pour une vie terrestre.

J’avoue que le succès foudroyant de ce roman me surprend fortement.

Je soupçonnai au départ un fort attrait du public féminin pour ce type d’ouvrage mais apparemment les hommes aussi aimaient ce livre peut être parce qu’au fond l’histoire de Werther est puissamment universelle et qu’elle renvoie tout à chacun à ses propres blessures amoureuses.

Quoi de plus universel et classique en effet de désirer une femme qui ne veut pas de soi ou qui nous est inaccessible ?

J’avoue moi-meme m’être une fois douloureusement meurtri dans cet engrenage.

Sur le livre en lui même, je n’ai pas été très touché par les déboires de ce jeune homme de bonne famille, oisif et privilégié et ne pas être très réceptif à ce type de littérature trop sentimentale à mon goût.

Et puis Goethe n’est il pas tout au fond considéré comme un génie par ses poésies et ses pièces de théâtre (comme Faust) ?

 

 

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 14:52


Retour à une littérature plus sombre avec « La bête qui meurt » de Philip Roth.

Voilà un livre intéressant, traitant des sujets profonds et universels comme la vieillesse sexe, l’amour, la maladie, la mort.

Ce livre raconte l’histoire de David Kepesh, sexagénaire, professeur de littérature et critique culturel qui tombe éperdument amoureux d’une de ses étudiantes une jeune femme d’origine cubaine Consuelta Castillo.

Mais la manière de raconter cette relation ou cette amour peu commun n’est pas déguisée, elle est crue et dit les choses de manière directe comme peut le dire un homme qui voit approcher la fin de se vie.

La vérité c’est que le vieux professeur n’a pas vu son désir s’étioler avec le temps et que chaque année il couche avec quelques unes de ses étudiantes.

Consuelta lui plait car elle n’a pas les manières de jeune étudiante, elle s’habille comme une femme active et mure, elle a des manières et un goût pour la culture presque anachroniques.

Mais Kepesh est surtout attiré par son physique, sa jeunesse et sa poitrine exceptionnelle.

De son coté Consuelta qui a été éduquée à la Cubaine, est fascinée par l’homme de culture, l’homme de radio, qui lui ouvre les portes d’un monde qu’elle ne connaît pas et qui l’attire.

Mais rapidement Kepesh devient obsédé par Consuelta, dévoré par une jalousie dévorante et s’aperçoit qu’il est prisonnier de cette relation avec une gamine de quarante ans de moins que lui.

Bien entendu ce qui devait arriver arriva et Consuelta une fois son diplôme obtenu le quitte pour s’installer à New York.

Kepesh découvre alors la souffrance, le manque, la jalousie qui le tenaille encore.

Présenté sous cet angle « La bête qui meurt » pourrait être vu comme un roman un peu pathétique et sulfureux sur le désir d’un vieux séducteur du troisième age, mais le roman couvre en réalité un domaine plus large que cela.

Roth élargit son sujet, retrace l’évolutions des mœurs de la société américaine depuis son époque (des années 50 ), puis la révolution sexuelles des années 60/70 avec l’apparition de toute ces libertés, de l’émancipation des femmes jusqu’à nos jours ou tout ceci semble naturel et aller de soi depuis la nuit des temps.

Il règne sur ce livre un anticonformisme puissant avec une vision au vitriol du mariage, des conventions, de ces femmes quadragénaires cadres accomplies professionnellement mais dont la vie privée est un naufrage.

Puis la dernière partie fait basculer le livre dans une autre dimension, beaucoup plus poignante.

Consuelta revient brusquement plusieurs années après revoir le vieux professeur.

Elle a 32 ans, a un cancer du sein, a peur.

Sa superbe poitrine symbole de sa vitalité exceptionnelle va donc se retrouver mutilée pour tenter de sauver sa vie.

Ensemble, dans cette épreuve les deux anciens amants se retrouvent avec tendresse et respect.

Roth s’interroge sur les thèmes de la maladie, du temps, de la mort.

« La bête qui meurt » commence donc comme une histoire de sexe, une passion physique quasiment taboue, et se termine part des réflexions profondes sur la vie.

Je suis assez d’accord avec cette vision des choses.

Le sexe, élément central du roman, est également considéré comme l’élément central de la vie mais sans le coté « procréation et harmonie » de la vie religieuse, plutôt comme moyen de lutte naturel, instinctif contre le dépérissement et la mort.

« La bête qui meurt » est un donc un roman puissant, cru, sans complaisance traitant de notre société avec en toile de fond l’explosion des valeurs familiales et traditionnelles, un roman dont la noirceur et la lucidité semblent le fruit de l’arrivée au crépuscule de sa vie d’un grand écrivain.

Le roman que je relirai peut être à plus de soixante ans passés ?

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 16:28


Premier contact avec le très (trop ?) renommé Oscar Wilde avec « De profundis » suivi du poème « La Ballade de la geôle de Reading ».

« De profundis » est en réalité une seule lettre écrite par en prison par Wilde à son amant Alfred Douglas dit « Bosie ».

Wilde, suite à un procès que lui a fait le père de Douglas le marquis de Queensberry, purge en effet à Reading une peine de prison de deux ans pour homosexualité, crime grave dans l’Angleterre du XIX iéme siècle.

Cette lettre se veut comme une leçon donné à Bosie afin de lui faire ouvrir les yeux.

En réalité elle sert surtout de théâtre à une grande remise en question  personnelle et artistique de l’écrivain.

La première partie de la lettre retrace le fil des évènements ayant amenés à la condamnation de Wilde, sa relation avec Bosie y est longuement décrite.

Il apparaît que celui ci vivait aux crochets de l’auteur à succès, menant une vie de favori capricieux peuplés de paresse et de plaisirs faciles.

Wilde est extrêmement critique envers son amant, il semble déverser sa rancœur et dans le même temps avoir du mal à se pardonner sa faiblesse et son aveuglement.

Mais ce que semble lui reprocher le plus Wilde est d’avoir tari lors de leur relation son talent artistique.

Cette première partie façon « règlement de compte dans un couple homo » m’a prodigieusement ennuyée, Oscar Wilde n’hésitant pas à se traiter lui même de génie.

Ensuite Wilde sort de la critique autour de la personnalité de Bosie et s’interroge de manière plus profonde.

En prison il a découvert la souffrance, la vraie.

Contrairement à ce que j’aurais pu penser la vie carcérale n’est pas tellement décrite, Wilde se concentrant sur les effets de cette expérience sur sa personnalité et son talent artistique.

La dureté de la prison a ramené l’écrivain vers plus d’humilité.

Il reconnaît l’erreur de sa vie passée, mondaine, superficielle, vaine.

Il magnifie la douleur, indissociable pour lui de la condition de véritable artiste.

Puis vient la partie la plus mystique ou Wilde compare la destiné des artistes à celle de Jésus Christ.

Le Christ est alors adulé comme le saint patron des artistes en raison de son ouverture vers les autres, de son goût pour la pauvreté mais surtout de son martyr supporté avec dignité.

Comme beaucoup de prisonniers l’écrivain connaît une grande ferveur religieuse en prison, ferveur sans doute utile pour supporter les conditions de détention.

La lettre reboucle finalement par une  ultime et pesante leçon donnée à Bosie.

Je dois avouer ne pas avoir franchement aimé « De profundis ».

J’ai trouvé Oscar Wilde très narcissique, imbu de lui même et n’ai pas été touché par son malheur.

« La Ballade de la geôle de Reading » poésie d’une vingtaine de pages, est en revanche plus centrée sur le destin des hommes en prison.

L’émotion est plus prenante et on ressent l’effroi que peut causer un séjour dans cet enfer gris, sale et dangereux ou le spectre de la mort rode la nuit venue.

Oscar Wilde semble d’ailleurs prendre clairement parti contre la peine de mort.

Pour finir le livre recèle deux autres lettres adressées au Daily Chronicle dans lesquelles  Wilde demande de meilleurs traitements pour les prisonniers, et tout particulièrement pour les enfants et les malades mentaux.

Ce sont au final ces deux lettres qui me feront prendre conscience de la dure réalité d’une prison anglaise au XIX iéme siècle avec une nourriture infecte cause de diarrhées continuelles, des conditions sanitaires horribles, des taches épuisantes et bien souvent absurdes, le tout mené en conformité à un règlement appliqué de façon brutale et inhumaine

En guise de conclusion je n’ai pas été très séduit par cet ouvrage, qui fut il est vrai le dernier de l’écrivain.

Comme avec Joseph Conrad, j’aurais sans doute du commencer par les écrits les plus renommés de Wilde, même si je dois avouer être moins enclin à lire du théâtre ou de la poésie.

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 21:32


Changement radical de style et d’ambiance avec « Au sud de nulle part » de Charles Bukoswki.

Si « Vent de Sable » de Kessel peut être considéré comme un roman positif magnifiant l’homme et la nature, « Au sud de nulle part » est tout l’inverse un roman négatif, axé sur la déchéance des hommes se débattant dans un environnement urbain sale et agressif.

« Au sud de nulle part » est en effet un recueil de nouvelles assez hétéroclites et pour la plupart largement auto-biographiques.

Certaines se terminent en queue de poisson et l’ensemble donne une grande impression de décousu.

Pourtant le talent de Bukowski est bien réel.

Il s’exprime par un humour cynique, un sens aigu de l’absurde, du contre pied, un goût prononcé pour la provocation et un refus massif des normes imposées par la société.

L’univers de Bukowski est celui des pauvres types, des ratés, des ivrognes, des estropiés, des paumés, des ouvriers humiliés et des filles faciles.

Dans le registre provocation, il y a la fondation d’un parti nazi américain en plein milieu de la seconde guerre mondiale, des histoires de hippies pacifistes violés, de meurtriers, le tout enrobé de doses massives de sexe et picole.

Derrière ces artifices surnagent des thèmes forts comme le rejet de la patrie, de la religion, du matérialisme bourgeois et bien pensant bref des fondements de l’Amérique WASP.

Les histoires de type amoureux d’un mannequin en celluloïd, ou du sauvage d’Amazonie sur membré marié à une californienne nymphomane  qui le ramène à Los Angeles sont aussi absurdes qu’hilarantes.

J’ai aussi été très amusé quand Bukowski décrit la raclée qu’il colle à Ernest Hemingway au cours d’un mémorable match de boxe imaginaire.

Par contre dans la dernière partie quand Bukoswki parle de son éreintant boulot aux abattoirs ou de ses problèmes médicaux notamment intestinaux on ne rit plus du tout et on est pris aux tripes par ce douloureux aperçu de la maladie, de la déchéance ou de la mort approchant inexorablement.

Bukowski se définit sans doute lui même comme un raté, un inadapté social ayant pris sa revanche sur la société comme écrivain.

Finalement ce personnage me paraît trop intelligent, sensible et lucide pour être heureux dans un monde aseptisé aux normes sociales nivelant les personnalités pour les faire rentrer dans le moule social.

A la différence d’un Hubert Selby JR dont les romans nous entraînent dans un abyme sans fond de désespoir et de mort, Bukoswki parvient à insuffler à ses nouvelles ce petit supplément de vie qui  les rend attachantes, mordantes et drôles, les préservant ainsi d’un voyage vers la défonce et la déchéance aussi stérile que complaisant.

Comme quoi le talent peut quelques fois (presque ) tout excuser.

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 16:19

yacoubian_livre.jpg
« L’Immeuble Yacoubian » est un best seller d’un avocat et écrivain égyptien Alaa El Aswany, best seller dont a été tiré un film (que je n’ai pas vu ).

Toujours méfiant sur les « best sellers » et les produits grand public à la Marc Lévy et consorts, j’ai quelques peu hésité avant de me plonger dans sa lecture.

Pourtant j’ai rapidement été happé par l’histoire et surtout par le style limpide, précis et superbe de El Aswany.

J’ai aussi compris très vite que je lisais un chef d’œuvre de la littérature.

« L’Immeuble Yacoubian » raconte l’histoire de plusieurs personnages emblématiques chacun à leur façon d’une partie de la société égyptienne d’aujourd’hui.

Leur point commun ? La fréquentation à un instant donné de leur vie de ce bel immeuble situé dans un vieux quartier du Caire, immeuble ayant traversé les époques et étant passé de mains en mains au fil des évolutions politiques de l’Egypte.

L’idée de départ de tout rattacher à cet immeuble et à ses occupants pour décrire une société est je trouve particulièrement brillante voir géniale.

Les personnages principaux de cette fresque haute en couleur sont Zaki, vieil aristocrate copte ayant fait ses études dans les universités françaises, courant les femmes pour oublier sa vieillesse, sa solitude et les conflits avec sa sœur cupide et teigneuse, El Hazzam homme d’affaire véreux manœuvrent en eaux troubles entre politique et religion pour arriver à ses fins, Hatem directeur  d’un journal cairote vivant en secret son homosexualité puis enfin Taha et Boussaina couple de jeunes amoureux que la vie va violemment séparer.

A travers ses personnages, El Aswany s’attaque à des sujets difficiles et rentre en profondeur dans les arcanes de la société égyptienne.

Ainsi nous dépeint-il les codes utilisés par les homosexuels pour vivre dans une société ou la religion islamique et les traditions exercent une pression vivace sur les mentalités.

Nous comprenons aussi toute la corruption gangrenant ce pays, la violence de la police qui toute puissante use fréquemment de la torture et du meurtre,  les moyens également très hypocrites de contourner la religion qui finalement n’est souvent qu’une façade de bonne réputation dans la société.

Mais l’aspect le plus fort du livre est l’histoire de Taha, refusé à l’examen de la police malgré ses bonnes notes en raison de son origine modeste, qui de frustrations en frustrations va basculer dans l’Islamisme et le terrorisme avant de terminer sa jeune existence de la manière la plus dramatique qui soit.

El Aswany livre une vision sans fard de la société égyptienne et le plus important sans porter de jugement, passant avec une égale aisance d’un point de vue à l’autre ,aussi radicalement différents soient ils les uns des autres.

La constat final est tout de même celui d’un fort message politique avec une population volontairement laissée dans la pauvreté et l’ignorance dans un pays autrefois prospère et influencé par les lumières de l’Europe puis socialisé sous Nasser, devenu faussement démocratique par la suite avec un régime très militarisé et subissant une forte poussée islamique depuis.

A ce titre les désirs d’immigration en Occident ou dans les Pays du Golfe émis par les personnages sont très révélateurs des aspirations de la jeunesse.

Pourtant « l’Immeuble Yacoubian »  n’est pas un livre misérabiliste ou triste, El Aswany parvient à distiller une émotion quasi constante et à nous attacher presque viscéralement aux personnages.

Le style clair et brillant  insuffle un formidable souffle de vie au roman qui fait qu’on le dévore avec un plaisir incroyable.
Alors oui on peut lire « L’Immeuble Yacoubian » dans l'idée de comprendre l'Egypte d'aujourd'hui  et de pénétrer sa société mais on peut tout simplemet lire « L’Immeuble Yacoubian » pour découvrir un véritable bijou de la littérature car il appartient au genre de livre qu'on oublie tout simplement jamais.

     

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 21:12


Changement de décor avec un classique de la littérature américaine «  L’attrape-cœur » de J.D Salinger.

Autant le dire tout de suite ce livre ne fait pas partie de ceux que j’aurais lu en suivant mes envies, je l’ai donc plutôt considéré comme un passage obligé.

Salinger, ce nom me disait quelques chose, je connaissais en effet une chanson d’Indochine « Des fleurs pour Salinger » qui lui était consacrée.

L’élément déclencheur fut de voir un jour sur un plateau de télévision Frédéric Beigbeider clamer avec une force convaincante son amour pour cet écrivain avant de décrire comment il était allé aux Etats-Unis pour tenter d’être le premier à l’interviewer depuis plus de quarante ans.

Cet écrivain vivant en effet en reclus depuis les années 60 a su créer un mythe nimbé de mystère autour des sa personne.

« L’attrape-cœur » traite d’un état universel : l’adolescence, passage charnière délicat entre l’enfance et l’age adulte.

Le héros, Holden Caulfield, est un jeune homme de 17 ans de la bourgeoisie New Yorkaise, qui à la suite de son renvoi d’un collège huppé dans le quel il était pensionnaire va entamer une errance de plusieurs jours dans l’attente de son retour chez ses parents.

Dans un premier temps ce qui frappe dans ce roman c’est la langue utilisée.

Salinger écrit de la manière dont parlerait un adolescent.

Le style est donc peu sophistiqué, impétueux, rageur et émaillé d’expressions récurrentes comme « ça m’a tué » .

J’ai toute de suite senti que « L’attrape-cœur » était un roman quasi autobiographique.

Les détails étaient trop précis et avaient trop de réalisme pour être totalement inventés.

Holden est un adolescent qui a grandi trop vite, il est très mal dans sa peau, n’a aucun goût pour les études (il a déjà été renvoyé de plusieurs établissements ), il est complexé par son physique trop maigre et n’arrive pas à se fondre dans les us et coutumes de la vie d’un pensionnat pour enfants de riches.

Il fait un complexe par rapport aux joueurs de football, dont les corps musclés et la popularité leur assurent un succès important parmi les jeunes filles.

Après son renvoi, Holden loue une chambre dans un hôtel minable à New York et découvre la vie nocturne, animée et glauque des boites de la ville la plus agitée du monde.

Volonté de s’affirmer par l’alcool et la danse, de vivre sa première expérience sexuelle, d’avoir des fréquentations valorisantes intellectuellement ou physiquement se mêlent aux craintes et doutes d’un adolescent déboussolé et peu sur de lui confronté à un monde dont il ne maîtrise pas tout les codes.

Salinger décrit donc les expériences de ce jeune homme ballotté par la vie dans une ville trop grande pour lui.

J’ai noté une haine farouche du cinéma et des acteurs, dont Holden dénonce de manière épidermique la renommée boursouflée.

On peut donc déjà y déceler le dégoût de Salinger pour les honneurs et l’exposition médiatique.

En réalité je partage en partie ce point de vue, trouvant que le cinéma et les acteurs sont adulés de manière démesurée comme par exemple lors l’insupportable cirque médiatique annuel du festival de Cannes et j’ai toujours été frappé du fait que 80 à 90% des acteurs n’avaient rien à dire en dehors des banalités promotionnelles d’usage.

Dans ce ténébreux et chaotique apprentissage  de la vie perce cependant une lueur d’amour : Phoebe dit la « Mome Phoebe » , la petite sœur de Holden qu’il chérit plus que tout.

Les passages traduisant leur relation quasi fusionnelle sont des instants de pure grâce et constituent les meilleurs moments du livre avec une émotion qui vous noue la gorge et embue vos yeux.

Celui ou la petite veut accompagner son frère qui lui annonce qu’il va fuguer et s’enfuir pour vivre dans le Maine est bouleversant.

Phoebe incarne donc l’innocence et la pureté de l’enfance dans laquelle Holden trouve refuge pour se protéger du monde corrompu, faux, sale et dégoûtant des adultes.

Au final les choses rentrent pourtant dans l’ordre.

Mon sentiment sur ce livre est mitigé.

A l’origine (ni même à la conclusion ! ) je ne me sens pas concerné ni touché par les déboires d’un jeune américain fils de bonne famille.

Je trouve qu’il y a beaucoup de sujets plus forts et intéressants.

Néanmoins je reconnais que ce roman est réussi, subtil, riche, avec un style particulier qui m’a touché mais uniquement par intermittence.

Ce livre est aussi une réflexion sur la connaissance et l’éducation.

En effet, on sent Holden mu par une envie larvée de connaissance mais que les professeurs ne parviennent pas à suffisamment stimuler pour éclore.

Mais je crois que ce type de situation n’a rien d’exceptionnel et a été vécue par  la majeure partie des étudiants.

En effet pour un professeur captivant, combien vous dégoûteront  à vie de leur matière ?

« L’attrape-cœur » n’est donc pas un roman culte pour moi et je me dis que sans l’attitude enigimatique de Salinger, son aura aurait été sans doute atténuée, restant au niveau de sa source : celle d’un bon roman.

 

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