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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 16:08

Aquoireventloups.jpg5

 

Au premier abord on pourrait penser que lire « A quoi rêvent les loups » de Yasmina Khadra après « Les agneaux su Seigneur » ne présente que peu d’intérêt tant le sujet traité, la guerre civile algérienne qui ensanglanta le pays dans les années 90 est similaire.

Cependant avec « A quoi rêvent les loups » l’écrivain parvient à encore surprendre et innover sans se répéter.

Le livre commence très fort, par la fin tragique de deux terroristes pris au piége par l’armée dans un immeuble de la Casbah algéroise et perdant du meme coup leurs dernières illusions de salut.

Le lecteur est donc ici plongé brutalement au cœur d’un sujet brûlant auquel il est difficile de rester insensible.

Puis Khadra rembobine le film de son roman, en décrivant l’histoire d’un jeune homme, Nafid Walid, né dans les quartiers pauvres de la Casbah d’Alger, et rêvant d’une destinée flamboyante en embrassant la carrière d’acteur de cinéma.

Mais malgré un physique des plus avenants, Nafid ne parvient pas à percer dans un pays ou l’art est peu reconnu et finit par se reconvertir en chauffeur chez les Raja, une riche famille algéroise.

Considéré comme un larbin et un moins que rien, Nafid encaisse les humiliations en échange d’un bon salaire et de petits cadeaux en nature.

Mais un soir il assiste à la mort d’une adolescente, décédée par overdose au cours d’une soirée de débauche chez ses patrons.

Malgré son dégoût, Nafid est contraint de transporter le corps et d’aider à son enterrement dans une foret afin d’éviter d’éclabousser la famille par un scandale.

Menacé de mort pour garder le silence, Nafid est traumatisé par cette nuit de cauchemar et ne supporte pas le choc.

C’est alors que sa vie bascule, il quitte son emploi, trouve refuge dans la religion et se met à fréquenter la mosquée ou l’imam Younes sentant sa fragilité l’endoctrine patiemment.

Dans l’Alger bouillonnante de la fin des années 80 ou les intégristes musulmans du FIS cherchent à prendre le pouvoir contre un état autoritaire et corrompu, Nafid va peu à peu intégrer un réseau de lutte terroriste.

Il commence par faire le taxi pour le compte des cheiks, puis prend de plus en plus de responsabilités, prenant part à un commando qui assassine des personnalités de la magistrature, de la police ou de l’armée.

Au milieu d’étudiants bcbg menant un vie en apparence normale, Nafid finit par surmonter son dégoût de la violence et à exécuter sans états d’ame ses cibles comme ses anciens amis du monde artistique.

Mais la guerre entre l’Etat et l'AIS branche armée du FIS s’intensifie, l’armée intervient, répondant aux attentats par des rafles massives, se soldant par des tortures ou des assassinats.

Soumis à cette forte pression, le mouvement intégriste évolue en permanence, des rivalités entre clans surgissent, les émirs tombés étant remplacés par leurs rivaux encore plus brutaux et avides.

De nouveaux groupuscules apparaissent, revendiquant par la force leur parcelle de légitimité sur leurs rivaux jugés corrompus ce qui entraînent des conflits internes extrêmement violents.

Plus radicaux et plus violents, le GIA et le MIA prennent l’ascendant sur les autres.

L’imam qui protégeait Nafid est tué et subitement tombé en disgrâce, le jeune homme est contraint à l’exil dans le maquis algérois.

Commence alors pour lui une horrible vie de terroriste maquisard, avec des chefs illuminés rivalisant de sauvagerie, réduisant en esclavage des villages entiers, massacrant les populations ou tout membre suspecté de trahison ou de faiblesse.

Entraîné dans une incroyable engrenage de la folie et de la violence sans limite, Nafid participe à des embuscades contre les forces armées, à des massacres contre les populations et finit par devenir un authentique émir du GIA.

Mais la roue tourne, l’armée finit par reprendre possession des campagnes, réduisant peu à peu les troupes terroristes à l’aide d’hélicoptères, de para et de l’appui de populations locales excédées, qui forment des milices d’auto défense.

Nafid perd ses hommes, perd de son influence, perd la tête tout court, désobéit à son émir et devient donc à son tour menacé de mort.

Isolé, traqué, le jeune homme revient vers sa famille pour s’apercevoir qu’elle a été brisée par son départ.

Puis la boucle se boucle et le destin de Nafid Walid se termine.

En conclusion, avec « A quoi rêvent les loups », Yasmina Khadra côtoie encore une fois les cimes de l’excellence.

En choisissant comme personnage principal un jeune homme en apparence normale mais qui miné par la pauvreté, les humiliations et un immense désir de reconnaissance, finit par devenir l’un des plus impitoyables tueurs terroristes, Khadra réussit à décrire tout le redoutable processus d’endoctrinement des groupes terroristes armés du GIA qui puisèrent dans le grand vivier des jeunes chômeurs algériens pour créer de toute pièce leurs armées de fanatiques, tuant comme des automates dépouillés de toute humanité.

Bien entendu la violence est très présente dans se roman, et les multiples descriptions traduisent bien l’horreur de la lutte à mort qui opposa l’armée algéroise aux commandos islamiques.

Le fonctionnement interne du GIA est également soigneusement décortiqué avec tout son système hiérarchique reposant majoritairement sur la force et les  compétences militaires plus que sur une éventuelle érudition religieuse.

Sur le plan de la forme, « A quoi rêvent les loups » réussit à surpasser le pourtant déjà excellent « Les agneaux du Seigneur » par sa construction originale et son rythme rapide qui tiennent en haleine du début à la fin.

Le lecteur hypnotisé suit page après page avec passion et effroi la trajectoire folle et incontrôlable d’un jeune homme happé par une force irrésistible.

« A quoi rêvent les loups » constitue donc une pièce maîtresse de l’œuvre de Khadra et méritera donc d’être relu régulièrement avec un plaisir sans cesse renouvelé.


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 22:33

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Paru en 1998, « Les agneaux du Seigneur » constitue pour moi un des sommets de l’œuvre de Yasmina Khadra.

Le thème choisi est ici d’une force sans égale : la décortication de la montée du terrorisme islamique dans un petit village de montagne algérien au milieu des années 90.

A Ghachimat, Khadra pose patiemment son décor et ses personnages principalement des jeunes hommes minés par le chômage, le désœuvrement et le désespoir d’un avenir sans perspectives.

Il y a Jafer Wahab qui se cherche et hésite, Zane un nain inquiétant et solitaire, Tej Osmane fils d’un ancien harki qui porte cette malédiction comme un fardeau et a versé dans l’Islamisme clandestin, Allal Sidhom le seul qui ait pris son destin en main pour devenir policier à Sidi Bel Abbes, Kada Hillal l’instituteur dévoré par le ressentiment qui flirte dangereusement avec les milieux islamistes, ces deux derniers convoitant la même femme Sarah, la fille du maire.

Au village le pouvoir séculaire des Anciens est de plus en plus contesté par celui des Islamistes et notamment celui du cheikh Abbas, qui depuis sa sortie de prison répand son influence comme une traînée de poudre sur la jeunesse fragile et influençable de Ghachimat.

Dévoré par l’ambition et le désir de laver son humiliation, Osmane se place intelligemment dans l’entourage proche du chef religieux.

Dans toute l'Algérie, les milices islamistes menacent sérieusement le pouvoir en place et le Front Islamique du Salut remporte les élections communales à Ghachimat, entérinant de manière définitive la fin d’une ère et le début d’une nouvelle.

Abbas nomme un de ses lieutenants nouveau maire et plie progressivement le village à ses lois.

Opportuniste, Zane rejoint également le sillon des Islamistes, devenant un redoutable espion dénonçant les gens aux tueurs des milices.

L'affreux nain en profite également pour régler ses comptes personnels et s'enrichir en dépouillant ses malheureuses victimes.

Entre Kada et Allal, la jalousie est à son comble et quand le maire refuse à l’instituteur la main de sa fille au profit du policier, il explose dans un torrent de haine froide qui le conduit à s’engager comme moudjahidin pour aller faire la guerre contre les Russes en Afghanistan.

L’arrestation du cheikh par la police met le feu au poudre et déclenche un infernal cycle de massacres que préside Osmane, intronisé en l'absence d'Abbas comme nouveau chef de guerre.

Kada revient de sa guerre mais alors qu’il attend beaucoup de lui, Osmane s’aperçoit qu’il n’a pas l’étoffe d’un véritable chef militaire et s’arrange pour l’éliminer.

Alors il prend les choses en main et s’appuyant sur le concours de Zane exécute  l’imam modéré du village, l’ancien maire, sa famille et tout ce qui se rapport à l’Etat, soldat, policier, fonctionnaires, intellectuels …

Puis les tueries s’emballent et touchent des familles d’innocents, n’épargnant personne, femmes, vieillards ou enfants.

Mais exaspérée par les horreurs des massacres, la population finit par se rebeller et des groupes de patriotes se forment de ça et la pour lutter contres les Islamistes.

Allal entre dans la lutte mais ne peux empêcher la mort de Sarah ce qui lui fait perdre la tête.

Finalement le rapport de force s’inverse inéluctablement quand les forces militaires algériennes décident d’éliminer les foyers de résistance islamistes et devant des troupes mieux armées et entraînés, les anciens bourreaux perdent rapidement de leur superbe.

Le livre se termine sur une scène d’une intensité inouïe ou Osmane symbole du mal absolu meurt pitoyablement devant l’horrible Zane, nain cynique et cruel jusqu’à la fin.

En conclusion, « Les agneaux du Seigneur » est pour moi un chef d’œuvre absolu.

Le roman, extraordinairement intelligent et bien construit, regorge d’anecdotes tragiques montrant de maniére implacable les mécanismes de propagation de la peste intégriste qui utilise une religion en l’occurrence l’Islam pour assouvir les plus bas instincts d’hommes généralement incultes mais très déterminés et ivres de pouvoir.

L’humour et une certaine truculence présents dans les enquêtes du commissaire Llob sont ici complètement absents au profit d’un ton épuré, sobre, dramatique qui se concentre sur l’essentiel : décrire l’horreur absolue.

Khadra choisit donc de tout nous montrer et de nous dévoiler l’atrocité sans limite de la barbarie humaine en nous présentant l’une des faces les plus sombres de l’humanité.

On peut penser que le personnage de Dactylo, écrivain public, mis cruellement à mort par les milices représente à lui seul le sort qu’ont subi les intellectuels algériens pendant cette période.

Le récit vibre de terribles accents de vérité qui lui confèrent une puissance incomparable, mille fois plus effrayante que n’importe quel livre de Stephen King.

On ressort donc éprouvé, captivé et totalement bouleversé par ce livre coup de poing.

Culte.


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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 19:54

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Yukio Mishima encore et toujours avec « Le soleil et l’acier », sans doute l’une des ses œuvres les plus personnelles, certains la considérant même comme son testament puisque il se suicida deux ans seulement après sa publication.

« Le soleil et l’acier » est un court essai introspectif ou Mishima  raconte sa rencontre tardive avec son corps et trace un parallèle saisissant entre son métier purement intellectuel d’écrivain et cette découverte emplie de matérialité.

Tout l’enjeu du livre est en effet de parvenir à réconcilier ces deux mondes en apparence disjoints.

Mishima a semble t il été longtemps complexé par sa faible constitution, sa fragilité physique qui en 1945 l’empêcha d’exaucer ses rêves exacerbés de mort sur un champs de bataille et c’est fort logiquement qu’il développa ensuite son intellect par le biais des ses talents littéraires.

Mais ayant atteint l’age mur, il décida de concrétiser ses fantasmes de beauté classique et de se forger un corps correspondant aux canons de la beauté grecque.

L’écrivain pratiqua donc intensément la musculation, la course à pied mais aussi la boxe et l’escrime ou plutôt le kendo, art martial du sabre japonais.

Les quelques photos de lui prises à l’époque montrent l’impressionnante transformation qu’il subit, acquièrant une masse musculaire proche de celle d’un culturiste.

Mishima exalte donc la beauté et la vigueur de son corps par l’exposition au soleil et les exercices physiques symbolisés par l’acier.

Mais contrairement aux disciples du corps sain dans un esprit sain, l’unique but de l’écrivain est de se doter d’un corps parfait en vue d’une mort tragique et par essence romantique.

Mishima décrit son exaltation lors de son court séjour dans l’armée avec le sentiment de plénitude atteint par la succession d’épuisants exercices physiques effectués en groupe, en uniforme et en pleine nature.

Sachant qu’au bout de la préparation du soldat l’attend presque assurément la mort, Mishima retrouve donc dans cette courte période de sa vie tout le cadre nécessaire à la réalisation de son fantasme ultime.

L’écrivain se penche également sur les écrits des pilotes kamikazes, cherchant dans leurs ultimes lettres les indices d’une conciliation entre le monde des mots et celui de l’action dans le cadre d’un suicide romantique.

Les dernières pages mettent en application cette approche puisque après des tests en chambre de pressurisation, Mishima embarque à bord d’un avion F-104 pour vivre une expérience de vol à haute altitude, guettant le moment ou le corps rencontrera l’esprit lors d’une ascension vertigineuse qu’il espère sans doute secrètement sans retour.

On pourra donc voir dans cette expérience et par la métaphore empruntée à la légende d’Icare, la réaffirmation sous une forme particulièrement vigoureuse de son obsession du suicide seul acte à ses yeux capable de réunir esprit et corps dans une fin ultime.

En conclusion, « Le soleil et l’acier » est un livre particulièrement fort, un testament unique et troublant sur la démarche extrémiste d’un homme obsédé depuis son plus jeune age par un destin idéalisé symbolisé par une mort romantique à la Saint Sébastien, Icare ou Alexandre le Grand.

Dans « Le soleil et l’acier », Mishima finit après moult circonvolutions quelques fois difficiles à suivre, par livrer les clés pour comprendre son œuvre, sa vie et sa pensée.

Il est rare que les suicidés laissent autant d’indices concernant leurs motivations, Mishima réalise l’exercice en s’inscrivant dans une démarche de longue haleine et cohérente de son point de vue.

Comme dit la publicité "A ne surtout pas essayer de faire cela chez vous" !


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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 20:28

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3

 

En salle sur nos écrans depuis le mois d’avril 2010, « Le choc des Titans » de François Leterrier.

Pour être honnête ma connaissance des péplum est limitée et n’ayant pas vu l’original de Desmond Davis en 1981, je n’avais donc pas beaucoup de points de repères en allant voir le remake de Leterrier.

Néanmoins le point de départ de cette histoire est bel et bien la mythologie grecque et la légende de Persée inscrite de manière plus ou moins précise dans l’inconscient collectif.

Le film de Leterrier prend toutefois ses distances avec les écrits d’Homère, Hésiode, Eschylle ou d'Ovide.

L’histoire est en effet remaniée et Persée (l’épatant Sam Worthington de Terminator 4) est ici un demi dieu fils de Zeus lui même et de Danaé reine d’Argos abusée par magie après une union illégitime.

Condamné à mort par son père le roi Acrisios (Jason Flyming), Persée est recueilli par des pêcheurs et se trouve pris à parti dans une guerre mettant aux prises les dieux de l’Olympe et les hommes, ces derniers s’étant révoltés contre leurs maîtres.

En jeu de ce terrible conflit, la belle Andromède (Alexa Davalos) fille du roi d’Argos, destinée à être donnée en sacrifice à un monstre marin appelé Kraken pour apaiser la colère des dieux.

En réalité, Hadès (Ralph Fiennes), le dieu des enfers complote contre son frère Zeus (Liam Neeson) , et cherche à déchaîner ce monstre redouté de tous uniquement pour accroître sa propre puissance et régner sur l’Olympe.

Etant détecté comme demi dieu, Persée est enrôlé dans un commando argien commandé par Draco (Mads Mikkelsen, le meilleur acteur du monde ! ) afin de trouver un moyen de vaincre le kraken.

Comme dans tout récit mythologique, Persée est aidé dans son parcours par la muse Io (Gemma Arterton), qui le guide, le conseille et intervient au moments opportuns.

Entre temps, Hadès insuffle une partie de sa force à un Acrisios défiguré et ivre de haine contre Zeus, afin d’en faire le bras armé qui tuera son fils Persée.

Le commando traverse plusieurs épreuves, évite Acrisios, triomphe de monstrueux scorpions géants, rencontre des djinns mystérieux sorciers nomades des déserts à mi chemin entre morts et vivants.

Malgré les pertes, Persée prend de l’assurance, se complétant avec le plus expérimenté Draco.

Io lui transmet une épée magique et met sur sa route Pégase, le cheval ailé.

Persée obtient par l’intermédiaire de monstrueuses sorcières diseuse d’avenir, un moyen de terrasser le kraken, il s’agit de tuer Méduse, monstre mi femme mi serpent dont le regard change en pierre tout être vivant.

Le héros traverse donc le Styx pour débusquer la bête et après avoir perdu la totalité de ses compagnons parvient à la décapiter en usant de son bouclier comme miroir.

Persée peut donc revenir en Argos et juché sur Pégase, sauver Andromède du monstrueux kraken et renvoyer Hadès en personne dans les profondeurs des enfers.

En conclusion, « Le choc des Titans » est un film spectaculaire valant le coup d’œil pour ses effets spéciaux réellement impressionnants.

Les monstres mythologiques que ce soi les terribles scorpions géants, la superbe et venimeuse méduse ou le titanesque kraken créent d’intenses scènes d’actions.

Les dieux sont aussi à la hauteur même si en fait, seuls la richesse du Panthéon se résume à une dualité entre Zeus et Hadès.

Bien sur d’incroyables libertés ont été prises avec l’histoire mythologique, les plus énormes étant Hadès remplaçant un Poséidon quasi inexistant, et le monstre marin censé être une baleine géante remplacée par une pieuvre au nom hérité de la mythologie scandinave.

J’ai été également circonspect sur l’intérêt de l’intervention des jinns qui jouent un rôle ici complètement mineur mais ce qui m’a le plus gêné est véritablement la sous représentation des dieux de l’Olympe dont les interventions continuelles en faveur des héros rendent des récits comme l’Iliade ou l’Odyssée réellement magiques.

Alors si on prend l’histoire au pied de la lettre, on pourra toujours arguer que Hollywood a ici défiguré la mythologie grecque, mais on peut aussi voir ce film comme un superbe divertissement qui malgré ses grossières imperfections peut constituer une belle porte d’entrée pour attirer de jeunes générations vers un univers fascinant.

Malgré la qualité du spectacle et quelques scènes fortes, on reste donc un peu sur sa fin en déplorant un certain manque de fond.


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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 21:24

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Dans la même lignée que « Une matinée d’amour pur » , « La mort en été » regroupe elle aussi une dizaine de nouvelles de Yukio Mishima et certaines comme « Les septs ponts » , « Patriotisme », « Dojoji » ou « La perle » se recoupent.

Je ne rechroniquerai pas ici ces dernières et laisserai au lecteur intéressé  le soin de se reporter à ma chronique sur « Une matinée d’amour pour ».

« La mort en été » raconte l’horrible tragédie vécue par un jeune couple de Tokyo qui lors d’une magnifique journée au bord de mer perd deux de ces trois enfants par noyade.

Mishima déploie son habituelle finesse psychologique pour dépeindre le traumatisme vécu du coté de la femme Tomoko qui dévorée par une culpabilité absurde vit une terrible torture intérieure puis du coté du mari Masaru qui bien que souffrant lui aussi intensément réagit à l’aide de mécanismes de défense plus efficaces.

Tout y est, beauté et élégance naturelle de la langue et scanner de toute la palette des émotions humaines qu’on peut éprouver dans le cas réputé le plus violent du deuil d’un de ses enfants.

La fin, particulièrement frappante prouve pour moi toute la vanité des entreprises de compensation que les gens pratiquent en de telles circonstances puisque même la naissance d’un nouvel enfant n’efface pas le mal.

« Trois millions de yens » est une courte nouvelle très déroutante ou un jeune couple vagabonde dans le parc d’attraction d’un centre commercial dans l’attente d’un mystérieux rendez vous avec une vielle dame.

Ce couple semble en manque d’argent et cette information prend toute sa saveur lorsque la rencontre avec la vielle dame se réalise.

Sublime étrangeté et mordante amoralité règnent donc ici en maître.

Malgré son titre quelconque « Bouteille thermos » crée un magnifique cadre nostalgique lors de retrouvailles entre deux anciens amants japonais qui se rencontrent par hasard lors de voyages d’affaires à San Francisco.

Asaka est une ancienne geisha qu’aimait passionnément  Kawase avant que la vie ne les séparent.

Aujourd’hui marié, Kawase souffre de l’éloignement avec sa famille restée au japon et semble obsédé par la bouteille thermos qui fait tenir son fils tranquille.

De son coté Asaka est aux Etats Unis avec sa jeune fille et cette présence va intensément troubler Kawase, son subconscient faisant une transposition de son propre enfant sur celui d’Asaka.

Mishima joue de manière cruelle avec son personnage masculin, abusant de ses sens, introduisant de lancinants souvenirs du passé dans une réalité tailladée d’étranges coïncidences défiant le sens de la raison.

« Le prêtre du temple Shiga et son amour » se situe à un niveau encore supérieur, car métaphysique, et démontre par l’obsession fatale d’un vieux prêtre bouddhiste pour une jeune concubine impériale, la vanité de la quête spirituelle par rapport à la puissance de la chair symbolisée par la beauté absolue d’un visage.

Malgré une vie entière fondée sur la vertu et le renoncement à la matérialité, le prêtre finit par succomber à la fin de sa vie aux tentations terrestres alors qu’il se croyait solidement protégé par une pratique religieuse exemple de toute faille.

« Onnagata » narre la passion de Mishima pour le théâtre kabuki, qui a la particularité de donner la possibilité à des acteurs masculins travestis d’interpréter des personnages féminins.

A travers la passion secrète de Masuyama jeune acteur secrètement amoureux du très féminin Mangiku qui est lui un acteur travesti reconnu, le lecteur pourra déceler les fantasmes homosexuels de Mishima et sa fascination pour les mises en scènes spectaculaires.

« Les langes » est pour moi une courte nouvelle mineure, étalée sur cinq petites pages.

Elle décrit encore fois le trouble intérieur d’une femme Toshiko, traumatisée par l’accouchement impromptu dans son salon de la jeune femme nurse de son fils.

Toshiko est choquée par le fait que le mépris dont fait l’objet ce bébé né hors mariage et effectue un transfert sur son propre enfant.

En conclusion, le talent habituel de Mishima brille encore une fois de mille feux dans ce recueil de nouvelles de grande classe.

Bien entendu toute les nouvelles n’atteignent pas les sommets de profondeur du « Prêtre du temple de Shiga » , de « Bouteille thermos » ou de « La mort en été » mais même des récits qu’on pourrait qualifier de mineurs contiennent néanmoins une dose importante de finesse psychologique, d’étrangeté voir d’amoralité perverse.

On ne sort donc pas tout à fait indemne de ces voyages intérieurs et profonds qui accrochent l’ame et l’esprit dans leurs sinueuses circonvolutions.

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 20:04

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Le cycle Yukio Mishima se poursuit avec « Confession d’un masque » une œuvre de jeunesse publiée en 1949 alors que l’auteur n’était âgé  que de 24 ans.

« Confession d’un masque » est un récit fortement autobiographique contant l’enfance puis l’adolescence de l’écrivain tourmenté par ses pulsions homosexuelles.

Mishima est issu d’une famille modeste de Tokyo.

Il parle assez peu de ses parents mais plus de sa grand mère qui joua un grand rôle dans son éducation.

Enfant rachitique souffrant de gros problèmes de santé, Mishima reçoit une éducation surprotégée et se retrouve très vite marginalisé par rapport à ses camarades avec pour principaux compagnons les livres qui conviennent bien à son tempérament solitaire et rêveur.

Interdit de jeux et de sorties en raison de sa santé fragile, il fréquente surtout l’univers féminin de ses cousines.

Ses pulsions homosexuelles vont se manifester très tôt depuis sa fascination pour les personnages de jeunes chevalier ou de soldats dans les romans illustrés qu’il lit.

Mais cette attirance se trouve immédiatement liée avec des fantasmes morbides ou ces jeunes éphèbes se trouvent torturés ou martyrisés par un destin tragique comme la mort devant un monstre ou sur un champs de bataille.

Je pense que ce indissociable attraction pour la force, la vigueur d’un jeune corps masculin mis à bas au cours un supplice romantique érotisé ne quittera jamais l’esprit de Mishima durant toute son existence et se résumer par son obsession pour le personnage de Saint Sébastien.

Le jeune homme grandit donc dans le Japon de la seconde guerre mondiale avec ses complexes et son terrible secret qu’il porte en lui comme un fardeau.

Il apprend à mentir, à se cacher des autres.

Timide jusqu’à l’excès, dévoré par ses troubles intérieurs il a en lui une fâcheuse tendance à la surintrospection.

Mishima raconte ses émois d’adolescents  pour Omi un camarade d’école doté d’un physique viril qui le fascine mais également ses pathétiques tentatives pour fréquenter des femmes.

Quand la guerre éclate, alors étudiant, il échappe à la conscription à cause de sa santé fragile ce qui réduit à néant ses fantasmes de mort sur un champs de bataille.

Mais il reste les bombardements …

Lors de ses tentatives de relations féminines, Mishima fréquente la jeune Sonoko, la sœur d’un ami d’université qui est parti lui faire la guerre.

La relation entre Mishima et Sonoko est extraordinairement complexe..

Sonoko aime Mishima et souhaite l’épouser.

Lui semble l’aimer mais d’un amour platonique, purement intellectuel qui n’aboutira pour lui à rien de concret et qu’il méprise.

Sonoko lui sert à réaliser que l’essentiel de ses désirs va pour les corps masculins bestiaux, sauvages et virils de marins, soldats ou voyous comme au cours de l’extraordinaire scène de fin dans une boite de jazz de Tokyo.

Malgré un embarras de façade, Mishima jouira pourtant de son ascendant et de la souffrance qu’il infligera à Sonoko mais sera en retour hanté par son souvenir.

En conclusion, « Confession d’un masque » n’est pas pour moi la plus grande œuvre de Mishima.

Elle permet néanmoins de comprendre les obsessions de l’écrivain qui hanteront toute la suite de son œuvre, comme le culte du corps, de la virilité de sa supériorité  sur l’intellect et ses fantasmes ayant trait à une érotisation de la mort.

« Confession d’un masque » est aussi le récit d’une abominable souffrance intérieure d’un adolescent sans aucune confiance en lui et complètement seul car différent intérieurement et extérieurement des autres.

Mais sans cette souffrance, Mishima serait il devenu écrivain ? On peut penser que non.


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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 08:51

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« Une matinée d’amour pur » regroupe sept nouvelles sur le thème de l’amour écrites par Yukio Mishima entre 1946 et 1965.

Quand il écrit « Une histoire sur un promontoire » Mishima a à peine plus de vingt ans.

Il narre une curieuse expérience de son enfance, une révélation passant par une communion extrêmement forte avec la nature s’exprimant par sa fascination pour la contemplation de la mer depuis un promontoire surplombant une falaise sur la presqu’île de Boso située prêt de Tokyo.

On apprécie déjà le caractère rêveur du jeune Mishima, perdu dans la lecture de contes ou de romans d’aventures et ayant tendance à explorer la vie par ses propres moyens en s’affranchissant des contraintes des adultes.

« Haruko » est une nouvelle encore plus troublante autour d’une passion jeunesse pour sa jeune tante Haruko Sasaki, fille d’un comte qui avait commis l’erreur de fuguer avec son chauffeur.

Après la mort du chauffeur à la guerre, Haruko était revenue vivre chez son père avec sa belle sœur Michiko.

Sans doute attiré par ce parfum de scandale, le jeune Mishima va développer une troublante attirance pour les deux femmes Haruko et Michiko.

Le jeune homme s’immisce dans la relation entre les deux femmes, couche ave Haruko tout en désirant Michiko et son imagination se met à le travailler, brouillant toutes les cartes.

Dans ce triangle amoureux atypique délicieusement pervers, le lecteur ne sait plus très bien ou commence la réalité,  ou s’arrête le fantasme et se laisse emporter dans les méandre des pensées d’un jeune homme troublé par deux belles jeunes femmes adultes …

Plus brève mais toujours intense émotionnellement, « Le cirque » raconte une histoire d’amour tragique entre une trapéziste et un cavalier exploités par un patron de cirque peu scrupuleux.

Mishima touche ici encore fois juste.

Avec « Papillon », l’écrivain renoue avec les amours romantiques contrariés voir impossibles autour de la passion de jeunesse de Kiyohara ancien officier vieillissant pour Hanako Kawaramachi une femme mariée connue lors d’un voyage en Italie effectué vingt ans plus tot.

La passion de Kiyohara se cristallise autour de Madame Butterfly, l’opéra de Puccini que le jeune homme était allé voir avec elle à la Scala de Milan.

Très marqué par cette expérience, Kiyohara écrit ensuite une lettre à Hanako qui n’aura jamais de réponse.

La vie suit son cours, vingt années passent, Kiyohara fait la guerre, se marie puis perd sa femme.

Une fois l’age de la retraite arrivé, il revit ses émotions de jeunesse à Nagasaki, à l’occasion d’une interprétation de Madame Butterfly par la même cantatrice qu’a Milan mais cette fois quasiment mourante.

Mais par une ultime pirouette, Kiyohara et Hanako se reverront une ultime fois avant que leur curieux destin ne se dénoue d’une manière déchirante et glacée.

« La lionne » est une œuvre géniale typiquement « Mishimienne » , avec la lente et cruelle mise en place d’une implacable vengeance d’une femme trompée et humiliée par son mari volage.

« Un voyage ennuyeux » confirme le goût de l’écrivain pour les relations hors normes, cette fois entre Tsutomo un jeune gigolo désargenté et Madame Kurumazaki une riche femme d’age mur qui lui fait connaître l’élite intellectuelle de Tokyo en échange de sa soumission.

Mishima dépasse ici l’aspect superficiel ou moral des chose pour s’attacher à décrire les subtilités de ce type de relations.

Dernière nouvelle du roman, « Une matinée d’amour pur », comblera d’aise les lecteurs avides de romantisme par son histoire d’un couple d’age mur désirant revivre éternellement l’émoi de ses premiers élans amoureux.

Mais comme avec Mishima la pureté des sentiments n’exclut pas non plus une certaine perversité, le couple utilisera deux jeunes étudiants pour alimenter leur fantasme d’amour éternel ce qui aboutira à un dénouement tragique.

En conclusion on peut considérer toute les nouvelles présentes dans  « Une matinée d’amour pur » comme de véritables petites merveilles individuelles.

L’amour est ici le thème principal mais sous une forme souvent biaisée, bien loin des sempiternels clichés sur de jeunes couples menant des vies harmonieuses, lisses et bien rangées.

Par ces situations hors normes, Mishima découpe au scalpel l’ame humaine, en révélant de sa main experte tout les sinueux contours.

Désirs contrariés, fantasmes irréels, nostalgie d’ amour perdus, éteints ou impossibles se mélangent pour former un grand tout essentiel recelant toutes les facettes du seul véritable amour, l’amour passionné et romantique amenant à toute les folies.


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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 21:30

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« Dojoji et autres nouvelles » regroupe de manière synthétique la célèbre pièce de théâtre et trois nouvelles toutes écrites par Yukio Mishima entre les années 50 et 60.

« Dojoji » est la première pièce de théâtre de Mishima que je découvre.

Son talent s’exprime à ravir dans cette folle histoire de Kiyoko, danseuse meurtrie dans sa jeunesse par un homme qui a délaissé sa beauté au profit d’une femme plus mure, ce qui aboutit à sa mort dans une armoire que la malheureuse désargentée cherche à désespérément récupérer au cours d’une vente aux enchères.

L’aspect trépidant d’une pièce de théâtre ressort par l’intervention de nombreux personnages hommes et femmes surenchérissant autour de cette mystérieuse armoire dont l’intérieur est presque aussi vaste qu’un court de tennis.

Voyant l’armoire lui échapper, Kiyoko perturbe la vente et s’enferme à l’intérieur dans l’intention de mutiler son beau visage source de ses tourments.

Mais contre toute attente la belle prend brutalement conscience de l’inutilité de son acte et prend le parti de se réconcilier avec sa nature, aussi déplaisante que celle ci lui paraisse.

Les autres nouvelles bien qu’abordant des thèmes très divers sont de très haute qualité.

« Les septs ponts » racontant le pérégrinations de quatre femmes dont deux geishas, une fille de famille et une servante en apparence simplette devant traverser sept ponts en gardant le silence pour exaucer leurs rêves les plus fous, brille de toute l’inventivité, le génie narratif, le très grand raffinement psychologique et la  très grande perversion de Mishima.

« Patriotisme » est sans nulle doute la plus intense et la plus bouleversante des nouvelles que j’ai lues de ma vie.

Mishima y raconte le suicide rituel d’un jeune couple dont le mari, Takeyama, lieutenant pris dans un insoluble dilemme entre son devoir envers l’armée et sa fidélité à ses amis, a décidé de s’éventrer en accomplissant l’acte de seppuku dont le caractère héroïque est comparable pour l’auteur à un acte de bravoure au combat.

Eperdue d’amour envers son bel officier, la jeune Reiko décide de le suivre jusque dans la mort.

La scène ou le couple fait l’amour pour la dernière fois avec une tendresse et un respect infinis avant de partir est d’un érotisme insurpassable, contrastant avec l’horreur du drame  à venir.

J’ai fini cette nouvelle groggy, chancelant, le cœur battant partagé entre extase et horreur pure.

J’ai en revanche moins apprécié « La perle » montrant toutes les inextricables complications des sociétés des femmes japonaises prises entre leur épuisant respect de convenances rigides et leurs désirs personnels parfois terriblement retors et vicieux.

En conclusion bien que trop court et sans doute trop hétérogène, « Dojoji et autres nouvelles » ne déçoit pourtant pas, révélant toute la maîtrise et la puissance dramatique de ces courtes nouvelles ou se côtoient des sentiments d’une pureté absolue  quasi surnaturelle avec d’autres plus délicieusement lâches, pervers ou tourmentés mais sans doute en fin de compte plus conformes à la véritable nature humaine.

Et toujours ce style incomparable illuminant de toute sa classe, de sa force et de son intelligence les écrits de Mishima.


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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 20:04

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Paru en 1956, « Le Pavillon d’Or » est sans nul doute l’un des plus grands romans de Yukio Mishima.

L’auteur part ici d’un fait divers tristement réel l’incendie en 1950 par un jeune moine du nom Hayashi Shoken d’un des plus célèbres temples bouddhiques de Kyoto, un pavillon séculaire recouvert d’or considéré comme l’un des plus beaux symboles du Japon ancestral.

Mishima se coule alors dans l’esprit de Mizoguchi, jeune moine complexé par un physique ingrat et par un bégaiement humiliant pour décrire le cheminement fascinant menant à son geste en apparence fou.

Dans le japon d’après guerre, le lecteur suit donc le parcours de Mizoguchi, qui commence par le décès brutal et douloureux de son père lui même prêtre zen amenant sa mère sans ressource à le confier au Prieur du Pavillon d’Or pour être éduqué à la manière des moines bouddhistes.

On est rapidement frappé par le terrible mal être de Mizoguchi, par ses expériences traumatisantes comme son obsession maladive pour une jeune et belle fille nommée Uiko assassinée en aidant un déserteur de l’armée ou comme son mépris doublé de haine pour sa mère qui se débarrasse plus ou moins de lui en l’envoyant chez les prêtres.

En raison de ses handicaps physiques, Mizoguchi va vite se retrouver isolé socialement des autres étudiants et développer une étrange fascination pour le Pavillon d’Or dont la beauté absolue, la perfection l’obsèdent, l’écrasent lui rappelant sans cesse ses propres infirmités.

Il va pourtant fréquenter d’autres étudiants, Tsurukawa représentant une parcelle plus lumineuse et positive de l’existence mais qui mourra assez mystérieusement et surtout Kashiwagi rencontré à l’université, lui même infirme des jambes qui sera son mentor spirituel.

Contrairement à Mizoguchi, Kashiwagi a surmonté son handicap et a développé une philosophie de l’existence extrêmement amorale ou il n’hésite pas à pratiquer de mauvaises actions pour arriver à ses fins.

Kashiwagi va donc mettre Mizoguchi sur la voie du Mal, modeler son esprit et semer en lui les germes des pensées qui le mèneront plus tard à l’action.

Un autre événement d’un impact considérable sera la découverte de la corruption du Prieur du temple et de sa fréquentation des geishas.

Mizoguchi va donc se rebeller contre l’éducation zen, haïr le Prieur, entrer en conflit avec lui, faire preuve d’indiscipline et pratiquer le vol.

Dés lors l’engrenage du drame dans lequel nous entraîne Mishima paraît inexorable …

En conclusion, « Le Pavillon d’Or » peut être considéré comme un chef d’œuvre de la littérature.

Mishima y dévoile son approche du Beau qui doit être par essence éphémère comme par exemple dans la musique.

La beauté absolue, inaltérable, parfaite, doublée de la dimension religieuse du Pavillon d’Or recèle un coté inhumain, insupportable pour le jeune prêtre lui même si imparfait dans son enveloppe charnelle.

En s’engageant sur la voie de la perversion, de la profanation et de la transgression, Mizoguchi découvre une nouvelle forme de plaisir liée à l’irrésistible pouvoir attractif  du Mal.

En décidant d’accomplir cet acte profanateur d’une si grande puissance, comparable à un déicide, il accède alors à une inaccessible sensation nirvana qui vient donner un sens à sa vie.

Sur la forme, Mishima est ici également au sommet de son art.

La description de ce Japon d’après guerre, meurtri, humilié par la puissance conquérante de l’Amérique victorieuse est formidablement illustrée par l’incident du robuste soldat américain qui oblige Mizoguchi à piétiner pour son plaisir sa compagne japonaise.

Comme toujours Mishima excelle dans les descriptions poétiques de paysages ou les scènes à haute teneur érotique comme celle ou lors d’un curieux rituel une jeune femme à la poitrine opulente fait jaillir son lait dans la tasse de café noir d’un jeune lieutenant en tenue militaire.

En signant cette œuvre mettant en exergue la part la plus trouble et ténébreuse de l’ame humaine, Mishima accède donc pour moi au statut d’écrivain culte.


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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 21:21

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Yukio Mishima toujours avec « Après le banquet » qu’il publia en 1960.

Il s’agit encore une fois d’une relation homme-femme assez étrange et hors normes.

Après la seconde guerre mondiale, Kazu est une femme de cinquante ans, célibataire, qui est propriétaire de  l’Ermitage, l’un des restaurants les plus en vue du Tokyo.

Kazu est encore une belle femme et elle gère son établissement d’une main de maîtresse.

Lors d’un réception d’anciens hommes politiques, elle tombe sous le charme de Noguchi, un ancien ambassadeur de soixante ans aux manières surannées.

Malgré son aspect âgé, Noguchi est encore actif et envisage de se présenter aux élections préfectorales du Japon pour le parti réformateur.

Kazu qui a la réputation d’avoir durant sa jeunesse plutôt profité voir usé les hommes de sa vie, ne supporte plus la solitude et aimerait mourir mariée, de préférence à cet homme à la réputation établie.

Elle va épouser Noguchi, se lancer à corps perdu pour dans le soutien de sa carrière politique allant même jusqu’à hypothéquer son restaurant pour financer sa campagne.

Pourtant les obstacles vont rapidement se dresser contre le couple.

Tout d’abord le parti conservateur, très riche et très puissant puisque déjà au pouvoir va déployer toutes les méthodes malhonnêtes en vigueur dans le domaine de la politique pour discréditer Kazu et contrer son mari.

Puis les différences très marquées vont apparaître entre les deux tempéraments diamétralement opposés des époux.

Alors que Kazu est une femme entière, énergique vibrante d’énergie, d’action et d’initiatives personnelles parfois très maladroites, Noguchi va se montrer plus passif, intellectuel, trop idéaliste et honnête pour parvenir à s’imposer dans le redoutable jeu de la politique.

Finalement vaincu politiquement par plus retors que lui, le couple va se déchirer et imploser, l’intransigeant Noguchi aux hautes valeurs morales ne supportant plu les initiatives de sa femme pour racheter son restaurant.

Sommée de choisir entre son restaurant et son mari, Kazu va finalement choisir de revenir à son ancienne vie, de divorcer et d’abandonner ses rêves de respectabilité et de postérité.

En conclusion, « Après le banquet » est pour l’instant le livre de Mishima que j’ai le moins aimé.

Bien entendu le style limpide et éclaboussant de classe de l’écrivain est toujours présent mais l’histoire entre ces deux « seniors » sur le déclin m’a paru moins forte, moins intensément dramatique et retorse que dans ses œuvres les plus marquantes.

A travers les personnage de Kazu et de Noguchi, Mishima oppose deux visions de l’existence l’une centrée sur le corps, la force vitale, l’énergie d’entreprendre, la prise d’initiative se traduisant par des actions  physiques, l’autre plus statique fondée sur l’esprit, la morale, l’idéalisme et la tradition.

Un moment attirée par le prestige de la deuxième force, Kazu comprend que son intérêt est de suivre la première voie qui est celle de sa nature profonde.

Le corps ou l’esprit ? Mishima semble avoir souvent opté pour une exaltation du premier nommé.


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