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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 20:29

 

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En commençant « Crime et châtiment » de Fédor Dostoïevski, je savais pertinemment que je m’attaquais à un monument de la littérature puisqu’un bon ami m’avait assuré que l’auteur russe était sans doute pour lui le plus grand écrivain de l’Histoire.

Publié en 1866, « Crime et châtiment » est le premier roman à succès de Dostoïevski.

Située au XIX ieme siècle à Saint Petersbourg, l’histoire se présente tout d’abord superficiellement comme un celle d’un roman policier après le meurtre d’une vieille usurière russe sauvagement assassinée à coups de hache par un étudiant désargenté nommé Raskolnikov.

Personnage principal du roman, Raskolnikov va démontrer une personnalité complexe, intelligente, torturée et déroutante puisque le jeune homme ne sait pas réellement pourquoi il a commis le meurtre, et va d’interrogations en interrogations être partagé entre le désir de justifier son crime de manière philosophique par le fait que les hommes d’exceptions ont parfois le droit de tuer les gens « médiocres » pour atteindre des idéaux plus élevés et un violent désir de repentir caractérisé par une envie d’être pris par la police.

Tiraillé entre cette justification qu’il n’assume pas totalement (car il reconnaît ne pas être Socrate, Napoléon ou Newton)  et une tension nerveuse insupportable l’amenant à des violentes crises de maladie, Raskolnikov va faire partager au lecteur son trouble intérieur, son questionnement sur le sens de la vie et de nos actes.

La trame principale du roman policier va donc se dessiner autour d’un infernal jeu du chat et de la souris entre Raskolnikov et le juge d’instruction Porphyre Petrovitch, redoutable manipulateur qui va manœuvrer psychologiquement l’étudiant pour le pousser à bout.

Mais outre les versants policier et métaphysique, « Crime et châtiment » explore aussi par son incroyable galerie de personnages plusieurs facettes de la société russe de l’époque, que ce soit le socialisme progressiste illuminé de Lebeziantikov ou la misère sociale par la malheureuse famille Marmeladov avec le mari ivrogne et la femme phtistique.

Raskolnikov prendra d’ailleurs en sympathie les Marmeladov et tombera amoureux de leur belle fille Sonia, dont la noblesse des sentiments contrastant avec son extrême dénuement finiront par gagner son cœur.

Prenant fait et cause pour les « petites gens », Dostoïevski décrit la lutte acharnée de Raskolnikov contre Loujine, homme trouble désirant épouser sa sœur Dounia en utilisant sa position sociale élevée pour mieux l’asservir.

L’ardente bataille entre Raskolnikov et Loujine pour sauver la famille Raskolnikov constitue assurément l’un  des morceaux de choix du récit.

Et puis il y a les personnages annexes, qui interviennent par instant comme le très vivant Razoumikhine meilleur ami de Raskolnikov qui bien que limité joue un rôle de soutien actif auprès de son ténébreux ami.

Le propriétaire terrien, Svidrigailov qui après avoir exploité Dounia, tente de faire chanter Raskolnikov est pour moi le plus fascinant d’entre eux, avec de fortes tendances pédophiles et psychotiques qui le mèneront à un suicide particulièrement marquant.

Après un récit long, dense et parfois douloureux tant on souffre avec Raskolnikov, l’intrigue se dénoue, le coupable se livre et purge sa peine en Sibérie.

La fidèle Sonia qui accepte de suivre le criminel par amour sert de vecteur à une renaissance et un apaisement intérieur centré sur l’amour et une attraction nouvelle d’un homme jusqu’alors férocement agnostique pour la religion.

En conclusion, sur le fond, rien à dire « Crime et châtiment » est une œuvre particulièrement profonde agitant un questionnement autour de la loi, du droit ou pas à les transgresser, de la morale et de la souffrance qu’elle occasionne jusqu’à conduire à l’expiation libératrice.

Tout au long du roman, Raskolnikov fait son chemin de croix et finit dans l’expiation de son crime par trouver l’apaisement.

Œuvre multiple et complexe par la diversité des thèmes qu’elle aborde, « Crime et châtiment » constitue également malgré ses prises de positions marquées en faveur du « petit peuple russe » exploité par des riches sans scrupules (Loujine, Svidrigailov)  une critique des courants socialistes alors grandissants dans le Russie de la fin du XIX ieme siècle.

Seul bémol, le style de Dostoïevski que j’ai trouvé assez pesant par instant avec les digressions à rallonges dans les dialogues de l’insupportable Petrovitch, de Loujine ou de la mère de Raskolnikov.

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 23:13

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Depuis quelques temps vous avez peut être constaté que le Brésil était à la mode dans les média français et internationaux.

Ce géant assoupi se réveille et se découvre par l’intermédiaire de son président Lula des ambitions pour jouer les premiers rôles économiques et politiques sur l’échiquier mondial.

Le Bahianais Jorge Amado est sans nul doute l’un des écrivains les plus populaires de ce pays multiple et fascinant à bien des égards.

Son premier roman écrit en 1931, « Le pays du Carnaval » ne fut pourtant traduit du portugais qu’en 1984, tant Amado n’assumait pas cette œuvre de jeunesse écrite à seulement 18 ans.

L’histoire se déroulant en 1930 est celle de Paulo Rigger, jeune bahianais fils de riche planteur de cacao parti étudier le droit à Paris et revenu sept ans après dans son pays natal.

A Paris, Rigger a en même temps qu’étudié, découvert la vie facile, les plaisirs de la chair et le cynisme français.

Revenu au pays, Rigger déformé par son éducation française ne se sent plus brésilien.

Le roman raconte son questionnement, ses doutes et ses errements métaphysiques.

Rigger revient à la plantation familiale de Bahia avec Julie une française qu’il a connu sur le bateau de son retour.

Julie incarne la française type, belle, cynique et volage.

Incapable de fidélité, elle ne tarde pas à tromper Paulo qui amoureux et très axé sur les sentiments en souffre atrocement.

A Bahia, Paulo fréquente un groupe d’amis avec qui il a d’intenses débats intellectuels sur la philosophie, la littérature et la politique.

Il est vrai que la période politique avec le coup d’état de Getulio Vargas instauré à Rio est propice à ce type de discussions.

Dans la groupe il y a le doyen, Pedro Ticiano poète maudit et journaliste pamphlétaire, qui fait office de sage et d’adepte de la philosophie du scepticisme.

Puis viennent Ricardo Bras étudiant en droit qui croit lui en l’amour et en une vie rangée, Jéromino Soares, jeune homme simple  et timide dévoyé par son maître Ticiano qui lui a appris l’insatisfaction et José Lopes, jeune diplômé brillant, en mal d’idéaux religieux ou philosophiques.

Les cinqs amis partageant des visions differentes sur le sens à donner à la vie s’opposent souvent de manière violente ce qui donne lieu à des débats animés.

Un jour pour faire passer leurs idées, ils décident de fonder un journal qu’ils appellent l’Estado de Bahia.

Voulant croire en un amour pur au dessus de tout, Rigger délaisse rapidement sa française et s’amourache de Maria de Lourdes, jeune bahianaise très pauvre rencontrée dans un cinéma.

Mais après plusieurs semaines de flirt, Rigger apprend que la jeune fille n’est pas vierge et ne peut en raison du poids des traditions de l’époque la demander en mariage.

Désespéré, il poursuit donc son parcours chaotique et douloureux allant même jusqu’à songer au suicide sans toutefois parvenir à passer aux actes.

La mort du vieux Ticiano est le point culminant du livre … le vieil homme livrant ses derniers secrets sur son lit de mort.

Bras se marie et part vivre dans les terres loin de Bahia.

Pourtant malgré le confort de sa vie bourgeoise, il ne parvient pas à la félicité et comprend que Ticiano avait raison.

Soares épouse une prostituée et retourne à son ancienne vie plus simple malgré quelques vestiges des enseignements de Ticiano qui le tourmentent et le laissent toujours insatisfaits.

Après avoir ouvert une salle de jeu puis mystérieusement disparu, Lopes réapparaît et se déclare converti au communisme.

Le roman se termine par la décision subite de Rigger de retourner en Europe pour oublier ses peines.

Symboliquement, le jeune homme repart le même jour que celui de son arrivée : celui du carnaval de Rio, fête comparable à une transe sensuelle unissant l’ame entière du peuple brésilien.

En conclusion, « Le pays du Carnaval » est un très bon petit roman et on comprend assez mal avec le recul les hésitations de Amado pour la publication de cet ouvrage de qualité.

A travers le filtre d’une certaine élite intellectuelle, Amado nous permet de pénétrer la société brésilienne des années 30 et de mieux comprendre son fonctionnement.

Le roman contient une dimension philosophique des plus plaisantes à laquelle l’auteur répond partiellement par la voix du sage Ticiano mais qui ne semble pas totalement convenir au jeune Rigger.

La recherche de la félicité, le doute érigée en philosophie et le renoncement aux plaisirs ne parvenant pas à totalement à trouver grâce auprès du jeune homme plus porté sur les sentiments amoureux.

Pour ma part il parait certain que le doute et l'insatisfaction sont deux des composantes principales de chaque etre humain "pensant", la recherche de solutions pour les surmonter étant propre à chacun (amour,religion, philosophie ...)

Jorge Amado constitue donc pour moi une très belle découverte et je remercie la personne qui a participé à celle-ci.


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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 22:44

Glas.jpg4

 

Malgré quelques déceptions, je persévère dans ma découverte d’Ernest Hemingway avec cette fois l’un de ses plus grand classiques « Pour qui sonne le glas ».

Ce livre prend place dans un contexte très difficile, la guerre civile qui ensanglanta l’Espagne de 1936 à 1939.

Le personnage principal, Robert Jordan, est un jeune professeur américain qui s’est enrôlé comme dynamiteur dans la coalition des forces communistes étrangères qui luttent aux cotés de républicains contre l’insurrection nationaliste et fasciste de Franco.

Sa mission principale est de faire sauter un pont dans la région de Castille afin de préparer une contre offensive républicaine d’envergure pour de reprendre Ségovie puis ensuite de marcher sur Madrid.

Après avoir pris ses ordres d’un général russe (Golz), Jordan prend alors contact avec une bande de partisans espagnols pour arriver jusqu’à son objectif.

Ayant déjà vécu en Espagne avant le conflit, Jordan à l’avantage de parler parfaitement l’espagnol ce qui facilite son intégration au sein de la bande dirigée par leur chef Pablo qui s’est brillamment illustré par une attaque de train.

Mais Pablo semble usé par le conflit et son attitude étrange, son manque de combativité font de lui un personnage dangereux et ambigu qui met en péril la cohésion du groupe et la mission de Jordan.

Pourtant sans doute séduit par sa personnalité trouble, l’américain prend sa défense afin de lui éviter d’être exécuté et contre toute attente Pablo viendra jusqu’au bout hanter le roman.

La totalité du livre tient sur une durée de trois jours avec la préparation de l’acte de dynamitage et la description de la vie de guérilleros.

Dans cette environnement règne Pilar, la femme de Pablo, une matrone de prêt cinquante ans, énergique et idéaliste qui est la véritable locomotive du groupe.

Il y aussi le vieil Anselmo, pisteur infatigable et chaleureux qui guide Jordan dans le maquis castillan et Raphaël le gitan, peu fiable car enrôlé un peu malgré lui dans une guerre dont les enjeux le dépassent.

Mais la grande histoire de Robert Jordan reste Maria, jeune paysanne recueillie par le groupe après avoir été tondue et violée par les nationalistes.

Durant les trois jours, Robert et Maria s’aiment d’un amour pur et intense.

Malgré le cadre tragique qui les entourent, tous deux découvrent l’amour pour la première fois dans toute sa beauté et sa simplicité.

Tout au long du récit, Hemingway décrit les horreurs de la guerre, la peur des patrouilles, des tanks, des avions et les massacres abominables comme celui que confessent Pilar et Pablo, de tous les hommes fascistes de leur village alors qu’ils étaient désarmés et retranchés dans une maison.

Puis vient l’heure d’exécuter la mission et le plus grand pic d’intensité du roman.

Jordan parvient à ses fins mais est cruellement blessé à la jambe en s’enfuyant.

Avec sa jambe cassée il devient un poids pour le groupe et demande a être abandonné.

Les adieux avec Maria sont déchirants.

Le roman se termine sur une scène particulièrement forte ou Jordan grièvement blessé attend avec anxiété la patrouille tout en hésitant encore à se suicider ou à vendre chèrement sa peau en assassinant un officier.

En conclusion, « Pour qui sonne le glas » est un roman très dense et dramatique.

Hemingway s’est bien sur inspiré de son expérience comme correspondant de guerre pour le personnage de Jordan mais outre l’aspect historique, le roman comporte un arrière fond philosophique des plus intéressants.

Se sachant sans nul doute condamné, Jordan vit pourtant au contact de ses gens rustres mais généreux et de la jeune Maria, sans nul doute les meilleurs moments de son existence et est prêt à accepter de mourir en échange de se trois jours merveilleux car il comprend que l’important n’est pas de vivre longtemps une vie vide mais de vivre bien et intensément en ayant l’impression d’avoir rempli sa vie.

La seule critique que je pourrai faire est que le livre m’a paru trop long et l’action plutôt réduite ce qui est plutôt décevant pour une œuvre traitant de la guerre.

Le lecteur s’installe donc dans l’attente et la routine de la vie de camps avec les interminables discussions autour du feu.

Malgré cela, les quelques pics d’intensité et la philosophie sous jacente de ce livre font de « Pour qui sonne le glas » une oeuvre puissante et marquante.


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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 21:36

Bullle_cassee.jpg2

 

Publié à titre posthume, « La bulle cassée » est un roman atypique de Philipe K Dick dans la mesure ou il délaisse les habituelles préoccupations d’anticipation et de paranoïa de l’auteur pour raconter une histoire plus traditionnelle se déroulant en Californie en 1956.

Dans ce livre Jim Briskin est un disc jockey de la KOIF une radio de San Francisco ou il a acquis une certaine notoriété auprès du jeune public en diffusant outre de la musique classique, de la musique rock’n’roll alors en passe de séduire la jeunesse américaine malgré la censure qui la trouvait trop proche des populations noires.

Un jour un vendeur de voiture véreux mais puissant localement nommé Luke Sharpstein passe un contrat avec la radio pour une diffusion de spots publicitaires pour son entreprise Looney Luke.

Sharpstein désire imposer de la musique country dans sa publicité.

Ardent défenseur de la musique classique et des nouvelles musiques dites avant guardistes, Briskin dérape à l’antenne en dénigrant la publicité.

Il est donc mis à pied par ses patrons et reprend contact avec son ex-femme Patricia avec qui il sort d’un divorce douloureux.

La stérilité de Jim ayant été la principale cause de leur séparation, les deux ex-époux sont malgré tout restés très proches même si Patricia est en passe de se marier avec Bob Posin le directeur de la radio.

Les relations de l’ancien couple paraissent très étranges, surtout quand ils se rapprochent d’un autre jeune couple composé d’Art et Rachel, à peine âgés de 18 ans qui attendent de surcroît un enfant.

Perdus dans leur vie, Art et Rachel font partie d’un groupe de jeunes activistes de gauche férus de science fiction, menant des opérations coups de poings contre les autres jeunes de bonnes familles.

Ce groupe est dirigé par Grimmelman, déserteur polonais poursuivi par le FBI qui a construit une puissante voiture nommée la Horch pour réaliser leurs spectaculaires raids.

Jim et Patricia prennent en sympathie Art et Rachel et entre les deux couples se nouent des relations troubles puisque Jim paraît attiré par Rachel, tandis que Patricia très instable psychologiquement sort avec le jeune homme après une soirée trop arrosée.

Rapidement Art tombe amoureux de Patricia qui demeure une femme encore très désirable.

Mais le jeune homme paraît possessif, immature et dangereux puisqu’il la frappe au visage et menace de tuer Posin.

Art pousse Patricia a partir avec lui dans une sorte de cavale sans but et celle ci attirée physiquement par le jeune homme suit temporairement avant de se ressaisir et d’appeler Jim à la rescousse.

Profitant de son ascendant naturel sur Art, Jim rétablit la situation et ramène Patricia à bon port qui décide de le ré épouser.

Du coup Jim rompt ses relations avec la jeune Rachel qui finit par l’accepter.

Entre temps Grimmelman se fait coffrer par le FBI et Art est arrêté par la police après avoir été pris pour l’auteur d’une mauvaise plaisanterie consistant à jeter d’un immeuble une immense bulle remplie d’eau et de saletés.

Dick indique que cette bulle provient d’un numéro grotesque d’une chanteuse de rock ratée mettant en avant sa plastique avantageuse dans une bulle en plastique dans laquelle peuvent frapper les membres de séminaires moyennant finances.

Briskin intervient et fait sortir Art de prison pour assister à l’acouchement de Rachel.

En conclusion, « La bulle cassée » est un roman plutôt étrange qui déroutera à n’en pas douter les fans de l’écrivain de SF à l’imagination prolifique.

Ici, le gourou de la Science Fiction prend un visage plus humain et se fait l’écho de la jeunesse américaine des années 50 alors en plein désir d’émancipation, ce désir se traduisant par l’éclosion de la musique rock’n’roll.

L’auteur porte un regard protecteur et amicale sur celle ci, se sentant sans doute proche d’elle à travers le personnage de Briskin.

Le terme « bulle cassée » est assez énigmatique, on peut y voir l’échec programmé de la musique rock’n’roll attraction un peu vulgaire exposée aux yeux de tous dans une cage et par extension l’échec des mouvements libertaires étouffés à long terme par les systèmes politiques et leurs puissants appareils répressifs.

Un livre daté, sympathique et bien troussé mais qui ne m’a pas bouleversé outre mesure.


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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 20:08

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Paru en 1949, « Histoire naturelle des morts » d’Ernest Hemingway est un court recueil de nouvelles traitant du thème de la mort.

Ancien infirmier et journaliste des deux guerres mondiales, Hemingway a eu une expérience très intime avec la mort sur les champs de bataille qui est donc logiquement mise à l’honneur dans l’intégralité de ces nouvelles.

La première nouvelle pose le sujet de manière générale avant de se terminer par une anecdote contant une dispute absurde entre un médecin et un lieutenant d’artillerie à propos d’un blessé dont les cris d’agonie dans un abri rendent tout le monde fou.

« Un soldat chez lui » traite du difficile retour dans ses foyers d’un soldat américain après la guerre de 14-18, avec un terrible sentiment de décalage et de désintérêt pour le monde civil qui ne peut de toute façon pas comprendre l’état d’esprit du vétéran de guerre.

« Dans un autre pays » a pour sujet la douloureuse rééducation à Milan d’un soldat américain blessé pendant la première guerre mondiale.

Hemingway décrit l’horreur des mutilations ou des handicaps des survivants, qui entre les mensonge des médecins et les balbutiements de la chirurgie réparatrice, essaient de garder un faible espoir de retrouver une vie normale.

« Simple enquête » est un étrange nouvelle sur fond d’homosexualité larvée et de harcèlement sexuel d’un major pour un soldat.

Se déroulant également en Italie pendant la guerre, la dernière partie intitulée « Ca ne risque pas de vous arriver » montre également un dialogue déroutant autour de la guerre et de son issue entre un soldat américain  égaré et un capitaine italien l’ayant temporairement recueilli.

En conclusion, « Histoire naturelle des morts » ne sera pas encore une fois le livre d’Hemingway qui me convertira de manière absolue au génie de l’écrivain américain.

Hemingway traite ici de son expérience des champs de bataille et des atrocités qu’il y a vues mais de manière presque scientifique et détachée ce qui génère peu d’empathie au regard de l’intensité supposée des évènements vécus.

Il écrit plutôt ici comme un journaliste scientifique se cantonnant froidement aux faits.

Peu de dramaturgie donc et beaucoup d’absurdité dans les situations vécues, généralement assez inattendues.

Un livre plutot décevant qui m’a donc grandement laissé sur ma fin.


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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 16:08

Aquoireventloups.jpg5

 

Au premier abord on pourrait penser que lire « A quoi rêvent les loups » de Yasmina Khadra après « Les agneaux su Seigneur » ne présente que peu d’intérêt tant le sujet traité, la guerre civile algérienne qui ensanglanta le pays dans les années 90 est similaire.

Cependant avec « A quoi rêvent les loups » l’écrivain parvient à encore surprendre et innover sans se répéter.

Le livre commence très fort, par la fin tragique de deux terroristes pris au piége par l’armée dans un immeuble de la Casbah algéroise et perdant du meme coup leurs dernières illusions de salut.

Le lecteur est donc ici plongé brutalement au cœur d’un sujet brûlant auquel il est difficile de rester insensible.

Puis Khadra rembobine le film de son roman, en décrivant l’histoire d’un jeune homme, Nafid Walid, né dans les quartiers pauvres de la Casbah d’Alger, et rêvant d’une destinée flamboyante en embrassant la carrière d’acteur de cinéma.

Mais malgré un physique des plus avenants, Nafid ne parvient pas à percer dans un pays ou l’art est peu reconnu et finit par se reconvertir en chauffeur chez les Raja, une riche famille algéroise.

Considéré comme un larbin et un moins que rien, Nafid encaisse les humiliations en échange d’un bon salaire et de petits cadeaux en nature.

Mais un soir il assiste à la mort d’une adolescente, décédée par overdose au cours d’une soirée de débauche chez ses patrons.

Malgré son dégoût, Nafid est contraint de transporter le corps et d’aider à son enterrement dans une foret afin d’éviter d’éclabousser la famille par un scandale.

Menacé de mort pour garder le silence, Nafid est traumatisé par cette nuit de cauchemar et ne supporte pas le choc.

C’est alors que sa vie bascule, il quitte son emploi, trouve refuge dans la religion et se met à fréquenter la mosquée ou l’imam Younes sentant sa fragilité l’endoctrine patiemment.

Dans l’Alger bouillonnante de la fin des années 80 ou les intégristes musulmans du FIS cherchent à prendre le pouvoir contre un état autoritaire et corrompu, Nafid va peu à peu intégrer un réseau de lutte terroriste.

Il commence par faire le taxi pour le compte des cheiks, puis prend de plus en plus de responsabilités, prenant part à un commando qui assassine des personnalités de la magistrature, de la police ou de l’armée.

Au milieu d’étudiants bcbg menant un vie en apparence normale, Nafid finit par surmonter son dégoût de la violence et à exécuter sans états d’ame ses cibles comme ses anciens amis du monde artistique.

Mais la guerre entre l’Etat et l'AIS branche armée du FIS s’intensifie, l’armée intervient, répondant aux attentats par des rafles massives, se soldant par des tortures ou des assassinats.

Soumis à cette forte pression, le mouvement intégriste évolue en permanence, des rivalités entre clans surgissent, les émirs tombés étant remplacés par leurs rivaux encore plus brutaux et avides.

De nouveaux groupuscules apparaissent, revendiquant par la force leur parcelle de légitimité sur leurs rivaux jugés corrompus ce qui entraînent des conflits internes extrêmement violents.

Plus radicaux et plus violents, le GIA et le MIA prennent l’ascendant sur les autres.

L’imam qui protégeait Nafid est tué et subitement tombé en disgrâce, le jeune homme est contraint à l’exil dans le maquis algérois.

Commence alors pour lui une horrible vie de terroriste maquisard, avec des chefs illuminés rivalisant de sauvagerie, réduisant en esclavage des villages entiers, massacrant les populations ou tout membre suspecté de trahison ou de faiblesse.

Entraîné dans une incroyable engrenage de la folie et de la violence sans limite, Nafid participe à des embuscades contre les forces armées, à des massacres contre les populations et finit par devenir un authentique émir du GIA.

Mais la roue tourne, l’armée finit par reprendre possession des campagnes, réduisant peu à peu les troupes terroristes à l’aide d’hélicoptères, de para et de l’appui de populations locales excédées, qui forment des milices d’auto défense.

Nafid perd ses hommes, perd de son influence, perd la tête tout court, désobéit à son émir et devient donc à son tour menacé de mort.

Isolé, traqué, le jeune homme revient vers sa famille pour s’apercevoir qu’elle a été brisée par son départ.

Puis la boucle se boucle et le destin de Nafid Walid se termine.

En conclusion, avec « A quoi rêvent les loups », Yasmina Khadra côtoie encore une fois les cimes de l’excellence.

En choisissant comme personnage principal un jeune homme en apparence normale mais qui miné par la pauvreté, les humiliations et un immense désir de reconnaissance, finit par devenir l’un des plus impitoyables tueurs terroristes, Khadra réussit à décrire tout le redoutable processus d’endoctrinement des groupes terroristes armés du GIA qui puisèrent dans le grand vivier des jeunes chômeurs algériens pour créer de toute pièce leurs armées de fanatiques, tuant comme des automates dépouillés de toute humanité.

Bien entendu la violence est très présente dans se roman, et les multiples descriptions traduisent bien l’horreur de la lutte à mort qui opposa l’armée algéroise aux commandos islamiques.

Le fonctionnement interne du GIA est également soigneusement décortiqué avec tout son système hiérarchique reposant majoritairement sur la force et les  compétences militaires plus que sur une éventuelle érudition religieuse.

Sur le plan de la forme, « A quoi rêvent les loups » réussit à surpasser le pourtant déjà excellent « Les agneaux du Seigneur » par sa construction originale et son rythme rapide qui tiennent en haleine du début à la fin.

Le lecteur hypnotisé suit page après page avec passion et effroi la trajectoire folle et incontrôlable d’un jeune homme happé par une force irrésistible.

« A quoi rêvent les loups » constitue donc une pièce maîtresse de l’œuvre de Khadra et méritera donc d’être relu régulièrement avec un plaisir sans cesse renouvelé.


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 22:33

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Paru en 1998, « Les agneaux du Seigneur » constitue pour moi un des sommets de l’œuvre de Yasmina Khadra.

Le thème choisi est ici d’une force sans égale : la décortication de la montée du terrorisme islamique dans un petit village de montagne algérien au milieu des années 90.

A Ghachimat, Khadra pose patiemment son décor et ses personnages principalement des jeunes hommes minés par le chômage, le désœuvrement et le désespoir d’un avenir sans perspectives.

Il y a Jafer Wahab qui se cherche et hésite, Zane un nain inquiétant et solitaire, Tej Osmane fils d’un ancien harki qui porte cette malédiction comme un fardeau et a versé dans l’Islamisme clandestin, Allal Sidhom le seul qui ait pris son destin en main pour devenir policier à Sidi Bel Abbes, Kada Hillal l’instituteur dévoré par le ressentiment qui flirte dangereusement avec les milieux islamistes, ces deux derniers convoitant la même femme Sarah, la fille du maire.

Au village le pouvoir séculaire des Anciens est de plus en plus contesté par celui des Islamistes et notamment celui du cheikh Abbas, qui depuis sa sortie de prison répand son influence comme une traînée de poudre sur la jeunesse fragile et influençable de Ghachimat.

Dévoré par l’ambition et le désir de laver son humiliation, Osmane se place intelligemment dans l’entourage proche du chef religieux.

Dans toute l'Algérie, les milices islamistes menacent sérieusement le pouvoir en place et le Front Islamique du Salut remporte les élections communales à Ghachimat, entérinant de manière définitive la fin d’une ère et le début d’une nouvelle.

Abbas nomme un de ses lieutenants nouveau maire et plie progressivement le village à ses lois.

Opportuniste, Zane rejoint également le sillon des Islamistes, devenant un redoutable espion dénonçant les gens aux tueurs des milices.

L'affreux nain en profite également pour régler ses comptes personnels et s'enrichir en dépouillant ses malheureuses victimes.

Entre Kada et Allal, la jalousie est à son comble et quand le maire refuse à l’instituteur la main de sa fille au profit du policier, il explose dans un torrent de haine froide qui le conduit à s’engager comme moudjahidin pour aller faire la guerre contre les Russes en Afghanistan.

L’arrestation du cheikh par la police met le feu au poudre et déclenche un infernal cycle de massacres que préside Osmane, intronisé en l'absence d'Abbas comme nouveau chef de guerre.

Kada revient de sa guerre mais alors qu’il attend beaucoup de lui, Osmane s’aperçoit qu’il n’a pas l’étoffe d’un véritable chef militaire et s’arrange pour l’éliminer.

Alors il prend les choses en main et s’appuyant sur le concours de Zane exécute  l’imam modéré du village, l’ancien maire, sa famille et tout ce qui se rapport à l’Etat, soldat, policier, fonctionnaires, intellectuels …

Puis les tueries s’emballent et touchent des familles d’innocents, n’épargnant personne, femmes, vieillards ou enfants.

Mais exaspérée par les horreurs des massacres, la population finit par se rebeller et des groupes de patriotes se forment de ça et la pour lutter contres les Islamistes.

Allal entre dans la lutte mais ne peux empêcher la mort de Sarah ce qui lui fait perdre la tête.

Finalement le rapport de force s’inverse inéluctablement quand les forces militaires algériennes décident d’éliminer les foyers de résistance islamistes et devant des troupes mieux armées et entraînés, les anciens bourreaux perdent rapidement de leur superbe.

Le livre se termine sur une scène d’une intensité inouïe ou Osmane symbole du mal absolu meurt pitoyablement devant l’horrible Zane, nain cynique et cruel jusqu’à la fin.

En conclusion, « Les agneaux du Seigneur » est pour moi un chef d’œuvre absolu.

Le roman, extraordinairement intelligent et bien construit, regorge d’anecdotes tragiques montrant de maniére implacable les mécanismes de propagation de la peste intégriste qui utilise une religion en l’occurrence l’Islam pour assouvir les plus bas instincts d’hommes généralement incultes mais très déterminés et ivres de pouvoir.

L’humour et une certaine truculence présents dans les enquêtes du commissaire Llob sont ici complètement absents au profit d’un ton épuré, sobre, dramatique qui se concentre sur l’essentiel : décrire l’horreur absolue.

Khadra choisit donc de tout nous montrer et de nous dévoiler l’atrocité sans limite de la barbarie humaine en nous présentant l’une des faces les plus sombres de l’humanité.

On peut penser que le personnage de Dactylo, écrivain public, mis cruellement à mort par les milices représente à lui seul le sort qu’ont subi les intellectuels algériens pendant cette période.

Le récit vibre de terribles accents de vérité qui lui confèrent une puissance incomparable, mille fois plus effrayante que n’importe quel livre de Stephen King.

On ressort donc éprouvé, captivé et totalement bouleversé par ce livre coup de poing.

Culte.


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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 19:54

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Yukio Mishima encore et toujours avec « Le soleil et l’acier », sans doute l’une des ses œuvres les plus personnelles, certains la considérant même comme son testament puisque il se suicida deux ans seulement après sa publication.

« Le soleil et l’acier » est un court essai introspectif ou Mishima  raconte sa rencontre tardive avec son corps et trace un parallèle saisissant entre son métier purement intellectuel d’écrivain et cette découverte emplie de matérialité.

Tout l’enjeu du livre est en effet de parvenir à réconcilier ces deux mondes en apparence disjoints.

Mishima a semble t il été longtemps complexé par sa faible constitution, sa fragilité physique qui en 1945 l’empêcha d’exaucer ses rêves exacerbés de mort sur un champs de bataille et c’est fort logiquement qu’il développa ensuite son intellect par le biais des ses talents littéraires.

Mais ayant atteint l’age mur, il décida de concrétiser ses fantasmes de beauté classique et de se forger un corps correspondant aux canons de la beauté grecque.

L’écrivain pratiqua donc intensément la musculation, la course à pied mais aussi la boxe et l’escrime ou plutôt le kendo, art martial du sabre japonais.

Les quelques photos de lui prises à l’époque montrent l’impressionnante transformation qu’il subit, acquièrant une masse musculaire proche de celle d’un culturiste.

Mishima exalte donc la beauté et la vigueur de son corps par l’exposition au soleil et les exercices physiques symbolisés par l’acier.

Mais contrairement aux disciples du corps sain dans un esprit sain, l’unique but de l’écrivain est de se doter d’un corps parfait en vue d’une mort tragique et par essence romantique.

Mishima décrit son exaltation lors de son court séjour dans l’armée avec le sentiment de plénitude atteint par la succession d’épuisants exercices physiques effectués en groupe, en uniforme et en pleine nature.

Sachant qu’au bout de la préparation du soldat l’attend presque assurément la mort, Mishima retrouve donc dans cette courte période de sa vie tout le cadre nécessaire à la réalisation de son fantasme ultime.

L’écrivain se penche également sur les écrits des pilotes kamikazes, cherchant dans leurs ultimes lettres les indices d’une conciliation entre le monde des mots et celui de l’action dans le cadre d’un suicide romantique.

Les dernières pages mettent en application cette approche puisque après des tests en chambre de pressurisation, Mishima embarque à bord d’un avion F-104 pour vivre une expérience de vol à haute altitude, guettant le moment ou le corps rencontrera l’esprit lors d’une ascension vertigineuse qu’il espère sans doute secrètement sans retour.

On pourra donc voir dans cette expérience et par la métaphore empruntée à la légende d’Icare, la réaffirmation sous une forme particulièrement vigoureuse de son obsession du suicide seul acte à ses yeux capable de réunir esprit et corps dans une fin ultime.

En conclusion, « Le soleil et l’acier » est un livre particulièrement fort, un testament unique et troublant sur la démarche extrémiste d’un homme obsédé depuis son plus jeune age par un destin idéalisé symbolisé par une mort romantique à la Saint Sébastien, Icare ou Alexandre le Grand.

Dans « Le soleil et l’acier », Mishima finit après moult circonvolutions quelques fois difficiles à suivre, par livrer les clés pour comprendre son œuvre, sa vie et sa pensée.

Il est rare que les suicidés laissent autant d’indices concernant leurs motivations, Mishima réalise l’exercice en s’inscrivant dans une démarche de longue haleine et cohérente de son point de vue.

Comme dit la publicité "A ne surtout pas essayer de faire cela chez vous" !


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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 20:28

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En salle sur nos écrans depuis le mois d’avril 2010, « Le choc des Titans » de François Leterrier.

Pour être honnête ma connaissance des péplum est limitée et n’ayant pas vu l’original de Desmond Davis en 1981, je n’avais donc pas beaucoup de points de repères en allant voir le remake de Leterrier.

Néanmoins le point de départ de cette histoire est bel et bien la mythologie grecque et la légende de Persée inscrite de manière plus ou moins précise dans l’inconscient collectif.

Le film de Leterrier prend toutefois ses distances avec les écrits d’Homère, Hésiode, Eschylle ou d'Ovide.

L’histoire est en effet remaniée et Persée (l’épatant Sam Worthington de Terminator 4) est ici un demi dieu fils de Zeus lui même et de Danaé reine d’Argos abusée par magie après une union illégitime.

Condamné à mort par son père le roi Acrisios (Jason Flyming), Persée est recueilli par des pêcheurs et se trouve pris à parti dans une guerre mettant aux prises les dieux de l’Olympe et les hommes, ces derniers s’étant révoltés contre leurs maîtres.

En jeu de ce terrible conflit, la belle Andromède (Alexa Davalos) fille du roi d’Argos, destinée à être donnée en sacrifice à un monstre marin appelé Kraken pour apaiser la colère des dieux.

En réalité, Hadès (Ralph Fiennes), le dieu des enfers complote contre son frère Zeus (Liam Neeson) , et cherche à déchaîner ce monstre redouté de tous uniquement pour accroître sa propre puissance et régner sur l’Olympe.

Etant détecté comme demi dieu, Persée est enrôlé dans un commando argien commandé par Draco (Mads Mikkelsen, le meilleur acteur du monde ! ) afin de trouver un moyen de vaincre le kraken.

Comme dans tout récit mythologique, Persée est aidé dans son parcours par la muse Io (Gemma Arterton), qui le guide, le conseille et intervient au moments opportuns.

Entre temps, Hadès insuffle une partie de sa force à un Acrisios défiguré et ivre de haine contre Zeus, afin d’en faire le bras armé qui tuera son fils Persée.

Le commando traverse plusieurs épreuves, évite Acrisios, triomphe de monstrueux scorpions géants, rencontre des djinns mystérieux sorciers nomades des déserts à mi chemin entre morts et vivants.

Malgré les pertes, Persée prend de l’assurance, se complétant avec le plus expérimenté Draco.

Io lui transmet une épée magique et met sur sa route Pégase, le cheval ailé.

Persée obtient par l’intermédiaire de monstrueuses sorcières diseuse d’avenir, un moyen de terrasser le kraken, il s’agit de tuer Méduse, monstre mi femme mi serpent dont le regard change en pierre tout être vivant.

Le héros traverse donc le Styx pour débusquer la bête et après avoir perdu la totalité de ses compagnons parvient à la décapiter en usant de son bouclier comme miroir.

Persée peut donc revenir en Argos et juché sur Pégase, sauver Andromède du monstrueux kraken et renvoyer Hadès en personne dans les profondeurs des enfers.

En conclusion, « Le choc des Titans » est un film spectaculaire valant le coup d’œil pour ses effets spéciaux réellement impressionnants.

Les monstres mythologiques que ce soi les terribles scorpions géants, la superbe et venimeuse méduse ou le titanesque kraken créent d’intenses scènes d’actions.

Les dieux sont aussi à la hauteur même si en fait, seuls la richesse du Panthéon se résume à une dualité entre Zeus et Hadès.

Bien sur d’incroyables libertés ont été prises avec l’histoire mythologique, les plus énormes étant Hadès remplaçant un Poséidon quasi inexistant, et le monstre marin censé être une baleine géante remplacée par une pieuvre au nom hérité de la mythologie scandinave.

J’ai été également circonspect sur l’intérêt de l’intervention des jinns qui jouent un rôle ici complètement mineur mais ce qui m’a le plus gêné est véritablement la sous représentation des dieux de l’Olympe dont les interventions continuelles en faveur des héros rendent des récits comme l’Iliade ou l’Odyssée réellement magiques.

Alors si on prend l’histoire au pied de la lettre, on pourra toujours arguer que Hollywood a ici défiguré la mythologie grecque, mais on peut aussi voir ce film comme un superbe divertissement qui malgré ses grossières imperfections peut constituer une belle porte d’entrée pour attirer de jeunes générations vers un univers fascinant.

Malgré la qualité du spectacle et quelques scènes fortes, on reste donc un peu sur sa fin en déplorant un certain manque de fond.


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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 21:24

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Dans la même lignée que « Une matinée d’amour pur » , « La mort en été » regroupe elle aussi une dizaine de nouvelles de Yukio Mishima et certaines comme « Les septs ponts » , « Patriotisme », « Dojoji » ou « La perle » se recoupent.

Je ne rechroniquerai pas ici ces dernières et laisserai au lecteur intéressé  le soin de se reporter à ma chronique sur « Une matinée d’amour pour ».

« La mort en été » raconte l’horrible tragédie vécue par un jeune couple de Tokyo qui lors d’une magnifique journée au bord de mer perd deux de ces trois enfants par noyade.

Mishima déploie son habituelle finesse psychologique pour dépeindre le traumatisme vécu du coté de la femme Tomoko qui dévorée par une culpabilité absurde vit une terrible torture intérieure puis du coté du mari Masaru qui bien que souffrant lui aussi intensément réagit à l’aide de mécanismes de défense plus efficaces.

Tout y est, beauté et élégance naturelle de la langue et scanner de toute la palette des émotions humaines qu’on peut éprouver dans le cas réputé le plus violent du deuil d’un de ses enfants.

La fin, particulièrement frappante prouve pour moi toute la vanité des entreprises de compensation que les gens pratiquent en de telles circonstances puisque même la naissance d’un nouvel enfant n’efface pas le mal.

« Trois millions de yens » est une courte nouvelle très déroutante ou un jeune couple vagabonde dans le parc d’attraction d’un centre commercial dans l’attente d’un mystérieux rendez vous avec une vielle dame.

Ce couple semble en manque d’argent et cette information prend toute sa saveur lorsque la rencontre avec la vielle dame se réalise.

Sublime étrangeté et mordante amoralité règnent donc ici en maître.

Malgré son titre quelconque « Bouteille thermos » crée un magnifique cadre nostalgique lors de retrouvailles entre deux anciens amants japonais qui se rencontrent par hasard lors de voyages d’affaires à San Francisco.

Asaka est une ancienne geisha qu’aimait passionnément  Kawase avant que la vie ne les séparent.

Aujourd’hui marié, Kawase souffre de l’éloignement avec sa famille restée au japon et semble obsédé par la bouteille thermos qui fait tenir son fils tranquille.

De son coté Asaka est aux Etats Unis avec sa jeune fille et cette présence va intensément troubler Kawase, son subconscient faisant une transposition de son propre enfant sur celui d’Asaka.

Mishima joue de manière cruelle avec son personnage masculin, abusant de ses sens, introduisant de lancinants souvenirs du passé dans une réalité tailladée d’étranges coïncidences défiant le sens de la raison.

« Le prêtre du temple Shiga et son amour » se situe à un niveau encore supérieur, car métaphysique, et démontre par l’obsession fatale d’un vieux prêtre bouddhiste pour une jeune concubine impériale, la vanité de la quête spirituelle par rapport à la puissance de la chair symbolisée par la beauté absolue d’un visage.

Malgré une vie entière fondée sur la vertu et le renoncement à la matérialité, le prêtre finit par succomber à la fin de sa vie aux tentations terrestres alors qu’il se croyait solidement protégé par une pratique religieuse exemple de toute faille.

« Onnagata » narre la passion de Mishima pour le théâtre kabuki, qui a la particularité de donner la possibilité à des acteurs masculins travestis d’interpréter des personnages féminins.

A travers la passion secrète de Masuyama jeune acteur secrètement amoureux du très féminin Mangiku qui est lui un acteur travesti reconnu, le lecteur pourra déceler les fantasmes homosexuels de Mishima et sa fascination pour les mises en scènes spectaculaires.

« Les langes » est pour moi une courte nouvelle mineure, étalée sur cinq petites pages.

Elle décrit encore fois le trouble intérieur d’une femme Toshiko, traumatisée par l’accouchement impromptu dans son salon de la jeune femme nurse de son fils.

Toshiko est choquée par le fait que le mépris dont fait l’objet ce bébé né hors mariage et effectue un transfert sur son propre enfant.

En conclusion, le talent habituel de Mishima brille encore une fois de mille feux dans ce recueil de nouvelles de grande classe.

Bien entendu toute les nouvelles n’atteignent pas les sommets de profondeur du « Prêtre du temple de Shiga » , de « Bouteille thermos » ou de « La mort en été » mais même des récits qu’on pourrait qualifier de mineurs contiennent néanmoins une dose importante de finesse psychologique, d’étrangeté voir d’amoralité perverse.

On ne sort donc pas tout à fait indemne de ces voyages intérieurs et profonds qui accrochent l’ame et l’esprit dans leurs sinueuses circonvolutions.

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