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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 19:05
Envoie moi au ciel, Scotty (Michael Guinzburg)

Écrit en 1993 et publié beaucoup plus tard en France, « Envoie moi au ciel, Scotty » est le premier roman de Michael Guinzburg, écrivain américain au passé tumultueux et revêt pour moi un attrait particulier puisque fut l’un des premiers romans que je lus en 1999 à la faveur d’un retour très marqué vers la littérature.

En replongeant dans ce livre lu pendant ma jeunesse, je me suis dit que je devais certainement être très révolté au fond de moi pour m’aventurer sur des rivages aussi sombres.

Aujourd’hui, quinze après je le suis sans doute moins.

« Envoie moi au ciel, Scotty » est un roman largement autobiographique racontant la vie de Ed, un ex accro aux drogues dures principalement le crack qui a détruit sa vie, qui tente de retrouver le chemin de la rédemption.

Ex reporter talentueux, Ed s’est vu peu à peu grignoté par l’alcool, l’herbe puis finalement la cocaïne et le crack, drogue du pauvre particulièrement destructrice nommée familièrement Scotty par la communauté junky de New-York.

Après la perte de son travail, Ed a également perdu sa femme stripteaseuse Michelle, partie sans laisser d’adresse avec ces deux fils Matt et Jeff et s’est retrouvé dans une situation de grande détresse qui a provoqué en lui l’électrochoc nécessaire pour entamer une thérapie.

Parrainé par Myron, un travesti mal dans sa peau, Ed s’est donc inscrit à la DDA, Drogues Dures Anonymes, association visant par le suivi de préceptes simples édictés par deux anciens toxicomanes, un catcheur et un agriculteur à trouver l’apaisement avec soi-même et à se prouver que la vie sans drogue vaut la peine d’être vécue.

Mais derrière les paroles pseudo zen et les bonnes intentions se cache une lutte d’une férocité inouïe avec lui-même pour ne pas replonger, pour retrouver sa femme, ses enfants.

De manière assez peu étonnante, Ed choisit la voie de la violence pour exorciser ses démons intérieurs, abattant un par un des dealers proche de son proche.

Il débute par l’afro-américain Flaco qu’il tue en lui plantant une pipe à crack dans l’œil, dérobe ensuite son pistolet Glock, son l’argent et son bull-terrier particulièrement féroce appelé Natacha.

Tandis que la face sombre d’Ed assouvit ses pulsions de haine et de vengeance, zigouillant les dealers au fil des opportunités, sa face plus positive lui permet de faire la connaissance de deux autres ex toxicomanes, Rachelle superbe brune nymphomane gagnant sa vie comme dominatrice sadomasochiste et Frank, ex policier qui adhère aux principes disons plutôt radicaux de traitement du mal par le mal.

On découvre la jeunesse dramatique du pauvre homme, son père alcoolique en proie à de terribles crises de démence le soumettant à de terribles humiliations avant un beau jour de se tirer une balle dans la tête, mais surtout une adolescence tourmentée, souffre douleurs de fils de riches qui une nuit s’acharnèrent sur lui à l’humilier, le torturer en le blessant aux testicules.

On comprend un peu mieux à la découverte de cette horreur américaine, la haine de Ed et ses pulsions de violence qui l’amènent à faire mordre à mort par son chien un colosse noir américain gérant une shooteriez ou séjournait son ami photographe Kenny, à exécuter une dealer pédophile à Central Park et un autre dealer afro bègue rencontré au hasard d’une rue.

Les journaux commencent certes à s’intéresser à ce tueur de dealer mais ceci n’empêche pas le processus meurtrier déchainé dans les entrailles de Ed.

La tension croit même encore d’un cran lorsqu’il apprend l’inimaginable, sa femme Michelle devenue droguée, prostituée, vivant avec un mac afro appelé la Confiance qui a déjà fait de ses enfants de jeunes toxicomanes déjà incontrôlables.

Ed parvient de justesse à extraire par la force ses enfants à cet enfer en les expédiant chez leurs grand parents.

Le problème de la toxicomanie infantile est abordé au travers de la rencontre avec Clarence, un jeune noir dealer à douze ans, que Ed remet dans le droit chemin après l’avoir sérieusement menacé et dépouillé.

Devenu sans inhibition, Ed retrouve son bourreau du collège, un richissime héritier nommé Hunter Lodge lui aussi dépressif et drogué, et après de nombreuses hésitations finit par l’abattre sans remord.

Alors que les doutes de Frank ne font que croitre quand aux activités nocturnes de son ami, Ed croit retrouver Michelle un court instant pour la reperdre aussitôt, en vertu de son attraction fatale pour la drogue.

Lorsqu’il comprend que la Confiance se rend aux réunions de DDA ou il se présente bien sous tout rapport pour attirer à lui de jeunes filles paumées, Ed décide de passer à l’action, sauve in extremis sa femme violée et shootée à mort avant de laisser l’horrible dealer salement mutilé à vie au niveau du bas ventre.

Mais finalement après avoir accompli enfin une belle action en donnant une belle somme d’argent à Myron pour partir au Danemark refaire sa vie en femme, ce qui devait arriver arriva et Ed se fait coincer par Rachelle jalouse à mort d’avoir été abandonnée et Frank tenaillé par ses vieux réflexes de flic.

Il est incarcéré, purge une longue peine de prison pour ses crimes tandis qu’autour de lui, ses proches de sortent du tourment de la drogue, Michelle épousant Frank, Kenny et Clarence adhérent à l’association.

Assez étrangement, Ed qui semble avoir accompli l’essentiel de son parcours initiatique trouve en prison l’apaisement en se plongeant dans la lecture et l’étude approfondie de la méthode qui lui a été enseignée à la DDA.

En conclusion, « Envoie moi au ciel, Scotty » a toutes les caractéristiques du roman coup de poing, du hurlement d’un homme pris aux tripes qui a des choses à dire et se livre sans fards.

Impressionnant de violence jusqu’à l’insoutenable avec les cruelles mutilations dues au chien, « Envoie mo au ciel, Scotty » se caractérise par un style puissant, vif, riche et parfois empreint d’humour noir.

Difficile donc de ne pas succomber à ce voyage vers l’extrême dans le monde sans foi ni loi des accros au crack, fléau mondial détruisant les couches les plus pauvres de la société et de ne pas trouver touchante la détermination parfois par son désespoir d’un homme blessé par la vie, d’un perdant cherchant gauchement une porte de sortie dans un monde pourri.

Bien entendu la vision de New-York surnommé Crack-city est cauchemardesque, déprimante à souhait avec des enfants sans avenir manipulés par des dealers au nom de l’argent facile et de la loi du plus gros flingue.

Malgré les quelques hoquets que peut provoquer sa lecture, « Envoie moi au ciel, Scotty » est le parfait livre témoignage pour comprendre le processus de désagrégation et de déchéance des individus et demeure même 15 ans après sa découverte toujours une sacré droite dans la gueule.

Envoie moi au ciel, Scotty (Michael Guinzburg)
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 21:30
The Altamont sin (The Lords of Altamont)

Déjà emballé par le premier album des Lords of Altamont, c’est avec un vif plaisir que j’ai écouté leur troisième méfait « The Altamont sin » sorti en 2008.

Jouant encore une fois avec les codes du rock de voyous des années 50 avec grosses cylindrées et petites pépées en cuissardes sexy, « The Altamont sin » débute par une introduction instrumentale fantastique « No love lost » qui allie frappe sèche de Max Eidson et bourdonnement sourd des guitares de la paire Shawn Medina/Johnny Devilla.

Le premier véritable titre, « Faded black » envoie un rock garage vif, nerveux et diablement punchy qui ouvre réellement les hostilités.

C’est toujours avec énergie et fougue que la voix pleine de rage de Jack Cavaliere vient habiller les riffs acérés de Saletra sur « Gods ans monsters ».

Le moins que l’on puisse dire est que les Californiens ne se posent pas de questions, enquillant leur garage rock mâtiné de punk survitaminé sur l‘imprononçable « Ne’er do well » enchainé de l‘hymne « Going no where fast ».

On brise un peu la linéarité sur « Lithning strikes » un peu plus calme et posé bien qu’habité d’une ambiance lourde et prenante mais tout ceci n’est que pour remettre les gaz sur l’ultra pêchu « The Altamont sin » gratifié d’un joli solo d’harmonica entre deux bombardements de guitare.

Pas de réelle innovation mais du cœur à revendre sur « A gun called justice » et « Hold fast » avec un martèlement intense qui pleut sans discontinuité sur l’auditeur.

L’efficacité est au rendez vous sur « Driving too fast » qui fait figure d’hymne aussi bien que de mode de vie pour nos rebelles rockers et c’est avec le sourire aux lèvres qu’on savoure les durs à cuir « Make out doll », « Living hell » et leurs harmonicas de soutien avant d’encaisser un ultime coup de poing américain sur « Don’t slander me ».

En conclusion, The lords of Altamont n’est certainement pas un groupe révolutionnaire ou avant-gardiste mais se montre à la fin des années 2000 comme un véritable outsider du rock capable de bousculer avec une audace de bad boys l’establishment ronronnant des grosses cylindrées actuelles.

Puisant dans un style vintage garage/punk sans concession des Stooges, les Californiens signent avec « The Altamont sin » un album direct, puissant, maitrisé qui fait plaisir par son aspect sauvage, instinctif et au final si rock ‘n’ roll.

Je ne peux donc que conseiller à tous les fans de rock qui décoiffe, la découverte de ce groupe un peu trop underground à mon gout, qui mériterait d’acquérir ses lettres de noblesses par son gout pour le cuir, les chaines, les motos et les filles sexy.

The Altamont sin (The Lords of Altamont)
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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 18:26
The best of (Alice Cooper)

On revient à des grosses cylindrées solidement établies dans le monde du (hard) rock, Alice Cooper et un « The best of » sorti en 2007 de quinze titres qu’on estime fortement incontournable.

Sans surprise, « Poison » ouvre le bal portant au plus haut le hard fm musclé aux refrains irrésistibles.

Construit suivant le même moule, « Bed of nails » et « House of fire » déploient la même puissance soigneusement maitrisée explosant dans des refrains ultra entrainants.

L’auditeur ne peut que constater le savoir faire implacable du maitre sur « Love’s a loaded gun » qui balance encore plus fort, mettant en avant la voix rauque et puissante du chanteur.

Après pareille cavalcade, on redescend fugacement de plusieurs crans avec « Feed my Frankenstein » aussi balourd que le monstre du même nom mais comme on pourrait s’en douter le répertoire d’Alice est tel que ceci ne peut raisonnablement durer aussi le fracassant « Lost in america » impérial et directe vient il remettre les pendules à l’heure avec talent.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes ? Ceci semble le cas avec « It’s me » ballade acoustique bien mièvre quand on connait les qualités de compositions du chanteur.

Alice ayant gagné son statut de légende du shock-rock au moins autant sinon plus par ses prestations scéniques que par la qualité de sa discographie, le disque offre deux titres live, « Billion dollar babies » un peu saccadé et poussif au niveau de la prise de son, « No more Mr nice guy » qui groove efficacement dans une ambiance chaude et organique.

On revient au répertoire studio avec « Stolen prayer » jolie ballade acoustique de seconde zone, « Snakebite » énergique mais assez éculé et poussif.

Il faut attendre « This maniac’s love in with you » pour retrouver le Alice à la conquête flamboyante dispensant une énergie communicative.

On découvre ensuite le costaud « Thrash » et ses guitares rentre-dedans auquel succède le très pop et insipide « Sideshow ».

Un ultime hit vient clore le disque, « Under my wheels », puissant et nerveux comme le démarrage d’une moto surgonflée.


En conclusion, comme on pourrait s‘en douter « Alice Cooper, the best of » ne peut complètement décevoir mais met surtout en avant dans ses premières et dernières parties les tubes hard fm tonitruants du chanteur et contient dans sa partie centrale un ventre mou assez dispensable avec son lot de ballades médiocres.

Construite sur des riffs durs à cuir, la musique d’Alice Cooper apparait donc puissante, simple, certes limitée voir stéréotypée mais surtout redoutablement entrainante voir festive.

On n’a donc pas l’impression d’écouter un génie du rock mais plutôt un honnête compositeur travaillant avec de bons guitaristes mettant en avant une voix agressive et rauque.

Alice Cooper ou la plus pure expression du hard rock ? Une musique surgonflée, exagérée, pas toujours de bon gout, pas toujours très inspirée, mais ayant connu son heure de gloire dans les années 80 principalement aux Etats-Unis en raison d’un virage plus commercial et calibré pour les radios.

L’artiste des années 70 me semblait pourtant un peu plus subtil, complexe et … à vrai dire intéressant !

Las ! Ce best of demeure tout à fait raccommodable pour les fans de gros son sans fioriture.

The best of (Alice Cooper)
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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 16:51
Velociraptor (Kasabian)

La musique toujours et éternellement en ce beau week end printanier avec Kasabian groupe anglais formé au milieu des années 2000.

Sorti en 2011, « Velociraptor » est déjà le quatrième album d’un groupe formé de Tom Meighan (chant), Sergio Pizzorno (guitare/synthétiseurs), Chris Edwards (basse) et Ian Matthews (batterie).

Avec sa pochette façon hommes des cavernes et son titre attractif, « Velociraptor » débute par une belle surprise, « Let’s roll just like we used to » aux faux airs orientaux du « Kashmir » de Led Zeppelin.

Le charme et l’originalité du groupe apparaissent nettement sur « Days are forgotten » aux refrains mélodiques soutenus par des chœurs à la Enio Morricone d’une efficacité incontournable.

La voix de Meighan apparait comme le point fort du groupe comme sur la ballade « Goodbye kiss » plus conventionnelle mais joliment exécutée.

Le voyage mélodique continue ave « La fée verte » un peu trop long et languissant avant que « Velociraptor » ne vienne mettre un peu de dynamique dans cet édifice un peu trop sage et bien ordonné.

Nouvelle influence orientale marquée sur « Acid turkish bath (shelter from the storm) » beaucoup plus intéressant car sortant des sentiers battus.

La musique électronique pèse ensuite fortement sur « I hear voices » qui passe tout en souplesse et fluidité tout comme « Re-wired » de structure lui beaucoup plus classique.

Kasabian continue sur sa lancée avec son rock lisse et soigné jusqu‘à la fin du disque, déroulement tranquillement le sans surprise « Man of simple pleasures » puis le pénible « Switchblade smiles » et ses horribles bruitages électro avant de finir sur un ballade transparente de vide « Neon noon ».

En conclusion, « Velociraptor » fait pour moi l’effet d’un soufflet avec un début impressionnant et trois titres alliant puissance et audace avant de glisser progressivement dans style pop/rock britannique certes efficace mais un peu trop polissé à mon gout.

La relation avec Oasis est évidente ne serait ce que par le timbre de voix doux et un tantinet nasillard de Meighan qui rappelle bien entendu celui de Liam Gallagher.

Malgré une certaine efficacité et sans doute quelques hits bien calibrés amènes de séduire les charts, Kasabian ne fait figure que d’honnête groupe de pop/rock moderne et manque pour moi trop de personnalité pour sortir pleinement du lot.

Velociraptor (Kasabian)
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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 11:53
I am what I am (Jerry Lee Lewis)

Nous plongeons toujours plus loin dans les origines du rock ‘n’ roll avec « I am what I am » best of de Jerry Lee Lewis, un des pionniers du rock des années 50 aux cotés de Little Richard, Chuck Berry et … sa majesté Elvis.

Pas de surprise donc avec « Whole lottta shakin goin on » hymne festif qui bouge gentiment avec tout l’abattage du chanteur.

Il est en effet question de la plus pure essence du rock ‘n’ roll avec « Great balls of fire » reconnaissable à son puissant groove de piano.

On ralentit le tempo avec « Big legged woman » bon vieux blues sans surprise avant de taper du pied sur le plus soutenu « Breathless ».

C’est même à un train d’enfer (pour l’époque !) que nous emmène Lewis dans les parties des collèges des 50’s avec « High school confidential ».

Puis brusquement, se révèle une facette plus crooner du chanteur avec les ballades assommantes d‘un autre temps « I’m throwing rice (at the girl I love) », « Crazy arms » et « That Lucky old sun ».

La verve sémillante du pianiste fou se réveille avec « What’d say », deux belles reprises de classiques de Chuck Berry « Sweet Little sixteen », « Johnny B Goode » enchainé d’une nouvelle surprise « Wild one (real wild child) » de l’australien Johnny O’Keefe.

On termine sur deux nouvelles reprises de sans doute les deux morceaux rock ‘n‘ roll les plus connus de l‘histoire : « Jailhouse rock » de King Presley et « Be bop a lula » de l’autre méga star de l’époque Gene Vincent.

En conclusion, « I am what I am » est un best of nous ramenant réellement dans les profondeurs de l’histoire du rock ‘n’ roll et en toute honnêteté ne rend pas particulièrement hommage au génie ou à la folie de Jerry Lee Lewis.

Quelques standards rythmés certes, beaucoup de ballades bluesy larmoyantes sans intérêt et une trop forte proportion de reprises de chanteurs pour moi plus doués et charismatique que lui.

Malgré le statut d’artiste culte des années 50, force est de constater que Jerry Lee Lewis est aujourd’hui un quasi inconnu en comparaison d’Elvis ou même Chuck Berry et Little Richard.

Difficile donc malgré le respect d’usage du à une icône des temps anciens, d’avouer un intérêt pour cette musique aujourd’hui datée et manquant de personnalité propre.

I am what I am (Jerry Lee Lewis)
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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 23:00
Acoustic (John Lennon)

Après Janis Joplin, une autre idole de la musique sans doute encore plus grande John Lennon, l’un des pères du groupe le plus populaire de la pop music, les Beatles.

Mais Lennon a aussi produit un nombre plus que respectable de disque en solo ou avec sa femme Yoko Hono entre 1968 et 1980, date de sa mort après un des plus célèbres assassinat de tous les temps.

Sorti en 2004, « Acoustic » est une compilation des meilleurs titres du chanteur interprétés en version unplugged.

On commence par « Working class hero » splendeur mélodique habillant une analyse sociale profonde sur ce qu’on appelle communément les classes laborieuses abruties par leur travail, le sexe, la religion et la télévision.

Toujours dans la douceur vient « Love » beau et calme, l’anecdotique et passe partout « Well well well » et le très mollasson « Look at me ».

On appréciera davantage le ton original et les gros travail mélodique de « God » tout en souffrant sur le chant trop nasillard de « Cold turkey ».

Arrivent alors deux live pour tenter d’animer le disque, « The luck of irish » inspiré des chants traditionnels irlandais en duo avec Yoko Ono et « John Sinclair » aux forts accents country-blues tempérés par la voie si agréable de Lennon.

Après le court interlude éthéré féministe et un peu facile (!) de « Woman is the nigger of the world » vient encore un morceau sans relief, « What you got ».

Tout glisse en souplesse avec « Watching the wheels » à l’agréable charme aérien, avec un peu plus de rythme sur « Dear Yoko » bel hommage la femme/muse de Lennon avant le très relaché « Real love ».

L’auditeur voit enfin sa faim comblée par le live « Imagine » morceau culte interprété en live et peut clôturer tranquillement ce disque sur « It’s real ».

En conclusion, « Acoustic » est un album montrant toute la subtilité et la finesse des compositions de Lennon, avec en surplus cette voix célèbre si touchante émotionnellement.

Malgré les qualités indéniables de compositeur/interprète de Lennon, la succession des morceaux dénués d’électricité donne une impression de douce langueur qui peut finir par lasser sur la durée.

Prisonnier de sa formule, « Acoustic » est donc un joli album qu’on aurait aimé parfois plus animé, vivant avec plus de morceaux marquants.

Acoustic (John Lennon)
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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 22:54
Janis Joplin : the essential (Janis Joplin)

Janis Joplin toujours avec « The essential » double best of sorti en 2003 regroupant la plus grande part des meilleurs morceaux d’une carrière météorique de seulement trois années.

On débute avec le célébrissime « Down on me » interprétée avec force et conviction.

Sur « Coo coo » la guitare tient (tout juste) tête à la puissance sauvage de la chanteuse ce qui n’est pas la cas de « Women is losers » ou le déséquilibre apparait flagrant.

Plus de charme, fluidité et un groove entrainant sur « Bye, bye baby » qui contient bon nombres d’attributs de ce qu’on appelle communément un tube.

Comme souvent compte tenu du tempérament excentrique de Joplin et de son répertoire relativement réduit, un premier live fait son apparition, « Ball and chain » blues énergique sans réelle surprise si ce n’est sa longueur assommante de huit minutes.

Rien à voir sans doute avec « Road block » rapide et échevelé avec son lot de hurlements et « Piece of my heart » autre standard aux refrains entrainants et musclés.

Plus sages, traditionnels et moins épicés sont « Misery’n » et le trop bluesy « I need a man to love » ou les grands éclats éraillés de la chanteuses se montrent irritants.

Gros son de guitare distordu, voix brisée par l’alcool et la cigarette, vient « Summertime » dégoulinant de souffrance.

Viennent ensuite cinq live destinés à combler les vides : « Flower in the sun » blues parsemé de cris, « Farewell song » un tantinet plus adouci et de fait écoutable, l‘hyper intense « Raise your hand » alliant cuivres et cris, « To love somebody » relativement apaisé » avant un ultime « Kozmic blues » trouvant enfin la grâce.

On aborde ensuite le second disque, « Try (just a little bit harder) » puissant et enlevé avec un chant hurlé parfois aux confins du supportable.

L’ambiance se fait plus calme et apaisée sur le classieux « Maybe ».

On croit rêver lorsque la tigresse se fait chatte sur les ballades « One good man », « Little girl blue », « Work me, lord », ce dernier se montrant purement et simplement assommant.

Un live plus loin « Tell Mama » survient « Move over » puissant, accrocheur et prélude au déroulement de quasiment tout l’album « Pearl ».

Beaucoup de ballades bluesy donc, « Cry baby », « A woman left lonely » « My baby » « Me and Bobby Mc Gee » entrecoupés « Half moon » un plus entrainant et groovy.

Après la courte mais divine illumination de « Mercedes Benz » on s’assoupit en douceur avec « Trust me » et « Get it while you can ».

En conclusion, aussi impensable que cela puisse paraitre, « Janis Joplin : the essential » ne m’a pas convaincu.

En cause principalement le style finalement assez classique de la musique, du rock transpirant le blues par tous ses pores, mais de manière plus gênante le style vocal certes explosif de la chanteuse mais par trop excessif et souvent douloureux à l’écoute tant la voix de Joplin charriait énormément de souffrance.

Janis Joplin chanteuse d’exception donc, révolutionnaire par son approche émotionnelle à « cœur ouvert » de la musique, par son excentricité et sa puissance animale mais au final juste une poignée de titres se détachent pleinement de son répertoire qui manque pour moi d’originalité et de consistance dont « Move over », « Mercedes Benz », « Piece of my heart » et autre « Down me ».

Pas d’adoration donc pour la grande icône du rock des 60’s mais juste un respect poli un peu embarrassé.

En tout état de cause, ce double bestof gonflé de live dispensables, s’avère parfaitement indigeste sur la longueur.

Janis Joplin : the essential (Janis Joplin)
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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 20:41
Pearl (Janis Joplin)

Abordons à présent une grande dame de la musique, Janis Joplin, décédée précocement en 1970 et martyr emblématique du rock psychédélique des années 60 aux cotés de Jimi Hendrix.

En 1970, peu avant la mort de Janis sort son dernier album « Pearl » enregistré avec un groupe nommé le Full Tilt Boogie Band composé de John Till à la guitare, Brad Campbell à la basse, Clark Pierson à la batterie et Richard Bell-Ken Pearson aux piano/claviers.

Avec sa pochette montrant une chanteuse souriante mais aux traits fatigués sans doute usée par des années d’abus de drogues en tout genre, « Pearl » débute par « Move over » vif et rythmé mettant formidablement en valeur la voix explosive de l'enfant terrible du blues-rock.

La suite se fait plus bluesy avec « Cry baby » avec une usante exubérance vocale puis revient à un peu plus de sobriété sur « A woman left lonely » ballade gorgée de piano.

On groove fiévreusement avec « Half moon » puis s’enfile un sympathique petit instrumental bien vintage « Buried alive in the blues ».

Malgré les qualités indéniables de Joplin et l‘apport supplémentaire de chœurs gospel, une certaine monotonie s’installe sur « My baby » que ne vient pas contrarier le doucereux « Me and Bobby Mc Gee ».

Il faut attendre « Mercedes Benz » pour éprouver à nouveau sur moins de deux minutes le puissant frisson de la voix éraillée si puissante et émouvante de Joplin.

La lionne se fait un peu plus douce sur « Trust me » et tout ceci se termine sur « Get it while you can » non sans un certain panache.

En conclusion, « Pearl » conclut la carrière de l’une des chanteuses les plus excentriques de tous les temps, la grand mère d’Amy Winehouse, dans le plus pur style blues-rock si caractéristique de Janis Joplin.

Difficile pour moi d’adhérer à cette musique aujourd’hui datée et très répétitive dans ses structures.

Reste bien entendu la voix incomparable de Joplin, qui peut toutefois à la longue s’avérer éreintante dans ses multiples circonvolutions.

Vous l’aurez compris, malgré son statut culte, « Pearl » ne réunit pas à mes oreilles suffisamment de qualités pour me séduire.

Pearl (Janis Joplin)
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 23:00
Rome, saison un, épisodes un à trois (John Milius, Bruno Heller, William Mc Donald)

Une fois n’est pas coutume, une série télévisée est ici à l’honneur avec « Rome, saison 1, épisodes 1 à 3 ».

Cette série historique Co-crée par le cinéaste légendaire John Milius, Bruno Heller et William Mc Donald s’établit en 2005-2007 et reconnu un joli succès avant de connaitre un arrêt soudain en raison de difficultés budgétaires.

Les premiers épisodes nous propulsent en -52 av JC ou Jules César (Ciaran Hinds) vient de triompher du chef Gaulois Vercingétorix qui se soumet après la bataille d’Alésia, comme tout la Gaulle et place César, alors proconsul, en position d’homme fort.

Face à lui, Pompée (Kenneth Cranham) second consul régentant Rome, s’inquiète des victoires successives de celui qu’il estime être un dangereux rival devenant par les multiples cadeaux qu’il envoie au peuple, de plus en plus populaire.

La mort en couches de Julia, la fille de César accordée à Pompée pour sceller leur alliance, allume la mèche d’un conflit qui semble à terme inévitable, tant l’ambition de César parait insatiable.

Proche du Sénat et des cercles du pouvoir, Pompée manœuvre auprès des Patriciens et du redoutable orateur Caton (Karl Johnson) tous hostiles à César.

Brutus (Tobias Menzies) le fils adoptif de César, joue lui un rôle des plus ambigüe et se montre tout aussi proche de Pompée que de son père de substitution.

De son coté, César peut compter sur l’habileté de sa nièce la sexy Atia (Polly Walker), qui lui envoie son fils Octave (Max Pirkis) lui apporter un magnifique cheval blanc destiné à Pompée mais malgré son escorte, le jeune homme est fait prisonnier par des brigands gaulois au cours du trajet.

Prodigieusement irrité par le détournement de son cadeau, Pompée décide en représailles de faire dérober l’aigle impérial de César en Gaulle afin de provoquer un présage néfaste des Dieux concernant son aptitude à réussir son entreprise de conquête du pouvoir.

Quand César découvre le vol, il demande à son général Marc Antoine (James Purefoy) de monter une équipe pour retrouver le fameux aigle dérobé par des guerriers gaulois manipulés par les hommes de Pompée.

Le rustaud Marc Antoine ordonne alors au centurion Lucius Vorenus (Kevin Mc Kidd) de prendre avec lui un légionnaire buveur condamné pour indiscipline au combat, Titus Pullo (Ray Stevenson).

Le très discipliné et martial Vorenus doit donc faire équipe à contre cœur avec la brute à grande gueule mais contre toute attente, le duo tombe sur les gaulois ravisseurs d’Octave, les tuent et trouvent par hasard le fameux aigle ainsi qu’un serviteur de Pompée ce qui l’incrimine directement.

Couverts de gloire, les deux hommes gagnent le droit de rentrer chez eux tandis que César, conscient de la menace de destitution du Sénat, prépare soigneusement ses troupes fatiguées et démoralisées à entrer en armes pour prendre Rome par la force.
Dans la capitale romaine, la sulfureuse Atia utilise à merveille les attraits féminins pour proposer à Pompée sa fille Octavia (Kerry Condon) comme nouvelle femme de Pompée.

Homme d’âge mur, le proconsul honore la jeune femme mais lui préfère néanmoins pour des raisons politiques évidentes la plus âgée et réservée Cornelia Metella.

Ce refus arrange du reste fort bien la jeune rebelle Octavia qui peut ainsi retrouver son mari Gaius Marcellus Minor dont elle est folle amoureuse.

Arrivés à Rome, Vorenus et Pullo sont invités à manger par Atia en remerciement du sauvetage de son fils mais se disputent lorsqu’ils parlent politique, Vorenus restant par principe fidèle aux lois du Sénat et Pullo soutenant aveuglément César comme seul homme providentiel, puis finissent par se séparer pour retrouver chacun leurs centres d’intérêts respectifs.

Tandis que Pullo se rend dans les lupanars de Rome ou il se bat suite à un différent aux jeux et est grièvement à la tête, Vorenus retrouve lui sa famille et découvre avec stupeur que sa femme Niobé (Indira Varma) le croyait au bout de huit ans mort et que sa jeune fille Vorena (Coral Amiga) âgée de treize ans a eu un enfant avec le fils d’un bouvier.

Le retour de Vorenus à la maison est difficile, le centurion se montrant brutal et austère, tandis que Niobé lui tient tête, parfois effrontément.

En réalité, Vorenus ignore que l’enfant est en réalité celui de Niobé qui a eu un amant pendant qu’il guerroyait en Gaule aux cotés de César.

Le quotidien difficile du couple est changé lorsque Pullo grièvement blessé à la tête se réfugie chez Vorenus, qui paie un médecin pour le soigner.

Peu à peu, le généreux et vivant Pullo parvient à gagner la sympathie de Niobé et même de Vorenus …

Lorsque Marc Antoine nommé tribun à Rome est empêché au Sénat par un vis de forme d’exercer son droit de véto à un ultimatum lancé par la République contre César, les deux hommes sont enrôlés pour sa protection mais participent à une sévère bagarre de rue se soldant par de nombreux morts du coté des hommes de Pompée.

C’est donc en catastrophe que Marc Antoine, Vorenus et Pullo rejoignent le camps de César qui passe alors à l’offensive, passant le fameux fleuve Rubicon pour entrer en Italie.

Contre toute attente, Pompée qui estime ses légions insuffisamment formées pour tenir tête aux vétérans de la 13 ième légion de César, opère un repli stratégique laissant César s’avancer rapidement pour prendre possession de Rome.

Brutus et Caton suivent logiquement Pompée tandis que Atia sent le vent tourner, évite de peu le lynchage par les partisans de Pompée et reste fidèle à son oncle qui s’apprête à rentrer victorieux dans Rome.

Vorenus doit surmonter sa répugnance à violer les lois de la République et servir aux coté de Pullo dans les troupes de César face à celles en repli de Pompée.

Les deux hommes se rapprochent et Pullo dispense des conseils à Vorenus, pour régler ses problèmes de couple tandis que le légionnaire forte tête, sauve une jeune esclave Eirene (Chiara Mastalli), détenue prisonnière des hommes de Pompée.

On devine que la guerre entre Pompée et César ne fait que commencer …

En conclusion, « Rome, saison 1, épisodes 1 à 3 » est une œuvre intelligente et bien construite permettant au spectateur de s’immerger dans le monde complexe, fascinant, cruel et violent des intrigues du pouvoir romain.

Outre les luttes d’influences entre un dictateur usant de la force et une République menacée mais soutenue par un autre certes vieillissant mais toujours fort, le choix d’exposer le destin d’hommes plus modestes comme un centurion à la morale austère mal dans sa peau à son retour de guerre et un légionnaire indiscipliné, buveur, coureur et querelleur permet de donner un caractère plus humain au récit.

La reconstitution dans les paysages de la familière Europe (Italie) est de qualité, la violence et le sexe n’étant que au final plutôt relatives comparées aux excès de démence des principaux empereurs romains.

C’est d’ailleurs peut être le principal reproche qu’on pourrait faire à la série, une certaine sagesse alors qu’on pourrait s’attendre à une plus grande démesure.

A ce stade, les ingrédients semblent se mettre en place …

Rome, saison un, épisodes un à trois (John Milius, Bruno Heller, William Mc Donald)
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Published by Seth - dans Histoire
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 09:50
Au Bonheur des Dames (Emile Zola)

Lire du Emile Zola constituant un grand bonheur, je me suis attelé cette semaine « Au bonheur des dames » paru en 1883.

Suite logique de la série des Rougon-Macquart, « Au bonheur des dames » est un roman contant à la fin du XIX ième siècle dans un Paris en pleine mutation en raison des travaux dirigé par le baron Hausmann, l’ascension des grands magasins au détriment des petits commerces de quartier.

Certains de ces grands magasins sont encore connus aujourd’hui : les galeries Lafayette, le Bon marché, le Printemps ou un peu plus loin de nous la Samaritaine, véritables temples de la grande distribution.

Le personnage principal est ici Denis Baudu, jeune provinciale venue de Valognes (Normandie) avec ces deux frères, Jean jeune homme volage et inconséquent et Pépé, alors petit garçon.

Dans une situation précaire depuis la mort de son père, Denis est venue à Paris chez son oncle Baudu propriétaire d’un magasin appelé le Viel Elbeuf.

Mais l’accueil réservé par le vieil homme n’est pas à la hauteur des espérances de Denise et si il trouve un hébergement pour les deux frères, il n’est compte tenu de la mauvaise situation de ses affaires pas capable de fournir une place de vendeuse à Denise.

Ayant un besoin aigu de travailler pour subvenir aux besoins de la famille, Denise tente alors de se faire embaucher au Bonheur des dames, grand magasin du centre de Paris (Place Gaillon) tenu par le provençal Octave Mouret dont la réussite fulgurante fait plus qu’inquiéter les commerces plus modestes aux alentours.

Malgré sa timidité et son manque d’expérience, Denise parvient à se faire embaucher comme vendeuse et découvre alors de l’intérieur la redoutable machinerie du magasin.

La réussite de Mouret s’explique par une politique commerciale extrêmement agressive, avec une variété quasiment infinie d’articles et des prix volontairement bas afin d’attirer la clientèle et de la pousser à acheter beaucoup et souvent.

Utilisant la publicité au moyen de voitures sillonnant la ville, Mouret se montre redoutable psychologue dont le but est de générer une certaine addiction chez les femmes en flattant leur propension à la coquetterie et si besoin à utiliser la faiblesse de leur fibre maternelle en proposant également de nombreux articles pour enfants.

Ambitieux, l’homme est également introduit dans les cercles bourgeois par sa maitresse Henriette Desforges, plus âgée et folle amoureuse de lui, qui lui permet d’approcher le fameux baron Hartmann responsable des grands travaux de rénovation de Paris dans le but d’agrandir toujours plus son établissement.

Cette volonté d’expansion est la source principale des affrontements avec les autres commerces plus traditionnels de quartier comme ceux des Baudu ou Bourras, vieux fabricant de cannes à la boutique mitoyenne au Bonheur des dames, qui a fait vœux de lutter jusqu’à la mort pour ne pas céder son commerce.
Denise découvre un monde très concurrentiel et hiérarchisé, une pyramide de vendeuses ou l’ancienneté prime et ou il est difficile de faire sa place lorsqu’on est chétive, timide et provinciale.

Prise en grippe par les autres vendeuses, Denise devient le souffre douleur du magasin qui lui soufflent les bonnes clientes et doit de surcroit vivre dans un grand dénuement dans une petite chambre de bonne sans chauffage.

Surmontant sa douleur et son humiliation, Denise tient bon notamment grâce à Pauline Cugnot, une autre vendeuse qui la soutient moralement.

Si la concurrence est présente chez les vendeuses du Bonheur, elle l’est également chez les vendeurs, avec de véritables luttes de pouvoir pour les meilleurs places aboutissant parfois à la disgrâce et au licenciement de cadres comme le chef de rayon Robineau, miné par un complot de l’intérieur fomenté par deux vendeurs arrivistes Hutin et Favier.

La sexualité est également présente au Bonheur, les cadres piochant allégrement dans le vivier des vendeuses pour assouvir leurs envies sexuelles.

Il est également courant que les vendeuses vivant sans cesse dans la peur du licenciement aient des amants qu’elles voient le weekend end afin d’améliorer leur train de vie.

Malgré les sollicitations de Pauline, la pure et naïve Denise tient bon, résiste à la tentation et repousse les avances de prétendants comme Deloche, vendeur embauché en même temps qu’elle.

Se sentant troublé par Mouret, Denise se trouve néanmoins écartelée entre la lutte commerciale entre Baudu et Mouret autour de la baisse continuelle des prix.

Cependant le courage voir l’entêtement de Baudu ainsi que ses quelques alliés dans le métier ne suffisent pas pour tenir la distance avec un magasin aussi grand et puissant que le Bonheur des dames et peu à peu le vieil homme s’épuise, s’endette, mettant dangereusement en péril son propre commerce.

Impossible en effet de lutter face à un génie commercial comme Mouret dont les méthodes en avance sur son temps dévastent le petit commerce et dont les appuis politico-financiers permettent de dévorer peu à peu le territoire autour de lui.

Cette lutte laisse des traces, les hommes s’usant la santé dans ces querelles d’affaires.

La mort de Geneviève Baudu amoureuse d’un homme qui ne l’aimait pas puis de sa mère, finit de faire péricliter l’affaire de la famille Baudu, déjà par ailleurs contrainte de vendre sa belle propriété de Rambouillet à une famille de vendeurs … du Bonheur des dames et même le vieux Bourras finit par voir sa maison détruite après avoir obstinément refusé de la vendre à prix d’or à Mouret.

Parmi les concurrents de Mouret, Robineau mort la poussière, se trouve ruiné et tente de suicider en se jetant sous un fiacre, tandis que Bouthemont plus avisé parvient à établir durablement ses Quatre Saisons malgré quelques coups durs comme l’incendie de son magasin.

Denise qui a connu la disgrâce du licenciement pour avoir refusé les avances du pervers Jouve le responsable de la sécurité, survivant un temps chez Bourras, est finalement reprise par Mouret, secrètement amoureux d’elle.

Malgré son attachement amical et familial aux gens du petit commerce, elle adhère aux valeurs de progrès véhiculés par le Bonheur des dames, capable de diffuser des produits de masse à bas cout à la population.

Sans le savoir, Denise va en se refusant sexuellement à Mouret qu’elle aime aussi au fond d’elle-même, prendre peu à peu l’ascendant sur son patron, devenu fou d’amour pour elle.

Mouret va favoriser son ascension, ce qui va lui permettre d’exercer sa finesse de jugement, son sens aigu du commerce et de mettre en place des mesures permettant d’améliorer les conditions de vie des employés.

Denise va même déboulonner Madame Desforges, vieille maitresse ivre de jalousie après un face à face terrible ou cette dernière cherchera à l’humilier et à la faire chasser par Mouret.

Elle gagnera peu à peu le respect des autres cadres, comme Madame Aurélie, austère première vendeuse et Boudoncle le bras droit de Mouret, qui malgré sa forte animosité finira par se ranger à la supériorité de la favorite du patron.

Après de multiples rebondissements dans cet amour inassouvi, Denise finira par céder à Mouret et à accepter de l’épouser, ce qui conduira à une sorte d’happy end.

En conclusion, « Au bonheur des dames » n’est curieusement pas le roman de Zola que j’ai préféré et constitue même une relative déception.

Bien entendu, le style de Zola est toujours présent et celui-ci s’exprime dans des descriptions pléthoriques des étalages des grands magasins afin de démontrer leur puissance souveraine mais finit par lasser par une certaine répétitivité.

On appréciera l’analyse fine des rouages du commerce de masse, de l’extrême précarité de la vie des vendeurs mais aussi de la violence de la concurrence externe avec comme armes la baisse des prix et le marketing (avant l’heure !) qui préfigurent ce qu’est devenu aujourd’hui la grande distribution actuelle, étranglant impitoyablement ce qu’on appelle le petit commerce spécialisé, de meilleur qualité mais aussi plus cher et avec moins d’éventail de choix.

J’ai moins apprécié la partie la plus fleur bleue du roman avec cette histoire d’amour assez improbable entre la jeune, fine, pure provinciale et l’homme d’affaires parvenu, trouvant qu’elle trainait trop en longueur et en sentimentalisme exacerbé.

Donc bien sur, « Au bonheur des dames » est un livre intéressant et bien écrit, mais n’est pas à mettre au même niveau que les plus grands chefs d’œuvres de Zola.

Au Bonheur des Dames (Emile Zola)
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