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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 12:52
Froid dans le dos (John Sandford)

Nous sommes toujours au début des années 90, 1992 pour être plus précis, et le prolifique John Sandford sort « Froid dans le dos » suite logique de « Froid aux yeux » sorti seulement une année auparavant.

Empruntant au même synchronisme, j’enchaine à la fin du dernier millénaire les deux romans et me plonge dans l’intrigue assez dense de « Froid dans le dos ».

Ici Lucas Davenport, l’ex policier de Minneapolis, licencié par son supérieur suite à la ténébreuse affaire Michael Bekker, s’est reconverti dans sa seconde passion de concepteur de jeux vidéos, ce qui lui assure une vie confortable.

Mais suite à l’évasion du célèbre chirurgien tueur lors de son procès à New-York, Davenport est contacté par son amie Lily Rothenburg, policière au sein de la capitale économique des Etats-Unis afin de lui apporter son aide pour coincer le danger public que représente Bekker dont les obsessions pour la mort n’ont pas été atténuées par son séjour en prison.

A New-York, Davenport découvre un autre environnement, plus tumultueux, urbain et agressif que celui de sa bonne « petite » ville de Minneapolis.

Il est briffé par les supérieurs de Lily, Kennett un vieux policier affaibli par une récente crise cardiaque et le ventripotent O’Dell l’un des plus hauts gradé du NYPD pour enquêter sur la mort de Walter Petty, un spécialiste de l’informatique assassiné parce qu’il enquêtait lui-même à l’intérieur de la police sur une série de meurtres de malfrats tués par une équipe en apparence parfaitement rodée à l’assassinat ciblé.

Davenport se retrouve avec deux affaires épineuses sur les bras, avec d’un coté son vieil ennemi lâché dans la nature pour une série de meurtres sauvages et de l’autre tout ce qui ressemble à une sordide affaire interne policière.

Son déplaisir s’accroit lorsqu’il apprend que Lily avec qui il a entretenu une brève liaison est avec Kennett le directeur de l‘enquête Bekker, même si au final les deux hommes finissent par mettre de coté leur jalousie pour observer un prudent respect.

Comme on pouvait s’y attendre, le redoutable Dr Bekker traumatisé par la sauvage agression que lui a infligé Davenport en raison des horribles cicatrices laissées sur son visage, reprend sa série de meurtres, en traquant des femmes ou des hommes de petit gabarit car plus faciles à transporter, pour les emmener dans une vieille cave du quartier de Soho réaménagée en salle d’horribles expérimentations sur la mort.

Toujours obsédé par les yeux, Bekker cherche malsainement à observer le moment du basculement vers l’au-delà cherchant à y déceler une part d’infini ou de grâce divine.

Il utilise pour cela la maison de Madame Lacey, vieille dame dépendante à la drogue (notamment marijuana) que Bekker lui fournit complaisamment pour atténuer ses souffrances en échange de l’usage d’une partie de sa maison.

Habile, le chirurgien tueur utilise la carte bancaire de la vieille dame pour effectuer des retraits et se pourvoir en matériel médical pour ses expériences mais également en quantités importantes de drogues, notamment le PCP, qu’il consomme toujours en fortes doses.

Au fur et à mesure des horribles meurtres de femmes prises au hasard dans les parkings, Bekker fait parler de lui dans les médias ce qui renforce la pression sur la police.

Le tueur qui demeure insaisissable, surprend néanmoins la police en lui adressant une lettre ou il se déclare témoin d’un meurtre, en réalité une nouvelle action des tueurs de la police, surnommé par Davenport et Lily, les Robins des bois.

Flanqué de sa partenaire Barbara Fell que O‘Dell soupçonne de faire partie des Robins des bois, Davenport utilise les bonnes vieilles méthodes du flic de terrain mêlant enquête de voisinage et menace de revendeurs comme Jackie Smith, pour tenter de débusquer Bekker.

Ce qui devait arriver arriva et l’athlétique quadragénaire noue une relation avec la séduisante Fell, tout en profitant d’une de ses absences pour fouiller son appartement.

Davenport n’a pourtant pas trop l’occasion de pousser plus loin ses investigations puisqu’il est sauvagement passé à tabac par deux Robins des bois.

Il réussit à casser le bras d’un deux et ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de Lily qui pistolet à la main, les met en fuite.

L’agression de Lucas n’est malgré tout pas suffisante pour le faire renoncer à ses recherches ce qui lui permet d’approcher Whitechurch, un des dealers de Bekker, qui travaille dans un hôpital.

La mort de Whitechurch, tué parce qu’il avait reconnu l’identité de son principal client, met Davenport sur la piste encore chaude du médecin, qui a conservé l’horrible manie de découper les paupières de ses victimes.

Davenport a alors comme idée d’attirer Bekker en flattant son gout pour la reconnaissance scientifique en organisant une conférence sur les travaux du nazi Mengélé, coupable d’horribles expériences sur les prisonniers durant la Second guerre mondiale.

Incapable de résister à ses pulsions, Bekker se rend à la conférence, mais flaire le piège et s’en extrait avec un aplomb et une férocité incroyable après avoir tué avec un pupitre en métal un policier de faction.

Lucas a néanmoins le déclic capital lorsqu’il comprend la nouvelle technique de Bekker, se déguiser en femme, séduisante blonde, en ayant observé les techniques d’un codétenu travesti en prison.

En parallèle, Lucas qui ne fait confiance qu’à Lily (et encore !), se met à soupçonner O’Dell lui-même dans le meurtre de Petty, lorsqu’il apprend que l’ex toxicomane d’Atlanta, Cornell Reed, débusqué par Petty, a bénéficié de sa protection pour se taire en tant que témoin d’un des meurtres des Robins des bois juste avant l’assassinat de l’informaticien.

Le rythme s’accélère, les affaires se rejoignent lorsque Bekker est localisé dans sa maison de Soho après qu’on ait pu à partir des billets retrouvé sur le corps de Whitechurch, remonter jusqu’à la carte de crédit de et identifier sur les caméras de surveillance le chirurgien travesti.

Davenport contacte O’Dell qui envoie deux tueurs pour éliminer Bekker devenu à son tour un témoin gênant, mais les deux homme sont confondus sur place par le flic de Minneapolis qui reconnait ses deux agresseurs.

Fell et Davenport pénètre dans la maison obscure, traquant le tueur finalement retranché dans la cave après avoir tenté d’éliminer une Bridget Land amie devenue embarrassante de Madame Lacey elle-même assassinée pour l’avoir reconnu à la télévision.

Comme souvent, Bekker shooté à mort, perd les pédales, refuse de se rendre et se fait tuer par Fell.

La menace Bekker éliminée, vient l’heure de régler ses comptes avec la hiérarchie de la police.

Bien que O’Dell soit mouillé jusqu’au coup dans l’affaire des Robins des bois, il s’avère en réalité que c’était Kennett qui recrutait les tueurs parmi les policiers et organisait les raids punitifs dans le but pensait t il d’assainir New-York des délinquants échappant aux mailles de la justice.

Lily est choquée d’apprendre que son amant a demandé l’exécution de Petty, qui était fou amoureux d’elle et pour qui elle avait une tendresse quasi maternelle.

Elle provoque une violente dispute qui se solde par la mort du vieux flic cardiaque.

De son coté, Davenport comprend également dépité que Fell est elle-même un membre des Robins des bois auxquels appartient son père.

Pire, Fell semble avoir elle-même tué le pauvre Petty dont les talents d’informaticiens avaient mis toute l’organisation en péril.

Cette révélation est insupportable pour Davenport qui rompt sur le champs tout projet de vie commune avec la femme policière et rentre ébranlé mais heureux du devoir accompli dans sa chère ville de Minneapolis.

En conclusion, « Froid dans le dos » est encore une fois un excellent polar à l’intrigue un chouia trop complexe mais particulièrement agréable à suivre.

Sandford change ici de braquet, transportant son personnage fétiche dans les inextricables méandres du New-York du début des années 90 à l’époque non encore pacifié par le maire Giuliani.
Davenport retrouve encore son ennemi le redoutable Bekker, personnage diabolique réellement effrayant, qui a eu cette fois l’idée géniale de devenir une femme pour mieux tromper son monde et commettre des meurtres d’une violence terrorisante.

L’intrigue déjà passionnante autour de Bekker, véritable caméléon urbain accro à la drogue et la mort, s’étoffe également autour d’un histoire de réseau de flics exécuteurs qui insuffle un fort vent de paranoïa.

Seul contre tous, Davenport doit donc jouer des coudes pour s’extraire de cette jungle d’asphalte et mener à bien ses deux missions externes et internes, particulièrement délicates.

Avec « Froid dans le dos », Sandford réussit le tour de force de surpasser le déjà excellent « Froid aux yeux » et on ne peut que regretter la mort du criminel pour la suite des aventures de Davenport …

Etonnant donc vu les qualités d’écriture de Sandford, que ses romans n’aient pas bénéficié de plus d’exposition médiatique … car le tandem Davenport-Bekker recèle son lot de moments culte à vous en faire perdre le sommeil !

Froid dans le dos (John Sandford)
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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:52
Diesel and dust (Midnight oil)

Nous passons maintenant à une version plus conventionnelle du rock avec Midnight oïl, groupe australien formé à Sydney à la fin des années 70 et dont l’heure de gloire culmina en 1987 avec « Diesel and dust ».

Militants écologiques emmenés par le charismatique chanteur chauve Peter Garrett, les membres de Midnight oïl trouvent en effet avec ce septième album la clé d’une infernale machine à tubes qui viendront inonder la planète.

Le premier d’entre eux justement est « Beds are burning », parfait hit radio au rythme soutenu mais maitrisé porté par des refrains fédérateurs au fort contenu politique.

Difficile de résister au chant heurté et habité de Garett sur « Put down that weapon » incroyable tube donnant la chair de poule et surpassant pour moi de la tête et des épaules son pourtant glorieux prédécesseur.

C’est donc passablement ébranlé que l’auditeur revient sur terre avec « Dreamland » beaucoup plus doux linéaire et terne avant sombrer dans la douce torpeur de la ballade « Artic world ».

Le groupe reprend modestement de la vitesse avec « Warakurna » qui passe tout à fait inaperçu en comparaison de « The dead heart » nouveau tube aux refrains balayant tout sur leur passage.

Nouvelle semi ballade mélancolique et assez réussie du reste, « Whoah » avant un nouveau hit sous tension dont le groupe semble avoir le secret, « Bullroarer ».

Midnight oïl glisse non sans fluidité et habileté sur « Sell my soul », ennuie ferme avec « Sometimes » pour conclure avec un « Gunbarrel highway » plutôt agréable.

En conclusion, pour les gens de ma génération, « Diesel and dust » évoque peut être quelques souvenirs, deux ou trois tubes passant à la télévision ou à la radio avec un chanteur au physique impressionnant et un groupe évoluant dans l’univers assez exotique du bush australien, bref une attraction plaisante sans qu’on adhère un seul instant au contenu politique de son message.

Malgré quelques creux notables, « Diesel and dust » demeure même passé l’épreuve du temps un album étonnant, très maitrisé oscillant entre influences pop et réminiscences de rock musclé, avant de révéler une poignée d’armes maitresses constituées de tubes puissant et audacieux.

Ceci ne suffit pas à faire de lui un authentique chef d’œuvre mais lui permet d’arracher un certain respect, celui d’une efficacité notable que le groupe aura toutes les peines à conserver par la suite.

Diesel and dust (Midnight oil)
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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 19:53
Saints of Los Angeles (Motley crue)

Après avoir abordé un best of de Motley crue assez inégal et décevant sur la période plus moderne des californiens, c’est avec une certaine défiance que j’ai écouté « Saints of Los Angeles » sorti en 2008 soit huit longues années après un « New tatoo » synonyme de plantage artistique et commercial.

Passé le sympathique choc visuel de sa belle pochette sexy-chic, « Saints of Los Angeles » débute par une courte introduction spectaculaire « LAMF » qui lance « Face down in the dirt » titre musclé et entrainant laissant augurer du meilleur.

Sur sa lancée, « What’s it gonna take » balance furieusement et « Down at the whisky » entretient un bel enthousiasme malgré un niveau sensiblement plus faible.

Motley crue ronronne gentiment sur « Saints of Los Angeles » titre central de facture somme toute quelconque malgré des refrains plus appuyés.

C’est bien avec ce style lourd et emprunté que nos vétérans s’échinent sur « Motherfucker of the year » à courir après leur jeunesse et le fait de ralentir le tempo sur « The animal in me » ne change pas beaucoup la donne.

On appuie sur le turbo avec « Welcome to the machine » qui voit Mick Mars durcir les riffs et Tommy Lee s’activer derrière sa batterie mais ceci ne saurait « Just another psycho » instaurer un inéluctable ennui.

Armé d’un gros son bien encombrant, le Crue enchaine les titres passe partout, « Chicks=trouble » peu recherché, « This ain’t love song » bruyant et bordélique et c’est tout benoitement qu’on se retrouve sans même y prêter attention à la fin de l’album composé de deux titres de qualité « White trash circus » et « Goin’ out swingin » car puissants et directs.

En conclusion, « Saints of Los Angeles » n’est pas en dépit de sa grosse production et sa frappe lourde, un album de qualité.

Motley crue tente certes de coller au gout du jour en modernisant le son mais perd en légèreté et en intensité ce qu’il gagne en lourdeur.

Ensemble homogène taillé dans un seul bloc de fer, « Saints of Los Angeles » ne recèle aucun mauvais titre mais au final très peu de titres majeurs.

Formé de quinquagénaires aujourd’hui bien amorti, Motley crue a perdu ce qui faisait son charme : le coté voyou, fêtard et fun qui lui permettait de sortir quelques tubes incontournables propres à enflammer les parties des années 80.

A réserver donc aux fans indécrottable du gang de LA.

Saints of Los Angeles (Motley crue)
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 20:37
Moment of glory (Scorpions)

Cédant à une mode assez en vogue au début des années 2000 (Metallica et Kiss entre autres), les Scorpions s’offre ni plus ni moins que l’orchestre philarmonique de Berlin pour un grand concert présentant une réinterprétation néoclassique de leurs plus grands hits.

Sorti en 2000, l’objet en question se nomme « Moment of glory » et affiche une pochette décalée assez savoureuse.

L’auditeur a bel et bien droit à une introduction intense, grandiloquente toute en cordes et cuivre pour voir débouler « Hurricane 2000 » et dès disons le franchement, l’apport de cette pléiade d’instruments classiques ne fait que détériorer un titre précédemment parfait.

On bascule immédiatement dans le registre ballade sirupeuse avec « Moment of glory » aussi massif qu’inutile.

L’auditeur qui a l’impression de se trouver dans la bande originale d’une super production hollywoodienne, déguste « Send me an angel » impeccablement chanté par un Klaus Meine et Zucchero, qui font immédiatement grimper le titre au firmament des cieux.

Le filon des ballades est exploité jusqu’à plus soif avec « Wind of change » qui tout en retenue et en sifflement passe bien.

Viennent ensuite le tour des instrumentaux réadapté pour faire corps avec l’orchestre, « Crossfire » et « Deadly sting suite » , intenses et lourds.

Les Scorpions optent volontiers pour les ballades à grosses ficelles, comme le ridicule « Here in my heart » ou le célébrissime « Still loving you » surjoué et usé jusqu’à la corde malgré l’interprétation toujours de qualité de Meine et la discrétion de l’orchestre.

Un peu de (hard) rock pour finir, « Big city lights » qui malgré l’apport de Ray Wilson, le chanteur de Génésis s’empêtre dans l’enchevêtrement des sons de l’orchestre et une ultime ballade assommante pour conclure « Lady starlight ».

En conclusion, comme beaucoup de groupes atteints par la folie des grandeurs, les Scorpions cèdent aux sirènes du gigantisme et du ronflant pour gonfler leur musique d’influences néoclassiques qui n’apportent quasiment rien à leur œuvre par essence rock.

« Moment of glory » pèche par son orgueil, massacre ses rares titres rapides et ne fait rien d’autres qu’affadir les innombrables ballades qu’il propose.

On sent donc les Scorpions complètement perdus artistiquement dans les années 2000 et partant dans plusieurs directions pour un résultat toujours plus décevant.

Dans un registre tout aussi casse gueule, le « S&M » de Metallica se montre plus convainquant car tablant sur la puissance de feu toujours supérieure des américains.
A jeter donc ou pas loin de mon coté pour tout amateur de rock un tant soit peu viril ..

Moment of glory (Scorpions)
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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 21:12
Peur sur la ville (Henri Verneuil)

J’ai vu un nombre incalculable de fois « Peur sur la ville » d’Henri Verneuil, qui dans mon enfance me terrorisait par son ambiance inquiétante.

Sorti en 1975, « Peur sur la ville », commence par la mort d’une jeune femme Nora Elmer (Laura Massari), qui traumatisée par une série de coups de téléphones anonymes, fait une crise cardiaque dans une tour de la région parisienne et chute de sa fenêtre.

Cette mort spectaculaire pousse la police à mettre le commissaire Letellier (Jean-Paul Belmondo) et son adjoint Moissac (Jean-Charles Denner) sur l’affaire.

Letellier est un flic athlétique et fort en gueule, ancien de l’antigang muté après un sanglant hold-up à Asnières ou le truand Marucci (Giovanni Cianfriglia) lui a échappé.

Nourri par une vieille revanche contre Marucci, il accepte l’affaire Elmer à contrecœur, mais prend néanmoins contact avec une liste de femmes menacées par des maniaques comme l’infirmière Hélène Grammont (Catherine Morin).

En parallèle, le maniaque se manifeste par téléphone, se proclamant comme Minos, en référence à la Comédie de Dante, et devant à ce titre juger et condamner les femmes de mœurs légères.

Minos lance un curieux défi à la police, annonçant envoyer des photos des parties de son corps à chaque victime exécutée et n’hésitant pas à prendre contact avec la presse.

Désorienté par cette approche psychopathique, Letellier tombe par hasard sur une des victimes de Minos, Germaine Doizon (Rosy Varte), femme d’âge mur que Minos aborde en se faisant passer pour un policer, pour mieux la prendre par surprise.

Une haletante course poursuite s’engage alors sur les toits de Paris, dans la zone des galeries Lafayette, avec échanges de coups de feu et prouesses physiques de notre Bebel national, qui s’escrime à ne pas chuter sur les pentes escarpées.

Minos s’échappe à moto mais perd dans la lutte son œil de verre récupéré par Letellier.

Pris en chasse par le commissaire et Moissac, il est finalement laissé tranquille lorsque Letellier apprend que Carucci a été localisé non loin des Champs Elysées.

La poursuite de Carucci entraine Letellier dans le métro parisien et l’athlétique commissaire finit par tuer son adversaire après avoir crapahuté sur le toit des rames.

De retour au calme, Letellier subit les foudres de sa hiérarchie car Minos en réalité l’ambulancier Valdec (Adalberto Maria Merli), le nargue dans la presse.

Letellier est donc affecté en bougonnant à la surveillance rapprochée d’Hélène Grammont, également soumise au harcèlement de Minos.

Dans l’appartement de la jeune femme une relation de répulsion-séduction se met en marche, malheureusement gâchée par un appel téléphonique d’urgence émanant de l’hôpital, auquel Hélène ne peut se soustraire.

En réalité, Minos tend un piège à Hélène et la tue à l’hôpital.

Ebranlé, Letellier laisse ses muscles au placard et fait marcher sa cervelle, isolant un bruit de fête foraine dans les communications avec Minos, ce qui ne donne malgré tout pas de pistes tangibles.

Un coup du sort vient pourtant aider Boissac et Letellier, lorsque Valdec se présente par bravade au commissariat et trahit une insensibilité à la flamme d’un briquet, révélant ainsi la présence d’un œil de verre.

Se sachant traqué, Minos bascule alors dans l’ultra violence, lançant une grenade sur la devanture d’un cinéma porno et prenant en otage l’actrice principale, Pamela Sweet (Germana Carnacina) ainsi que sa famille dans une tour de Beaugrenelle dans le quinzième arrondissement de Paris.

Après une négociation fantaisiste, Letellier obtient un délai de la part de Minos qui souhaite faire exploser l’appartement et intervient de manière musclée en se faisant hélitreuiller par un hélicoptère, pour fracasser la fenêtre de l’appart et s’engager dans un mano à mano avec le preneur d’otages qu’il finit par gagner non sans lui avoir flanqué une sévère raclée.

En conclusion, « Peur sur la ville » est un film taillé sur mesure à la gloire de Jean-Paul Belmondo qui demeure à la quarantaine fringante tel qu’en lui-même, gouailleur, viril, macho, bagarreur et casse cou.

En dehors des exploits de notre monte en l’air national, « Peur sur la ville » brille par son ambiance de polar inquiétant et urbain dans le Paris des tours des années 70 : La Défense, Beaugrenelle ou du treizième arrondissement.

Relativement méconnu, Maria Merli s’avère fascinant de froide beauté et incarne un des tueurs en série les plus convaincants de l’histoire du cinéma français.

Derrière la star, une pléiade de seconds rôles dont le remarquable Charles Denner tient solidement la baraque …

Plus qu’un polar efficace et musclé, « Peur sur la ville » recèle encore 40 ans après un charme suranné ou plane la musique obsédante d’Enio Morricone.

Tout ceci contribue à faire de ce film un classique du cinéma français.

Peur sur la ville (Henri Verneuil)
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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:42
World wide live (Scorpions)

Sorti en 1985, « World wide live » est sans doute le live parfait correspondant à la période la plus fastueuse de la carrière des Scorpions, avec un répertoire musical quasiment sans tache et un succès commercial phénoménal les autorisant à déployer des shows internationaux démesurés.

Enregistré principalement à Los Angeles, Cologne et Paris, « World wide live » et ses dix neufs titres incandescents débute par l’introductif « Countdown » qui lance le nerveux et puisant « Coming home » faisant la part belle aux guitares hurlantes de la paire Rudolf Schenker/Matthias Jabbs.

C’est dans une ambiance chauffée à blanc que sortent du chapeau de pures fusées hard rock comme l’intense « Blackout » ou le plus posé « Bad boys running wild ».

Moins de tranchant sur « Loving you sunday morning » et « Make it real » malgré des guitares toujours flamboyantes mais ce léger ralentissement est de courte durée puisque les Scorpions ressortent l’artillerie lourde avec « Big city nights » tube festif taillé pour la scène puis « Coast to coast » superbe instrumental fin et racé.

Mais il ne faudrait pas oublier que c’est avec leurs ballades imparables que les Scorpions ont conquis le monde, c’est pourquoi « Holiday » et « Still loving you » font à juste titre chavirer le stade.

Pourtant il parait impossible de survivre à l’impact de « Rock you like hurricane », meilleur titre du répertoire des Scorpions sublimé dans sa version live.

La fête bat son plein et « Can’t live without you » et « Another peace of meat » surgissent tels des diables de leur boite pour déployer leur rythme d’implacables machines heavy metal.

L’auditeur est emporté par le souffle de la formidable déflagration de « Dynamite » et même dans le registre plus posé de « The zoo » ou plus mélodique de « No one like you », les Scorpions continuent de toucher au but et de mettre le public à genoux.

La fin du disque s’écoule en deux parties, « Can’t get enough » scindé en deux par un grand solo explosif de Jabbs impérial sur « Six strings sing ».

En conclusion, «World wide live » est une déferlante sonore non stop, une orgie de décibels, un superbe témoignage scénique d’un groupe en pleine jeunesse alors au sommet de son art, faisant figure à son époque d’un des plus grands fleurons du heavy metal mélodique.

Très complet, vivant, énergique, servi par une grande puissance de feu, « World wide live » fait la part belle à la partie la plus hard des Scorpions, mais n’oublie pas pour autant les ballades parmi les plus belles jamais composées.

Difficile donc de faire la fine bouche ou de bouder son plaisir devant ce live culte, réjouissant, faisant formidablement honneur au heavy des 80’s !

Une chose est sure, les Scorpions semblent imprenables en ce milieu des années 80 et pourraient sans difficulté revendiquer leur place sur le podium des meilleurs groupes live de l’époque.

World wide live (Scorpions)
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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 14:19
A deriva (Heitor Dhalia)

Changement radical d’ambiance avec « A deriva » film brésilien de Heitor Dhalia qui en 2009 connut un certain succès d’estime en raison de la présence de la star française, Vincent Cassel.

L’histoire se déroule dans les années 80 sur l’ile paradisiaque de Buzios, près de Rio de Janeiro, ou vit un couple franco-brésilien formé de Matias (Vincent Cassel) écrivain, sa femme Clarice (Debora Bloch) ainsi que leurs enfants Filipa (Laura Neiva) et Antonio (Max Auzar).

Mais Filipa, âgée de quatorze ans est perturbée par la crise du couple de ses parents, qui derrière les soirées et la belle vie à la plage, se déchire.

En réalité, Matias et Clarice ne sont d’accord sur rien, le premier refusant de vendre les droits de ses livres malgré les dettes criblant le ménage mais plus grave, possédant une maitresse, une jeune américaine Angela (Camilla Belle) séjournant sur l’ile.

Filipa découvre la liaison de son père, le suit et va jusqu’à l’espionner dans ses ébats amoureux.

En parallèle, excédée par les non dits et la crise qui couvent, Filipa se rebelle de plus en plus ouvertement contre ses parents, contre son peur dont elle fuit le contact physique et sa mère dont elle défie l’autorité.

Matias détecte cette crise mais pris dans ses problèmes conjugaux et la séparation imminente avec Clarice se montre incapable d’en comprendre l’origine.

L’ambiance à Buzios devient de plus en plus pesante, Clarice se refugiant dans l’alcool tandis que Matias attise sa colère en annonçant dans une soirée écrire un livre sur l’adultère d’une femme professeur avec un de ses élèves plus jeune.

Plus qu’une fiction, Clarice a bel et bien en réalité un de ses élèves comme amant.

Après une ultime manœuvre consistant à avouer à Matias la connaissance de sa liaison avec Angela qui le trompe également avec beau barman (Caua Raymond), Filipa comprend qu’elle n’arrivera pas à conserver l’union de ses parents et décide de fuir avec le barman qu’elle a au préalablement séduit.

C’est un Matias mort d’inquiétude qui retrouve sa fille, miraculeusement indemne après un accident de voiture.

Le père et la fille se retrouvent alors enfin apaisés …

En conclusion, « A deriva » est un joli film d’auteur porté par de bons acteurs, Cassel bien sur qui parle un portugais brésilien de bon niveau mais surtout Laura Neiva, dont le beau visage grave de nymphette énigmatique crève l’écran.

Le sujet délicat, la séparation vue du point de vue d’un adolescent qui n’y voit que trahison, hypocrisie et sent ses repères vaciller dangereusement est abordé avec tact et talent.
Comme bonus, les paysages à couper le souffle de Buzios viennent plonger le spectateur dans un océan de splendeurs naturelles …

Petit reproche, le film aurait sans doute gagné en excitation en exploitant la sensualité de l’ambiance tropicale pour développer des scènes plus érotiques … mais « A vida » demeure une respiration agréable et intelligente … bien loin des blockbusters américains et des clichés sur le Brésil.

A deriva (Heitor Dhalia)
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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 12:43
Unbreakable (Scorpions)

Au premier abord, « Unbreakable » apparait mal placé dans une série de disques des Scorpions d’intérêt plus que douteux avec un come back assez pathétique des années 2000 mais sa pochette en apparence blindée laisse le bénéfice du doute et encore assez de curiosité pour aller à sa rencontre.

Avec Pavel Maciwoda (batterie) et Chris Kolonovits (claviers), nos vieux Scorpions à la peau dure entame 2004 avec « New generation » ballade lourdingue pétrie de bons sentiments avec voix d’enfants à l’appui.

Le moins que l’on puisse dire est que le choses commencent mal et après six minutes d’ennui profond, « Lov ‘em or leave ‘em » qui bâti sur des riffs d’une grande lourdeur tente d’insuffler maladroitement un peu de dynamisme.

L’orientation du son de guitares volontairement sous accordées laisse à penser à une approche moderne mais « Deep and dark » parvient à insuffler avec habileté, le flux d’émotion de sensibilité si indispensable au succès des Scorpions.

On ressort les souliers de plombs et se prend les pieds dans le tapis avec « Borderline » avant un nouveau sursaut sur « Blood too hot » qui rock véritablement avec une ambiance sauvage et électrique.

Ballade à piano et grosses ficelles sur « Maybe I maybe you », puis un nouveau titre « Someday is now » certes appuyé mais sans aucun relief ni saveur.

On se dirige vers du rock pop sans consistance, « My city, my town », une nouvelle power ballade « Through my eyes » bien léchée mais sans originalité avant une incursion vers le hard fm le plus éhonté, « Can you feel it » que n’aurait pas renié un Bon Jovi.

C’est donc à la hâte qu’on accélère vers la fin du disque, « This time » dont les riffs lourds ne sauraient masquer le manque de rythme et d’inspiration, « She said » énième ballade kleenex avant un ultime « Remember the good times » exploitant le glorieux passé du groupe ou il était encore capable de composer des hits.

En conclusion, malgré son titre et sa posture, « Unbreakable » voit sa carapace se fissurer assez vite et ne peut en dehors de quelques titres épars, pas faire illusion bien longtemps.

Copieux, surgonflé en production afin de masquer son contenu médiocre, « Unbreakable » ne fait que confirmer la décadence des Scorpions dans les années 2000 et se hisse à peine plus haut que les catastrophiques « Eye to eye » ou autre « Humanity, hour 1 » l’encadrant.

Avec un âge d’or situé dans les années 80, des années 90 pâlichonnes, des années 2000 abominables, restent les années 70 à explorer pour aborder le registre plus progressif et expérimental des Allemands.

Unbreakable (Scorpions)
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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 11:41
Love at first sting (Scorpions)

Il manquait sans doute dans la discographie des Scorpions chroniquée en ces colonnes un énorme chainon manquant avec l’indispensable « Love at first sting ».

Sorti en 1984, « Love at first sting » est une déflagration, que dis je un raz de marée, qui fit des Allemands des supers stars planétaires dominant les charts.

Nous partons donc pour l’ascension du monument illustré par une des pochettes sexy-glam les plus réussies du groupe et découvrons « Bad boys running wild » mid tempo certes un peu cliché mais bien amené et faisant figure de bonne entrée en matière.

Ceci n’est pourtant rien en comparaison de « Rock you like a hurricane » chef d’œuvre de heavy metal, meilleur titre des Scorpions pour moi, combinant superbe harmonie des guitares de Rudolf Schenker et Matthias Jabbs.

L’enchantement se poursuit avec « I’m leaving you » qui glisse tout en fluidité et souplesse puis « Coming home » qui après un début laissant augurer une ballade accélère le tempo pour proposer un titre rapide, sec et parfaitement maitrisé.

« The same thrill » se détache ensuite car plus bruyant et féroce mais est rapidement effacé par l’incroyablement festif et emballant « Big city nights ».

Le plaisir est toujours présent avec « As soon as the good times roll » plus lent mais mettant en avant la voix mélodique de Klaus Meine.

La fin de l’album donc se présente sur la forme d’un duo fantastique, « Crossfire » superbe ballade sur fond d’antimilitarisme certes facile et « Still loving you » phénoménal slow, peut être le plus connu de l’histoire du hard rock, qui fit entrer les Scorpions dans un autre monde, plus grand public et se former les couples du monde entier dans les boums/surprises parties des années 80 !

En conclusion, si « Blackout » m’avait déjà séduit par sa puissance et sa vélocité estampillée heavy metal, « Love at first sting » réussit aussi improbablement que cela puisse paraitre le tour de force de le surclasser.

Incroyablement abouti et maitrisé, « Love at first sting » ne contient que des tubes ou des classiques dans un flot continu mêlant belle présence (prestance !) des guitares, mélodies enivrantes et voix toute en justesse de Meine.

Avec ce disque culte, les Scorpions établissent leur œuvre maitresse, chef d’œuvre impérissable illuminant le monde du rock jusqu’à l’éternité.

Les mauvaises langues pourront ensuite ne voir dans la carrière du groupe qu’une longue dégringolade, ceci est sans doute soumis à discussions, mais toujours est il que jamais plus les Scorpions ne produisent un album d’un tel niveau !

Raison de plus pour l’apprécier …

Love at first sting (Scorpions)
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Published by Seth - dans Hard Rock
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26 juin 2014 4 26 /06 /juin /2014 21:54
Ce que le jour doit à la nuit (Yasmina Khadra)

Grand fan de Yasmina Khadra, cela faisait plusieurs années que je souhaitais lire « Ce que le jour doit à la nuit ».

Paru en 2008, ce livre fleuve s’écarte du style traditionnel plutôt policier et terroriste de Khadra pour embrasser à travers le roman l’histoire de son pays, l’Algérie.

L’histoire est celle de Younes, petit algérien né dans les années 1930, dans un milieu pauvre et rural, dont la famille se trouve ruinée après qu’elle ait vu ses champs incendiés parce qu’elle refusait de se plier à l’autorité d’un caïd local.

Le père, Issa, chef de famille, homme travailleur, dur et fier, n’a pas d’autre choix que l’exil familial à Oran, la grande ville la plus proche, même si s’arracher aux terres possédées de générations en générations s’avère un véritable crève cœur.

Younes suit donc comme tout le monde le mouvement migratoire vers Oran ou vit son oncle, pharmacien marié à une française, Germaine.

Par fierté, Issa refuse l’aide matérielle de son frère, ce qui fait échouer toute la famille à Jenane Jato, horrible quartier de bric et de broc ou s’entassent les miséreux de la ville pour vivre dans des conditions épouvantables.

Terrifié, le jeune Younes découvre la misère urbaine et la faune qui y prolifère entre véritables bandes de voyous, violences conjugales et commerces miteux.

Issa qui ne compte que sur son courage, s’absente de plus en plus souvent du domicile pour chercher des petits boulots harassants et mal payés près des docks.

La situation ne tarde pas à empirer lorsque Issa se fait berner par un escroc qui lui propose d’investir son argent dans une affaire prometteuse et agresser pour tout se faire dérober.

Battu et humilié, il disparait pour diluer sa vie dans l’alcool.

La chance sourit alors à Younes qui est placé chez son oncle dans la partie bourgeoise de la ville et reçoit une éducation française à laquelle il n’aura jamais eu accès sans cela.

Younes rebaptisé Jonas pour l’occasion demeure influencé par son oncle, un érudit sensible aux idées nationalistes algériennes mais hostile par principe à la lutte armée, ce qui lui vaut un emprisonnement de courte durée mais traumatisant pour cet homme délicat et le pousse à déménager dans une bourgade bourgeoise située à soixante kilomètres de la ville, Rio Salado.

La bas, Younes vit en pleine Seconde guerre mondiale, une jeunesse dorée, se lie d’amitié avec une bande de français, Jean-Christophe Lamy, Simon Benyamin, André Scaramoni et les frères Sosa José et André, fils d’un grand propriétaire terrien Jaime Sosa qui martyrise son employé arabe Jelloul.

Il devient pharmacien et travaille dans la pharmacie de son oncle ou il tombe sous le charme d’Emilie Cazenave, la fille d’une belle femme mystérieuse et esseulée, Madame Cazenave.

Younes obtient un temps les faveurs d’Isabelle Rucillio, le fils de José, principal producteur viticole de la Rio Salado, mais celle-ci le renie lorsqu’elle découvre son origine arabe, et jette son dévolu sur l’athlétique Jean-Christophe qui s’engage sans le savoir dans une relation tumultueuse avec l’ombrageuse jeune femme.

La guerre s’achève, les Américains présent en Algérie diffusent leur culture provoquant la fascination d’André qui décide d’ouvrir un bar-billard inspiré du style de l’Oncle Sam.

De son coté, à sa grande surprise, Younes ne peut se résoudre à avoir sa première expérience sexuelle dans un infâme bordel d’Oran ou il retrouve une des ses voisines de Jenane Jato, la belle Hadda, vit une aventure avec la belle et mystérieuse Madame Cazenave dans sa belle propriété.

Éperdu d’amour, il chute de son nuage en découvrant qu’il n’était qu’un amusement sans lendemain.

Mais l’après guerre s’avère plus douloureux que prévu et l’Algérie qui aspire à des velléités d’indépendance est soumise à une atroce répression de l’armée française.

Rio Salado semble dans un premier temps épargné par les tensions communautaires et le début de guerre civile qui déchire le pays et les histoires sentimentales vont bon train autour d’Émilie, amoureuse de Younes qui se refuse à lui céder en raison des menaces de sa mère, mais convoitée par le sentimental Fabrice aux aspirations littéraires avec Jean-Christophe en embuscade.

Ces jeux provoquent l’explosion du groupe, lorsque Fabrice comprend que Emilie se rapproche de Jean-Christophe pour rendre jaloux Younes, avant que celui n’apparaissent aux yeux de tous comme le seul favori de la belle.

Le fougueux Jean-Christophe quitte sur un coup de tête ses amis et s’engage sans explication dans l’armée, tandis que Fabrice se marie et que Emilie est livrée par sa mère à Simon qui ne demandait rien à personne.

Très ébranlé par le mariage d’Émilie, Younes en plein questionnement prend également ses distances et se rapproche de sa communauté d’origine.

Il accompagne son oncle pour un émouvant pèlerinage à Tlemcen ou repose ses ancêtres, un peu avant qu’il ne meure.

Les années 50 voient le début de la guerre civile avec son cortège d’atrocités : massacres et attentats.

Les colons français sont touchés par les maquisards du FLN et José assassiné au bar de son frère André, qui fait arrêter Jelloul en raison de son profil de parfait coupable.

Etant parvenu à se libérer sur un coup du sort, Jelloul devient un ardent partisan du FLN.

L’année 1957 voit finalement le retour de Jean-Christophe qui épouse Isabelle Rucillio mais l’épisode de l’armée le pousse à prendre ses distance avec son ami Younes dont le tort principal est d’appartenir à l’autre camp, bien qu’il soit aussi bouleversé et désemparé que les autres face à l’horreur des attentats.

La maison des Cazenave est touchée, Simon tué et Krimo le chauffeur de la famille force Younes à quitter les lieux avec interdiction formelle d’approcher Emilie qui part se réfugier à Oran.

Une nouveau traumatisme frappe Younes et Germaine, obligé sous le menace des armes de Jelloul de soigner un commandant des fellaghas blessé par balle.

Younes se sort miraculeusement indemnes de cette terrible épreuve non sans avoir subi le terrible mépris de Jelloul, mué en farouche chef de guerre, puis une arrestation accompagnée de torture de Krimo devenu lui un redoutable harki pourfendeur de rebelles.

Seule l’intervention du puissant Pépé Rucillio permet à Younes de sortir vivant des griffes de Krimo.

Mais 1962 vient tout changer et l’Algérie devient indépendante, provoquant l’exode massif des colons français appelés plus tard pieds noirs, français déracinés et à jamais nostalgiques de leur Algérie natale.

Devenu le roi de la casbah, Jelloul se fait grand seigneur et magnanime avec Younes et Jean-Christophe membre de l’OAS, finalement libéré après avoir été atrocement torturé.

L'ancien domestique devenu colonel de l'armée régulière finira pourtant assassiné.

40 années passent et Younes devenu un vieil homme se rend à Aix-en-Provence pour renouer avec Michel, le fils d’ Emilienne morte la bas.

Le recueillement sur la tombe d’Emilienne est un pur moment d’émotion que l’arrivée toujours revendicative de Krimo, ne parvient pas à gâcher.

Les retrouvailles ne sont pas pour autant terminées et Younes retrouve une partie de ses amis devenus aussi des vieillards branlant, José, André, Fabrice et même Jean-Christophe établi à Paris.

Après avoir lu une ultime lettre de pardon qu’avait laissé Emilie pour lui, Younes éprouve un grand sentiment d’apaisement et repart ému et heureux vers son Algérie.

En conclusion, après une entrée en matière longue et d’un intérêt parfois relatif, « Ce que le jour doit à la nuit » révèle ensuite sa véritable nature, celle d’une grande fresque romanesque sur fond de ni plus ni mois que l’histoire de l’Algérie de ces 80 dernières années.

Dans sa langue si belle et riche, Yasmina Khadra y décrit une adolescence miraculée hors d‘une vie de misère, proche des colons français avec le sentiment parfois troublant de ne pas être tout à fait à sa place dans une communauté qui ne peut l’accepter totalement.

L’amitié tient une place fondamentale dans le roman, mais encore moins que l’amour, forcément romantique car impossible pour une jeune française.

Pris dans ce piège infernal, mêlant communautarisme et malaise psychologique à propos d’un curieux traumatisme quasi œdipien, le héros ne peut que se débattre et subir des évènements tragiques faisant parti de l’histoire la plus délicate et sombre de la France.

Plus que l’intrigue sentimentale certes plaisante, c’est donc par le courage d’aborder le sujet sensible de la guerre d’Algérie en ne prenant aucun parti décisif entre colons et colonisés que se distingue « Ce que le jour doit à la nuit ».

Considéré comme le roman le plus abouti et ambitieux de Khadra, « Ce que le jour doit à la nuit » demeure malgré quelques longueurs, tout à fait digne de respect par sa grande puissance narrative, en attendant de voir peut être un jour le film d’Alexandre Arcady.

Ce que le jour doit à la nuit (Yasmina Khadra)
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