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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 17:29

En pleine humeur brésilienne, me voici donc à présenter la chronique de « Manuel pratique de la haine » de Ferrez.
Sorti en 2009 en France toujours chez Anacaona, « Manuel pratique de la haine » s’inscrit dans une veine d’écrivains brésiliens urbains narrant leur quotidien difficile dans les favelas.
Ici, on suit l’évolution dans une favela de Campo limpo (São Paulo) de six jeunes appartenant déjà au monde des gangsters, en quête d’un ultime « gros coup » avant de passer à autre chose.
Régis est assurément le leader de la bande aux cotés de Magicien qui étant déjà un truand établi habite en dehors de la favela et a des contacts dans le monde de la classe moyenne.
Viennent ensuit Lucio, Celso, Neguinho et Aninha, la seule fille de l’équipe ayant fui la misère de l’état de Bahia pour tenter sa chance à São Paulo.
Le plan est simple mais minutieusement préparé, réaliser le braquage d’une banque en se répartissant les rôles.
Si Régis marié à Eliana rêve de monter ensuite une affaire de centrale téléphonique pour détenus, Magicien lui n’aspire qu’à conserver son train de vie tandis que Neguinho qui est tombé follement amoureux d’une jeune fille blanche nommé Eduarda, espère lui se retirer des affaires, acheter une maison et mener une vie familiale normale.
Mais dans la favela tout peut arriver et rien ne se passe jamais comme prévu : les bandes rivales pullulent, celle de Beau-gosse, un gamin aspirant à prendre le contrôle du trafic déclenche une guerre pour un motif en apparence secondaire : l’assassinat d’un de ses amis Gilde, par Neguinho.
Beaux-gosse a pour principal avantage de fournir en drogue le commissaire Mendoza, chef de la police militaire du district, ce qui lui assure de précieux appuis avec les forces de l’ordre corrompues.
Outre les bandes rivales et les policiers, les nettoyeurs sorte de tueurs à gage comme Valdieni dos Santos Silva font également partis des prédateurs de la favela…
Toutes les conditions sont donc réunies pour que la situation parte inévitablement en vrille…
En attendant le gros coup, Ferrez décrit avec talent et précision le quotidien des habitants, jeunes à la gâchette facile obsédés par faire de l’argent rapidement sans prendre conscience des risques mais aussi modestes travailleurs tels les courageux ouvriers métallurgistes Jose Antonio et Paulo féru de littérature ou Dinoithina petit vendeur de roses tentant de rester dans le droit chemin.
Pourtant après le hold-up réussi la situation se détériore et rien ne se passe comme prévu.
Pris dans un étau entre Beaux-gosse et la police, Régis est contraint de jouer double jeu et de faire éliminer ses partenaires.
La guerre entre les deux bandes tourne donc au désavantage des braqueurs qui se font descendre un par un, la mort la plus cruelle étant celle de Magicien, dont le corps est démembré et brulé par ce psychopathe de Beaux-gosse.
Neguinho et Aninha décèlent que quelque chose cloche dans cette affaire, mais seule le jeune femme a la présence d’esprit de s’extraire à temps en prenant la décision radicale de quitter la ville pour retourner à Bahia.
Une fois Neguinho descendu et le butin récupéré, Régis se rend seul à un ultime rendez vous avec Beau-gosse pour récupérer son fils détenu en otage.
Le rendez-vous tourne à la fusillade et les deux truands s’entre-tuent.
Grièvement blessé, Regis retourne chez lui pour ramener son fils à Eliana mais Mendoza demande à son lieutenant Aires d’en finir avec lui pour récupérer le reste du butin.
En conclusion, même si « Manuel pratique de la haine » traite d’une sujet mainte fois rabâché, le talent de conteur de Ferrez fait la différence dans la construction d’une réelle histoire au fort gout de polar avec en toile de fond une description d’une grande précision et d’une grande puissance du quotidien démoralisant de violence et de misère des favelas brésiliennes ou des jeunes sans espoir, ayant grandi dans la société de consommation, tuent pour les motifs les plus dérisoires.
Autre partie importante du roman, l’aspect social ici très marqué, Ferrez lui-même favelado justifiant clairement le point des vue des braqueurs prêts à tout pour sortir de l’humiliation de la pauvreté et atténuant la douleur des victimes de leur violence : entreprises couvertes par l’assurance, vigiles ou policiers corrompus jusqu’à la moelle et classe moyenne coupable de mépris envers les couches les plus défavorisées.
Ce parti-pris qu’on peut sans doute à juste titre contester, n’enlève rien à la puissance de ce roman précis, dur et froid comme un scalpel entaillant la peau !

 

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Published by Seth - dans Société
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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 15:46

Seulement à peine une année après la sortie de son premier album sort « Easy action » d’Alice Cooper.
Nous sommes en 1971 et l’entrée en matière de « Mr and Mrs Misdemeanor » se fait plutôt timide malgré la voix rauque d’Alice, « Shoe salesman » qui lui emboit le pa versant plutôt dans la pop éthérée.
Plus d’audace, d’agressivité et surtout un son de guitare plus lourd dans « Still no air » puis une ballade psychédélique haute en couleurs du plus bel effet « Below your means » montrant le talent de la paire guitaristique Michael Bruce/Glen Buxton.
L’intensité monte ensuite de plusieurs crans sur « Returns of the spiders » authentique morceau de hard rock avant de redescendre vers la vallée plus calme de « Laughing at me » paisible ballade doucereuse avec toujours des parties de guitares ciselées.
On se régale sur « Refrigerator heaven » vif et inspiré puis retrouve le coté plus pop mélodique de la musique du groupe avec « Beautiful fly away » avant un « Lay down and die, goodbye » aussi délirant que plaisant truffé de bruitages étranges.
En conclusion , « Easy action » est plutôt une bonne surprise compte tenu de son âge vénérable et délivre un rock hard psyché teinté de pop des plus intéressants.
Très inspiré, Alice Cooper lâche la bride à sa créativité et laisse la part belle aux guitares, remarquables de qualité ici sur les parties instrumentales très réussies.
Même si on est loin du hard dark et violent de la suite, ce second album excentrique et brillant se laisse déguster sans modération !

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Published by Seth - dans Hard Rock
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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 15:04

On reste dans la même thématique difficile avec « Des hommes et des dieux » encore un film français plébiscité aux Césars, de Xavier Beauvois.

Sorti en 2010, « Des hommes et des dieux » est une adaptation du destin tragique des moines de Tibhrine en pleine guerre civile algérienne au milieu des années 90.

Etablis depuis trois dans un monastère d’une région montagneuse, six moines dirigés par frère Christian (Lambert Wilson) vivent de prières, d’auto suffisance et participent aux soins de la population par l’intermédiaire de frère Luc (Michael Lonsdale) médecin.

La cohabitation avec la population musulmane se passe bien, le médecin Nouredine (Abdelafid Metalsi) et Rabbia (Sabrina Ouazani) faisant même partie quasi quotidienne du monastère.

Mais la violence de la guerre finit par rattraper les moines, menacés de mort comme tous les étrangers par les djihadistes qui infestent la région.

Assez noblement Christian refuse a protection de l’armée mais refuse également de partir ce qui irrite Omar (Abdallah Moundy) le maire.

La nuit de Noel, les djihadistes en quête de médicaments pour un blessé font irruption dans le monastère mais Christian et Luc leur tiennent tête assez fermement pour les repousser.

Mieux que cela, leur chef Ali Fattya (Farid Larbi) décide de placer le monastère sous sa protection.

Pourtant un intense débat éclate au sein de la petite communauté notamment auprès de Christophe (Olivier Rabourdin) le plus jeune des moines qui envahi par la peur, souhaite quitter les lieux pour sauver sa vie.

Christian discute longuement avec lui et parvient à le convaincre de rester car leur vie a déjà été prise par Dieu et de manière plus pragmatique leur place est auprès des populations également opprimées par les terroristes.

Lorsqu’Ali Fattya, grièvement blessé est retrouvé mort par l’Armée après avoir été soigné au monastère, les moines se retrouvent dans le collimateur du colonel (Abdellah Chakiri) menant les opérations de luttes contre les djihadistes.

Mais ils tiennent bon, repoussant encore les limites de leur peur par la prière.

Malgré la présence du frère Célestin (Philippe Laudenbach) un moine nouvellement arrivé, l’inévitable arrive et les moines sont enlevés l’hiver, en pleine nuit.

Christian laisse un testament affermissant sa position et marquant son détachement avec le monde terrestre.

En conclusion, traitant d’un sujet délicat et complexe « Des hommes et des dieux » montrent le puissance de l’engagement spirituel de certains hommes, notamment les chrétiens à œuvrer à leur mission qu’il place au dessus de tout, y compris leur propre existence.

Acceptant les risques et la mort avec détachement, les moines courent donc vers un destin inéluctable même si on peut rester sceptique sur la nécessité de ce sacrifice, isolés et vulnérables dans une terre d’Islam, par nature assez peu tolérante envers les autres religions.

Outre le fond, certes intéressant et la prestation remarquable de Lambert « beau gosse » Wilson, « Des hommes et des dieux » est marqué par une réalisation lente, froide et austère, ainsi que par de longues séances de médiation/prière qui le rendent cinématographiquement extrêmement pénible.

Dubitatif donc devant ce succès et sur l’intérêt profond de valoriser cette démarche de victime expiatoire jusqu’auboutiste livrée à la sauvagerie d’hommes s’embarrassant de moins de principes !

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 17:49

Cinéma étranger, Malien plus exactement avec « Timbuktu » d’Abderrahmane Sissoko qui sorti décrocha de nombreux prix et fut auréolé de 5 césars.
Sorti en 2014, « Timbuktu » raconte la prise de contrôle de la ville par une milice islamiste pratiquant la charia pure et dure.
Kidane (Ibrahim Ahmed) un éleveur bovin touareg se refuse de quitter son emplacement habituel et continue sa vie paisible même si femme Satima (Toulou Kiki) fait l’objet de visites de plus en plus insistantes d’Abdelkrim (Abel Jafri) l’un des leaders arabes du groupe composé d’une mosaïque de combattants étrangers, notamment français ayant tourné le dos à l’Occident.
Si l’iman (Abel Mahmoud Cherif) tente courageusement de faire jouer son prestige pour entraver la montée en puissance des djihadistes commandés par Abou Jafaar (Damien Ndje), ceci ne suffit pas à instaurer progressivement leurs lois : obligation aux femmes de se couvrir y compris mains et pieds, interdiction de jouer au football et d’écouter de la musique…
Les arrestations se multiplient et aboutissent à des condamnations toujours plus sévères : coups de fouets et même lapidation pour les adultères.
Un jour le destin de Kidane bascule lorsque Amadou (Omar Haidara) le pêcheur tue sa vache préférée GPS qui s’était emmêlée dans ses filets.
Furieux, Kidane s’en va régler ses comptes et se bat avec le pécheur.
Après une lutte confuse, Kidane le tue à l’aide d’un pistolet.
Arrêté par les djihadistes, il est jugé selon les principes de la charia et ne pouvant ni payer le tribu exorbitant qu’on lui réclame ni se faire pardonner de la famille de sa victime est condamné à mort.
Kidane accueille dignement la sentence, son seul regret étant de ne pas pouvoir revoir sa fille adorée Toya (Layla Walet Mohamed).
Avant de mourir, un raid à moto lui permet de voir une dernière fois Satima qui se jetant dans ses bras provoque leur mort à tous les deux.
Seule, Toya court dans le désert pour échapper aux djihadistes.
En conclusion, film original traitant d‘un sujet brulant de l‘actualité, « Timbuktu » est surtout remarquable par sa patiente construction et sa lenteur, similaire au rythme de vie des habitants du désert malien.
Le processus de domination est brillamment décortiqué tout comme la résistance des habitants.
La tragédie est présente mais à mon sens trop lourdement appuyée…
Outre sa mollesse, « Timbuktu » pêche pour moi par quelques personnages et scènes assez inexplicables : tel ce plan d’un blanc emmené dans le désert et traité comme un otage mais avec un certain respect par les djihadistes ou Zabou, cette illuminée mystique étrangement laissée en paix par les islamistes…
La fin laisse également le beau rôle aux forces fascisantes qui ont gagné puisque asservi la ville et tué ou emprisonné les résistants.
Ce triomphe fataliste du Mal représenté par quelques barbus armés de vieilles pétoires, laisse donc un gout amer dans la bouche et confère au film un aspect trop geignard à mon sens.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 15:26

Plébiscité par la critique française, « Un long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet sort en 2004.
Adapté d’un roman de Sébastien Japrisot, « Un long dimanche de fiançailles » a pour cadre les tranchées de la Première guerre mondiale dans lesquelles cinq hommes qualifiés de mutins sont condamnés à mort.
On compte parmi ses pauvres diables exilés dans la Somme, un tout jeune Breton Manech Langonnet (Gaspard Ulliel), Notre-Dame (Clovis Cornillac) un robuste paysan de la Dordogne, Bastoche (Jérôme Kircher) un menuisier parisien, un criminel corse nommé Ange Bassignano (Dominique Bettenfeld) et un fondeur parisien appelé Six-sous (Denis Lavant).
Laissés dans un no man’s land entre lignes allemandes et françaises pour soit mourir de faim soit des combats, les cinq gaillards qui se sont mutilés volontairement ou non pour échapper au combat, sont laissés pour morts lorsque la guerre s’achève mais Mathilde (Audry Tatou) l’amoureuse de Manech refuse de croire à la mort de son bien aimé.
Tout le film s’articule donc autour de la quête obsessionnelle de cette jeune bretonne orpheline atteinte de polio, qui va engager un détective privé appelé Germain Pire (Ticky Holgado) pour retrouver la trace de Manech.
On alterne donc flash-backs de ce qui s’est réellement passé dans la Somme, moments intimes de la vie des cinq hommes avant la Guerre et pérégrinations du pittoresque détective.
Le sergent Esperanza (Jean-Pierre Becker) qui a conduit les hommes à la mort est la première pièce du puzzle mais il apparait rapidement que Tina Lombardi (Marion Cotillard) une prostituée protégée d’Ange, est une des clés de l’énigme puisqu’elle poursuit aussi le même but que Mathilde dans le but cette fois de se venger des assassins de son amant.
Entre fausses pistes et reconstitution laborieuse, la rencontre avec Tina condamnée à mort pour avoir tué le commandant ayant donné l’ordre (Jean-Pierre Dreyfus) et le tueur de son mari (François Levantal) est à ce titre décisive toute comme le sera celle avec Célestin Poux (Albert Dupontel) compagnon de tranchées des cinq, qui lui confirmera l’existence de la survie d’un homme, Notre-Dame miraculeusement sauvé de la mort et portant un camarade pouvant correspondre à la description de Manech.
Mathilde rencontre donc Notre-Dame vivant reclus dans une ferme isolée et connait donc la vérité du destin de Manech, ayant échappé miraculeusement à l’attaque d’un avion allemand finalement abattu, puis à un bombardement terrible notamment grâce à Notre-Dame dont l’instinct de survie compta pour deux.
La quête s’achève et Manech qui se fait discret également est lui aussi finalement retrouvé dans un monastère reculé.
En conclusion, auréolé de cinq césars, « Un long dimanche de fiançailles » pêche par sa longueur et sa lenteur, que ne saurait tout à fait compenser la beauté formelle des images, pour une fois plutôt sages quand on connait la folie créatrice de Jeunet.
Film à gros budget truffé de stars françaises avec en prime Jodie Foster dans un rôle sans intérêt, « Un long dimanche de fiançailles » n’est donc pour au mois au final qu’une belle œuvre un peu ennuyeuse brodant autour d’une histoire d’amour pour midinettes…

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 14:42

En 2016 en pleine fièvre des Jeux Olympiques sort « Je suis Rio » chez Anacaona, recueil de vingt cinq nouvelles d’auteurs brésiliens contemporains parlant de la « cidade maravilhosa » du Brésil.
Dans la première d’entre elles, Claudia Tajes prend comme angle d’approche le don d’une vieille casserole abimée d’une riche bourgeoise du quartier de Leblon à sa femme de ménage pour souligner la différence entre classes sociales, puis Bartolomeu Jr relate brillamment une dispute dans un bus un jour de canicule en expliquant un jeu tragico-comique entre la contrôleuse, son mari, son amant le conducteur du bus et un ancien militaire révulsé par le changement au point de vouloir sortir une arme.
Dans « Maria », Conceicão Evaristo raconte sans doute l’histoire la plus poignante du recueil avec une femme noire rencontrant son ex mari et père de son enfant dans un bus, se faisant ensuite lyncher par la foule après que celui-ci ait braqué ce meme bus…
Le très rebelle Ferrez prend position pour les favelados dans trois courtes nouvelles, l’une se mettant à la place d’un braqueur, l’autre de deux gosses rudoyés par des policiers puis la dernière d’un modeste travailleur également humilié.
Point de vue décalé d’André Diniz qui en bandes dessinées avoue détester sa ville natale : sa chaleur écrasante, son chaos et sa violence endémiques au point de l’avoir quittée pour vivre ailleurs à São Paulo puis au Portugal.
Texte magnifique de Paula Anacaona elle-même autour de la carioca moderne se devant de faire face sur tous les fronts, puis formidable de Lucia Bettencourt qui relate avec intelligence la désillusion d’une touriste entre deux âges rêvant de perdre la tête au Carnaval, pour néanmoins finir avec le réceptionniste de son hôtel tout compte fait, plutôt à son gout.
Bettencourt fera également preuve de finesse dans un second texte, au demeurant moins puissant qui met en lumière le plan drague de certains hommes se faisant passer pour des intellectuels.
Carnaval toujours avec Duda Tajes qui raconte son incroyable expérience de quelques jours avec une prostituée métisse qui voulait faire « autre chose » pendant ses vacances.
Les textes suivant m’ont moins enchanté, Marcelino Freire tout en suggestion mêlant étroitement tourisme et criminalité, Rodrigo Santos rendant hommage en voisin de São Gonzalo à ce Rio pas si lointain au cours d’une traversée de la baie de Guanabara avec en toile de fond une demande en mariage inaboutie, mais le pire étant le style horriblement urbain de la jeune bloggeuse Jessica Oliveira.
Peu d’intérêt également malgré le côté rapporteur social de Jesse Andarilho pour un championnat de foot entre trafiquants des favelas de Rio, ni même pour les matchs du dimanche, mis à l’honneur par Victor Escobar.
Histoires plus personnelles mais ô combien difficiles que celle de Raquel Oliveira qui à 44 ans décide de reprendre ses études pour devenir institutrice sous les quolibets de ses voisins favelados puis de Joanna Ribeiro qui met en plein dans le mille social avec une amourette entre la fille intello d’une femme de ménage et celle de sa patronne, une bourgeoise de Botafogo.
Misère toujours avec une histoire de Sans terre découvrant la mer de Geovani Martins, la vie brisée d’un gamin des rues narrée par Marco Teles, celle d’un gardien de parking poivrot par Helena Parente Cunha.
Dans les deux derniers textes, le sarau sorte de slam des favelas, est mis à l’honneur dans la bande dessinée d’Alexandre de Maio atour du personnage du rappeur-slammeur Dudu de la ville Baixa Fluminense dans l‘état de Rio,  puis chez Yolanda Soares qui raconte comment vaincre sa peur du téléphérique pour se rendre dans la favela pacifiée d’Alemão afin d’assister à une performance artistique.
En conclusion, forcément inégal, « Je suis Rio » est un recueil passionnant d’une incroyable vitalité et créativité.
Prenant le parti d’une approche moderniste et réaliste de Rio loin des clichés touristiques, « Je suis Rio » tape souvent juste lorsqu’il évoque cette ville à deux vitesses entre les riches des quartiers sud de la ville et leurs employés des favelas devant souvent prendre deux bus+un métro pour arriver jusqu’à eux.
Ce sont assurément ces récits de situations de la vie de tous les jours, celles des employés galérant dans des transports publics déficients pour survivre qui m’ont le plus intéressés.
Mais il semble que malgré la « pacification » de certaines favelas du centre ville à l’approche des grands évènements touristiques (Coupe du monde, Jeux Olympiques), la violence fasse partie intégrale de la capitale carioca, aussi les récits de gamins des rues, de personnages misérables ou de petits voyous abondent, évoquant l’aspect le plus dure de la réalité brésilienne.
Enfin, j’ai été je l’avoue assez peu sensible au coté « rap/slam/revendicatif » de l’ouvrage comme je le suis du reste assez peu à cet aspect en France…
Reste un ouvrage très intéressant, souvent émouvant ou passionnant, à mon sens essentiel pour comprendre le Rio de Janeiro d’aujourd’hui.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 15:07

Edité en 2016 chez Taurnada, « Haig, le secret de Monts Rouges » est un roman de Thierry Poncet inspiré d’un personnage crée avec l’écrivain-aventurier Cizia Zykë.
« Haig, le secret de Monts Rouges » met en scène Haig, un baroudeur européen faisant du commerce dans les années 90 au Cambodge avec les compagnies forestières établies le long de la rivière Lon-Stung, l’un des affluents du Mékong.
Pour accéder à ce monde difficile où la main d’œuvre locale par nature misérable est massivement exploitée pour travailler dans des zones où seule règne la loi du plus fort, Haig achète une vielle péniche de l’armée américaine qu’il nomme la Marie-Barjo et embarque un stock considérable de pièces de rechanges mécaniques, outils, nourriture et alcools pour le ravitaillement des camps de travailleurs qui pullulent dans la région.
Avant de prendre le départ sur le fleuve avec son équipage composé de Bozo, un fantasque banlieusard parisien séropositif, Kim un ex militant écologiste cambodgien reconverti en commerçant et Bang un colosse débonnaire ne se séparant jamais de son petit chien, Haig reçoit la visite d’un vieil homme d’origine espagnole qui supplie pour l’embarquer.
Méfiant de nature, il refuse et a la désagréable surprise de retrouver l’homme égorgé le lendemain...
Il part alors sans trop s’attarder par peur des difficultés avec les autorités locales, mais la situation se complique plus tard lorsque Marisol, une belle jeune femme, elle aussi marquée par un fort accent espagnol survient avec la même demande cette fois appuyée par d’autres atouts notamment physiques et financiers.
Soumis à autant de détermination, Haig finit par céder et embarque la belle.
Commence alors un long et périlleux voyage marqué par l’empreinte de massacres commis par un homme ou un être (?) gigantesque aimant à torturer cruellement ses victimes.
Entre légende tenace, passé hanté par la guerre, forestiers, mercenaires et trafiquants, Haig va devoir jouer serré pour sortir vivant de ce qui sera peut être son dernier voyage à la poursuite d’un trésor oublié au cœur des Monts Rouges, dernier repère des redoutés Khmers rouges…
En conclusion, « Haig, le secret de Monts Rouges » est un roman typique d’aventures au fort goût de « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad, le nihilisme introspectif en moins…
Poncet plante des personnages assez caricaturaux de baroudeurs ultra virils, de « locaux » peu fiables et de jeunes femmes aussi sexy que mystérieuses à la recherche d’un trésor enfoui dans une zone mortelle.
Rien de bien nouveau donc sous la moiteur étouffante de la jungle tropicale mais une narration vivante, musclée qui vous accroche et vous fait passer un moment exotique plaisant, ce qui après tout est bien déjà assez !

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Published by Seth - dans Aventure
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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 19:04

Adapté d’un roman de Roger Vercel, « Capitaine Conan » est l’œuvre de Bertrand Tavernier qui couronna Philippe Torreton, auréolé d’un césar après la sortie du film en 1996, soit il y a plus de vingt ans déjà.
« Capitaine Conan » a pour cadre la fin de la Première guerre mondiale avec un théâtre des opérations oubliés, les Balkans en 1918 ou l’armée française lutte farouchement avec ses alliés pour faire plier les Bulgares alliés des Allemands.
Dans cette guerre de tranchées, un homme, le capitaine Conan (Philippe Torreton) s’illustre avec son commando par des actions éclairs dans les lignes ennemies ou il massacre souvent à l’arme blanche afin de créer une sensation de peur dans la camps adverse.
Insubordonné et bravache, Conan se lie d’amitié avec le lieutenant Norbert (Samuel Le Bihan) un homme posé et réfléchi qui le prend en sympathie.
Mais lorsque l’armistice est signée, la troupe est alors déplacée vers la Roumanie là ou la situation se détériore rapidement.
Démobilisés au sein d’une attente qu’ils ne comprennent plus, les hommes de Conan commettent des exactions : bagarres, vols avec violence qui leur attirent peu à peu les foudres de la hiérarchie militaire.
Dès lors des hommes comme le Général Pitard de Lauzier (Claude Rich) réclament alors des procès exemplaires pour ceux qui se comportent mal et Norbert est alors nommé contre son gré défenseur alors qu‘il n‘a aucune compétence juridique…
Fort de ses succès en tant que défenseur, Norbert passe ensuite accusateur au grand damne de Conan qui sait ses hommes compromis dans une vilaine affaire de braquage ayant causé la mort de deux femmes, civiles et étrangères de surcroit.
Ulcéré par l’attitude des coupables, Norbert s’acquitte de sa tache du mieux qu’il peut pour les coincer mais s’arrange pour leur aménager une peine moindre, 3 ans réduits à 1.
Une autre affaire délicate l’occupe ensuite, la prétendue désertion du soldat Jean Erlane (Pierre Val) méprisé par son supérieur le lieutenant de Scève (Bernard Le Coq) lui aussi d’ascendance noble et qui veut pour cette raison le faire passer par les armes.
Aidé par Conan qui croit en l‘innocence de Erlane, Norbert sollicite l’aide du Père Dubreuil (Pierre Bosset) en l’emmenant sur la ligne de front avant de l’aider à forger des arguments solides pour défendre le prévenu.
Après une féroce empoignade lors du procès d’Erlane ou de Scève obtient une condamnation, la compagnie est de nouveau mutée en Hongrie pour surveiller depuis le Danube l’avancée des troupes bolchéviques.
Sonné par cet échec et par l’annonce douloureuse de la condamnation à la mère d’Erlane (Catherine Rich), Norbert demande a être démis de ses fonctions et réintègre lui aussi à présent les troupes de combat.
Sur le terrain, une nouvelle fois Conan se distingue par son sens pratique et tactique en faisant disposer les mitrailleuses là dans une zone marécageuse ou les Russes attaquent.
Il s’arrange pour emmener ses hommes, pour la plupart mutins à l’assaut en y incluant Erlane qui y trouve une mort héroïque réparatrice.
Le film se termine sur un ultime face à face entre Norbert Conan, revenu vieilli et dépressif à la vie civile en Bretagne.
En conclusion, « Capitaine Conan » est un film puissant narrant une histoire d’amitié entre deux hommes, l’un archétype de la virilité guerrière même et l’autre de la raison et du droit.
Derrière ce face à face ou finalement Le Bihan se montre à mon sens supérieur car plus subtil au rugueux Torreton, on trouve une formidable reconstitution des batailles de l’époque dans les montagnes de l’Est de l’Europe.
Français et classique donc jusqu’au bout des ongles, ce « Capitaine Conan » mérite son succès certes limité au niveau hexagonal.

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Published by Seth - dans Histoire Guerre
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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 12:41

Poursuivant la découverte des aventures de Mike Horn, j’ai voulu lire « Vouloir toucher les étoiles ».
Sorti récemment en 2015, « Vouloir toucher les étoiles » est un récit alternant autobiographie de l’aventurier et nouveaux exploits autour de l’ascension en 2007 sans oxygène et sans cordée, de quatre des plus hauts sommets du monde dans Karakoram : les deux Gasherbrum dit G1 et G2, le Broad Peak et le fameux K2.
Expérimenté en montagne andines, Horn n’avait malgré tout jamais gravi de sommets à plus de 6000 mètres, ce qui demeure l’ascension la plus sélective et aussi la plus dangereuse.
Avec ses compagnons alpinistes Jean Troillet, Fred Roux et Olivier Roduit, il y raconte la mort qui guette sous la forme d’avalanches meurtrières et imprévisibles, de fissures traitresses prêtent à se dérober mais plus surement encore du mal de l’altitude qui à plus de 7000 mètres, paralyse l’activité cérébrale, annihile tout force et pire fait perdre toute notion de cohérence.
A chacune des ascensions ou presque tombent des alpinistes chevronnés victimes de leur orgueil ou tout simplement de leur manque de chance, à croire que la montagne prélève à chaque fois son du.
Entre deux exploits, Horn se raconte : son enfance en Afrique du Sud avec une notion toute relative de l‘Apartheid, déjà habitée par une farouche envie de liberté et de découverte, la mort traumatique de son père, fauché prématurément à 43 ans d’un cancer foudroyant, son engagement précoce dans les Forces Spéciales d‘Afrique du Sud, son expérience de la guerre et donc de la mort, contre la Namibie voisine avant de rentrer dans le rang un court instant avec un diplôme universitaire et un confortable job dans l’import-export agroalimentaire avant de tout plaquer pour vivre une vie plus excitante avec un exil sans un sous en poche en Suisse ou il connaitra une vie précaire pour finalement trouver l’amour avec sa femme Cathy et un emploi de moniteur spécialisé dans la descente de rivière en hydro speed.
S’illustrant dans cette discipline par des exploits toujours plus audacieux, Horn finira par attirer l’attention de la société Sector qui le sponsorisera et lui permettra de changer de vie en vivant réellement de sa passion.
Exploit après exploit, Horn connaitra une notoriété toujours grandissante avec toujours à ses cotés, la fidèle Cathy, son point d’ancrage dans le monde, qui lui donnera deux filles Annika et Jessica.
Aventurier infatigable, il explorera le monde avec une appétence particulière pour l’Amérique du sud, l’Océan et le Grand Nord.
Les pires moments, Horn les raconte lorsque lui-même en grande difficulté sur les hauts sommets, il devra porter secours à des alpinistes en situation encore plus critique ou survivre d’extrême justesse à un attentat sanglant des Talibans au Pakistan.
Il connaitra aussi l’échec à des multiples reprises face au redoutable K2, second sommet plus haut du monde.
Mais le moment le plus émouvant du livre reste le récit du combat qu’a livré Cathy contre un tenace cancer du sein, qui finira malgré tous ses efforts à l’emporter en 2015.
Très marqué par la perte de sa vie, Horn continuera tout de même en champion, transférant son amour à ses filles et estimant que l’esprit de sa femme continuera de l’accompagner à travers ses périples.
L’éducation des jeunes pour préserver la Nature, constitue également une de ses grandes préoccupations.
En conclusion, « Vouloir toucher les étoiles » est sans nul doute le récit d’aventures le plus passionnant qui soit car le plus personnel.
Au-delà des exploits sportifs à haute altitude, Horn s’y dévoile à cœur ouvert avec beaucoup de courage et de sincérité.
Il montre également que tout surhomme qu’il soit, il n’en demeure pas moins modeste car vulnérable au destin et à la maladie, qui peut lui rappeler à tout instant sa petitesse.
Mais conscient de sa fragilité, Horn continue d’avancer et de se réaliser en faisant à présent office de passer entre la beauté de la Nature qu’il a pu si souvent observer et les jeunes générations qui il l’estime devront prendre le relai pour la préserver.
Un modèle donc d’esprit d’entreprise et de sagesse que cet homme de 50 ans à présent !

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Published by Seth - dans Aventure
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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 20:02

Sorti en 1996 « Fargo » est l’un des premiers films de Joël et Ethan Cohen inspiré d’une histoire (malheureusement) vraie.
On y suit à Brainerd, un trou paumé du Minnesota enseveli sous une neige épaisse,  les sombres machinations de Jerry Lundegaard (William H Macy) un minable vendeur de voitures endetté jusqu’au cou qui décide de payer deux voyous Carl (Steve Buscemi) et Gaear (Peter Stormare)  pour simuler l’enlèvement de sa femme Jean (Kristin Rudrud).
Jerry espère en échange faire payer une rançon de 1 million de dollars à son beau père et patron Wade Gustafson (Harve Presnell) et son associé Stan Grossman (Larry Brandenburg).
Très faux cul, il fournit une voiture aux voyous et part normalement travailler tandis que les deux compères enlèvent Jean, non sans quelques difficultés.
Mais sur le chemin de leur planque, les choses se gâtent et le très brutal Gaear abat un policier trop curieux ainsi qu’un couple témoin du meurtre.
Inquiet, le duo contacte Jerry en demandant le versement immédiat des 80 000 dollars.
La police locale est mise sur l’affaire et Marge Gunderson (Frances Mc Dormand), une policière enceinte mène l’enquête avec calme et détermination.
Peu habitué à ce type de situation, Jerry ment pourtant effrontément à Wade et Stan, réussissant à leur faire gober l’histoire de l’enlèvement, l’impossibilité de contacter la police et la nécessité de lui confier la rançon à payer pour sauver sa fille.
Alors que Marge remonte lentement la piste des deux tueurs, met la pression sur Shep Proudfoot (Steeve Reevis) le mécanicien indien ayant servi d’intermédiaire dans l’affaire et interroge Jerry lui-même, du reste de plus en plus mal à l’aise.
La situation dégénère franchement quand Wade se montre intraitable sur le fait de livrer lui-même la rançon mais Carl n’accepte par la transaction sans voir sa fille vivante et fait feu, le blessant mortellement.
Avant de mourir, Wade blesse lui-même grièvement Carl à la mâchoire.
Mal en point, le voyou se dispute avec Gaear qui a encore une fois disjoncté et tué Jean sans attendre de toucher l’argent.
La dispute autour du million de dollar qui excède de loin la somme prévue de 80 000 qui leur était due, tourne à l’affrontement et à la mort de Carl.
Alors que Gaear s’apprête à se débarrasser du corps de son ami, Frances met la main sur leur planque et l’abat alors qu’il tentait de fuir en courant dans la neige.
Jerry est ensuite pris alors qu’il tentait maladroitement de fuir laissant Frances et son mari à la préparation de leur heureux évènement.
En conclusion, « Fargo » est un film bien étrange, évoluant dans une atmosphère sombre et glaciale de l’Amérique des paumés dont personne ne parle.
Malgré son atmosphère déprimante, la bêtise et la violence de ses personnages, « Fargo » est bien réalisé et bien interprété, notamment par William H Macy, excellent en salopard travesti sous les traits d’un brave vendeur de caisses…
Cela ne suffit pourtant pas à explique son succès pour moi largement surestimé !

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Published by Seth - dans Policier
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