Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 19:45
All is lost (Jeffrey C Chandor)

Cinéma à présent avec une œuvre étrange, « All is lost » de Jeffrey C Chandor.
Sorti en 2013, « All is lost » est un film quasi muet dans lequel un navigateur solitaire (Robert Redford), se réveille un matin avec la coque de son catamaran percée par un conteneur dérivant.
Rapidement l’eau pénètre par la brèche et l’homme perdu au milieu de l’Océan indien, se voit obligé de s’activer pour rétablir la situation.
Il parvient à dégager l’énorme masse de métal en utilisant une ancre flottante et à improviser une réparation de fortune permettant de colmater la brèche.
Après avoir péniblement écopé en activant manuellement une pompe d’évacuation, l’homme parvient à stabiliser la situation mais sa situation avec une radio et un GPS hors d’usage reste précaire.
Pire que cela, il est pris dans une violente tempête qui fait chavirer son bateau, manque de le tuer en l’entrainant sous la mer et le pousse à évacuer dans son radeau de sauvetage.
Le navigateur survit à la tempête mais constate que son navire est trop endommagé pour être réutilisé.
Il parvient à revenir à bord, à récupérer des vivres, un sextant et des cartes maritimes, à soigner une vilaine coupure au front et se résout à finalement se laisser dériver dans son radeau pneumatique.
Un petit espoir subsiste lorsque calculant sa position au sextant il comprend qu’il dérive jusqu’à une route maritime.
L’homme tient bon, survit à une nouvelle bascule de son embarcation qui lui fait perdre toutes ses provisions et parvient à produire de l’eau potable par condensation autour d’une bâche en plastique.
Affaibli et brulé par le soleil, l’homme croise plusieurs cargo qui l’ignorent, ne le voyant pas de toute leur hauteur et la puissance de leurs machines.
La présence de requins évoluant sous son embarcations et lui chipant à l’occasion des poissons péchés, ajoute à son angoisse.
Sorti de la route maritime, l’homme voit un dernier cargo et désespéré allume un grand feu qui finit par détruire son radeau.
Alors qu’il se laisse glisser dans les profondeurs de la mort, il perçoit la lumière d’une embarcation et rassemble ses dernières forces pour remonter à la surface.
En conclusion, « All is lost » est un film atypique, dépouillé à l’extrême, narrant de manière sobrissime la lutte pour la survie d’un homme plus tout jeune face à une nature hostile et souveraine.
On ne peut que saluer la performance de Redford, la ténacité de son personnage qui parvient jusqu’au bout à enclencher des mécanismes de survie qui le préservent avec une ténacité impressionnante d’un découragement ou d’une panique mortels.
Admiration et angoisse sont les deux sentiments qui prédominent au visionnage de ce film particulièrement original et marquant.

All is lost (Jeffrey C Chandor)
Repost 0
Published by Seth - dans Aventure
commenter cet article
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 06:50
Fatal (Michael Youn)

Devenu ultra populaire au début des années 2000 à la faveur d’une émission matinale faite dans un esprit « radio libre », Michael Youn capitalise sur son succès pour devenir acteur et réalisateur pour la première fois avec « Fatal ».
Sorti en 2010, « Fatal » raconte la descente aux enfers de Fatal bazooka (Michael Youn) gangsta rap bling bling à la française, qui concurrencé par l’arrivée d’un rival nommé Chris Prolls (Stéphane Rousseau), adepte d’un courant électro-bio, se voulant proche de la nature, va perdre peu à peu son crédit.
Vivant dans la démesure dans une maison digne de Hugues Hefner, conduisant des pick ups surélevés, Fatal qui a construit son succès sur une musique vulgaire, beauf et misogyne a du mal à mettre son égo de coté et tombe grossièrement dans les pièges que lui tend Prolls.
Une première fois ridiculisé dans une pathétique tentative de communication autour d’un enfant bulle, Fatal perd définitivement la face lors d’une soirée récompensant les meilleurs musiciens de l’année ou Prolls rafle tous les prix, révèle ses origines savoyardes et non du ghetto, ce qui le met en rage et le pousse à venir s’exhiber nu sur scène.
Lorsqu’il se réveille après un coma éthylique, Fatal apprend que son manager Tony Tarba (Jean Benguigui) le licencie, que sa compagne potiche Athéna Novotel (Isabelle Funaro) sosie de Parie Hilton, le quitte et ainsi que ses amis les plus proches son manager Bruce Keita (Fabrice Eboué), son ingénieur du son Pedro Summer (Vincent Desagnat) et son garde du corps à la sexualité trouble Hervé Willard (Jérôme Le banner l’ex champion de kickboxing).
Ruiné et brisé, il est expulsé de chez lui et erre seul dans les rues, se clochardisant.
Après une ultime tentative de publicité pour les canapés qui avorte, Fatal quitte la ville, retournant en auto stop dans sa Savoie natale.
Sa mère Milka (Catherine Allegret) l’acceuille dans le chalet familial et lui prodigue ses encouragements.
Redevenu Robert Lafondu, l’ex rappeur retrouve une vie simple dans les montagnes et s’improvise, non sans difficulté berger sous l’œil goguenard de son nouveau beau père chinois Boon Mae (Xiao Sun).
Il renoue également avec Heidi (Armelle) son ex amour de jeunesse qui comme sa mère finit par le motiver pour faire ce qu’il fait de mieux : briller !
Regonflé à bloc après avoir récupéré au péril de sa vie une fleur légendaire pour la famille Lafondu sur une montagne gardée par un bouc maléfique, Lafondu retrouve ses trois amis et repart vers la ville après avoir lancé un défi à Kris Prolls.
Le match est une battle diffusée en direct et Fatal malgré les nouveaux moyens de son rival qui a au passage raflé la vénale Athéna, finit par dominer son rival avec un son nouveau mélangeant hip hop hargneux et musique savoyarde.
Lors de l’ultime face à face, Prolls assène un cri suraigu à Fatal qui réplique par un son plus grave, dite de la fréquence sombre, qui a pour effet de donner aux gens l’envie de déféquer.
Prolls doit donc battre en retraite et la salle être évacuée tandis que Fatal triomphe…
En conclusion, sous des dehors d’une grande bouffonnade ou « Younerie » illustrant l’esprit provocateur et déjanté de son auteur, « Fatal » est un film plutôt habile, équilibré et surtout incroyablement divertissant.
Youn se laisse aller à sa folie débridée, critiquant les rappeurs du show business (on pense à Booba), les écolos faux culs et les blondes écervelées de la télé réalité (voir rubrique Paris Hilton).
Parfaite synthèse de l’esprit « Morning live » émission que j’ai beaucoup regardé au début des années 2000 lorsque je cherchais un travail, « Fatal » a donc tout pour séduire un public jeune et branché.
Le meilleur film de Michael Youn à ce jour ?

Fatal (Michael Youn)
Repost 0
Published by Seth - dans Humour
commenter cet article
26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 18:36
Joe Satriani Live (Joe Satriani)

Peut on encore présenter Joe Satriani, guitariste de hard rock légendaire qui depuis le milieu des années 80 enchantent les fans de guitare du monde entier ?
Sorti en 2006, « Joe Satriani Live ! » est le Cd d’un DVD enregistré en Californie à l’occasion de la tournée de l’album « Super colossal ».
Entouré de Jeff Campitelli (batterie); Dave Larue (basse) et Galen Hanson (guitare), le virtuose débute par « Flying in a blue dream » dont le célébrissime thème aérien enchante la foule.
Suivent ensuite « The extremist » plus quelconque malgré son harmonica en soutien, « Redshift riders » plus agressif dans ses riffs, le bien nommé « Cool # 9» qui renoue avec une certaine légèreté portée par la dextérité du maitre.
Difficile de ne pas trouver le temps long et bailler à l’écoute de « A cool new way » qui malgré quelques passages délicieusement planants s’étale sur dix longues minutes de délire solitaire.
Le tempo s’accélère sur « Satch boogie » qui lance « Super colossal » au thème principal très mélodieux mais quelque peu lassant sur la durée.
Satriani nous fait swinguer sur « Just like lightin’ » et surtout « Ice 9 » sur lequel il s’en donne à cœur joie, jouant enfin (un peu) avec son public jusqu’à alors plus que discret : absent.
On termine le premier disque avec « One robots dream », long morceau assez calme et monotone de huit minutes malgré l’habituelle surenchère de notes du guitariste.
Le second disque débute par « Ten words » agréable, doux et fluide comme une brise du matin, puis enchaine « The mystical potato head groove thing » qui s’étire laborieusement sur plus de sept minutes de gratouillage de corde stérile et « The meaning of love » qui passe à contrario mieux car plus dépouillé, souple et léger.
« Made of tears » constitue un bloc colossal de dix minutes parfait pour plonger en léthargie un public déjà particulièrement amorphe et il faut attendre « Circles » qui combine adroitement passages en toucher et explosions de décibels pour voir ses sens se réveiller.
Le toucher du maitre parle encore sur « Always with me, Always with you » véritable déclaration d’amour de presque dix minutes qui contraste avec la dynamique de « Surfing with the alien ».
Satriani provoque enfin l’interactivité du public avec « Crowd chant » qui ne dure que trois petites minutes (!) et conclue son méga show par « Summer song » interminable.
En conclusion, « Joe Satriani Live ! » m’a rappelé pourquoi je goute assez peu les albums de guitare qui restent pour moi affaires de techniciens.
Avec ces dix neuf titres lorgnant la plupart du temps plus vers les dix minutes interprétés avec une grande froideur, « Joe Satriani Live ! » demeure à mon sens assez inécoutable dans la durée, car fruit d’une individualité aussi brillante soit elle.
Pris dans son monde, Joe Satriani enchaine les morceaux et les notes, dessinant des structures sonores alambiquées qui souvent me lassent et qui lorsqu’elle glissent vers des formes plus éthérées ou statiques, me séduisent davantage.
Impossible donc pour moi quelle que soit la maestria du guitariste, de prendre du plaisir devant cet exercice qui me laisse complètement froid.

Joe Satriani Live (Joe Satriani)
Repost 0
Published by Seth - dans Rock
commenter cet article
26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 17:17
La charge héroique (John Ford)

Le classicisme absolu de John Fort avec « La charge héroïque ».
Sorti en 1949, « La charge héroïque » raconte en 1876, la dernière mission d’un vieux capitaine de cavalerie Nathan Cunning Brittles (John Wayne), chargé d’évacuer les femmes d’une garnison miliaire soumise à une révolte des indiens Cheyennes.
Homme d’âge mur, veuf, Brittles accepte à contre cœur la mission que lui confie son supérieur le Major Mac Allshard (George O‘Brien), et part avec sa femme Abby (Mildred Natwick) et sa nièce Olivia (Joanne Dru) pour traverser l’Ouest américain de Monument Valley (Arizona) jusqu’à une nouvelle garnison ou une diligence les évacuera.
Mais la jolie Olivia déchaine les passions des hommes et une rivalité éclate à chaque instant du trajet entre le lieutenant Flint Cohill (John Agar) et le sous lieutenant Ross Pennell (Harry Carey Jr) qui bien que d’un grade inférieur a les faveurs de la belle en raison de son origine fortunée.
Pour pacifier le climat, Nathan s’appuie sur le sergent Quicannon (Victor Mc Lagen) un colosse porté sur la bouteille dont la bonhomie a un effet apaisant.
Lorsque le groupe croise les premiers indiens, Nathan perd du temps en détour et envoie Cohill jusqu’à la garnison pour que la diligence les attendent.
En cours de route, le courageux lieutenant est pris à parti par des Cheyennes et ne doit la vie sauve qu’à un saut audacieux qui lui permet de semer ses poursuivants.
Lorsque Nathan arrive sur place, il trouve un camp dévasté et un Cohill qui lui relate impuissant le massacre commis par les Indiens, qui ont ayant volé les fusils du marchand Karl Rynders (Harry Woods) après l’avoir tué se sentent à présent en position de force.
Ayant échoué dans sa mission, Nathan rentre piteusement dans son camp de base et s’apprête à tristement quitter l’armée pour toujours.
Après que Quicannon complètement ivre est provoqué une énorme bagarre dans le bar de la garnison et rossé cinq hommes, Nathan reçoit des mains des ses hommes une montre en cadeau d’adieux.
Emu aux larmes, il quitte la garnison mais comprend en cours de route que les Indiens sont en passe d’attaquer.
Ayant encore quelques heures avant d’être considéré comme rendu à la vie civile, Nathan qui vient d’être finalement promu lieutenant colonel, tente alors de parlementer sans succès avec le chef indien Chemise Rouge (Noble Johnson) et déclenche ensuite une manœuvre audacieuse provoquant la fuite des chevaux indiens afin de les pousser à se retirer à pied.
En guise de récompense, il est ensuite invité à une fête en son honneur et constate non sans amusement la situation toujours ambigüe entre Olivia, Cohill et Pennell…
En conclusion, « La charge héroïque » est un western antique aux personnages assez simples et caricaturaux, desservi principalement par une intrigue mollassonne et surtout une absence criante de spectacle avec la non bataille entre Indiens et Cavalerie américaine qui fait que le spectateur reste constamment sur sa faim.
Malgré le charisme de Wayne, parfait en vieux militaire nostalgique et la sympathie de la brute Mc Lagen, le résultat demeure peu attractif, la seule raison pour moi d’accorder un coup d’œil au film restant les splendides paysages de Monument Valley, magnifiés par la grâce du technicolor.
A réserver donc aux plus mordus du Western.

La charge héroique (John Ford)
Repost 0
Published by Seth - dans Western
commenter cet article
25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 10:38
Un quinze août à Paris (Céline Curiol)

Toujours la même thématique avec « Un quinze août à Paris » de Céline Curiol.

Sorti en 2014, « Un quinze août à Paris » est un récit autobiographique qu’on imagine cathartique d’une jeune femme ayant souffert en 2009 d’une dépression de plusieurs mois avant de refaire peu à peu surface.

De manière assez étonnante, Curiol place rapidement son témoignage sous l’angle d’une étude ultra référencée se voulant analytique pour décortiquer les mécanismes profonds d’une maladie intérieure encore mal comprise.

Frappée en plein mois d’août 2009, l’auteur relate tout d’abord une phase de déni visant à minimiser le mal et à vouloir s’en sortir seule, sans doute vis-à-vis de la pression sociale que provoque l’annonce de ce type de maladie.

Mais une succession de douleurs somatiques inhabituelles (mal à la poitrine, aux intestins, palpitations cardiaques) puis réactions parfois violentes comme vouloir descendre d’une voiture en marche, finissent par l’amener à voir la réalité en face et à consulter un psychiatre.

Le symptôme principal devient une immense lassitude, une pesanteur du corps et une perte d’intérêt général pour les choses du quotidien.

En proie à des profonds mécanismes internes, le déprimé sort progressivement de la vie et s’isole dans son mal être.

Ses conversations décousues et son comportement asocial finissent généralement par dérouter ses proches, qui le fuient assez rapidement de peur d’être eux même contaminés par quelque chose qui échappe à leur entendement.

Curiol dit pourtant avoir eu à cet instant de sa vie un besoin impérieux d’une aide venant de l’extérieur, une présence, une parole constituant un appui pour tenter de s’extirper de ce bourbier mental.

Mais livrée à elle-même dans un Paris déserté (y compris par les médecins !) au mois d’aout, elle s’enfonce seule dans son malaise enchainant les crises de paniques et les fantasmes de suicide pour y mettre brutalement un terme.

Après la solitude, le chapitre suivant est consacré au suicide, avec de multiples références comme « Martin Eden » de Jack London ou « Melancholia » de Lars Von Trier, « Le mythe de Sisyphe, » d’Albert Camus ou d’autres plus scientifiques.

Curiol conteste le libre arbitre d’un sujet à se supprimer et préfère considérer un sujet dans un état de déséquilibre émotionnel, psychique, chimique tel que la décision qu’il prend n’est en rien le fruit de sa raison.

Est cité l’exemple de Edwin E Aldrin, l’un des premiers cosmonautes américains à aller sur la lune en 1969, qui sombra après son retour sur terre dans la dépression faute d’avoir trouvé un accomplissement à sa vie et se suicida.

La dépression semble toucher de manière plus prononcée les personnalités artistiques, comme ci le génie créateur devait s’accompagner d’une face sombre et maudite, constitué par certains comme un moteur (Ingmar Bergman) avant de devenir parfois un fardeau impossible à porter qui finit par anéantir son propriétaire.

Une fois avoir pris conscience de la réalité et la gravité de son mal, la route vers les anxiolytiques semblait inéluctable.

Ceux-ci aidèrent à trouver le sommeil, à apaiser le corps mais Curiol tout en reprenant des arguments scientifiques de Julia Kristeva, souligne leur probable insuffisance à soigner le mal à la racine, comme si la question ne résidait que dans un simple déséquilibre d’échanges chimiques.

Après avoir relaté un épisode désagréable ou son médecin ayant oublié avant de partir en vacance de renouveler sa prescriptions, l’auteur erre dans les hôpitaux publics du XVIII ième arrondissement essuyant refus sur refus et suspicions des médecins la considérant comme une toxicomane en manque, Curiol relate ses périodes d’arrêts de prise de médicaments, les effets secondaires qui en résultent (tremblements, pleurs convulsifs) avant finalement d’arriver en accord avec son médecin d’arrêter leur prise six mois après.

Par la suite, Curiol décrit le sentiment de perte de lien avec son corps et suppose que le rapport hiérarchique entre esprit et corps peut être revu, certaines mécanismes émotionnels pouvant s’enclencher directement et de manière automatique sans contrôle possible de l’esprit.

Cette approche, intéressante pourrait expliquer l’impossibilité pour un sujet de réduire la dépression par la seule force de sa volonté, puisqu’elle agirait sur des mécanismes plus enfouis ayant prises directement sur le corps, qui de ce fait se désolidarise de l’esprit.

Le sentiment d’échec personnel, de perte d’envie, de la notion du temps de sa continuité et donc du lien vers l’avenir, du repli continuel vers le passé provoquant une activité cérébrale importante mais parfaitement inutile et néfaste, puisque aboutissant à l’immobilité, sont ensuite décryptés.

Le déprimé parait également profondément handicapé par son incapacité à user de son imagination, faculté importante pour supporter un réel anonyme souvent décevant et anxiogène.

Mais Curiol parviendra peu à peu à remonter la pente, relatant l’effet bénéfique d’un voyage promotionnel au Costa Rica, ou à la faveur d’un bain de mer imprévu, elle sentit enfin son corps se réveiller sous l’action bénéfique du soleil et de la mer.

Le retour ses sensations s’accompagnera de celui du désir, indispensable pour entreprendre quelque chose, désir qui sera entretenu par le retour d’habitudes : marcher, travailler, routines aux vertus constructives et stabilisatrices sur l’esprit humain.

En guise de conclusion, Curiol voit dans le symptôme dépressif le résultat d’une perte de croyance en soi, ce qui explique à mon sens pourquoi les adeptes d’une religion sont généralement mieux protégés que les athées livrés à un libre arbitre parfois embarrassant car source de doutes et de fissurations.

La faculté à se raccrocher à des croyances fortes, ce qu’on appelle communément des « raisons de vivre » permettant d’envisager un futur et de mettre en œuvre des forces propulsives pour l’atteindre ou tout du moins se maintenir à flot, semble pour l’auteur un critère déterminant pour ne pas chuter au moindre événement déstabilisateur (décès d‘un proche, perte d’emploi, déménagement…)

Puis le livre conclut par un message d’espoir mesuré, la perspective d’une guérison pas à pas, le retour de la joie et de la vie en société lors de fêtes de fin d’années 2009.

En conclusion, « Un quinze août à Paris » m’a surpris dans la mesure ou l’auteur a cherché à une analyse méthodique des mécanismes de la dépression en effectuant un travail de recherche quasi universitaire plutôt qu’à privilégier un approche centrée sur les émotions.

On peut y voir le signe d’un esprit rationnel scientifique au détriment d’une approche plus littéraire qui m’aurait je le pense davantage séduit.

Malgré cet écueil principal, « Un quinze août à Paris » demeure instructif, relatant au travers d’une expérience personnelle, le processus infernal de déni initial du mal en le raccrochant à des causes physiques externes, la désoçabilisation du malade rejeté progressivement par ses proches qu’il embarrasse par ses tourments irrationnels, l’impression de se consumer dans l’intérieur dans une angoisse paralysante détruisant toute volonté d’entreprendre une action de survie, la perte de buts, de raisons de vivre pouvant conduire à l’acte ultime et désespéré du suicide pour mettre un terme à des souffrances intolérables.

Fort heureusement, Céline Curiol évoque des pistes de sortie comme se raccrocher à des croyances suffisamment fortes pour stimuler l’imagination et le désir d’accéder à un futur mais également conserver des habitudes garantes d’un certain équilibre, quitte à les modifier de temps à autre pour créer une nouvelle étincelle.

Le témoignage est courageux et l’optimisme modéré, comme le comprend devant la dangerosité du mal.

Un quinze août à Paris (Céline Curiol)
Repost 0
Published by Seth - dans Psychologie
commenter cet article
24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 09:42
Ténèbres (Dario Argento)

Détour vers le film d’horreur pure avec « Ténèbres » de Dario Argento, célèbre réalisateur italien devenu culte en raison de l’ultra spécialisation de ses films.
Sorti en 1982, « Ténèbres » se base sur une série de meurtres commis à Rome par un mystérieux tueur s’inspirant d’un livre intitulé « Ténèbres » écrit par Peter Neal (Anthony Franciosa).
L’écrivain venu des Etats-Unis pour la promotion de son nouveau livre, parait choqué d’être relié au meurtre d’une première femme à la gorge tranchée au rasoir (Ania Pieroni)
Accompagné de son staff, son agent Bullmer (John Saxon) et son assistante Anne (Daria Nicoladi), Neal n’en donne pas moins des interviews.
Mais malgré l’enquête de l’inspecteur Germani (Giuliano Gemma), les meurtres se succèdent, avec Tilde (Mirella D’angelo) une journaliste lesbienne vivement opposée au dernier livre de Neal et sa compagne, elles aussi sauvagement égorgées à leur appartement.
Même Maria (Laura Alboretto) la fille du propriétaire qui héberge Neal est assassinée après avoir pénétré sans le savoir dans la maison du tueur pour échapper à un doberman la poursuivant en pleine nuit.
N’écoutant que leur intuition, Neal, Anne et Gianni (Christiano Borromero) un autre jeune assistant du romancier, détermine que le périmètre des meurtres converge vers la maison de Christiano Berti (John Steiner), un autre journaliste lui fervent admirateur de « Ténèbres » contrairement à Tilde.
Neal et Gianni se rendent sur place seuls, mais le premier est assommé tandis que le second assiste impuissant au meurtre à coups de hache de Christiano.
Paniqués et blessés, les deux hommes font marche arrière…
Les suspicions sont Christiano et de curieux aveux avant de mourir font de lui le coupable idéal mais les meurtres continuent, Baxter étant tué en pleine ville d’un coup de couteau…
Prudent, Neal décide de quitter Rome pendant quelques jours pour Paris mais Gianni désireux de continuer seul son enquête, revient à la villa de Christiano pour être étranglé.
Jane (Veronica Lario devenue par la suite la femme de Berlusconi !) l’ex femme de Neal également sur place passe également un étrange coup de téléphone à Anne pour implorer son aide car elle se sent elle-même perturbée et en danger.
Malgré la présence d’une arme à feu, elle est également sauvagement agressée et tuée à la hache.
Arrivés sur place, Anne et Germani trouvent Neal ensanglanté, la hache à la main…
Le romancier avoue tout, avoir effectivement tué Christiano le premier tueur au rasoir puis continuer son œuvre en raison d’intense problèmes psychiques liés à une agression d’une femme sur la plage et au meurtre de celle-ci.
Simulant sa propre mort, Neal trompe Germani et le tue.
Anne échappe miraculeusement au même sort, en empalant accidentellement le romancier criminel.
En conclusion, premier film du maitre italien, qu’il m’est été permis de voir, « Ténèbres » remplit fort bien son office, jouant avec maestria sur une intrigue pleine de rebondissements et des scènes chocs ou de plantureuses italiennes à forte poitrine se font complaisamment tailladées pour tenir en haleine le spectateur.
Film de genre à petit budget, « Ténèbres » séduira les amateurs d’horreur, avec une prédilection pour le meurtre à l’arme blanche (rasoir, hache) perpétrés par des esprits torturés.
Surpassé depuis par des films nettement plus malsains et réalistes, il n’en demeure pas moins respectable compte tenu de son âge à présent vénérable.

Ténèbres (Dario Argento)
Repost 0
Published by Seth - dans Horreur
commenter cet article
22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 20:54
Frantic (Roman Polanski)

Sorti en 1988, « Frantic » est l’archétype de thriller réalisé par Roman Polanski.

Le film raconte l’histoire du cardiologue américain Paul Walker (Harison Ford) et sa femme Sondra (Betty Buckley) qui reviennent à Paris, ville de leur voyage noce pour assister à un colloque.

En descendant à l’hôtel, Sondra qui s’est aperçue qu’elle n’avait pas sa valise, disparait subitement alors que Paul prend une douche.

Inquiet, Paul s’enquiert auprès du patron de l’hôte (Jacques Ciron)l qui appelle son chef de la sécurité Pascal (Patrick Mellenec).

Après une bref et vaine recherche dans l’hôtel, Paul rencontre Wino (Dominique Pinon) un clochard dans un bar qui lui dit avoir vu sa femme enlevée par des hommes, ce que confirme la présence de sa broche retrouvée dans une ruelle.

Paul retrouve Gaillard (Gérard Klein) le réceptionniste de l’hôtel, qui accrédite le fait que sa femme est sortie de l’hôtel accompagnée d’un homme la tenant sous le bras.

Très nerveux, il se rend à la police puis à l’ambassade des États-Unis ou les policiers et le fonctionnaire Williams (John Mahoney) ne le prennent pas au sérieux sa plainte pour enlèvement, préférant penser à une séparation brutale.

De retour à l’hôtel, Paul cède à une intuition et ouvre la valise pour découvrir un papier d’allumettes ou figure le nom d’un bar le Blue Parrot et d’un homme Dédé (Boll Boyer).

Le bar en question est un endroit louche et un dealer rasta (Thomas M Pollard), finit par lui donner l’adresse de Dédé après avoir reçu une rémunération.

En arrivant à l’immeuble, Paul trouve Dédé mort, la gorge tranchée et embarque son répondeur à l’hôtel ou Gaillard lui traduit le message d’un voix féminine lui donnant un rendez vous urgent au Blue parrot puis chez lui.

Attendant chez Dédé, Paul capture Michelle (Emmanuelle Seigner) une jeune femme passant des marchandises des Etats-Unis à la France contre salaire.

Il parvient à la convaincre de l’aider à retrouver sa femme en allant chercher la valise intervertie dans une consigne à l’aéroport de Roissy.

Après la rencontre avec un couple d’amis américains, Paul prend la valise mais perd la trace de Michelle.

Il la retrouve dans son appartement, en fâcheuse posture face à deux hommes qui l’interrogent brutalement.

Paul passe par le toit, fait glisser la valise et son contenu sur le toit puis se coule dans la chambre en et prétexte le fait d’être un amant irascible pour les mettre en fuite non sans être mis sèchement KO avant de partir.

Délivrée, Michelle finit par avouer à Paul que ce que les hommes cherchaient était une statue de la liberté dans laquelle se trouve un curieux émetteur.

Williams confirme que le détonateur a été dérobé à des Arabes ayant enlevé sa femme en représailles et que les deux hommes qu’il a trouvé chez Michelle sont des Israéliens également à sa recherche.

N’écoutant que son envie de revoir sa femme, Paul accepte de rendre l’émetteur contre la vie de sa femme.

Le rendez vous a lieu dans un parking mais l’arrivée des Israéliens provoque une fusillade, la fuite des Arabes avec Sondra et une nouvelle course poursuite frénétique.

Le film culmine dans un ultime face à face près de la statue de la liberté en bordure de Seine dans le XV ième arrondissement.

Retrouvant Sondra, Paul se lance dans un corps à corps avec, tandis que les Israéliens font feu, tuant finalement ses agresseurs Arabes.

Malheureusement, Michelle prend une balle dans la lutte et décède dans les bras de Sondra, tandis que Paul ivre de rage, jette l’émetteur dans la Seine au nez et à la barbe des Israéliens.

Ayant retrouvé Sondra, Paul peut finalement rentrer en paix aux Etats-Unis.

En conclusion, « Frantic » constitue un des films les plus classique de Polanski et ressemble à ses thrillers américains certes efficaces mais très calibrés.

Avec son histoire très balisée, « Frantic » parvient à tenir le spectateur intéressé en raison de son rythme soutenu et de la qualité de ses acteurs, le charismatique Harrison Ford en tête, qui par la suite se fera un spécialiste de ce type de films pour le plus grand plaisir de son banquier.

Autre atout du film, son cadre vintage, le Paris des années 80 dans lequel évoluent des acteurs qui deviendront des valeures sures du cinéma français.

Pas un chef d’œuvre donc mais un film honnête dépassé depuis en vitesse et punch par les productions plus modernes.

Frantic (Roman Polanski)
Repost 0
Published by Seth - dans Action
commenter cet article
20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 19:45
Lost saison 6, épisodes 9 et 10 (Jeffrey Jacobs Abrams)

« Lost saison 6, épisodes 9 et 10 ».

L’épisode 9 réalisé par Tucker Gates sur un scénario de Melinda Hsu Taylor & Greggory Nations est entièrement consacré au personnage de Richard Alpert (David Carbonell), qui dans le passé en Espagne tue un médecin qui ne voulait pas soigner sa femme Isabella (Mirelly Taylor), gravement malade.

Les conséquences sont désastreuses pour lui avec non seulement la mort d’Isabella mais une condamnation à embarquer sur navire pour échapper à la peine de mort.

Mais le navire anglais, le Black rock fait naufrage sur l’ile près de l’Australie, délivrant Richard des affreuses conditions de vie dans la cale.

Survivant miraculeusement au naufrage, Richard n’en demeure pas moins enferré dans la cale mais l’attaque du Monstre qui tue les officiers sous la forme de sa fumée noire, l’épargne miraculeusement.

Affamé et assoiffé, Richard voit Isabella lui parler dans un demi coma et est finalement délivré par le Monstre qui a pris une apparence d’un homme en noir (Titus Welliver).

Très bienveillant, il lui dit être en enfer propose de revoir Isabella en échange d’un petit service : le meurtre de Jacob (Mark Pellegrino).

Richard accepte sans sourciller mais ne peut tuer Jacob qui lui révèle qu’il a fait un marché avec le Diable en personne.

Jacob retourne Richard, lui accordant la vie éternelle en échange d’une charge d’administrateur.

Lorsqu’il retourne voir le Diable, celui-ci accepte ses raisons en lui rappelant que son offre tient toujours.

Un dialogue tendu s’installe ensuite entre le Monstre/Diable et Jacob qui se trouve menacé de mort.

Dans le présent, Richard profite de la mort de Jacob pour dire au Monstre qu’il a changé d’avis et demande à mourir pour retrouver sa femme, sans succès….

Hurley (Jorge Garcia) fait ensuite son apparition et rassure Richard Alpert après être entré en contact avec Isabella, puis dit qu’il doit empêcher l’Homme en noir de quitter l’ile sous peine de mort.

Dans l’épisode 10, réalisé par Paul Edwards sur un scénario de Paul Zbyszewski & Graham Roland, le camp de Locke (Terry O’Quinn) est attaqué par les hommes de Widmore (Alan Dale) et Jin (Daniel Dae Kim) enlevé.

A bord du sous marin, le mafieux-industriel montre à Jin une photo de sa fille et lui propose de l’aider à la revoir si il empêche Locke de quitter l’ile.
De son coté, Locke qui a un besoin impérieux de Jin et Sun (Yunjin Kim) pour partir, se rend avec Sayid (Naveen Andrews) sur l’ile de l’Hydre pour le réclamer à Widmore.

Il essuie un refus, tandis que Sayid envoyé en infiltration sous marine a la surprise de trouver Desmond (Henry Ian Cusick) aux mains des hommes de Widmore.

Dans le flash back, Jin voit ses 25 000 dollars confisqués par les douaniers américains et se retrouve en fâcheuse posture face à l’homme à qui il devait les remettre, l’increvable gangster Martin Keamy (Kevin Durand).

Malgré une courageuse tentative de Sun pour le protéger, Jin est enlevé par Keamy, Mikhaïl (Andrew Divoff) et Omar (Anthony Azizi).

Après s’être rendue en catastrophe à la banque pour retirer l’argent, Sun découvre que son père Mr Paik a fermé son compte car en réalité les 25000 dollars étaient destinés à payer Keamy pour tuer Jin afin de le punir de sa liaison avec Sun.

L’arrivée de Sayid qui tire sur Keamy et Aziz change la donne, permettant à Jin de se libérer, puis de tirer dans l’œil Mikhaïl.

Malheureusement Sun reçoit une balle au cours de l’affrontement.

En conclusion, « Lost saison 6, épisodes 9 et 10 » ne constitue pas pour moi la meilleure partie de la série, même si elle permet de connaitre toute l’histoire de Richard Alpert et d’en savoir un peu plus sur la dualité entre le Monstre et Jacob, même si leur relation antagoniste reste confuse.

L’intrigue se complexifie avec le match à distance entre Locke/le Monstre et Widmore, dans lequel Jin, Sun et éventuellement Desmond interviennent à présent…

Difficile pour l’instant d’y voir claire.

Lost saison 6, épisodes 9 et 10 (Jeffrey Jacobs Abrams)
Repost 0
Published by Seth - dans Aventure
commenter cet article
18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 19:19
Grand central (Rebecca Zlotowski)

Rien de tel qu’un peu de cinéma pour changer d’atmosphère, aussi voici « Grand central » de Rebecca Zlotowski.

Sorti en 2013, « Grand central » raconte la vie de Gary (Tahar Rahim), un jeune ouvrier précaire sans qualification qui un peu perdu dans sa vie, s’adresse à une agence d’intérim pour travailler dans une des centrales nucléaires de la région lyonnaise.

Il est accompagné de Tcherno (Johan Libéreau) lui aussi chercheur d’emploi mais au tempérament de délinquant, qui exerce toute sorte de trafics avec des gitans vivant à proximité.

Après une courte formation théoriques, les deux hommes rencontrent les anciens de la centrale et sont briefés par Gilles (Olivier Gourmet), un rugueux chef d’équipe qui leur apprend à acquérir les mécanismes des taches qu’ils auront à accomplir ainsi qu’à surveiller en permanence la dose de radiation qu’ils emmagasineront à chaque intervention.

Gary découvre la vie en collectivité dans des baraquements sommaires et des interventions difficiles en scaphandre dans des zones contaminées.

Au détour d’une soirée arrosée, il tombe sous le charme de Karole (Léa Seydoux) la compagne de Toni (Denis Ménochet) lui aussi ouvrier expérimenté et proche de Gilles.

Sensuelle et libre, Karole couche avec lui naturellement dans les forets avoisinantes tout en restant en apparence fidèle à Toni.

Le jeune homme s’offre des virées avec Tcherno et Isaac (Nahuel Perez Biscayart) après l’achat d’une voiture aux performances gonflés par le génie mécanique des gitans.

Les incidents à la centrale sont fréquents et Gary est souvent exposé aux radiations.

Au cours de l’un d’entre eux il sauve la vie de Tony en train d’étouffer dans sa combinaison mais est sévèrement irradié aux mains.

Ebranlé par l’incident, Olivier dont la vi privée est un naufrage prend la décision de tout arrêter et quitte l’équipe.

Désireux de rester, il tient tête à Morali (Marie Berto) responsable de la santé des hommes qui a découvert qu’il trichait aux tests de radioactivité et lui promet de disparaitre une fois la fin de l’arrêt de la tranche effectué.

La raison de son entêtement est en réalité Karole qui enceinte de lui, a finalement tout avoué du bout des lèvres à Tony.

Ceci ne déstabilise pas le rude ouvrier qui en retour la demande en mariage.

Après le mariage, la soirée dégénère et une lutte éclate entre Tony et Gary.

Jeté à terre et sévèrement tabassé, Gary quitte les lieux mais est finalement rejoint par Karole…

En conclusion, « Grand centrale » est un film naturaliste dont le principal intérêt est décrire un monde relativement méconnu, celui des ouvriers du secteur nucléaire, notamment tous ces intérimaires jonglant avec leur santé dans l’espoir d’un meilleur salaire.

Dans ce monde précaire de brutes portées sur l’alcool et la nourriture, le sexe prend une place inattendue et une véritable histoire d’amour se noue entre deux des acteurs les plus en vue du cinéma français, le fragile Tahar Rahim et la bombe sensuelle Léa Seydoux dont le visage énigmatique, les longues jambes et les seins haut perchés crèvent l’écran.

Tout en appréciant la justesse et la finesse du propos, on reprochera au film son atmosphère sinistre, glacée et son rythme un tantinet lent et contemplatif.

Malgré cela, « Grand centrale » se situe dans la (bonne) moyenne du cinéma français.

Grand central (Rebecca Zlotowski)
Repost 0
18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 17:19
La fatigue d'être soi, dépression et société (Alain Ehrenberg)

Voici à présent une autre approche de la maladie avec « La fatigue d’être soi, dépression et société » d’Alain Ehrenberg.

Sociologue et chercheur au CNRS, Ehrenberg est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’évolution de l’individu moderne.

Sorti en 1998, « La fatigue d’être soi, dépression et société » s’attache à étudier la dépression comme symbole de l’évolution de la société, car réputée mal du XXI ième siècle et fléau des temps modernes.

L’idée principale du livre est que depuis les années 60 en Europe, la notion de soumission à une autorité s’est progressivement effacée, laissant place à un homme moderne certes libre dans son individualité mais atteint à contrario d’un syndrome de perte d’identité qui constituerait le germe de la dépression.

Ehrenberg commence par une approche historique de la dépression, connue depuis l’Antiquité avec ses deux aspects, la mélancolie et la démence, passée dans le rang de la possession démoniaque sous la Chrétienté, dans celui d’une aliénation quasi romantique pour certains artistes du XVIII ième siècle avant de connaitre ses plus grandes avancées au cours du XX ième siècle, avec des tentatives nosographiques plus ou moins réussies permettant de répertorier les différents types de dépression et de traitements.

La découverte de la neurasthénie à la fin du XIX ième siècle va constituer un bouleversement important dans la considération des maladies mentales, avec pour la première fois un lien effectué entre un épuisement total et le mode de vie dit « moderne » avec ses machines, sa course effrénée à la productivité, ses villes surpeuplées à l’agitation trépidante et son consumérisme émergent.

Avec la possibilité de progrès et d’ascension sociale, naissent des espoirs et des exigences plus hautes, qui sont souvent déçues et entrainent de la souffrance.

Dans les années 1870, Charcot qui soigne des hystériques, construit la notion de névrose, réaction psychique à un choc traumatique extérieur comme un accident, qu’il entreprend de soigner par des techniques à base d’hypnose.

Par la suite, Freud et Janet affinent le débat, effectuant une distinction entre les névroses exogènes provenant d’un choc extérieur et psychonévroses aux origines endogènes.

Freud voit dans l’anxiété le résultat d’un problème de culpabilité lié à la transgression d’un interdit inconscient, Janet celui de faiblesse, d’une insuffisance assimilable à la dépression.

Après la Première guerre mondiale, le modèle sociétale prédominant reste celui d’une soumission à une autorité supérieure, que ce soit l’Etat, l‘entreprise, l’école, la famille ou la religion bien que déjà déclinante.


Les premières thérapies par électrochocs si controversées en raison de leur barbarie se développent pour traiter avec un certain succès l’asthénie et l’hystérie mais restent soumises au doute pour les autres maladies mentales souvent traitées sommairement par du repos, des cures thermales ou l’administration d’opium.

Il faut attendre les années 50 pour voir aboutir la recherche biologique et la sortie des premiers traitements pharmacologiques pour s’attaquer aux troubles de l’humeur, les psychoses maniaco dépressives alternant phases de mélancolie et de délire ou les schizophrénies caractérisées par un déclenchement précoce depuis la jeunesse, un détachement au monde, des délires hallucinatoires et des mouvements incontrôlés du corps.

Le fait que l’on puisse en théorie soigner les dépressions par des voies médicamenteuses conduit à une meilleure socialisation de la maladie, dont les magazines se font à présent écho auprès du grand public.

Sous la pression des grands groupes pharmaceutiques, les antidépresseurs et anxiolytiques apparaissent comme des solutions miraculeuses à ce mal qui reste mystérieux et qui pose de grandes difficultés nosographiques aux chercheurs.

Le paradoxe est que alors que les actions médicamenteuses contribuent à redresser l’humeur des patients, la multiplicité et la confusion des termes provoquent pendant plusieurs années des débats entre experts incapables d’arriver à un consensus sur la nature du mal qu’ils prétendent diagnostiquer et soigner.

Il faudra attendre les années 80 pour aboutir à une avancée dans la normalisation de la nosographie de la dépression avec la DSM (Diagnostic Statiscal Manual) crée par l’APA (American Psychiatric Institution) qui après une étude statistique sur la population américaine, aboutit à une classification des types de dépression suivant l’observation de plusieurs types de symptômes répertoriés.

Si ce classement qui sera périodiquement réactualisé au fil du temps, fera l’objet d’inévitables contestations, il deviendra la référence mondiale et aboutira à l’exclusion du terme névrose du périmètre des troubles psychiques.

Les tricycliques à base d’imipramine seront longtemps les anti dépresseurs les plus utilisés avant que les ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de Sérotonine) dont le célèbre Prozac qui agissent sur la sérotonine, ne les supplantent dans les années 80 en raison de leurs effets secondaires moindres.

Malheureusement ce bel optimisme ne va pas tarder à s’effriter face aux résistances et aux rechutes de certains patients qui montrent les limites d’une approche purement chimio thérapeutique et permettent aux traditionnelles techniques de psychothérapies de rester dans la course à la guérison.

Le fort taux d’échecs et les effets secondaires importants (prise de poids, troubles de la mémoire, tremblements, constipations) et parfois mortels (problèmes cardio-vasculaires) n’enraye pourtant pas vraiment l’engouement d’une société toujours plus avide de son bien être dans un monde ou le stress résultant du culte de la performance fait des ravages.

La société post années 60 se caractérise en effet par une perte de la notion d’autorité, une liberté revendiquée comme totale et la nécessité pour les individus de se réaliser en toute autonomie à travers une réussite sociale aux marqueurs visibles : argent, succès, possessions.

Affaiblissement du rôle de l’Etat, des religions, cellule familiale explosée et nivellement des rôles sexuels contribuent à la perte identitaire de l’homme moderne, qui bien souvent entre dans une spirale de souffrance morale lorsqu’ile ne parvient pas à se réaliser suivant les nouveaux standards de l’époque.

S’en suit un sentiment d’échec, de vacuité, d’inutilité qui créent les bases pour une dépression.

Autre phénomène notable, le développement des addictions qu’elle soient alimentaires, drogues, alcools pour tenter de compenser des états dépressifs bien réels qui font qu’une large part des toxicomanes ou anorexiques sont à la base des dépressifs masqués.

Dans ce contexte, l’arrivée dans les années 80 sur le marché de nouveaux anti dépresseurs, les ISRS agissant sur la sérotonine tombent à point nommé.

L’engouement pour le Prozac, médicament sensé apporter le bonheur à tous, conduit à des fantasmes de contrôle d’une vie heureuse permanente entretenus par l’imagerie des « gagneurs » comme Bernard Tapie et les gourous du développement personnel.

Malheureusement, les statistiques sur le taux de réussite des ISRS ne sont guère meilleurs que celles des antidépresseurs classiques : 20% de rechute, 20% de maladie résistante et 70% des patients ne parviennent pas à retrouver leur état normal.

Ce constat pousse à relativiser le succès des anti dépresseurs et l’incapacité de la neurobiologie à résoudre les problèmes très complexes des troubles mentaux.

Au fil du temps le traitement de la dépression par des prescriptions chimiques s’apparente donc davantage tenter de procurer une meilleure qualité de vie à des patients plutôt qu’à réellement les soigner sur le long terme, faute de savoir ce que l’on cherche à soigner avec la question fatale de l’installation d’une dépendance du patient aux produits qui ne font que le « maintenir » à flot.

L’ouvrage se termine sur une conclusion critiquant la volonté de « toute puissance » de l’homme qui pense pouvoir toujours corriger ou controler au moyen de la science ses propres déficiences alors que les couches les plus profondes constituant son psychisme lui demeurent inaccessibles.

Privé des cadres rigides que déterminaient pour lui les sociétés plus anciennes, l’homme moderne livré à sa propre souvernaineté, parait au final souffrir du vide existencialiste qui en découle.

Pour combler ce vide, le sociologue prône de nouvelles formes d’actions sociales (publiques ou associatives) aidant les individus à se réinsérer ou à combattre une addiction toxicologique en complément des techniques médicales précédemment abordées.

En conclusion, « La fatigue d’être soi, dépression et société » est un ouvrage dense, gorgé de termes spécialisés, qui le rend très difficile d’accès.

Malgré des difficultés lièes à sa forme et au style très sophistiqué d’Ehrenberg, son approche se révèle très interessante, par l’évolution de la dépression au fil des ages mais surtout par son analyse comme résultante du statut de l’homme moderne, libre et indiviuel depuis la révolution culturelle des années 60 en Occident.

On comprend que l’approche biologique qui pour des raisons de rendement et de performance semble avoir irrémédiablement pris le dessus sur l’approche psychique, ne permet pas la guérison du malade mais le maintient avec plus ou moins de réussite dans un état compatible avec les normes de la société.

Face à cette impasse scientifique, l’homme moderne privé de ses repères et face à la fatigue d’être lui-meme, doit pour dépasser sa propre souffrance, se chercher des raisons d’exister cohérente avec sa structure interne, ce qui à mon sens suppose des capacités d’introspection assez inacessibles au commun des mortels et me fait dire que l’homme déficitaire a encore malheureusement de longues années devant lui.

La fatigue d'être soi, dépression et société (Alain Ehrenberg)
Repost 0
Published by Seth - dans Société
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Seth
  • : Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires
  • Contact

Recherche

Pages

Liens