Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 10:31


Passage vers la Science Fiction avec « Champs mental » recueil de courtes nouvelles écrites dans les années 70 par Frank Herbert un des maîtres du genre.

Le fil conducteur de ces nouvelles est la communication et les processus mentaux associés.

Je dois concéder ne pas avoir eu beaucoup de plaisir à la lecture de cet ouvrage.

Les nouvelles sont assez disparates et peu d’entre elles m’ont vraiment passionnées.

J’ai bien aimé « Meurtre vital » une histoire hallucinante d ‘un double organisme vivant Tegas/Bacit colonisant l’esprit des êtres humains pour survivre, organisme lui même pris au piége dans un corps et traqué par des scientifiques acharnés.

J’ai été impressionné, captivé par le souffle et l’imagination de cette histoire.

J’ai trouvé « Le Comité du Tout » visionnaire et audacieux avec l’idée que  l’invention d’une arme à puissance quasi illimitée obligerait les hommes à tous se respecter et à se considérer comme semblables, idée d’ailleurs flirtant avec des thèses communistes en vogue à l’époque.

« Essayez de vous souvenir » est également plaisante même si plus classique et oeuvrant dans une schématique surexploitée à présent :  l’arrivée d’une vaisseau spatial peuplé d’extra terrestres lançant un ultimatum à la race humaine : « Comprenez notre langage ou mourez ».

Et cette race humaine bien obligée de faire preuve d’humilité et de revenir aux bases de la communication, du langage.

Pour le reste, je n’ai pas accroché à l’autre moitié du livre, passant complètement à coté de cette histoire d’épidémie tuant les chiens ou de celle de recréation de simulacres d’êtres  humains conditionnés mentalement à partir des modèles originaux mourants.

A l’arrivée un sentiment mitigé donc et une déception.

Je pense un jour lire la saga de « Dune » le chef d’œuvre de Frank Herbert.

J’avais beaucoup apprécié le film de David Lynch.

 

 

Repost 0
26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 12:15


Incartade exceptionnelle pour moi dans le monde du cinéma avec « Possession » d’Andrezj Zulawski avec Isabelle Adjiani et Sam Neill.

Ce film datant de 1981 est en effet assez hors du commun et me fascine à de nombreux égards.

L’histoire se déroule à Berlin Ouest pendant la Guerre Froide.

Les quartiers de la ville ou est filmée l’action jouxtent le Mur, ils sont immenses ,vides, déserts, lugubres, austères et effrayants.

La présence des soldats de l’autre coté du Mur rajoute à l’atmosphère angoissante.

Marc (Neill ), qu’on devine espion ouest allemand sans que cela soit clairement explicité rentre de mission et retrouve sa femme Anna (Adjiani), avec qui il a un petit garçon du nom de Bob.

Mais rapidement le couple se déchire en fulgurantes scènes de ménage.

Marc découvre qu’Anna à un amant, un certain Heinrich.

Anna ne dément pas, son comportement est anormal, violent, extrêmement dérangeant comme si elle était toxicomane en manque ou détentrice d’un secret trop lourd à porter pour elle.

Le jeu d’Isabelle Adjiani, excessif, hystérique, est très impressionnant et met constamment le spectateur mal à l’aise.

Marc cependant aime Anna, il est prêt à renoncer à son travail pour elle, et cherche désespérément à arranger les choses.

C’est donc plutôt lui qui souffre et est dominé dans l’histoire.

Excédé par les mystérieuses disparitions d’Anna, ivre de jalousie, Marc engage un détective privé charger de suivre sa femme.

Celui ci est assassiné car il a découvert la nature du terrible secret d’Anna : son amant est en fait une « chose » monstrueuse, sanguinolente, informe, visqueuse, dotée de tentacules.

Marc passe donc à l’action de lui même, il rencontre Heinrich, une sorte de quinquagénaire gourou new age imbu de lui même aussi grotesque qu’irritant.

Aveuglé par son orgueil, persuadé d’avoir toujours un ascendant sur son ex maîtresse, Heinrich va  voir Anna, qui le blesse gravement

Heinrich en sang parvient à s’enfuir et à téléphoner à Marc.

Les deux hommes se retrouvent dans un café dans une scène d’une violence extrême puisque Marc « termine » d’assassiner de manière presque comique celui qui se prenait pour un demi dieu, un shaman sexuel.

La dernière partie du film est paroxysmique, d’une violence extrême.

La fin du film très choquante est voilée de mystère, d’étrange.

La créature prend forme humaine et s’incarne dans le double de Marc tandis que celui ci agonise avec sa femme.

On soupçonne donc des pouvoirs psychiques extrêmement étendus rendant la chose capable de prendre possession des esprits humains.

Le thème du double est donc constamment présent dans le film, avec l’institutrice de Bob, sosie d’Adjiani en plus douce et plus apaisée, avec laquelle couche Marc, même si en réalité on ne sait pas vraiment si il n’est pas victime lui même de troubles psychiques et d'hallucinations.

Outre son atmosphère angoissante et son scénario retors, le film prend toute sa force dans l’interprétation hors du commun d’Isabelle Adjiani, interpetation du reste récompensée d’un césar et d’un prix au festival de Cannes.

Jamais de ma vie je n’ai vu une actrice aller aussi à l’extrême dans son jeu.

La scène du métro fait pour moi partie de la mythologie du cinéma, comme une sorte de monument dédié à la folie pure.

La scène ou Adjiani supplie par le regard une statue de Jésus Christ de l’aider est aussi à mourir sur place, terrassé par un flot irrésistible d’émotions.

Il y a aussi le dégoût et la perversion de voir une femme d’apparence aussi belle et pure copuler avec une créature aussi cauchemardesque.

« Possession » est un film unique, hors norme, extrêmement complexe, éprouvant, dérangeant qui n’est pas à montrer à tout le monde.

A l’époque Zulawski sortait apparemment d’un divorce assez douloureux et aurait transcendé ce drame pour produire cette œuvre choc.

J’apprécie ce film en raison de son étrangeté, de son mystère, du fait que tout n’est pas expliqué, j’aime aussi l’idée d’une situation banale (un problème de couple) basculant dans un univers fantastique et horrifique.

Pour toutes ces raisons « Possession » constitue donc pour moi un chef d’œuvre inclassable, et totalement inoubliable surclassant de la tete et des épaules par son audace et son intensité 99% des films existants.

Repost 0
Published by Seth - dans Fantastique
commenter cet article
25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 11:17


Place à la controverse dans ces lignes avec « Plateforme » de Michel Houellebecq sans doute l’un des auteurs les plus détestés et les plus lus en France à l’heure actuelle.

Pour ma part j’avais déjà lu deux de ces livres donc je savais à quoi m’attendre.

« Plateforme » est du pur Houellebecq, on y retrouve un ton, des situations, des personnages et des idées rappelant « Les particules élémentaires » ou de manière plus lointaine « Extension du domaine de la lutte », le lecteur habitué ne sera donc pas dépaysé.

Le livre a pour toile de fond l’économie du tourisme.

Le choix de l’analyse de l’évolution de tourisme occidental pour décrypter l’évolution d’une société est je trouve plutôt habile.

Le lecteur suit donc la vie de Michel, quadragénaire célibataire et médiocre fonctionnaire dans le domaine culturel qui suite à la mort d’un père qu’il n’aimait pas, décide de partir dans un voyage organisé en Thaïlande.

J’avoue que la première partie du livre est celle que j’ai préférée, Houellebecq y dépeint son voyage touristique avec férocité, cynisme et un humour ravageur.

Toutes les catégories de touristes, écolo, étudiants, retraités, célibataires reçoivent leur du.
Le guide du routard et les auteurs de best sellers amrericains comme John Grisham sont également passés au lance flamme.

Déjà on sent le personnage de Michel perdu, détaché, comme en flottement par rapport au monde réel.

En Thaïlande, Michel découvre les bars à hôtesses, les salons de massages, on sent une  vénération pour la beauté des femmes thaïlandaises.

Les descriptions sans honte de ses aventures sur fond de condamnation morale du tourisme sexuel par la société bien pensante sont évidemment très provocantes.

Mais au cours de ce voyage, Michel rencontre Valérie, une jeune femme de 28 ans, elle aussi un peu perdue dans sa vie.

Tout d’eux se sentent attirés et tombent amoureux une fois rentrés à Paris.

L’histoire d’amour avec Valérie constitue donc la deuxième partie du livre.

Le lien avec le tourisme est que Valérie travaille chez Nouvelles Frontières.

Par le biais de Valérie et de son patron Jean-Yves, Houellebecq brosse donc une analyse économique du business du tourisme.

Cette partie « business » ne m’a pas passionnée outre mesure tant les manœuvres des cadres HEC ou autres évoluant dans ces sphères m’ennuient.

Le plus marquant est resté pour moi le fait que Michel pour la première fois de sa vie se retrouve heureux avec Valérie.

Leur relation est énormément basée sur le sexe, sans doute la seule chose vraiment digne d’intérêt pour Houellebecq.

Valérie est généreuse, bonne amante, elle sait aimer, se donner et s’abandonner comme savent encore le faire les gens des pays du Tiers Monde.

Pour Michel elle constitue donc une exception dans la société occidentale.

Valérie et Jean-Yves se font débauchés à prix d’or par Aurore une société d’hôtellerie.

Ils sont chargés de redresser la branche tourisme.

Très vite une complicité se noue entre Michel et Jean Yves.

Jean Yves est l’archétype du cadre occidental travaillant 90 heures par semaines, gagnant beaucoup d’argent, incapable de partir en vacance sans son PC mais dont le mariage et la vie privée sont un naufrage complet.

Après un voyage à Cuba, Michel leur propose comme idée révolutionnaire de baser leur offre sur le sexe et d’ouvrir des clubs de vacances sexuelles avec prostitués males et femelles  intégrés au centre.

Le duo parvient à convaincre un groupe allemand plus libéral de s’associer pour l’opération.

Le premier centre ouvre en Thaïlande, l’ambiance est à l’échangisme et à la liberté sexuelle.

Michel est toujours au paradis avec Valérie …ils pimentent quelques fois leur vie sexuelle avec des femmes ou des couples car Valérie est bisexuelle.

Le couple envisage de quitter Paris et de s’installer définitivement en Thaïlande.

Mais ce bonheur est gâché par un attentat islamiste particulièrement violent.

Valérie meurt, Jean-Yves est blessé puis viré, Michel en état de choc est rapatrié en France.

Choqué, traumatisé, il revient finalement errer en Thaïlande, se laisse dériver et finit sa vie dans la solitude la plus complète.

On retrouve dans « Plateforme » toute la pensée Houellebecquienne.

Le livre symbolise le mal être du male occidental, la sclérose de toute une société, surtout française.

Un violent dégoût du monde occidental se fait sentir, quelques fois il est vrai risible tant il paraît exagéré.

Houellebecq décrit la fin de la communication entre des etres se consumant dans des activités professionnelles sans aucun sens, une société de consommation tournant à vide et l’amour, le sexe rendus quasi impossible en Occident, ce qui améne les gens à les rechercher dans les pays du tiers monde en échange d’argent.

« Plateforme » se caractérise aussi par de violents passages anti-Islam, eux aussi quelques fois ridicules surtout quand l’auteur place le Polythéisme et le Christianisme à un niveau supérieur.

Pour moi ce sont toutes les religions qu’il faut condamner ou aucune.

On saluera toute de même le courage de l’auteur, son refus du politiquement correct, son goût de la provocation et bien sur son pur talent d’écrivain au style froid, cynique, et surprenant.

Ce livre est donc profondément dépressif et négatif toute comme la plus grande partie de l’œuvre de Houellebecq.

L’immense succès de cet auteur montre selon moi qu’il incarne parfaitement l’ère du temps et a su traduire ce que beaucoup d’hommes et de femmes ressentent secrètement.

Cependant il serait temps selon moi de sortir un jour de cette idée de décadence, d’auto flagellation permanente et de perte d’espoir chronique car finalement regarder un navire prendre l’eau ne l’empêche ni de couler ni ne calme ses angoisses.
Reste le talent de l'écrivain, lui bien réel.

Repost 0
Published by Seth - dans Société
commenter cet article
23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 11:20


« L’Homme qui tombe » de Don DeLillo est un roman traitant des attentats du 11 Septembre 2001 à New York, sujet que je considère comme fascinant et passionnant à la base, puisque probablement l’événement planétaire le plus marquant que nous verrons de nos courtes vies terrestres.

Le titre du livre fait référence à un artiste de rue qui pendant plusieurs mois fit de mystérieuses apparitions dans des lieux publics en se jetant dans le vide retenu par un simple harnais de sécurité.

L’homme habillé en costume cravate restait ensuite figé dans sa chute immobile, comme un témoin du temps présent.

Jamais il ne donna les raisons de ses motivations.

Mais réalité DeLillo ne traite pas que de l’attentat, il décrit aussi les effets de celui ci sur les New Yorkais dans les mois et les années qui ont suivis.

Nous suivons donc les vies de divers personnages plus ou moins à la dérive, en état de choc et errant comme des spectres dans leurs existences fêlées.

Il y a Keith qui était dans une des tours quand c’est arrivé.

Séparé de sa femme Lilianne dont il a un enfant Justin, il se remet à la fréquenter après la catastrophe, éprouvant un curieux besoin de rapprochement familial presque animal.

Keith a été légèrement blessé, il a perdu une partie de la mobilité d’une main et se rééduque mais c’est surtout dans son esprit que la blessure est la plus importante comme si brusquement il s’apercevait que la vie n’a pas de sens profond et que vivre pour un job qui vous prend 8 à 10h par jour ne pouvait être suffisant pour la remplir.

Lors de l’attentat, Keith a ramené chez lui une mallette qui ne lui appartient pas.

Il n’y a pas d’explication logique à cela je pense c’est juste un réflexe.

Il retrouve la femme à qui appartient cette mallette, Florence une noire à la peau claire, également présente dans une des tours.

Tous les deux se soutiennent de manière touchante et ont une courte liaison sans lendemain qui perturbe plus Keith qu’elle ne devrait selon moi.

Lilianne elle aussi semble en perte de repères, correctrice dans une maison d’édition, ayant évoluée dans un haut milieu culturel, elle semble rattrapée par ses vieux démons comme le suicide de son père au fusil de chasse ou le déclin inéluctable de sa mère âgée, brillante conférencière dans le milieu des arts dont elle est très proche.

Lilianne est également préoccupée par son fils Justin qui ne s’exprime plus que par monosyllabes et scrute le ciel pour voir si les avions vont revenir.

Le thème de la mémoire enfouie ressurgissant après un traumatisme apparaît évident.

Lilianne prisonnière de son passé, anime un groupe de soutien pour les malades d’Alzheimer, la maladie que son père n’a pas supportée et qui l’a conduite au suicide.

Tous ces personnages semblent en état de choc, n’ayant même pas la force de chercher des raisons pour comprendre le pourquoi d’une chose qui en réalité n’en a pas réellement.

Lire le Coran n’apportera pas de réponses, les raisons sont politiques et font sans doute également appel au nihilisme guerrier profondément enfoui chez l’homme.

Et Dieu dans tout ça ?  Le Dieu chrétien paraît bien impuissant à apporter des réponses mais se rassembler à l’église avec des gens provoque un sentiment de réconfort chez Lilianne.

En une partie presque annexe du roman, DeLillo décrit succinctement le parcours des terroristes, Hammad et Amir, depuis leur cellule dormante en Allemagne jusqu’à la mise en pratique de l’attentat sur le sol américain.

L’histoire personnelle des terroristes n’est pas le thème du roman, seule compte leur détermination et le résultat de leur action.

Le livre, d’une construction atypique, se boucle sur lui même à la fin, apportant les éclaircissements nécessaires à la compréhension de l’ensemble.

On comprend alors pourquoi Keith décide de changer de mode de vie et de se lancer dans une carrière de joueur de poker, jeu qui n’était qu’un simple hobby avant les attentats.

On ressort de la lecture de « L’Homme qui tombe » comme après une visite dans un hôpital, passablement mal à l’aise et pas tellement réjoui.

Je n’ai pas réussi à être ému ou a ressentir de l’empathie pour les personnages, sans doute en raison du style volontairement froid et clinique adopté.

DeLillo décrit des individus victimes d’un événement trop grand pour eux, en état de choc, en souffrance et peinant à se reconstruire.

Je pense que c’est le problème du 11 Septembre, que l’esprit humain ne soit pas adapté à réaliser et à comprendre un tel événement.

La différence avec une catastrophe naturelle est elle si flagrante ?

Les victimes de tsunami, séismes ou même d’ouragan comme Katrina n’ont pas droit à autant de livres, sans doute en raison de leur statut de catastrophe naturelle mais les effets sont à mon avis similaires sur les victimes.

La seule différence c’est que le terrorisme a toujours fasciné et fascinera toujours.

D’un autre coté je pense que survivre à ce type d’événement peut également avoir  quelques fois des effets salutaires, en donnant une occasion d’ouvrir les yeux sur la fragilité et la brièveté de l’existence, de se rapprocher des autres voir de retrouver le sens des priorités, un peu à la manière d’un François Xavier Demaison, ex banquier à Wall Street qui a décidé de vivre sa vraie passion pour les planches après l’attentat.

Ironie du sort, en 2009, les Etats Unis (et par ricochet le Monde) ont du faire face à un cataclysme plus sournois et difficile à combattre qu’une menace terroriste : la crise financière.

On attend donc avec impatience la pléiade de livres à venir sur les victimes de cette crise !

Tout ces problèmes majeurs inciteraient plus d’une personnes à une remise en question sur le bien fondé du système américain ,esperons que Barak Obama en soit capable car ce grand pays le mérite.

« L’Homme qui tombe » est un livre intéressant dans la description de l’impact d’une catastrophe sur une société mais qui ne m’aura pas bouleversé ou emporté.

A offrir à Jean Marie Bigard ou Marion Cotillard, nos plus éminents négationnistes français.

Repost 0
Published by Seth - dans Société
commenter cet article
20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 19:07

philo_boudoir.jpg
« La Philosophie dans le boudoir » est peut être l’œuvre la plus connue du Marquis de Sade.

Nul autre titre ne semble convenir mieux tant ce livre qui se présente sous forme de dialogues est une succession d’alternances entre scènes de pures débauches et authentiques réflexions philosophiques.

L’histoire est celle de l’éducation d’Eugénie une jeune fille de 15 ans par ses instituteurs Madame de Saint Ange, son frère le Chevalier de Mirvel, et le libertin Dolmancé aidés de leurs domestiques notamment le jeune jardinier Augustin.

Eugénie qui a quasiment désobéi à se mère Madame de Mistival pour rejoindre Madame de Saint Ange, est une belle et innocente jeune vierge qui va être deux jours durant le terrain d’expérimentation d’un apprentissage du libertinage, mélange de théories philosophiques et d’actes sexuels.

Le précepteur est assurément Dolmancé, qui véhicule les théories du Marquis mais Madame de Saint Ange joue également un rôle important, appuyant comme un double féminin le conditionnement de la jeune fille.

Plus de la moitié du livre ne consiste qu’en des scènes sexuelles débridées , très crues et donc déconseillées aux ames sensibles.

Le Marquis y fait longuement l’éloge de la sodomie et de l’homosexualité, surtout masculine du reste.

On notera une sorte de crescendo dans l’horreur, avec des hommes aux sexes de plus en plus surdimensionnés, (35 cm !) et l’utilisation pour les femmes de godemiché du même acabit.

De manière surprenante pour l’époque, Sade prône l’émancipation des femmes, égales aux hommes dans une société entièrement vouée au vice.

Ses conseils, notamment dans l’art de la dissimulation et de la fausseté sont pour le moins savoureux.

La cruauté est présentée comme le meilleur moyen de décupler son plaisir.

Les attaques contre les bonnes mœurs, l’éducation et surtout les religions sont d’une violence inouïe.

Jamais de ma vie en effet je n’avais lu de critiques aussi virulentes sur ces thèmes précis.

Sade développe les idées que rien n’est crime, ni le vol, ni le viol, ni le meurtre.

La deuxième partie du 5ieme dialogue intitulée, « Français, encore un effort si vous voulez être républicains » laisse de coté les scènes de débauches pour défendre de manière approfondie cette philosophie « inversée » de l’existence.

Pour cela, Sade s’appuie sur la diversité des coutumes des peuples du monde ainsi que sur des exemples tirés de l’Histoire (principalement Grecque ou Romaine ).

Y apparaît une Nature toute puissante, par définition cruelle, participant de manière égale aussi bien à la destruction qu’à la création.

Sade rejette l’existence d’un Dieu, la place centrale de l’homme dans le monde, conteste le rôle de la reproduction de son espèce, et tient pour responsable de l’affaiblissement de ces principes le Christianisme ou toute forme de religion, également coupable à ses yeux d’asseoir les régime despotiques.

Les lois, destinées à l’intérêt général au détriment du particulier doivent être en petit nombre et peu coercitives.

L’amitié, l’amour, de ses parents , de ses enfants n’ont pas leur place pour dans la vie du libertin qui se doit d’être libre, dénué de toute attache et puissamment  individualiste.

Au sortir de la Révolution Française, la pensée du Marquis résonne comme un puissant appel à ses compatriotes pour poursuivre l’effort et aller encore plus loin sur les voies de la liberté.

Les limites de Sade, (car oui il en a ! ) semblent être les guerres et les exécutions de masses.

Son argumentaire contre la peine de mort est également d’une efficacité assez imparable.

Le livre se termine sur un dernier dialogue, le pire( !) de tous ou la jeune Eugénie totalement gagnée aux théories sulfureuses de ses instituteurs participe de manière odieuse aux atroces tortures infligées à sa propre mère.

En conclusion « La Philosophie dans le boudoir » est un livre à la mesure de la réputation du Marquis de Sade, digne d’être classé X et par moment très choquant ou dérangeant (par exemple les passage sur l’inceste, l’infanticide ou la pédophilie).

Pour autant, les parties philosophiques tellement radicales et opposées à toute forme de norme m’ont terriblement intéressées.

Le Marquis de Sade me fait penser au fond à un anarchiste, un penseur révolutionnaire, un rebelle avec du fond, l’église pouvant même le qualifier d’Antéchrist en personne.

Son amour de la liberté trouve je le crois une intense résonance dans la culture républicaine française.

Les passages ou le Marquis s’attaque à la religion sont prodigieux.

Et dois je l’avouer, j’admire profondément son anticonformisme, sa soif de liberté.

Suivant sa sensibilité et son éducation on aimera ou on rejettera « la Philosophie dans le boudoir » mais c’est un livre qui pour moi fait réagir, interpelle, et fait figure d’incontournable référence littéraire.

Repost 0
Published by Seth - dans Erotisme
commenter cet article
18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 10:16


« La vallée des rubis  » de Joseph Kessel est encore une fois un roman d’aventures prenant cette fois ci place en Asie, ou plus précisément en Birmanie après la seconde guerre mondiale.

L’histoire est celle d’un journaliste parisien accompagnant un marchand de rubis français (Julien) et son contact local, Julius pour une expédition à la ville de Mogok, située dans une région quasi mythique pour ses rubis et très reculée du nord de la Birmanie.

Le but de cette expédition paraît assez flou, puisqu’il s’agit de retrouver le trésor perdu d’un ancien riche marchand birman , ex chef de bande, ayant accumulé par divers moyens (légaux et illégaux) une fortune en pierres précieuses présumée colossale.

Sur cette idée de départ assez mince, nos deux aventuriers prennent le départ pour ce pays lointain et mystérieux.

En réalité « La vallée des rubis » n’est pas à proprement parler un roman, et ressemble plutôt à un reportage s’attachant à décrire simplement les impressions émerveillées de l’auteur plutôt qu’à raconter une histoire très dense.

Le résultat est qu’on passe son temps à attendre quelque chose, par exemple une apparition de ces redoutables bandes organisées sévissant dans la jungle dont Kessel nous parle tant, mais il ne se passe pas grand chose et on s’ennuie plutôt à la lecture du livre.

Bien sur, le rappel sur l’histoire de la Birmanie avec les occupations Britanniques puis Japonaises, les descriptions des villages, des conditions d’extractions des pierres précieuses, de toute la chaîne complexe de confection et de commerce de ses pierres sont intéressantes mais il faut bien avouer que la trace du mystérieux marchand dont le narrateur est à la recherche se fait plutôt discrète dans le récit.

Il y a aussi les rencontres, la multitudes d’ethnies présentes dans la jungle pour assouvir l’avidité naturelle et universelle de l’homme.

Dans ce récit j’ai particulièrement apprécié l’allusion au trafic d’opium, le personnage du Tibétain écartelé entre sa foi bouddhique et son addiction à la drogue, et étrangement j’ai été plus impressionné par la puissance des passages relatifs aux villes traversées en Inde, notamment les extraordinaires fêtes religieuses à Bombay et Calcutta.

Finalement on a l’impression qu’il manque quelque chose à ce livre, une rencontre étonnante venant bouleverser la vie du héros, une histoire d’amour impossible, un drame terrible vous meurtrissant le cœur et l’ame comme dans la plupart des livres de Joseph Kessel.

« La vallée des rubis » me paraît donc incomplet et manquant de saveur par rapport aux meilleurs livres de  Kessel.

Repost 0
Published by Seth - dans Aventure
commenter cet article
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 18:28


J’avais un grand père professeur d’allemand et germanophile intégriste qui érigeait Goethe au firmament de la Kultur avec un grand K.

Il était donc prévisible qu’un jour ou l’autre je vienne à tenter l’aventure germanique.

Ceci est chose faite avec « Les Souffrances du jeune Werther » roman culte en son temps (Napoléon le connaissait par cœur paraît il ! ) qui révéla au monde le talent du jeune écrivain.

« Les Souffrances du jeune Werther » s’inscrit pour moi dans la tradition d’un romantisme d’un autre temps, celui des « Liaisons dangereuses » , de « la Nouvelle Heloise » et plus généralement celui du siècle des lumières.

On peut trouver cela charmant ou parfaitement désuet et ridicule selon ses goûts.

C’est un mélange de son expérience sentimentale personnelle douloureuse et d’une tragédie survenue à l’un de ses proches qui inspira Goethe pour ce livre.

La forme utilisée est particulière puisqu’elle se présente comme un long échange épistolaire (à sens unique en fait ) entre le narrateur, le jeune Werther et un ami inconnu et factice un certain Wilhelm.

Werther y raconte longuement les tourments qui l’ont assailli, quand ayant pris du recul dans un charmant petit village de Wetzlar, il eut le malheur de tomber amoureux d’une certaine Charlotte fille d’un comte local et mariée à un certain Albert, homme de haut rang, apparemment irréprochable mais manquant de la fantaisie et de la folie de l ‘artiste.

Après une période de pleine euphorie ou Werther s’extasie sur la nature en fête, et sur l’effet bénéfique que lui procure son amour pour Charlotte, le jeune homme plonge progressivement dés l’arrivée d’Albert dans un enfer psychologique sans fin.

La situation est classique, l’infernal triangle amoureux avec une femme inaccessible ce qui ne fait sans doute qu’attiser le désir du jeune et fougueux Werther.

Ce qui ajoute au coté malsain de l’histoire c’est que Werther est régulièrement invité par le couple, Charlotte appreçiant en effet sa compagnie amicale et le mari le tolérant pour sa vivacité d’esprit.

Sentant le danger, Werther tentera bien de se faire muter dans un poste à l’ambassade mais il ne s’y sentira jamais à l’aise et pire, victime d’une rumeur nauséabonde en raison d’une liaison avec une jeune comtesse, il démissionna et revint précipitamment se jeter dans son piége tant adoré.

Au passage, les descriptions du monde de l’ambassade, de la médiocrité des employés et des cadres sont assez savoureuses, Werther y apparaissant comme un esprit libre terriblement anti conformiste et critique vis à vis de la noblesse, « race » qu’il déteste visiblement au plus haut point.

De retour à Wetzlar, la situation s’envenime et une succession de micro-drames vient exacerber la sensibilité à fleur de peau du jeune homme, l’acculant au désespoir.

L’ombre du suicide jusqu’alors esquissée se fait de plus en plus insistante.

Finalement le dénouement tragique aura lieu.

Goethe conclut donc de façon la plus dramatique cette histoire d’amour impossible et de chagrin trop lourd à supporter pour une vie terrestre.

J’avoue que le succès foudroyant de ce roman me surprend fortement.

Je soupçonnai au départ un fort attrait du public féminin pour ce type d’ouvrage mais apparemment les hommes aussi aimaient ce livre peut être parce qu’au fond l’histoire de Werther est puissamment universelle et qu’elle renvoie tout à chacun à ses propres blessures amoureuses.

Quoi de plus universel et classique en effet de désirer une femme qui ne veut pas de soi ou qui nous est inaccessible ?

J’avoue moi-meme m’être une fois douloureusement meurtri dans cet engrenage.

Sur le livre en lui même, je n’ai pas été très touché par les déboires de ce jeune homme de bonne famille, oisif et privilégié et ne pas être très réceptif à ce type de littérature trop sentimentale à mon goût.

Et puis Goethe n’est il pas tout au fond considéré comme un génie par ses poésies et ses pièces de théâtre (comme Faust) ?

 

 

Repost 0
15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 10:42


J’avais lu pendant mes études « L’étranger »  d’Albert Camus, grand classique de la littérature française mais il ne m’en était pas resté grand chose, comme quoi quand le savoir est dispensé par contrainte son impression est plus fugace.

Dés les premières pages on est surpris et mis très mal à l’aise par le ton de la narration.

La situation initiale est tout  d’abord pénible puisque Meursault, un jeune français  célibataire d’une trentaine d’années vivant à Alger reçoit la nouvelle de la mort de sa Mère et est donc convoqué pour suivre la veillée funèbre et les procédures d’enterrement.

Outre ce cadre macabre ce qui rend mal à l’aise est l’extrême détachement et neutralité du ton abordé.

Meursault décrit en effet les événements comme si il leur était extérieur et comme si aucun d ‘entre eux ne l’atteignait.

Ce ton sera une constante du livre.

De retour à Alger, Camus décrit le quotidien de Meursault, son travail de bureau, ses habitudes, et surtout ses fréquentations.

Il y a Marie, sa jeune amie, qui semble attachée à lui et viser un mariage, Salamano un vieil homme ayant une curieuse relation d’amour haine avec son chien et surtout Raymond, proxènete violent et personnage inquiétant avec qui Meursault sympathise avec le même détachement.

Raymond a des problèmes avec une femme arabe qui lui doit de l’argent, il la corrige violemment, l’affaire prend mauvaise tournure, Meursault se porte témoin pour défendre Raymond au commissariat.

Les frères de la femme arabe se mettent alors à suivre Raymond pour se venger.

Le drame se joue à la plage d’Alger, ou l’affrontement a lieu.

Meursault commet alors un meurtre et abat par balle le frère de la femme arabe.

La description de la scène de la plage est extraordinaire.

Meursault semble entraîné passivement dans un concours de circonstances qui l’emmène à tuer un homme, il ne semble même pas avoir conscience de son acte.

Le soleil et la chaleur accablante sont décrits comme des éléments précipitant le drame puisqu’ils sont insupportables à Meursault.

Ceci n’est pas absurde je le pense en revanche car on sait que les crimes de sang sont plus nombreux quand les températures sont chaudes.

La deuxième partie du livre est donc le procès de Meursault et devant son indifférence à sa défense et son absence de circonstances atténuantes ou de remords, sa condamnation à la peine de mort par guillotine.

La fin du livre est la plus impressionnante avec l’attente dans la cellule et les dernières heures du condamné.

On comprend alors mieux la philosophie de vie de Meursault, son attitude d’insensibilité et de détachement par rapport aux évènements de son existence.

Le refus de la religion pour accompagner les derniers instants de la vie d’un homme et très marqué, avec le dialogue houleux avec l’aumônier.

Le message difficile à décoder précisément semble pourtant apparaître : puisque la vie n’a aucun sens, puisque des forces absurdes précipitent le cours des évènements comme le soleil qui fait tuer un homme ou le fait d’être condamné à mort pour ne pas avoir pleuré lors de l’enterrement de sa mère alors autant s’en détacher.

« L’étranger » est donc un livre puissant, inquiétant, provocant, choc (la dernière phrase fait l’effet d’un coup de poing au visage ) , mystérieux, plongeant le lecteur dans le malaise puis l’horreur pour l’emmener vers une réflexion quasi philosophique sur le sens de la vie.

Le ton de la narration évoque pour moi un rêve, ou plutôt un lent et insoutenable cauchemar sous le soleil algérien.

Par rapport au titre, l’étranger n’est donc pas cet Arabe tué par hasard, mais ce Meursault qui ne correspond à aucune norme sociale et doit donc être éliminé.

Un livre culte et difficile donc comme une plongée dans un abîme que peu de gens veulent finalement regarder en face.

Repost 0
13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 14:52


Retour à une littérature plus sombre avec « La bête qui meurt » de Philip Roth.

Voilà un livre intéressant, traitant des sujets profonds et universels comme la vieillesse sexe, l’amour, la maladie, la mort.

Ce livre raconte l’histoire de David Kepesh, sexagénaire, professeur de littérature et critique culturel qui tombe éperdument amoureux d’une de ses étudiantes une jeune femme d’origine cubaine Consuelta Castillo.

Mais la manière de raconter cette relation ou cette amour peu commun n’est pas déguisée, elle est crue et dit les choses de manière directe comme peut le dire un homme qui voit approcher la fin de se vie.

La vérité c’est que le vieux professeur n’a pas vu son désir s’étioler avec le temps et que chaque année il couche avec quelques unes de ses étudiantes.

Consuelta lui plait car elle n’a pas les manières de jeune étudiante, elle s’habille comme une femme active et mure, elle a des manières et un goût pour la culture presque anachroniques.

Mais Kepesh est surtout attiré par son physique, sa jeunesse et sa poitrine exceptionnelle.

De son coté Consuelta qui a été éduquée à la Cubaine, est fascinée par l’homme de culture, l’homme de radio, qui lui ouvre les portes d’un monde qu’elle ne connaît pas et qui l’attire.

Mais rapidement Kepesh devient obsédé par Consuelta, dévoré par une jalousie dévorante et s’aperçoit qu’il est prisonnier de cette relation avec une gamine de quarante ans de moins que lui.

Bien entendu ce qui devait arriver arriva et Consuelta une fois son diplôme obtenu le quitte pour s’installer à New York.

Kepesh découvre alors la souffrance, le manque, la jalousie qui le tenaille encore.

Présenté sous cet angle « La bête qui meurt » pourrait être vu comme un roman un peu pathétique et sulfureux sur le désir d’un vieux séducteur du troisième age, mais le roman couvre en réalité un domaine plus large que cela.

Roth élargit son sujet, retrace l’évolutions des mœurs de la société américaine depuis son époque (des années 50 ), puis la révolution sexuelles des années 60/70 avec l’apparition de toute ces libertés, de l’émancipation des femmes jusqu’à nos jours ou tout ceci semble naturel et aller de soi depuis la nuit des temps.

Il règne sur ce livre un anticonformisme puissant avec une vision au vitriol du mariage, des conventions, de ces femmes quadragénaires cadres accomplies professionnellement mais dont la vie privée est un naufrage.

Puis la dernière partie fait basculer le livre dans une autre dimension, beaucoup plus poignante.

Consuelta revient brusquement plusieurs années après revoir le vieux professeur.

Elle a 32 ans, a un cancer du sein, a peur.

Sa superbe poitrine symbole de sa vitalité exceptionnelle va donc se retrouver mutilée pour tenter de sauver sa vie.

Ensemble, dans cette épreuve les deux anciens amants se retrouvent avec tendresse et respect.

Roth s’interroge sur les thèmes de la maladie, du temps, de la mort.

« La bête qui meurt » commence donc comme une histoire de sexe, une passion physique quasiment taboue, et se termine part des réflexions profondes sur la vie.

Je suis assez d’accord avec cette vision des choses.

Le sexe, élément central du roman, est également considéré comme l’élément central de la vie mais sans le coté « procréation et harmonie » de la vie religieuse, plutôt comme moyen de lutte naturel, instinctif contre le dépérissement et la mort.

« La bête qui meurt » est un donc un roman puissant, cru, sans complaisance traitant de notre société avec en toile de fond l’explosion des valeurs familiales et traditionnelles, un roman dont la noirceur et la lucidité semblent le fruit de l’arrivée au crépuscule de sa vie d’un grand écrivain.

Le roman que je relirai peut être à plus de soixante ans passés ?

Repost 0
12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 11:29


« Cesar Imperator  » est un livre fleuve de Max Gallo retraçant de manière romanesque la vie du plus célèbre empereur romain.

Il est vrai qu’aujourd’hui peu de noms ont fait autant impression au fil des siècles que celui de César, je citerai Napoléon, Hitler ou Alexandre le Grand dans la même catégorie des conquérants mais ne vois guère d’autres équivalents dans l’Histoire.

Mais je dois avouer qu’en dehors des sempiternels clichés autour de César et des Romains je ne connaissais pas très bien le déroulement de sa vie.

Et quelle vie ! Quel destin en effet ! Impossible sans doute de tout traiter dans les 400 et quelques pages du livre.

Gallo s’attèle pourtant à cette tache si dense et si complexe.

Je scinderai la vie de César en deux parties, la première celle des intrigues à Rome ou pas à pas il gravit prudemment les paliers visant à le mettre dans les meilleurs conditions pour accéder à des fonctions chaque fois plus importantes, la seconde ensuite après l’accession au poste de consul et le début de la guerre des Gaules

César, jeune homme issu d’une famille noble mais non de premier plan dans la vie romaine aimait à se dire descendant des familles troyennes et de la déesse Vénus.

Sa mère Aurélia Cotta semble avoir joué un rôle majeur dans le développement de son éducation et de son ambition.

César grandit dans une époque troublée déchirée par la guerre civile entre partisans de Marius (dont sa famille est proche) et ceux de Sylla.

L’objet de ce conflit est d’ordre politique, Marius veut instaurer un système plus égalitaire et favoriser la plèbe tandis que Sylla protége les « optimates » les aristocrates privilégiés.

Quand Sylla l’emporte, le jeune César parvient par les relations de sa famille à échapper aux massacres sanglants.

Il est néanmoins obligé de quitter Rome et s’engage dans l’armée pour aller mater une rébellion sur l’île de Lesbos.

Au cours de ce voyage le bruit court qu’il a eu une liaison homosexuelle passive avec Nicomède IV le roi de Bithynie dont il cherchait l’appui.

Ses adversaires politiques le railleront longtemps sur ce sujet l’appelant la « Reine de Bithynie ».

Pourtant César manifeste déjà de grande dispositions pour le statut de chef.

Capturé par des pirates, il négocie sa remise en liberté contre rançon et revient pour exécuter impitoyablement ses ravisseurs qui pourtant  l’avaient ménagé.

De retour à Rome, César tisse son réseau de relations.

Ayant appris l’art de la rhétorique à Rhodes, il fait de brillants discours pour s’attirer les faveurs de la plèbe.

Il donne également de somptueuses fêtes pour se faire connaître.

César emprunte des sommes colossales auprès de Crassus l’un des hommes les plus riches de Rome, afin d’acheter les élections et devenir successivement tribun, prêteur puis pontifex maximus, titre religieux prestigieux qui lui assure un haut rang social.

Mais César sait que le vrai pouvoir est détenu par celui qui possède le contrôle des armées.

Il parvient grâce à Crassus à se faire élire consul en –59 av JC, charge co-détenue avec Bibulus pendant une année.

Cependant César a de nombreux ennemis.

Ces sont les sénateurs, issus de la noblesse et farouchement accrochés à leurs privilèges.

Caton homme politique et philosophe est son ennemi le plus acharné.

Cicéron, qui soutient la noblesse est aussi un de ses adversaires mais Gallo le présente comme un lâche, peu enclin à l’action.

César se méfie également des ambitions de Crassus, homme ambitieux et dangereux qui a stoppé la révolte de Spartacus et dont il est sous le joug à cause des ses multiples dettes.

Mais le rival le plus en vue de César est Pompée, qui revient d’un succès militaire contre l’Empire Parthe.

L’idée géniale de César est alors de proposer à Crassus et Pompée, un triumvirat pour gouverner à trois et en réalité neutraliser temporairement ces deux plus dangereux rivaux.

Ensuite César cherche la gloire militaire, sans qui à cette époque finalement un homme ne peut prétendre aux plus hautes charges romaines.

Il se fait nommer proconsul en Gaule et reçoit le commandement de quatre légions.

Ainsi commence l’épopée gauloise et guerrière de Jules César.

Le livre oublie donc quelque peu la politique pour se consacrer aux conquêtes militaires de César.

La Gaule paraît un pays extremment divisée en des myriades de tribus.

César compte exploiter ces divisions pour conquérir la Gaule Chevelue située au Nord qui reste insoumise contrairement à la Gaule Narbonnaise et à la Gaule Cisalpine fidèles à Rome.

S’ensuit donc un jeu complexe d’alliance entre les differents peuples.

Au cours de ses voyages en Gaule, César défait une première fois les Germains et en profite pour devenir le premier empereur romain à passer le Rhin, exploit plus symbolique dont il se servira par la suite.

César entreprend de raconter ses mémoires pour créer sa propre légende, les récits de ses victoires donneront naissance à « La guerre des Gaules ».

En face les Gaulois parviennent enfin sous l’impulsion d’un chef charismatique Vercingétorix l’Arverne  à se fédérer.

Vercingétorix, a étudié les tactiques des légions romaines, il est intelligent, courageux et oppose une forte résistance aux Romains.

Le tournant de la guerre se situe à Alésia, date bien connue de tous les écoliers.

Gallo explique fort précisément cette bataille et la manière dont César l’emporte sur la coalition Gauloise pourtant quatre à cinq fois supérieure en nombre aux légions romaines.

La raison semble être tactique, construction de double palissades pour isoler la ville, de piéges à hommes redoutables, et également l’utilisation de troupes de cavalerie germaines qui terrorisent les gaulois par leur réputation d’invincibilité.

Vaincu, Vercingétorix sera capturé puis exhibé à Rome avant d’être exécuté.

Fort intelligemment César n’oublie pas d’envoyer une partie de son butin à Rome ou il finance de nombreuses constructions et reste populaire auprès de la plèbe.

César poursuit inlassablement ses succès militaires, il écrase les derniers feux de la rébellion gauloise, massacre sans pitié ceux qui se sont dressé contre lui et fait intelligemment preuve de clémence envers certains peuples combatifs qu’il compte intégrer plus tard dans ses légions comme auxiliaires.

César soumet également la Bretagne, terre mythique et inaccessible à l’époque.

Il a l’idée d’utiliser un éléphant pour terroriser les peuples insulaires.

Rien ne semble lui résister, il poursuit jusqu’en Egypte qu’il soumet également.

Il fait assassiner le jeune pharaon Ptolémée XIII et vit une idylle avec la jeune reine Cléopâtre.

César est séduit par l’Egypte et surtout impressionné par le rayonnement de la ville d’Alexandrie.

Il est vrai qu’Alexandre le Grand reste son modèle.

Entre temps à Rome, les sénateurs tentent de le destituer, Pompée ayant compris la menace qu’il représente, devient leur bras armé.

César hésite puis revient à Italie, passe le Rubicon (Alea Jacta est ! ) , et décide d'aller se faire Pompée comme on dit dans le milieu du X et se lance dans la guerre contre les légions de Pompée.

La défaite et la mort de celui ci en Thessalie, oblige ses partisans (Caton, Scipion) à se replier en Afrique sous la protection du roi de Numidie.

César les poursuit jusqu’en Afrique et les extermine.

Fatigué, il revient à Rome.

César a pris garde de ne pas exterminer les soldats vaincus et les partisans de Pompée comme son fils adoptif Brutus.

Sa clémence vise à préserver la paix civile entre citoyens romains.

A Rome la plèbe le célèbre comme un Dieu, un fils de Jupiter.

Les fêtes en son honneur se succèdent, le pouvoir du Sénat recule, la république pâlit.

Mais sa trop grande puissance effraie et attise les jalousies.

On le soupçonne de vouloir devenir roi et d’anéantir le république.

La plèbe le soutient mais les sénateurs complotent.

Infatigable César s’apprête à mener une immense campagne militaire pour vaincre enfin le roi des Parthes, puis soumettre la Dacie et la Germanie.

Mais il est assassiné un soir au Sénat, par une conjuration menée par des sénateurs et ou se tient son fils adoptif Brutus.

Cruelle ironie, l’homme qui survécut à d’innombrables batailles contre de féroces armées meurt assassiné par des hommes en toge.

Que retenir d’une telle épopée ? Max Gallo offre une vision captivante d’un des destins les plus extraordinaire qui ait jamais été.

Jules César est présenté comme un homme certes d’une ambition hors norme mais surtout comme un stratège génial, un brillant politicien et un chef de guerre insurpassable.

Sa manière de mener les hommes, d’allier sévérité et clémence, de partager avec eux les dures conditions de voyage, et surtout de ne pas hésiter à monter en première ligne pour mener un assaut lui a assurée une adhésion quasi sans faille de ses troupes.

Bien entendu le fait d’accorder le butin à ses soldats en cas de victoire était également très habile.

Néanmoins César n’apparaît pas réellement comme un être humain.

On ne sait rien de ces sentiments … on le sait aimer s’abandonner à la volupté dans le temps de sa jeunesse ou sous les mains expertes de Cléopâtre mais César apparaît comme une sorte d’homme de fer, à la volonté invincible le menant toujours en avant.

La quête sans fin du pouvoir, la guerre permanente, absolue.

César a il est vrai œuvré pour Rome, accroissant l’empire, renflouant les caisses et bâtissant mais il semble plus avoir agi pour sa gloire personnelle et ne semble pas avoir été un grand législateur ni même un grand penseur.

De ce livre on ressort admiratif devant l’intelligence du chef de guerre invaincu, du fin stratège mais aussi quelques peu écœuré de voir jusqu’ou la quête absolue de pouvoir peut mener un homme.

Trop de pouvoirs concentrés dans un seul homme ne pouvaient pour moi mener qu’à ce type de fin tragique.

Les hommes, quoi qu’on en dise n’aiment pas ceux qui se prétendent des dieux.

Mais Jules César restera sans doute un sujet de discussions (et de fantasmes ) sans fin !

Repost 0
Published by Seth - dans Histoire
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Seth
  • : Articles/Chroniques pour un partage de voyages interieurs majoritairement littéraires
  • Contact

Recherche

Pages

Liens