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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 20:50


Progression logique : après les guerres médiques je suis passé à « la guerre du Péloponnèse » de Victor Davis Hanson .

En effet si les livres de Steven Pressfield et d’Henri Pigaillem lus précédemment décrivaient la résistance héroïque et quasi mythique des Grecs contre l’ogre perse tentant de les avaler, on pouvait se demander ce qu’il était advenu  par la suite après cet effort colossal.

Et bien le livre très dense d’Hanson apporte une réponse.

Si pour les guerres médiques les écrits d’Hérodote servaient de matière première, pour le Péloponnèse ceux sont les écrits de l’historien Thucydide, témoin oculaire, stratège militaire et humaniste-pessimiste qui feront foi.

La déroute des Perses en –479 a dans un premier temps marqué le début d’une ère de domination de prêt de cinquante ans d’Athènes sur le monde grec.

C’est ce qu’on pourrait appeler le temps des lumières athénien sous l’ère de Périclès.

Les plus belles et complexes constructions architecturales comme le Parthénon sont érigées, Socrate « invente » la philosophie, Eschyle, Euripide, Sophocle et Aristophane écrivent des chefs d’œuvres théâtraux qui traverseront les siècles, il y a donc un foisonnement culturel et technique sans égal à l’époque.

Mais Athènes domine aussi militairement et économiquement de manière écrasante toutes ses rivales par la qualité et la quantité de ses navires.

Ainsi Athènes devient une sorte de super puissance impérialiste cherchant à imposer ses colons et son système démocratique à l’ensemble des autres cités.

Ses grandes rivales de toujours, Thèbes, Corinthe et surtout Sparte se sentent menacées par cette puissance envahissante.

Rapidement en –431 les tensions s’accroissent et une guerre civile grecque éclate entre Athènes et ses colonies d’un coté et une ligue Péloponnésienne dirigée par Sparte de l’autre.

C’est le récit de cette guerre fratricide sanglante qui durera prêt de 30 ans que nous raconte Hanson.

Son livre prend un parti plutôt original, celui de ne pas dérouler les événements de manière chronologique et linéaire mais plutôt par grands thèmes autour du feu, de la maladie, de la terreur ainsi que des techniques militaires utilisées lors de ce conflit.

Au niveau des forces en présence et des différences de stratégies adoptées l’antagonisme est extrêmement marqué.

Tout en effet oppose Sparte et Athènes.

Sparte est une oligarchie inégalitaire avec un pouvoir appartenant à une classe supérieure, c’est une ville terrestre, très militarisée, peu ouverte culturellement et techniquement, avec une marine inexistante, mais une armée terrestre considérée comme invincible et redoutée par le monde entier.

Ses points faibles sont donc son manque de richesses (nécessaires pour mener une guerre longue ) et une immense classe d’esclaves dit « hilotes » voisin grecs asservis par la force et susceptible de se révolter un jour pour faire exploser le système qui les a oppressés depuis si longtemps.

Sparte mise donc tout sur une stratégie d’invasion terrestre massive en forçant les Athéniens à sortir de leur ville pour les battre dans une bataille rangée.

Elle est appuyée en cela par son alliée Thèbes, presque aussi redoutable par ses fantassins, qui est chargée d’ouvrir un deuxième front au Nord de l’Attique de manière à prendre en tenaille Athènes.

De son coté Athènes est une démocratie gouvernée par une assemblée à domination populaire plutôt versatile que Périclès parvient à canaliser par son charisme.

Ses richesses sont énormes, ses colonies nombreuses, notamment dans les îles.

Sa stratégie est de refuser un affrontement terrestre direct avec les Spartiates en se retranchant derrière des hautes murailles fortifiant la ville, tenir le siége, et de lancer des attaques éclairs à l’aide de ses navires pour affaiblir les Péloponnésiens et provoquer des révoltes chez les esclaves des Spartiates en leur proposant un système démocratique plus égalitaire.

En –431 c’est Sparte qui lance la première son invasion terrestre, les Athéniens se retranchent derrière leurs murs tandis que les Spartiates incapables techniquement de prendre la ville d’assaut ravagent les récoltes des paysans les conduisant à se cacher dans la ville.

Mais une faille apparaît dans la stratégie Athénienne, la surpopulation, la chaleur et les conditions d’hygiène dans la ville pendant le siége produisent l’apparition de la peste.

Cette épidémie étalée sur prêt des quatre ans aura des conséquences dramatiques et décimera une partie importante des forces athéniennes.

Périclès lui même en meurt et avec lui Athènes perd son leader spirituel et tactique.

Pourtant au final les Spartiates eux mêmes atteints par la peste et épuisés par ces siéges stériles se retirent également.

Athènes lance alors ses raids navals meurtriers et soumet dans le sang certaines îles comme celle de Mytilène.

De leurs cotés les Péloponnésiens ne sont pas en reste et détruisent aussi les villes refusant de se soumettre comme Platées.

On assiste alors à une escalade de la terreur, les codes de la guerre entre cités grecques volent en éclat, avec l’apparition pour la première fois de massacres de soldats désarmés ou en déroute et même de populations civiles.

Les techniques militaires changent, les batailles « à la loyale » entre phalanges sur un terrain découvert cessent, on voit l’apparition de fantassins légèrement armés destinés à tuer des hoplites isolés  ainsi que d’armes de trait (fronde ou arc ) considérées comme déshonorantes par les Grecs pourtant.

La cavalerie jadis plutôt aristocratique et minoritaire obtient un rôle nouveau.

On voit même l’apparition des premières machines de siéges même si rudimentaires.

Les succès changent alternativement de camps, les Spartiates tentent cinq invasions terrestres sans succès, les Athéniens commandés par Alcibiade général brillant mais peu honorable infligent la première déroute terrestre aux Spartiates à Sphactérie en –425 , certes dans une bataille non rangée, ces derniers prennent leur revanche à Mantinée en –418.

Alcibiade est exilé pour des soupçons d’impiété et rejoint le camps spartiate pour se venger.

Les Spartiates ont compris qu’ils ne battraient jamais les Athéniens si ils ne parvenaient pas à construire une flotte capable de rivaliser avec leurs navires.

Ils s’allient donc avec leurs ennemis de toujours les Perses qui les soutiennent à l’aide des richesses de leur immense empire.

Soutenue financièrement, Sparte se  lance dans de grands programmes navals et recrute des marins étrangers.

De leurs cotés les généraux grecs athéniens comme Nicias ne sont pas au niveau de leurs prédécesseurs et accumulent les erreurs tactiques.

La guerre de Sicile s’étalant de –415 à –413 marque le tournant de la guerre.

Athènes se lance dans l’invasion de cette île gigantesque, démocratique, très peuplée et situées très loin de chez elle.

L’armée, dirigée par des généraux incompétents se heurte aux cavaliers Syracusins et subit de lourdes pertes.

Cette entreprise folle se termine par une déroute massive, l’exécution des généraux et la destruction d’une grosse partie de la flotte Athénienne.

Sparte lance alors de multiples offensives navales pour profiter de son avantage.

L’amiral spartiate Lysandre s’avére un brillant stratège.

Les batailles finales ont lieue dans la mer Egée prêt de la Ionie.

A cours d’hommes les Athéniens enrôlent des esclaves en leur promettant la liberté après la guerre.

En –406 la bataille des Arginuses sera l’une des plus meurtrières de l’Antiquité.

Les Athéniens prennent encore l’avantage sur les Spartiates en mer mais les généraux vainqueurs sont exilés et l’alliance avec la Perse permet aux Spartiates de fournir toujours plus de bateaux.

En –405 Athènes voit sa flotte détruite et capitule l’année suivante.

Mais Sparte ne profitera pas longtemps de son triomphe, s’avérant incapable d’administrer un empire et son alliance avec un allié aussi encombrant que la Perse lui causant des difficultés insurmontables.

En –403 la démocratie fut rétablie à Athènes et un semblant d’équilibre rétabli avec un pouvoir restreint moins impérialiste et envahissant vis à vis de ses voisins.

Le dernier chapitre du livre est de loin le plus intéressant.

Il analyse en effet les  raisons de la défaite athénienne et les conséquences sur le long terme de cette guerre civile.

La Grèce ressortira  en effet affaiblie, traumatisée, avec des blessures difficiles à cicatriser.

La fin de l’age d’or ? Contrairement à l’auteur je le pense car si pendant soixante ans le pays fut stable il fut par la suite définitivement conquis par les Macédoniens Philippe et son fils Alexandre.

On peut donc parler d’inéluctable déclin .. ce qui fait que généralement l’age d’or de la Grèce est situé au Viéme siècle, avant la guerre du Péloponnèse, après c’est autre chose même si finalement les bases posées subsisteront culturellement.

On peut donc penser que les trente années de ce conflit fratricide auront marquées un coup d’arrêt à l’expansion du monde hellène.

Finalement même  les inventeurs de la démocratie et de la philosophie n’ont pas échappés aux écueils des excès de pouvoirs et aux horreurs de la guerre.

Si la guerre contre les Perses étaient une guerre juste, celle entre Grecs s’est avérée beaucoup plus vicieuse et sale dans ses méthodes.

A propos du livre en lui même il s’agit d’un pavé de 500 pages, fournissant un travail extrêmement méticuleux et sérieux.

Le fait que tout le travail repose sur un seul auteur Thucydide me gêne toutefois surtout quand on le compare à  celui Henri Pigaillem qui lui avait confronté plusieurs sources différentes dans un soucis d’impartialité.

Les énumérations de statistiques sont quelques fois fastidieuses et les remarques après coups sur les erreurs de stratégie commises un peu faciles à mon goût.

Cependant la volonté  constante de l’auteur de raccrocher cette guerre aux conflits modernes est tout à fait louable.

Ainsi comparer Athènes la super puissance capable de frapper à distance pour imposer son modèle économique et politique aux Etats Unis actuels est plutôt astucieux mis à part que ce type de comparaison me parait plutôt limité, les Américains n’ayant pas il me semble de rivaux terrestres les menaçant directement sur leur propre sol.

Pour ma part au niveau des échelles je vois ce conflit comme si un jour Marseille devenue capitale économique et militaire de la France avait été attaquée par Paris ou par Lyon, rivales purement terrestres menacées par une influence grandissante.

En conclusion, malgré sa densité et son sérieux j’ai moins aimé ce livre que les précédents.

Peut être aussi que tout simplement les guerres médiques façon David contre Goliath exaltent plus mon imaginaire que des conflits internes pour une question de suprématie.

A lire toutefois pour avoir les connaissances historique de fond nécessaires pour aborder, les productions littéraires et théatrales d'Euripide, Sophocle et Aristophane tournant autour de ce sujet terriblement marquant pour un Grec ayant connu cette période.

 

 

    
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 14:53


Zoom sur l’histoire des guerres médiques et suite logique du l'article précédent : « Les murailles de feu » de Steven Pressfield.

Il s’agit donc apparemment d’un roman historique centré sur la bataille des Thermopyles, la couverture faisant plutôt adroitement référence au film « Les 300 » pour attirer le chaland.

Mais en réalité contrairement au film ce livre ne traite pas « que » de la bataille même, en effet pendant environ la moitié du roman on ne parle pas de ces fameux six jours historiques ou le détachement d’élite spartiate emmené par Léonidas tint en échec l’armée perse de Xerxès.

Le livre traite également de la vie à Sparte dans l’antiquité.

Le mode narratif choisie st  extrêmement original.

Le narrateur est Xéon, un jeune homme dont le village et la famille ont  été massacrés par les Argiens et qui contraint à une vie d’errance dans la campagne avec sa cousine et son ancien esclave guérisseur, finit par rallier Sparte en devenant un esclave au service d’un maître puissant et influent du nom de Dienekes.

Xéon a réchappé à la bataille des Thermopyles, grièvement blessé il est interrogé par la gardes de Xerxès, qui est curieux d’en savoir plus sur le mode de vie de ces gens qui ont préféré mourir pour leur pays et lui ont coûté de si cuisantes pertes.

Ainsi par Xéon, le lecteur découvre la rudesse des mœurs de Sparte, citée entièrement tournée vers l’art militaire.

Dés son adolescence chaque jeune homme est suivi par un mentor chargé de le former pour devenir un vaillant guerrier hoplite.

Xéon doit servir Alexandros qui est l’élève de Dienekes.

Le drame d’Alexandros est qu’il n’a aucun goût pour la guerre.

Alexandros est intelligent, beau, chétif, il aime la musique et a une voix d’ange.

Décalé par rapport à sa société, il subit donc les pires brimades des instructeurs, nez cassé, coups de fouets, humiliations publiques.

Mais Dienekes homme intelligent, tolérant, très respecté et aimé dans la cité, n’ayant pas eu de descendance male, considère Alexandros comme son propre fils et intervient fréquemment pour le protéger.

Xéon pratique la lutte et la boxe avec Alexandros pour l’aider à s’endurcir.

Les deux jeunes hommes soudés dans les épreuves se lient d’amitié.

A l’annonce de la mise en marche de la plus grande armée levée par un roi perse, la peur se diffuse dans toute la Grèce.

Les tentatives d’unifications sont très laborieuses, la plupart des villes restant neutres ou pire se soumettant par avance à Xerxès.

Sparte, Athènes, Corinthe et Thèbes choisissent de se battre.

Le roi de Sparte, Léonidas part au défilé des Thermopyles avec 300 hoplites, choisi pour leurs qualités guerrières mais également pour le fait qu’il ait des descendants afin de perpétuer leurs lignées.

Ils sont aidés par des contingents de troupes auxiliaires dont les Thébains.

L’idée est de bloquer l’invasion terrestre perse dans un étroit défilé montagneux entre la Thessalie et l’Attique tandis que la marine grecque luttera sur les flots pour protéger Athènes.

Contrairement au film « les 300 » Léonidas a en réalité soixante ans lors de cette expédition , ce n’est donc pas un body builder de 35-40 ans !

En revanche il est très respecté et ses troupes sont prêtes à mourir pour lui.

Dans la culture spartiate, le rois et les commandants vivaient dans les mêmes conditions de rudesse que leurs hommes ce qui tissait des liens très étroits entre eux.

Alexandros se porte volontaire pour la mission suicide, il suivra son père Olympias et son mentor Dienekes tout comme le fera Xéon.

A Sparte les esclaves suivent leurs maîtres jusqu’au champs de bataille, ils les assistent et peuvent même dans certains cas exceptionnels être amenés à lutter à leurs cotés.

Léonidas érige un mur dans le défilé et poste ses hommes en triangle.

Xerxès envoie des émissaires et promet à Léonidas d’épargner Sparte et de régner sur la Grèce toute entière en échange de sa soumission.

Avec leur alliance dit il, ils seront invisibles et iront même étendre l’empire perse en Europe.

Léonidas ne croit pas l’émissaire et refuse l’offre en bloc, la bataille est donc inévitable.

Les forces des Perses sont leur cavalerie et leurs archers, les meilleurs du monde à cette époque.

Mais le plus effrayant est leur nombre, plus d’un millions de soldats issus de toutes les contrées conquises depuis Cyrus, Darius et Xerxès.

En théorie les Grecs ne font pas le poids, mis à part sur les mers mais cela Xerxès ne le sait pas encore.

Le terrain des Thermopyles, encaissé et étroit n’autorise par les Perses à déployer leurs armes de prédilection.

Dans les corps à corps, les phalanges grecques ont un avantage indéniable.

Les Spartiates combattent en phalange soudées, chaque soldat protége son voisin de gauche en levant son bouclier de bronze, puis la phalange avance poussée par l’arrière des troupes tandis que les longues lances sont abaissées horizontalement en position d’attaque.

La phalange percute la ligne ennemi avec ses boucliers et par la force de sa poussée la renverse, ensuite les longues lances servent à piquer puis la phalange se ressoude et reproduit sa force de poussée.

Les fantassins perses ont des boucliers en osiers insuffisants pour les protéger, leurs lances sont trop courtes et leurs épées plus fragiles.

De plus, beaucoup sont esclaves, enrôlés de force dans une guerre les dépassant.

Les Grecs luttent pour leur pays, en homme libres.

Les Spartiates se connaissent tous depuis l’enfance et sont très soudés entre eux.

Le récit des six jours ou Léonidas et ses troupes tuent 20 000 Perses est passionnant et extrêmement dense.

Pressfield décrit avec talent et force ses combats homériques dont le point culminant est l’envoi d’un commando grec pour tuer Xerxès en pleine nuit.

Cette action commando échoue de peu et voit la mort  d’Alexandros qui se révèle finalement un combattant héroïque.

Finalement l’inexorable arrive, éreintés par la multitude des assaillants perses et leur arsenal inépuisable de combattants, les Grecs reculent et se font prendre à revers par la garde personnelles de Xerxès, les Immortels.

Ceux ci massacrent les Spartiates jusqu’au dernier et le corps de Léonidas est mutilé.

Xéon seul survit et capturé par les Perses raconte son histoire avant de mourir.

La suite on la connaît, l’embrasement de la résistance grecque, la déroute perse à Salamine puis à Platée, vaincue à la fois par la marine athénienne et par les terribles fantassins spartiates.

« Les murailles de feu » est un petit bijou de roman historique, bien plus complet et instructif que ne le sera jamais aucun film.

On côtoie des personnages héroïques mais à échelle humaine capables de nous émouvoir par leurs sentiments.

On comprend mieux les motivations de chacun, la mentalité spartiate n’excluant pas la peur mais s’efforçant par l’entraînement de considérer la guerre comme un travail en combattant avec discipline sans colère ni désorganisation.

En résumé un roman remarquable qui vous transporte complètement dans son monde.

Un signe qui ne trompe pas après ce livre Steven Pressfield bien qu’américain a été nommé citoyen d’honneur de la ville de Sparte.

Quelques passages :

« Une flèche qui siffle au oreilles peut ramollir les genoux. La tête polie du projecteur crie sa malveillance tandis que le poids de la tige dirige son vol meurtrier.
Mais cent flèches font un bruit différent. L’air semble s’épaissir et devenir incandescent ; il vibre comme un solide. Le guerrier se sent enfermé dans un corridor d’acier vivant. La réalité se réduit à cet espace de mort dont il est prisonnier. Il ne voit plus le ciel, il ne sait même plus qu’il existe.
Viennent mille flèches, leur bruit est comme un mur. Il n’offre aucune faille, aucun répit, solide comme une montagne il chante la mort. »

«  Les pensée du guerrier au moment de l’action répondent à un schéma invariable et inévitable … D’abord apparaissent les visage des êtres chers et loin du danger : sa femme, sa mère , ses enfants, surtout si ce sont des filles et si elles sont jeunes. Celles qui survivront et porteront son souvenir dans leur cœur. Il  chérit  ses images la. Il leur adresse son amour et leur dit adieu.
Puis l’esprit convoque ceux qui ont déjà passé la rivière et attendent sur la rive lointaine de la mort…
Le guerrier accueille ses images la en silence, invoque leur aide puis les efface.
Ensuite viennent les dieux qui l’ont le plus favorisé et qu’il a le plus révérés. Il leur remet son esprit si il en a le loisir. »

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 23:44

salamine.jpg
Je cherchais depuis longtemps un livre sur les guerres médiques.

Je dois avouer qu’avant d’avoir vu le film « 300 » de Zack Snyder  je n’avais jamais entendu parler de la bataille des Thermopyles.

Comme quoi un œuvre même superficielle visuellement très forte peut avoir un impact sur le grand public et être l’élément initiateur d’une quête plus aboutie.

« Salamine et les guerres médiques » n’est pas un roman mais un livre rigoureux écrit par l’historien Henri Pigaillem.

Ce livre passionnant présente et traite de manière assez succincte les deux premières guerres médiques et insiste davantage sur la troisième ou a eu lieu la fameuse bataille de Salamine.

Mais recadrons quelque peu le théâtre de l'un  des plus incroyables conflits de l’histoire de l’humanité.

En –539, l’Empire perse et« méde » est le plus vaste du monde.

Cyrus le Grand a conquis la Babylonie, l’Assyrie, la Phénicie et une partie de l’Egypte.

Les Grecs peuples de brillants marins sont déjà indépendants et libres, et ont établi de nombreuses colonies en Méditerranée.

Darius 1er  le successeur de Cyrus rompt avec une politique de tolérance à leur égard.

Il leur ferme l’accès à ses ports et favorise leurs rivaux les Phéniciens.

De plus les Grecs se voient contraint d’acheter leur paix sociale en payant un impôt au roi des Perses.

Une révolte Ionienne éclate, elle sera écrasée à Milet en –498.

C’est la première guerre médique.

Afin de punir les Grecs de leur rébellion et aussi de mettre la main sur les richesse de ce pays développé, le successeur de Cyrus, Darius 1er se lance dans une invasion d’une ampleur incroyable en –492.

Il franchit l’Hellespont en construisant un pont formé de navires amarrés entre eux.

A l’époque c’est un formidable exploit technique surtout que la zone est fréquemment sujette à de violentes tempêtes qui envoient par le fond toute tentative.

Les cités grecques d’habitude si divisées et rivales s’unissent pour résister à l’envahisseur.

Darius est vaincu à la fameuse bataille de Marathon en –490.

Cette bataille historique est disséquée par l’auteur.

Les Grecs, en infériorité numérique d’un rapport 10 , l’emportent par la qualité technique de leur armement  mais surtout par l’habilité de leur général Miltiade qui par une tactique de tenailles parvient à encercler un ennemi plus nombreux mais moins organisé.

L’armée perse certes immense regroupe plus de mille nations parlant des langues differentes et ne parvient pas à se coordonner efficacement pour mener ses assauts.

En face les phalanges grecques, cuirassées, armées de boucliers renforcés et de longues lances sont le nec plus ultra technique de leur temps.

Les Perses sont traumatisés par cette humiliante défaite.

En –486, Xerxès 1er fils de Darius dit le Grand Roi accède au pouvoir.

Obsédé par l’idée de laver l’affront subi par son père, il va se préparer pendant six ans afin de soumettre définitivement les Grecs.

En –490, Xerxès lance une double invasion marine et terrestre d’une ampleur sans précédent.

Le nombre de soldats engagé est soumis à controverse, les source antiques grecques le chiffrant à plus d’un million d’hommes et 1200 navires.

De leur coté les Grecs se sont préparés mais leur flotte n’atteint que 300 navires et leur armée à peine 75 000 hommes.

Meme si il est probable que le nombre de soldats de Xerxès ait été surestimé et mythifié le rapport numérique reste écrasant.

Xerxès utilise la même technique que son père pour franchir l’Hellespont.

Il a tout planifié, enrôlés des peuples Grecs qui ont trahis les leurs pour la promesse d’un butin ou d’un royaume, prévu des points de ravitaillement pour ses navires et ses hommes.

La marine et l’armée de terre progresseront ensemble au même rythme en déferlant sur Athènes par le Nord.

De leur coté, après de nombreuses tergiversations politiques les Grecs s’unifient à nouveau.

Eurybiade le Spartiate est nommé amiral et Thémistocle l’Athénien commandant de la flotte.

Léonidas le roi de Sparte, est chargé d’aller à la rencontre des troupes Perses sur terre.

Il n’obtient que 300 soldats « hoplites » pour enrayer la multitudes de Xerxès.

C’est une mission suicide mais dans la mentalité Spartiate il est interdit de refuser le combat et une mort honorable pour sa patrie est la panacée.

La coutume étant que les femmes disent à leur mari avant de le voir aller livrer bataille « reviens sur ou avec ton bouclier ».

Les Grecs, fin stratèges, choisissent le défilé des Thermopyles passage montagneux entre la Thessalie et l’Attique extremment étroit pour combattre.

Pendant trois jours, Léonidas et ses 300 plus quelques contingents auxiliaires résistent à l’armée de Xerxès, ils sont finalement trahis par un Grec, se font prendre à revers et sont tous massacrés sur place par les Immortels troupes d’élite du Grand Roi.

La résistance héroïque et le sacrifice des Spartiates galvanisent les autres Grecs qui se disent que l’armée perse n’est peut être pas invincible.

Exaspéré par la résistance de Léonidas, Xerxès prend Athènes et l’incendie.

Heureusement Thémistocle avait anticipé et fait évacuer la ville pour que les habitants échappent au massacre.

Il ne reste alors plus que le Péloponnèse à conquérir pour que Xerxès atteigne son rêve.

Les Grecs savent que leur seule chance de victoire se joue sur les mers.

Ils massent alors leurs navires dans le golfe de Corinthe et leur armée terrestre à l’entrée du Péloponnèse.

Les Grecs se disputent quand  à la meilleur stratégie à suivre et le meilleur endroit ou livrer bataille, Eurybiade et Thémistocle qui sont rivaux se querellent sur la tactique navale.

Thémistocle est un esprit hors du commun, un génie militaire d’une clairvoyance exceptionnelle mais il est moins gradé qu’Eurybiade.

Finalement Thémistocle use de ruse pour arriver à ses fins.

Il choisit d’attirer le navires perses dans un bassin étroit entre la cote de l’Attique et l’île de Salamine.

Le ruse employée est géniale, il envoie un émissaire d’origine perse à Xerxès, cet émissaire fait semblant d’avoir été pris et il révèle au Grand Roi que les Grecs sont acculés à Salamine et morts de peur devant sa puissance.

Aveuglé par son orgueil et pressé d’en finir Xerxès lance la plupart de ses navires  à l’assaut en pleine nuit.

Les Grecs les attendent et les surprennent.

Commence alors l’une des plus formidables batailles navales de tous les temps.

Les trières Grecques sont de meilleurs navires que ceux des Perses.

Elles sont plus légères, plus maniables, capables de tourner sur elles-mêmes et plus résistantes.

Elles disposent de plus d’un éperon renforcé à l’airain pour éventrer plus facilement les bateaux perses.

A cette supériorité technique les Grecs ajoutent une stratégie plus efficace.

Thémistocle attend que la brise se lève pour lancer ses navires, il pratique la technique de la scie avec un mouvement de va et vient pour prendre son élan afin de rentrer avec plus de force dans l’ennemi.

C’est rapidement le chaos chez les Perses, leurs trières trop nombreuses et incapables de manœuvrer dans un espace aussi réduit se heurtent, percutent les autres navires perses arrivant en renfort.

Xerxès qui a installé un trône en marbre blanc sur une montagne pour jouir du spectacle est horrifié par ce désastre.

Les Perses ne sont pas un peuple de marin, les seuls contingents capables de résister aux Grecs sur mer sont les Phéniciens et les mercenaires grecs Ioniens.

A la fin de la journée, c’est la retraite.

En cumulant les intempéries et Salonique Xerxès à perdu 900 navires soit plus des trois quarts de sa flotte.

Sa flotte est à présent sensiblement égale à celle des Grecs.

Il renonce et bat en retraite.

Sa puissante armée terrestre le couvre.

Thémistocle, prudent, renonce à lui donner la chasse.

Mais la dynamique a changée de camps et l’armée terrestre de Xerxès encore menaçante, sera définitivement vaincue à Platée en –479.

Ceci marque donc la fin de la troisième et dernière guerre médique.

En –449, un traité sera définitivement signé entre les deux camps, la Perse s’engageant à ne plus rien tenter contre les Grecs.

Les conséquences pour le monde grec furent importantes, Athènes obtenant une position dominante sur ses grandes rivales en raison de la puissance de sa flotte.

 

Détail cocasse et cruel, Thémistocle le héros et sauveur de son pays fut victime de calomnie et contraint à l’exil ..

Il alla chez Artaxerxés, successeur de Xerxès fut plutôt bien accueilli et mourut en Perse de maladie ou de suicide.

Ses restes furent rapatriés en secret à Athènes.

Les guerres médiques furent donc finalement les premières guerres mondiales avant l’heure, avec le choc des deux nations les plus puissantes et les plus avancées de leur temps.

Le triomphe de la Grèce marque celui de l’intelligence contre la force et le nombre.

L’opposition entre les deux camps était également idéologique, la Grèce étant un pays démocratique ou la liberté était déjà solidement implantée dans les esprits, la Perse étant une monarchie de droit divin avec des provinces gouvernées par des tyrans.

Avec de telles forces en présence, il n’est pas étonnant que cet affrontement défiant l’imagination ait inspiré les plus grands écrivains et artistes.

Ainsi Eschyle, qui fut témoin soldat dans la bataille écrivit sa pièce « Les Perses » mais sa vision du conflit, trop littéraire fut moins utile aux historiens que celles d’Hérodote et de Plutarque.

Ces trois sources demeurent l’essentiel de ce que nous savons sur cet épisode décisif de l’histoire de l’Humanité.

Je recommande donc ce livre passionnant  et très bien documenté pour les gens curieux des grandes sagas de l’Antiquité.

Quand à moi je suis passé un jour à proximité de l’île de Salamine lors d’un voyage en Grèce.

J’ai été frappé par la beauté du lieu, le soleil brûlant haut dans le ciel, les flots aux reflets argentés ..j’ai eu du mal à imaginer ce paysage idyllique comme  cadre d’un des plus violent combat de l’Histoire.

Mais je me dis que peut être justement que les Grecs savaient ce qu’ils allaient   perdre et que la beauté de leur pays les a motivée pour lutter avec tout cet acharnement pour préserver leur culture et échapper à la servitude …

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 14:24


Le « Politique » d’Aristote constitue l’un des ouvrages de référence de la philosophie.

Après avoir lu l’«  Ethique à Nicomaque », je trouvais logique de m’attaquer à cet autre monument.

Préalable important, compte tenu de la complexité et de la portée de cet ouvrage, je ne revendique aucune prétention d’exhaustivité et c’est en toute humilité que je rends compte de mes impressions relatives à ma lecture d’une œuvre sujette à de multiples interprétations au fil des temps.

« Le Politique » ou plutôt « Les Politiques » regroupe un recueil de huit livres.

Si l’objet de l’Ethique portait sur le choix de la meilleure façon de vivre à titre individuel, celui du Politique porte sur le choix du meilleur gouvernement pour vivre en collectivité.

Ce recueil très riche, traite donc des constitutions, des lois, en abordant les notions de pouvoir, de classes, de citoyenneté.

Le livre premier constitue un préliminaire, Aristote s’y interrogeant sur les rapports dominants/dominé.

C’est à cette occasion qu’est énoncé le fameux « l’homme est un animal politique » citation la plus célèbre d’Aristote.

Par cette phrase Aristote veut dire que l’homme est fait pour vivre  dans des communautés organisées en cités.

Sa supériorité sur l’animal étant sa perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste.

Sont abordées les questions de domination du père sur ses enfants, du mari sur sa femme, du maître sur ses esclaves.

La question des femmes et des enfants est vite traitée, leur infériorité étant évidente aux yeux d’un homme de l’Antiquité.

La question de l’esclavage est plus complexe, Aristote dit que certains hommes sont fait pour être commandés mais que ceux ci sont également dotés de raison et doivent être traités de manière juste.

L’esclavage exercé par la force sur par exemple des peuples vaincus à la guerre est considéré comme injuste et contre nature.

Dans le cas d’un régime politique d’une cité, les rapports dominants/dominés sont très différents puisque gouverner c’est commander des hommes libres.

Le livre second est une critique de la République et des Lois de Platon.

Aristote contredit méthodiquement son ancien maître sur sa vision de la cité idéale et relève ses insuffisances.

Trois constitutions de cités réputés bien gouvernées sont étudiées et critiquées : celle de Sparte, celle de Crète et celle de Carthage.

Dans le livre trois, Aristote définit ce qu’est pour lui la cité et le citoyen.

La question du citoyen est complexe et sera largement débattue.

En effet sa définition varie suivant les cités.

Pour Aristote un citoyen est quelqu’un qui prend par au pouvoir de la cité.

Dans l’Antiquité ce privilège n’était pas donné à tous.

Cela pouvait dépendre de sa classe sociale mais encore plus de son ascendance.

Ainsi les étrangers « métèques » non issus de deux parents citoyens n’étaient pas considérés comme citoyen d’Athènes.

Dans ce livre Aristote expose les principales constitutions : la royauté règne d’un seul homme, l’aristocratie d’un petit nombre, la « politie » du plus grand nombre.

Ces régimes sont justes car ils oeuvrent pour l’intérêt général ce qui n’est pas le cas de leurs déviations : tyrannie, oligarchie et démocratie.

Les livres suivants, très complexes, subtils et denses,  étudient de maniérés détaillée ces constitutions et les conditions de leur maintien.

Aristote pense que donner le pouvoir à plusieurs hommes est de manière générale préférable qu’à un seul, car celui ci décidera moins bien seul.

Cependant concède t il, si un homme exceptionnel (au sens de sa vertu )  surclassant tous les autres par ses qualités venait à exister, il serait logique de lui donner le pouvoir à la condition de l’exercer par la loi.

(La j’ai pensé au Général Degaulle pendant la seconde guerre mondiale ).

La tyrannie régime fondé sur la force non sur la loi et destiné à promouvoir l’intérêt personnel du tyran est considéré comme le pire des régimes.

La démocratie fondée sur la liberté et l’égalité est pour Aristote le moins mauvais des régimes déviés.

Cependant il faut prendre garde à ne pas laisser naître des démagogues qui par décrets successifs viendraient transformer ce système en tyrannie.

Dans le livre cinq, Aristote s’intéresse aux causes de changement de régimes.

Il isole assez vite la démocratie et l’oligarchie, les mettant en parallèle.

L’oligarchie fondée sur l’inégalité, provoque sa chute lorsque les oligarques veulent toujours plus de richesses et de supériorité.

Quand au cas de la démocratie, c’est la recherche des toujours plus d’égalité entre hommes qui ne le sont pas qui provoque des guerre civiles.

En d’autres termes si on est dans un état d’infériorité on se révolte pour avoir l’égalité, si on est dans un état d’égalité on se révolte pour avoir la supériorité.

Il en ressort donc un rapport extrêmement  complexe et subtil entre les riches et les pauvres afin de garantir un équilibre.

Aristote fait l’éloge de la classe moyenne, en effet quand celle ci prédomine dans une population, elle entraîne une plus grande stabilité dans le régime démocratique.

Le livre VI concerne l’étude des moyens de mélanger démocratie et oligarchie pour trouver les meilleurs combinaisons possibles afin de composer le corps délibératif et de la magistrature d’une cité.

Le livre VII s’intéresse au choix de la meilleure constitution pour une cité en fonction de critères géographiques, ethniques mais aussi sociaux.

Aristote voit évidemment le peuple Hellène comme le meilleur, les peuples du Nord sont vus comme courageux mais peu intelligents et  incapables de gouverner leurs voisins, les peuples d’Asie comme intelligents et habiles mais manquant de courage ce qui les maintient en état de servilité.

Je crois effectivement que les Grecs de l’époque étaient en avance sur tout le monde mais il faut minorer ce jugement par l’extrême cloisonnement des peuples de l’Antiquité qui faisait que finalement Aristote ne connaissait pas vraiment les gens dont il parlait et devait en avoir une vision quelque peu déformée.

Les critères sociaux sont intéressants, si les cultivateurs, artisans et commerçants sont nécessaires à la vie de la cité, ils ne doivent pas être considérés comme des citoyens.

Les travailleurs manuels surtout n’ayant pas le loisir nécessaire pour se consacrer à la vie méditative et donc de devenir vertueux sont exclus.

En effet pour accéder à des fonctions au sein de la cité il est préférable d’être soit un conseiller en droit soit d’être un hoplite c’est à dire un militaire.

Connaître les lois et savoir obéir ou commander sont en effet de précieuses qualités pour administrer une cité.

Cet ordre peut être soit figé soit alterné suivant les circonstances.

Aristote critique également les cités dont la logique militaire les pousse à toujours être en guerre pour dominer ses voisins.

Le dernier livre, quelque peu à part est consacré à l’éducation du futur bon citoyen.

Aristote y traite presque exclusivement de la musique en en faisant son éloge pour l’éducation au même titre que la gymnastique, la rhétorique, le dessin  ou les mathématiques.

Le but n’étant pas de faire de chaque citoyen un virtuose ou un athlète mais de le rendre en bonne santé et d’éveiller en lui une certaine sensibilité de l’ame.

Mon sentiment final est quelque peu mitigé, « le Politique » bien  que prolongement logique de « l ‘Ethique » est une œuvre difficile et dense et il est parfois difficile de suivre le maître dans ses raisonnements.

Le fait de ne pas avoir bien en mémoire la République de Platon constitue un handicap car Aristote se réfère souvent à cet ouvrage pour mieux le critiquer.

Aristote, moins idéaliste que Platon et ses philosophes rois, propose une vision plus  réaliste et pratique de la vie en cité.

D’autre part je pensais naïvement  avec mes yeux d’Occidentaux du XXI iéme siècle qu’Aristote démontrerait clairement que la démocratie était le meilleur des régimes mais ce n’est pas le cas.

Les qualités de la démocratie sont certes mises en avant mais Aristote nuance fortement ce point de vue absolue en introduisant des conditions (historiques, géographique, ethniques ) à l’établissement d’un régime.

Ceci est je pense intéressant à l’heure ou des gens comme George W Bush tentent des greffes hasardeuses de démocratie occidentales sur des régimes quasi féodaux comme ceux de l’Irak ou de l’Afghanistan.

Je dois avouer avoir plus été touché par le sujet de l’Ethique que par celui du Politique.

Néanmoins cet ouvrage me paraît indispensable pour qui s’intéresse à la politique, au droit voir à l’économie, ce qui vous l’aurez compris n’est pas tout à fait mon cas.

Il est à noter que Montaigne et surtout Machiavel avec son fameux « Le Prince »  s’en serviront de base pour développer leurs idées.

Citations pour finir  «  La paix est la fin ultime de la guerre, le loisir celle du travail ».    

« L’entraînement à la guerre il ne faut pas le pratiquer en vue de réduire en esclavage      des gens qui ne le méritent pas  mais d’abord éviter soit même d’être l’esclave d’un autre , ensuite rechercher l’hégémonie dans l’intérêt de ses sujets  et non pour régner en maître sur tous et en troisième lieu de dominer en maître des êtres qui méritent d’être esclaves ».

     Cette dernière citation est plutôt ambiguë, la notion d’infériorité étant très subjective.

Je me demande aussi de quelle manière Aristote a t il perçu les conquêtes militaires quasi sans limites de son ancien élève, Alexandre ?

Certes Alexandre ne réduisait pas les peuples en esclavage mais il était dans une logique assoiffée de pouvoir et de conquête contraire selon moi aux préceptes du philosophe.

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 21:48

tomber_sept_fois.jpg
Philippe Labro, je ne sais pas ce qu’évoque ce nom pour vous mais pour moi il n’évoquait que de vagues souvenirs de troisième avec un livre « L‘étudiant étranger » qu’on m’avait forcé à lire sans que cela ne me passionne une seule seconde, mais il faut dire pour être tout à fait honnête qu’à l’époque peu de choses relatives à l’école me passionnaient.

Pourtant le sujet de son dernier livre « Tomber sept fois, se relever huit »  m’a intéressé.

Labro y raconte la terrible dépression à laquelle il a du faire face pendant un an entre 2000 et 2001.

Ayant été touché par cette maladie par l’intermédiaire de proches je me suis dit que lire ce livre allait sans doute être pour moi une expérience douloureuse mais enrichissante.

En 2000, Labro est au sommet de sa carrière professionnelle.

Journaliste et écrivain reconnu, metteur en scène et parolier à succès, il occupe une place de choix au sein de la radio RTL et s’apprête à accéder à la plus haute marche : celle de président directeur général.

Pourtant un jour subrepticement ce mal sournois et puissant se glisse en lui comme une bête rampante.

Labro décrit bien les premiers symptômes physiques, perte du sommeil et de l’appétit, essoufflements, transpiration abondante, tremblements incontrôlables, sentiment d’épuisement, d’anéantissement, de vide absolu, perte du désir de toute chose.

Il compare cela à un rat lui rongeant les entrailles ou à une broyeuse lui retournant le ventre de l’intérieur.

Dés lors il va avoir de plus en plus de difficultés à assurer ses fonctions de patron.

Cherchant dans un premier temps à nier sa maladie et à donner le change, il ne va pas tromper son monde longtemps et dans le milieu médiatico-politique qu’il fréquente, certains de ses « amis » vont vite se transformer en oiseaux de proies guettant sa chute pour prendre sa place.

Heureusement Labro bénéficie d’un soutien de taille : l’amour des siens et tout particulièrement de son épouse Françoise.

Celle ci lui fait prendre conscience de sa maladie et du fait qu’il lui faut consulter un médecin.

L’aspect traitement médical est le plus terrifiant du livre.

Labro décrit l’effet des antidépresseurs sur son corps.

Ceux ci le « tassent », l’abrutissent et n’arrangent pas son état , bien au contraire.

Le Prozac notamment à un effet désastreux sur lui.

  Assèchement permanent, difficultés à parler, troubles de la vision, constipation colossales en sont les symptômes principaux.

Désespéré Labro pense au suicide, conclusion logique d’un grand nombre de dépressions.

Il y renonce finalement mais sa déchéance est terrible.

Les fêtes de Noël ou une croisière au Bahamas pour lui redonner goûts à la vie tournent au drame tant sa maladie le rend incompatible avec les aspirations des gens normaux.

Finalement après consultation d’un autre médecin son traitement est changé et ce nouveau médicament (l’Anafranvil ) le remet en selle.

La dernière partie du livre est la plus intéressante, Labro y décrivant sa lente remontée à la lumière mais tentant également d’analyser les causes de sa dépression.

Il regroupe plusieurs facteurs, ceux du patrimoine génétique par exemple (un père probablement atteint du même mal ), puis les accidents de la vie c’est à dire les traumatismes psychologiques, enfin sa récente promotion professionnelle qui a généré en lui un conflit intérieur insupportable le dévorant de l’intérieur.

Un dernier facteur que je trouve le plus intéressant de tous est pour moi l’éventualité d’un choc post traumatique suite à une opération.

Quelques années plutôt Labro a en effet failli mourir d’une infection aux poumons, flirtant avec les limites du royaume de la mort.

Il évoque une statistique que j’ignorais : les gens ayant subi des hospitalisations prolongées ou des opérations sérieuses peuvent être sujet à des dépressions plusieurs années après comme si le corps gardait en mémoire le choc éprouvé.

Enfin Labro dans un excès de positivisme lance un message d’espoir pour dire aux malades qu’ils peuvent s'en sortir comme lui a pu le faire.

« Tomber sept fois, se relever huit » est un livre courageux et intime sur une maladie terrible, mystérieuse même si connue depuis l’Antiquité sous le terme « Mélancholia ».

Pour autant Philippe Labro me paraît etre un privilégié.

En effet, c’est un homme entreprenant, créatif, combatif , n’ayant pas de problème financiers, évoluant dans un milieu ou il a l’habitude de côtoyer des hommes puissants et riches, soutenu enfin par une famille dévouée.

Il possédait donc à mes yeux beaucoup d’atouts pour stimuler les ultimes mécanismes de défense de son organisme auxquels il fait allusion.

Malheureusement tout le monde ne possède pas ces chances.

Dans les cas qui me sont  proches l’aspect génétique était je pense prédominant, entraînant un mécanisme irrésistible que rien ne pouvait enrayer.

Les choses ne sont donc pas aussi simples, il n’y a pas que la dépression de Philippe Labro mais une multitudes d’autres un peu à la manière de cancers psychiques.

Je ne regrette néanmoins pas l’expérience et salue le courage de cet auteur.

Dernière remarque plus légère, comment un homme aussi amoureux de Chopin et  de Schubert a t il pu écrire autant de chansons pour Johnny Hallyday ?

Cette pensée suffirait à elle seule à me plonger dans une dizaine d’années de dépression intense !

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 11:51


Dan Simmons a longtemps été à mes yeux l’un des meilleurs écrivains contemporains de fantastique et  de science fiction.

Auteur prolifique à l’imagination foisonnante il m’a tout d’abord estomaqué avec « L’échiquier du Mal » (son chef d’œuvre à mes yeux ), impressionné avec ses « Hyperion », agacé avec « L’épée de Darwin »  puis quelque peu ennuyé avec « Ilium ».

« Les Fosses d’Iverson » est une courte nouvelle tirée du premier recueil qui le fit connaître « Le Styx coule à l’envers ».

On y retrouve Johnny, un jeune scout d’une dizaine d’années en 1913, chargé de participer aux commémorations de la bataille de Gettysburg, qui fut le point culminant de la guerre de Sécession en 1863 avec une féroce bataille qui coûtât la vie en trois jours à 23 000 Nordistes et 30 000 Sudistes .

En 1913, on célèbre donc en Pennsylvanie le cinquantenaire de cette hécatombe : les vétérans sont invités pour défiler et chaque « boy scout » est chargé d’accompagner un des vieillards.

Johnny se voit chargé du capitaine Montgomery, vieux rescapé sudiste unijambiste au comportement irrationnel et inquiétant.

Montgomery raconte à Johnny son histoire et le petit garçon découvre par son témoignage l’horreur de la guerre.

Montgomery appartenait à un régiment sudiste de Caroline du Nord , commandé par le colonel Iverson, un officier incompétent et dangereux ne devant sa place au sein de l’armée que par sa filiation avec un sénateur proche du président sudiste Jefferson Davis.

A Oak Hill, Iverson envoya ses hommes à la mort, les forçant à charger en terrain découvert pendant qu’il prenait son petit déjeuner à l’abri du champs de bataille.

Tombé dans une embuscade le régiment de Montgomery fut, comme d’autres régiments sudistes ce jour la, massacré.

Montgomery décrit l’horreur et le chaos, ses amis tombés, son frère mort à ses cotés , les Nordistes venant achever les blessés à la baïonnette en riant.

Blessé par quatre balles, ayant perdu une jambe, Montgomery ne dut son salut qu’à son ensevelissement sous une pile de corps.

Après ce désastre, Iverson fut relevé de ses fonctions, mis à l’écart du front mais les relations de sa famille lui permirent d’obtenir de l’avancement et le grade de général.

Cinquante ans après, même vieillissant et à demi fou, l’ancien capitaine n’a rien oublié et espère retrouver Iverson à cette commémoration pour le tuer.

Cette rencontre assez improbable sur le papier va pourtant avoir lieu dans une atmosphère surréaliste à l’endroit même ou sont tombés les soldats, enterrés à la va vite dans des fosses communes.

Mais Iverson aidé par un jeune neveu habitant à proximité n’a aucun mal à tuer le vieux capitaine infirme et s’apprête à faire subir le même traitement au jeune garçon.

Le récit bascule alors dans le fantastique horrifique puisque la terre se révolte, l’ame des soldats morts ensevelis dans les fosses se vengeant en aspirant sous terre Iverson et son neveu.

Au final le petit Johnny devient l’unique survivant de cette épisode tragique.

En 1988, le petit Johnny devenu à son tour vieil homme  n’a rien oublié de cette aventure ans et se heurte à ses petits enfants qui eux  vivent dans le présent et déjà ont oublié leur Histoire

Ouvrage sans doute mineur dans la longue carrière de Dan Simmons, « Les fosses d’Iverson » est néanmoins un ouvrage fort, révélant tout  le talent de son auteur.

Réflexion émouvante autour des thèmes de la guerre, de la transmission , de la mémoire ou de son absence auprès des nouvelles générations, ce livre contient des passages particulièrement réussis, notamment celui ou le jeune Johnny raconte un rêve morbide absolument terrifiant ou il se voit gisant sur un champs de bataille et dévoré par les insectes qui colonisent son corps pour le dissoudre dans la terre.

J’ai d’autre part l’impression que les américains accordent à  la guerre de Sécession la même place que celle que nous accordons à notre guerre de 14-18 c’est à dire celle de leur première guerre moderne, celle ci s’avérant d’autant plus déchirante qu’elle était civile.

Il est à noter que Gettysburg, qui est sans doute le Verdun américain, reste encore aujourd’hui un lieu de recueillement dans l’inconscient collectif du peuple américain.

Dan Simmons avoue lui même avoir été très marqué par ces visites dans ce lieu.

Personnellement je trouve depuis l’enfance cette période de l’Histoire passionnante donc me verrais tout à fait dans la peau du petit Johnny recueillant fiévreusement les témoignages des anciens combattants.

Une belle citation pour finir :

«  Le passé dit on est mort et enterré. Mais si profondément enfouies soient elles certaines choses gardent un lien avec le présent telles de vieilles racines noueuses remontant à la surface, et je suis de leur nombre.

Pourtant je n’ai de liens avec personne, il n’y a personne pour écouter mon récit

Ma fille a grandi puis a quitté ce monde en 1953, emportée par un cancer …

Mes arrière petits enfants nés dans une période qui n’accorde plus guère de différence entre les sexes sont incapables de concevoir un passé aussi lointain que les années de mon enfance ayant précédé la grande Guerre et encore moins la sanglante réalité de la guerre de Sécession.

… libérés des terreurs et des marées de l’océan de  l’Histoire, imprégnés d’une ignorance hautaine de tout ce qui les a précédés, eux, le Big Mac et MTV. »

Pourtant  grâce à des gens comme Dan Simmons et à la magie de l’écriture,  la mémoire même partiellement reflétée se transmet à travers les ages.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 20:39

blanc_neige.jpgI
ntrusion dans le monde du polar américain avec « Blanc comme neige » de George P Pelecanos.

Singulier écrivain que Pelecanos, qui écrit des polars sur fond de problèmes raciaux.

Si James Ellroy a Los Angeles, Pelecanos lui place ses intrigues à Washington DC.

Le choix de Washington est important à mentionner car cette ville compte une majorité d’afro-américains généralement pauvres et que le taux de criminalité y est parmi les plus élevés des Etats Unis.

La corrélation entre critère racial et crime est ici impitoyable, car selon les statistiques un afro-américain sur deux à Washington est allé au moins une fois dans sa vie en prison.

L’intrigue de « Blanc comme neige » est relativement classique.

Un détective privé noir d’age mur répondant au nom de Derek Strange est chargé par une mère de famille d’enquêter sur la mort de son fils Chris Wilson qui était policier.

Un soir alors qu’il interpellait en civil un suspect blanc, Chris est abattu par méprise par une patrouille de police.

Les circonstances de la bavure sont troubles et si Terry Quinn le policier blanc qui a abattu l’homme ressort innocenté de l’enquête, il est contraint sous la pression médiatique de quitter la police, se reconvertissant en libraire.

La mère de Wilson, bien qu’indemnisée par la police, ne digère pas cette mort et convainque Strange d’accepter l’enquête.

Rapidement Strange s’aperçoit que Quinn est innocent et les deux homme se lient d’amitié.

Consciencieux, Strange recoupe les faits et établit des incohérences dans les témoignages recueillis, notamment celui de Franklin le coéquipier noir de Quinn présent ce soir la.

Ils s’aperçoivent que la sœur de Wilson était devenu une toxicomane dépendante à l’heroine ,qu’elle avait disparu et que son frère fou de rage et d’inquiétude la cherchait en justicier solitaire.

L’enquête oblige donc les deux hommes à pénétrer dans l’univers des squat, des drogués, des dealers, des gangs et des flics corrompus.

Pelecanos construit son récit à la manière dont on assemble peu à peu les pièces d’un puzzle.

Le style est agréable, direct avec le quota de violence et de sexe nécessaire pour ce type d’ouvrage.

La question raciale est omniprésente,  et semble l’obséder.

Le fait qu’il se place souvent du coté des noirs m’a longtemps laissé croire qu’il l’était lui même et qu’il écrivait pour défendre sa communauté mais cela n’est pas le cas, Pelecanos est un blanc d’origine grecque.

Dans ce livre, le constat est souvent celui d’une impossibilité de vie entre noirs et blancs.

Ainsi Quinn a une liaison avec une métisse mais leur couple rencontre tellement des difficultés liées au regard des autres qu’ils préférent renoncer devant l’ampleur de la tache.

Ce constat d’échec me laisse rêveur car la mixité raciale semble se propager de plus en plus dans les société modernes, et Pélécanos le reconnaît lui même brièvement chez les jeunes couples.

Serait ce donc un problème typiquement américain voir propre à Washington ?

Les Etats Unis s’apprêtant à élire le premier président noir de leur histoire j’aurais tendance à penser que ce questionnement racial appartient à un combat d’arrière garde même dans ce pays et que Pelecanos se complique sans doute un peu l’existence.

Après il y a le cas particulier de Washington que je ne connais pas personnellement.

Les passages les plus marquants de ce livre ont été pour moi les descriptions de squat ou des morts vivants en sursis descendent chaque jour au plus bas qu’un être humain puisse aller, perdant toute dignité ou pudeur pour satisfaire leur addiction mortelle.

Les quelques pages entre Strange et sa mère mourante sont également de courts moments de beauté dans ce monde désespérément pourri.

Un livre agréable mais qui ne surpassera pas un  bon James Ellroy ou « Envoie moi au ciel Scotty » de Michael Ginzburg qui traite grosso modo du même univers.

Apparemment le livre le plus connu de Pelecanos est « King Suckerman »

A noter que cet auteur dont l’œuvre est très musicale (vieille musique soul des années 60 ,country et musique de western ) bénéficie d’un statut culte auprés de  certains rappeurs américains comme Snoop Dog ou P Diddy, ce dernier tentant d’adapter  « King Suckerman » au cinéma.

Pour ma part, roman agréable mais manquant véritablement d’originalité par rapport aux pointures du genre.

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 09:42

hadrien.jpg
Premier livre écrit par une femme que je chroniquerai en ces pages, et non des moindres puisqu’il s’agit des « Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar.

« Mémoires d’Hadrien » sont les mémoires romancées de l’empereur romain qui régna de 117 à 138 après JC.

Marguerite Yourcenar a mis prêt de 25 ans à écrire ce livre terriblement ambitieux, s’y reprenant à plusieurs fois, trouvant la tache impossible, brûlant ses manuscrits, renonçant puis reprenant courage tant la difficulté de se mettre à la place d’un homme séparé de vous par 18 siècles semblait insurmontable.

L’écrivain s’est ainsi attelé à  un titanesque travail de recherches historiques à partir des sources antiques afin de rendre crédible le récit.

Le résultat est un livre qui n’est ni rigoureusement historique, ni proprement philosophique, ni même poétique bien qu’il navigue souvent aux confins de ces domaines.

Yourcenar se met à la place d’Hadrien à la fin de sa vie, malade, écrivant une lettre au jeune  Marc Aurèle qu’il pressent comme un des hommes les plus aptes à continuer son œuvre.

Cette lettre se transforme en bilan de son existence, en réflexions d’ordre générales sur la politique, la vie, la mort, l’amour, l’art , la philosophie.

L’ouvrage est extremment dense, profond, écrit dans une langue riche.

Au fur et à mesure du récit on découvre la vie et l’œuvre de l’empereur.

Hadrien est adopté par son oncle Trajan avec qui il partage une origine Ibérique.

Il le suivra dans ses conquêtes militaires.

Trajan fut sans doute l’un des empereurs les plus renommés.

Il étendit l’empire jusqu’à ses dimensions maximales, conquérant la Dacie.

Le butin de ses nombreuses conquêtes apporta la prospérité à Rome.

Soldat avant tout, c’était un homme simple et juste bien qu’un peu frustre.

Son régne fut profitable à la grandeur à Rome.

Aux coté de Trajan, Hadrien acquiert une expérience militaire importante.

Il avoue aimer la rudesse des conditions de vie des camps, la solidarité entre soldats et ne pas être incommodé par la vie en Germanie que beaucoup de Romains ne supportent pas en raison de la dureté des hivers.

Mais la véritable passion d’Hadrien demeure la littérature.

Eduqué par des rhéteurs Grecs, il séjourne longuement à Athènes qui restera sa ville favorite.

Bien qu’ayant étudié les philosophes Grecs, Hadrien n’adhère pas à leurs doctrines.

Les Stoïciens sont méprisés , les Cyniques chassés seuls Epicure et Platon semblent bénéficier d’un timide crédit.

Il leur préfère un mode de vie basé sur la connaissance de soi d’après son expérience personnelle et l’étude des astres.

Ce  mysticisme se traduira par un pèlerinage à Eleusis ou il fut initié aux Mystères par les prêtresse mais également par une grande ouverture par rapport aux autres cultures et croyances.

Hadrien aime donc passionnément la littérature, le théâtre, la poésie, l’astrologie et l’art Grec.

Le roman insistera donc sur ce double aspect de l’empereur, amoureux des lettres mais également homme d’action plus enclin à la vie spartiate des camps qu’au faste et aux honneurs des cours impériales.

Nommé magistrat à Rome Hadrien y apprend l’exercice de la justice et le sens de la mesure.

Lorsque Trajan vieillissant se lance dans une expédition contre les Parthes avec le rêve fou d’égaler Alexandre le Grand en conquerrant l’Inde, Hadrien l’accompagne.

L’échec de cette expédition est un des passages qui m’a le plus touché.

Trajan qui n’a vécu que pour la guerre et la conquête, s’aperçoit brutalement que sa vie s’achève et que son corps ne peut suivre sa volonté.

Malade  cet homme dur et fier s’écroule brutalement et  pleure devant le Golfe Persique avant de mourir lors de son rapatriement à Rome.

Le régne militaire d’Hadrien sera présenté comme purement défensif.

Il réfléchit à pacifier son empire, consolide ses frontières notamment en créant le fameux mur au Nord de la Grande Bretagne, mur de 130 kms de long destiné à contenir les invasions des tribus Calédoniennes.

Hadrien  use de la diplomatie pour conclure des alliances avec les Germains, les Arabes ou les Parthes.

Il tente de contenir les troubles des communautés juives et grecques d’Alexandrie ou de Jérusalem.

La paix réinstallée, le commerce fleurit et le niveau de vie s’accroît.

Fasciné par l’art Grec il entreprend de grandes constructions.

Le Panthéon romain en est la plus célèbre.

Mais la villa d’Hadrien et son mausolée le seront aussi.

Il réhabilite également la ville d’Athènes avec pour but de lui faire retrouver sa position dominante d’antan.

Sur le plan administratif, il fait une réforme agricole, améliore la condition des femmes et des esclaves.

Contrairement aux livres de Max Gallo, il n’est pas fait mention de la tradition des massacres de Chrétiens qu’Hadrien entretiendra.

Marguerite Yourcenar nous présente donc un empereur humaniste et pacifique, détournant la tête à la vue du sang et se morfondant après avoir éborgné un serviteur dans un accès de colère.

Le portrait est un peu trop idyllique à mes yeux et certaines choses sonnent à mon sens quelques peu étranges ou anachroniques notamment quand il s’interroge sur la fin possible de l’esclavage.

Je pense qu’un homme de l’antiquité et encore plus un empereur romain ne pouvait avoir ce genre de sensibilités.

Meme fin lettré et humaniste, il devait être habitué à un niveau de violence inconcevable pour un homme ou une femme du XX i éme siècle.

La partie la plus romantique de l’œuvre concerne la passion amoureuse entre Hadrien et Antinoüs, jeune éphèbe de Bithynie.

Antinoüs sera l’unique amour de la vie d’Hadrien, il l’accompagnera dans ses chasses, dans ses voyages comme un lévrier fin et racé.

Son suicide par noyade en Egypte transpercera de douleur l’Empereur.

Hadrien décidera de le déifier, lui fera construire un tombeau dont l’emplacement tenu secret n’a jamais été retrouvé,  il créera une ville à son nom en Egypte et demandera à tous les sculpteurs de produire des statues à son effigie.

Curieusement la mort prématurée de cet adolescent marquera les esprits et pendant des siècles le personnage d’ Antinoüs entrera au Panthéon des divinités de toutes les provinces de l’empires.

Yourcenar fait porter le terrible deuil à Hadrien jusqu’à la fin de ses jours.

Sans descendance, marié à une femme qu’il n’aimait pas, son dernier fait d’arme sera d’aller réprimer une révolte en Judée.

Cette guerre de 4 ans fera 90 000 morts Romains et 600 000 juifs.

En guise punition Hadrien chassera les Juifs de Jérusalem et renommera ce territoire Palestine.

Epuisé, malade, hanté par le souvenir de son amant disparu, Hadrien finira ses jours en méditant sur sa vie et se cherchant un successeur susceptible de continuer son œuvre.

Pourtant la fin du livre le présente comme se faisant peu d’illusions quand à la succession, le chaos et l’ordre semblant gouverner alternativement les hommes depuis la nuit des temps.

En résumé  « Mémoires d’Hadrien » est un livre de haut vol consacré à une des personnalités les plus fortes du monde antique.

Il est cependant quelques fois difficile à suivre du fait des multiplicités de lieux géographiques ou l’intrigue a lieu.

Sans plan datant de l’Antiquité et solides références sur les Calédoniens, Sarmates, Daces, Parthes il est quelques fois délicat de se situer dans l’espace.

Si le fait que l’auteur ait injecté certaines réflexions me paraissant anachroniques et décalées par rapport à son époque m’a quelques fois fait sursauter, si l’on pourra toujours objecter que Yourcenar n’a pu que fantasmer et déformer la pensée d’un homme et d’une époque qu’elle n’a jamais connus, il me paraît irréfutable de considérer ces mémoires comme un des plus beaux et aventureux chef d’œuvre littéraire jamais écrit.

Et puis au fond n’est ce pas l’essence même de l’écrivain que de travestir la réalité afin de nous faire rêver ou réfléchir ?

Enfin argument contre ceux qui penseraient que la vie d’un empereur romain n’intéresse personne aujourd’hui,  le succès actuel de l’ exposition  à Londres consacrée  à Hadrien au British Museum laisse à penser que ce personnage est encore amène de fasciner les foules modernes.

Une citation pour finir « 

La nature nous trahit, la fortune change, un dieu regarde d’en haut toutes ces choses …

Nos lettres s’épuisent, nos arts s’endorment, Pancratés n’est pas Homère, Arrien n’est pas Xénophon et quand j’ai essayé d’immortaliser dans la pierre la forme d’Antinoüs je n’ai pas trouvé de Praxitèle.

Nos sciences s’épuisent depuis Aristote et Archimède, nos progrès techniques ne résisteraient pas à l’usure d’une guerre longue, nos voluptueux eux même se dégoûtent du bonheur.

L’adoucissement des mœurs, l’avancement des idées au cours du dernier siècle sont l’œuvre d’une minorité de bon esprits, la masse demeure ignare, féroce quand elle le peut en tout cas égoïste et bornée et il y a fort à parier qu’elle restera toujours telle qu’elle.

Trop de procurateurs et de publicains avides, trop de sénateurs méfiants, trop de centurions brutaux ont compromis d’avance notre ouvrage ….

La nature préfère repartir à même l’argile, à même le chaos et ce gaspillage est ce qu’on nomme l’ordre des choses. » 
Prochain livre lu : "Mémoires de Steevie" par Loana, avec une préface de Benjamin Castaldi.

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 22:48


Les déplacements professionnels peuvent être à mon sens formidables lorsque vous voyagez avec un livre qui vous captive.
Cela a été mon cas récemment avec "Le club du suicide".

Voyager avec Stevenson est un peu pour moi comme prendre des leçons de natation avec Michael Phelps tant cet écrivain me subjugue. 

Le grand public le connaît surtout par ses romans d’aventure dont l’impérissable chef d’œuvre «  Ile au Trésor » (non ce n’est pas un livre tiré du téléfilm ou on voit Gérard Jugnot en « effrayant » pirate ) mais le génie de cet écrivain est en réalité universel et capable de s’exprimer dans plusieurs genres.

« Le club du suicide » appartient donc à la veine « non exotique » de Stevenson.

Il n’en est pas moins passionnant, s’inscrivant dans une thématique plus sombre flirtant avec l’étrange.

D’entrée le titre m’a accroché et ce malgré une couverture il faut bien le dire franchement minable en regard de la qualité de l’ouvrage

(A cela Folio pourrait répondre que les 2 euros que j’ai payés pour ce livre de poche justifient la platitude de la présentation. )

A mes yeux toute la force du roman repose sur l’idée de départ.

A Londres au XIX ieme siècle existe une société secrète, un club privé réunissant chaque soir des membres las de l’existence dont le but est de mourir mais qui n’ont pas assez de courage pour mettre leur projet à exécution.

Le président de ce club du suicide est le seul à ne pas mettre sa vie en jeu.

Il demande 40 livres d’adhésion et exploite en quelque sorte le détresse humaine de gens soit criblés de dettes, soit malades, soit déshonorés ou en passe de l’être soit sous le coup d’un désespoir amoureux

Le principe est simple, un jeu de cartes, celui qui tire l’as de pique mourra le soir même, celui qui tire l’as de trèfle sera l’exécuteur.

Les personnages principaux sont le Prince de Bohème et son fidèle écuyer le colonel Géraldine.

Le Prince est un aristocrate excentrique en permanence en recherche d’aventures extraordinaires.

Ces personnages hors nomes, assez décalés et peu réalistes sont pour moi de complets aventuriers, à l’instar des Phileas Fogg et Passe Partout voir des Sherlock Holmes et Watson pour le coté plus british.

Leur quête les méne à entrer en contact avec ce club et à y pénétrer en se faisant passer pour des candidats au suicide.

Le Prince et son écuyer découvrent donc les terrifiantes pratiques de ces jeux morbides.

Désigné pour mourir le deuxième soir, le Prince est sauvé par ses serviteurs et décide d’arrêter les agissements de ce club.

Il rembourse les dettes des malheureux et décide en parfait gentilhomme que le président doit mourir en duel honorable, tué par le jeune frère de Géraldine.

Il reporte ce duel le temps de trouver le frère et laisse partir le président en disposant deux espions pour surveiller ces faits et gestes.

Mais les président est habile, retors et échappe à ses gardiens.

La deuxième partie du roman, se présente en apparence complètement dé corrélée de la première avec l’apparition de Saratoga, jeune américain vivant à Paris victime d’un inquiétant coup monté visant à le faire accuser d’un crime qu’il n’a pas commis en déposant le corps d’un homme dans sa chambre.

Puis les fils se relient entre eux, on découvre que le corps en question est celui du frère de Géraldine, qu’il a été exécuté par le président du club du Suicide pour échapper au duel.

Victime innocente, bouc émissaire promis au sacrifice, Saratoga sera soutenu par le Prince qui lui permettra de ce débarrasser du corps en le transportant dans une malle jusqu’en Angleterre.

Dernière partie de ce livre à l’intrigue surprenante, l’affrontement final entre le prince et le président du club constitue peut être la partie la moins intéressante du roman.

Roman sans doute mineur  de Stevenson, « Le club du suicide » constitue néanmoins un délicieux divertissement reposant sur les surprises que nous distille savamment l’écrivain dans une atmosphère d’aventure et de mystère.

On pourra certes objecter quelques invraisemblances dans les liaisons des parties constitutives entre elles mais celles ci sont pour moi balayées par la richesse, la beauté de la langue et par la force émotionnelle de la première partie relatant le processus de ce jeu de la mort.

Stevenson dans un registre ou il m’était peu connu, parvient à me surprendre et à me séduire encore une fois.

La marque d’un immense écrivain parfaitement maître de son art.

 

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 21:12


Changement de décor avec un classique de la littérature américaine «  L’attrape-cœur » de J.D Salinger.

Autant le dire tout de suite ce livre ne fait pas partie de ceux que j’aurais lu en suivant mes envies, je l’ai donc plutôt considéré comme un passage obligé.

Salinger, ce nom me disait quelques chose, je connaissais en effet une chanson d’Indochine « Des fleurs pour Salinger » qui lui était consacrée.

L’élément déclencheur fut de voir un jour sur un plateau de télévision Frédéric Beigbeider clamer avec une force convaincante son amour pour cet écrivain avant de décrire comment il était allé aux Etats-Unis pour tenter d’être le premier à l’interviewer depuis plus de quarante ans.

Cet écrivain vivant en effet en reclus depuis les années 60 a su créer un mythe nimbé de mystère autour des sa personne.

« L’attrape-cœur » traite d’un état universel : l’adolescence, passage charnière délicat entre l’enfance et l’age adulte.

Le héros, Holden Caulfield, est un jeune homme de 17 ans de la bourgeoisie New Yorkaise, qui à la suite de son renvoi d’un collège huppé dans le quel il était pensionnaire va entamer une errance de plusieurs jours dans l’attente de son retour chez ses parents.

Dans un premier temps ce qui frappe dans ce roman c’est la langue utilisée.

Salinger écrit de la manière dont parlerait un adolescent.

Le style est donc peu sophistiqué, impétueux, rageur et émaillé d’expressions récurrentes comme « ça m’a tué » .

J’ai toute de suite senti que « L’attrape-cœur » était un roman quasi autobiographique.

Les détails étaient trop précis et avaient trop de réalisme pour être totalement inventés.

Holden est un adolescent qui a grandi trop vite, il est très mal dans sa peau, n’a aucun goût pour les études (il a déjà été renvoyé de plusieurs établissements ), il est complexé par son physique trop maigre et n’arrive pas à se fondre dans les us et coutumes de la vie d’un pensionnat pour enfants de riches.

Il fait un complexe par rapport aux joueurs de football, dont les corps musclés et la popularité leur assurent un succès important parmi les jeunes filles.

Après son renvoi, Holden loue une chambre dans un hôtel minable à New York et découvre la vie nocturne, animée et glauque des boites de la ville la plus agitée du monde.

Volonté de s’affirmer par l’alcool et la danse, de vivre sa première expérience sexuelle, d’avoir des fréquentations valorisantes intellectuellement ou physiquement se mêlent aux craintes et doutes d’un adolescent déboussolé et peu sur de lui confronté à un monde dont il ne maîtrise pas tout les codes.

Salinger décrit donc les expériences de ce jeune homme ballotté par la vie dans une ville trop grande pour lui.

J’ai noté une haine farouche du cinéma et des acteurs, dont Holden dénonce de manière épidermique la renommée boursouflée.

On peut donc déjà y déceler le dégoût de Salinger pour les honneurs et l’exposition médiatique.

En réalité je partage en partie ce point de vue, trouvant que le cinéma et les acteurs sont adulés de manière démesurée comme par exemple lors l’insupportable cirque médiatique annuel du festival de Cannes et j’ai toujours été frappé du fait que 80 à 90% des acteurs n’avaient rien à dire en dehors des banalités promotionnelles d’usage.

Dans ce ténébreux et chaotique apprentissage  de la vie perce cependant une lueur d’amour : Phoebe dit la « Mome Phoebe » , la petite sœur de Holden qu’il chérit plus que tout.

Les passages traduisant leur relation quasi fusionnelle sont des instants de pure grâce et constituent les meilleurs moments du livre avec une émotion qui vous noue la gorge et embue vos yeux.

Celui ou la petite veut accompagner son frère qui lui annonce qu’il va fuguer et s’enfuir pour vivre dans le Maine est bouleversant.

Phoebe incarne donc l’innocence et la pureté de l’enfance dans laquelle Holden trouve refuge pour se protéger du monde corrompu, faux, sale et dégoûtant des adultes.

Au final les choses rentrent pourtant dans l’ordre.

Mon sentiment sur ce livre est mitigé.

A l’origine (ni même à la conclusion ! ) je ne me sens pas concerné ni touché par les déboires d’un jeune américain fils de bonne famille.

Je trouve qu’il y a beaucoup de sujets plus forts et intéressants.

Néanmoins je reconnais que ce roman est réussi, subtil, riche, avec un style particulier qui m’a touché mais uniquement par intermittence.

Ce livre est aussi une réflexion sur la connaissance et l’éducation.

En effet, on sent Holden mu par une envie larvée de connaissance mais que les professeurs ne parviennent pas à suffisamment stimuler pour éclore.

Mais je crois que ce type de situation n’a rien d’exceptionnel et a été vécue par  la majeure partie des étudiants.

En effet pour un professeur captivant, combien vous dégoûteront  à vie de leur matière ?

« L’attrape-cœur » n’est donc pas un roman culte pour moi et je me dis que sans l’attitude enigimatique de Salinger, son aura aurait été sans doute atténuée, restant au niveau de sa source : celle d’un bon roman.

 

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