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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 19:46


« Ce que disent les morts » sera la première nouvelle de Philip K Dick que je chroniquerai dans ces pages.

Dick est pour moi le pape de la Science Fiction, une sorte de complément au travail plus scientifique d’un Isaac Asimov.

Cette histoire débute par le décès de Louis Sarapis, un richissime homme d’affaires ayant fait fortune dans le transport Terre-Mars, en utilisant quelques fois des moyens peu recommandables pour notamment neutraliser les syndicats.

L’histoire n’est pas datée dans le temps mais on comprend assez vite que nous sommes dans le futur.

Suivant la procédure habituelle en ces temps, le défunt n’est pas directement enterré mais plongé dans un état de semi-vie cryogénique d’une durée maximale d’un an.

Pendant cette période, le semi-mort conserve donc un état de conscience latent et peut communiquer avec les vivants au moyen d’instruments.

Bien sur son état s’étiole au fil du temps jusqu’à complètement se détériorer, alors le semi-mort est définitivement enterré mais si son temps de semi-vie est parcimonieusement réparti, il peut conserver un fragile lien avec le monde des vivants pendant 25 ans moyennant des frais de maintien bien entendu très coûteux.

Dans le cas de Sarapis, la succession attise bien des convoitises de la part de ses ex collaborateurs.

Le personnage principal Johnny Barefoot est l’ancien directeur de la communication de la société d’assurances de Sarapis : Wilhelmina.

Proche de Sarapis, il lui doit toute sa carrière.

L’empire commercial de Sarapis est surtout convoité par Saint Cyr et Harvey, deux anciens collaborateurs de Sarapis qui sont prêt à toutes les manœuvres pour récupérer le pactole.

Seul obstacle à leurs dessins, Kathy la petite fille de Sarapis, jeune femme instable et toxicomane, inapte sans doute à diriger la société mais légalement seule héritière de la gestion de Wilhelmina.

Rapidement Barefoot entre en contact avec Kathy mais d’étranges phénomènes se font alors connaître.

En effet la procédure de réanimation de Sarapis a échouée mais sa voix se fait entendre du fin fond de l’espace.

L’esprit de Sarapis semble pouvoir contrôler toute les formes de communications terrestres, téléphone, radio, journal automatisé, télévision, machine à écrire …

Le défunt donne ses directives,  confirme l’autorité de sa petite fille devant les rapaces et soutient la candidature d’un homme politique qui se présente aux élections locales.

Le vieil homme mort instaure une climat de paranoïa complète autour de sa succession.

Barefoot pris entre deux feux, se sent attiré affectivement par Kathy mais est soumis à la raison économique et aux pressions du duo infernal Saint Cyr / Harvey.

Un jeu d’échecs sur fond de phénomènes d’outre tombe s’enclenche alors.

« Ce que disent les morts » est pour moi dans le plus pur style Dickien.

Altération de la réalité, questionnement autour de l’esprit, de la mort, de l’au delà, jeux autour de la paranoïa, de la manipulation mettant en scène des personnages névrosés, mal dans leur peau, suicidaires ou drogués.

Pourtant la fin de la nouvelle m’a quelques peu déçue par son coté très normal et terre à terre.

Les toutes dernières pages ont également un goût d’inachevé.

Pour ces raisons je ne classerais pas ce livre dans les œuvres majeures de Dick.

 

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 21:32


Changement radical de style et d’ambiance avec « Au sud de nulle part » de Charles Bukoswki.

Si « Vent de Sable » de Kessel peut être considéré comme un roman positif magnifiant l’homme et la nature, « Au sud de nulle part » est tout l’inverse un roman négatif, axé sur la déchéance des hommes se débattant dans un environnement urbain sale et agressif.

« Au sud de nulle part » est en effet un recueil de nouvelles assez hétéroclites et pour la plupart largement auto-biographiques.

Certaines se terminent en queue de poisson et l’ensemble donne une grande impression de décousu.

Pourtant le talent de Bukowski est bien réel.

Il s’exprime par un humour cynique, un sens aigu de l’absurde, du contre pied, un goût prononcé pour la provocation et un refus massif des normes imposées par la société.

L’univers de Bukowski est celui des pauvres types, des ratés, des ivrognes, des estropiés, des paumés, des ouvriers humiliés et des filles faciles.

Dans le registre provocation, il y a la fondation d’un parti nazi américain en plein milieu de la seconde guerre mondiale, des histoires de hippies pacifistes violés, de meurtriers, le tout enrobé de doses massives de sexe et picole.

Derrière ces artifices surnagent des thèmes forts comme le rejet de la patrie, de la religion, du matérialisme bourgeois et bien pensant bref des fondements de l’Amérique WASP.

Les histoires de type amoureux d’un mannequin en celluloïd, ou du sauvage d’Amazonie sur membré marié à une californienne nymphomane  qui le ramène à Los Angeles sont aussi absurdes qu’hilarantes.

J’ai aussi été très amusé quand Bukowski décrit la raclée qu’il colle à Ernest Hemingway au cours d’un mémorable match de boxe imaginaire.

Par contre dans la dernière partie quand Bukoswki parle de son éreintant boulot aux abattoirs ou de ses problèmes médicaux notamment intestinaux on ne rit plus du tout et on est pris aux tripes par ce douloureux aperçu de la maladie, de la déchéance ou de la mort approchant inexorablement.

Bukowski se définit sans doute lui même comme un raté, un inadapté social ayant pris sa revanche sur la société comme écrivain.

Finalement ce personnage me paraît trop intelligent, sensible et lucide pour être heureux dans un monde aseptisé aux normes sociales nivelant les personnalités pour les faire rentrer dans le moule social.

A la différence d’un Hubert Selby JR dont les romans nous entraînent dans un abyme sans fond de désespoir et de mort, Bukoswki parvient à insuffler à ses nouvelles ce petit supplément de vie qui  les rend attachantes, mordantes et drôles, les préservant ainsi d’un voyage vers la défonce et la déchéance aussi stérile que complaisant.

Comme quoi le talent peut quelques fois (presque ) tout excuser.

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 20:43


« Vent de sable » de Joseph Kessel est un livre qui change par rapport aux précédents ouvrages que j’ai lu de lui.

Il s’agit ici d’un pur roman d’aventure racontant l’épopée durant l’été 1925 des premiers transports aériens français de courrier entre Toulouse et Dakar.

En réalité la partie la plus développée est celle concernant le tronçon Agadir-Dakar.

Le narrateur, Joseph Kessel lui même, journaliste et grand aventurier devant l’éternel embarque comme passager sur l’un de ces vols et accompagne les pilotes dans leur périlleux voyage.

A cette époque, si les premiers avions de chasse ont vu le jours lors de la guerre de 14-18,  l’aéronautique commerciale en est à ses premiers balbutiements et  le transport aérien sur de longues distances n’est pas fiable, les avions sont fragiles, les ratés mécaniques fréquents, l’électricité et le TSF viennent seulement d’être inventés.

Ainsi les pilotes de ces premiers vols peuvent être considérés comme de vrais pionniers voir d’authentiques trompe la mort.

Le trajet Agadir-Dakar consiste à longer la cote de  l’Océan Atlantique pour ne pas trop se perdre dans l’uniformité du désert survolé.

Les principaux dangers sont les tempêtes de sables, terriblement destructrices et imprévisibles, les tempêtes de l’Océan survolé à trop basse altitude mais également les populations de pirates maures, guettant les appareils se posant sur leur territoire pour au mieux capturer les pilotes pour les vendre contre rançon après une longue captivité, au pire les tuer.

Kessel sait tout cela et se joint à un groupe d’une demi douzaine de pilotes, mécaniciens et interprètes arabes répartis sur deux avions.

Le récit de ce voyage est extraordinaire de dépaysement.

Kessel tient en premier lieu absolument à rendre hommage à ces hommes qu’il admire.

Des hommes simples, généreux, courageux jusqu’à la limite de l’inconscience, unis par une même et mystérieuse passion et habités par une sorte de mission sacrée : acheminer coûte que coûte ce courrier qu’ils ne liront jamais.

L’hommage rendu au pilote Emile Lecrivain, qui mourra lors d’un voyage suivant est très touchant.

Après les hommes, les lieux tiennent une place importante dans le récit.

Kessel est plus intéressé par l’aspect nocturne des villes qu’il traverse comme Casablanca et Agadir, villes arabes ou la présence européenne se fait sentir jusque dans les bars et les bordels,  ou Fort Juby dernier avant poste de la civilisation avant le désert angoissant puis Villa Cisneros et sa garnison espagnole, point de sortie du désert Saharien.

Etrangement les villes traversées avant ou après le désert et notamment la partie sénégalaise du périple sont à peine esquissées.

Ce qui a en effet le plus fasciné Kessel est sans nul doute le désert saharien.

Ainsi le point culminant du roman est la terrible tempête essuyée lors du trajet Fort Juby-Villa Cisneros.

Les quelques pages décrivant la lutte des hommes et de leurs machines contre les éléments déchaînés constituent à elles seules un monument de la littérature du roman d’aventure.

J’ai également beaucoup apprécié les descriptions de la vie des hommes dans les forts ou les garnisons situés en bordure du Sahara, et notamment le terrible effet magnétique que peut avoir le désert sur les hommes échoués dans ces zones ou l’homme tout du moins occidental n’a pas vraiment sa place.

« Vent de sable » est donc un formidable roman, magnifiant aussi bien la beauté de la Nature que le courage des hommes éperdus de conquêtes.

Il plane sur ce livre l’ombre des Mermoz et Saint Exupery mais également un parfum de nostalgie pour des temps ou monter dans un avion constituait un acte de courage confinant à la folie douce.

Joseph Kessel, offrant ici une immortalité dorée à une époque donnée et aux differents acteurs la composant, atteint pour moi le niveau le plus noble que l’on peut rêver d’atteindre un jour en littérature.

« A première vue ce sacrifice peut paraître insensé (…) mais lorsqu’on pénètre dans les raisons profondes, inconscientes même de ce sacrifice, on s’aperçoit qu’il répond à un besoin essentiel de ceux qui le pratiquent. (…)

Sans cette flamme intérieure qui le brûle et le dépasse, qu’elle s’applique à une croyance, à une patrie, à un amour ou à un métier, l’homme n’est qu’une mécanique indigne et désespérée » .

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:54

joueur_echec.jpg

Stephan Zweig m’avait été recommandé de longue date par des sources différentes dignes de foi.

J’ai donc lu « Le joueur d’échecs » courte nouvelle extrêmement connue.

L’histoire se passe pendant la seconde guerre mondiale sur un paquebot faisant route vers l’Argentine.

Le narrateur, un Autrichien embarqué sur le bateau apprend que le champion de monde d’échecs du nom de Czentovic est à bord et intrigué par ce jeu qu’il tient en haute estime, il décide de provoquer une partie contre lui.

Pour se faire, il utilise la stupide vanité d’un riche ingénieur écossais pour arriver à ses fins en lui faisant payer 250 dollars afin de pouvoir affronter tous les deux le champion.

Czentovic est décrit comme un prodige des échecs, mais aussi come un homme rustre confinant à l’autisme, terriblement orgueilleux et âpre au gain.

Au cours de cette partie, alors que les deux amateurs se retrouvent rapidement surclassés, un mystérieux inconnu intervient et grâce à ses précieux conseils, le tandem parvient à arracher un match nul face au champion qui en raison de l’offense subie réclame une revanche le lendemain.

Entre temps, le narrateur fait la connaissance de cet inconnu du nom de M. B.

L’homme lui raconte son histoire surprenante : proche du régime monarchique autrichien il a été détenu pendant des mois par les Nazi dans un hôtel deVienne afin de lui extorquer des informations sur ses comptes en banque ou sur  la famille royale.

En captivité, l’homme dérobe un livre d’échecs retraçant 150 parties jouées par des Maîtres et pour ne pas devenir fou commence à se passionner pour ce jeu.

Il apprend tout par cœur, devient obsédé par les échecs.

Pire, une fois les parties mémorisées, il se met à inventer ses propres parties, jouant contre lui-meme dans une sorte de délire frénétique schizophrénique.

Une fois relâché pour raisons de santé ou politiques l’homme est contraint de fuir vers l’Amérique du Sud.

Mais sur le paquebot, ses vieux démons le reprennent.

Alors même si il sait que le jeu d’échec l’a rendu fou, il tient à affronter pour la seule et unique fois un véritable adversaire sur un vrai échiquier

L’affrontement entre l’impassible Czentovic et le très agité et fiévreux M.B est passionnant.

Le dénouement du livre bien que logique est très adroit.

« Le joueur d’échecs » est un livre très vivant, formidablement bien écrit.

Le style limpide de Zweig est un pur régal.

Bien entendu l’intérêt principal de ce livre est d’ordre psychologique.

Le jeu d’échec, sorte de combat entre deux intelligences, art aux multiples combinaisons d’une richesse infinie, rempli de stratégie ou d’instinct est il est vrai un formidable terrain d’expérience pour les jeux de l’esprit.

Mais la passion obsessionnelle et pathologique développée par M.B en prison est elle même un combat mental intérieur encore plus passionnant.

L’homme face au néant, à la solitude, à l’ennui, à cette  gigantesque machine à briser les individus qu’était le Nazisme … qui réussit à trouver une échappatoire par la puissance son esprit.

Je recommande donc cette courte et excellente nouvelle à tout amateur de romans cérébraux

Séduit, je pense lire d’autres livres de Zweig.

 

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 09:46


La « Physique » d’Aristote a été pour l’instant l’un des livres les plus difficiles que j’ai jamais lu.

Ce recueil de huit livres traite comme son nom l’indique de physique et même si ce mot n’a pas le même sens par rapport à la science moderne du même nom, l’ouvrage a selon moi un fort contenu scientifique le rendant difficile d’accès.

La « Physique » ayant été longuement étudiée, analysée, interprétée, commentée au fil des siècles par les savants du Moyen-Age, les philosophes orientaux et occidentaux, je n’ai pas la prétention de me comparer à eux mais simplement d’en livrer ce que j’en ai retenu après une simple première lecture.

Qu’est ce donc que la Physique pour un Grec du IV iéme siècle avant Jésus Christ ?

L’études des « étants » corporels, la mécanique bien entendu, la cinématique surtout, les débuts de la dynamique aussi avec de fortes interrogations sur la nature du lieu, du temps, de la vitesse et surtout du mouvement.

Comme à son habitude Aristote reprend les travaux de ces prédécesseurs pour les critiquer ou les compléter avec une grande rigueur dans ses démonstrations mais cette fois ceci dure pratiquement du début à la fin de l’ouvrage.

Sont ici beaucoup discutées les thèses des Pré-Socratiques (Parménide, Démocrite, Anaximandre, Anaxagore, Zénon d’Elée )  et bien entendu à un degré moindre cependant celles de son « meilleur ennemi » Platon.

Aristote commence d’abord a établir l’existence de principes, c’est à dire de fondements de l’existence des réalités empiriquement observables.

Ces principes sont nécessairement contraires et en nombre fini, et il doit en exister un troisième, qui sera un substrat, base essentielle physique d’un étant.

Le passage du blanc au noir ainsi que du chaud au froid sont régulièrement cités en exemple pour éclairer cette notion de contraire comme source de changement.

Après avoir posé ces prémisses, Aristote dans le livre II s’intéresse au rôle de la nature, à la matière, à la forme des choses avant de déboucher sur l’étude des causes.

Aristote en dénombre quatre principales : la nature, la forme, le moteur et le « en vue de quoi ».

Aristote étudie également le hasard et la spontanéité toute d’eux causes par accident.

Le livre III voit la première définition du mouvement.

Aristote désigne trois mouvements : celui par qualité (altération), celui par quantité, et  celui par le lieu (déplacement).

Aristote étudie longuement toutes les formes de l’infini.

Pour lui, l’infini n’existe qu’en puissance et pas au sens d’un élément corporel sensible.

Le monde étant  fini, l’infiniment grand n’existe ni en puissance ni en acte.

En revanche il existe dans le temps et dans l’infiniment petit.

Dans le livre IV, Aristote s’intéresse à l’espace et au temps.

Le lieu est défini par la limite du corps enveloppant à l’endroit ou il touche le corps enveloppé, c’est à dire le corps physique défini par sa forme, sa grandeur et sa matière.

L’existence du vide incompatible avec celle du mouvement est rejetée.

Après l’espace, passage passionnant sur le temps, défini comme le nombre d’un mouvement séparant deux instants antérieur et postérieur appelés « maintenant ».

Le livre V est consacré à l’étude approfondie du mouvement.

Aristote reprend les trois types de mouvements définis au livre III

Les phénomènes de génération et corruption non liés à des principes contraires mais à des contradictions, ne sont pas considérés comme des mouvements mais comme des changements.

Le mouvement unique est qualifié de continu.

L’étude détaillée du continu a lieu dans le livre VI.

Le continu est  composé de divisibles aussi bien par la distance que par le temps.

Ceci constitue une critique des prédécesseurs d’Aristote notamment les atomistes qui voient le monde composé d’atomes insécables.

Le livre VII peut être vu comme les bases d’une réflexion préparant à la conclusion du dernièr chapitre.

Les differents types de mouvements spatiaux sont dénombrés : traction, poussée, rotation, portage même si Aristote montre que la rotation et le portage résultent de forces de tractions et de poussée.

A noter que dans le dernier livre Aristote qualifiera le mouvement circulaire non local c’est à dire celui des astres comme premier car continu et infini donc plus noble.

Le dernier livre est sans nul doute le plus métaphysique.

Aristote débouche sur la conclusion de l’existence d’un premier principe moteur, immobile, éternel, infini source de tous les autres principes, responsable d’un mouvement et d’un temps global éternel.

Ma conclusion, si la « Physique »  m’a posée autant de problèmes c’est je le pense en raison de son caractère plus scientifique que littéraire.

Les sujets abordés sont extremment complexes, le vocabulaire très spécifique et le style assez tortueux ce qui fait qu’on ne peut lire ce livre d’une traite mais plutôt progresser pas à pas en relisant fréquemment les nombreux passages obscurs.

Moi qui n’aime pas trop les notes ou les introductions des traducteurs, je dois avouer que celles de Pierre Pellegrin m’ont été d’un grand secours tant beaucoup de passages m’auraient été impossibles à franchir sans aide.

Que m’a apportée la « Physique » donc ? Cette étude des corps et des mouvements m’a obligé à remettre en question certains acquis que l’enseignement moderne m’avaient inculqué, notamment sur les notions mathématiques de continuité, d’infini voir de vide.

Et si donc Aristote aboutit au fait que tout notre système physique est conditionné par l’existence d’un premier principe d’une puissance quasi divine, il ne répond pas à la question cruciale du pourquoi ? 

Réponse que les religions elles donneront, Aristote se cantonnant dans cet ouvrage au « comment » des choses sensibles ce qui me paraît finalement plus solide et moins aléatoire comme matériau de travail.

Toujours est il que la « Physique » ne s’aborde pas sans solides notions philosophiques et demeure un ouvrage réservé à un public chevronné.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 09:00

Cosaques.gif

Première incursion dans la littérature russe (la « grande » littérature ? ) avec « Les Cosaques » de Léon Tolstoï.

Ce livre traite du périple d’Olénine, un jeune homme appartenant à la noblesse fortunée moscovite qui s’engage dans les années 1850, comme officier dans l’armée russe pour être envoyé dans le Caucase afin d’asseoir la domination russe sur la région.

Le jeune officier fait la connaissance des détachement cosaques, ces militaires russes établis sur place qui ont la mainmise sur cette région sauvage, rurale, montagneuse.

Les Cosaques sont chargés de tenir des couloirs, des places fortes et d’écraser la rébellion des Abreks , c’est à dire des montagnards essentiellement Tchétchènes vivant de l’autre coté du fleuve Terek.

Olénine, qui vivait dans le luxe et l’oisiveté des cercles mondains de Moscou, découvre donc une vie à mille lieues de celle du citadin qu’il était.

Il est fasciné, charmé par la beauté sauvages des paysages, par les mœurs rudes des Cosaques, considérés par les Russes comme des êtres grossiers et primitifs.

Olénine rencontre Erochka, un vieux cosaque gouailleur, conteur, chasseur émérite, amateur de femmes, de vins et de bonne chaire, qui lui devient son mentor et son passeur entre les deux cultures.

Olénine occupe le plus clair de son temps libre à chasser avec ou sans Erochka, à explorer la Nature sous toute ses formes.

Il éprouve une sorte de révélation pour ce bonheur primitif, sauvage et rejette en bloc toute envie de civilisation ou de mondanité.

Mais rapidement ce renoncement presque ascétique se trouve troublé par le beauté d’une jeune femme cosaque répondant au nom de Marion.

Marion est la fille du logeur d’Olénine, un sous lieutenant cosaque.

Marion est également promise à Lucas, un soldat cosaque qui bien que pauvre est considéré comme un héros local en raison de ses exploits face aux Tchétchènes.

Olénine devient vite obsédé par Marion et souffre d’un déchirement intense car cet amour lui semble impossible.

On comprend que pour Olénine qui n’a jamais éprouvé l’amour véritable, cette « première fois » est un traumatisme majeur et une grande source de tourment.

Le roman se termine en une sorte de jeu d’échec à trois autour de Marion.

Qui choisira t elle entre le viril mais simple Lucas et le riche mais étranger Olénine ?

Bien entendu comme il s’agit d’un roman russe, la tragédie arrivera.

« Les Cosaques » a été pour moi une découverte charmante.

Il ne s’agit pas d’un roman de guerre à proprement parler, à peine plus d’un roman d’aventure mais plutôt d’un parcours initiatique d’un jeune homme déchiré intérieurement, en quête d’apaisement et de pureté.

Cet apaisement il pense le trouver dans le renoncement,  le retour à une vie ascétique, simple, proche de la nature comme le prônent certains philosophes grecs depuis fort longtemps, mais finalement l’amour lui apparaît comme une force supérieure digne de transcender son existence même si on peut penser que cette Marion à la beauté simple et virginale n’est finalement que l’incarnation humaine de cet idéal de pureté naturelle.

Pourtant le bonheur et l’équilibre ne sont jamais atteints, puisque Olénine malgré tous ses efforts ne parvient pas à se détacher totalement de ses liens avec la sophistication des officiers russes et n’est pas non plus accepté au sein de la population cosaque qui se méfie de ce officier étranger au comportement atypique.

Malgré cette quête inaboutie, le roman est une belle description du mode de vie de ces hommes rudes ayant fascinés l’écrivain.

Tolstoï se montre d’ailleurs étonnamment virulent contre ces compatriotes  russes qu’il semble accuser de tous les maux comparés aux « bons sauvages » cosaques.

Quand aux Tchétchènes bien qu’entre aperçus on comprend vite que leur mode de vie montagnard proche de celui des Cosaque les rend plus sympathiques et proches d’Olénine que les Russes eux mêmes.

« Les Cosaques » est donc un livre complexe, riche et intéressant à découvrir pour qui s’intéresse à une époque, une région donnée mais également à l’étrange fascination que peut ressentir un jeune soldat soummis au contact prolongé avec des populations quasi étrangères.

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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 21:20


« Typhon » de Joseph Conrad est l’archétype même du court roman d’aventure maritime.

Ce livre raconte l’histoire  au  début du XX iéme siècle du « Nan Shan » bateau à vapeur commandé par un équipage anglais sous pavillon du Siam qui doit ramener en Chine un important groupe de travailleurs chinois.

A bord de ce bateau, le capitaine Whirr, vieil homme taiseux, peu expansif a l’autorité de l’age et de l’expérience sur son équipage mais pas a priori un caractère assez marqué pour générer un fort engouement de la part de ses hommes.

Whirr écrit de fréquentes et insipides lettres à sa femme restée en Angleterre, qui n’a du reste pas franchement envie qu’il revienne trop vite vivre avec elle.

Le second du navire répondant au nom de Jukes est un jeune homme célibataire au tempérament impétueux.

Ensuite vient le chef-machine ainsi que d’autres personnages subalternes.

Le thème principal du livre est la lutte pour la survie de ce bateau face à un typhon aux proportions gigantesques qui le cueille en pleine mer de Chine.

Conrad dépeint donc avec talent et emphase les efforts de l’homme devant une force naturelle colossale contre laquelle il est bien démuni.

Lors de cette lutte, le caractère des hommes se révèle et Whirr tout renfermé qu’il est au naturel, s’avère un homme de principe, profondément humain et sur lequel on peut compter dans l’adversité.

Finalement dans ce cas de force majeure, les hommes s’unissent pour leur survie.

Mais cette survie passe avant tout par les machines, cette précieuse chaudière à vapeur qu’il faut maintenir en pression pour continuer à se mouvoir dans l’élément liquide.

L’homme doit donc faire corps avec sa machine.

Ce qui m’a choqué dans ce livre était les conditions dont étaient traitées les ouvriers chinois, enfermés dans la cale du navire, ils se retrouvent inondés d’eau et se battent entre eux pour récupérer leur argent péniblement gagné lors de travaux harassants.

Le mépris affiché des anglais pour ce type de comportement m’a paru gonflé de l’orgueil du colon.

Bref les Chinois sont à peine mieux considérés que des animaux par cet équipage, d’ailleurs un passage fait allusion au fait que les Chinois n’ont pas d’ame.

Mon sentiment final n’est pas que ce livre appartient à la catégorie des chef d’œuvres.

Bien entendu Conrad excelle dans la description maritime, des élément déchaînés, de l’union technique forcée entre homme et machine mais je pense qu’il est pratiquement impossible de décrire fidèlement un phénomène aussi puissant qu’un typhon.

Les forces en présence dépassent par trop l’entendement humain.

Alors certes on peut imaginer, fantasmer mais je ne suis pas parvenu à pleinement éprouver cette sensation de danger, d’autant plus que étonnamment malgré la violence supposée de la tempête, aucun homme n’est perdu ou tué lors du récit, ce qui atténue fortement l’effet ressenti.

D’autre part la psychologie des personnages m’a paru relativement superficielle.

Un Conrad qui bien que non déplaisant ne me laissera pas un souvenir inoubliable.

Dans un genre similaire, « Une descente dans le maelström » d’Edgar Poe m’a plus séduit, sans doute pour sa dimension plus fantastique et horrifique.

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 22:11


La « Rhétorique » d’Aristote est un ouvrage composé de trois livres dont le but est d’étudier les moyens de persuasion dans les discours.

Cet ouvrage recense donc les techniques de démonstration ainsi que celles permettant d’influencer un auditoire en jouant sur les passions éprouvées.

Pour Aristote les démonstrations s’appuieront suivant les cas sur des enthymèmes ou des exemples composés à base de prémisses ou lieux communs reconnus de tous.

Les enthymèmes sont des syllogismes propres à la Rhétorique.

Reposant sur le vraisemblable des prémisses, ils sont en principe accessibles à tous.

Dans le premier livre, Aristote, après avoir défini la Rhétorique comme une branche particulière de la Dialectique, décrit les trois principaux genres de discours : le délibératif dont le but est de prendre une décision sur le futur, le judiciaire dont le but est de porter un jugement sur des faits passés et enfin l’épidictique proche du présent au style démonstratif traduisant l’éloge ou le blâme.

Pour chacun de ces genres, Aristote définit son objet.

Ainsi on délibérera sur les revenus, la guerre ou paix, l’importation ou l’exportation ainsi que sur la législation.

Le style délibératif tend donc vers le domaine politique et son but est donc logiquement l’atteinte du bonheur (sous entendu de l’homme dans la cité).

Aristote poursuit donc naturellement sur une sorte de « rappel » des biens constituant le bonheur (noblesse, enfant, richesse, réputation, vertus corporelles, amis, chance ..).

Le genre épidictique porte lui sur le beau ou le laid ainsi que les vertus et vices qui sont également « rappelés ».

Ce genre est naturellement porté à l’amplification.

Pour le genre judiciaire, Aristote s’intéresse aux causes qui font commettre des injustices en discourant autour des thèmes de l’illégalité et de la responsabilité.

Se dégagent chance, nature, contraintes puis habitude, réflexion, colère et désir.

Aristote traite aussi de l’ habitus c’est à dire la disposition de l’ame des hommes qu’ils soient agents ou patients.

Les notions de preuves, témoins, serments , conventions sont discutées.

Aristote décrit habilement les méthodes pour utiliser à son avantage ou contourner les textes de loi sachant que ceux ci ne sont pas parfaits et doivent quelques fois etre interpretés dans un esprit de justice.

Le second livre traite des passions que peut éprouver un auditoire :  colère, calme, amitié, haine, crainte, pitié ,honte, obligeance, indignation, envie, émulation ainsi que des techniques pour provoquer ces passions sur cet auditoire.

La suite logique est l’étude des caractères par rapport à l’age, la richesse, la puissance , la noblesse.

Ces chapitres sont de grands moments de psychologie et montrent toute l’acuité de l’esprit du philosophe pour percer les secrets de l'ame humaine.

La deuxième partie du second livre est plus technique et explique l’utilisation des enthymèmes, paraboles, fables et maximes pour arriver à ses fins.

Enfin le troisième livre, traite du style du discours .

Le choix des mots convenables, riches sans être trop poétiques ou pesants, l’emploi de métaphores à bon escient, la correction du langage, le ton approprié suivant les circonstances, le rythme vif  (péon) des phrases utilisant fréquemment des antithèses, la concision de l’ensemble sont autant d’atouts pour convaincre.

Mon sentiment sur la « Rhétorique » est qu’il s’agit d’un livre plutôt difficile d’accès.

Avoir lu les « Tropiques » du même auteur et avoir une bonne connaissance d’Homère , Euripide, Sophocle ou Eschyle me paraît grandement aider à la compréhension de l’ouvrage car Aristote utilise souvent ces œuvres pour étayer ses démonstrations.

Ne possédant pas encore toute cette culture classique, j’ai eu quelques difficulté à tout assimiler.

Malgré ce handicap technique, j’ai été impressionné par la justesse des techniques proposées par Aristote pour gagner un auditoire à sa cause.

A mon sens ces techniques confinent à de la manipulation mentale ou tout du moins à de l’influence.

Elles requièrent donc une conscience aiguë de l’esprit humain comme seul un homme extrêmement brillant comme Aristote pouvait en être capable.

Cet ouvrage, par la large part qu’il donne au discours judiciaire me paraît constituer un indispensable manuel de référence pour qui se destine à des études de magistrature ou d’avocat.

Plus simplement, il peut également fournir de bonne idées pour construire un exposé oral, participer à un débat ou à une réunion.

Je crois donc que je relirai ce livre plusieurs fois dans ma vie.

Aujourd’hui quels sont les plus brillants rhéteurs français?

Bernard Tapie, Jean Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy, Olivier Besancenot  ?

Un bon rhéteur se doit d’être également un bon acteur ce que ne sont pas en général les énarques, trop froids et figés dans leur langage et leurs expressions corporelles.

Ceci aurait il donc une part d’inné ?

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Published by Seth - dans Philosophie
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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 10:21



« Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad est le type même de roman éclipsé par un film, celui de Francis Ford Coppola en l’occurrence, « Apocalypse now ».

Il était évident compte tenu de mon admiration pour ce film que je lise le livre dont il est issu même si l’adaptation de Coppola transpose l’histoire en Asie alors qu’initialement elle a lieu en Afrique.

Dés les premières pages d’« Au cœur des ténèbres » le lecteur est accroché par le ton particulier du roman, mystérieux et onirique.

Le livre raconte l’histoire au XIX iéme siècle , d’un anglais qui s’engage comme capitaine sur une compagnie de marine marchande française ou belge ( ?) pour récupérer de l’ivoire sur le fleuve Congo.

Le capitaine doit faire la liaison avec les postes avancés de la compagnie dans les terres et notamment avec un certain Kurtz, directeur d’un de ces centres.

Ce voyage va devenir une sorte de parcours initiatique, de cauchemar éveillé, d’enfer vert avec un retour aux premières sensations humaines.

A bord de son navire, un vieux bateau à vapeur brinquebalant, le capitaine va découvrir le continent africain, ses mystères, ses dangers également.

La foret et le fleuve sont systématiquement décrits comme oppressants, générateurs d’un puissant malaise.

Le narrateur-capitaine découvre des Blancs obsédés par le profit et les pillages, bien loin de leurs idéaux progressistes à l’égard des populations noires qui sont le plus souvent exploitées et réquisitionnées comme main d’œuvre.

Rapidement il entend parler de Kurtz, l’homme mystérieux qu’il doit rencontrer.

Les termes sont étranges, il est d’abord loué comme un homme extraordinairement compétent puis les avis divergent, on raconte qu’il a volé la compagnie, que l’ivoire n’arrive plus et que cet homme gravement malade doit être rapatrié.

La deuxième partie du roman est donc la quête de cet homme insaisissable et pratiquement mythique.

Une fois sur place, l’équipage se fait attaquer par des tribus guerrières.

Le narrateur apprend que ses tribus sont commandées par Kurtz qui est devenu une sorte de gourou, de demi-dieu de la foret.

Kurtz a apparemment fasciné aussi bien les noirs que les blancs et tous se revendiquent comme ses disciples.

Le capitaine devient lui même fasciné par ses histoires et  finit par rencontrer Kurtz qui est mourrant dans la jungle.

Il récupère une partie de ses écrits, la plupart se trouvant être non liés à son métier mais des manuels pour la manière de traiter les sauvages afin de leur apporter le progrès.

Kurtz meurt dans les bras du capitaine qui demeurera complètement hanté et fasciné par cet homme mystique.

« Au cœur des ténèbres » est plus qu’un extraordinaire roman d’aventure.

Il peut être vu comme un refus du matérialisme, une expérience mystique, nihiliste, quasi philosophique, une réflexion sur la mort, le sens de la vie, un retour aux cotés les plus primitifs et enfouis de l’homme.

La langue est exceptionnelle, les descriptions maritimes ou fluviales écrasantes de beauté.

La nature inquiétante et toute puissante ramène l’homme à sa juste place, celle d’un moucheron.

Le lecteur a lui aussi l’impression d’être happé dans un rêve enfiévré, ballotté par le rythme languissant de cette interminable remontée du fleuve ou les hommes blancs perdent  leur raison, le fragile verni de leur civilisation pour se révéler à eux mêmes.

Un livre culte, hypnotisant, troublant, tout le génie de Conrad.

      Et à peine 115 pages ...     
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Published by Seth - dans Aventure
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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 20:47

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Poursuite dans le royaume de l'éprouvant avec « Au pays des vivants » remarquable polar écrit par le duo anglais Nicci French.

Pourtant rien n’était gagné puisqu’à la base je déteste les histoires de tueurs en séries, genre que je trouve surexploité par le polar anglo-saxon.

« Au pays des vivants » commence de manière folle puisqu’on est tout de suite plongé dans la peau d’Abigail Devereaux, jeune londonienne cagoulée, bâillonnée, ligotée et séquestrée dans un endroit effrayant par un mystérieux inconnu.

Les 60 premières pages du roman sont d’une intensité rarement atteinte dans un livre, le lecteur bloque sa respiration, son pouls s’accélère et partage totalement les efforts désespérés de la jeune femme pour essayer de survivre.

Impossible de ne pas entrer en empathie et de ne pas se demander visceralement
« Et moi qu’aurais je fait à sa place ? »
 
Pour ma part je suis admiratif devant les efforts d’Abby pour garder sa raison, les images mentales utilisées pour ne pas basculer dans une panique fatale, admiratif aussi devant ses tentatives de contact et de manipulation du ravisseur car je pense que je n’aurais pas eu toutes ses ressources préférant en finir vite.

En finir justement Abby s’y résout pour frustrer son ravisseur du plaisir de la tuer mais une chance inespérée lui permet de s’échapper.

Commence alors la lente et douloureuse reconstruction d’une vie brisée.

Nous suivons donc Abby profondément choquée et en partie amnésique qui essaie de retrouver le chemin de sa vie.

Pour ne rien arranger la police et les psychiatres qui l’examinent mettent en doute sa version des faits, l’accusant d’affabulations, sans oublier la menace éventuelle du tueur désireux de la retrouver.

Abby découvre qu’elle était consultante en décoration intérieure, qu’elle a démissionnée de son travail les jours précédents son enlèvement,  de plus elle s’est également séparé durant le même laps de temps de Terry son petit ami de l’époque, alcoolique et violent.

Abby recontacte donc ses anciens amis, son ancien employeur, ses contacts professionnels et remonte patiemment la piste.

Remarquablement bien construit le roman se révèle un délice d’intelligence et de finesse.

Le duo Nicci French distille de nombreuses fausses pistes sur l’identité du tueur et provoque habilement un climat de paranoïa complet.

Le personnage d’Abby est formidablement attachant, femme intelligente, sensible, meurtrie, brisée, s’apercevant de la futilité de son ancienne vie matérialiste et déterminée à revenir au pays des vivants.

On notera la finesse de l’analyse psychologique à propos du malaise et du rejet des anciens amis par rapport à un drame qui les dépasse comme si finalement les amis ne voulaient nous voir que sous un jour favorable mais étaient gênés lors d’un coup dur.

Je pense qu’une réaction analogue serait observée si on annonçait à ses amis qu’on était atteint d’une maladie mortelle.

J’ai aussi beaucoup apprécié le questionnement d’Abby par rapport à un éventuel désir inconscient de mourir et du fait que son ravisseur l’ait détecté.

On rassurera le lecteur sur le dénouement heureux du livre.

« Au pays des vivants » est un polar de haut vol, vibrant d’intelligence, de profondeur, permettant de nous faire toucher la fragilité de l’existence par le prisme d’une jeune femme qui pourrait être n’importe quel être humain d’aujourd’hui.

Le tueur en série, échappant aux stéréotypes des films américains, n’est finalement que peu au centre du livre et aucunement déifié.

Je déconseille néanmoins la lecture de ce livre aux ames sensibles.

Les autres, notamment les amateurs de polars bien construits seront ravis.

A quand un film ?

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Published by Seth - dans Policier
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