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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 09:46


La « Physique » d’Aristote a été pour l’instant l’un des livres les plus difficiles que j’ai jamais lu.

Ce recueil de huit livres traite comme son nom l’indique de physique et même si ce mot n’a pas le même sens par rapport à la science moderne du même nom, l’ouvrage a selon moi un fort contenu scientifique le rendant difficile d’accès.

La « Physique » ayant été longuement étudiée, analysée, interprétée, commentée au fil des siècles par les savants du Moyen-Age, les philosophes orientaux et occidentaux, je n’ai pas la prétention de me comparer à eux mais simplement d’en livrer ce que j’en ai retenu après une simple première lecture.

Qu’est ce donc que la Physique pour un Grec du IV iéme siècle avant Jésus Christ ?

L’études des « étants » corporels, la mécanique bien entendu, la cinématique surtout, les débuts de la dynamique aussi avec de fortes interrogations sur la nature du lieu, du temps, de la vitesse et surtout du mouvement.

Comme à son habitude Aristote reprend les travaux de ces prédécesseurs pour les critiquer ou les compléter avec une grande rigueur dans ses démonstrations mais cette fois ceci dure pratiquement du début à la fin de l’ouvrage.

Sont ici beaucoup discutées les thèses des Pré-Socratiques (Parménide, Démocrite, Anaximandre, Anaxagore, Zénon d’Elée )  et bien entendu à un degré moindre cependant celles de son « meilleur ennemi » Platon.

Aristote commence d’abord a établir l’existence de principes, c’est à dire de fondements de l’existence des réalités empiriquement observables.

Ces principes sont nécessairement contraires et en nombre fini, et il doit en exister un troisième, qui sera un substrat, base essentielle physique d’un étant.

Le passage du blanc au noir ainsi que du chaud au froid sont régulièrement cités en exemple pour éclairer cette notion de contraire comme source de changement.

Après avoir posé ces prémisses, Aristote dans le livre II s’intéresse au rôle de la nature, à la matière, à la forme des choses avant de déboucher sur l’étude des causes.

Aristote en dénombre quatre principales : la nature, la forme, le moteur et le « en vue de quoi ».

Aristote étudie également le hasard et la spontanéité toute d’eux causes par accident.

Le livre III voit la première définition du mouvement.

Aristote désigne trois mouvements : celui par qualité (altération), celui par quantité, et  celui par le lieu (déplacement).

Aristote étudie longuement toutes les formes de l’infini.

Pour lui, l’infini n’existe qu’en puissance et pas au sens d’un élément corporel sensible.

Le monde étant  fini, l’infiniment grand n’existe ni en puissance ni en acte.

En revanche il existe dans le temps et dans l’infiniment petit.

Dans le livre IV, Aristote s’intéresse à l’espace et au temps.

Le lieu est défini par la limite du corps enveloppant à l’endroit ou il touche le corps enveloppé, c’est à dire le corps physique défini par sa forme, sa grandeur et sa matière.

L’existence du vide incompatible avec celle du mouvement est rejetée.

Après l’espace, passage passionnant sur le temps, défini comme le nombre d’un mouvement séparant deux instants antérieur et postérieur appelés « maintenant ».

Le livre V est consacré à l’étude approfondie du mouvement.

Aristote reprend les trois types de mouvements définis au livre III

Les phénomènes de génération et corruption non liés à des principes contraires mais à des contradictions, ne sont pas considérés comme des mouvements mais comme des changements.

Le mouvement unique est qualifié de continu.

L’étude détaillée du continu a lieu dans le livre VI.

Le continu est  composé de divisibles aussi bien par la distance que par le temps.

Ceci constitue une critique des prédécesseurs d’Aristote notamment les atomistes qui voient le monde composé d’atomes insécables.

Le livre VII peut être vu comme les bases d’une réflexion préparant à la conclusion du dernièr chapitre.

Les differents types de mouvements spatiaux sont dénombrés : traction, poussée, rotation, portage même si Aristote montre que la rotation et le portage résultent de forces de tractions et de poussée.

A noter que dans le dernier livre Aristote qualifiera le mouvement circulaire non local c’est à dire celui des astres comme premier car continu et infini donc plus noble.

Le dernier livre est sans nul doute le plus métaphysique.

Aristote débouche sur la conclusion de l’existence d’un premier principe moteur, immobile, éternel, infini source de tous les autres principes, responsable d’un mouvement et d’un temps global éternel.

Ma conclusion, si la « Physique »  m’a posée autant de problèmes c’est je le pense en raison de son caractère plus scientifique que littéraire.

Les sujets abordés sont extremment complexes, le vocabulaire très spécifique et le style assez tortueux ce qui fait qu’on ne peut lire ce livre d’une traite mais plutôt progresser pas à pas en relisant fréquemment les nombreux passages obscurs.

Moi qui n’aime pas trop les notes ou les introductions des traducteurs, je dois avouer que celles de Pierre Pellegrin m’ont été d’un grand secours tant beaucoup de passages m’auraient été impossibles à franchir sans aide.

Que m’a apportée la « Physique » donc ? Cette étude des corps et des mouvements m’a obligé à remettre en question certains acquis que l’enseignement moderne m’avaient inculqué, notamment sur les notions mathématiques de continuité, d’infini voir de vide.

Et si donc Aristote aboutit au fait que tout notre système physique est conditionné par l’existence d’un premier principe d’une puissance quasi divine, il ne répond pas à la question cruciale du pourquoi ? 

Réponse que les religions elles donneront, Aristote se cantonnant dans cet ouvrage au « comment » des choses sensibles ce qui me paraît finalement plus solide et moins aléatoire comme matériau de travail.

Toujours est il que la « Physique » ne s’aborde pas sans solides notions philosophiques et demeure un ouvrage réservé à un public chevronné.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 09:00

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Première incursion dans la littérature russe (la « grande » littérature ? ) avec « Les Cosaques » de Léon Tolstoï.

Ce livre traite du périple d’Olénine, un jeune homme appartenant à la noblesse fortunée moscovite qui s’engage dans les années 1850, comme officier dans l’armée russe pour être envoyé dans le Caucase afin d’asseoir la domination russe sur la région.

Le jeune officier fait la connaissance des détachement cosaques, ces militaires russes établis sur place qui ont la mainmise sur cette région sauvage, rurale, montagneuse.

Les Cosaques sont chargés de tenir des couloirs, des places fortes et d’écraser la rébellion des Abreks , c’est à dire des montagnards essentiellement Tchétchènes vivant de l’autre coté du fleuve Terek.

Olénine, qui vivait dans le luxe et l’oisiveté des cercles mondains de Moscou, découvre donc une vie à mille lieues de celle du citadin qu’il était.

Il est fasciné, charmé par la beauté sauvages des paysages, par les mœurs rudes des Cosaques, considérés par les Russes comme des êtres grossiers et primitifs.

Olénine rencontre Erochka, un vieux cosaque gouailleur, conteur, chasseur émérite, amateur de femmes, de vins et de bonne chaire, qui lui devient son mentor et son passeur entre les deux cultures.

Olénine occupe le plus clair de son temps libre à chasser avec ou sans Erochka, à explorer la Nature sous toute ses formes.

Il éprouve une sorte de révélation pour ce bonheur primitif, sauvage et rejette en bloc toute envie de civilisation ou de mondanité.

Mais rapidement ce renoncement presque ascétique se trouve troublé par le beauté d’une jeune femme cosaque répondant au nom de Marion.

Marion est la fille du logeur d’Olénine, un sous lieutenant cosaque.

Marion est également promise à Lucas, un soldat cosaque qui bien que pauvre est considéré comme un héros local en raison de ses exploits face aux Tchétchènes.

Olénine devient vite obsédé par Marion et souffre d’un déchirement intense car cet amour lui semble impossible.

On comprend que pour Olénine qui n’a jamais éprouvé l’amour véritable, cette « première fois » est un traumatisme majeur et une grande source de tourment.

Le roman se termine en une sorte de jeu d’échec à trois autour de Marion.

Qui choisira t elle entre le viril mais simple Lucas et le riche mais étranger Olénine ?

Bien entendu comme il s’agit d’un roman russe, la tragédie arrivera.

« Les Cosaques » a été pour moi une découverte charmante.

Il ne s’agit pas d’un roman de guerre à proprement parler, à peine plus d’un roman d’aventure mais plutôt d’un parcours initiatique d’un jeune homme déchiré intérieurement, en quête d’apaisement et de pureté.

Cet apaisement il pense le trouver dans le renoncement,  le retour à une vie ascétique, simple, proche de la nature comme le prônent certains philosophes grecs depuis fort longtemps, mais finalement l’amour lui apparaît comme une force supérieure digne de transcender son existence même si on peut penser que cette Marion à la beauté simple et virginale n’est finalement que l’incarnation humaine de cet idéal de pureté naturelle.

Pourtant le bonheur et l’équilibre ne sont jamais atteints, puisque Olénine malgré tous ses efforts ne parvient pas à se détacher totalement de ses liens avec la sophistication des officiers russes et n’est pas non plus accepté au sein de la population cosaque qui se méfie de ce officier étranger au comportement atypique.

Malgré cette quête inaboutie, le roman est une belle description du mode de vie de ces hommes rudes ayant fascinés l’écrivain.

Tolstoï se montre d’ailleurs étonnamment virulent contre ces compatriotes  russes qu’il semble accuser de tous les maux comparés aux « bons sauvages » cosaques.

Quand aux Tchétchènes bien qu’entre aperçus on comprend vite que leur mode de vie montagnard proche de celui des Cosaque les rend plus sympathiques et proches d’Olénine que les Russes eux mêmes.

« Les Cosaques » est donc un livre complexe, riche et intéressant à découvrir pour qui s’intéresse à une époque, une région donnée mais également à l’étrange fascination que peut ressentir un jeune soldat soummis au contact prolongé avec des populations quasi étrangères.

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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 21:20


« Typhon » de Joseph Conrad est l’archétype même du court roman d’aventure maritime.

Ce livre raconte l’histoire  au  début du XX iéme siècle du « Nan Shan » bateau à vapeur commandé par un équipage anglais sous pavillon du Siam qui doit ramener en Chine un important groupe de travailleurs chinois.

A bord de ce bateau, le capitaine Whirr, vieil homme taiseux, peu expansif a l’autorité de l’age et de l’expérience sur son équipage mais pas a priori un caractère assez marqué pour générer un fort engouement de la part de ses hommes.

Whirr écrit de fréquentes et insipides lettres à sa femme restée en Angleterre, qui n’a du reste pas franchement envie qu’il revienne trop vite vivre avec elle.

Le second du navire répondant au nom de Jukes est un jeune homme célibataire au tempérament impétueux.

Ensuite vient le chef-machine ainsi que d’autres personnages subalternes.

Le thème principal du livre est la lutte pour la survie de ce bateau face à un typhon aux proportions gigantesques qui le cueille en pleine mer de Chine.

Conrad dépeint donc avec talent et emphase les efforts de l’homme devant une force naturelle colossale contre laquelle il est bien démuni.

Lors de cette lutte, le caractère des hommes se révèle et Whirr tout renfermé qu’il est au naturel, s’avère un homme de principe, profondément humain et sur lequel on peut compter dans l’adversité.

Finalement dans ce cas de force majeure, les hommes s’unissent pour leur survie.

Mais cette survie passe avant tout par les machines, cette précieuse chaudière à vapeur qu’il faut maintenir en pression pour continuer à se mouvoir dans l’élément liquide.

L’homme doit donc faire corps avec sa machine.

Ce qui m’a choqué dans ce livre était les conditions dont étaient traitées les ouvriers chinois, enfermés dans la cale du navire, ils se retrouvent inondés d’eau et se battent entre eux pour récupérer leur argent péniblement gagné lors de travaux harassants.

Le mépris affiché des anglais pour ce type de comportement m’a paru gonflé de l’orgueil du colon.

Bref les Chinois sont à peine mieux considérés que des animaux par cet équipage, d’ailleurs un passage fait allusion au fait que les Chinois n’ont pas d’ame.

Mon sentiment final n’est pas que ce livre appartient à la catégorie des chef d’œuvres.

Bien entendu Conrad excelle dans la description maritime, des élément déchaînés, de l’union technique forcée entre homme et machine mais je pense qu’il est pratiquement impossible de décrire fidèlement un phénomène aussi puissant qu’un typhon.

Les forces en présence dépassent par trop l’entendement humain.

Alors certes on peut imaginer, fantasmer mais je ne suis pas parvenu à pleinement éprouver cette sensation de danger, d’autant plus que étonnamment malgré la violence supposée de la tempête, aucun homme n’est perdu ou tué lors du récit, ce qui atténue fortement l’effet ressenti.

D’autre part la psychologie des personnages m’a paru relativement superficielle.

Un Conrad qui bien que non déplaisant ne me laissera pas un souvenir inoubliable.

Dans un genre similaire, « Une descente dans le maelström » d’Edgar Poe m’a plus séduit, sans doute pour sa dimension plus fantastique et horrifique.

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 22:11


La « Rhétorique » d’Aristote est un ouvrage composé de trois livres dont le but est d’étudier les moyens de persuasion dans les discours.

Cet ouvrage recense donc les techniques de démonstration ainsi que celles permettant d’influencer un auditoire en jouant sur les passions éprouvées.

Pour Aristote les démonstrations s’appuieront suivant les cas sur des enthymèmes ou des exemples composés à base de prémisses ou lieux communs reconnus de tous.

Les enthymèmes sont des syllogismes propres à la Rhétorique.

Reposant sur le vraisemblable des prémisses, ils sont en principe accessibles à tous.

Dans le premier livre, Aristote, après avoir défini la Rhétorique comme une branche particulière de la Dialectique, décrit les trois principaux genres de discours : le délibératif dont le but est de prendre une décision sur le futur, le judiciaire dont le but est de porter un jugement sur des faits passés et enfin l’épidictique proche du présent au style démonstratif traduisant l’éloge ou le blâme.

Pour chacun de ces genres, Aristote définit son objet.

Ainsi on délibérera sur les revenus, la guerre ou paix, l’importation ou l’exportation ainsi que sur la législation.

Le style délibératif tend donc vers le domaine politique et son but est donc logiquement l’atteinte du bonheur (sous entendu de l’homme dans la cité).

Aristote poursuit donc naturellement sur une sorte de « rappel » des biens constituant le bonheur (noblesse, enfant, richesse, réputation, vertus corporelles, amis, chance ..).

Le genre épidictique porte lui sur le beau ou le laid ainsi que les vertus et vices qui sont également « rappelés ».

Ce genre est naturellement porté à l’amplification.

Pour le genre judiciaire, Aristote s’intéresse aux causes qui font commettre des injustices en discourant autour des thèmes de l’illégalité et de la responsabilité.

Se dégagent chance, nature, contraintes puis habitude, réflexion, colère et désir.

Aristote traite aussi de l’ habitus c’est à dire la disposition de l’ame des hommes qu’ils soient agents ou patients.

Les notions de preuves, témoins, serments , conventions sont discutées.

Aristote décrit habilement les méthodes pour utiliser à son avantage ou contourner les textes de loi sachant que ceux ci ne sont pas parfaits et doivent quelques fois etre interpretés dans un esprit de justice.

Le second livre traite des passions que peut éprouver un auditoire :  colère, calme, amitié, haine, crainte, pitié ,honte, obligeance, indignation, envie, émulation ainsi que des techniques pour provoquer ces passions sur cet auditoire.

La suite logique est l’étude des caractères par rapport à l’age, la richesse, la puissance , la noblesse.

Ces chapitres sont de grands moments de psychologie et montrent toute l’acuité de l’esprit du philosophe pour percer les secrets de l'ame humaine.

La deuxième partie du second livre est plus technique et explique l’utilisation des enthymèmes, paraboles, fables et maximes pour arriver à ses fins.

Enfin le troisième livre, traite du style du discours .

Le choix des mots convenables, riches sans être trop poétiques ou pesants, l’emploi de métaphores à bon escient, la correction du langage, le ton approprié suivant les circonstances, le rythme vif  (péon) des phrases utilisant fréquemment des antithèses, la concision de l’ensemble sont autant d’atouts pour convaincre.

Mon sentiment sur la « Rhétorique » est qu’il s’agit d’un livre plutôt difficile d’accès.

Avoir lu les « Tropiques » du même auteur et avoir une bonne connaissance d’Homère , Euripide, Sophocle ou Eschyle me paraît grandement aider à la compréhension de l’ouvrage car Aristote utilise souvent ces œuvres pour étayer ses démonstrations.

Ne possédant pas encore toute cette culture classique, j’ai eu quelques difficulté à tout assimiler.

Malgré ce handicap technique, j’ai été impressionné par la justesse des techniques proposées par Aristote pour gagner un auditoire à sa cause.

A mon sens ces techniques confinent à de la manipulation mentale ou tout du moins à de l’influence.

Elles requièrent donc une conscience aiguë de l’esprit humain comme seul un homme extrêmement brillant comme Aristote pouvait en être capable.

Cet ouvrage, par la large part qu’il donne au discours judiciaire me paraît constituer un indispensable manuel de référence pour qui se destine à des études de magistrature ou d’avocat.

Plus simplement, il peut également fournir de bonne idées pour construire un exposé oral, participer à un débat ou à une réunion.

Je crois donc que je relirai ce livre plusieurs fois dans ma vie.

Aujourd’hui quels sont les plus brillants rhéteurs français?

Bernard Tapie, Jean Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy, Olivier Besancenot  ?

Un bon rhéteur se doit d’être également un bon acteur ce que ne sont pas en général les énarques, trop froids et figés dans leur langage et leurs expressions corporelles.

Ceci aurait il donc une part d’inné ?

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 10:21



« Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad est le type même de roman éclipsé par un film, celui de Francis Ford Coppola en l’occurrence, « Apocalypse now ».

Il était évident compte tenu de mon admiration pour ce film que je lise le livre dont il est issu même si l’adaptation de Coppola transpose l’histoire en Asie alors qu’initialement elle a lieu en Afrique.

Dés les premières pages d’« Au cœur des ténèbres » le lecteur est accroché par le ton particulier du roman, mystérieux et onirique.

Le livre raconte l’histoire au XIX iéme siècle , d’un anglais qui s’engage comme capitaine sur une compagnie de marine marchande française ou belge ( ?) pour récupérer de l’ivoire sur le fleuve Congo.

Le capitaine doit faire la liaison avec les postes avancés de la compagnie dans les terres et notamment avec un certain Kurtz, directeur d’un de ces centres.

Ce voyage va devenir une sorte de parcours initiatique, de cauchemar éveillé, d’enfer vert avec un retour aux premières sensations humaines.

A bord de son navire, un vieux bateau à vapeur brinquebalant, le capitaine va découvrir le continent africain, ses mystères, ses dangers également.

La foret et le fleuve sont systématiquement décrits comme oppressants, générateurs d’un puissant malaise.

Le narrateur-capitaine découvre des Blancs obsédés par le profit et les pillages, bien loin de leurs idéaux progressistes à l’égard des populations noires qui sont le plus souvent exploitées et réquisitionnées comme main d’œuvre.

Rapidement il entend parler de Kurtz, l’homme mystérieux qu’il doit rencontrer.

Les termes sont étranges, il est d’abord loué comme un homme extraordinairement compétent puis les avis divergent, on raconte qu’il a volé la compagnie, que l’ivoire n’arrive plus et que cet homme gravement malade doit être rapatrié.

La deuxième partie du roman est donc la quête de cet homme insaisissable et pratiquement mythique.

Une fois sur place, l’équipage se fait attaquer par des tribus guerrières.

Le narrateur apprend que ses tribus sont commandées par Kurtz qui est devenu une sorte de gourou, de demi-dieu de la foret.

Kurtz a apparemment fasciné aussi bien les noirs que les blancs et tous se revendiquent comme ses disciples.

Le capitaine devient lui même fasciné par ses histoires et  finit par rencontrer Kurtz qui est mourrant dans la jungle.

Il récupère une partie de ses écrits, la plupart se trouvant être non liés à son métier mais des manuels pour la manière de traiter les sauvages afin de leur apporter le progrès.

Kurtz meurt dans les bras du capitaine qui demeurera complètement hanté et fasciné par cet homme mystique.

« Au cœur des ténèbres » est plus qu’un extraordinaire roman d’aventure.

Il peut être vu comme un refus du matérialisme, une expérience mystique, nihiliste, quasi philosophique, une réflexion sur la mort, le sens de la vie, un retour aux cotés les plus primitifs et enfouis de l’homme.

La langue est exceptionnelle, les descriptions maritimes ou fluviales écrasantes de beauté.

La nature inquiétante et toute puissante ramène l’homme à sa juste place, celle d’un moucheron.

Le lecteur a lui aussi l’impression d’être happé dans un rêve enfiévré, ballotté par le rythme languissant de cette interminable remontée du fleuve ou les hommes blancs perdent  leur raison, le fragile verni de leur civilisation pour se révéler à eux mêmes.

Un livre culte, hypnotisant, troublant, tout le génie de Conrad.

      Et à peine 115 pages ...     
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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 20:47

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Poursuite dans le royaume de l'éprouvant avec « Au pays des vivants » remarquable polar écrit par le duo anglais Nicci French.

Pourtant rien n’était gagné puisqu’à la base je déteste les histoires de tueurs en séries, genre que je trouve surexploité par le polar anglo-saxon.

« Au pays des vivants » commence de manière folle puisqu’on est tout de suite plongé dans la peau d’Abigail Devereaux, jeune londonienne cagoulée, bâillonnée, ligotée et séquestrée dans un endroit effrayant par un mystérieux inconnu.

Les 60 premières pages du roman sont d’une intensité rarement atteinte dans un livre, le lecteur bloque sa respiration, son pouls s’accélère et partage totalement les efforts désespérés de la jeune femme pour essayer de survivre.

Impossible de ne pas entrer en empathie et de ne pas se demander visceralement
« Et moi qu’aurais je fait à sa place ? »
 
Pour ma part je suis admiratif devant les efforts d’Abby pour garder sa raison, les images mentales utilisées pour ne pas basculer dans une panique fatale, admiratif aussi devant ses tentatives de contact et de manipulation du ravisseur car je pense que je n’aurais pas eu toutes ses ressources préférant en finir vite.

En finir justement Abby s’y résout pour frustrer son ravisseur du plaisir de la tuer mais une chance inespérée lui permet de s’échapper.

Commence alors la lente et douloureuse reconstruction d’une vie brisée.

Nous suivons donc Abby profondément choquée et en partie amnésique qui essaie de retrouver le chemin de sa vie.

Pour ne rien arranger la police et les psychiatres qui l’examinent mettent en doute sa version des faits, l’accusant d’affabulations, sans oublier la menace éventuelle du tueur désireux de la retrouver.

Abby découvre qu’elle était consultante en décoration intérieure, qu’elle a démissionnée de son travail les jours précédents son enlèvement,  de plus elle s’est également séparé durant le même laps de temps de Terry son petit ami de l’époque, alcoolique et violent.

Abby recontacte donc ses anciens amis, son ancien employeur, ses contacts professionnels et remonte patiemment la piste.

Remarquablement bien construit le roman se révèle un délice d’intelligence et de finesse.

Le duo Nicci French distille de nombreuses fausses pistes sur l’identité du tueur et provoque habilement un climat de paranoïa complet.

Le personnage d’Abby est formidablement attachant, femme intelligente, sensible, meurtrie, brisée, s’apercevant de la futilité de son ancienne vie matérialiste et déterminée à revenir au pays des vivants.

On notera la finesse de l’analyse psychologique à propos du malaise et du rejet des anciens amis par rapport à un drame qui les dépasse comme si finalement les amis ne voulaient nous voir que sous un jour favorable mais étaient gênés lors d’un coup dur.

Je pense qu’une réaction analogue serait observée si on annonçait à ses amis qu’on était atteint d’une maladie mortelle.

J’ai aussi beaucoup apprécié le questionnement d’Abby par rapport à un éventuel désir inconscient de mourir et du fait que son ravisseur l’ait détecté.

On rassurera le lecteur sur le dénouement heureux du livre.

« Au pays des vivants » est un polar de haut vol, vibrant d’intelligence, de profondeur, permettant de nous faire toucher la fragilité de l’existence par le prisme d’une jeune femme qui pourrait être n’importe quel être humain d’aujourd’hui.

Le tueur en série, échappant aux stéréotypes des films américains, n’est finalement que peu au centre du livre et aucunement déifié.

Je déconseille néanmoins la lecture de ce livre aux ames sensibles.

Les autres, notamment les amateurs de polars bien construits seront ravis.

A quand un film ?

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 11:54

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« Ecstasy »  de Murakami Ryu est sans doute le roman le plus extrême que j’ai lu de ma vie avec peut être « American Psycho ».

J’aime en général beaucoup lire des auteurs étrangers pour m’imprégner de la pensée ou la culture d’un pays.

Le Japon comme d’autres pays recèle pour moi un important pouvoir de fascination.

« Ecstasy » est un roman qu’on pourrait classer dans le registre érotique.

Le thème principal est la dérive de Miyashita, japonais trentenaire travaillant dans une boite de production de vidéo qui lors d’un tournage à New York rencontre un curieux SDF japonais qui va lui poser une énigme « Sais tu pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille ? » et lui glisse un numéro de téléphone au Japon.

A son retour du Japon, intrigué Miyashita compose le numéro et tombe sur une femme du nom de Keiko qui lui donne rendez vous.

Miyashita rencontre cette femme et est rapidement complètement subjugué par elle.

Keiko est une adepte du sado-masochisme, essentiellement dominante.

Elle raconte à Miyashita une histoire complexe avec un jeu à trois entre le SDF new yorkais en réalité un ex milliardaire producteur de comédies musicales, elle même et une troisième femme, danseuse, japonaise et vivant à Paris.

Capturé par le magnétisme de Keiko, Miyashita subit passivement le déversement des anecdotes sado-masochistes qu’elles raconte, ce qui donne lieu à d’interminables descriptions d’orgies, ou les victimes recrutées pour leur coté « girl next door » sont brisées par le couple infernal composé du SDF et de Keiko.

Pour arriver à ses fins, le couple utilise beaucoup la drogue, et particulièrement l’ecstasy qui a la propriété d’annihiler la volonté des consommateurs.

Autant le dire tout de suite j’ai été terriblement éprouvé par ces descriptions et le sentiment dominant pour moi a été le dégoût et la révolte.

J’aurais d’ailleurs aimé que Miyashita se révolte également contre Keiko mais non, attiré tel un papillon par la flamme, Miyashita n’a pas les ressources pour résister et plonge dans le jeu machiavélique qui l’emmènera de Tokyo à Paris en repassant par New York.

Au final devenu lui aussi un esclave, pion consentant, toxicomane, Miyashita sentira sa vie se déliter peu à peu et perdra pied avec le monde réel pour poursuivre son obsession fatale.

« Ecstasy » est donc un roman très noir.

Les sexe y est très présent mais sur une forme malsaine, déviée, cérébrale, le dominant jouissant du moment ou il parvient à « casser » la volonté de sa victime et de la honte qu’il provoque chez elle.

La drogue est encore plus largement présente dans ce livre ou tous les personnages sont pratiquement en permanence défoncés soit à la cocaïne soit à l’ecstasy.

On ressort de cette lecture l’estomac plutôt retourné en se demandant le pourquoi de cette quête d’absolu nihiliste.

A mon sens le héros qui se découvre donc un penchant masochiste qu’il ne peut contrôler, n’a pas réellement envie de vivre.

Sa vie sociale et affective est prodigieusement vide, sans but suffisamment puissant pou l’ancrer et le préserver de cette attraction.

Inconsciemment il attendait sans doute cela et était prêt à tout quitter pour se lancer dans cette spirale mortelle.

Je vois donc de fortes tendances suicidaires enfouies dans l’inconscient de Miyashita , tendances se révélant d’une manière détournées par son addiction à cette configuration infernale pour lui.

Pour moi « Ecstasy » n’a finalement rien à voir avec la dérive d’une société japonaise, c’est juste la dérive d’un individu comme il pourrait y en avoir dans chaque métropole mondiale.

Ce livre, trop explicite en sexe et drogue m’a plutôt rebuté.

Je préfère mille fois l’érotisme suggéré, morbide et raffiné d’un Mishima.

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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 22:15


On connaît beaucoup Jack London comme raconteur du Grand Nord, moins comme amoureux de sport et particulièrement de boxe dont il fut lui même un pratiquant.

« Sur le ring » compilation de deux nouvelles traite justement de boxe.

La première nouvelle « L’enjeu » est une courte histoire narrant l’amour naïf et pur d’un boxeur du nom de Joe Flemming  et d’une jeune femme du nom de Geneviève.

Tout deux sont issus des classes ouvrières américaines que le  London socialiste aime tant et ces personnages semblent ici complètement idéalisés.

La partie la plus intéressante du livre est le conflit entre la passion de Jim pour son sport et son amour pour Geneviève.

En effet pour London, les femmes ne peuvent comprendre la passion du noble art et cherchent toujours à attirer leur boxeur de mari en dehors de cette pratique dangereuse.

L’analyse que fait London de l’attirance  que peut éprouver un boxeur pour le noble art est extrêmement intéressante.

A mon sens il s’agit d’une logique pulsionnelle, réveillant les instincts  primitifs de la survie et de la compétition entre males ce qui provoque l’afflux d’adrénaline qui fascine les foules et met les boxeurs dans un état second.

La nouvelle se termine de manière dramatique puisque pour son dernier combat, Jim prend un mauvais coup et meurt, ruinant tous les projets d’avenir du couple.

« L’enjeu » est une belle réflexion sur la boxe, maîtresse exclusive exigeant parfois le sacrifice de son amant.

De plus le combat y est formidablement bien décrit avec luxe de détails techniques qu’apprécieront tous les amateurs de ce sport (comme moi).

J’ai en revanche beaucoup moins apprécié la deuxième nouvelle « La brute » .

Celle ci raconte l’histoire de Pat Glendon, jeune homme des montagnes, dont le physique phénoménal et l’héritage d’un père boxeur vont amener à devenir boxeur professionnel.

Ce jeune colosse invincible, aimant la nature et la poésie ( !) va se montrer d’un angélisme confondant et se faire manipuler par son manager.

London dénonce par l’intermédiaire de son champion la corruption dans le monde de la boxe, les matchs truqués, les gangs de parieurs, les agents, les directeurs de salle, les promoteurs véreux et le public bien souvent floué.

Pourtant alors qu’il s’apprête à livrer son avant dernier combat avant de rencontrer le champion du monde, Glendon fait un discours public pour dénoncer toutes ces magouilles.

On nage quelque peu à mes yeux dans la naïveté absolue et le rêve le plus total.

J’ai été également aussi agacé par la description de la beauté parfaite du héros, sain , aux yeux bleus, élevé en plein air, « espoir de la race blanche » et comme par hasard amateur de littérature.

Il se dégage donc de ce portrait les quelques relents nauséabonds de la pensée de London sur sa vision d’un homme blanc parfait.

J’ai été également agacé par la facilité avec laquelle Glendon battait ses adversaires.

Cela ne m’a parut irréaliste car aucun boxeur à l’exception peut être du Tyson de ses jeunes années n’a aussi outrageusement dominé son sport.

Le point positif de cette deuxième nouvelle reste cependant les descriptions des combats, encore une fois très techniques et haletantes.

En conclusion, un sentiment mitigé sur ce recueil, une nouvelle que j’ai aimée, l’autre pas.

Je reconnais toutefois que London sait fort bien faire passer sa passion à propos d’un sport il est vrai parmi les plus fascinants qui soit, en témoigne les innombrables films qui ont été fait autour du noble art, de Rocky à Ali en passant par Raging Bull ou Million Dollar Baby.

Aujourd'hui en plus d'un siécle ce sport a énormément évolué, les femmes sont autorisées à boxer et les boxeurs des pays de l'Est, de la Russie notamment dominent au niveau mondial, ce qui à n'en pas douter ne manquerait pas d'estomaquer Jack London !


 

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 18:34


« Le Frère-de-la-Côte  » est mon premier Joseph Conrad.

Cela faisait pourtant longtemps que j’avais envie de m’initier à cet immense auteur et le choix de ce roman relève du hasard le plus fortuit.

L’histoire se déroule à Toulon pendant une période troublée et sanglante s’étalant de la Convention au Premier empire de Bonaparte aux alentours de 1800 donc.

Durant cette période les Anglais demeurent extremment menaçants dans le domaine maritime et exercent toujours une pression importante sur le port militaire de Toulon.

Le héros du roman est un vieux marin du nom de Michel Peyrol, ex flibustier, écumeur des mers appartenant à la fraternité des Fréres-de-la-Cote,  rallié à la Marine française au fil des évènements ayant amenés la France à la République puis au Premier Empire.

Peyrol après une vie d’aventure en mer se sent usé, fatigué.

Il revient dans sa région natale pour y mener une petite vie tranquille de terrien à l’aide d’un trésor qu’il a amassé au cours de ses anciennes rapines.

Peyrol s’établit dans une ferme ou ses logeurs s’avèrent quelque peu excentriques, Catherine une vielle fille aigrie, Arlette une jeune fille séduisante mais troublée par le massacre de ses parents et Scevola un ancien « sans culotte »  fanatique ayant participé aux massacres des habitants ayant pactisé avec les Anglais lors du blocus du port en 1793.

Mais la quiétude de Peyrol est troublée par l’arrivée subite à la ferme d’un jeune officier de la Marine française répondant au nom de Real.

Avec le temps, Peyrol apprend que cet officier est en service commandé et chargé d’une mission à hauts risques consistant à divulguer des lettres contenant de fausses informations aux Anglais patrouillant dans le secteur.

Tout oppose Real jeune homme austère, rigide, torturé, patriote à l’excès et Peyrol vieux marin méfiant, cynique et lassé de grandes entreprises, pourtant les circonstances les amèneront à collaborer pour réaliser la mission de l’officier.

« Le Frère de la Côte » n’est pas uniquement roman d’aventure mais un roman qui analyse en profondeur la psychologie des personnages et qui recèle de nombreuses surprises.

Le dénouement final est terriblement émouvant avec le vieux marin qui reprend du courage et se sacrifie pour une dernière aventure permettant au jeune officier de vivre son amour avec la jeune paysanne.

Je l’ai appris plus tard, ce livre est le dernier achevé par Conrad.

Il y a donc beaucoup de lui dans le personnage vieillissant de Peyrol.

Pas de mélancolie trop prononcée mais une lassitude, l’envie d’un retour aux racines terrestres et natales mais en même temps la noblesse des sentiments, la générosité, le sacrifice pour une cause et l’appel de la mer, de l’aventure demeurant toujours vivace malgré le poids des années.

Ce roman est donc touchant, en revanche je pense qu’il n’est pas bon de commencer l’œuvre d’un auteur par son dernier livre, en effet avec Conrad je m’attendais à trouver plus de dynamisme, d’exotisme dans ses pages et ai été quelque peu déçu de ne pas trouver cela, la totalité de l’intrigue consistant à une attente dans la campagne toulonnaise.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 16:29


Aristote toujours avec l’ « Histoire des animaux ».

Ce recueil n’est je pense pas à ranger directement dans la rubrique philosophie.

Il s’agit en effet de la première approche scientifique de la zoologie.

On pourrait également parler d’éthologie, de physiologie voir de biologie et de médecine tant les sujets abordés par Aristote sont vastes.

L’homme fait également partie des espèces étudiées mais son traitement se situe bien à part de celui des autres animaux.

Dans cet ouvrage découpé en dix livres, Aristote définit et classe les différentes espèces animales avec une grande rigueur scientifique.

Pour cela il  s’appuie sur des observations, certaines issues de dissections et d’autres de traités plus anciens comme ceux d’Hérodote ou d'Hippocrate.

Il est noter que les planches anatomiques auxquelles il est fréquemment renvoyé n’ont jamais été retrouvées.

Après un exposé de son système de classification basé sur les organes, le milieu de vie , les système respiratoire, sanguin et reproductif, Aristote décrit les grandes catégories d’animaux :  vivipares, ovipares, ovovivipares (poissons ), animaux à revêtement écailleux (mollusques ) , les animaux « mous » (les céphalopodes ), animaux à coque souple (crustacés ) , bêtes à entailles (insectes ).

La catégorie vivipare regroupe à peut prêt tous les mammifères sans grande distinction entre les differents types de carnivores ou d’herbivores.

Aristote n’a en effet pas crée les sous catégories des rongeurs, des petits carnassiers ou des insectivores.

Cependant il est remarquable que les cétacés soient inclus dans cette catégorie.

Aristote est le premier à reconnaître le caractère particulier de ces animaux marins et à ne pas les ranger comme ses prédécesseurs dans la catégorie des poissons.

Les animaux les plus abondamment décrits dans cette catégorie sont le chien (animal de référence en raison de son caractère commun ) , le cheval, le lion, le loup, l’ours, le chameau, l’éléphant , le bœuf, le mouton, le porc, le sanglier ainsi que le singe.

Il y a quelques passages surprenant sur les maladies des animaux comme les  chiens, les chevaux les bœufs ou les porcs soigneusement décrits du fait de leur caractère domestique.

Le chameau, l’éléphant et le lion, animaux sans doute exotiques pour un grec sont également largement décrits allant même pour ce dernier jusqu’à un certain antropomorhisme ( le lion est courageux et loyal ).

Aristote relève déjà  les grandes similitudes physique entre le singe et l’homme et attribue à certains animaux sauvages une certaine forme d’intelligence notamment pour se soigner ou  faire des stratégie de chasse ou pour déjouer leurs prédateurs.

Les ovipares sont différenciés, les oiseaux sont longuement décrits, aussi bien les gros rapaces que les oiseaux pécheurs ou chasseurs de vers ou d’insectes.

Les reptiles et les amphibiens autres principales familles d’ovipare sont elles aussi décrites notamment le serpent, grenouille, tortue, lézard et crocodile.

Les ovovivipares sont également largement décrits, y compris les sélaciens (famille des raies et requins) avec une distinction entre poisson d’eau douce et poisson d’eau de mer.

Les notions de branchies, de système sanguin, de squelette cartilagineux ou osseux évoquées feront date.

Les animaux à coque souple ou mous sont moins abondamment décrits mis à part pour les pieuvres, les crabes et les langoustes ou même le bernard-l’ermite.

Il est à noter qu’Aristote parle de la stupidité du poulpe qui se dirige vers la main de l’homme alors que bien plus tard des expérience montreront que certains poulpes sont parmi les espèces les plus intelligentes du globe avec notamment la capacité à se servir d’outils.

J’ai été impressionné par la description des « bêtes à entailles » .

Certes les seules distinctions qu’il existe sont entre animaux volant et marchant mais Aristote décrit par exemple la société des abeilles et des guêpes avec une précision incroyable.

Il définit la hiérarchie avec un roi (une reine en fait) ,des bourdons males relativement inutiles et des abeilles ouvrières.

Cette minutie est sans doute due au fait que les Grecs cultivaient le miel et avaient sans doute étudié de prêt la question pour avoir un bon rendement.

En revanche Aristote ne s’attarde pas sur la société des fourmis, pourtant largement aussi complexe.

Les araignées sont aussi bien décrites notamment les tarentules.

N’étant pas médecin et étant un peu rebuté par cette discipline les chapitres consacrés à l’homme m’ont en revanche beaucoup moins intéressés.

Aristote donne des cours d’anatomie et décrivant les differents organes internes et externes du corps humain.

Les livres VII et X sont totalement dédiés à l’étude des organes sexuels et au processus de la reproduction humaine.

On peut parler d’antichambre de la médecine quand Aristote décrit les causes de grossesses difficiles, d’infertilité  ou de maladies infantiles.

L’église qualifiera ces chapitre d’indigent.

En conclusion je dirais que l ‘ « Histoire des animaux » est un étonnant recueil scientifique marquant les prémices de quantité de sciences à l’état de gestation durant l’Antiquité.

Comme à son habitude, Aristote est le classificateur, le bâtisseur, celui qui élabore à partir de sources éparses un système théorique cohérent doté d’une hiérarchisation.

Ce qui est passionnant aussi est de voir la trace qu’aura laissé cet ouvrage dans le temps, avec ses traductions latines, un oubli relatif à la chute de l’Empire Romain, un regain d’intérêt à le Renaissance avant que les grands savants du XVIII iéme et du  XIXieme siècle comme Buffon, Lamarck ou Darwin viennent enrichir la base fournie par Aristote en son temps à l’aide de nouvelles technologies. 

En résumé je recommande la lecture de ce livre à tout ceux (et celles )  curieux d’esprit et intéressés par la science.

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