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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 11:29


« Cesar Imperator  » est un livre fleuve de Max Gallo retraçant de manière romanesque la vie du plus célèbre empereur romain.

Il est vrai qu’aujourd’hui peu de noms ont fait autant impression au fil des siècles que celui de César, je citerai Napoléon, Hitler ou Alexandre le Grand dans la même catégorie des conquérants mais ne vois guère d’autres équivalents dans l’Histoire.

Mais je dois avouer qu’en dehors des sempiternels clichés autour de César et des Romains je ne connaissais pas très bien le déroulement de sa vie.

Et quelle vie ! Quel destin en effet ! Impossible sans doute de tout traiter dans les 400 et quelques pages du livre.

Gallo s’attèle pourtant à cette tache si dense et si complexe.

Je scinderai la vie de César en deux parties, la première celle des intrigues à Rome ou pas à pas il gravit prudemment les paliers visant à le mettre dans les meilleurs conditions pour accéder à des fonctions chaque fois plus importantes, la seconde ensuite après l’accession au poste de consul et le début de la guerre des Gaules

César, jeune homme issu d’une famille noble mais non de premier plan dans la vie romaine aimait à se dire descendant des familles troyennes et de la déesse Vénus.

Sa mère Aurélia Cotta semble avoir joué un rôle majeur dans le développement de son éducation et de son ambition.

César grandit dans une époque troublée déchirée par la guerre civile entre partisans de Marius (dont sa famille est proche) et ceux de Sylla.

L’objet de ce conflit est d’ordre politique, Marius veut instaurer un système plus égalitaire et favoriser la plèbe tandis que Sylla protége les « optimates » les aristocrates privilégiés.

Quand Sylla l’emporte, le jeune César parvient par les relations de sa famille à échapper aux massacres sanglants.

Il est néanmoins obligé de quitter Rome et s’engage dans l’armée pour aller mater une rébellion sur l’île de Lesbos.

Au cours de ce voyage le bruit court qu’il a eu une liaison homosexuelle passive avec Nicomède IV le roi de Bithynie dont il cherchait l’appui.

Ses adversaires politiques le railleront longtemps sur ce sujet l’appelant la « Reine de Bithynie ».

Pourtant César manifeste déjà de grande dispositions pour le statut de chef.

Capturé par des pirates, il négocie sa remise en liberté contre rançon et revient pour exécuter impitoyablement ses ravisseurs qui pourtant  l’avaient ménagé.

De retour à Rome, César tisse son réseau de relations.

Ayant appris l’art de la rhétorique à Rhodes, il fait de brillants discours pour s’attirer les faveurs de la plèbe.

Il donne également de somptueuses fêtes pour se faire connaître.

César emprunte des sommes colossales auprès de Crassus l’un des hommes les plus riches de Rome, afin d’acheter les élections et devenir successivement tribun, prêteur puis pontifex maximus, titre religieux prestigieux qui lui assure un haut rang social.

Mais César sait que le vrai pouvoir est détenu par celui qui possède le contrôle des armées.

Il parvient grâce à Crassus à se faire élire consul en –59 av JC, charge co-détenue avec Bibulus pendant une année.

Cependant César a de nombreux ennemis.

Ces sont les sénateurs, issus de la noblesse et farouchement accrochés à leurs privilèges.

Caton homme politique et philosophe est son ennemi le plus acharné.

Cicéron, qui soutient la noblesse est aussi un de ses adversaires mais Gallo le présente comme un lâche, peu enclin à l’action.

César se méfie également des ambitions de Crassus, homme ambitieux et dangereux qui a stoppé la révolte de Spartacus et dont il est sous le joug à cause des ses multiples dettes.

Mais le rival le plus en vue de César est Pompée, qui revient d’un succès militaire contre l’Empire Parthe.

L’idée géniale de César est alors de proposer à Crassus et Pompée, un triumvirat pour gouverner à trois et en réalité neutraliser temporairement ces deux plus dangereux rivaux.

Ensuite César cherche la gloire militaire, sans qui à cette époque finalement un homme ne peut prétendre aux plus hautes charges romaines.

Il se fait nommer proconsul en Gaule et reçoit le commandement de quatre légions.

Ainsi commence l’épopée gauloise et guerrière de Jules César.

Le livre oublie donc quelque peu la politique pour se consacrer aux conquêtes militaires de César.

La Gaule paraît un pays extremment divisée en des myriades de tribus.

César compte exploiter ces divisions pour conquérir la Gaule Chevelue située au Nord qui reste insoumise contrairement à la Gaule Narbonnaise et à la Gaule Cisalpine fidèles à Rome.

S’ensuit donc un jeu complexe d’alliance entre les differents peuples.

Au cours de ses voyages en Gaule, César défait une première fois les Germains et en profite pour devenir le premier empereur romain à passer le Rhin, exploit plus symbolique dont il se servira par la suite.

César entreprend de raconter ses mémoires pour créer sa propre légende, les récits de ses victoires donneront naissance à « La guerre des Gaules ».

En face les Gaulois parviennent enfin sous l’impulsion d’un chef charismatique Vercingétorix l’Arverne  à se fédérer.

Vercingétorix, a étudié les tactiques des légions romaines, il est intelligent, courageux et oppose une forte résistance aux Romains.

Le tournant de la guerre se situe à Alésia, date bien connue de tous les écoliers.

Gallo explique fort précisément cette bataille et la manière dont César l’emporte sur la coalition Gauloise pourtant quatre à cinq fois supérieure en nombre aux légions romaines.

La raison semble être tactique, construction de double palissades pour isoler la ville, de piéges à hommes redoutables, et également l’utilisation de troupes de cavalerie germaines qui terrorisent les gaulois par leur réputation d’invincibilité.

Vaincu, Vercingétorix sera capturé puis exhibé à Rome avant d’être exécuté.

Fort intelligemment César n’oublie pas d’envoyer une partie de son butin à Rome ou il finance de nombreuses constructions et reste populaire auprès de la plèbe.

César poursuit inlassablement ses succès militaires, il écrase les derniers feux de la rébellion gauloise, massacre sans pitié ceux qui se sont dressé contre lui et fait intelligemment preuve de clémence envers certains peuples combatifs qu’il compte intégrer plus tard dans ses légions comme auxiliaires.

César soumet également la Bretagne, terre mythique et inaccessible à l’époque.

Il a l’idée d’utiliser un éléphant pour terroriser les peuples insulaires.

Rien ne semble lui résister, il poursuit jusqu’en Egypte qu’il soumet également.

Il fait assassiner le jeune pharaon Ptolémée XIII et vit une idylle avec la jeune reine Cléopâtre.

César est séduit par l’Egypte et surtout impressionné par le rayonnement de la ville d’Alexandrie.

Il est vrai qu’Alexandre le Grand reste son modèle.

Entre temps à Rome, les sénateurs tentent de le destituer, Pompée ayant compris la menace qu’il représente, devient leur bras armé.

César hésite puis revient à Italie, passe le Rubicon (Alea Jacta est ! ) , et décide d'aller se faire Pompée comme on dit dans le milieu du X et se lance dans la guerre contre les légions de Pompée.

La défaite et la mort de celui ci en Thessalie, oblige ses partisans (Caton, Scipion) à se replier en Afrique sous la protection du roi de Numidie.

César les poursuit jusqu’en Afrique et les extermine.

Fatigué, il revient à Rome.

César a pris garde de ne pas exterminer les soldats vaincus et les partisans de Pompée comme son fils adoptif Brutus.

Sa clémence vise à préserver la paix civile entre citoyens romains.

A Rome la plèbe le célèbre comme un Dieu, un fils de Jupiter.

Les fêtes en son honneur se succèdent, le pouvoir du Sénat recule, la république pâlit.

Mais sa trop grande puissance effraie et attise les jalousies.

On le soupçonne de vouloir devenir roi et d’anéantir le république.

La plèbe le soutient mais les sénateurs complotent.

Infatigable César s’apprête à mener une immense campagne militaire pour vaincre enfin le roi des Parthes, puis soumettre la Dacie et la Germanie.

Mais il est assassiné un soir au Sénat, par une conjuration menée par des sénateurs et ou se tient son fils adoptif Brutus.

Cruelle ironie, l’homme qui survécut à d’innombrables batailles contre de féroces armées meurt assassiné par des hommes en toge.

Que retenir d’une telle épopée ? Max Gallo offre une vision captivante d’un des destins les plus extraordinaire qui ait jamais été.

Jules César est présenté comme un homme certes d’une ambition hors norme mais surtout comme un stratège génial, un brillant politicien et un chef de guerre insurpassable.

Sa manière de mener les hommes, d’allier sévérité et clémence, de partager avec eux les dures conditions de voyage, et surtout de ne pas hésiter à monter en première ligne pour mener un assaut lui a assurée une adhésion quasi sans faille de ses troupes.

Bien entendu le fait d’accorder le butin à ses soldats en cas de victoire était également très habile.

Néanmoins César n’apparaît pas réellement comme un être humain.

On ne sait rien de ces sentiments … on le sait aimer s’abandonner à la volupté dans le temps de sa jeunesse ou sous les mains expertes de Cléopâtre mais César apparaît comme une sorte d’homme de fer, à la volonté invincible le menant toujours en avant.

La quête sans fin du pouvoir, la guerre permanente, absolue.

César a il est vrai œuvré pour Rome, accroissant l’empire, renflouant les caisses et bâtissant mais il semble plus avoir agi pour sa gloire personnelle et ne semble pas avoir été un grand législateur ni même un grand penseur.

De ce livre on ressort admiratif devant l’intelligence du chef de guerre invaincu, du fin stratège mais aussi quelques peu écœuré de voir jusqu’ou la quête absolue de pouvoir peut mener un homme.

Trop de pouvoirs concentrés dans un seul homme ne pouvaient pour moi mener qu’à ce type de fin tragique.

Les hommes, quoi qu’on en dise n’aiment pas ceux qui se prétendent des dieux.

Mais Jules César restera sans doute un sujet de discussions (et de fantasmes ) sans fin !

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Published by Seth - dans Histoire
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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 13:59


« Le Combat du siècle » roman de Norman Mailer est consacré à l’un des plus célèbres si ce n’est le plus célèbre match de boxe de l’histoire entre Mohamed Ali et George Foreman.

Ce combat revêt en effet plusieurs particularités intéressantes.

Tout d’abord l’époque, les années 70, 1974 pour être précis, années de contestation politiques et de libéralisation des mœurs.

Ali incarne du reste fort bien cette époque bouillonnante.

Boxeur surdoué il s’est converti à l’Islam, est proche des mouvements activistes noirs très revendicatifs voir violents comme les Black Panthers.

Mohamed Ali adhère aux Black Muslims d’Elijah Muhammad, organisation très controversée souvent taxée d’antisémitisme ou de racisme anti-blanc.

Ali a refusé de faire la guerre au Vietnam, a jeté sa médaille obtenue aux Jeux Olympiques quand on a refusé de le servir dans un restaurant en raison de sa couleur ... bref il s’oppose violemment au système américain.

Sa verve, ses provocations verbales et son sens du spectacle alliées à ses formidables qualités de boxeur intuitif et rapide déplacent néanmoins les foules séduites par son charisme.

En face de lui se dresse George Foreman, champion en titre des poids lourds, véritable monstre de puissance brute, puncheur quasi invincible, invaincu en 40 victoires dont 37 par KO.

Si Ali boxe en esquives, feintes et en touches, Foreman mise tout sur son extraordinaire force physique et ses lourds crochets aux corps.

Foreman a une réputation de dur sur le ring, un coté tueur qui effraie ses adversaires mais il a également une personnalité opposée à celle d’Ali.

Ancien voyou ayant été sauvé de la rue et initié à la boxe par une association chrétienne, il est réservé, silencieux, chrétien pratiquant.

En 1968 lorsqu’il fut champion olympique il exhiba un drapeau américain ce que Ali ne manquera pas de lui reprocher en le traitant de « suceur de blanc » ou de « blanc » avant que les deux hommes en viennent aux mains en conférence de presse.

Il y a donc une parfaite opposition de style et de personnalité entre deux immenses boxeurs, deux légendes de leur temps.

Le lieu du combat est également hors du commun.

Le match aura lieu en effet au Zaïre, à Kinshasa.

Norman Mailer fait parti des journalistes américains qui ont fait le déplacement.

Il s’inclut comme un personnage du roman, parlant de lui à la troisième personne du singulier et se considérant plus comme proche de Mohamed Ali.

Le roman décrit longuement les forces en présence, la préparation des deux boxeurs, leur entourage,  le cade africain du combat ainsi que sa portée politique pour le dictateur mégalomaniaque Mobutu.

Le style de Mailer est très plaisant, on goûte avec plaisir la galerie des personnages hauts en couleurs entourant les deux boxeurs, entraîneurs, sparring partner, agents, journalistes, femmes, la plupart d’anciens boxeurs ou hommes de la rue …

Les fameux Don King, organisateur du combat a également le droit à un truculent portrait.

Bien entendu le personnage d’Ali plus hors du commun que celui de Foreman avec ses déclarations tapageuses, ses poèmes naïfs, ses prophéties exaltées recueille le plus d’intérêt aux yeux de l’écrivain mais on sent également beaucoup de tendresse, de respect, d’admiration et de sympathie pour Foreman.

Mailer insiste sur l’intelligence tactique d’Ali qui en réalité bluffera tout le monde lors de sa préparation en faisant croire à son adversaire qu’il boxera selon sa technique habituelle basée sur la mobilité alors qu’il restera la majeure partie du combat dans les cordes à esquiver, bloquer ou faire travailler Foreman dans d’épuisants corps à corps sous la moiteur d’une nuit d’orage africaine.

Ali se préparera donc à se faire marteler dans les cordes mais travaillera aussi beaucoup son endurance par des footings nocturnes tandis que Foreman se contentera d’aligner d’une préparation plus classique.

La description du combat peut également être considéré comme un monument de la littérature sportive, avec le décorticage des événements et de la lente érosion de Foreman, enragé par les provocations d’Ali mais incapable de mettre KO Ali ou de trouver une solution malgré toute sa puissance et sa technique.

Ali apparaît donc une classe au dessus dans le combat et sa victoire semble logique.

Ayant moi même pratiqué la boxe (sans compétition) et étant fasciné par son histoire depuis longtemps j’ai beaucoup apprécié l’aspect sportif du livre même si je dois avouer ne pas aimer l’attitude provocatrice d’Ali et être un pro Foreman.

La chute de Foreman et ses déclarations d’après matchs m’ont d’ailleurs plus émues que les sempiternelles fanfaronnades d’Ali.

D’un point de vu extra sportif, le livre m’a moins plu.

Mailer semble cautionner la parole des Black Muslims, car celle ci prône à ses yeux l’apparition d’un classe moyenne bourgeoise noire.

Mailer voit également ce combat comme un symbole, le point de départ d’une affirmation d’un nouveau pouvoir noir.

Pourtant depuis 1974, il faut tout de même reconnaître que la situation en Afrique n’a pas progressée et s’est même furieusement détériorée.

Le Zaïre est même ironiquement plongé dans une des plus sanglantes guerre civiles de tous les temps.

Les Africains n’ont donc pas pris leur envol comme le pensait Mailer et restent empêtrés dans des difficultés complexes.

Quand aux Noirs américains, les récents progrès dans leur situation n’ont à mon sens pas à grand chose à voir avec l’action des Blacks Muslims.

Ali se détournera d’ailleurs par la suite d’eux.

Enfin il m’est toujours délicat de m’émerveiller devant Mohamed Ali quand je vois dans quel état il est aujourd’hui.

Je me dis que sa technique ne devait pas être si performante que cela tout de même étant donné l’effet qu’on eu tous ses coups sur sa santé.

« Le Combat du siècle » n’est donc pas le livre du siècle, c’est un livre intéressant pour qui aime le monde de la boxe mais dont les extrapolations sembleront prêter plus matière à contestation.

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:35


« Les temps sauvages » de Joseph Kessel œuvre dans un registre quasi similaire à « Wagon-lit » du même auteur.

On retrouve des thèmes chers à l’auteur, notamment sa fascination pour le voyage, l’aventure, la recherche de ses origines russes, ses obsessions pour la vie nocturne et les femmes fragiles.

« Les temps sauvages » raconte en 1918, l’histoire d’un jeune officier aviateur français qui malgré l’armistice se porte volontaire pour une absurde mission en Sibérie.

Le but de cette mission est de couper une éventuelle retraite des forces allemandes dont les élites se sont en réalité réfugiées aux Pays Bas.

Mais peu importe Kessel toujours mu par un irrésistible besoin d’aventure et fasciné par la Sibérie fonce tête en avant avec toute la fougue qu’on lui connaît.

La première partie du livre constitue un long voyage maritime partant de Brest jusqu’aux Etats Unis dans un premier temps puis des Etats Unis jusqu’à Vladivostok dans un seconde temps.

Le périple américain est je l’avoue fantastique, l’arrivée à New York dans la baie de Hudson, l’accueil extraordinaire des populations américaines aux soldats français, les fêtes permanentes en l’honneur de la fin de la guerre …

L’attente du départ à San Francisco constitue  le point culminant de cette exceptionnelle situation d’euphorie que connaissaient les vainqueurs de la première guerre mondiale, situation qu’il nous est impossible de percevoir fidèlement prêt de 100 ans après.

Puis le voyage dans le Pacifique avec les Marines que Kessel a en sympathie en raison de leur tempérament de bons vivants forts en gueule, joueurs et buveurs.

Ensuite une fois à Vladivostok le roman perd de son formidable élan de liesse.

Kessel découvre la complexité de la situation en Russie, entre la prise de pouvoir par les Communistes et les factions de Russes blancs poussés vers l’Est et contrôlant encore la lointaine Sibérie.

Outre cette guerre civile dans un pays immense et complexe, Kessel doit faire avec la présence maritime des navires japonais et celle des Tchèques qui contrôlent le chemin de fer.

Les avions français n’étant pas encore arrivés, Kessel est chargé d’une mission délicate, reprendre le contrôle des marchandises française régulièrement détournées par les milices russes tsaristes commandées par Semenov un chef de guerre local terriblement puissant et redouté.

Pour cela Kessel va jouer la carte de la corruption en distribuant des liasses de billets pour acheter les intermédiaires.

Kessel en s’enfonçant dans la Sibérie, découvre l’horreur de la guerre, des populations de mourants entassés dans des gares ou des wagons, spectacles insoutenables décrits avec une force terrassante digne des descriptions des camps de la mort nazi.

Il découvre aussi les conditions inhumaines des « coolies » travailleurs chinois traités comme des animaux par des mafia asiatiques qui servent de main d’œuvre pour charger et décharger les trains.

Et puis il y a les chefs de guerre russes blancs, sanguinaires et brutaux qui inviteront Kessel à une mémorable soirée de beuverie et de chant.

Pour oublier tout cette horreur et cette désolation humaine, Kessel s’enfonce dans les plaisirs nocturnes de Vladivostok.

Il fréquente tous les soirs la boite de nuit « l’Aquarium » qui devient son seul havre de d’oubli dans ce monde insupportable.

Au cours d’une de ces innombrables nuits d’ivresses, il rencontre Léna, jeune femme russe au physique menu et maladif dont la dont la belle voix grave le transperce.

Fasciné par cette femme il vivra avec elle une relation indescriptible.

La fin du livre arrive comme un couperet, on en est presque choqué, triste et mélancolique.

« Les temps sauvages » est une épopée magique, à la fois rude, prenante et vivante ou le lecteur passe par à peu prêt tous les états de l’ame humaine : joie, dégoût, colère, peur ,espoir, pitié ,tristesse.

Encore une fois le personnage nocturne féminin est bouleversant de fragilité.

Les amours impossibles, les rencontres nocturnes entre gens à la dérive semblent fasciner l’auteur.

Un livre d’une richesse exceptionnelle, un chef d’œuvre complet à mes yeux.

Rédigé quatre ans avant la mort de l’auteur, un formidable hommage  à une période complètement folle de sa vie et sans doute à cette mystérieuse Léna, immortalisée pou l’éternité dans ces pages.

Et si finalement tout Kessel était condensé dans ce livre ?

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 18:36

wagon_lit.jpg
« Wagon-lit » de Joseph Kessel raconte l’étrange histoire d’Etienne, un journaliste-ex aviateur français d’origine russe qui décide sur un coup de tête d’aller en Russie peu après son basculement dans le régime Soviétique.

L’histoire se situe donc en 1921 et pour faire face à la terrible famine qui secoue la Russie une mission humanitaire aérienne sous contrôle américain est mise en place.

Etienne bien que pilote est refusé pour cette mission, en effet les Soviétiques ne veulent pas de journalistes occidentaux sur leur terre.

Mais Etienne se trouve possédé par une sorte de démon intérieur de l’aventure, un appel d’une puissance inouï auquel il ne peut résister.

Il décide donc de partir seul jusqu’en Lituanie  par le train Paris-Riga avant de demander ensuite son visa pour la Russie sur place.

En chemin Etienne fait escale à Berlin et subit déjà ses premiers penchants de noctambules noyant sa vie et son ame dans les fêtes, l’alcool et les femmes.

Mais il parvient à s’extirper de ce premier piége et arrive jusqu’à Riga.

La, confronté à toute la puissance et la l’inertie de la bureaucratie russe, Etienne se retrouve confronté à une attente interminable.

Isolé, peu à son aise dans cette ville inconnue, Etienne tente de prendre contact avec un parent éloigné du coté de sa mère russe.

Il tombe alors sur un groupuscule d’anarchistes révolutionnaires russes exilés se préparant à des coups d ‘éclats en Russie.

Etienne sympathise avec eux et surtout avec une jeune femme Nina, et d’errances en errances retombe dans ses vieux démons : les plaisirs nocturnes.

Etienne entre dans une sorte de spirale destructrice et devient un habitué d’un cabaret tzigane « le Frankfurt » ou il se retrouve aussi bien au propre qu’au figuré enivré par les chants et les femmes de cette ethnie.

Loin de cette vie de débauche on comprend que l’idéal  premier et naïf du journaliste aventurier d’être le premier à décrocher un scoop en décrivant l’intérieur de la Russie Soviétique ne se verra jamais atteint.

Seul à la porte de la Russie, Etienne se consume dans son rêve trop grand pour lui.

Pourtant il parvient à vivre une histoire d’amour avec Nina la jeune ingénieur révolutionnaire..

C’est à mes yeux le point le plus touchant du livre.

Nina est fascinée par Paris, par cet Occident qu’elle ne connaîtra jamais et sur lequel elle fantasme de la même manière que Etienne fantasme sur l’Orient par l’intermédiaire des Tziganes.

Alors Etienne se fera passeur, réceptacle à fantasmes et fera rêver Nina en lui décrivant toute cette vie parisienne.

La conclusion du livre, sorte d’évasion spatiale particulière est d’une beauté à pleurer.

« Wagon-lit » est un livre, troublant, étrange, émouvant.

C’est le récit d’aventures ratées, d’échecs, de rêves fous et inaccessibles, de destins qui piétinent et ne peuvent s’accomplir.

J’ai été bouleversé par toute cette humanité qui se cherche, rêve et doute.

Peut être pas le livre le plus connu de Joseph Kessel mais certainement l’un des plus beaux.

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 16:28


Premier contact avec le très (trop ?) renommé Oscar Wilde avec « De profundis » suivi du poème « La Ballade de la geôle de Reading ».

« De profundis » est en réalité une seule lettre écrite par en prison par Wilde à son amant Alfred Douglas dit « Bosie ».

Wilde, suite à un procès que lui a fait le père de Douglas le marquis de Queensberry, purge en effet à Reading une peine de prison de deux ans pour homosexualité, crime grave dans l’Angleterre du XIX iéme siècle.

Cette lettre se veut comme une leçon donné à Bosie afin de lui faire ouvrir les yeux.

En réalité elle sert surtout de théâtre à une grande remise en question  personnelle et artistique de l’écrivain.

La première partie de la lettre retrace le fil des évènements ayant amenés à la condamnation de Wilde, sa relation avec Bosie y est longuement décrite.

Il apparaît que celui ci vivait aux crochets de l’auteur à succès, menant une vie de favori capricieux peuplés de paresse et de plaisirs faciles.

Wilde est extrêmement critique envers son amant, il semble déverser sa rancœur et dans le même temps avoir du mal à se pardonner sa faiblesse et son aveuglement.

Mais ce que semble lui reprocher le plus Wilde est d’avoir tari lors de leur relation son talent artistique.

Cette première partie façon « règlement de compte dans un couple homo » m’a prodigieusement ennuyée, Oscar Wilde n’hésitant pas à se traiter lui même de génie.

Ensuite Wilde sort de la critique autour de la personnalité de Bosie et s’interroge de manière plus profonde.

En prison il a découvert la souffrance, la vraie.

Contrairement à ce que j’aurais pu penser la vie carcérale n’est pas tellement décrite, Wilde se concentrant sur les effets de cette expérience sur sa personnalité et son talent artistique.

La dureté de la prison a ramené l’écrivain vers plus d’humilité.

Il reconnaît l’erreur de sa vie passée, mondaine, superficielle, vaine.

Il magnifie la douleur, indissociable pour lui de la condition de véritable artiste.

Puis vient la partie la plus mystique ou Wilde compare la destiné des artistes à celle de Jésus Christ.

Le Christ est alors adulé comme le saint patron des artistes en raison de son ouverture vers les autres, de son goût pour la pauvreté mais surtout de son martyr supporté avec dignité.

Comme beaucoup de prisonniers l’écrivain connaît une grande ferveur religieuse en prison, ferveur sans doute utile pour supporter les conditions de détention.

La lettre reboucle finalement par une  ultime et pesante leçon donnée à Bosie.

Je dois avouer ne pas avoir franchement aimé « De profundis ».

J’ai trouvé Oscar Wilde très narcissique, imbu de lui même et n’ai pas été touché par son malheur.

« La Ballade de la geôle de Reading » poésie d’une vingtaine de pages, est en revanche plus centrée sur le destin des hommes en prison.

L’émotion est plus prenante et on ressent l’effroi que peut causer un séjour dans cet enfer gris, sale et dangereux ou le spectre de la mort rode la nuit venue.

Oscar Wilde semble d’ailleurs prendre clairement parti contre la peine de mort.

Pour finir le livre recèle deux autres lettres adressées au Daily Chronicle dans lesquelles  Wilde demande de meilleurs traitements pour les prisonniers, et tout particulièrement pour les enfants et les malades mentaux.

Ce sont au final ces deux lettres qui me feront prendre conscience de la dure réalité d’une prison anglaise au XIX iéme siècle avec une nourriture infecte cause de diarrhées continuelles, des conditions sanitaires horribles, des taches épuisantes et bien souvent absurdes, le tout mené en conformité à un règlement appliqué de façon brutale et inhumaine

En guise de conclusion je n’ai pas été très séduit par cet ouvrage, qui fut il est vrai le dernier de l’écrivain.

Comme avec Joseph Conrad, j’aurais sans doute du commencer par les écrits les plus renommés de Wilde, même si je dois avouer être moins enclin à lire du théâtre ou de la poésie.

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 21:40


« Les Crimes de l’amour »  de Sade est un ouvrage difficile à classer.

On pourrait parler d’un recueil de contes tragiques, quasi philosophiques mais d’une philosophie bien particulière et si chère à son auteur.

J’ai pourtant préféré les ranger dans la catégorie « érotique » mais car même si ils ne le sont pas à proprement parler, ils contiennent cependant un degré de sadisme et de violence psychologique hors norme.

Cinq nouvelles indépendantes composent donc ce manuscrit.

Dans chacune d’entres elles, pour qui a lu par exemple « Justine ou les infortunes de la vertu » on retrouve les thémes favoris de   Sade, à savoir des personnages souvent pétris de vertus, de principes, de religion et de morale immaculée qui se retrouvent par l’entremise d’un destin vicieux et impitoyable la proie des plus affreux tourments.

Dans les trois premières histoires, Faxelange, Courville et Dorgeville sont les tendres brebis déchirées par les circonstances et par des prédateurs humains peu enclins à s’embarrasser de nobles sentiments.

Sade rajoute un degré suprême de raffinement dans l’horreur et la provocation en mêlant systématiquement  aux crimes de sang le  tabou ultime de l’inceste sous de multiples formes, mère-fils, père-fille, sœur-frère.

Le Marquis construit admirablement ses  récits et tel un démiurge omnipotent joue avec ses personnages comme avec de fragiles marionnettes de chair.

De manière symétrique et sans doute pour varier les angles d’attaque, les personnages principaux de Madame de Sancerre ou d’Eugénie de Franval ne sont pas les modèles de vertu mais de vice, cependant les causes et effets sont au final les mêmes.

Bien entendu dans une sorte d’ultime pied de nez,  Sade conclut ses histoires par une punition ou une repentance tardive des protagonistes corrompus avec un ersatz de morale sauvegardée, mais à chaque fois les dégâts occasionnés sont irrémédiables.

J’ai beaucoup apprécié ces récits que j’ai trouvés profondément jubilatoire, il est vrai que la langue utilisée par le Marquis le place sans conteste parmi les meilleurs écrivains de langue française.

Sade était pour moi un homme épris de liberté, sans doute un peu fou mais dont la subversion surpassera toujours n’importe quel rebelle d’opérette comme par exemple les rappeurs ou les hard rockeurs sataniques.

Sade tel un Don Quichotte du XVIII iéme siècle s’attaque à la société, aux bonnes mœurs, à la morale, aux traditions, à la religion.

La réclusion qu’il subira la majeure partie de sa vie ne fit que renforcer sa détermination et attiser sa plumme.

Aujourd’hui ses œuvres ont passés les siècles tandis que ses bourreaux n’ont rien laissé de leur existence, on peut donc décréter la victoire du libertin sur les censeurs.

J’admire donc en plus de son indéniable talent littéraire, la liberté, le courage et l’intelligence de cet homme sans dieu ni maître.

Dans « Les Crimes de l’amour » le lecteur assidu trouvera également un intense parfum de tragédie grecque, de misanthropie, de nihilisme et  de romantisme noir dignes par instants d’un Baudelaire.

Mais le plus important, si on sait lire par derrière les artifices de  la provocation, c’est bien le contenu philosophique de l’ouvrage qui demeure incroyablement cohérent et d’une profondeur absolue.

Quelques citations étincelantes :

« A ceux qui liront cette déplorable histoire, ce n’est que dans l’obscurité des tombeaux que l’homme peut trouver le calme, que la méchanceté de ses semblables, le désordre de ses passions, et plus que tout la fatalité de son sort, lui refuseront éternellement sur terre ».

« Les femmes …  fausses, jalouses, impérieuses, coquettes ou dévotes … les maris perfides, inconstants, cruels ou despotes, voilà l’abrégé de tous les individus de la terre, madame ;  n’espérez pas trouver un phénix ».

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Published by Seth - dans Erotisme
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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 19:46


« Ce que disent les morts » sera la première nouvelle de Philip K Dick que je chroniquerai dans ces pages.

Dick est pour moi le pape de la Science Fiction, une sorte de complément au travail plus scientifique d’un Isaac Asimov.

Cette histoire débute par le décès de Louis Sarapis, un richissime homme d’affaires ayant fait fortune dans le transport Terre-Mars, en utilisant quelques fois des moyens peu recommandables pour notamment neutraliser les syndicats.

L’histoire n’est pas datée dans le temps mais on comprend assez vite que nous sommes dans le futur.

Suivant la procédure habituelle en ces temps, le défunt n’est pas directement enterré mais plongé dans un état de semi-vie cryogénique d’une durée maximale d’un an.

Pendant cette période, le semi-mort conserve donc un état de conscience latent et peut communiquer avec les vivants au moyen d’instruments.

Bien sur son état s’étiole au fil du temps jusqu’à complètement se détériorer, alors le semi-mort est définitivement enterré mais si son temps de semi-vie est parcimonieusement réparti, il peut conserver un fragile lien avec le monde des vivants pendant 25 ans moyennant des frais de maintien bien entendu très coûteux.

Dans le cas de Sarapis, la succession attise bien des convoitises de la part de ses ex collaborateurs.

Le personnage principal Johnny Barefoot est l’ancien directeur de la communication de la société d’assurances de Sarapis : Wilhelmina.

Proche de Sarapis, il lui doit toute sa carrière.

L’empire commercial de Sarapis est surtout convoité par Saint Cyr et Harvey, deux anciens collaborateurs de Sarapis qui sont prêt à toutes les manœuvres pour récupérer le pactole.

Seul obstacle à leurs dessins, Kathy la petite fille de Sarapis, jeune femme instable et toxicomane, inapte sans doute à diriger la société mais légalement seule héritière de la gestion de Wilhelmina.

Rapidement Barefoot entre en contact avec Kathy mais d’étranges phénomènes se font alors connaître.

En effet la procédure de réanimation de Sarapis a échouée mais sa voix se fait entendre du fin fond de l’espace.

L’esprit de Sarapis semble pouvoir contrôler toute les formes de communications terrestres, téléphone, radio, journal automatisé, télévision, machine à écrire …

Le défunt donne ses directives,  confirme l’autorité de sa petite fille devant les rapaces et soutient la candidature d’un homme politique qui se présente aux élections locales.

Le vieil homme mort instaure une climat de paranoïa complète autour de sa succession.

Barefoot pris entre deux feux, se sent attiré affectivement par Kathy mais est soumis à la raison économique et aux pressions du duo infernal Saint Cyr / Harvey.

Un jeu d’échecs sur fond de phénomènes d’outre tombe s’enclenche alors.

« Ce que disent les morts » est pour moi dans le plus pur style Dickien.

Altération de la réalité, questionnement autour de l’esprit, de la mort, de l’au delà, jeux autour de la paranoïa, de la manipulation mettant en scène des personnages névrosés, mal dans leur peau, suicidaires ou drogués.

Pourtant la fin de la nouvelle m’a quelques peu déçue par son coté très normal et terre à terre.

Les toutes dernières pages ont également un goût d’inachevé.

Pour ces raisons je ne classerais pas ce livre dans les œuvres majeures de Dick.

 

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 21:32


Changement radical de style et d’ambiance avec « Au sud de nulle part » de Charles Bukoswki.

Si « Vent de Sable » de Kessel peut être considéré comme un roman positif magnifiant l’homme et la nature, « Au sud de nulle part » est tout l’inverse un roman négatif, axé sur la déchéance des hommes se débattant dans un environnement urbain sale et agressif.

« Au sud de nulle part » est en effet un recueil de nouvelles assez hétéroclites et pour la plupart largement auto-biographiques.

Certaines se terminent en queue de poisson et l’ensemble donne une grande impression de décousu.

Pourtant le talent de Bukowski est bien réel.

Il s’exprime par un humour cynique, un sens aigu de l’absurde, du contre pied, un goût prononcé pour la provocation et un refus massif des normes imposées par la société.

L’univers de Bukowski est celui des pauvres types, des ratés, des ivrognes, des estropiés, des paumés, des ouvriers humiliés et des filles faciles.

Dans le registre provocation, il y a la fondation d’un parti nazi américain en plein milieu de la seconde guerre mondiale, des histoires de hippies pacifistes violés, de meurtriers, le tout enrobé de doses massives de sexe et picole.

Derrière ces artifices surnagent des thèmes forts comme le rejet de la patrie, de la religion, du matérialisme bourgeois et bien pensant bref des fondements de l’Amérique WASP.

Les histoires de type amoureux d’un mannequin en celluloïd, ou du sauvage d’Amazonie sur membré marié à une californienne nymphomane  qui le ramène à Los Angeles sont aussi absurdes qu’hilarantes.

J’ai aussi été très amusé quand Bukowski décrit la raclée qu’il colle à Ernest Hemingway au cours d’un mémorable match de boxe imaginaire.

Par contre dans la dernière partie quand Bukoswki parle de son éreintant boulot aux abattoirs ou de ses problèmes médicaux notamment intestinaux on ne rit plus du tout et on est pris aux tripes par ce douloureux aperçu de la maladie, de la déchéance ou de la mort approchant inexorablement.

Bukowski se définit sans doute lui même comme un raté, un inadapté social ayant pris sa revanche sur la société comme écrivain.

Finalement ce personnage me paraît trop intelligent, sensible et lucide pour être heureux dans un monde aseptisé aux normes sociales nivelant les personnalités pour les faire rentrer dans le moule social.

A la différence d’un Hubert Selby JR dont les romans nous entraînent dans un abyme sans fond de désespoir et de mort, Bukoswki parvient à insuffler à ses nouvelles ce petit supplément de vie qui  les rend attachantes, mordantes et drôles, les préservant ainsi d’un voyage vers la défonce et la déchéance aussi stérile que complaisant.

Comme quoi le talent peut quelques fois (presque ) tout excuser.

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 20:43


« Vent de sable » de Joseph Kessel est un livre qui change par rapport aux précédents ouvrages que j’ai lu de lui.

Il s’agit ici d’un pur roman d’aventure racontant l’épopée durant l’été 1925 des premiers transports aériens français de courrier entre Toulouse et Dakar.

En réalité la partie la plus développée est celle concernant le tronçon Agadir-Dakar.

Le narrateur, Joseph Kessel lui même, journaliste et grand aventurier devant l’éternel embarque comme passager sur l’un de ces vols et accompagne les pilotes dans leur périlleux voyage.

A cette époque, si les premiers avions de chasse ont vu le jours lors de la guerre de 14-18,  l’aéronautique commerciale en est à ses premiers balbutiements et  le transport aérien sur de longues distances n’est pas fiable, les avions sont fragiles, les ratés mécaniques fréquents, l’électricité et le TSF viennent seulement d’être inventés.

Ainsi les pilotes de ces premiers vols peuvent être considérés comme de vrais pionniers voir d’authentiques trompe la mort.

Le trajet Agadir-Dakar consiste à longer la cote de  l’Océan Atlantique pour ne pas trop se perdre dans l’uniformité du désert survolé.

Les principaux dangers sont les tempêtes de sables, terriblement destructrices et imprévisibles, les tempêtes de l’Océan survolé à trop basse altitude mais également les populations de pirates maures, guettant les appareils se posant sur leur territoire pour au mieux capturer les pilotes pour les vendre contre rançon après une longue captivité, au pire les tuer.

Kessel sait tout cela et se joint à un groupe d’une demi douzaine de pilotes, mécaniciens et interprètes arabes répartis sur deux avions.

Le récit de ce voyage est extraordinaire de dépaysement.

Kessel tient en premier lieu absolument à rendre hommage à ces hommes qu’il admire.

Des hommes simples, généreux, courageux jusqu’à la limite de l’inconscience, unis par une même et mystérieuse passion et habités par une sorte de mission sacrée : acheminer coûte que coûte ce courrier qu’ils ne liront jamais.

L’hommage rendu au pilote Emile Lecrivain, qui mourra lors d’un voyage suivant est très touchant.

Après les hommes, les lieux tiennent une place importante dans le récit.

Kessel est plus intéressé par l’aspect nocturne des villes qu’il traverse comme Casablanca et Agadir, villes arabes ou la présence européenne se fait sentir jusque dans les bars et les bordels,  ou Fort Juby dernier avant poste de la civilisation avant le désert angoissant puis Villa Cisneros et sa garnison espagnole, point de sortie du désert Saharien.

Etrangement les villes traversées avant ou après le désert et notamment la partie sénégalaise du périple sont à peine esquissées.

Ce qui a en effet le plus fasciné Kessel est sans nul doute le désert saharien.

Ainsi le point culminant du roman est la terrible tempête essuyée lors du trajet Fort Juby-Villa Cisneros.

Les quelques pages décrivant la lutte des hommes et de leurs machines contre les éléments déchaînés constituent à elles seules un monument de la littérature du roman d’aventure.

J’ai également beaucoup apprécié les descriptions de la vie des hommes dans les forts ou les garnisons situés en bordure du Sahara, et notamment le terrible effet magnétique que peut avoir le désert sur les hommes échoués dans ces zones ou l’homme tout du moins occidental n’a pas vraiment sa place.

« Vent de sable » est donc un formidable roman, magnifiant aussi bien la beauté de la Nature que le courage des hommes éperdus de conquêtes.

Il plane sur ce livre l’ombre des Mermoz et Saint Exupery mais également un parfum de nostalgie pour des temps ou monter dans un avion constituait un acte de courage confinant à la folie douce.

Joseph Kessel, offrant ici une immortalité dorée à une époque donnée et aux differents acteurs la composant, atteint pour moi le niveau le plus noble que l’on peut rêver d’atteindre un jour en littérature.

« A première vue ce sacrifice peut paraître insensé (…) mais lorsqu’on pénètre dans les raisons profondes, inconscientes même de ce sacrifice, on s’aperçoit qu’il répond à un besoin essentiel de ceux qui le pratiquent. (…)

Sans cette flamme intérieure qui le brûle et le dépasse, qu’elle s’applique à une croyance, à une patrie, à un amour ou à un métier, l’homme n’est qu’une mécanique indigne et désespérée » .

 

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Published by Seth - dans Aventure
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:54

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Stephan Zweig m’avait été recommandé de longue date par des sources différentes dignes de foi.

J’ai donc lu « Le joueur d’échecs » courte nouvelle extrêmement connue.

L’histoire se passe pendant la seconde guerre mondiale sur un paquebot faisant route vers l’Argentine.

Le narrateur, un Autrichien embarqué sur le bateau apprend que le champion de monde d’échecs du nom de Czentovic est à bord et intrigué par ce jeu qu’il tient en haute estime, il décide de provoquer une partie contre lui.

Pour se faire, il utilise la stupide vanité d’un riche ingénieur écossais pour arriver à ses fins en lui faisant payer 250 dollars afin de pouvoir affronter tous les deux le champion.

Czentovic est décrit comme un prodige des échecs, mais aussi come un homme rustre confinant à l’autisme, terriblement orgueilleux et âpre au gain.

Au cours de cette partie, alors que les deux amateurs se retrouvent rapidement surclassés, un mystérieux inconnu intervient et grâce à ses précieux conseils, le tandem parvient à arracher un match nul face au champion qui en raison de l’offense subie réclame une revanche le lendemain.

Entre temps, le narrateur fait la connaissance de cet inconnu du nom de M. B.

L’homme lui raconte son histoire surprenante : proche du régime monarchique autrichien il a été détenu pendant des mois par les Nazi dans un hôtel deVienne afin de lui extorquer des informations sur ses comptes en banque ou sur  la famille royale.

En captivité, l’homme dérobe un livre d’échecs retraçant 150 parties jouées par des Maîtres et pour ne pas devenir fou commence à se passionner pour ce jeu.

Il apprend tout par cœur, devient obsédé par les échecs.

Pire, une fois les parties mémorisées, il se met à inventer ses propres parties, jouant contre lui-meme dans une sorte de délire frénétique schizophrénique.

Une fois relâché pour raisons de santé ou politiques l’homme est contraint de fuir vers l’Amérique du Sud.

Mais sur le paquebot, ses vieux démons le reprennent.

Alors même si il sait que le jeu d’échec l’a rendu fou, il tient à affronter pour la seule et unique fois un véritable adversaire sur un vrai échiquier

L’affrontement entre l’impassible Czentovic et le très agité et fiévreux M.B est passionnant.

Le dénouement du livre bien que logique est très adroit.

« Le joueur d’échecs » est un livre très vivant, formidablement bien écrit.

Le style limpide de Zweig est un pur régal.

Bien entendu l’intérêt principal de ce livre est d’ordre psychologique.

Le jeu d’échec, sorte de combat entre deux intelligences, art aux multiples combinaisons d’une richesse infinie, rempli de stratégie ou d’instinct est il est vrai un formidable terrain d’expérience pour les jeux de l’esprit.

Mais la passion obsessionnelle et pathologique développée par M.B en prison est elle même un combat mental intérieur encore plus passionnant.

L’homme face au néant, à la solitude, à l’ennui, à cette  gigantesque machine à briser les individus qu’était le Nazisme … qui réussit à trouver une échappatoire par la puissance son esprit.

Je recommande donc cette courte et excellente nouvelle à tout amateur de romans cérébraux

Séduit, je pense lire d’autres livres de Zweig.

 

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Published by Seth - dans Psychologie
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