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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 16:07


Frédéric Beigbeder est sans nul doute l’un des auteurs français les plus détestés à l’heure actuelle, et ce n’est pas l’obtention récente du prix Renaudot pour « Un roman français » qui risque d’atténuer les polémiques à son sujet.

L’agacement que provoque Beigbeder est sans nul doute provoqué par son coté people, fils de riche et son omniprésence dans les média ce qui rebute bon nombres de critiques.

Pourtant je ne cache pas aimer certains des livres de Beigbeder et lui trouver une forme de talent. Aussi ai je lu avec intérêt son roman autobiographique intitulé « Un roman français ».

Inspiré à la suite d’un événement traumatisant, son arrestation et sa garde à vue de 48h suite à un flagrant délit de consommation de cocaïne sur le capot d’une voiture à la sortie d’un bar branché du VIII ieme arrondissement de Paris, ce roman se veut le premier livre ou Beigbeder ne cherche pas à se cacher derrière ses personnages de dandys branchés décadents mais plutôt à se raconter de manière sincère.

Confiné dans son étroite cellule, Beigbeder s’introspecte pour la première fois pour tenter d’analyser ce qui l’a fait descendre aussi bas.

On en apprend plus sur ses origines, sa famille issue d’un riche milieu noble du Pays Basque ayant fait fortune dans les sanatorium, sa grand mère anglaise surnommée « Granny », son enfance aisée mais assommante d’ennui dans les beaux quartiers de Paris et de Neuilly mais surtout les problèmes du jeune Frédéric, complexé par son physique peu avenant et marqué par le divorce de ses parents.

Beigbeder parle de la douleur, de la frustration de sa vie d’enfant, victime des refus méprisant des jeunes filles et d’une jalousie aiguë envers son frère Charles, qu’on pourrait qualifier de parfait : beau, équilibré, brillant et riche.

Le divorce de ses parents semble également avoir joué un rôle important dans la vie du jeune Frédéric, entre un père flambeur accumulant les conquêtes dans une vie de play boy jet setter à laquelle il fut souvent mêlée et une mère austère se sacrifiant pour péniblement élever seule ses deux garçons.

L’exercice n’est pas je dois l’avouer toujours des plus intéressants mais l’écrivain rebelle parvient à être touchant lorsqu’il évoque son grand père qui lui avait apprit à faire des ricochets sur la plage, ou sa fille qu’il semble aimer passionnément.

Bien sur Beigbeder en profite pour régler facilement quelques comptes notamment avec les conditions de détention du système carcéral français comme l’effrayant « Dépôt » situé sur l’Ile Saint Louis, ou bien le procureur de le république qui choisit de le prolonger en garde à vue pour en faire un symbole du fait de son statut de « people ».

Au final on reste partagé devant l’exercice, bien sur on est touché de voir que l’expérience de la garde à vue à provoqué une réaction créatrice intéressante sur cet adulte qui refusait jusqu’à présent de voir la vie en face et de se souvenir de ses anciennes blessures mais en même temps on se dit que la vie du jeune Beigbeder emprisonné dans un cocon doré d’ennui n’a rien eu d’assez exaltant pour être racontée sur plus de deux cents pages.

Le titre « Un roman français » se veut être un parallèle entre l’évolution de le France et la vie de Beigbeder, issu d’une famille de nobles provinciaux ayant caché des juifs pendant la seconde guerre mondiale, puis ayant accédé au confort après la guerre, vécu le divorce et engendré un fils devenu un jouisseur individualiste épris de liberté et de plaisir.

On trouvera peut être cet aspect du roman plus contestable préférant quand l’écrivain quadragénaire à succès se livre sans fard et avec sensibilité.

« Un roman français » demeure donc un Beigbeder plus posé, sérieux, introspectif et mélancolique que d’habitude.

Pour finir une belle tirade sur la famille :

« La famille vous rappelle les souvenirs que vous avez effacés et vous reproche votre amnésie ingrate. (..)

Une vie de famille est une succession de repas dépressifs ou chacun répète les mêmes anecdotes humiliantes et automatismes hypocrites, ou l’on prend pour un lien ce qui n’est que loterie de la naissance et rites de la vie en communauté.

Une famille c’est un groupe de gens qui n’arrivent pas à communiquer, mais s’interrompent très bruyamment, s’exaspèrent mutuellement, comparent les diplômes de leurs enfants comme la décoration de leur maison, se déchirent l’héritage de leurs parents dont le cadavre est encore tiède.

Je ne comprends pas les gens qui considèrent la famille comme un refuge alors qu’elle ravive les plus profondes paniques. »

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Published by Seth - dans Biographie
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