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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 22:02

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Effrayé par tout le pathos autour des camps de concentration de la guerre de 1939-45, j’ai longtemps évité Primo Levi, vraisemblablement à tort compte tenu du talent de cet auteur dont j’ai pu constater l’ampleur en lisant « Lilith ».

Ecrit en 1978, « Lilith » est un recueil de nouvelles scindé en trois parties appelées, passé proche, futur antérieur et indicatif présent.

La partie intitulée passé proche est la plus liée à l’expérience des camps de concentration vécue par l’auteur.

Dans de très courtes histoires, Levi brosse d’étonnant portraits de personnages qui l’ont marqué durant sa déportation à Auschwitz.

On découvre des histoires banales ou extraordinaires de compagnons d’infortune juifs, gitans, italiens, polonais ou de kapo, ces prisonniers de droits communs allemands chargés d’encadrer les prisonniers, en échange d’un sort amélioré.

Parmi celles ci, la plus marquante a été pour moi celles de Lorenzo, maçon italien, ami et protecteur de Levi, qui joua un rôle déterminant dans sa survie mais qui sans doute psychologiquement usé par ce qu’il vécut, termina de manière tragique sa vie malgré la volonté de l’auteur de lui retourner son aide et sa générosité.

L’histoire du « roi des juifs » alias Chaim Rumkowski, responsable du ghetto polonais de Lodz est également une grande leçon de vie au sujet de la corruption que peuvent amener l’autorité et le pouvoir (même si au final bien fragile !) dans l’esprit de certaines personnes finalement assez médiocres.

Outre ces touchantes anecdotes qui nous font partager le quotidien de déportés évoluant dans un univers carcéral extrême destiné à les faire mourir jour après jour par le travail, figure une deuxième partie nommée futur antérieur, qui montre une autre facette de l’écrivain, autour de textes décalés quelques fois futuristes ou s’exprime une imagination débridée.

Difficile de bien se repérer dans ses nouvelles plutôt surréalistes et déroutantes, ou surnagent néanmoins quelques perles comme « Chère maman » émouvante lettre d’un soldat romain à sa mère depuis sa garnison en Bretagne sur le mur d’Hadrien, « Tantale » la découverte d’un matériau porte bonheur ou « En temps voulu » la terrifiante condamnation à mort d’un commerçant par un tueur inconnu.

Indicatif présent, la dernière partie du recueil, peut être considérée comme un mélange des deux premières parties.

Il y est encore question d’anecdotes concernant la seconde guerre mondiale et la jeunesse de l’auteur (« Week end », « Hospitalité » ) mais aussi de surréalisme (« L’ame et l’ingénieur ») de science (chimie ou ethnologie ), de réflexions sociales (« Décodification ») ou d’histoires simplement hors du commun comme celles de Guerrino ou de la fille du livre.  

En conclusion, même si je trouve toujours le principe d’une multitude de courtes nouvelles abordant des sujets très divers extrêmement déroutant et rendant difficile l’appréhension de la pensée d’un auteur, je n’ai pas été déçu par « Lilith ».

Primo Levi était un grand écrivain, au style limpide, passé maître dans l’art de portraiturer ses contemporains, d’en décrire les traits les plus saillants avec beaucoup de subtilité et une remarquable finesse psychologique.

Son témoignage des camps de la mort est d’une puissance exceptionnelle car humble, objectif, lucide et dépassionné.

J’ai aussi apprécié le fait que malgré son expérience traumatisante et ses recherches concernant la judaïté, il soit resté fidèle à son agnosticisme

Mais réduire Primo Levi à un écrivain ayant écrit sur les camps serait une monumentale erreur, tant « Lilith » prouve que son talent dépassait largement ce cadre au final bien étroit pour lui.

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