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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 16:07

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Découverte d’un habitué des meilleurs ventes françaises avec « La part de l’autre » d’Eric-Emmanuel Schmitt.

On ne peut reprocher à l’écrivain de rechercher la facilité car le sujet traité est une tentative de réécriture de l’histoire dans l’hypothèse ou Adolf Hitler aurait été reçu à l’école des Beaux-Arts de Vienne en 1908.

Partant de ce postulat osé, Schmitt met deux mondes en parallèle, celui fictionnel d’Adolf H devenu étudiant en peinture et celui historique d’Adolf Hitler recalé du concours et devenu ensuite le dictateur que tout le monde connaît.

Compte tenu de l’écart entre les deux destins, « La part de l’autre » constitue en réalité deux livres qui n’ont quasiment rien en commun si ce n’est leur cadre temporel.

Dans le monde de l’étudiant, Adolf H parvient à surmonter sa peur des femmes grâce au psychanalyste Sigmund Freud, est blessé pendant la guerre de 14-18 puis malgré de légitimes questionnements sur le métier d’artiste devient un peintre reconnu au sein du mouvement surréaliste.

Peintre du niveau intermédiaire, Adolf H parvient néanmoins à vivre de son art.

Il s’établit à Paris et rencontre Onze-Heures-Trente une jeune femme qu’il aime éperdument mais qui meurt précocement.

Farouchement pacifiste depuis le traumatisme de la Grande Guerre, Adolf H se désintéresse de la politique et se marie avec comble de l’ironie une femme juive dont le père est un ardent militant du Sionisme !

Le peintre a deux enfants et comprenant ses limites artistiques consacre ses dernières années à l’enseignement.

Son décès à Los Angeles en 1970 pendant la retransmission de l’alunissage du premier cosmonaute (allemand !)  est un brillant moment de littérature.

Dans l’autre réalité historique, Schmitt au prix d’un Kolossal travail de documentaliste retrace toute l’ascension d’Adolf Hitler, depuis sa vie de bohème comme peintre minable reproducteur de cartes postales ou porteur de valise à Vienne jusqu’à son accession au pouvoir par la force et la ruse en passant aussi par un épisode particulièrement prenant dans les tranchées de la guerre de 14-18.

Pour Schmitt, la défaite de l’Allemagne lors de la première guerre mondiale constitue l’élément déclencheur de la « vocation » d’Hitler.

Caporal d’un patriotisme allant jusqu’au fanatisme ayant trouvé dans l’armée la famille qui lui manquait, Hitler est traumatisé par la défaite de l’Allemagne et a un jour la révélation quasi religieuse que les Juifs en sont responsables.

Le bon à rien limité va ensuite se trouver un vrai don d’orateur, d’hypnotiseur de foules, et va prêcher lors de discours enflammés la haine contre les Juifs, le Bolchevisme et la Chrétienté tout en poussant jusqu’au paroxysme le désir de retrouver une grande Allemagne ou la race allemande par essence supérieure régnerait sur toutes les autres.

Dans une Allemagne meurtrie par le traité de Versailles, les discours énergiques et patriotiques d’Hitler rencontrent un irrésistible écho.

Après un coup d’état raté d’un cheveux et un court emprisonnement ou il écrit son fameux « Mein kampf » il prend ensuite le pouvoir en 1933.

Désireuses d’éviter la guerre, les autres puissances européennes commettent l’erreur de pas ne prendre pas au sérieux un homme qu’elles prennent pour un inoffensif illuminé.

Entouré par ses fidèles lieutenants Himmler, Goebbels et Goering, Hitler lance alors ses fameuses offensives éclairs sur la Pologne avant de se diriger contre la France.

Par le jeu des alliances le monde entier se précipite alors dans le chaos que tout le monde peut lire dans les manuels d’histoire…

Schmitt va jusqu’au bout de sa fresque historique et donc jusqu’au dramatique suicide d’un Hitler affaibli et malade dans son bunker de Berlin.

L’intérêt principal de ce travail est la tentative d’expliquer la psychologie du dictateur.

Fanatique certes, mais intelligent et dont la principal force est d’être insensible au doute, persuadé d’œuvrer pour l’intérêt public, pour une cause supérieure qui le dépasse, l’exalte et lui interdit quasiment tout sentiments humains dont la compassion.

Pour Schmitt, même si il s’est affiché avec de nombreuses femmes dont la célébrissime Eva Braun, Hitler n’a jamais eu de vie sexuelle et mal à l’aise avec ce corps qui ne représentait pas son idéal de beauté et de force aryenne, a toujours méprisé les plaisirs de la chair.

En conclusion, j’ai eu un sentiment mitigé à la lecture de ce livre dense.

Sur la forme, le style de Schmitt est remarquable, à la fois clair, précis et puissant ce qui rend la lecture très agréable mais sur le fond je suis plus réservé.

Le fait qu’un échec à un examen change du tout au tout la destinée d’un homme aussi déterminé qu’Hitler me paraît à vrai dire ridicule.

Sans aller jusqu’au determinimse absolu, un individu au tempérament aussi exceptionnel se serait réalisé de toute manière et la volonté de puissance, de domination latente en lui se serait de toute façon manifestée.

Certains désirs me paraissent trop violents pour être en effet altérés par le cours des événements.

Alors peut être que dans un autre contexte Hitler ne serait pas devenu un dictateur mais il aurait j’en suis sur néanmoins exercé des postes de pouvoir comme dirigeant d'un grand groupe industriel.

En faire le symétrique opposé, un artiste centré sur son art, pacifique et défenseur des Juifs me paraît donc un mauvais choix.

Bien entendu j’ai alors nettement préféré l’histoire du double maléfique et pourtant bien réel dictateur amenant le monde au bord de la destruction totale et inventant le plus grand massacre industriel de tous les temps.

On saluera le courage de l’auteur de s’attaquer à un sujet aussi tabou en France à savoir essayer de comprendre la psychologie un homme qu’on a déshumanisé et diabolisé, mais on pourra aussi lui reprocher de ne pas aborder la question de la folie de cet homme.

Pour moi Hitler était un fou cohérent dans sa folie.

Ce sont les plus dangereux et ils sont parfaitement responsables de leurs actes.

On peut aussi penser qu’une époque exceptionnelle déchirée par deux guerres mondiales engendre par essence des êtres hors normes, des anomalies singulières, échappant à jamais à toute tentative d’analyse classique.

Et de la meme manière penser qu'à des époques médiocres correspondent des hommes médiocres ?

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Published by Seth - dans Psychologie
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