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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 14:19

Eugenie_grandet.jpg

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C’est fort logiquement après la lecture du « Père Goriot » que j’ai enchaîné avec « Eugénie Grandet » autre grand classique d’Honoré de Balzac.

Se déroulant sensiblement à la même époque (vers 1820), « Eugénie Grandet » a la particularité d’avoir pour cadre la Province et en particulier la ville de Saumur.

Félix Grandet dit le « Père Grandet »  est un vieil homme, habile vigneron qui a su faire fortune, acheter des terres et devenir un des notables les plus influents et craints de Saumur dont il a été maire.

Véritable terreur du monde des affaires, Grandet règne en patriarche absolu sur sa famille composée de sa femme, de sa fille Eugénie et de sa servante Nanon à qui il impose une régime d’une grande austérité.

Balzac décrit en effet un homme richissime gouverné par une avarice maladive et un amour quasi pathologique de l’argent.

Compte tenu de la popularité de l’homme, la fortune de Grandet est convoitée par deux familles de notables de Saumur, les Cruchots et les Des Grassins, qui cherchent chacun à s’attirer ses bonnes grâces pour qu’un de leurs fils épouse Eugénie et hérite ainsi de tous les biens du vieux vigneron.

Pourtant cette lutte féroce dans un microsome va être perturbée par l’arrivée inattendue de Charles Grandet, fils du frère de Félix Grandet.

Son père s’étant suicidé aprés avoir contracté de terribles dettes, Charles est en quelque sorte confié à son oncle.

Parisien, élégant et mondain, Charles va vite dénoter au sein de ce petit monde provincial prêt de ses sous, mais va pourtant parvenir à séduire malgré lui Eugénie qui va prendre fait et cause pour le jeune homme.

Attendrie par le chagrin du jeune homme suite à la mort de son père, Eugénie va ensuite tomber amoureuse de lui, amour que saura lui rendre Charles.

Cet amour enfantin, pur, innocent et bien naïf va inculquer une force hors du commun à Eugénie qui va dés lors défier l’autorité de son propre père avec la complicité de sa Mère et de Nanon.

Eugénie va prêter une forte somme d’argent à Charles pour lui permettre de partir chercher fortune aux Indes avec en échange la vague promesse que Charles l’épouse à son retour.

Acte généreux, magnifique, désintéressé ou stupide diront certains.

Charles parti, Grandet est soulagé se croyant débarrassé à moindre frais d’un encombrant problème et consacre toutes ses forces et son habileté  pour ne pas avoir à payer les dettes de son neveu à ses créanciers de Paris.

Dans cet exercice Grandet se montre redoutable dans l’art de la manipulation et de la négociation allant jusqu’à feindre le bégaiement et l’imbécillité pour ne pas être pris au sérieux par ses adversaires.

Mais il découvre finalement la « faute » d’Eugénie et la famille Grandet explose alors sous la colère du patriarche.

Aveuglée par son amour, Eugénie tient tête malgré la quasi réclusion que lui impose son père.

Entre temps Charles fait fortune dans le commerce de négriers, oublie sa promesse dans les bras d'autres femmes, et finit par demander la main d'une marquise pour satisfaire ses ambitions.

Il écrit une lettre de rupture à Eugénie qui prend avec beaucoup de grandeur d’ame cette trahison et songe même à se retirer dans les ordres ce que lui interdit le prêtre à qui elle demande conseil.

Madame Grandet déjà de santé fragile ne support pas ce conflit et décède, laissant Eugénie en droit de d’exercer son droit de succession.

Attaqué sur le seul point ou il est vulnérable, Grandet est contraint d’adoucir sa position pour spolier sa propre fille …

Mais son méfait ne lui porte pas chance puisqu’il meurt étouffé par ses terribles penchants.

Eugénie devient donc propriétaire d’une colossale fortune et va jusqu'à éponger les dettes de Charles pour permettre son mariage.

En conclusion, malgré le style de Balzac toujours méticuleux et avide de descriptions à surdétaillées, « Eugénie Grandet » est un formidable roman d’une audace folle pour son époque.

Balzac y tire en effet à boulets rouges sur la petite bourgeoisie de province, ses notables, ses codes, son monde clos, son refus de l’ostentation allié à une avarice prononcée.

La religion y est également taillée en pièces car elle aussi soumise aux terribles lois de l’argent.

Le personnage du père Grandet est atroce, monstrueux et sans limite pour assouvir sa folle addiction de l’argent.

Dans ce monde putride, le personnage d’Eugénie Grandet expose quasiment toute la noblesse et la pureté d’une authentique sainte.

Ame pure, désintéressée, puisant dans l’amour l’énergie de se rebeller contre les traditions et l’autorité d’un despote, Eugénie est la vraie héroïne de ce roman majeur.

On peut voir « Eugénie Grandet » comme un roman féministe rendant hommage aux femmes du XIX ieme siècle qui tentaient de bousculer les conventions alors en vigueur mais surtout comme une formidable auscultation d’une époque, d’un société et des "comédiens humains" qui y gravitaient.


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commentaires

ananas 29/04/2011 15:58


J'ai moi aussi lu "Eugénie Grandet" après "Le Père Goriot". Je trouve qu'il manque de rebondissement (je parle pour "Eugénie Grandet".
J'ai d'ailleurs publié mes avis sur ces deux livres sur mon blog.
Bonne continuation !


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