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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 14:42

En 2016 en pleine fièvre des Jeux Olympiques sort « Je suis Rio » chez Anacaona, recueil de vingt cinq nouvelles d’auteurs brésiliens contemporains parlant de la « cidade maravilhosa » du Brésil.
Dans la première d’entre elles, Claudia Tajes prend comme angle d’approche le don d’une vieille casserole abimée d’une riche bourgeoise du quartier de Leblon à sa femme de ménage pour souligner la différence entre classes sociales, puis Bartolomeu Jr relate brillamment une dispute dans un bus un jour de canicule en expliquant un jeu tragico-comique entre la contrôleuse, son mari, son amant le conducteur du bus et un ancien militaire révulsé par le changement au point de vouloir sortir une arme.
Dans « Maria », Conceicão Evaristo raconte sans doute l’histoire la plus poignante du recueil avec une femme noire rencontrant son ex mari et père de son enfant dans un bus, se faisant ensuite lyncher par la foule après que celui-ci ait braqué ce meme bus…
Le très rebelle Ferrez prend position pour les favelados dans trois courtes nouvelles, l’une se mettant à la place d’un braqueur, l’autre de deux gosses rudoyés par des policiers puis la dernière d’un modeste travailleur également humilié.
Point de vue décalé d’André Diniz qui en bandes dessinées avoue détester sa ville natale : sa chaleur écrasante, son chaos et sa violence endémiques au point de l’avoir quittée pour vivre ailleurs à São Paulo puis au Portugal.
Texte magnifique de Paula Anacaona elle-même autour de la carioca moderne se devant de faire face sur tous les fronts, puis formidable de Lucia Bettencourt qui relate avec intelligence la désillusion d’une touriste entre deux âges rêvant de perdre la tête au Carnaval, pour néanmoins finir avec le réceptionniste de son hôtel tout compte fait, plutôt à son gout.
Bettencourt fera également preuve de finesse dans un second texte, au demeurant moins puissant qui met en lumière le plan drague de certains hommes se faisant passer pour des intellectuels.
Carnaval toujours avec Duda Tajes qui raconte son incroyable expérience de quelques jours avec une prostituée métisse qui voulait faire « autre chose » pendant ses vacances.
Les textes suivant m’ont moins enchanté, Marcelino Freire tout en suggestion mêlant étroitement tourisme et criminalité, Rodrigo Santos rendant hommage en voisin de São Gonzalo à ce Rio pas si lointain au cours d’une traversée de la baie de Guanabara avec en toile de fond une demande en mariage inaboutie, mais le pire étant le style horriblement urbain de la jeune bloggeuse Jessica Oliveira.
Peu d’intérêt également malgré le côté rapporteur social de Jesse Andarilho pour un championnat de foot entre trafiquants des favelas de Rio, ni même pour les matchs du dimanche, mis à l’honneur par Victor Escobar.
Histoires plus personnelles mais ô combien difficiles que celle de Raquel Oliveira qui à 44 ans décide de reprendre ses études pour devenir institutrice sous les quolibets de ses voisins favelados puis de Joanna Ribeiro qui met en plein dans le mille social avec une amourette entre la fille intello d’une femme de ménage et celle de sa patronne, une bourgeoise de Botafogo.
Misère toujours avec une histoire de Sans terre découvrant la mer de Geovani Martins, la vie brisée d’un gamin des rues narrée par Marco Teles, celle d’un gardien de parking poivrot par Helena Parente Cunha.
Dans les deux derniers textes, le sarau sorte de slam des favelas, est mis à l’honneur dans la bande dessinée d’Alexandre de Maio atour du personnage du rappeur-slammeur Dudu de la ville Baixa Fluminense dans l‘état de Rio,  puis chez Yolanda Soares qui raconte comment vaincre sa peur du téléphérique pour se rendre dans la favela pacifiée d’Alemão afin d’assister à une performance artistique.
En conclusion, forcément inégal, « Je suis Rio » est un recueil passionnant d’une incroyable vitalité et créativité.
Prenant le parti d’une approche moderniste et réaliste de Rio loin des clichés touristiques, « Je suis Rio » tape souvent juste lorsqu’il évoque cette ville à deux vitesses entre les riches des quartiers sud de la ville et leurs employés des favelas devant souvent prendre deux bus+un métro pour arriver jusqu’à eux.
Ce sont assurément ces récits de situations de la vie de tous les jours, celles des employés galérant dans des transports publics déficients pour survivre qui m’ont le plus intéressés.
Mais il semble que malgré la « pacification » de certaines favelas du centre ville à l’approche des grands évènements touristiques (Coupe du monde, Jeux Olympiques), la violence fasse partie intégrale de la capitale carioca, aussi les récits de gamins des rues, de personnages misérables ou de petits voyous abondent, évoquant l’aspect le plus dure de la réalité brésilienne.
Enfin, j’ai été je l’avoue assez peu sensible au coté « rap/slam/revendicatif » de l’ouvrage comme je le suis du reste assez peu à cet aspect en France…
Reste un ouvrage très intéressant, souvent émouvant ou passionnant, à mon sens essentiel pour comprendre le Rio de Janeiro d’aujourd’hui.

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