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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 10:14

En 2017, alors que les attentats sanglants continuent de pleuvoir sur le Monde et en particulier l’Europe, Eric Delbecque sort « Le bluff sécuritaire, essai sur l’impuissance française ».
Derrière ce titre choc se cache une analyse approfondie des causes qui permettent au terrorisme de s’enraciner durablement en France mais surtout une liste de mesures qui selon l’auteur pourraient contribuer à lutter plus efficacement contre lui en dépassant le stade de le la mesure "gadget" prise à la va-vite pour rassurer les populations après chaque crise.
Après une introduction ou Delbecque relativise le sentiment d’insécurité ambiant en rappelant que le niveau de violence aujourd’hui dans les grandes capitales européennes n’est en rien comparable avec celui des siècles passés, il souligne depuis la chute du mur de Berlin qui avait pour insigne mérite de simplifier les problèmes de sécurité en désignant le bloc « soviétique » comme adversaire de l’Occident, le morcellement des « ennemis » de la Nation autour de nébuleuses terroristes (Al Qaida et Daech) obéissant plus à des logiques de réseaux réticulaires à l’échelle mondiale qu'à celles d’organisations pyramidales hyper structurées.
Dans ce nouvel ordre mondial, certains pays comme les Etats-Unis et la Chine réagissent par un nationalisme fort n’hésitant pas à renforcer des alliances entre états et société privées comme les puissants GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) pour accroitre leur emprise sur le monde.
A contrario Delbecque voit l’Europe et la France incapables de réagir efficacement car engoncées dans une vision idéologiquement pacifiste du monde avec des ennemis flous (le terrorisme, le fascisme) et le règne du politiquement correct qui paralyse toute tentative de débat rationnel sur les questions de sécurité.
Face aux attentats, le gouvernement français manque donc d’analyse stratégique et n’est que dans la réaction en combinant arsenal législatif et mesures techniques comme l’accroissement de la surveillance numérique des citoyens, ce qui a le don de déchainer la logorrhée d’habituels arguments bobo-gaucho sur la montée en puissance d’un totalitarisme étatique…sans que ces détracteurs ne réalisent le moins du monde que leurs données sont déjà en permanence espionnées par les géants américains du web.
S’ensuit un long passage sur les origines de la société de surveillance avec de nombreuses références littéraires (Bernays, Orwell, Huxley), visant à démontrer l’inefficacité globale d’une surveillance de masse, car à l’instar du programme PRISM mis en place par la NSA, les données se révèlent impossibles à traiter efficacement et n’empêchent nullement des ennemis habiles et rustiques de contourner la technologie pour arriver à leurs fins, réservant son emploi à des fins de propagande ciblée visant à créer des vocations d’éléments isolés capables de passer à l’acte de manière autonome.
Ce discours est l’occasion de battre en brèche le mythe du loup solitaire à la Mohamed Merah, car on s’aperçoit que la plupart de ces terroristes présentées comme solitaires ont à un moment ou un autre été en contact physique avec des recruteurs ou des « maitres spirituels » que ce soit dans des prisons, mosquées radicales ou associations.
C’est pourquoi aucune mesure technologique ne saurait remplacer l’importance du « facteur humain » avec un travail de terrain au contact direct des sources d’information.
L’analyse bascule ensuite dans une tentative d’approfondissement des causes profondes qui poussent certains individus à devenir des criminels, le résultat étant qu’on ne nait que très rarement criminel mais qu’on le devient lorsque plusieurs facteurs se rencontrent, le cas du terrorisme s’apparentant à une dérive sectaire avec phénomènes d’exploitation et d’emprise sur des individus fragilisés en vue de nuire à la société.
Ici l’acte d’attentat rentrerait dans une logique de guerre asymétrique, permettant à des organisations modestement équipées sur le plan militaire d’ébranler par des actes symboliques forts la puissance des états.
La guerre visée par les terroristes est donc en premier lieux une guerre d’information chargée de marquer les esprits d’où l’importance cruciale des médias, jouant un rôle de caisse de résonance pour ces organisations, ce qui implique de ne pas baser la riposte uniquement sur le plan technico-opérationnel mais également sur le plan de la communication.
Du point de vue des dirigeants, Delbecque dénonce le règne du politiquement correct, chaque nouvelle mesure sécuritaire étant vue comme une nouvelle dérive potentielle dérive « fasciste » tandis que l’absence de prise en compte de problèmes communautaires, de difficultés d’intégration et de zones de non droit paupérisées livrés au règne de bandes criminelles en banlieue, empêche une prise en compte sérieuse du phénomène terroriste.
Car la montée en puissance de l’islamisme salafiste contient bel et bien une dimension sociale, combinaison mortelle de perte de sentiment d’appartenance nationale et de marchandisation des individus sous le règne d’un capitalisme souverain supplantant les états et accentuant davantage les inégalités, sources inévitables de conflit.
Largement critiqué pour ces défaillances en cas d‘attentat réussi, le renseignement français n’est pas utilisé de la même manière que les Etats-Unis ou la Chine en combinant approche privée et étatique, à des fins d’amélioration de son efficacité opérationnelle mais également de guerre économique permettant d’accroitre son influence mondiale.
Mais au lieu de cela Delbecque fustige l’absence de vision des dirigeants européens, leur soumission résignée au libéralisme mondial, leur refus inconscient du conflit issu de l’héritage historique, la frilosité des castes militaires obnubilées par la fonte de leurs moyens mais également paralysées par leur approche carriériste au point de ne pas oser de franches ruptures doctrinales avec les dirigeants auxquels ils sont assujettis, au point entre autre de refuser de considérer l’emploi de Sociétés Militaires Privées pour assurer des missions de surveillance et de logistique afin de préserver les forces vives pour les opérations les plus stratégiques.
Sans volonté de puissance militaire, culturelle ou économique, l’Europe laisse le soin à d’autres nations comme les Etats-Unis, la Russie ou la Chine, de prendre les commandes des relations internationales.
L’auteur puise donc ensuite dans son histoire personnelle mélange d’héritage familial militaire et de références littéraires, pour souligner l’importance de développer le sentiment national chez l’individu.
L’approche sociologique révèle également que par le mélange de la culture de l’excuse et de la haine de soi, l’individu développe une absence totale de son identité propre et du sens des responsabilités…
Un monde ou le respect des règles s’estompe et la sanction n’est généralement pas appliquée ou de manière très allégée, un monde ou exister équivaut à consommer et ou l’image qu’on véhicule notamment dans la sphère virtuelle devient prédominante, ne peut qu’aboutir à une perte de repères, des psychoses et des comportements destructeurs.
Ainsi il est par conséquent relativement aisée pour une idéologie totalitariste comme l’islamisme radical de s’enraciner sur ce terrain et de capter des individus fragilisés en leur proposant une forme de considération et d’appartenance sociale, une grille de lecture fausse mais simplifiée du monde ou l’Autre est à éliminer ou soumettre le tout orchestré par un sentiment de toute puissance exalté par la communication autour du modèle de l’aura virile des guerriers.
Face à cette menace intérieure et protéiforme assez inédite, Delbecque propose de créer de groupes hybrides les GIRRAT (Groupe d’Intervention et de Renssignement Régional Anti Terroriste) multi-compétences mêlant forces de sécurité classiques (police, gendarme, douane) mais aussi agents financiers, professeurs, psychiatres, théologiens, experts techniques ou réservistes afin d’améliorer le triptyque Détection-Prévention-Répression, sans oublier toutefois de préciser qu’il est humainement impossible de deviner à l’avance tous les crimes avant qu’ils ne soient commis.
C’est dans la dernière partie de son ouvrage que l’aspect solution est le plus développé avec un ensemble de propositions multi domaines visant à traiter globalement la menace : renforcement de la coopération entre structures étatiques, de la chaine de détection en formant le monde éducatif (professeurs, éducateurs, surveillant) à la reconnaissance de signes précurseurs, cellules de réflexion composites formées de spécialistes capables d’embrasser toutes les données d’un problème mais aussi mesures plus fermes concernant le contrôle de la radicalisation en prison et l'application réelle des peines prononcées.
Mais de manière plus profonde, c’est le sentiment de cohésion national qu’il faut reconquérir en redonnant aux Français l’amour de leur pays, en commençant par l’approche de l’enseignement de l’Histoire qui doit créer un sentiment de fierté au regard de son pays natal.
Cette question rejoint à mon sens celle de la souveraineté nationale, avec le rôle de l’Etat, qui devrait s’affirmer comme un acteur dominant sur son sol et influent à l’extérieur notamment sur les volets économiques et culturels, et non un pion soumis au libéralisme mondial et à aux fédéralisme européens.
En conclusion, « Le bluff sécuritaire, essai sur l’impuissance française » est un livre fort qui bousculera les idées préconçues que les médias et les politiques véhiculent parfois sur les questions aujourd’hui brulantes concernant le terrorisme.
Très instructif quand il aborde l’histoire du renseignement aux Etats-Unis, de l’origine du terrorisme ou des approches criminologistes, truffé de références (littéraires, cinématographiques, télévisuelles)  classiques ou plus pops, le dernier ouvrage de Delbecque impressionne par son acuité analytique mais également par son courage en abordant les sujets qui dérangent les classes dirigeantes car conférant au malaise national et à la déshérence d’une partie de sa population basculant par manque de perspectives dans les griffes du terrorisme.
Le constat est pourtant relativement évident lorsqu’on se donne la peine de le voir, l’Occident a d’une certaine manière crée le monstre qui l’attaque en favorisant l’émergence d’un libéralisme tout puissant, consolidant son emprise par une culture du profit immédiat, de l’absence de règles morales et au recours valorisé de la force ou de la duperie de nos élites.
Sans autre idéologie que la « liberté », « l’amour » ou « l’égalité » entre les cultures, le modèle vertueux de paix et de prospérité illimités voulue par l’Europe après la Seconde guerre mondiale se fissure sous la dure réalité du Monde…
Refuser de le considérer et continuer à vivre dans son petit écrin de confort en passant que les choses finiront bien par s’arranger toutes seules n’est donc que le signe d’un aveuglément egocentrique assez en phase avec notre époque.
Face aux mouvements totalitaristes caractérisés par une symbolique et des valeurs fortes, il convient donc de lutter en propageant notre modèle et nos valeurs selon le même mode, en oubliant la honte ou le dégout de soi, et en faisant preuve de fermeté/fierté par rapport à ce que nous sommes.
Une fois ce problème de fond résolu, l’ensemble des mesures législatives, techniques et opérationnelles forcément à jamais imparfait, pourra assoir son efficacité de manière plus durable.
Mais le chemin semble bien long avant cette prise de conscience, la plupart d’entre nous ayant déjà à l’esprit ce qu’ils feront de leurs vacances durant les deux prochains mois estivaux, n'est-il pas ?

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Published by Seth - dans Société
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