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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 20:03

Je n’avais jamais vécu à Paris avant 2009 et ai atterri dans le 13ieme arrondissement, quartier auquel je souhaite rentre hommage au moment de le quitter.
M’intéressant à son histoire, j’ai doc lu « Une histoire populaire du 13ieme arrondissement de Paris, mieux vivre ensemble » du sociologue Jean-Louis Favre.
Ce court ouvrage paru en 2013 établit une étude sociologique se focalisant plus particulièrement sur le quartier de Maison Blanche, l’un des quatre de l’arrondissement avec la Gare, Salpêtrière et Croulebarde.
Dans la première partie est exposée l’histoire des classes populaires du 13ieme à partir de 1550, avec comme principal axe naturel la rivière la Bièvre qui coulant du sud au nord, attire bon nombres d’artisans (tanneurs, teinturiers, blanchisseurs) dont les activités finissent par polluer l’endroit.
Au départ composé de champs, vignes et de marécages, le 13ieme est ensuite géographiquement séparé en 1844 de la banlieue par les fortifications de Thiers qui englobent toutefois Ivry et Petit Gentilly.
Cette barrière physique de 300 mètres de large sera ensuite plus communément désignée sous le nom de Zone puis aujourd’hui des boulevards des Maréchaux.
Au XIXième siècle, l’Europe s’industrialise et des raffineries de sucre (Say, de la Jamaïque), verreries (Saget), ateliers de chemin de fer et compagnies de gaz s’établissent dans l’arrondissement administrativement reconnu en tant que tel en 1860.
Une classe ouvrière, populaire et pauvre se développe alors dans les quartiers sud proches des centres industriels et le long de la Bièvre polluée faisant du quartier Mouffetard un cloaque insalubre.
On construit des ponts (Austerlitz, National, Bercy, Tolbiac), élargit des avenues et couvre la Bièvre pour des raisons de santé publique…
Le sud de l’arrondissement regroupe toujours des populations pauvres issues de l’immigration des provinces françaises.
Ces ouvriers peu qualifiés s’entassent dans des taudis, la Zone restant le lieu le plus dangereux ou la criminalité est la plus importante en raison des fameuses bandes appelées les Apaches.
Aux début du XX ième siècle s’établissent quelques uns des plus grands fleurons de l’industrie françaises : les automobiles Panhard Levassor Delahaye, les moteurs d’avions Gnome et Rhône qui deviendront la Snecma et Thomson.
Le 13ième continue donc son industrialisation le long d’une ligne allant de la Seine à la Poterne des Peupliers et sa population ouvrière à 80% continue de croitre.
En 1930 la Zone est remplacée par un programme immobilier d’Habitations Bon Marché qui permet d’améliorer les conditions de vies des ouvriers regroupés en cités ouvrières ou la solidarité se développe notamment par le biais d’associations catholiques, patronales comme la Mie de pain.
L’autre inflexion sociale majeure a lieu en 1960 avec la création de grands ensembles à Olympiades et Italie 2.
Symbole de pauvreté et de violence, la cité Jeanne d’Arc est démantelée.
Mais en 1970 beaucoup industries quittent le 13ieme, comme Say, la Snecma, Panhard, Thomson, Bayard et la Précision mécanique ce qui va progressivement faire chuter la population ouvrière du quartier au profit des employés de bureau, services (SNCF, Poste, Télécommunication, Hôpitaux) et commerces implantés notamment dans les grandes surfaces.
On citera pour terminer les principales évolutions architecturales du quartier : Médiathèque Melville (1989), Grand écran Italie 2 (1991), Bibliothèque François Mitterrand (1990) et Stade Charley (1994) avec un changement important de sa population devenant au fil du temps de moins en moins populaire.
La seconde partie contient l’approche la plus sociale du « mieux vivre ensemble » avec une analyse détaillée de la situation des cités dites « populaires » ou « sensibles » du 13ieme arrondissement comme Brillat-Savarin (Poterne des Peupliers), Amiral Mouchez, Kellerman, Keufer et Paul Bourget (Porte d’Italie).
Malgré les multiples réhabilitations et les actions d‘associations locales subventionnées, les difficultés sociales de ces cités demeurent avec une majorité jeunes noirs africains aujourd’hui massivement issus de l’immigration, mal intégrés dans la société française, un population blanche aujourd’hui minoritaire et vieillissante et des maghrébins qui en comparaison s’en sortent un peu mieux du coté féminin.
Déscolarisés précocement, sans ouverture sur le monde, sans bagage professionnel, les jeunes « tiennent les murs » et tombent souvent dans le trafic de drogue source d’argent facile, le sport et la musique  rap restant sans doute les seuls éléments rassembleurs à leurs yeux.
Certains pourtant ne suivent pas ce chemin, évitent le monde de la rue par peur d’aller en prison, synonyme du début d’un engrenage fatal de plongée hors de la société.
Beaucoup s’engagent dans l’associatif ou trouvent des petits boulots (gardiens de nuit, agent d'entretien, réparateurs).
Une différence sensible est observée avec les filles qui s’en sortent mieux, font des études plus longues et parviennent à sortir de leur précarité sociale.
La police est curieusement représentée comme une force d’oppression, réalisant des descentes visant à brutaliser les populations à coups de gaz lacrymogènes.
En conclusion, « Une histoire populaire du 13ieme arrondissement de Paris, mieux vivre ensemble » m’a surtout intéressé dans sa première partie consacrée à l’histoire puis à l’architecture de mon quartier, moins dans son approche sociale.
On découvre donc les racines populeuses et misérables du 13ieme arrondissement, les vagues d’immigration venant s’entasser dans les taudis de la Zone pour chercher un emploi dans les usines du sud de l’arrondissement, certaines appartenant aux plus grands fleurons le l’histoire de l’industrie française.
Puis la solidarité entre ouvriers, leur générosité, la conscience de classes et le travail des multiples associations (religieuses ou laïques) œuvrant pour une aides aux plus démunis.
Malgré cela, « Une histoire populaire du 13ieme arrondissement de Paris, mieux vivre ensemble » passe complètement à coté de pans entiers de l’histoire du 13ieme, délaissant la particularité sociale de Chinatown et plus généralement du quartier de la Gare ou je réside, pourtant encore largement populaire et métissé, pour se focaliser sur quelques ilots de Maison blanche, reflet des habituelles difficultés (chômage, violence, trafic, communautarisme) de toutes les cités de France, même si pour ma part une immense différence existe entre les cités « parisiennes » plus petites et mieux intégrées et celles de banlieue plus propices à créer des ghettos sociaux, ethniques voir religieux.
La représentation du travail de la police apparait également comme complètement irresponsable et décrédibilise par son approche gauchiste trop marquée, le travail réalisé préalablement.
Je pense donc au final pouvoir trouver beaucoup mieux comme ouvrage sur le 13ieme !

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