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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 10:30

Beaucoup plus sérieux à présent est « Nouvelle histoire du Brésil » de l’historienne Armelle Enders, maitre de conférence à la Sorbonne.

Sorti en 2008, cette « Nouvelle histoire du Brésil » réactualise un ouvrage de Frederic Mauro publié en 1973 sur les grandes lignes de l’histoire mouvementée et riche de ce grand pays-continent.

L’auteure aborde donc de manière chronologique les origines du Brésil, qui restent difficiles à établir précisément avant l’arrivée des navires portugais en 1500.

Les conjonctures abondent en effet sur les origines des peuples amérindiens qui durant la Préhistoire auraient migré par vagues d’Asie entre -12000 et -1500 av JC pour venir s’établir au Brésil.

Chasseurs, cueilleurs, pécheurs, les Indiens des origines sont ensuite regroupés malgré des diversités linguistiques marquées en Tupi-Guarani, peuple dominant issus des forets amazoniennes.

Leur isolement ne résista pas à la poussée des grandes puissances coloniales de la Renaissance, comme la Hollande, la France et surtout le Portugal.

En 1500, Pedro Alvares Cabral est le chef de l’expédition maritime portugaise qui découvre le Brésil.

Dès son retour, d’autres explorations permettent de prendre la mesure de cette terre immense riche en bois dont les populations non islamisées ne semblent pas hostiles au premier abord aux chrétiens.

Les marchands portugais s’installent  alors sur place, négocient d’abord le travail des Indiens contre des cadeaux ou une aide dans leurs conflits internes et commencent à exporter le bois vers l’Europe.

Mais face à la concurrence française, le roi Don João III décide de coloniser le pays en le divisant en capitaineries placées sous la responsabilité de donataires.

Les débuts sont difficiles avec la révolte des Indiens, qui prennent conscience qu’ils sont de plus en plus exploités et massacrent les premiers colons, mais la Couronne investie ensuite d’importants moyens militaires pour écraser la résistance locale.

Décimés par les guerres, les maladies, parqués et réduits à l’état de main d’œuvre, les Indiens sont également évangélisés.

L’exploitation de la canne à sucre permet de faire prospérer des états du Nordeste (Bahia, Pernambouc) mais aussi Rio de Janeiro dans une sorte d’équilibre géographique entre nord et sud du pays.

Les exploitants des champs ou des usines de production appelées engenhos deviennent des personnages influents régnant sur leurs ouvriers qu’ils soient libres ou esclaves mais l’explosion du commerce du sucre conduit rapidement les Portugais a se lancer dans la traite négrière.

Dès 1530, des milliers d’Africains sont alors arrachés de leurs terres avec parfois la complicité de leurs ennemis locaux qui les vendent aux Portugais et acheminés dans des conditions effroyables jusqu’au Brésil.

Acculturés comme les Indiens avant eux, les Africains venant du Golfe de Guinée reçoivent alors des noms portugais et doivent travailler durement dans les champs.

La traite négrière accentue les liens entre le Brésil et l’Afrique, créant ensuite de complexes systèmes hiérarchiques basés sur la couleur de peau ou les mulâtres créolisés se sentent supérieurs aux Noirs fraichement débarqués.

Quelques fois, les esclaves arrivent à s’organiser pour fuir et résister dans des quilombos comme celui du légendaire Zumbi à Bahia, mais sont la plupart du temps écrasés.

Si Rio de Janeiro prospère en commerçant à la fois avec le Pérou via l’interface du Paraguay et en recevant directement les esclaves d’Angola, plus au sud, São Paulo ne tarde pas à faire une rude concurrence dans la rafle des esclaves par des expéditions d’audacieux bandeirantes.

Au début de 1700, la découverte de l’or dans le Mina Gerais provoque d’importantes migrations vers cette région du Brésil qui elle aussi se développe mais accroit les trafics en tout genre dans un climat de far west avant l’heure que les autorités portugaises peinent à juguler.

L’or du Brésil contribue à enrichir le Portugal qui étend son influence plus vers le sud à Santa Catarina après les guerres de territoires ibéro-portugaises entre 1753 et 1763 durant lesquels populations jésuites et indiennes récalcitrantes sont massacrées ou chassées pour céder la place.

En 1807 la poussée napoléonienne oblige la cour du Portugal allié de l’Angleterre à trouver refuge au Brésil.

Devenue le centre de décision de l’empire portugais, Rio de Janeiro est transformée par cette présence mais c’est tout le Brésil entier qui bénéficie l’arrivée de la cour royale.

Dom João VI fait du Brésil un royaume, ouvre le commerce des ports brésiliens vers le monde entier, permet le développement de tous les secteurs économiques, militaires et culturels.

Cette montée en puissance du Brésil ne peut conduire en 1822 qu’à son indépendance décidé par Don Pedro Ier vis-à-vis du Portugal dirigé par les Cortes après un coup d’état en 1820.

Après avoir maté la révolte des états du nord, fidèles au Portugal, Dom Pedro Ier est contraint à abdiquer en 1825.

Lorsque son fils Dom Pedro II accède au pouvoir en 1840, son règne contraste avec celui plus tourmenté de son père, notamment avec le développement important de l’industrie du café, qui revers de la médaille accentue davantage la traite négrière.

Il faudra attendre 1850 pour qu’une première loi abolitionniste soit votée mais très mollement mise en application ce qui permettra à ce commerce de la honte de prospérer illégalement jusqu’en son interdiction perpétuelle par la princesse Isabel en 1888.

En 1865, le Brésil entame avec son allié contre nature l’Argentine, une sanglante guerre de territoire contre le Paraguay et renverse le dictateur Francisco Solano Lopez qui est tué en 1870.

Don Pedro II est le dernier roi du Brésil qui bascule ensuite vers une République fédérale laïque en 1889 avec une vision positiviste héritée d’Auguste Comte marquée par une foi immodérée dans le progrès scientifique et l’ordre social souvent entravée dans les faits par l’influence locale des colonels ou docteurs en droit.

Dans cette phase, São Paulo devient la première ville économique du pays, en concentrant une grande partie des ressources agricoles et industrielles.

En 1930, Getulio Vargas prend le pouvoir et provoque par sa politique autoritaire et volontariste une croissance importante avec en toile de fond une lutte sans merci contre les mouvements d’extreme gauche Armée de Libération Nationale ou Parti Communiste Brésilien qui tentent de propager le communisme au Brésil.

Pétrole, sidérurgie et électricité deviennent des secteurs forts….

Mais après une carrière tumultueuse et une participation « forcée » à la Seconde guerre mondiale aux cotés des Etats-Unis, Vargas préfère se suicider en 1954 plutôt que d’etre victime d’un coup d’état des miltaires.

Une fois au pouvoir, les militaires ne lacheront plus rien et instaureront une dictacture de vingt ans.

Les services secrets (SNI, Cenimar, CIE, CISA, DOPS) sèment la terreur, surveillant, traquant et éliminant les opposants qui ne choisissent pas l’exil.

Une guerre civile éclate avec les mouvement d’extrême gauche fédérés par l’ALN ou le PCB annéanti en 1972 dans la région du Para ou il avait élu une base de guerilleros.

Parallèlement à cela, la croissance continue de progresser au Brésil soutenu par les Etats-Unis ravis de se régime fort faisant la chasse aux gauchistes.

Sur fond de nationalisme triomphant, le Brésil devient l’un des premiers producteurs au monde d’éthanol, développe ses industries automobile et aeronautique et réalise le plus grand barrage du monde à Itaipu.

Lorsque cette croissance miraculeuse s’effrite en 1978, des mouvements de contestation apparaissent avec des grèves parmi lesquelles Luis Inacioa Da Silva Lula, leader des ouvriers métallurgistes puis du Parti des Travailleurs se fait connaitre.

Des élections libres sont organisées en 1985 qui voient Tancrado Neves devenir président de la République.

Sa mort prématurée immédiatement après son élection n’inversent en rien le processus de démocratisation du Brésil mais la situation économique laissée par les militaires avec un endettement colossal et une inflation mensuelle de 14% rend la transition difficile.

Le très opportuniste gouverneur d‘Alagoas, Fernando Collor de Mello profite de cette situation pour apparatire comme le nouvel homme fort du pays seul capable de redresser la situation.

Médiatique et flambeur, Collor bat Lula en 1989 et privatise à tour de bras, licenciant massivement des fonctionnaires…

Sa destitution pour corruption et détournement d’argent en 1992 n’en est que plus retentissante.

En 1994, Fernando Henrique Cardoso, créateur du Real qui a contribué à maitriser l’inflation et à relancer la consommation est élu président face à Lula, une nouvelle fois battu.

Mais en 2002, Lula profite des problèmes économiques que connait le Brésil (effondrement du Real, mouvements contestataires des travailleurs sans terre, coupures générales d’électricité)  pour se faire élire en modifiant sa stratégie afin d’adoucir son image de gaucho pur et dur pour se rendre plus rassurant vis-à-vis des classes moyennes.

Jouant habilement sur des alliances parfois contre nature, Lula négocie une aide au FMI et parvient à résorber la dette du Brésil grace à des mesures d’austérité qui permettent de stabiliser le Real.

Devenu autonome énergétiquement grace au pétrole offshore, à la production d’ethanol et à l’hydro-électrictié, le Brésil connait de nouveau une forte croissance en tirant profit de l’exportation de l’exportation de ses matières premières.

Outre son role central dans le Mercosur, il adhère aux BRICS aux cotés de la Russie, de l’Inde et de l’Afrique du sud,

Généreux socialement, Lula distribue des aides appelées « bourses familles » aux Brésiliens les plus pauvres qui leur permettent de sortir de la misère.

Malgré les scandales de corruption qui entachent sa réputation, Lula reste à l’époque populaire et une vitrine séduisante du Brésil à l’étranger.

Mais ces succès ne peuvent faire oublier les difficultés chroniques du Brésil : insécurité née de la pauvreté des favelas mises en coupe par des mafias, violence et corruption de la police, poussée des courants évangéliques qui séduisent les couches les plus pauvres de la société au détriment du catholiscisme…

En conclusion, « Nouvelle histoire du Brésil » est un ouvrage relativement court, mais très dense et complet qui permet de comprendre les grandes phases historique du Brésil depuis les origines jusqu’au début des années 2000.

L’ouvrage trouve certes ses limites dans l’actualité récente du pays, la destitution de Dilma Roussev, les énormes scandales de Lava jeito qui ont atteint ensuite Lula lui-meme et l’importante crise politico-économique qui en a résulté.

Malgré ces limitations, « Nouvelle histoire du Brésil » demeure pour moi un ouvrage de référence d’une grande utilité lorsqu’on veut s’intéresser à la dimension historique d’un pays passé de statut de vaste colonie du bout du monde marquée par la conquête et l’esclavage, à une puissance démocratique mondiale multiraciale complexe dont l’ascension ne peut malgré certaines difficultés majeures être remise en cause.

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Published by Seth - dans Histoire
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