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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 20:20
Soumission (Michel Houellebecq)

En janvier 2015 en pleine vague d’attentats Charlie hebdo/Hyper casher qui sort la France de sa torpeur, sort « Soumission », Michel Houellebecq qui annule dans la foulée sa tournée promotionnelle.

Plus d’un an après dans contexte toujours aussi crispé autour de l’intégration de l’Islam et des attentats en France, j’ai eu l’envie de lire cet ouvrage qui fit tant parler…et vendre.

Nous sommes en France en 2022 et François un professeur de lettres à la Sorbonne vieillissant dont l’unique moment de joie semble avoir été la publication d’une thèse universitaire appréciée sur l’écrivain Joris-Karl Huysmans se laisse glisser dans une vie de célibataire seulement égayée par quelques conquêtes étudiantes renouvelées chaque année, dont Myriam dernière jeune maitresse en date.

Malgré son détachement et un profond nihilisme, il s’intéresse à l’élection présidentielle qui se prépare sous un climat de haute tension entre militants identitaires de l’extrême droite et musulmans dont l’influence va grandissante.

Assez curieusement alors que des affrontements entre bandes armées ont lieu en plein cœur de Paris, les médias traditionnels n’en parlent pas préférant se centrer sur le débat politique âpre entre les candidats.

Mohamed Ben Abbes leader d’un parti musulman modéré appelé la Fraternité musulmane, ressort vainqueur du clivage droite-gauche classique entre une UMP de François Coppé dépassée et un PS de Manuel Valls rongé de l’intérieur pour affronter Marine Lepen ultime représentante de valeur chrétiennes et nationalistes.

Malgré sa position dite neutre en plein cœur de 13 ieme arrondissement, quartier asiatique imperméable aux influences islamiques, François prend la fuite en 4x4 vers le sud ouest ou il contemple à Rocamadour les merveilles passés de la civilisation chrétienne, médite fugacement sur Charles Martel avant de se laisser convaincre par le mari d’une collègue travaillant à la DGSI que le déclin de l’Occident au profit de l’Islam est inéluctable.

Le résultat montre en effet, l’habile Ben Abbes sortir vainqueur au second tour en s’alliant avec le PS et des parties centristes en perte de vitesse comme le Modem de François Bayrou.

Dès lors la France devient par la voie des urnes un pays musulman.

Les réformes de l’éducation deviennent une priorité, les études supérieures sont interdites aux femmes et la Sorbonne devient une université islamique dirigée par Robert Rédiger, fraichement converti à l’Islam après un passage à l’extrême droite.

François convaincu par le discours de l’ex de la DGSI que l‘arrivée d‘un Islam modéré est la meilleur chose qui puisse arriver à la France décadente, revient finalement piteusement à Chinatown, pour découvrir qu’il est mis précocement à la retraite en touchant une solde suffisante pour vivre confortablement sans travailler.

Il refuse de suivre Myriam, qui juive va suivre ses parents en Israël et met ainsi de fait fin à leur relation emplie de tendresse.

Après quelques errances sexuelles avec des escortes rencontrées sur Internet, de sombres considérations sur le sujet de sa thèse et la vacuité de son existence, François se laisse doucement glisser dans son nihilisme.

Ben Abbes qui a nommé l’opportuniste et stupide Bayrou comme premier ministre, se montre un habile réformateur ayant en apparence miraculeusement résolu tous les problèmes de la France : disparition du chômage par la sortie des femmes de la vie active, sécurité dans les banlieues et surtout grand projet impérial en faisant entrée des pays arabes au sein de l’Europe afin d’en élargir la puissance.

Les capitaux venant des pétromonarchies du Moyen-Orient finissent de parachever le tableau pour financer les réformes et obtenir progressivement une conversion à l’Islam de la population.

Alors qu’il se dirige vers un potentiel suicide, François est contacté par Rédiger qui lui propose d’éditer Huysmans dans la collection de la pléiade.

Flatté dans son orgueil, le vieux professeur se laisse approcher puis peu à peu séduire par la fièvre de Rédiger, extatique devant les vertus de l’Islam.

Il va basculer non pas en raison d’une révélation spirituelle, ou d’un poste confortable à l’Université que lui fait miroiter Rédiger mais après avoir compris qu’en vertu de l’application des lois sur la polygamie il pourrait avoir trois épouses soumises et jeunes à sa disposition.

Dès lors sa conversion, tout comme celle de son modèle Huysmans au catholicisme en son temps est inéluctable et lui apporte paix et bonheur.

En conclusion, jouant sur un sujet de société ultra polémique, Houellebecq signe avec « Soumission » un roman étrange dont on ne sait si il est parcouru de sincères convictions, basé sur un second degré provocateur assez malsain ou tout simplement sur un fantasme de décadence tout aussi malsain mais assez récurrent dans tous ses livres.

La thèse principale repose en effet sur une énormité : un basculement rapide mais bien accepté car en douceur de la France, pays laïc et républicain dans un régime islamique dit modéré.

L’anesthésie des classes politiques, des médias, la faiblesse de toute opposition, notamment d’une révolte populaire ou des castes militaires détentrices de la force armée sont tout bonnement ahurissantes et en réalité peu crédibles.

Face au principe de réalité sanglante, on le voit bien avec la violence des attentats de Daesch à coté duquel l’auteur passe complètement a coté, l’auteur préfère se réfugier dans ce qu’il préfère l’exposé de théories intellectuelles fumeuses et orientées visant à justifier sa vision personnelle et tronquée du monde occidental centré sur la décadence provenant de la perte de repères spirituels et la destruction du modèle patriarcal familial.

Les fans de Houellebecq y trouveront le ton habituel de « looser » de l’auteur, son dégout pour lui-même, sa peur des femmes et sa fascination pour le sexe, seule raison valable de l’existence selon lui.

Difficile donc d’adhérer à un livre aussi défaitiste et minable sur le fond, minable comme un homme qui se soumet aux évènements sans combattre ou même essayer et qui sur la forme s’étend péniblement sur l’écrivain Huysmans, grand maitre du naturaliste beaucoup moins connu que Zola et Maupassant, qui comme l’auteur finit par se convertir à la religion dominante de son époque.

Un très mauvais Houellebecq donc racoleur en diable parfait pour filer le cafard en cette période de rentrée !

Soumission (Michel Houellebecq)

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