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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 20:19
Les racines du mal (Maurice G Dantec)

J’ai voulu rendre hommage à Maurice G Dantec, écrivain fou de techno-polar disparu au mois de juin dernier dans une quasi indifférence générale.

Quoi de mieux donc que de relire « Les racines du mal » volumineux roman de 750 pages qui confirma son talent alors naissant en 1995 ?

Dans sa première partie, « Les racines du mal » raconte au début des années 90 la cavale folle d’un tueur en série, Andreas Schaltzmann, qui persuadé d’être victime d’un complot mondial mêlant aliens et nazis, se met à tuer des animaux pour se nourrir de leur sang, avant d’abattre au gré de ses errances psychotiques, des humains dans la banlieue parisienne.

Pyromane, obsédé par une vision purificatrice du feu, Schaltzmann est un véritable danger public qui est finalement pris vivant sur une plage de Normandie après une tentative de suicide ratée.

En prison, son chemin croise celui d’une équipe de scientifiques aux méthodes révolutionnaires, menée par le docteur Stefan Gombrowicz, son assistance russe Svetlana Terekhovna et Arthur Darquandier, tous spécialisés en modélisation des systèmes cognitifs humains.

Mais même si l’équipe peut interroger et enregistrer les confessions mystico-criminelles de Schaltzmann plusieurs fois pour ainsi nourrir un ordinateur intégrant une neuromatrice qui détecte des incohérences comportementales dans la série de meurtres attribués au tueur, leurs méthodes peu orthodoxes leur attirent les foudres des médecins traditionnels qui les écartent de l’affaire.

Déçu, Darquandier qui reste au fond de lui persuadé que Schaltzmann a endossé des crimes qu’il ne pouvait matériellement pas avoir pu commettre, s’exile au Canada puis en Australie pour travailler sur des programmes de recherches spatiaux avancés.

En France, Schaltzmann est déclaré irresponsable de ces actes et interné.

L’affaire se tasse jusqu’au retour de Darquandier en France en 1999 pour une mission de recrutement de nouveaux scientifiques devant intégrer le programme Biosphère australien.

Toujours attiré par le charme slave de Svetlana, Darquandier s’arrange pour la retrouver en vue de la convaincre d’intégrer son programme de recherches.

La jeune femme lui apprend que Schaltzmann est à présent mort après avoir réussi à s’échapper pour finalement se suicider par crémation emportant avec lui ses secrets.

Svetlana avoue aussi à Darquandier être en relation avec un journaliste de la région Rhône Alpes qui en contact avec deux policiers de la région grenobloise, l’a alerté sur un étrange série de meurtres dans les régions montagneuses non seulement de France mais aussi d’Europe avec des corps retrouvés dans des lacs.

Prudents, le journaliste et les policiers utilisent des pseudo littéraires : Chellay, Byron et Shelley.

Darquandier décide alors d'abandonner sa mission de recrutement pour se replonger dans l’affaire et nourrir de nouvelles données sa neuromatrice à présent améliorée par des années de recherche avancée,

La neuromatrice appelée Docteur Schizzo dont la personnalité de base est calée sur celle de Darquandier, est capable de déjouer les pare-feux informatiques les plus sophistiqués pour s’infiltrer dans les systèmes et voler des données, pour ensuite les analyser et en déduire des conclusions.

Elle met rapidement en évidence l’existence d’un réseau européen de tueurs travaillant en équipe, se stimulant à travers des rituels et des défis.

Logiquement Darquandier se rapproche de la source policière à Grenoble et en consultant les archives de la mairie, et en faisant recouper les dates des crimes avec les profils des habitants, localise une famille potentielle de tueurs vivant dans une casse rachetée par Auguste Jimmy Bartel un ancien pilote automobile marié à sa cousine Irène Grenada.

Le Docteur Schizzo dont la personnalité a partiellement fusionné avec l’invasif Schaltzmann et qui est à présent victime d’inquiétants délires mystiques mais aussi de géniales intuitions, fournit une aide précieuse à Darquandier pour l’aider à s’introduire
dans les systèmes des tueurs qui utilisent un réseau de cybersex spécifique pour communiquer.

Le duo réalise alors un casse virtuel et dérobe la majeur partie des fichiers du groupe : ce qui révèle leur nom Ceux des ténèbres, certains de leurs crimes barbares, leurs rituels iniatiques avec déguisements, offrandes sacrificielles à leur mythologie tordue et surtout leur grand objectif de tuerie de masse pour célébrer le nouveau millénaire.

Ecœuré et effrayé, Darquandier décide d’intervenir physiquement et demande l’aide de Schizzo/Schaltzmann pour s’introduire dans la casse grenobloise en leurrant les défenses des tueurs.

Sur place, il y découvre un musée des horreurs avec salles de tortures, système d’enregistrements des supplices des victimes et fours à haute température pour faire disparaitre les restes.

Après ce raid, la quête de la famille emmène toute l’équipe vers la Cote d’Azur puis en Italie ou près du Lac majeur ils possèdent une autre base secrète.

La traque est cependant retardé par l’effondrement temporaire du Docteur Schizzo incapable de juguler la personnalité dévorante de Schaltzmann qui le met en surrégime.

Pressé par le temps et l’imminence du réveillon, Darquandier et Svetlana se font passer pour un autre groupe de tueurs désireux d’intégrer Ceux des Ténèbres et sèment également le doute sur la fiabilité de leur expert informatique un certain Minox.

La ruse prend puisque Ceux des Ténèbres finissent par s’entretuer en pleine nuit près du Lac majeur et que leur base piégée par Darquandier explose de manière spectaculaire sans faire toutefois de victimes directes.

Malheureusement les deux victimes qu’ils comptaient sacrifier ne peuvent en réchapper mais le rituel n’est pas pour autant accompli.

Resté seul avec Jérôme Granada le frère d‘Irène, Darquandier ne peut s’empêcher de l’immoler avec un cocktail Molotov.

Conséquence de l’affrontement, la neuromatrice provoque au passage à l’an 2000 un effet Electro Magnétique Pulse qui paralyse temporairement tous les systèmes de communication du globe.

Resté seul après la rupture prévisible avec Svetlana, Darquandier retourne à ses premiers amours de chercheur assistant à l’implantation de ses chères neuromatrices dans des lanceurs spatiaux.

En conclusion, tout ou presque suffit à définir Dantec dans « Les racines du mal », une première partie polar ultra haletante et ciselée comme une lame puis le basculement progressif vers un univers technologique ou l’écrivain peut à loisir développer voir dériver autour de ses théories pseudo scientifiques ou spirituelles (la Kabbale, le Gnosticisme).

Trop long, excessif dans tout (théories scientifiques avant-gardistes ou pure description des horreurs des psycho-tueurs), « Les racines du mal » n’en demeure pas moins une œuvre impressionnante dans sa construction et dans sa créativité débridée, marque de fabrique de Dantec qui restera comme un écrivain brillant, marginal et passablement cintré.

Les racines du mal (Maurice G Dantec)

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