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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 22:02
Super-héros, une histoire française (Xavier Fournier)

Sorti en 2014, « Super-héros, une histoire française » est un colossal ouvrage du spécialiste Xavier Fournier.

Le point de vue adopté ici est de montrer les particularités françaises d’un genre généralement dévolu aux Américains, considérés à juste titre comme les maitres du genre.

Se déroulant de manière chronologique, « Super-héros, une histoire française » traite tout d’abord des personnages atypiques du XIX ième siècle comme François Picaud ou Eugène François Vidocq, qui s’inventèrent plusieurs identités pour assouvir un besoin compulsif de revanche sociale voir de vengeance sur leurs ennemis.

Mais si Eugène Sue et ses « Mystère de Paris » sont également cités, le précurseur en la matière demeure le Comte de Monte-Cristo, créature maudite des romans d’Honoré de Balzac qui fascine depuis des années les lecteurs français avec son masque de fer et ses trépidantes aventures.

Moins connu est Rocambole personnage lui aussi ambigu adeptes des déguisements tel un Arsène Lupin plus sombre crée par Pierre Alexis Ponson du Terrail, qui laissera malgré tout un adjectif dans la langue française.

Victor Hugo avec « L’homme qui rit », son Jean Valjean des « Misérables ou meme Jules Verne avec le Capitaine Némo de « Vingt mille lieues sous les mers » et « Robur le conquérant » rentrent aussi au chausse pied dans la catégorie des créateurs de surhommes…

Pour accréditer sa thèse, Fournier exhume plusieurs faits divers de personnages masqués du XIX ième siècle : amazones du Bois de Boulogne, baigneuses ou catcheur qui fascinèrent les opinions publiques et les journalistes.

L’inquiétant Fantomas crée par Pierre Souvestre et Marcel Alain en 1911 est en réalité à mille lieues de l’incarnation comique des films d’André Hunebelle dans les années 60 mais un authentique génie du mal opposé à un commissaire (Juve) aux capacités dignes de Sherlock Holmes.

Fort de son immense succès, Fantomas sera souvent imité notamment par son jumeau justicier Judex d’Arthur Bénède.

L’intérêt pour le surnaturel de Jean de la Hire aboutit à la création de galeries de super héros avant l’heure dont le plus connu est le Nyctalope, sorte de précurseur français de Batman tout comme l’Homme truqué de Jean Lebris peut être considéré comme un ancêtre de 1918 de Daredevil.

En 1940, Seconde guerre mondiale oblige, la production se fait moins subtile et avec de mauvaises copies des super héros américains comme François Imbattable, minable doublure de Superman ou un virage collaborationniste du Nyctalope en raison des sympathies pétainistes de son auteur.

Le grand héros de l’après guerre est Fantax musculeux et ambigu athlète aux faux airs de Batman crée par Marcel Navarro et Pierre Mouchot créateurs de la maison d‘édition S.A.G.E, qui comptera un nombre important de fans avant de sombrer dans l’oubli à la fin des années 50.

L’influence des western se fait sentir sur Big Bill le Casseur, celui des surhommes sur Salvator, Satanax avant un virage plus politiquement correct pour plaire à la censure en présentant des héros non masqués aux actions dénuées d’ambigüités : Mister X, le Chat (Michel Denys) ou Fulguros (Brantonne/Claude Ascain).

Dans les années 60, la science fiction tire son épingle du jeu avec Atome kid, Super boy (Robert Bagage), Tenax et Lord justice (Roger Lecureux).

Si le coté frondeur des Français s’exprimera dans les années 70 avec Superdupont parodie franchouillarde de Superman/Captain america de Jacques Lob et Marcel Gotlib, les maisons d’éditions Arédit-Artima et Lug contribuèrent dans les années 80 à diffuser en parallèle des comics américains aujourd’hui mondialement connus, d’autres super héros « made in France » comme le super trio microscopique de Mirkos (Jean-Yves Mitton), le maitre de la lumière Photonik (Arnt Cyrus Tota) ou le moins connu indien Ozark au travers de revues comme Futura, Fantask, Mustang ou Titans.

Plus proches de nous dans les années 2000-2010, certains auteurs tentèrent de belles réappropriations comme la série des héros de 1914-1918 des Sentinelles (Serge Lehman/Fabrice Colin/Gess), l’amazone Hoplitea (Roncevaux/Marti), le cosmonaute Patrouilleur (Pierre Minne) ou le plus étonnant car patriotique Garde républicain (Thierry Mornet), bien loin du semi-parodique Hero corp de Simon Astier et Alban Lenoir.

En conclusion, hyper complet et passionnant, « Super-héros, une histoire française » est une véritable anthologie qui m’a appris beaucoup de choses, notamment que les États-Unis n’avaient pas le monopole de la créativité dans le monde des comic books.

Ayant surtout une valeur historique autour de personnages aujourd’hui oubliés mais parfois encore présents dans notre inconscient collectif (voir Fantomas), « Super-héros, une histoire française » a également pour principale vertu de mettre en valeur des auteurs et maisons d’éditions courageuses qui jouant avec les codes de la censure les publièrent en leur temps.

Rien que pour rendre hommage à la S.A.G.E, Arédit-Artima ou Lug… je ne peux que recommander la lecture de cet ouvrage magnifique qui ne pourra que plaire aux passionnés de bandes dessinées !

Super-héros, une histoire française (Xavier Fournier)

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Published by Seth - dans Comics
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