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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 13:20
Samba triste (Jean-Paul Delfino)

Le Brésil toujours avec « Samba triste » de Jean-Paul Delfino, écrivain marseillais mais brésilien de cœur.

Sorti en 2008, « Samba triste » évoque une période dite noire pour le Brésil, les années de dictature ou les généraux étaient au pouvoir entre les années 60 et 80.

Journaliste de Globo et opposante politique exilée à Marseille avec son jeune fils Jorge, Lucina Zumbi décide en 1972 de revenir dans sa ville à Rio de Janeiro après avoir reçu l’autorisation des autorités.

Mais dès son arrivée à l’aéroport elle est interceptée par le SNI, le Syndicat National d’Information la police secrète du gouvernement qui lui fait subir un interrogatoire afin de lui intimer de se tenir à carreau.

Tétanisée par le souvenir des séances de torture, Lucina se promet pour Jorge de rester à distance de la politique en se cantonnant à des critiques musicales pour Globo et reprend peu à peu ses habitudes à Rio auprès de son père Bartolomeu et de sa mère Eilis, personnages emplis de spiritualité de la religion du candomblé, le vaudou brésilien.

La ville qu’elle retrouve la surprend par l’explosion de la pauvreté et de la violence.

Les favelas ont poussé comme des champignons sur les morros de la ville, gangrenant la ville en charriant ses hordes de gosses des rues, les pivetes qui mendient, volent ou se prostituent pour simplement survivre ou se droguer.

Lucina fait néanmoins quelques belles rencontre, le père Thomas Fragoso qui aide les pivetes et Ze Biscate, un de ces gosses qu’elle prend en amitié.

Dans les hautes sphères du pouvoir, Haroldo de Mello tire les ficelles demandant à Paulinho Domar da Cunha, le chef du SNI et ex amant de Lucina, d’utiliser tous les moyens pour faire évacuer la favela de Catacumba et pouvoir ainsi bâtir des résidences haut de gammes pour touristes avec vue sur le Corcovado.

Mais Catacumba ne se laisse pas faire, les habitants se coalisant en associations afin de résister à l’expropriation forcée.

C’est alors que Domar entre en action, agressant ceux qui ne veulent pas se faire acheter ou céder à l’intimidation.

Bien entendu, les favelados ne pèsent pas lourd face à l’armée et les bulldozers finissent par démolir un des multiples verrues défigurant le Rio maravilhoso des cartes postales.

Muté dans le Nord du pays ou il s‘emploie à aider les classes les plus pauvres, Thomas entretient une correspondance enflammée avec Lucina, lui déclarant son amour, qui s’avère du reste réciproque.

Proche des décideurs qui ouvrent volontairement le Brésil aux capitaux étrangers pour s’enrichir, Paulinho mène en réalité un double jeu, continuant devant son père et Bartolomeu à se prétendre comme le protecteur de Lucina mais menant en secret une étroite surveillance de son ex petite amie qui se rapproche de plus en plus des mouvements d’oppositions clandestins de gauche.

Lorsque Thomas revient à Rio et mettant de coté son engagement de prêtre, pour devenir l’amant de Lucina, la jalousie de Paulinho explose et le tout puissant directeur du SNI décide en profitant du passe droit que lui offre de Mello, de faire liquider le prêtre.

Les Escadrons de la mort, groupes d’élite de la police, recruté pour leur violence et leur absence de remords, sont alors envoyés pour rafler et tuer les pivetes, déclarés « bêtes noires » par de Mello.

Lors de l’assassinat de Thomas, Dido, un pivete proche de Biscate devenu un trafiquant respecté de tous dans les favelas de Rio, voit Paulinho sur place et devient un témoin clé dans son implication.

Après quelques péripéties, Ze parvient à prévenir Lucina qui découvre horrifié les mensonges de Paulinho.

La mort Thomas et l’implication de Paulinho, sont un électrochoc pour Lucina qui décide, avec l’aide de Ze de Rio, de pénétrer dans Rocinha la plus grande favela de Rio pour observer le quotidien de misère et désespoir des habitants puis celui des pivetes opérant à Copacabana, Ipanema ou Leblon.

En 1985, sous la poussée des mouvements populaires et libertaires du Brésil, les militaires sont contraints de laisser la place à un système plus démocratiques.

Cette ouverture relâche la censure sur les médias et permet à Lucina, soutenue par la direction de Globo de publier des articles décrivant la réalité du quotidien des laissés pour compte du Brésil.

En couple à présent avec Roberto Guimarães, journaliste réputé de Globo au sein duquel travaille également Jorge également passionné à 20 ans par le journalisme, Lucina assiste au tournant décisif avec l’élection de Tancredo Neves opposant à la dictature par le congrès.

Inquiété par ce revirement les Etats-Unis de Ronald Reagan sont soupçonnés d’avoir assassiné Neves qui incarnait l’espoir de tout un peuple au profit de José Sarney, réputé plus favorable à leur régime.

La mort de Neves est une commotion nationale pour tout le Brésil mais vient télescoper celle de Eilis, parti rejoindre ses ancêtres.

Peu après, Bartolomeu part rejoindre sa chère au cours d’une belle nuit étoilée bénie par le Corcovado.

En conclusion, « Samba triste » est un roman particulièrement abouti et documenté, se penchant sur une période assez oubliée de l’histoire, celle de la dictature militaire qui enserra dans une poigne de fer la population pendant une vingtaine d’années.

On retrouve certes les clichés négatifs souvent associé au Brésil et à Rio de Janeiro en particulier, c’est-à-dire la violence, la misère et le désespoir des favelas poussant des enfants sur le chemin de la drogue, de la prostitution ou des gangs.

La corruption et la violence agite aussi les hautes sphères de la politique et de la police dont les célèbres Escadrons de la mort, tristement célèbres mis au service d’assassinat politiques ou de simples opérations de « nettoyages ».

Delfino brosse donc un portrait particulièrement sombre et déprimant de Rio de Janeiro par les yeux d’une journaliste revenant au pays pour témoigner.

Un livre intéressant donc même si souvent caricatural dans ses personnages et dans ses descriptions de Rio qui ne se limite pas au clivage Copacabana/Favelas.

Samba triste (Jean-Paul Delfino)

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