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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 21:40
Les fruits de l'hiver (Bernard Clavel)

En 1968, sort « Les fruits de l’hiver » dernier tome de la série « La grande patience » de Bernard Clavel.

L’histoire prend toujours place à Lons-le-Saulnier (Jura) en plein milieu de la Seconde guerre mondiale (1943) ou se débattent les Dubois père et mère.

Leur fils Julien étant recherché pour désertion, le couple vit dans la peur de sa rafle par la Milice française à la solde de la Gestapo.

Ce déchirement est accentué par le ralliement de Paul, le fils de Gaston Dubois à la Milice, qu’il a rejoint autant par gout du profit facile que de sa haine des communistes.

Vieillissant et malade, Gaston accepte mal les privations dues à la guerre, notamment le manque de tabac et de bois, matériau essentiel pour se chauffer à cette époque.

Devant les restrictions des livraisons du forestier Picaud, les Dubois se résolvent à aller couper eux-mêmes du bois en foret.

Le travail est véritablement harassant dans les denses forets du Jura, mais le couple s’en acquitte avec courage, trouvant refuge dans une rustique cabine de bucheron la nuit tombée.

A leur retour, les Dubois ont la surprise de trouver un Julien au physique méconnaissable, barbu, chevelu et amaigri comme un artiste peintre vivant dans la clandestinité.

Avec une certaine désinvolture, Julien explique à ses parents avoir vécu à Marseille pour se cacher de la Milice.

Le jeune homme semble vouloir séjourner un peu avec ses parents, passant le plus clair de son temps à écrire seul dans sa chambre.

Mais sa présence chez les Dubois leur fait courir à tous un grand danger, car le sournois Paul remarque la fumée s’échappant de la chambre et vient faire une visite des plus menaçantes au sein du foyer familial.

Ce sera Vaintrenier le conseiller municipal, qui aidera Julien à fuir vers le maquis jurassien avant que Paul ne donne l’alerte à la redoutable Milice.

Restés seuls, les Dubois apprennent le mariage imminent de Julien avec Françoise, une jeune fille de Saint Claude rencontrée à Lyon.

Mais après de violents combats, les Allemands quittent finalement la ville, refluant derrière la poussée des FFI et des Américains.

Le rapport de force s’inverse, Paul un moment inquiété est arrêté mais finalement relâché et laissé libre malgré son statut de collaborateur.

Marié en catimini à Lyon, Julien annonce la naissance à venir d’une petite fille.

Pourtant, la mère Dubois n’aura jamais le plaisir de connaitre sa petite fille puisqu’elle décède brutalement en faisant la jardin avec son mari.

La mort de la mère Dubois est un immense choc pour Gaston.

Resté seul, il subit la pression de Paul et sa femme Micheline qui cherche à récupérer sa maison en l’amenant à vivre chez eux.

Un véritable bras de fer va alors s’établir entre le couple et Gaston dépendant de la nourriture et du bois qu’il lui apportent pour survivre.

Mais la vieillesse, la solitude et la maladie vont finir par avoir raison de la résistance de Gaston qui cède finalement lorsque Paul lui demande de construire des garages sur son jardin.

Privé du soutien de Julien resté faire sa vie à Lyon, Gaston suffoque lorsqu’il voit son bien progressivement rongé par la voracité de son fils et après un ultime malaise, finit par mourir après une longue période d’agonie ou il revoit en accéléré toute sa vie : son jeunesse de gymnaste, son métier-passion de boulanger, sa femme, sa petite fille amenée par Françoise, son jardin qu’il aimait tant, ses raids dans la forets et enfin… le visage de Julien finalement venu à son chevet.

En conclusion, tout auréolé d’un prix Goncourt largement mérité, « Les fruits de l’hiver » est une formidable roman et de loin le meilleur de « La grande patience ».

Clavel boucle sa boucle, racontant dans un style puissant et naturaliste, la vie d’un vieux couple de Jurassiens pendant la Seconde guerre mondiale, écartelé entre deux fils, l’un collaborateur proche des Allemands, l’autre fantasque et plutôt enclin à la Résistance, mais met surtout plein dans le mille par les formidables séquences d’émotions autour de la vie du père Dubois.

Vieil homme fier, honnête et travailleur, le père Dubois est un personnage formidablement attachant qu’on a plaisir à suivre dans ses longues sorties à couper du bois dans la foret ou à se raccrocher à son jardin, source importante de fierté.

Impossible donc de ne pas être ému par la fin de cet homme de haute noblesse et de ne pas y avoir le reflet de sa propre fin, sans doute un jour, dans la solitude, l’oubli et la voracité de certains enfants intéressés…

Les fruits de l'hiver (Bernard Clavel)

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